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PLAN DU FINALE, MORCEAU TERMINATIF DE LA SONATE

Le finale, conçu dans un mouvement animé, brillant, prend le plan de l’allegro, premier morceau de la sonate.

S’il adopte la forme du rondo, sa coupe consiste dans un thème principal répété trois ou quatre fois, quelquefois davantage. Entre chaque reprise de ce thème, on intercale des divertissements intermédiaires plus ou moins développés et modulant dans différents tons pour ramener cette reprise. Puis enfin le morceau se termine par une coda brillante dans le ton de la sonate.

Tels sont le plus ordinairement le plan et la forme des morceaux qui composent une sonate classique.

La science et la fantaisie de tel ou tel compositeur apportent parfois des modifications de détail.

Dans certaines sonates, le menuet ou le scherzo sont absents. Dans d’autres, l’allegro est remplacé par un thème avec des variations: telles sont la sonate en la majeur pour piano de Mozart et celle en lab, de Beethoven. Dans quelques sonates, les différents morceaux se jouent sans interruption, étant liés entre eux par une phrase conductrice (2).

Depuis Beethoven, qui, entraîné par un génie novateur et romantique, s’est écarté, dans sa troisième manière, des formes classiques et traditionnelles de la sonate, on a composé, surtout à notre époque contemporaine, un grand nombre d’œuvres portant le nom de sonates, mais qui s’éloignent systématiquement des formules établies et de la tradition classique.

Nous verrons plus loin quels sont les maîtres dont le génie a su donner tant d'éclat à ce genre de composition musicale.

Le concerto. — Le concerto (mot italien qui veut dire concert et quiest francisé par l'usage) fut en Italie, au xvi et au xvrre siècles, un morceau écrit pour plusieurs instruments concertants. Les Italiens appelaient, au début du xvine siècle, concerlo grosso (grand concerto) une composition pour plusieurs instruments, dans laquelle un instrument principal avait

le premier rôle et se faisait entendre seul ou avec accompagnement de

(1) Le maître allemand Mendelssohn a écrit de charmants scherzos symphoniques à deux temps.

(2) Mendelssohn-Bartholdy a écrit une sonate dans cette manière.

l'orchestre. Quand nous parlerons de la symphonie, nous verrons que le -concerlo grosso italien fut son ancêtre.

Le concerto, dans sa forme plus moderne, est un morceau écrit pour un instrument principal avec accompagnement d'orchestre. Quelquefois l’orchestre est remplacé par un piano.

C’est seulement depuis Bach, au milieu du xvrie siècle, que le concerto a commencé à prendre la forme ultérieurement adoptée.

L'’instrument joue tantôt seul, tantôt avec l’accompagnement de l’or: chestre. On appelle solo (seul) la partie du morceau où Partiste concertiste joue seul,et {utti (tous) celle où l’orchestre se fait entendre. C’est un genre de eomposition qui a pour but de mettre en relief la virtuosité d’un artiste exécutant et qui doit contenirles traits les plus audacieux et les plus difficiles. Il est ordinairement composé de trois parties : une première partie, dans un mouvement animé, une seconde, dans un mouvement lent et une {roisième en forme de rondo ou de finale.

Les cadences terminatives de certains concertos doivent contenir les plus grandes difficultés d'exécution, afin de faire briller la virtuosité de l’artistesoliste. Très souvent les cadences écrites par le compositeur du concerto sont remplacées par d’autres cadences composées par le virtuose ou par un autre compositeur.

L’exécution du concerto n’exige pas, comme celle de la sonate, un jeu régulier et scrupuleusement en mesure. Il faut savoir ralentir à propos, dans les passages consacrés aux effets de douceur et de sentiment expressif, et presser le mouvement dans les traits brillants. Bach et Haendel ont composé des concertos pour orgue et pour clavecin. Mozart, Beethoven, Ries, Hummel, Cramer, Dussek, Steibelt, Weber, Moschelès, Mendelssohn, Chopin, Henri Herz, etc., ont écrit des concertos célèbres.

Ce genre de composition a été remplacé de nos jours par des pièces instrumentales d’une forme modifiée et plus libre, auxquelles on donne les noms de : Morceau de concert, Allegro de concert, Fantaisies.

Ces diverses formes de composition musicale ont inspiré un grand nombre de compositeurs dont les œuvres pour divers instruments sont considérées comme des types impérissables de la littérature musicale instrumentale.

Avant la sonate ét le concerto, d’autres formes de compositions ont été usitées. Nous allons passer en revue l’histoire de cette partie si intéressante de l’art musical. |

Nous commencerons par la musique de clavecin et de piano.

Musique de clavecin. — Jusqu'au xvrre siècle, le clavecin fut l’instru-

ment des théoriciens et des compositeurs. On le voyait en outre servir comme instrument d'accompagnement et figurer dans les orchestres de cette époque.

En 1607, à la représentation de l’Orfeo, du compositeur Monteverde, un des premiers essais d’opéras en Italie, deux clavecins furent employés à l'orchestre comme instruments d'accompagnement. Le claveciniste virtuose ne se fit connaître qu’au début du xvrie siècle, époque à laquelle le facteur anversois Hans Ruckers augmenta l’étendue du clavecin et obtint la facilité de modifier le degré de sonorité de l'instrument au moyen de deux claviers superposés.

L'épinette et le clavecin, avec leurs sons maigres, secs, inspirèrent des œuvres d’une forme spéciale, appropriées à leurs moyens d’exécution. Les œuvres des clavecinistes du xvre et du xvirie siècles se distinguent par une quantité d’ornements, de groupes de notes rapides entourant la note principale, de traits de toutes sortes exigeant une grande souplesse d’exécution. Les chants larges, les sons soutenus ne pouvaient pas être exécutés sur le clavecin, en raison de l’impossibilité de prolonger le son. Aussi, presque toutes les œuvres des clavecinistes sont-elles conçues dans des mouvements d’une allure vive et animée.

Jusqu’à la venue d'Emmanuel Bach (1714-1788), les œuvres des premiers compositeurs de clavecin étaient inspirées pour la coupe rythmique des diverses sortes de danses du temps, telles que l’ Allemande, la Pavane, la Sarabande, la Passacaille, la Gaillarde, la Chaconne, la Courante, la Gigue. Ensuite, quelques compositeurs cherchèrent à imiter les caractères, à exprimer les sentiments et les passions de l’âme. Alors, au lieu de donnerle simple nom de suiles à leurs œuvres, les compositeurs donnèrent des titres caractéristiques tels que : la Voluptueuse, les Bacchantes, Sœur Monique, l’Ingénue, l’Enjouée, qui indiquaient les pensées, les sentiments, les portraits que le compositeur avait voulu peindre dans son œuvre. Plusieurs créèrent le style descriptif et donnèrent à leurs morceaux des titres tels que : le Rappel des oiseaux, les Bergeries, le Tambourin.

Parmi les principaux clavecinistes, nous citerons, dans l’ordre chronologique, en léalie :

Frescobaldi (Ferrare vers 1587, + vers 1640) se distingua à la fois non seulement par la composition de ses madrigaux à six voix parus à Anvers en 1608, de ses fantaisies à deux, à trois et à quatre voix, de sa musique rel gieuse, mais encore comme organiste, et comme claveciniste.. Il s’empara des perfectionnements de l'harmonie tonale (1) que Monteverde avait

(1) V. l'article sur l'Harmonie.

inaugurée dans la musique dramatique; et, en attaquant la dissonance naturelle non préparée, il fit faire de rapides progrès à la fugue instrumentale. H s’y montre un précurseur de J.-S. Bach.

Domenico Scarlatti (Naples 1683, f Madrid 1762) fils d'Alexandre, composa pour le clavecin des sonates, des fantaisies, des fugues, parmi lesquelles la fugue du chat, ainsi appelée parce que son chat, en passant sur le clavier du clavecin, aurait fait résonner une série de notes dont D. Scarlatti se serait emparé pour composer le thème principal de sa fugue. d

Bernardo Pasquini (né en Toscane en 1637, mort à Rome en 1417), grand organiste dans la seconde moitié du xvrie siècle, écrivit pour le clavecin de belles pièces.

Les plus grands maîtres s’intéressèrent au clavecin pour lequel ils écrivirent des œuvres de genres variés : parmi ces maîtres il faut citer Benedetto Marcello (Venise 1686, 1739), le fameux compositeur des psaunes, le père Martini (1706, Ÿ 1784) le célèbre théoricien, Balthazar Galuppi (1706, Ÿ 1784).

En Angleterre, Henri Purcell (Londres 1658, Ÿ 1695), fut considéré : comme un des plus grands musiciens de son temps. Organiste et claveciniste de mérite, il a également composé plusieurs opéras. Il passe, selon Fétis, pour avoir été un des premiers musiciens anglais qui aient introduit . les instruments dans la musique d’église, car, avant lui on n’employait que l’orgue pour l’accompagnement des voix.

En Allemagne, nous noterons particulièrement :

Froberger (Halle 1637, f Mayence 1695), élève de Frescobaldi, organiste et claveciniste célèbre.

Jean-Sébastien Bach (Eisenach 1685, + Leipzig 1750), l’un des plus grands génies qui dominent l’art musical. Il sut porter à son apogée la fugue instrumentale et vocale, dont il est resté le maître incontesté. Il fut considérée comme un des plus remarquables virtuoses de son temps, sur l’orgue:et le clavecin. On lui attribue linvention du doigté par substitulion (1): Son génie inventif a conçu une quantité considérable d'œuvres de tous genres : | oratorios, musique religieuse, chorals, cantates, musique instrumentale. Il n’a pas écrit pour le théâtre.

Le clavecin bien tempéré de J.-S. Bach, formé de 48 préludes et fugues, dans les 24 tons majeurs et mineurs, est un chef-d'œuvre de science contrapontique, d'invention mélodique, harmonique, rythmique qui constitue un monument artistique impérissable (2).

(1) La substitution consiste sur les instruments à clavier, à faire passer deux doigts différents sur la même note.

(2) Le tempérament (du latin {emperare, diminuer, amoindrir) est une modification dans

J.-S. Bach eut plusieurs enfants qui furent tous d'excellents musiciens, et parmi lesquels il faut citer Charles-Philippe-Emmanuel Bach (Weimar 1714, Ÿ Hambourg 1788).

C'est Emmanuel Bach qui, en développant les différents éléments de composition en usage avant lui, créa la sonate de clavecin (1).

Il nous faut parler maintenant du grand Händel qui fut, avec le célèbre Jean-Sébastien Bach, un des fondateurs de cette belle école allemande dont Haydn, Mozart et Beethoven, leurs continuateurs, sont les immortels représentants. Le | . Händel naquit à Halle en 1685, la même année que Sébastien Bach, et mourut à Londres en 1759. On écrit également : Hændel.

L'œuvre d'Handel est considérable : elle se compose d’opéras, d’oratorios, de cantates, de pièces d’orgue et de clavecin. Arrêtons-nous un instant à ces dernières, qui se rattachent plus particulièrement à l’objet de cette étude. Elles forment une collection de pièces intitulées : Allemandes, Courantes, Sarabandes, Giques, Passacailles, qui empruntaient le mou- - vement et le rythme de ces sortes de danses sans être pour cela des pièces pour danser. C'était du reste l’usage à cette époque : au lieu de marquer, comme aujourd'hui, le mouvement d’une composition musicale par des mots spéciaux, tels qu’allegro, andante, lento, on se servait de noms de danses. Aïnsi, lorsqu'un morceau devait être exécuté dans le même mouve- . ment que la danse appelée Allemande ou celle appelée Gigue, le compositeur écrivait en tête du morceau les mots Allemande ou Gigue: ce morceau, tout en n’étant pas conçu pour faire danser, prenait cependant le mouvement de la danse désignée (2). L'usage des termes italiens pour indiquer les mouvements et les nuances d’expression prit naissance en Italie vers le - XVIIIe siècle, avec les progrès de la musique passionnée et mondaine.

Mais revenons à Haendel et constatons que ses fugues pour le clavecin et pour l’orgue sont des modèles de clarté, où la science parle avec un charme naturel et plein d’attrait.

Clavecinistes français. — La France peut se glorifier d’avoir eu des. clavecinistes de haute valeur et parmi eux :

Jacques Champion de Chambonnières (vers 1602, 1670), fils de Jacques

l'accord des instruments à sons fixes : clavecin, piano, orgue. et consiste dans la pratique à diviser chaque ton en deux parties égales qui produisent indifféremment le demi-ton chromatique ou le demi-ton diatonique, alors que, théoriquement et selon les lois de l'acoustique ces: deux demi-tons ne sont pas égaux entre eux. Dans les instruments soumis à l’accord tempéré, la même touche s'applique à deux notes de noms différents (comme par exemple sol # et la b, mi b et ré #).

(1) V. les lignes précédentes sur la sonate.

(2) Voyez la préface du Dictionnaire des locutions étrangères usilées dans la musique, de Paub

Champion et petit-fils de Thomas Champion, tous deux célèbres organistes sous le règne de Louis XIII. T1 devint claveciniste de la chambre de Louis XIV et fut le chef d’une école de clavecinistes qui s’est propagée jusqu’à Rameau. Parmi ses élèves on remarque Hardelle, Gautier, Couperin, d'Anglebert, le Bègue.

François Couperin (Paris 1668, 1733), dit le Grand, en raison de sa supériorité comme organiste et comme claveciniste, fut nommé, par Louis XIV, claveciniste de sa chambre.

François Couperin peut être considéré comme un homme de génie. Il s’est occupé, un des premiers, du coloris esthétique. Les titres de quelques- . uns de ses morceaux témoignent de son esprit inventif. Je citerai, dans le “style descriptif : les Bergeries, les Vendangeuses, les Moissonneuses; dans le style imitatif : le Dodo, le Carillon de Cythère, le Réveille-matin; dans le genre psychologique : Sœur Monique, les Bacchantes; dans le style brillant : les Papillons, les Petits moulins à vent.

De même que la famille Bach, en Allemagne, compta de nombreux artistes de valeur et fut illustrée par le grand Sébastien Bach, de même en France, pendant près de deux cents ans, la famille Couperin s’illustra dans la musique d'orgue et de clavecin, depuis Louis Couperin, né en 1630, jusqu'à Gervais-François Couperin, qui vivait encore en 1815 (1).

Jean-Henri d’Anglebert fut claveciniste de la chambre de Eouis XIV; il a publié un recueil de pièces de clavecin, avec la manière de les jouer et les principes de l'accompagnement. Ce fut un des premiers ouvrages Art une forme didactique parus sur cette matière.

Citons encore :

Dandrieu (Paris 1684, ? 1740); Boismortier (Perpignan 1791, f Paris 1765); Daquin (F.) (Paris 1694, ? 1772), organiste et claveciniste, plutôt virtuose que compositeur, lequel a écrit une petite pièce : le Coucou qui est devenue célèbre par l'originalité de sa forme.

Une des gloires musicales françaises du xvrre siècle, fut Jean- Philippe Rameau (Dijon 1683, Ÿ Paris 1784). Dans les articles concernant l’histoire de l’'Harmonie et celui relatif à l’histoire de l'Opéra, nous avons appiis à connaître ce grand artiste. Il ne fut pas seulement un théoricien remarquable et un compositeur de génie, inspiré et créateur, mais il se distingua également comme organiste et comme claveciniste. Rameau composa pour le clavecin un grand nombre de pièces qui sont autant de petits

Rougnon (édition Delagrave), dans lequel on trouve la traduction des termes allemands et italiens (1) On doit à M. Bouvet une trés intéressante histoire de la famille Couperin.

poèmes, de petits tableaux pleins d’ingéniosité où tous les styles sont représentés. Naïf et touchant dans les Tendres plaintes et les Soupirs; plein de verve et d’entrain dans les pièces de danses, telles que la chaconne des Indes galantes, ses sarabandes et ses menuets, et aussi dans ses pièces de caractère, parmi lesquelles la Joyeuse, l’ Indifférente; il montra également une imagination inventive dans le style descriptif, auquel appartiennent la Muselte, le Rappel des oiseaux, la Poule, l’'Egyplienne, la Gavolte variée, le Tambourin.

La postérité a réservé une place importante à ce grand maître parmi les gloires du xvirie siècle.

Fin du clavecin. Commencement du piano-forte. — Nous voici arrivés au milieu de la seconde moitié du xvirre siècle. Le clavecin touche à son déclin. Il va être abandonné pour le piano-forle nouvellement inventé. Ce dernier a déjà ses partisans et ses admirateurs. Un nouveau style de musique instrumentale va naître qui formera le trait-d’union entre le clavecin et le piano-forte. Les Allemands Schobert, né vers 1735, mort en 1768, Eckard, né à Augsbourg en 1734, mort en 1809, font pressentir l’arrivée d'Haydn, de Clementi, de Mozart.

Au moment de la transition du clavecin au piano, nous trouvons réunies et presque contemporaines, ies grandes figures d'Haydn, de Mozart et les personnalités si remarquables de Clementi, Dussek, Steibelt, qui vont être les maîtres de la nouvelle école de piano, les précurseurs du grand Beethoven, de Hummel et de leurs élèves ou imitateurs.

Joseph Haydn, né à Rohrau en Autriche en 1732, mort à Vienne en 1809, conduisit à sa perfection la sonate de clavecin, créée par Emmanuel Bach, il fixa la forme de ce genre de composition, qui devint le modèle de la musique instrumentale, de la symphonie et de la musique de chambre. — On trouve, dans la musique d’Haydn, une architecture correcte, sage, riche dans les développements de la pensée. Ses sonates pour piano, pour piano et violon, pour piano, violon et violoncelle, sont, avec ses symphonies, des modèles de forme, d'imagination fine et gracieuse. Elles devaient exercer une influence SNS sur la EE de piano.

. — Wolfang-Amédée Mozart, né à Salsbourg en 1756, mort à Vienne en 1791 à peine âgé de 35 ans, compléta l’œuvre commencée par Haydn. Il l’enrichit de qualités de sensibilité qui manquaient à ce dernier. Le génie de Mozart a été le plus complet et le plus parfait de son temps. L'Europe entière le qualifia de divin, en raison de sa puissance créatrice, de son imagination féconde et de la perfection dans la forme qu’il sut donner à la

moindre de ses œuvres. Ses vingt-deux sonates de piano, et celles avec accompagnements d'instruments à cordes, ses symphonies, ses quatuors sont des modèles de science, de grâce et d'invention.

La mode change, les idées se modifient, les styles se transforment, mais toute œuvre caractéristique d’une époque demeure éternellement comme un type impérissable. A ce titre, l’œuvre de Mozart est immortelle ! — Entre Haydn et Mozart apparaît Muzio Clementi, né à Rome en 1752 et mort à Londres en 1832. Il fut un de ces artistes remarquables qui laissent derrière eux des germes féconds. Né en Italie, il en prit le style mélodique ; mais Allemand par ses études des grands maîtres Bach et Hændel, il est un de ces heureux et rares initiés à tous les secrets de la science musicale, un de ceux auxquels on peut décerner, dans l’acception la plus large du mot le titre de maître. Les sonates, les fugues, les caprices sont, avec les recueils d’études, publiés sous le titre de Gradus ad Parnassum, c’est-à-dire chemin du Parnasse, chemin qui conduit à la perfection, des œuvres que tous les jeunes pianistes désireux d'acquérir un mécanisme pur et correct, un style simple mais élevé, un jeu naturel, doivent étudier avec soin et persévérance.

Clementi fut un virtuose remarquable. Suivant la route tracée par les deux Bach, il subit la grande influence d'Haydn et de Mozart, ses contempo:ains. Il vit la fin du clavecin et contribua, par les nouveaux procédés techniques de ses œuvres, au développeemnt de la nouvelle école de piano. Il ‘en fut le chef: Cramer, Field, Kalkbrenner, Hummel, Dussek, Steibelt, Moschelès, furent ses élèves.

Après Clementi, citons Dussek, né à Czaslau, en Bohême, en 1761, mort en 1812, auteur de sonates, de concertos, parmi lesquels le 5°, et le 12€, de plusieurs thèmes variés, de deux fantaisies célèbres, l’ Adieu et la Consolalion, dont le talent plein de charme expressif et d’élégance Imventive, exerça une réelle influence sur le développement de la musique de piano; Steibelt, né à Berlin en 1764, mort en 1823, qui a écrit des compositions remplies d’idées neuves, originales, telles que l’Orage et le Rondo turc, dont la popularité fut très grande à une certaine époque; puis Cramer (né à Manheim en 1771, mort en 1858) auteur de sonates, de concertos et d’études célèbres. Les études de Cramer sont une des plus précieuses sources de progrès et de talent pour les jeunes pianistes. :

Tous ces hommes de haute valeur, dont on exécutera longtemps encore les œuvres, furent les fondateurs de l’école classique du piano. Le clavecin Dopet vers la fin du xvrrie siècle.

: Nous allons voir, à l’aurore du xrx® siècle, s’ouvrir, d’une manière écla- Hate l’École du piano avec le grand Beethoven.

Histoire du piano au XIX® siècle. Écoles étrangères. — Nous avons assisté au déclin du clavecin et au commencement du piano-forte. Nous avons vu les compositeurs du xvirre siècle adopter cet instrument et contribuer de la sorte à son développement et à son succès. Haydn, Mozart, Clementi, Dussek, Steibelt, appartiennent à cette période de transition, tandis qu'avec Beethoven commence réellement le règne du piano. Il est permis de se demander si le génie plein de fougue et de passion violente de Beethoven aurait trouvé, avec les modifications encore si imparfaites que lui offrait le clavecin, les éléments nécessaires à la libre expansion de ses puissantes facultés et de ses conceptions d’une forme ardente et vigoureuse. L'invention du forte-piano lui procura des ressources plus conformes à son tempérament, à ses aspirations et au style qui Je caractérise.

Il apparaît à l’aurore du xix® siècle, dont ce grand maître, avec son tem pérament instable, ardent, passionné et novateur, semble avoir prévu inconsciemment et synthétisé intuitivement, dans ses œuvres, les caractères de transformation, de trouble, de progrès et de grandeur.

Né à Bonn en 1770, mort à Vienne en 1827, à l’âge de 57 ans, Beethoven a donné le meilleur de sa puissance créatrice à la symphonie et à la musique instrumentale. Les biographes et les critiques ont distingué dans son œuvre générale trois manières, chacune avec un style particulier. A ses débuts, dans sa première manière, il subit l’influence des compositeurs alors en vogue, Haydn et Mozart sont ses inspirateurs dans le plan de ses premières compositions et dans l’adoption de certaines formules qu’il sait PARCS animer d’un souffle personnel. «

Dans sa seconde manière, il devient exclusivement lui-même. Son tempérament s'affirme, se dégage des influences précédentes et s’élance d'un vol d’aigle vers des sphères inexplorées, où il plane en souverain absolu. Ensuite, son caractère atteint par les luttes et les difficultés de la vie et aussi par la venue d’une cruelle surdité, son âme troublée, lui font créer ses dernières œuvres, dans lesquelles il se montre précurseur et où l’on remarque une esthétique nouvelle.

Pour offrir des types caractéristiques des trois manières de Beethoven, je citerai comme appartenant à la première manière les sonates de piano, opéras 2 et 7 qui, par la conduite des idées et les développements, ont été conçues sous l’iifluence considérable qu’exercèrent sur son génie naissant les œuvres d'Haydn et de Mozart.

Ses sonates en ut dièse mineur, opéra 27, en la majeur pour piano et vio-. Ion (sonate dédiée à Kreutzer), en fa mineur, opéra 57 (sonata appassionata) caractérisent sa seconde manière : le talent de l’artiste est en pleine matu-

rité; le compositeur n’écrit que sous l’empire des sentiments personnels qui | l’agitent et l’inspirent.

Dans sa troisième manière, le génie de Beethoven, au lieu de se reproduire lui-même et de s’affaiblir comme il arrive quelquefois aux plus grands maîtres, prend au contraire une autre direction, dans laquelle toutes les. voies déjà parcourues, toutes les formes données à ses conceptions antérieures sont modifiées et même rejetées pour laisser déborder une sève renouvelée d’où naît une série d'œuvres à tendances novatrices, mal comprises au moment de leur éclosion, maïs considérées plus tard, après sa mort, comme le prélude de la révolution artistique survenue dans la seconde moitié du xix® siècle. Les sonates pour piano, opéras : 101, 106, 109, 110, 111, appartiennent à cette dernière manière : semblable à untorrent sortant de son lit, quand les digues qui le retiennent sont rompues, le génie indépendant de Beethoven s’abandonne sans contrainte, sans règle, à l’inspiration fiévreuse qui le dévore ! Dans cette troisième manière, Beethoven s’est montré créateur, novateur et révolutionnaire. Wagner, Berlioz et toute l’école moderne ont donné à cette manière la part de légitime consécration qui lui est due. à

Beethoven avait hcrreur de l enseignement. Ses élèves furent peu nombreux. Parmi ces derniers, Ferdinand Ries (Bonn 1784, Francfort 1838) a laissé un nom estimé comme compositeur. Cet artiste de valeur a écrit des concertos, des sonates, des rondos.

De même que Bach et Mozart, Beethoven est une de ces grandes figures qui dominent toute une époque par la supériorité éclatante de leur génie créateur. Il eut néanmoins des contemporains de haute valeur, des rivaux comme virtuoses et comme compositeurs.

Parmi eux il faut citer Hummel (Jean-N'épomucène), qui naquit à Presbourg le 14 novembre 1778. Hummel, qui eut le privilège de prendre des leçons de Mozart, savait joindre à l'élévation des idées une facture magistrale. La régularité du plan dans l’agencement des éléments qui forment ses morceaux, læ richesse de style et l’élégance des traits, qui font parfois reconnaître l’élève de Mozart et un admirateur de la manière de Clementi font, des œuvres de ce maître, une source précieuse d'enseignement solide à laquelle toute école de piano pourra toujours puiser avec profit. La grande méthode de piano, ses études, ses sonates en mi bémol, la Bella Capriciosa, sa fantaisie dédiée à Mme Pleyel, sont de ces œuvres maîtresses que tous les élèves de piano doivent étudier avec soin et respect. Ses concertos en la mineur, op. 85, en si mineur, en la bémol, contiennent des pensées mélodiques élevées, des harmonies riches et d’une correction impeccable, ainsi que des traits brillants d’une forme toujours attrayante. Ces morceaux sont

des modèles impérissables de ce genre de composition, dans lequel Mozart et surtout Beethoven, avec ses concerlos en ut, en mi bémol, avaient déjà ouvert à la virtuosité pianistique une voie nouvelle d'exploration.

Hummel mourut en 1837, âgé de 57 ans, 10 ans après son contemporain Beethoven.

En 1826, un an avant Beethoven, mourait à Londres un autre cébre compositeur. Allemand comme lui, plutôt romantique que réellement classique, Charles Marie de Weber était né à Eutin, dans le duché de Holstein, le 18 décembre 1786. |

Ce grand maître, outre plusieurs beaux opéras dont le Freyshutz (Robin des bois) est le plus connu, a également composé, pour le piano, des pièces charmantes, d’une personnalité très franche, où l’on remarque des traits d’une forme brillante et d’une contexture inconnue avant lui. Son style est plein de brio, de fougue impétueuse, d’une conception plus savamment poétique que réellement sensible, plus chevaleresque que passionnée. Ses grandes sonates, son Mouvement perpéluel, son élégante Invitation à la. valse, son Concert-Stuck, sont des œuvres qui exigent une virtuosité accomplie, pleine de feu, d'adresse.

Elles ont exercé une influence considérable sur le développement de l’école instrumentale pittoresque et romantique, qui devait plus tard entrer en lutte avec l’art instrumental classique et finalement exercer sur lui une suprématie dominante.

John Field, né à Dublin en 1782, mort à Moscou en à 1837, l'élève préféré de Clementi, ne doit pas être classé, à l’égal de Beethoven et de Weber, parmi les romantiques. Ce qui a fixé son nom dans l’histoire de l’art, c’est l’invention de petites pièces d’un tour sentimental, gracieux ; sortes de vagues émanations du cœur, d’élégies musicales auxquelles il donna le nom de notturnes. Les nocturnes de Field ont joui, pendant longtemps, d’une grande vogue. Iis durent plus tard céder le pas aux romances sans paroles de Mendelssohn et surtout aux nocturnes de Chopin, qui, avec son génie personnel et si profondément inspiré, sut donner un cadre plus imposant, un style plus ferme, une allure nouvelle à la gracieuse invention de Field. On doit encore à ce dernier des concertos de piano, où l’on remarque des mélodies élégantes et des traits brillants; mais ses concertos ne contiennent pas les éléments de virtuosité transcendante qu’on trouve dans les œuvres de ses contemporains Hummel et Moscheles.

Ignace Moschelès, né à Prague en 1794, mort à Leipsick en 1870, a composé, pour le piano, un grand nombre d'œuvres devenues classiques. [faut citer ses sonates, ses concertos, ses livres d’études.

Les œuvres de ce maître seront toujours un excellent travail pour les

jeunes pianistes désireux d'acquérir une virtuosité pure, brillante, sans recherche de l'effet et d’une correction élégante. Moschelès fut un des fondateurs de cette belle école classique du piano qui vit briller, dans la première partie de ce siècle, Clementi, Cramer, Dussek, Hummel; tous ces maîtres occupent une place importante dans l’histoire de leur art. Si l’on ne trouve pas dans leurs œuvres, comme dans celles de Mozart, de Beethoven, de Weber, leurs contemporains, ces inspirations caractéristiques du génie, elles n’en restent pas moins de beaux modèles de forme correcte, de facture élégante. Elles seront toujours admirées de tous ceux qui cherchent dans l’art des impressions naturelles, nobles, sincères.

Ces derniers sauront également apprécier, comme elles le méritent, les œuvres de Franz Schubert, né à Vienne en 1797, mort à Vienne en 1828, le créateur du Lied, ce court et poétique poème, particulier au génie allemand et auquel nous donnons en France le nom de mélodie. Schubert fut aussi un pianiste distingué. Ses sonates, ses impromptus, ses moments musicaux, renferment des traits d’un dessin délicat et distingué, ainsi que des pensées musicales d’une fantaisie pleine de poésie (1). Ses œuvres méritent une place, quoique moins importante, auprès de celles des grands maîtres : Beelhoven, Weber, et de ces deux grands pianistes au génie inspiré: Mendelssoyn, et Chopin, dont nous allons étudier l'influence prépondérante dans l’histoire philosophique et esthétique dè la composition pianistique. |

Mendelssohn-Bartholdy naquit à Hambourg, le 28 février 1809, et mourut à l’âge de 39 ans, à Berlin, en 1847.

On trouve dans les compositions de ce maître une grâce séduisante, une facture d’une fantaisie élégante et originale, des inventions rythmiques inconnues avant lui et donnant à ses œuvres un caractère, une couleur qui lui sont particuliers et le font reconnaître entre tous. Dans le côté scolastique de l’art, Mendelssohn a puisé aux sources généreuses de Bach et de Hændel. Continuateur de Beethoven, de Weber et de Schubert, qui ont exercé une réellé influence sur son imagination avide de fantaisie, ce comæpositeur a écrit pour le piano des œuvres qui forment un répertoire important et varié. Ses concertos, surtout celui en sol mineur, ses scherzos, ses caprices resteront encore longtemps au répertoire des pianistes. Mendelssohn fut le créateur de ces charmants petits tableaux de genre, de ces esquisses sonores des mouvements de l’âme et du cœur, de ces petits poèmes élégiaques et pittoresques auxquels il donna le nom de lieder ou

(1) V. à l’article mélodie les lignes concernant Schubert considéré comme compositeur de mélodies vocales.

romances sans paroles. Nous avons dit précédemment que le pianiste Field avait déjà tenté un essai de cette forme de composition. Les romances sans paroles de Mendelsshon sont restées des types parfaits de ce genre gracieux et sentimental qui, depuis, a été si souvent imité par nos pianistes contemporains. 5840)

Contemporain de Mendelssohn, mort comme lui à peine aux environs de 40 ans, le Polonais Frédéric Chopin (Varsovie 8 févrire 1810, Paris, le 17 octobre 1849) a donné le meilleur de son génie au piano, dont il est une des plus grandes gloires au xix° siècle. Ses inspirations élevées, d’un sentiment pénétrant, parfois douloureux, désespéré et maladif, ont une personnalité très marquée. La facture élégante de ce maître, ses poétiques et originales mélodies, toujours enchâssées dans une harmonie recherchée, son horreur du banal, révèlent un artiste d’une haute envergure, qui s’est . fait le chantre de la tristesse, de la passion souffrante, des aspirations d’une poésie tendre, mais souvent indéfinie et indéfinissable. Ses beaux concertos en.ja et en mi mineur, sa sonate en si bémol mineur, ses scherzos, ses ballades, ses nocturnes d’un sentiment délicat, sont des pièces importantes écrites dans un style d’une rare distinction. Dans ses polonaises, ses mazurkas, ses valses, ses impromptus, Chopin s’est montré un maître plein de fantaisie inventive, capricieuse, élégante, avec des inspirations d’un contour rythmique nouveau et personnel. La musique de Chopin a fait fanatisme. Elle a exercé son influence sur un grand nombre de compositeurs, qui se sont laissés aller avec entraînement vers ce génie d’une séduction troublante, mais qu’il faut se défier d’imiter, en raison du cachet individuel qui le caractérise; cachet qui devient bien pâle en dehors de sa source véritable ! |

Parmi les artistes qui ont eu le bonheur de recevoir les leçons de Chopin, il faut citer : Georges Mathias, né à Paris en 1826, virtuose et compositeur distingués, ancien professeur de piano au Conservatoire, où il a formé des pianistes réputés : Auzende, Raoul Pugno, Falkenberg, I. Philipp (1) et bien d’autres encore que je ne puis citer.

À côté de Weber, de Schubert, de Mendelssohn, de Chopin, il faut placer un autre musicien romantique, encore un Allemand, le compositeur Robert Schumann, né à Zwickau, en Saxe, le 8 juin 1810, mort près de Rome, le 29 juillet 1856. L'ensemble de son œuvre montre un maître cherchant à s'affranchir des entraves de l’école classique pure. Il prit une part importante à ce grand mouvement romantique moderne, entrevu par Beetho-

AAC (1) M. I. Philipp, titulaire d’une classe de piano au Conservatoire, a publié un grand nombre d'ouvrages distingués pour l’enseignement du piano.

IT

ven dans ses dernières œuvres et qui devait aboutir progressivement,sous l'impulsion wagnérienne, à la jeune et brillante école actuelle. Schumann resta cependant classique par la forme dans un grand nombre de ses œu-

vres, qui consistent en drames lyriques et poèmes symphoniques, tels que le Paradis et la Péri, Manfred, Faust, Geneviève, en symphonies, en une

collection de lieder pour le chant et de morceaux de piano. Parmi ces der-

niers, ses concertos, ses sonates, ses feuillets d'album, ses scènes d’enfants, ses études symphoniques sont d’un style élevé, d’une fantaisie charmante, d’une harmonie colorée; avec une tendance à la nouveauté, elles témoignent d’une grande richesse d'imagination dont la prestigieuse influence se manifesta chez un grand nombre de compositeurs.

Après Mendelssohn, Chopin et Schumann, il faut parler de deux célèbres pianistes, dont la gloire fut au comble pendant leur vie.

Liszt et Thalberg ont bu à la coupe enivrante du succès pendant une. longue et fructueuse carrière.

Le Hongrois Franz Liszt, né en 1811, à Rœdrig, petit village de Hongrie, romantique et romanesque à l’excès, a poussé l’exécution de la musique de piano au plus haut degré de virtuosité. Sa nature, ennemie du simple et du naturel, s’est complu à concevoir des œuvres d’une difficulté de mécanisme qui les rend peu abordables pour les élèves et dont l'effet voulu ne peut être obtenu qu'avec une exécution magistrale. La préoccupation constante de ce maître était de faire rendre à son clavier des effets de puissance et : de sonorité analogues à ceux de l'orchestre. Sa foudroyante agilité, la grandeur de ses mains et l’écart de ses longs doigts, lui ont fait trouver des dispositions d'accords ainsi que des traits spéciaux, déjà entrevus par Weber.

Les prodigieuses et précoces dispositions musicales de Liszi se développèrent sous la direction de Charles Czerny, pianiste-compositeur (Vienne 1791-1857). Charles Czerny a écrit un nombre considérable d’études, d'exercices et d'ouvrages élémentaires pour le piano. L’Exercice journalier, la Vélocilé, L Art de délier les doigts, de Czerny, sont restés des œuvres-types, dans lesquelles l’enseignement du piano trouvera toujours des éléments certains de progrès. C’est un grand bonheur pour Czerny d’avoir pu compter, au nombre de ses élèves, un homme de la valeur de Franz Liszt : météore fulgurant, aux couleurs éblouissantes, artiste avide de succès bruyants et brillants, novateur épris de toutes les idées révolutionnaires en art, propagateur passionné de Berlioz et de Wagner et de leurs tendances réformatrices. Parmi les œuvres nombreuses de Lisz!, dans lesquelles on trouve des effets brillants de sonorité et de rythme, il faut citer ses rhapsodies hongroises, pièces d’un pittoresque achevé et d’une originalité éclatante.

Thalberg, pianiste-compositeur, naquit à Genève le 7 janvier 1812. Cet artiste, dont les fantaisies sur la Sfrantiera, sur Don Juan, sur la Muette de Portici, sur les Huguenots, sur Moise, obtinrent une si longue vogue, créa des combinaisons nouvelles dans les traits de mécanisme du piano (1).

Stéphen Heller, né à Pesth, en Hongrie, le 15 mai 1814, après s'être nourri des styles de Mendelssohn, de Chopin et de Schumann, s’est souvent montré d’une invention incontestable. Les Nuits blanches, les Promenades d’un Solitaire, les caprices, les tarentelles et les études de piano, parmi lesquels l’Art de phraser, révèlent dans Heller un maître remarquable, doué d’un sentiment à la fois noble, fin et distingué.

En parlant d’études pour le piano, nous ne pouvons nous empêcher de songer aux études de Bertlini et à celles d'Henri Herz, qui furent si répandues, il v a quelques années, dans l’enseignement élémentaire. Henri Bertini (Londres 1798, Grenoble 1876) a laissé un nom presque populaire dans ‘les annales du piano, en raison du succès obtenu par ses études écrites dans un style pur et classique, avec une facture où le travail des différentes diffcultés de mécanisme est présenté sous une forme utile et attrayante pour l'élève.

Les études d'Henri Herz eurent une grande vogue tant que dura celle des œuvres de ce maître. Leur étoile a pâli depuis l’abandon des airs variés qui ont occupé une place si importante dans la musique de piano pendant près d’un demi-siècle et qui furent un des principaux titres de gloire d'Henri Herz.

Cet artiste naquit à Vienne le 6 janvier 1806. Il a écrit pour le piano un grand nombre de compositions brillantes, parmi lesquelles : des études, des variations, des concertos.

La variation. — On sait que la variation musicale consiste à prendre un thème ou motif et à l’orner de broderies, d’arabesques, d’arpèges, de toutes les ressources les plus diverses de mécanisme que le savoir et l’imagination du compositeur peuvent inventer. Au milieu de ces divers ornements, le motif principal doit toujours être reconnu. Au xvire et au début du xvire siècle, on appela le théme qui devait être varié, simple, et les variations sur ce thème recevaient le nom de doubles. Ce genre de composition instrumentale, dont on retrouve les premières formes chez le claveciniste Frescobaldi, fut traité avec succès par tous les clavecinistes et les pianistes du .

(1) Thalberg se préoccupa d'obtenir des effets nouveaux de puissance sonore qui avaient été peu usités chez les classiques avec le style lié et les gammes qui dominaient dans leurs œuvres. On lui attribue l'invention, ou tout au moins le développement du procédé d’exécution consistant à accentuer la mélodie au milieu d’arpèges ascendants ou descendants.

xvii, du xviié et de la première moitié du xix® siècle. Depuis cette époque, le thème varié avec son ancienne manière a été abandonné pour faire: place à d’autres systèmes de composition d’une forme appropriée au style moderne. — Sébastien Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Clementi, Dussek, Cramer, Hummel et tous les plus grands pianistes qui succédèrent à ces maîtres, ont composé des variations dans lesquelles la science la plus profonde est unie à la variété la plus ingénieuse.

Avec Henri Herz s’est évanoui le règne brillant du thème varié. Les successeurs de tous ces maîtres, et parmi eux Brahms, Rajj, Rubinstein, Grieg, Tchaikowski, Paderewski ont également découvert des voies inexplorées et représenté avec éclat l’école romantique étrangère du piano.

Nous allons voir à présent la place considérable prise par l’école française dans le monde artistique.

. École française du piano. — La création de l’Institut national de musique (appelé plus tard Conservatoire de musique par la Convention nationale, le 8 novembre 1793), établissait à Paris une école, d’où devait sortir, pour la France, une source de gloire et de développements importants dans l’art musical. Les premiers maîtres de piano au Conservatoire de Paris furent Boteldieu, le célèbre compositeur de la Dame blanche, Pradher et Louis Adam. Ce dernier, né dans le département du Bas-Rhin, le 3 décembre 1758, mort ei 1848, fut un professeur distingué et écrivit une méthode de piano, dont la vogue fut longtemps très grande, Il forma de nombreux élèves, parmi lesquels il faut citer son fils Adolphe Adam, l’auteur du Chalet, de Si j'étais roi, du Postillon de Longjumeau ; Hérold, l'auteur de Zampa et du Pré aux Clercs, Frédéric Kalkbrenner.

Né à Cassel en 1784, mort à Paris en 1849, Frédéric Kalkbrenner, composa de nombreuses œuvres de piano, oubliées aujourd’hui, et forma plusieurs élèves distingués, parmi lesquels : Mme Pleyel et Camille Stamaty (Rome 1811, Paris 1870). On doit à ce dernier d’excellents exercices pour le piano, publiés sous le titre de Rythme des Doigts, que l’on peut considérer comme un des meilleurs ouvrages didactiques parus dans nos temps modernes, si féconds en ouvrages du même genre.

Camille Stamaly a eu le précieux avantage de compter au nombre de ses élèves le célèbre musicien Camille Saint-Saëns, une de nos gloires modernes.

Pour revenir à Frédéric Kalkbrenner, nous ajouterons la mention de sa méthode de piano, dont le succès n’égala pas cependant celui de celle de Louis Adam.

Un autre professeur de piano au Conservatoire de Paris, Zimmermann (Paris 1785-1853), artiste très distingué comme compositeur et écrivain

didactique, y forma un grand nombre d’élèves dont les noms devinrent célèbres. Parmi eux : Ambroise Thomas, le populaire compositeur de

Mignon ; V. Alkan, compositeur d’un style élevé ; Émile Prudent dont quel-

ques œuvres ont eu une grande vogue et parmi Voile il faut mentionner les fantaisies sur Lucieet sur Rigoletlo, la Danse des Fées, le Réved’ Ariel dans lesquelles il se montre le contimuateur de la manière de-Thalberg; Goria, Ravina, Lacombe, Lefébure-W ély dont les œuvres, naguère très répandues, sont tombées dans l’oubli; Le Couppey, dont une édition des classiques et une Méthode de Piano ont popularisé le nom ; Marmontel qui a publié une utile édition des maîtres classiques et dont l’enseignement forma une quantité considérable d’artistes remarquables, devenus également des maîtres : Guiraud, Bizet, Th. Dubois, Paladhile, Fissot, Planté, Diémer, Duvernoy, Delafosse, Wormser, Lavignac, Lach, Thomé, A. Marmontel, Bellaigue, Braud, Charles René, Galeotti, André Bloch (on ne peut tous les citer), ont soutenu et soutiennent encore avec éclat la réputation de l’art pianistique en France.

Nous parlons à une autre place du grand César Franck qui a consacré au piano une part de son génie, d’une inspiration élevée, qui a fait école, et aussi de Camille Saint-Saëns dont les œuvres pour piano tiennent une place privilégiée dans la littérature contemporaine du piano.

L'enseignement du piano au Conservatoire de Paris, au déclin du x1x® siècle et au début du xx®, dirigé avec tant d'éclat et successivement par des maîtres du clavier tels que Diémer (1), Charles de Bériot(2), Fissot, Em-

manuel Delaborde, Alphonse Duvernoy, Raoul Pugno, Antonin Marmontel, R Philipp, Risler, Cortot, Staub, Riera, Falkenberg, produit des virtuoses de haute distinction.

Je voudrais les nommer tous, ces merveilleux virtuoses contempo-

rains ! Hélas ! je ne le puis ! La place me manque. Leur nombre est considérable, et en omettre un seul serait une injustice que je ne veux pas commettre. L'avenir leur appartient! L'histoire redira plus tard leurs noms, comme je viens de le faire pour leurs maîtres et leurs aînés.

Notre époque, si productive en publications musicales, nous apporte chaque jour une quantité considérable d'œuvres nouvelles de tous genres. Les unes ne méritent guère l’attention soutenue des véritables artistes, alors que d’autres, au contraire, attirent l'examen le plus sérieux en raison de l'élévation de leur style.

(1) Une quantité considérable de br ant virtuoses actuels ont été les élèves de Diémer : Alfred Cortot, Staub, Lazare-Lévy, Aubert Pierret, Battala, Robert Lortat, Armand Ferté. Marcel Ciampi, et combien d’autres, sont la gloire pianistique de notre époque présente.

(2) Parmi les élèves de M. de Bériot, nommons MM. Wurmser, Riera, Morpain, Chadeigne.

Les allegros de concert, les variations symphoniques, les concertos de Camille Saint-Saëns, sont des œuvres d’une architecture solide et de noble inspiration que le temps respectera comme il a respecté celles de César Franck écrites avec le constant souci d’art qui honore ce grand artiste.

Théodore Dubois est un esprit d’une forte culture, écrivant avec un grand respect de l’art sans se soucier de sacrifier ses sympathies à telle ou telle école.

Dans ses œuvres de musique de chambre, symphoniques, instrumentales, de même que dans ses opéras le Pain bis, la Gusla de l'Émir, Aben- Hamel, Xavière,on reconnait un maître qui sait admirer à la fois les traditions du passé et les découvertes de l’heure contemporaine.

Vincent d’'Indy a peu écrit pour le piano, mais sa nature éprise, de sonorités nouvelles, lui a inspiré des œuvres dans lesquelles se remarquent les qualités de haute distinction qui caractérisent sa manière.

Ceux qui cherchent pour le cœur de douces émotions, trouveront dans les œuvres pour piano de Gabriel Fauré les plus nobles sensations d'art. Ce ciseleur d’arabesques élégantes et de fines harmonies, ce chantre élégiaque nous transporte dans le pays de la rêverie charmeuse et nous révèle sans cesse une âme avide de nouveauté et de poésie. “

Dans les œuvres de Widor, le charme des mélodies, la distinction de l'écriture harmonique ont valu à ce maître français les sympathies de tous ceux qui aiment la poésie de la pensée unie à l'intérêt et à la distinction de la forme.

Littérature musicale de l'orgue. — De même que celle du clavecin et du piano moderne, la littérature musicale de l'orgue est d’une richesse incomparable. |

Notons, en passant, que la plupart des clavecinistes et des compositeurs pour piano ont été en même temps d'excellents organistes.

En Allemagne, dès 1571, à Leipzig, un contrapontiste allemand Amerbach ( Élie-Nicolas) publia un ouvrage contenant les explications pour la tablature (1) de l’orgue et d’autres instruments. Ce fut un des premiers ouvrages ayant l'apparence de ce qu’on appela plus tard Méthode, Traité.

(1) On appelait anciennement tablature, des tableaux sur lesquels était écrit tout ce qui con-

cernait la notation pour le chant ou pour les instruments. [L'art de lire et d’appliquer les signes de la notation musicale offrait à cette époque une telle difficulté, qu’il avait donné naissance a la locution proverbiale donner de la tablature, pour dire : créer des embarras à quelqu'un. . On donna le nom de fablature alphabétique à l'emploi des lettres de l’alphabet pour noter les parties de luth, de guitare, etc. On représentait les cordes par plusieurs lignes parallèles; A sur la ligne d’une corde indiquait qu’on devait la pincer à vide, B qu’il fallait mettre un doigt de la main gauche sur la première touche du manche, etc.

De nos jours on donne le nom de fablature à un tableau placé dans une méthode d’instrument à vent et à trous (flûte, clarinette, etc.) et qui indique quels trous doivent être ouverts ou bouchés pour obtenir les diverses notes.

Parmi les maîtres de l’école allemande qui ont écrit pour l'orgue d’importantes œuvres, il faut citer J. S. Bach, le maître dont le génie a jeté sur toutes les branches de l’art musical les rayons fécondants de son inspi-

ration, et ses js puis, Haendel, Kiel, élève de J. rS. Bach, l'abbé Vogler, Rink.

Le Danois Buxlehude (né à Helsinger, en Danemark, vers 1635, Ÿ à Lubeck en 1707), a été considéré comme un des plus célèbres organistes du xvir siècle. J.-S. Bach vint, dit-on, à Lubeck pour l’entendre et étudier sa manière. Il a écrit des fugues, des préludes et pièces diverses pour l’orgue et de nombreuses pièces pour le clavecin.

Albrechtsberger (Jean-Georges ) Hilostérnec Hours da Li la Basse -Autriche 1736, T Vienne 1809) fut un organiste habile et écrivit pour l’orgue de nombreux morceaux et pour les exercices du culte un grand nombre de messes, de motets, où il s’est montré savant harmoniste. Il a compté au nombre de ses élèves Beethoven, Hummel, Joseph Weigl, compositeur et directeur de l'Opéra de Vienne. On lui doit également des ouvrages théoriques sur la composition, le contrepoint, la fugue, pour le clavecin.

En Ilalie, parmi les nombreux compositeurs qui s’intéressèrent plus particulièrement à la musique d’orgue, il faut nommer, au xvie siècle, Claude Merulo (Correggio 1533, f Parme 1604).

Cet artiste a écrit des madrigaux, des motets à plusieurs voix et des pièces d'orgue { Toccale) dans lesquelles on remarque des formes nouvelles, qui furent perfectionnées par André Gabrieli et son neveu Jean Gabrtelt.

Frescobaldi (Jérôme) (né vers 1587 à Ferrare. f vers 1644), le plus célèbre organiste de la première moitié du xvrie siècle, fut l'élève d'Alexandre Milleville. Ce dernier naquit comme lui à Ferrare et fut l’un des artistes les plus distingués de son temps comme organiste et comme compositeur.

Frescobaldi montra dans ses œuvres de la hardiesse et de l’invention.

Citons encore : Bernard Pasquini (né en Toscane en 1637, f à Rome en 1710), célèbre organiste quiforma à son école de brillants élèves, tels que François Gasparini et Durante.

En Belgique, au xix® siècle, Lemmens a formé une école remarquable par la pureté de son style et la belle technie de sa virtuosité.

En France, nous devons citer chronologiquement : de Chambonnières, les Couperin et surtout François Couperin dit le Grand, dont nous avons déjà parlé comme clavecinistes.

Clerambault (Louis-Nicolas) (Paris 1676-1749).

Marchand (Lyon 1669, f Paris 1732); le célèbre Rameau (1683, Ÿ 1784); Daquin, et plus près de nous Séjan, Benoît, César Franck, Édouard Batisle,

Lefébure-Wély, ‘Alexandre Guilmant, virtuose remarquable, dont les célèbres concerts d'orgue ont contribué à faire connaître les œuvres des maîtres.

Widor, Théodore Dubois, Fauré, Pierné, Dallier, Gigout, Tournemire, Jacob, Bonnet, Quejf, Lélocart, M. Dupré, Vierne Meunier, A. Philip, Bellenot (je ne puis les citer tous, hélas !), sont classés parmi les meilleurs compositeurs français et contemporains pour l'orgue. .

Littérature musicale des instruments à cordes et à archet. — Les instruments à cordes et à archet ont inspiré un grand nombre de compositeurs de haute valeur.

En Italie, Correlli { Arcangelo) (Fusignano, près Bologne, 1653, Ÿ 1713), fut un des plus célèbres violonistes italiens. Ses concerti grossi et ses sonales sont restés célèbres. Les premiers ont été considérés parmi les ancêtres de la symphonie avec les concerti grossi de Vivaldi, violoniste vénitien de cette époque et contemporain de Corelli.

Parmi les élèves de ce dernier, Baptiste Anet, dit Baptiste, fut très admiré à Paris vers 1700, époque où la musique instrumentale se trouvait, en France, dans un état de réelle infériorité, comparativement à l’école italienne.

Puis vinrent :

Geminiani, Localelli, violoniste réputé (Bergame, 1693, f Amsterdam 1764), compositeur de sonates, de concertos et de caprices qu’il appela caprices énigmaliques, contenant de grandes difficultés et des procédés nouveaux utilisés plus tard par Paganini.

Tartini, un autre violoniste italien, (né à Pirano en 1692, f à Padoue en 1770), a joui (1) d’une grande célébrité. Il a contribué par son talent de virtuose et par ses compositions au perfectionnement de l’art de jouer du violon. Parmi ses concerti grossi et ses sonates, est restée la célèbre Sonate du Diable. Elle fut composée après un rêve dans lequel il avait fait un pacte avec le diable, qui était à son service, lorsque ayant imaginé de lui donner son violon pour voir s’il parviendrait à jouer de beaux airs, il fut si surpris et ravi d'entendre une sonate si singulière et si belle, qu’à son réveil il essaya de composer et d'écrire ce qu’il avait entendu dans son rêve et donna à cette sonate le titre de Sonale du Diable. |

L’astronome Lalande rapporte cette anecdote qu’il tenait de T'artini, dans un de ses ouvrages concernant son voyage en Italie. Tartini s’est également beaucoup occupé de la théorie de la musique et de l’harmonie

(1) M. Bouvet, violoniste distingué, a publié d’intéressantes études sur Tartini et sur la musique de chambre.

et a laissé un Traité de Musique dans lequel il expose ses théories sur le principe naturel des sons harmoniques produits par un son générateur. Parmi ses élèves, on cite Nardini, Pasqualino Bini, Alberghi, Damenico, Ferrari, Carminati, Capuzzi et les violonistes frauçais : Fagin et La Haussaye. On lui doit également un intéressant ouvrage intitulé: l’Art de l’Archet (1).

Campagnoli (territoire de Bologne 1751, f Neustrelitz 1827), et Fiorillo, né à Brunswick d’un père italien et compositeur de musique, ont écrit des études célèbres pour violon, qui sont encore travaillées avec fruit par nos jeunes violonistes contemporains.

Viotli (Jean-Bapliste) )Piémont, à Fontanetto, 1753, Londres 1824), est considéré comme un des plus illustres chefs de l’école des violonistes modernes. Il fut l’élève de Pugnani, l’un des meilleurs maîtres de cette époque, à Turin où Viotli perfectionna son talent. Ce célèbre artiste a composé des sonates, des concertos, des morceaux de musique de chambre. Il est surtout célèbre par ses 29 concertos pour violons dans lesquels on remarque des idées abondantes, de la sensibilité et une forme qui a servi de modèle à ceux qui sont venus après lui. Les concertos de Viofli sent classiques dans l’enseigaement du violon.

Nicolas Paganini (Gênes 1784, T Nice 1840) fut un des plus renommés violonistes au xix® siècle en raison de l’originalité personnelle de sa virtuosité qui se jouait avec une aisance surprenante des plus grandes difficultés de mécanisme. Il a écrit des concertos et fut un grand admirateur d’Hector Berlioz, qu'il aida de ses propres deniers. Son élève Camille Sivori (Gênes 1815, Ÿ 1894) continua sa manière avec un succès considérable dans le monde entier. |

En Allemagne, il faut citer : Stamitz (J ean-Charles), né en 1719 à Deutschbrod, en Bohême, à Mannheim, en 1761, qui fut un des premiers compositeurs de symphonies qui précédèrent Haydn. Il composa également des concertcs et des sonates pour le violon.

Spohr { Louis) fut aussi célèbre comme violoniste que comme compositeur. Il composa plusieurs concertos pour le violon, un grand nombre de quatuors, de quintettes pour cordes, un nonelto pour violon, alto, violoncelle, hautbois, clarinette, flûte, cor, basson et contrebasse; un ofletlo pour violon, deux altos, violoncelle, clarinette, deux cors, et contrebasse, des symphonies, de la musique religieuse et des opéras dont il est parlé dans plu-. sieurs articles du présent ouvrage (2).

(1) Un de nos virtuoses célèbres de notre époque contemporaine, M. Capet, professeur au Conservatoire, vient de publier sur l’Art de lArchet un très remarquable travail qui est un des guides les plus précieux pour les artistes comme pour les élèves.

(2) Voyez l’article Opéra.

La France a le droit de s’enorgueillir d'artistes de haute valeur qui se distinguèrent comme violonistes et comme compositeurs pour leur instrument. Arrivée, dans cette partie de l’art musical, après l’Italie,elle a, depuis, dépassé, sous ce rapport, celle qui naguère l’avait devancée.

C’est seulement vers la seconde moitié du xvirie siècle que l’on commence à constater l’existence d’une école française de violon.

Leclair (Jean-Marie), né à Lyon en 1697, Ÿ assassiné, en 1764, après un voyage en Hollande où 1l était allé entendre le célèbre violoniste italien Locatelli, fut bien supérieur aux violonistes français de son époque. Il exerça une heureuse influence sur le progrès de l’école du violon et fut un des premiers à employer avec succès la double corde. Il a composé pour le violon des œuvres de mérite parmi lesquelles des sonates dans lesquelles on remarque des procédés nouveaux d'exécution.

Gaviniès (Pierre). né à Bordeaux vers 1726 ou 1798, à Paris en 1800, a €té considéré comme le chef de l’école française du violon.

I se fit applaudir au Concert spirituel, et le célèbre violoniste italien Viotti, l'ayant entendu, le désigna comme le Tartini français. Il composa pour son instrument plusieurs concertos, des sonates, et, sous le titre de Les Vingt-Quatre Matinées, des études dans tous les tons, qui sont un excel-

‘lent ouvrage pour développer le mécanisme des élèves.

Kreulzer { Rodolphe) (1) (Versailles 1766, Ÿ Genève 1831) a écrit pour le violon des œuvres qui sont devenues classiques, parmi lesquelles des symphonies concertantes pour deux violons, une vingtaine de concertos, et des études, qui sont entre les mains de tous nos jeunes élèves contemporains.

C’est à lui que Beethoven dédia la célèbre sonate pour piano-et violon, connue sous le nom de Sonate à Kreutzer.

Rode (Pierre) (Bordeaux 1774, Ÿ 1830) est également un des compositeurs pour le violon dont les concertos forment encore actuellement une des bases les plus solides de l’enseignement classique. Ancien élève du célèbre Viottr, il obtint des succès retentissants. Beethoven écrivit pour lui sa belle Romance en fa.

Baillot (Passy 1771, f Paris 1842), l’un des plus Re. violonistes français, a laissé une Wéfhode de violon et l’Art du violon, qui est un ouvrage absolument remarquable au point de vue pédagogique et technique.

Ses concertos n'ont pas eu une vogue aussi durable que ceux de Viofti, Kreutzer et Rode. Baillot a créé une école célèbre de violon et a formé des élèves qui sont eux-mêmes devenus des maîtres, tels que :

Girard (Narcisse) (Mantes 1797, Ÿ Paris 1860); le Belge Robberechtz

(1) TI ne faut pas confondre cet artiste avec Conradin Kreutzer (Grand duché de Bade, 1782 + 1849), compositeur allemand oublié aujourd’hui.

Bruxelles (1797-1860); Dancla (Charles) (1) (Bagnères-de-Bigorre 1818

Maurin (Avignon 1822, f Paris 1894), violoniste dont le renom s’est affirmé surtout par une société de musique de chambre qu'il fonda pour faire connaître à Paris les derniers quatuors de Beethoven.

Le fondateur de la Société des Concerts du Conservatoire, Habeneck (Mézières 1781, f Paris 1849) fut également professeur au Conservatoire et se distingua surtout comme chef d'orchestre. Il forma de remarquables élèves, parmi lesquels : |

Alard ( Delphin) (Bayonne 1815 Ÿ Paris 1888) virtuose qui illustra l’école française du violon, ancien professeur au Conservatoire, de 1843 à 1875, et auteur de nombreux ouvrages qui eurent autrefois un succès de vogue; Deldevez (Paris 1817), ancien chef d'orchestre à lOpéra et e PO Société des Concerts. |

Garcin, professeur au Conservatoire, compositeur ef virtuose de talent.

La Belgique s’honore d’avoir donné le jour à des violonistes-compositeurs de grande renommée et parmi lesquels il faut citer de Bériot ( Charles- Augusle),né à Louvain en 1802, mort en 1870) dont la Méthode de Violon, les Concertos, les Études, les Fantaisies, tiennent une place honorable dans le répertoire du violon. Il épousa la célèbre cantatrice Mme Malibran.

Léonard (Béllaire 1819, Paris 1890), élève d'Habeneck, virtuose célèbre; Henri Vieuxtemps (Verviers 1820, f 1881), ancien élève de de Bériot, aussi célèbre comme virtuose que comme compositeur. Les Concertos, son Élégie, sa Polonaise, font encore partie, de nos jours, des répertoires de nos meilleurs violonistes; puis encore Lambert Massart (Liège 1811, Ÿ Paris 1892), connu surtout comme professeur au Conservatoire où il forma une quantité de premiers prix qui sont devenus eux-mêmes des maîtres de l'heure présente et parmi lesquels : | |

Taudou ; Lefort, titulaire d’une des meilleurs classes de violon au Conservatoire; Marsick: Berthelier.

Outre les artistes déjà cités, nommons MM. Capet, Remy, Brun, Touche, Paul Viardot, lesquels dirigent avec éclat l'étude du violon au Conservatoire de Paris.

Il faudrait un volume pour y introduire toute une pléiade de virtuoses remarquables qui ont illustré l’art du violon, dans ces dernières années. comme par exemple les Français Boucherit, Thibaut, le Belge Ysaye, l'Espaonol Sarasale, l'Allemand Joachim, le Polonais Wieniawskt. Que ne puis-je les inscrire tous à cette place !...

(1) Comme professeur au Conservatoire, Dancla a formé d’excellents élèves. Parmi eux, Édouard Nadaud est un des professeurs de violon au Conservatoire de Paris depuis 1881 où son enseignement se distingue par une technie aussi solide qu’artistique.

° 0 4 r e « Les violoncellistes les plus renommés du xvrrre siècle furent :

En France, Bertaut (ou Berthaud), considéré comme le fondateur de l’école du violoncelle en France;

Cupis ( François), élève du précédent, auteur d’une méthode de basse;

J.-B. Janson, élève de Bertaut;

Jean-Louis Duport (Paris 1749, Ÿ Paris 1819), élève de son frère Duport l'aîné, ancien élève lui-même de Bertaut, célèbre violoncelliste et professeur au Conservatoire de Paris, dont on connaît des sonates, des concertos, un Essai sur le doigté du violoncelle et la conduite de l’archel avec une suile d'exercices.

En Allemagne, Baumgaertner (J.-B.), né à Augsbourg et mort à Eichstadt en 1782, auteur d’une Instruction de Musique théorique et pratique sur l'usage du Violoncelle.

Au x1xe siècle : en France :

Lamare ( Jacques-Michel Hurel de) (Paris 1772, f Caen 1823); Baudiol, professeur au Conservatoire de Paris et auteur d’une Méthode de Violoncelle très connue; Norblin ; Franchomme, ancien professeur au Conservatoire de Paris; Chevillard, également ancien professeur au Conservatoire et père de l’éminent chef d'orchestre et compositeur Camille Chevillard ; Rabaud, ancien professeur au Conservatoire, auteur d’une excellente méthode de violoncelle (1); Delsart, Cros Saint-Ange, Loeb, Hecking, Paut Bazelaire, remarquables virtuoses et professeurs au Conservatoire.

Nous ne pouvons, hélas ! citer tous les artistes actuels qui honorent la belle école française.

En Allemagne :

Bernard Romberg, né vers 1770, près de Munster, mort en 1841, chef de l’école du violoncelle en Allemagne, virtuose réputé et compositeur de concertos célèbres.

En Belgique : x

Servais (Hal 1807, ? 1866), l’un des plus célèbres violoncellistes modernes, a composé des concertos, des fantaisies et des études.

Littérature musicale des instruments en bois et en cuivre. — De nombreuses œuvres (méthodes, airs variés, sonates, concertos, fantaisies} ont été composées pour les instruments de cuivre et de bois.

Toutefois, depuis une vingtaine d’années, le répertoire des instruments

(1) Son fils, M. Henri Rabaud, dont nous parlons à l’article opéra-comique et dans le présent article, est un des maîtres contemporains les plus réputés et l’un des compositeurs qui honorent le plus notre belle école française actuelle.

à vent en bois et en cuivre s’est enrichi de nombreux morceaux d'un réel intérêt musical et conçus dans un style moderne propre à former chez nos jeunes virtuoses une excellente préparation à l'interprétation des belles œuvres contemporaines exécutées dans les orchestres lyriques ou symphoniques.

M. Théodore Dubois prit, en 1891, la succession d’ bros Thomas, comme directeur du Conservatoire de ] Musique de Paris, et, chaque année, il demanda à des compositeurs d’un mérite éprouvé de composer des solos d'instruments, pour être imposés aux différents concours de fin d’an- née dans notre grande école nationale. Lorsque M. Gabriel Fauré succéda

M. Théodore Dubois, il se conforma à cet usage. Tous ces morceaux, dont un grand nombre sont absolument remarquables, forment maintenant une collection précieuse pour les instrumentistes.

La symphonie. — Symphonie vient du grec sun, avec, et phonë, voix; c’est-à-dire ensemble de voix, de sons. Il désigne une réunion de plusieurs voix, de plusieurs instruments (1). |

Au xvire et au xvirre siècle, en Italie, on appela de ce nom la musique qui était exécutée par l'orchestre seul. À la même époque, depuis Lulli, on fit de même en France. Les ouvertures des Es italiens sont appelées symphonies fsinfonta).

On entend plus particulièrement par ce mot un genre de composition pour un orchestre composé du quintetle à cordes : violon (premier et second), alto, violoncelle, contrebasse; des bois : flûte, hautbois, clarinette, basson ; des cuivres : tuba, trombone, trompettes, cornet à pistons, cors; insiruments de percussion : timbales, caisse, etc. On appelle orchestre symphonique, un orchestre ainsi composé.

La symphonie classique (celle d’ Haydn, de Mozart, de Beethoven) est une œuvre musicale divisée en plusieurs morceaux de caractères différents, le plus souvent de quatre : 1° un allegro, morceau animé, brillant, d’un style noble, quelquefois précédé d’une introduction; 2° un andante ou un adagio, d’un mouvement lent et d’un caractère expressif; 3° un mouvement de menuel, tirant son nom de la mesure à trois temps du menuet et transformé par -Beethoven en scherzo; 4° un finale d’un style brillant, dans un mouvement animé, ou un rondo vif, dans lequel le même thème revient plusieurs fois. :

La symphonie classique pour orchestre n’est autre chose que la sonale

(1) Les anciens entendaient par ce mot ce que nous appelons aujourd’hui consonance, c’està-dire la réunion de deux sons donnant l’impression de l’unité. À

pour instrument seul; les différents morceaux qui la composent ont la même coupe, le même plan que ceux de la sonate, dont nous avons donné précédemment l'analyse.

La symphonie classique n’a pas été établie du même coup telle que nous venons de la décrire, elle n’a pris cette forme qu'après bien des transfor-

mations successives. Ses ancêtres sont un certain genre de pièces instru-

mentales qu’on nommaïit autrefois en Italie, ricercari, et en Allemagne, partien ou parthien, lesquelles se composaient de morceaux variés, d’airs de danses et de morceaux fugués, destinés à être exécutés par des violes, des basses de viole, des luths, des théorbes, enfin par les divers instruments de musique usités à l'époque.

Lorsque ce genre de compositions passa de mode, on leur substitua des morceaux coupés en. deux parties d’un mouvement assez vif, suivis d’un autre morceau plus lent et d’un rondo, qui tirait son nom de la répétition fréquente d’un motif principal.

C’est au xvire siècle que la symphonie d'orchestre et classique commença à prendre un développement progressif pour atteindre au sommet à l'aurore du xix®, avec Beethoven.

L'Allemagne, montra sa supériorité dans ce genre de composition, dès le xvrrre siècle. Un nommé Agrell, maître de chapelle à Nuremberg, et qui mourut en 1769, publia en.1746 un premier recueil de six symphonies dont l’ensemble instrumental se composait ainsi: premier et deuxième violons, alto, violoncelle, clavecin, cor de chasse, hautbois, flûtes douces et traversières (ad libitum); alors que les premières symphonies ne furent d’abord composées le plus ordinairement que pour les instruments à cordes seuls.

Puis, vinrent, avant Haydn, les précurseurs : Kinberger, Riepel, Mozart, le père du grand Mozart, Seifjert, Düllers, Stamitz, Wanhal. H aydn fut considéré comme le créateur de la symphonie moderne ef classique à laquelle il donna le plan de la sonate de clavecin. I lui assigna le rang élevé qu’elle occupe parmi les manifestations les plus nobles et les plus importantes de l’art musical. |

Haydn a composé un nombre considérable de symphonies: on en compte 120, d’inégale valeur, mais dont un grand nombre, comme la Sym- | phonie de la reine, la Chasse, la Militaire, celles en ré, en si bémol et en mi bémol, sont de véritables chefs-d’œuvre d'invention. |

Moin; scolastique que Back et qu’H ændel, dans une forme toujours pure qui laisse deviner une science profonde sous des apparences de grande simplicité, il a su rendre la musique plus accessible, par sa clarté, par sa grâce expressive et parfois toute souriante. Son orchestration est remplie d'effets nouveaux.

Mozart suivit la voie tracée par Haydn, en y apportant son tribut d’inventions et de richesses avec cette sensibilité pleine de charme qui caractérise sa manière. Parmi les quarante-neuf symphonies qu’on luiattribue (1), celles en uf, en mi bémol, dont le menuet est resté célèbre, et surtout celle en sol mineur, ont montré toute la science et la puissance expressive d’un génie créateur qui a su atteindre la perfection.

Beethoven agrandit le cadre de la symphonie, modifia certaines formes dars le plan des morceaux et substitua le scherzo au menuet. Il s’éloigna parfois des règles établies par l'usage. C’est ainsi que dans la symphonie en ut mineur et dans la Pastorale, le scherzo s’enchaîne sans interruption au finale. Il introduisit les chœurs dans le finale de sa neuvième et dernière symphonie. Avec la Symphonie pastorale, il ouvrit la voie au genre de la symphonie descriptive, et plaça en tête de cette œuvre une légende CRAN des principaux épisodes de son œuvre.

L'usage de ces légendes explicatives avait été employé avant lui par plusieurs maîtres allemands, entre autres Rosetti et Ditters de Dittersdorf, qui eux-mêmes avaient trouvé des exemples de ce genre dans d'anciennes petites pièces imitatives pour le clavecin ou pour d’autres instruments.

Beethoven a composé neuf symphonies, toutes célèbres.

Dans la première, en ut majeur (1799-1800), on reconnaît l'influence de Mozart et surtout d’Haydn.

Dans la deuxième symphonie en ré majeur (1802), apparaît le scherzo substitué au menuel.

La troisième, en mi bémol, est la symphonie héroïque écrite sous l’empire d’un vif enthousiasme pour Bonaparte, après sa campagne d'Égypte. Elle renferme une marche funèbre célèbre.

Dans cette symphonie, Beethoven emploie pour la première fois un troisième cor.

La quatrième fut écrite vers 1806. Elle est en si bémol.

La cinquième, en ut mineur (1808),est considérée comme une des plus belles œuvres symphoniques qui aient été composées.

La sixième en fa, est la célèbre symphonie pastorale dans laquelle apparaît l'élément descriptif.

La septième,en la majeur (1812), avec son impressionnant allegretto dont un ralentissement dans le mouvement a fait une marche funèbre d’une expression intense. Fee

La huitième (1812-1813), en fa, renferme un allegretto-scherzando substitué au mouvement lent et plein d'élégance et de finesse. Enfin, la

(1) On n’en connait que 12.

neuvième, en re mineur, commencée en 1817 et terminée en 1824, est la Symphonie avec chœurs, avec son chaleureux et vibrant final, hymne à la joie dans laquelle apparaissent les chœurs qui apportent un élément dramatique dans la symphonie.

Après cette glorieuse trinité symphonique : Haydn, Mozart, Beethoven, l'Allemagne a compté, dans la première moitié du xrx£ siècle, des maîtres symphonistes de haute valeur, tels que Ries, élève de Beethoven, Spor, Ignace Pleyel (1), élève d’Haydn, Mendelssohn, Schubert, Schumann, Brahms. | “

La fantaisie pittoresque et personnelle de Mendelssohn, dans ses cinq symphonies et surtout dans l’ifalienne et l’écossaise, l'abondance mélodique de Schubert, la sensibilité de Schumann, le style à la fois classique et romantique de ces trois derniers maîtres, n’ont pas été sans exercer une influence considérable sur le développement de l’art symphonique moderne.

En Italie (et avant Haydn), les compositeurs Palludini et Sammartini, qui vécurent au milieu du xvire siècle, écrivirent plusieurs symphonies dans lesquelles (à défaut d'invention et de profondeur) se trouve une grande facilité d'improvisation.

L'Italie, dans laquelle prit naissance le drame lyrique et l’opéra-bufja, puis l’oratorto, resta inférieure à l'Allemagne dans l’œuvre symphonique. Galuppi, Porpora, Joseph Sleffani, Perez, Neruda, Martini, s’essayèrent sans éclat dans la symphonie mais s’illustrèrent surtout dans le genre lyrique vocal.

La symphonie en France. — En France, Gossec (1733, * 1829) composa des symphonies dans lesquelles il introduisit des parties de clarinette et de basson ; mais malgré des inventions heureuses et le mérite réel de ses œuvres, il se vit éclipser par son contemporain, le grand Haydn.

La fondation de la Société des Concerts du Conservatoire, par Habeneck, en 1829, contribua à faire mieux connaître, en France, les œuvres des grands symphonistes allemands Haydn, Mozart, Beelhoven, Mendelssohn, Schubert, Schumann et autres. |

L’audition des œuvres de ces maîtres inspira à des compositeurs français des œuvres symphoniques: Onslow (Clermont-Ferrand, 1784, Ÿ 1852), et plus tard Henri Reber (1807, F 1880), Félicien David (1810, + 1876),

(1) Pleyel (Ignace-Joseph), né près Vienne, 1757, mort près de Paris, 1831, d’abord élève de Wanhal, et ensuite d’ Haydn, à Vienne, a composé vingt-neuf symphonies, quarante-cinq quatuors pour instruments à cordes, et diverses pièces de musique de chambre: trios, septuors, d’une écriture aimable et facile, mais dont la vogue n’a pas duré parce qu’il leur manquait cet effort vers un but élevé qui caractérise les œuvres des maîtres. — Cet artiste fut le fondateur de la célèbre fabrique de pianos à Paris universellement connue (1808).

Ch. Gounod (1818, 1893), et bien d’autres s’essaient avec talent, mais sans éclat, dans la composition de symphonies, selon les formules connues.

Puis, à la fin du xix® siècle, s'affirme un noble esprit d'indépendance dans l’art français. La symphonie, avec une forme, une allure ne libre succède à la symphonie classique.

Successivement, César Franck (symphonie en ré mineur), Ernest Guiraud (suite d'orchestre), Ed. Lalo (symphonie en sol mineur avec des emprunts à son opéra de Fiesque), Camille Saint-Saëns (symphonie en ul mineur, avec orgue), Vincent d'Indy (symphonie sur un thème montagnard), Ch. Widor (dix symphonies), et, dans ces dernières années, Théodore Dubois (deux symphonies), montrent toute la puissance créatrice de l’art français.

Les élèves de ces maîtres, parmi lesquels Ernest Chausson, B. Godart, Albéric Magnard, Paul Dukas, Henri Rabaud, Max d’Ollone, Albert Roussel, Savard, Kunc, Silvio Lazzari, A. Georges, André Gédalge, Ganaye, Guy- Ropartz, Tournemire, Dumas, Sporck, Büsser, Henri Lutz, MS Boulanger (1), Roger Ducasse, Huré, Inghelbrecht, et combien d’autres que je ne puis tous nommer, hélas! placent notre école française romantique au premier rang dans un genre de composition que l’on avait cru jusqu'alors l’apanage exclusif de l’Allemagne.

La symphonie descriptive à programme, dont il est parlé plus haut à propos de la symphonie pastorale de Beethoven, s’est approprié une forme libre dans laquelle domine l'élément poétique et dramatique. Hector Berlioz (1803-1869) avec la Symphonie fantastique, Harold, Roméo et Juttelte, crée des poèmes pleins de souffle et d’élévation.

Le poème symphonique inspire des œuvres dans lesquelles on observe une entente merveilleuse de l’orchestre et une recherche heureuse des effets pittoresques. :

On peut citer comme de beaux modèles de ce genre de composition, à notre époque moderne, le Rouet d'Omphale, la Danse macabre, de Saint- Saëns, le Camp de Wallestein, de Vincent d Indy et une quantité d'œuvres de haute et noble facture dues à la plume inspirée de nos jeunes maîtres modernistes.

Musique de chambre et d'ensemble instrumental. — Nous avons déjà dit que les compositions instrumentales qui constituent une bonne part du répertoire de la musique de chambre, telles que la sonate pour

(1) Mie Zili Boulanger, grand prix de Rome, fut, hélas ! ravie prématur ément à l’affection de ses admirateurs, à l’aurore d’ une vie pleine de promesses, Sa sœur aînée, Mie Nadia Boulanger également prix de l’Institut, est une artiste de la plus haute valeur.

Le père de ces deux remarquables artistes, Ernest Boulanger, obtint le grand prix de Rome en 1835 et fut l’auteur applaudi des Sabots de la Marquise (1854) et de Don Quichotte (1869).

deux instruments, le {rio, le quatuor, le quintette, le sextuor, le septuor, l'ottetto, le nonello, le dixluor, étaient construits sur le même plan que la sonate. Elles sont une des formes les plus intéressantes de la composition musicale.

Haydn, le grand maître allemand, peut aussi être considéré, sinon comme le créateur, mais comme celui qui a fixé un plan définitif au duo, au frio, au qualuor, pour divers instruments, en leur donnant la forme de la sonate.

Après lui, Mozart et Beethoven ont porté ce genre de composition à un point des plus élevés. La richesse des développements d’Haydn, le caractère tendre et la science profonde de Mozart, la hardiesse de conception et l’ardeur passionnée de Beethoven font de la musique de chambre de ces maîtres un monument impérissable.

Spohr, Fesca (Magdebourg 1789, F Ems 1826), puis Mendelssohn, Schu-

bert, Schumann, également en Allemagne, ont écrit des duos, des trios, des

quatuors, des quintettes, des septuors remarquables. Lés œuvres de Spohr et de Fesca sont tombées dans l’abandon, mais celles de Mendelssohn, de Schubert, de Schumann, ont ouvert des voies nouvelles qui furent

suivies par de nombreux imitateurs.

Parmi ces derniers, ilfaut donner une place à part à Johannès Brahms (Hambourg 1833, f 1897) qui devint l’élève de Schumann. Il a écrit dans. tous les genres, hormis pour le théâtre. Ses sexluors, ses quinlettes, ses qualuors, ses trios, ses sonales, pour cordes ou cordes et piano, un remarquable Requiem pour sol, chœur et orchestre (1875), sa symphonie en ut mineur (1876), ses cantates, ses danses hongroises d’une fantaisie rythmique particulière, sont les œuvres d’un musicien doué d'originalité et de science.

En Italie, la musique Siphonique et celle de chambre n’ont laissé aucune trace lumineuse et méritant d’être signalée, historiquement parlant.

Toutefois, Boccherini (Lucques 1740, Ÿ 1805) s’est rendu célèbre par des quintettes à cordes dont le style, plein de grâce légère et d’une écriture facie,et experte, rappelle la manière d’Haydn.

Actuellement, l'Italie adopte les procédés de l’art moderniste, et l’on voit une quantité de jeunes maîtres écrire des œuvres remplies de nobles aspirations. Le brillant pianiste-compositeur Alfredo Casella a, tout récemment, mis en lumière, dans une très intéressante- conférence, toute la valeur de cette jeune et ardente école.

En France, Antoine Reicha (Prague 1770, Ÿ Paris 1836), avec ses quintettes pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson, Onsloiw (1) (Clermont

(1) Les Allemands, contemporains d’Onslow, l'ont appeïé le Becthoven français.

1784, Ÿ Paris 1852), auteur de duos, de lrios, de quatuors, d’un sexluor à cordes et surtout de remarquables quintettes; Maurice Bourges (Bordeaux 1852, Ÿ Paris 1880), avec de belles sonates de piano et violon, ont eu leur heure de vogue.

Vers la fin du x1x® siècle, l’école française va se placer au premier rang dans la composition de musique de chambre et symphonique.

Les voies furent largement préparées par plusieurs maîtres étrangers, dans la composition d’un nouveau style de musique de chambre, dont Beethoven avait, du reste, jeté les premières bases dans ses dernières sonates pour pianos et dans ses derniers quatuors pour cordes.

Le compositeur scandinave Grieg (1843-1907), avec ses sonates pour piano et violon et son concerto en la mineur pour piano; le Danois Niels Gade (1817, Ÿ 1890); le Tchèque-Bohémien Smelana (1824, f 1884), compositeur de la Fiancée vendue ; enfin les compositeurs de l’école russe dont il est parlé par ailléurs, écrivent des œuvres justement appréciées.

En France, un grand maître va tenter de rénover la symphonie et la sonate et créer une école à laquelle il donne son nom : César Franck (Liège 1822, f Paris 1890), avec des œuvres dans lesquelles la complexité savante de l'écriture s’allie à une pureté de forme et de pensée d’un caractère tout personnel et noblement élevé, attire à lui une quantité d’admirateurs auxquels on donna le nom de frankisles.

Les maîtres Massenet, Théodore Dubois, Fauré, ru d’Indy, Widor, Pierné, Charles Lefebvre, enrichissent l’art français de belles œuvres de musique de chambre. ;

La France se place au premier rang dans la musique de chambre ct symphonique. ——- On voit alors surgir une jeune école nettement réformatrice, avec laquelle la France prend le premier rang dans la composition de musique de chambre et symphonique.

Nous voudrions citer tous les membres de la jeune et brillante écolc française, mais les limites bornées du présent ouvrage ne nous le permettent pas, à notre grand regret. Nous n’omettrons-pas, cependant, d'en nommer quelques-uns : Édouard Lale (1823, 1892), chez lequel il faut admirer un style coloré et noble; Chausson (1855, F 1890), enlevé trop tôt pour pouvoir réaliser les plus belles promesses; Claude Debussy (1862, T 1918), le poétique et subtil créateur de sonorités nouvelles; Ravel (1875), le coloriste éblouissant de l’Heure espagnole; Paul Dukas (1865), le brillant virtuose de l’orthestre dans l’Apprenti sorcier, et de belles pièces de concert; Guy Ropartz, dont les œuvres révèlent une originalité inventive et ingénieuse; Florent Schmitt, dont nous avons applaudi un quintette et

un psaume plein de souffle; Edmond Malherbe, qui a voulu peindre au moyen des sons gt du coloris instrumental de l'orchestre, quelques tableaux célèbres ; Albéric Magnard, l’une des plus nobles victimes de la guerre terrible ; Henri Rabaud, le compositeur inspiré de la Procession nocturne ; et combien d’autres, comme MM. Paul Lacombe, Ladmirault, Kœchlin, Max d’Ollone, André Bloch, Silver, M. Samuel Rousseau, Camille Chevillard, Caraud, Caplet, de Bréville Bertelin, Mouquet, Gustave Samazeuilh, Déodat de Séverac, Perilhou, je ne puis tous les nommer hélas... !

Les œuvres contemporaines de musique de chambre et symphoniques font naître une époque à tendances novatrices, dans laquelle les traditions et les formules du passé sont abandonnées pour faire place à un système de composition consistant à chercher ses effets, non plus, comme auparavant, dans la correction classique de l'écriture, dans l’équilibre solidement régulier et pondéré de la forme et du plan, enfin dans le choix de mélodies bien construites, mais dans la recherche constante de variété rythmique, de coloris polyphonique et instrumental, enfin d’harmonies nouvelles où dominent le genre chromatique, puis les successions dissonantes les plus audacieuses avec l'emploi de modes inusités et de la gamme par tons. |

Ces harmonies, d’une merveilleuse fantaisie, nous font entrevoir des horizons inconnus et constituent une sorte de féerie sonore d’une expression impressionnante.

Bibliographie : Deldevez, La Société des Concerts. — Elwart, Histoire de la Société des Concerts du Conservatoire, Histoire des Concerts populaires. Farrenc, Histoire de la Symphonie. — Oulibicheff, Beethoven, ses Critiques, ses Glossateurs. — Brenet, Histoire de la Symphonie (1882). — Bellaigue, Un siècle de Musique française (1887). — Victor Wilder, Vie de Mozart et de Beethoven. — Michell, la Sonate pour clavier avant Beethoven. — Prodhomme, les Symphonies de Beethoven. Blanche Selva, la Sonate. — Dandelot, continuation de l'Histoire des Concerts du Conservatoire d’'Elwart. —

Clément Besse, la Musique allemande chez nous. — Louis Schneider et M. Maréchal, Schumann, sa vie et ses œuvres. — Woolett, Histoire de la musique. ————

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