‹ Résumé d'un cours d'économie politique [microform]Chapitre 3 sur 22 · M, Dubédat, conseiller à la Cour d’appel de Toulouse · texte numérisé non relu

M, Dubédat, conseiller à la Cour d’appel de Toulouse

modérateur, qui a su, par un tour de force unique, faire, dans ses loisir.'^ de magistrat, de Martial un Français, sans trahir ni la muse de Rome, ni celle qui i)réside à vos jeux Je l’ai recherchée, et vous me l’avez imposée en donnant, vous poètes et lettrés, un de vos sièges à un professeur de Droit, doublé d’un professeur d'économie politique, de notariat, d’enregistrement. Vous avez voulu, personne ne s’y est mépris, renouer, entre la vieille Faculté de Droit de Toulouse et la plus ancienne Académie française, la chaîne brisée par la mort de notre regretté Rodière, chez qui ni la jurisprudence, ni la sèche procédure n’avaient pu éteindre l’amour des lettres et de la poésie.

Oui, j’étais lier de prendre sa place parmi vous ; et pourtant, comment ne pas craindre d’affronter cette réception solennelle, lorsqu’averti déjà, je lisais, sous la plume du premier de nos critiques littéraires vivants, que vous devez être, comme toutes les Académies, un Sénat de vieillards considérables et vertueux 2? Heureusement, je me ras-

1. >1. Villeneuve, ancien conseiller à la Cour d’apncl de Tou* lousc.

2. 'N'oici le passage; il s’agit d’une idylle de M. Hippolyte Matabou, intitulée : Lu hcau dinionchc.

« L Académie des Jeux-Floravix de Toulouse, composée probablement, comme toutes les Académies, de vieillards considérables et vertueux, a distingué, agréé et couronné cette jeune et amoureuse poésie avec le même enthousiasme que les octogénaires troyens, lorsqu’ils voyaient passer Hélène dans tout l’éclat de sa fatale bcaidé, et qu'ils se disaient en songeant au

sure en vous voyant; vous êtes aussi considérés, mais pas aussi sévères ou anciens que l’a conjecturé M. de Pontmartin. Il connaît décidément mieux Avignon que Toulouse, l’homme de tant d’esprit, dont les Samedis prendront place à côté des Lundis du Maître; et ce[)endant, il est comme l’un des nôtres, comme nou« de la province, qui ne veut ni dénigrer, ni imiter Paris, provincial à ce j)Oint que ses amis ont cru pouvoir lui reprocher de trop négliger ce Paris, et de n’y pas suivre, avec eux, « les étapes de l’opinion. »

Non, vous n’ètes pas des hommes fixés dans le passé, tisonnant les siècles, comme eût dit Chateaubriand, et désormais inattentifs au bruit mené pai les contemporains ; vous êtes une Académie dont les fauteuils sont recherchés, très-recherchés, prophète en son pays, illustre au dehors, vivante et brillante par ses travaux, ses concours et ses fêtes. Ceux qui vous quittent aiment à vous laisser un souvenir dans leur testament, comme à l’ami le plus cher; les vivants eux-mêmes — ceci est plus rare et plus beau — se plaisent à ajouter à votre bien et à vous parer de nouvelles fleurs.

Une chose in’étonne, et je vous en demanderai le secret, maintenant que je serai des vôtres : comment se peut-il faire qu’on n’entende dire que peu

berger PAris : Le drôle nous a mis sur les bras une mauvaise affaire... X importe ! nous voirdrions bien en avoir fait autant. »

{Xouvoau.1- S<tmcdi,s, KJe séiàe, 1S78, p. 104.)

ou point de mal de vous? Par quel sortilège ou par quel miracle échappez-vous cà ce dénigrement universel qui est l’éternelle revanche du buisson qui rampe contre le chêne qui monte, et aussi l’éternelle vengeance, contre les Académies, de tous ceux qui n’en sont pas et qui voudraient bien en être? Lorsqu’il y a dix ans je demandais à Tou-

louse de m’adopter comme l’un des siens, un ami qui sait par cœur sa ville natale m’assurait que tout bon Toulousain caresse le désir de s’asseoir parmi les mainteneurs des Jeux-Floraux. Si je

rappelle aujourd’hui cette parole, qui m’avait alors fait sourire comme une spirituelle boutade, et que j’ai reconnu depuis être une vérité très-flatteuse pour vous et une prédiction pour moi, c’est pour

vous faire connaître que je sais tout le prix de ces leltres de grande naturalisation toulousaine que vous m’avez octroyées ; et si ma parole ne sait pas dignement exprimer mes sentiments de gratitude, mon cœur n’ignore pas du moins que je suis dou-

blement votre obligé, puisque étranger à Toulouse, je viens d’être traité par vous comme les plus gâtés des enhxnts d’Isaure.

Comment essayer d’acquitter ma dette? Je voudrais vous entretenir des rapports de la poésie

avec l’économie politique. Mais, si elles n’ont pas de rapports ! L’économie politique, disent ses docteurs, est la science des choses nécessaires à la vie, la science des richesses; et les richesses, dont les mérites ne sont assurément ni médiocres, ni méconnus, suscitent en nous d’autres sentiments que le sentiment poétique. De plus sévères vont jusqu’à dire qu’elles en tariraient plutôt la source, que leur poursuite désenchante l’homme et le détourne de cette élévation au-dessus de soi-même, de ce détachement des choses d’ici-bas qui forment autour du poëte cette atmosphère plus éthérée et meilleure, dans laquelle il puise son inspiration. L’un d’eux, le suprême délicat, le délicieux Doudan, poète en prose, mais poëte exquis, amant de la nature, qui sait consoler ceux qui ne peuvent contempler les cimes alpestres, et leur montre que le ruisseau qui coule au fond de leur verger, la fumée de leur village, à l’heure du crépuscule,’ ne sont pas moins dignes d’être chantés que la majestueuse beauté des grands paysagesL — Doudan reproche à l’économie politique de déflorer l’esprit humain en le dirigeant tout entier vers ce qui est positif, de l’éloigner ainsi de la vie supérieure et morale qu’il est si doux de vivre! A une condition, toutefois, faut-il ajouter : c’est que l’existence du

1. Et jam Pumma procul villarum culmina fumant Majoresque cadunt altis de montibus umbræ.

(VIRCIPE, Bncollques, I, iv fine.)

.corps soit d'abord assurée pour cette émancipation

e ame; c’est encore, c’est surtout que l’àme soit digne de cette émancipation, de ce loisir morai, en état de faire bon usage de cette liberté par une haute culture intellectuelle et une haute éducation re igieuse; et combien peu d’àmes en sont là! Ne ressemblons-nous pas, pauvres humains, à ces heures qui ne sont forts et féconds que si leurs eaux sont retenues par des digues? n’avons-nous pas besoin de la discipline du travail pour ne pas verser dans la frivolité, la dissipation, le vice*' Doiidan, qui n’avait pas à faire, quant à lui, ces reserves, écrivait donc à la princesse de Broglie

» M'"' d'Haussonville vous dit-elle qu’elle est au milieu d etudes sur l’économie politique? Elle lit Adam Smith, qui était un très-grand esprit et qui parlait habituellement tout seul, comme fait Albert.

ous ne pouvez vous di.spenser d’étudier l’économie politique. L’éducation d’un flls vous en impose le devoir. On ne peut pas enseigner de trop bonne heure aux enfants comment se forme la richesse pu liqiie, et surtout la richesse particulière. C’est dans réconomie politique qu’on touche au doio-t et a l’œil conibien c’est un beau spectacle qu’un pays qui n est point peuplé ou presque pas; là, rhonime engraisse et prospère, sans querelle avec ses volsms; qu’il faut mettre un grand scrupule à faire la chanté, parce que la charité soustrait souvent à

la faim et à la mort des gens condamnés i»ar les lois génei üleîs de 1 économie politique j ce qui est d un mauvais exemple. Enfin, c’est une science qui rend le cœur dur et l’esprit clair, sauf exception. Albert \ous dira que je parle bien à mon aise de l’économie politique, que je ne sais pas ‘ »

Dans ces mordantes paroles, Doudan relève encore un autre et très-sérieux grief de la poésie et de 1 art, associés a la religion, à la morale, au patriotisme même, contre les théories en vogue chez trop d’économistes jusqu’aux sinistres lueurs de nos désastres. Il faut bien le dire, loin d’attacher a l’accroissement de la population l’intérêt capital qu’il méidte, les maîtres de cette science en faisaient bon marché; l’un d’eux, et non des moindres, que je ne veux pas nommer au moment où je deviens son confrère, n’écrivit-il pas, en 1857, après un recensement fâcheux : « Une population qui s accroît lentement, et même une population qui reste stationnaire, ou même qui diminue, n’est pas, dans tous les cas, un phénomène à déplorer; il peut arriver, au contraire, que ce soit un symptôme heureux quand il coïncide avec une augmentation de production et de bien-être'^. »

L idéal aurait donc été rencontré par M. de Beauvoir, dans son charmant voyage autour du

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