I.’ASIE
Tigre pour se rendre à Trébizonde, et sur celui que suivent les caravanes d’Alexandrette en Perse.
Les Lourdes habitent dans les montagnes, de l’un et de l’autre côté de la frontière; d’un tempérament très guerrier, ils vivent en partie à l’état nomade et sont des pillards redoutés (1,800,000 env.).
Au sud du lac de Van sont les tribus des Nestoriens, qui forment une secte chrétienne distincte et passent pour plus barbares que les Lourdes mêmes. Ils sont au nombre de 150,000 environ.
L’Arménie persane forme la province d'Aderbeidjcin. C’est une contrée montagneuse, habitée en partie par les Lourdes. Son chef-lieu est Tauris ( Tebriz ), grande ville de plus de 100,000 habitants, dont un certain nombre d’Européens, principal entrepôt du commerce entre l’Europe et la Perse. La petite forteresse de Khol commande les routes de Baïazel et de Van. A l'ouest du lac d'Ourmia est la ville du même nom, centre d’un district fertile et bien peuplé.
Les progrès des Russes dans la Transcaucasie datent des premiers temps de la création de leur empire.
Pierre le Grand porta les limites de l’empire sur l’Araxe (1723- 1725); mais Nadir Shah, roi de Perse, conquit la Transcaucasie, et, sous Catherine, les Russes durent se retirer jusqu’au Terek (1732- 1735), où furent établis une série de postes de Cosaques, d'où le nom de Cosaques de la ligne.
Dans les années suivantes, les chrétiens de Géorgie, impuissants à résister aux Turcs et aux Persans, appelèrent les Russes à leur secours; en 1798, Héraclius légua ses États aux tsars. Son fils, Georges, ne régna que sous leur suzeraineté ; puis ils annexèrent définitivement le pays. De nombreuses guerres avec l’empire ottoman et avec la Perse firent varier les frontières et accrurent peu à peu le domaine de la Russie.
Les Russes ont eu de longues luttes à soutenir pour dompter les populations du Caucase. En 1856, après la guerre de Crimée, les opérations furent conduites avec une grande énergie. Schamyl, le héros de la défense, se rendit en 1859; mais ce ne fut qu’en 1864 que la soumission des montagnes fut achevée et que l’autorité russe y fut reconnue.
En 1878, les Russes se sont définitivement établis sur le plateau de Lars, dont la possession et celle de l’important port de Batoum leur ont été reconnues par le traité de Berlin (1878).
La lieutenance du Caucase comprend les deux versants des montagnes.
L’ASIE OCCIDENTALE
La population totale est estimée à 5,400,000 hab., dont environ la moitié musulmans et la moitié orthodoxes grecs ; on compte 820,000 Arméniens et 18,000 juifs 1 .
La population du Caucase offre une infinie variété de types, depuis les Abazes, race grêle, au front déprimé, vraisemblablement d’origine mongole, jusqu’aux Lesgbes et aux Géorgiens, les plus beaux hommes de la race blanche. On dirait que foutes les tribus sorties de l’Asie, pour conquérir ou pour coloniser l’Europe, ont laissé quelques épaves sur ces montagnes, qui brisaient leurs marches d'invasion comme une digue brise les flots de l’Océan 2 .
Depuis la conquête russe, les Circassiens (Tcherkesses) ont émigré 3 ; quelques-uns ont été s’établir dans l’Asie Mineure, d’autres en Bulgarie. La guerre de 1878 les a dispersés de nouveau. De cette forte nation, il ne reste plus que quelques groupes isolés.
Les Géorgiens sont au nombre de 300,000 environ.
Les Arméniens forment une société tout à fait distincte.
L’ancien royaume d’Arménie a disparu; mais, par l’unité de religion, de langue, et de littérature, par leur caractère fortement individualisé, les Arméniens subsistent toujours commepeuple distinct. Au vi e et au vu 0 siècle, l’Église arménienne se sépara de l’Église grecque orthodoxe; sa métropole est à Etchmiadzin, près d’Êrivcin. Environ un dixième de la population est de religion catholique romaine.
Les Arméniens émigrent en grand nombre en Turquie, en Perse, aux Indes, sur les côtes de la Méditerranée, jusqu’en Autriche. A bien des points de vue, ils ressemblent aux Israélites ; ils sont commerçants et banquiers. Dans les provinces du Caucase, l’Arménien est plus antipathique que le juif 4 .
1. Tous les chiffres de statistique qui se rapportent à ces régions sont très peu certains.
2. Pline raconte que, de son temps, il ne fallait pas moins de 130 interprètes pour se faire comprendre dans la ville de Dioscurias en Colchide, sur le Pont-Euxin.