SIXIÈME ÉPOQUE
Depuis r avènement aujrône du duc d'Anjou {Philippe V),jusqiCà la révolution de fîle de Léon.
De i^oi à i8ao. — lao ans.
Le dot d'Anjou, Philippe V, vint à Madrid en 1701; il fut accueilli avec transport par la nation espagnole : plu* sieurs grandes qualités le rendaient Ai* gne de Tamoùr de ses nouveaux sujets^ et il eût mëritë de monter sur le trône par des moyens moins condamnables et moins odieux. Au reste, les acclamations du peuple étaient la meilleure sanction que le testament put recevoir.
Dès la même année eutlieu entre l'Empire, l'Angleterre et la Hollande cette ligue contre Loais XIV et son petit-fils, appelée la Grande- Alliance. Le prince Eugène battit à Carpi et àChiari les troupes françaises, espagnoles et italiennes.
En 170a Philippe V passe en Italie pour
joindre le duc de Vendôme, qui commandait les Français. Le jeune roi combat en personne à Santa -Vit toria et à Luzara, journées glorieuses pour les armées du roi de France , qui vont être suivies de grands revers.
La reine Anne succède à son beau-frère Guillaume, et poursuit ses projets contre la France. Les escadres anglaise et hollandaise^ au nombre de quatre-vingts vaisseaux , attaquent , brûlent et anéan- |:îssebt dans le port de Vigo les flottes e^agtiôle et française qui servaient d'escotte: ailx galions du Mexique , et font un butin immedse.
Dans les Pays-Bas, Malborough s'em* pâte dé plusieurs villesl L^éiecteur de Bavièi-e et le duc de Villar s battent le$ Impériaux à Passau et k Hocbstet; mais, tandis que le duc de Vendôme s'avance du côté du Tyrol pour opérer sa joricti<m avec ieux,.la défection du duc de Savoie, Victor Amédée, qui s'arme contre son gendre, le rappelle en Piémont'. £o Alsace, le duc d« Bourgogne et le inaré- <:hal de Tallard obtiennent également cks succès. 1
;En i'Jo4,raïcbiduc, porté par la flotte
DE i/uiSTome o'espagne. ^99 anglaise^ vient se présenter devant Barcelone, après être allé à Lisbonne pactiser avec le roi de Portugal. L'amirante de Cas tille , ancien partisan de la cause allemande, avait promis de lui livrer cette place : la conspiration est dëcouiverte. Les Anglais vont s'emparer de Gibraltar et y proclament la reine Anne.
Une flotte diB cent huit vaisseaux ou galères, commandée par le comte de Toulouse, sort des ports de France pour aller secourir Philippe V. Combat terrible à la hauteur de Malaga entre lés deux escadres, après lequel chacun s'attribue une victoire fort incertaine.
Mais la fortune se prononce contre la France. Eugène et Malborough gagnent la bataille d'Hocbstet ou de Bleinheim.
Les électeui'S de Cologne et de Bavière spnt ruinés , et les vainqueurs transportent le théâtre de la guerre sur le Èhin.
£19 Y 705, les Espagnols et les Français font le siège de Gibraltar, et sont forcés par les Anglais de le lever. L'archiduc reparaît sur le$ côtes de Valence^ et une révolution éclate eu sa faveur dans la province de ce nom.
En 1706, Philippe V, ayant avec lui
le maréchal de Tessé, assiège son rival dans Barcelone. La flotte fraoçaise qui bloquait cette ville se retire tout-à-coup devant la flotte anglaise; les Espagnols, saisis a'ane terreur superstitieuse^ refusent de combattre ; Philippe est forcé k une prompte retraite sur Madrid, et toute la Catalogne est soumise par milord Péterborough et Tarchiduc.
Quarante mille Anglais et Portugais^ conduits par Gallovai et Las Minas, s'avancent par TEstramadure et marchent iur Madrid. Philippe fuit de sa capitale; ses ennemis y entrent, et l'archiduc est proclamé à Madrid.
Les courtisanes de cette capitale témoignèrent à leur manière leur attachement pour le roi Philippe. Parfumées et parées de leurs plus beaux atours , elles se répandirent dans l'armée anglaise et portugaise pour y porter la plus affreuse contagion. Elles tuèrent et mirent hors de combat plus de guerriers que le canon; en peu de jours elles eurent peiq>lé les hôpitaux de Madrid. Un historien espagnol trouve le moyen excellent , quoique vitupérable.
Le comte de Santa-Cruz livre Cartha-
DE l'histoire d'espagne. 4oi gène et les galères aux enDemis. Les malheurs du prince français paraissent au comble; mais son courage et la présence des Portugais raniment celui de la na* tion; elle se lève tout entière contre les étrangers. Philippe rentre bientôt dans sa capitale.
Louis XrV cependant expie la couronne de son petit-fils. Ses généraux sont battus à Ramillies, les Pays-Bas lui échappent y et le prince Eugène bat de nouveau les Français devant Turin.
£u 1707, la révolte des Catalans, des Aragonais et des Yalenciens en faveur de l'archiduc devient plus menaçante.
Le dévouement du reste de la nation ne se dément pas. Toutes les classes de citoyens concourent par des dons volou*»
taires aux besoins de la guerre. La bataille d'Almanza^ le 25 avril 9 immortalise Bervick.
Le duc d'Orléans , à qui le commandement en chef de l'armée était donné, ne put arriver que le lendemain de cette victoire. Mais ce prince , qui avait des talens guerriers , s'indemnisa par d'autres exploits. Il réduisit les provinces de Valence et d'Aragon, assiégea et prit
liOà RisUME
Lérida, et acquit beaucoup de gloire malgré les intrigues iufernales de la princesse des Ursins. Le duc d'Orléans , indigné de la prétention qu'elle avait annoncée de discuter avec lui le plan de campagne, la renvoya avec mépris à ses fuseaux j de là l'inimitié de cette détestable femme, qui l'entrava dans toutes ses opérations. D'ailleurs on craignait beaucoup à Madrid qu'il ne se fît trop re^ marquer de la nation espagnole. Il pou^ vait la gouverner un jour; car, bien que les droits éventuels de la branche cadette de la maison de Bourbon n'eussent pats été mentionnés ait testament de Charles 11^ ils n'en étaient pas moins pbsitils'; Philippe y, soit probité , soit faiblesse , les avait reconnus. C'est aux intrigues de M'*^ de Maintenon, qui abhorrait la maison d'Orléans, que^cette omission perfide doit être imputée. Il en résulte des événemens dont le détail très-curieux ne peut nullement entrer dans notre ca-« dre I.
En 1709, le roi de France, accablé
» Foyez Lou VILLE, Mémoires. Fk^ez les. JUtires de FUz^Moritz,
DE L^HISTOIIIE d'eSPAGNE. l^q^
de ses mallheurs , demande la paix. Les alliés exigent que Louis XIY fasse descendre son petit-fils du trône d'Espagne, et la guerre continue.. «J^'aime mieux, dit noblement le roi de France , faire la guerre à mes ennemis qu'à mes enfans* » Cette magnanimité dans le malheur n'est malheureusement pas favorisée par le sort des armes. Eugène et Malborough triomphent dans la funeste jouiiiée de Malplaquet. Ne pouvant obtenûr la paix, Liouis XIV rappelle Jes troupes traiir çaises qui combattaient en Espagne^ et abandonne son petite-fils à ses propret efforis. Philippe perd deux batailles et se voit obligé de sortir une secodde fois de Madrid, où Tarchiduc rej^tre à son tour. Vendôme seul ran^ène la victoire à la nation espagnole abs^ttue, et bientôt, dans la journée de Villaviciosa, vainqueur de Staremberg, il fixe la destinée des Bourbons d'Espagne. '
L'archiduc, appelé au trône de l'Empire par la mort de l'empereur Joseph, était devenu trop puissant seigneur pour que l'Angleterre voulàt encore le voir maître de l'Espagne; d'ailleurs, des intrigues de cour avaient fait changer le
4o4 RÉSUMé
niinistèrej l'histoire de la paire de gants avait eu lieu; Malborough était disgracié, les Tory s triomphans, et la reine Anne avait renoncé^! poursuivre cette guerre.
En 1712,1e maréchal de Villars sauve la France à Denain. Les conférences d'Utrccht se préparent : on convient provisoirement d'une suspension d'armes. La xeine d'Angleterre se constitue médiatrice , sous la condition des renonciations préalables de Philippe V et des ducs d'Orléans et de Berry, pour le premier à la couronne de France, et pour le second à la couronne d'Espagne. Cette clause de la division des deux couronnes fut érigée en loi pragmatique, fondamentale et inviolable. L' Angleterre regardait celte précaution comme la plus importante à prendre contre l'avenir de la France. Il faut remarquer ici que ces formalités ayant rendu nécessaire la convocation des cor lès, Philippe V profita de cette circonstance pour changer l'ordre de succession qui avait subsisté jusqu'alors en Espagne , et qui était connu sous le nom de succession castillane : en vertu de cette modification^ les femmes ne pouvaient plus être admises à la con-
DE l'histoire d'espagite. 4o5 ronne qu'au défaut de tous les mâles de la liguée de Philippe.
Au commencement de 171 3, la paix est signée entre TËspagne, l'Angleterre, la Hollande et le Portugal^ l'Empereur continue la guerre. Eu 17 14? la Catalogne, à l'instigation des agens de l'Empire, se révolte , veut s'ériger en république , et oppose la plus sanglante résistance aux Espagnols et aux Français. Barcelone est assiégée , réduite et incendiée ; ses principaux habitans périssent dans les supplices ; les privilèges de la province sont abolis. Bervick commandait dans cette expédition.
La paix avec l'Empire fut enfin signée à Bade en 17 1 4; on y renouvelait les stipulations antérieures relatives à l'Allemagne, en partant du traité de Westphalie. , Louis XIV mourut l'année suivante.
Tandis que les peuples, dans cette alternative si répétée de succès et de revers, avaient versé leur sang pour savoir comment s'appellerait leur maître, la Cour n'avait pas cessé d'être un foyer de viles intrigues. Le jeune roi voulait le bien ; mais il semblait qu' une destinée fatale condamnât à la pliLS déplo-
4o6 RESUME
rable faiblesse tous les princes qui venaient s'asseoir sur ce trône vermouln.
Aux champs de bataille ^ des hommes, l'élite de trois monarchies, Vendôme, Bervick , Malborongh , Staremberg ^ Pëterborough ) e'gaux en vaillance, en grands talens, discutaient par Tëpée la Question de légitimité. A Vienne^ à Madrid , des prêtres et des prostituées de cour faisaient le destin de TÉtat. La fa* meuse princesse des Ursins, créature de madame de Maintenon, gouvernait despotique ment le roi Philippe : son orgueil , ses extorsions , ses crimes, car elle était familière avec tous , avaient indigné la nation espagnole. Les clameurs poussées contre elle étaient souvent parvenues jusqu'aux oreilles du grand Roi , et Louis voulut plusieurs fois rappeler cette coûteuse surintendante de la con>duite de son petit-fils; mais madame de Maintenon la soutint envers et contre tous : il fallut qu'elle se culbutât ' en quelque sorte elle-même. L'abbé Albe^ roni, sa créature, prépara sa ruine en lui suggérant de faire épouser à Phi^ lippe, veuf de la princesse de Savoie, la jeune princesse de Parme.
DE l'hISTOIBE a'ESPAOlfE. 4o7
Madame des Ursins fit négocier le mariafge en toute hâte, se flktlant de perpétuer son crédit et son règne , sous le noiii de cette nouvelle reine, que l'art i lîcleux Alberoni lui avait représentée comme un enfant timide, sans génie, > 7 '4* sans courage et satis talens. Bientôt, mieux instruite par des informations Contraires, elle frémit à l'aspect du danger qui la menaçait , et voulut faire rompre le mariage : il n'était plus temps^ le vigilant abbé avait fait détrousser les courriers qui portaient les excuses avec le refus de Philippe^ et la princesse était iëpousée lorsqu'on sut que le roi Catholique avait eu l'intention . de dégager sa parole. La reine indignée fit chasser hpnteusement madame des Ursins dès qu'elle parut devant elle, sans que le Roi mit aucun obstacle à l'humiliation de bette femme qui avait exercé sur lui kaiH d'empire.
Alberoni se débarrassa encore du cat* <lînal del Giudice, sou autre protecteur, et se Çt élever hii^méine au cardinalat. Une fois que son ambition fut satisfaite, il s'occupa de l'État; et il faut avouer que rhistoire de son ministère atteste,
4o8 ' RismiÉ
avec des vues grandes et utiles , la capacité nécessaire pour les réaliser : peutêtre cependant avait-il trop présumé des ressources de l'Espagne , en se flattant de rétablir sa domination en Italie. Il escamota la Sardaigne à rEmpereur, tandis que celui-ci battait les Turcs sous les murs de Belgrade; mais -ce succès fut plus que compensé par les défaite^ que la marine espagoole ne tarda pas- à éprouver de la part des Anglais. Il se signala bientôt par une tentative aussi immorale que hardie; le lecteur voit que nous voulons parler de la conspiration dite de Cellamàre, laquelle avait pour but d'enlever le prince régent, et de faire donner l'intérim et l'éventualité du gouvernement de France à Philippe y. L'histoire est obligée de dire que Je complot fut découvert par une courtisane célèbre i avec qui l'abbé Dubois avait des relations habituelles. Un agent de l'ambassadeur, prince de Gellamare, s'étant abandonne chez elle à toute l'ivresse de la débauche , les dépêches dont il était porteur lui furent enlevées :
' La FilUm.
DE l'histoi&e . d'espàgne. ^og
l'ainbassadeur fut arrêté, et la guerre déclarée à l'Espagne.
Philippe V vint en personne sur la frontièrede Biscaye; la Reine et M. l'abbé le suivaient, chacun à la tête d'un détachement. Philippe avait compté sur la défection d'une bonne partie de l'armée française; mais les soldats préférèrent l'épée du vainqueur d'Almanza, qui les commandait, à la crosse et la mitre du général Alberoni. En même temps le comte de Merci écrasait les Espagnols en Sicile. Philippe Y se dégoûta de la guerre, de son ministre qui l'avait allumée^ et sacrifia Alberoni au désir de la paix. Renvoyé en Italie, l'abbé-ministre alla traîner une vie errante et périlleuse jusqu'au moment où la mort de Clément XII, qui avait été sa dupe comme bien d'antres^ lui permit un asile à Rome. : on dit qu'il fut encore sur le point d'être pape. Les historiens s'ac* cordent à reconnaître que cet homme aurait pu faire du bien à l'Espagne, s'il eût été d'un génie moins intrigant et moins ambitieux.
Après le renvoi d' Alberoni, rE$pagne accéda au traité de triple alliance
4lO RÉSUJIIÉ
1720. conclu, à la Haye, trois ans avant (1 7 1 7), entre la France , l'Angleterre et la Hollande. L'infante, qui n'avait pas encore
1721- quatre ans, destinée à Louis XV, passa en France. Mademoiselle de Mobtpensier, fille du duc d'Orléans, fut mariée au prince des Astaries , et mademoiselle de Beaujolais^ la cinquième fille du régent , épousa l'année suivante don Carlos, fils aîné de la reine d'Espagne.
1721. On^ célébra cette année un second autchda-fé^ dans lequel einq malheureux judaïsans furent livrés aux flammes.
Nous allons, à ce propos, revenir xxn moment sur nos pas , pour retrouver l'inquisition; la rapidité de notre marche nous ayant obligé de négliger un moment les intérêts historiques de ce saint tribunal.
A mesure que l'impéritie mimstértell« accroissait de règne en règne les causes de dépérissement pour la monarchie^ et que la royauté s'abâtardissait, si V<m.
peut ainsi dire, entre les mains de tant de princes sans caractère, le pouvoir théocratique profitait à la fois des liiftliheurs de, la nation et des pertes- do pouvoir. L'inquisition , par une suite d'em-
DE l'histoire »*espagne. 4h piétemei^s non coD|:e$té$, ëtail devenue plus puissant^ que le trône. Lorsque ces â^thiques sot;ver£^ins ouvraient un moment les yeux, ils s'effrayaient devoir le monstre si près d'eux, et leur couronne dominée pa|: la tête du colosse inquisitorial. Les abus de son despotisme étaient devenus si épormes que le tjmide et superstitieux Charles II sentit lui-même la nécessité de les réprimer.
En conséquence, une junt^ou commission f composée de douze des principaux grands , fut nommiée ppur examiner les usurpations du Saint-rOifice , et le ramener dans aesprimitives attributions, qui certes étaient assez larges. Mais après un màr examen , la juridiction inquisitoriale parut si bien établie , et sa vengeance si redoutable , que les membres de la commission, ne voulant point s'exposer à ses effets, déclarèrent que le mal était sans remède. De sorte que l'impuissance de cette tentative ne fit que servir de sanction à la suprématie insolente du grand-inquisiteur.
Les auto-^da-fé allèrent leur train.
Nous en avons signalé deux durant le règne de Charles II. Il y en eut deux
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pareillement sous celui de son successeur. Nous venons de parler du second.
Le premier avait eu lieu l'année précédente (17120) : six hommes et six femmes , les uns juifs et les autres mahométans, y furent brûlés.
Les démêlés de l'Empire et de l^Espagne duraient toujours. L'Empereur ne voulait donner à l'infant don Carlos l'investiture des duchés de Parme et de Plaisance , qu'à la condition que les provinces d'Aragon et de Catalogne recouvi'eraient leurs privilèges , et que le roi Catholique renoncerait à l'ordre de la
'7^3. Toison-d'Or, lequel ayant été institué par les anciens ducs de Bourgogne ne devait pas appartenir à un Bourbon. Le pape intervint tout-à-coup, et donna ^ proprio motu , l'investiture refusée par l'Empereur, afin de conserver sur les deux duchés le droit de suzeraineté qu'il prétendait usurpé de la part de l'Empereur. Mais enfin l'Empereur prit son parti , et donna de son côté l'investiture , au congrès de Cambrai , qui eut lieu cette année pour la confirmation des articles de la quadruple alliance.
1724- Philippe V, accablé d'infirmités, de
DE l'histoire d'espaone. 4x3 lassitude et de dégoûts, abdiqua la couronne en faveur du prince des Asiuries, qui lui succéda sous le nom de Louis. Ce prince, à peine âgé de dix -sept ans, mourut au bout de quelques mois : il n'y eut de remarquable sous son règne éphémère qvL^ un autO'da^é y où cinq victimes périrent. Son père serait peut-être resté dans le couvent qu'il avait choisi pour retraite, si la reine, que la couronne n'avait pas fatiguée autant que lui^ ne l'eut fait remonte.r sur le trône. Les cortes furent assemblées pour la reconnaissance de Ferdinand en qualité de prince des Asturies.
Voici le règne romanesque et rapide de Ripperda. C'était un riche Hollandais que les états-généraux des Provinces-Unies avaient chargé de les représenter à Madrid après la conclusion du traité d'Utrecht. Il revint plus tard en Espagne, présenta de vastes projets pour relever l'industrie, se fit catholique de protestant qu'il était , et gagna la confiance des ministres et du roi. Si la fortune avait pu remplir ses vœux , la surintendance générale des manufactures , ^ns un pays ou tout était à recommen-
4l4 BLÉSUMé
cçr, était ce qu'il lui fallait j mais il voulait, de la célëbritë; il aimait la grande intrigue^ et il se fit diplomate* Le roi Philippe le chargea de négocier av^ec l'Empereur un traité particulier y c'està-dire en dehors de la quadruple aHiaoce. Le baron de Kipperda réussit et fiit au 17^5. ^mble de la gloire. On le fit duc et grand d^Ëspagne^ il eut voix au: conseil ^ bientôt fut la tcte princix)alede Padmi^ nistration , et, hors le roi ^. vit tout audessous de lui. Son génie n'était pas a la hauteur de cette fortune, ni à l'épreuve de sa f apidité; et la chute suivit de près le triomphe. Il fut accusé de malversa-itibns, résista à l'autorité royale^ s'échappa de la prison , et alla en Afrique apostasier une seconde fois > pour devenir hacha chez Fc^mpereur de Maroc.
On s'aperçut un peu plus tard que les opéra tionâ diplomatiques dé l'aventurier hollandais n'étaient rien mu)hi8^ qufavantageuses à l'Espagne; des stipulations absolument combinées dans Tin térét comluerdal delà coh^pagniedes Indes orientales établie pat l'Empereur à Ostende, irritèrent toutes les autres puissances du Nord, et motivèrent un traité dans le*
DE L*HIST01RE d'eSPAGNE. 4^^
quel iuterviareut, avec la France, T Angleterre et la Hollande, la Prusse, le ^1^1* Danemarck et la Suède. La guerre s'ensuivit; mais y après avoir inutilement eisayé de prendre Gibraltar , le minisr tère espagnol prêta Toreille aux pacifiques insinuations du cardinal de Fleury, qui avait la haute sagesse de mettre sa gloire à procurer quelque repos à l'Europef Des préliminaires sont signés à Pa^ ris en 1727 ; et, après les conférences de 'poissons, Içs puissances que nous ayons gommées confirment leur union par le traité de Séville de 1 729. Dans la mêmç apnée ^ TEspagne resserre son alliance avep le Portugal par. un double mariage entre \0s infantes et les héritiers des deux maisons.
. En 1731 , la mort d'Antoine Farnèse, duc de Parme , livre ce duché, que les puissances de TEurppe ^e disputaient depuis ^eize ans, à don Carlos. L'Empereur répggnait beaucoup h l'abandon de cet apaniBtgei l'intervention de TApgleterre arrangea tout. Co prince paisse en Italie.; il est reconnu grand-duc de Toscane et de Florence.
L'année 1732 est signalée par la con-
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quête d'Oran et de Geuta sur la côte d'Afrique. L'Espagne a depuis conseryé ces places.
En 1 y33 , la guerre recomnieuce contre l'Empereur, de concert avec la France. Ce fut une autre guerre de suc^ cession, Louis XV ne pouvait pardonner à la cour dé Vienne un traité secret avec la Russie, lequel avait pour objet d'empêcher son beau-père Stanislas de monter sur le trône de Pologne , ou Fappelait le vœu de cette terre généreuse, après la mort de Frédéric II. Le Milanais est conquis. L'Espagne avait envoyé trente mille hommes sous les ordres du marquis de Montemar. Cette armée s'empara du royaume de Naples l'année suivaHle sans coup férir. Le vice-roi Viscouti s'efforça cependant de faire au moins payer la conquête ; il livre la bataille de Bilonto , et l'Empereur perd le royaume de Naples. Philippe V déclare son fils souverain de cet état. Les Napolitains^ ennuyés des vice-royautés, se réjouissent d'avoir un roi tout entier. La Sicile entière échappe de même aux Allemands. Le maréchal de Villars obtenait de non moins brillans succès dans la
DE l'histoire d'espagne. 41?
Lombardie. Le marquis de Matllebois, qui hii succéda dans le commandement de Tarmëe , prit Tortone. Un autre général français, le comte de Coigny, écrasa deux fois de suite les Impériaux à Parme et à Guastalla , malgré l'expérience et la bravoure du comte de Merci. Ces désastres accumulés réduisirent l'empereur Charles yi à demander la paix. Il n'eut pas de peine à l'obtenir; c'était assez de victoires et de guerres pour le cardinal Fleury, trop sage d'ailleurs pour que la prospérité lui portât à la tête. Une suspension d'armes provisoire devint bien- '7^* tôt un traité signé à Vienne. Par ce traité, Stanislas eut la Lorraine en échange de la Pologne ; mais sa royauté n'était que viagère, le duché devant après sa mort retourner à la France. Le duc de Lorraine eut la Toscane, avec une pension de trois millions , payable jusqu'à la mort du grand-duc en possession. C'était Jean Gaston , dernier rejeton de la maison de Médicis. Don Carlos fut reconnu roi des Deux-Siciles , et l'Empereur eut en compensation les duchés de Parme et de Plaisance. Voilà ce qu'il en coûta à l'Autriche pour avoir voulu
4lS IkÉSOMé
se mêler d'imposer un roi à la Pologne, Le repos ne fut pas long; c'est FAnglelerre qui le troubla. Cette puissance ne s'était pas mêlée depuis un siècle et demi des affaires du continent pour n'y rien gagner. Son commerce avait pris une extension immense. Les privilèges qu'elle avait obtenus pour sa navigation; le contrat de Vassiento entre autres , qui lui donnait l'affreux monopole de 1^ traite^ tout en procurant d'immense9 bénéHces à ses trafiquans , n'avait en^ core été qu'un moyen pour étudier de . près 4' Amérique, et profiter ensuite de la paresse espagnole, en jetant un vasle filet de contrebande depuis le golfe ^ Mexique jusqu'au détroit de Magellan.
Des querelles s'ensuivirent; c'est ce que 1739. voulait l'Angleterre. On convint d'une indemnité énorme en faveur des contrebandiers anglais qui avaient été pris et dépouillés; et quant à la question foncière, elle fut soumise à la décision d'un congrès des agens respectifs des puissances. Tout-à-coup on apprend à Madrid quePorto-Bello est pris et saccagé. Les Anglais s'y étaient gorgés de butin. Ler sujets de cette nation furent
DE L*HISTblRE »*ESPÂGNE. ^t(^
chassëd de la péninsule , et les marchandises de fabrique anglaise sévèrement prohibées. Les mers se couvrent aussitôt de corsaires^ mais les Espagnols n'ont jamais rien gagné à ce genre de guerre contre les Anglais.
La mort de l'empereur Charles VI re- '74o« plonge l'Europe dans la confusion. L'immortelle Marie-Thérèse, reine de Hongrie, demande l'héritage de son père, et sait exciter l'enthousiasme ef, le dévouement de ses braves Palatins en se présentant devant eux avec son enfant dans SCS bras. 11 n'était presque pas de puissance en Europe qui ii'éle\'ât dés prétentions plus ou moins fondées sur ce vaste héritage. Le courage , le génie , et enfin le bonheur de cette grande reine, lui conservèrent l'Etnpire; il faut dire atls^i la valeur des Hongrois.
L'Eàpagne crut le moment favorable t)our entreprendre de former en Italie un établissement à l'infant Philippe , le plus jeune des deux fils de Philippe V. L'infant marcha lui-même pour faire sa fortune. Son entreprise était avouée par Louis XV , et elle avait été précédée d'un traité d'union et d'alliance perpé-
4ao ILÉsuKé
tuelles entre la France et TEspagne, signe à Fontainebleau en 1743. Le prince de Conti , à la tête de vingt mille Français, joignit l'armée espagnole au pied des Alpes.
Le brave comte de Gages, resté en Italie à la tête des Espagnols, avait livré bataille aux Autrichiens à Oampo- Santo , et , sans avoir été vaincu, il avait été forcé de repasser le Tanaro. Les deux princes, après avoir forcé toutes les barrières du Piémont et assiégé Goni, franchirent les Alpes. Le roi de Naples 1744* seconda leurs efforts, nonobstant un traité de neutralité qui naguère lui avait été arraché.
A Yelletri, les Impériaux surprirent leurs adversaires. Quelques journées heureuses pour eux terminèrent la cam^ pagne et ajournèrent les espérances de don Philippe. L'année suivante il reprit l'avantage, grâce à la bravoure et à l'habileté du comte de Gages; et après la prise de Tortone, de Parme et de Plaisance, ce prince entra dans Milan.
Mais l'Autriche, qui venait de faire sa paix avec le roi de Prusse , par la cession de la Silésie, porta en Italie tout
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l'efiFort de ses armes. La France voulait faire avec le duc de Savoie , pour détacher ce prince de la cause de la reine de Hongrie, un arrangement qui aurait un peu restreint les états futurs et à conquérir de don Philippe. L'inflexible orgueil d'Isabelle de Parme, sa mère, repoussa toute concession, et bientôt la bataille de Plaisance vint punir cette ambition excessive. Le prince de Lichtenstein, à la tête de quarante mille Allemands , écrasa Maillebois et don Philippe. Au sortir de cette funeste journée, ce prince apprit la mort de son père; mais c'est Ferdinand , l'aîné des deux , qui héritait de la couronne.
Philippe V fut regretté de la nation, non qu'il eût fait le bien, mais il l'avait souhaité sincèrement ; il lui manqua de le vouloir avec force, et une volonté puissante est ce que l'on se donne le moins. Cependant, s'il n'y a pas de vertu réelle sans caractère, combien cette vé-v rite est plus spécialement applicable aux rois! Philippe Y avait de la bonté, de la grandeur et du courage , toutes vertus familières aux Bourbons; mais les aveux de ceux qui l'ont approché et servi dans
l'inlérieur du palais, attestent que tant d'heureuses dispositions étaient frappées de nullité par la plus complète absence de fermeté. Madame des Ursins, sa première et sa seconde femme, le dominèrent successivement, et poussèrent l'abus de leur empire jusquWx excès les plus avilissans, je ne dis pas pour un roi, je dis pour tout homme '. Comment régner avec cela?
La guerre continua sous Ferdinand VI.
Les états de Gènes ^ alliés de l'Espagne, furent exposés à tous les ressentimens de 1* Au triche. Gènes fut obligée de se rendre à discrétion et de payer des contributions énormes^ mais les vexations intolérables de tous les jours ne tardèrent pas à causer un soulèvement. Les Génois firent les vêpres siciliennes , et le comte de Brown, qui les commandait, put à peine se sauver suivi d'un petit nombre des siens.
Les Français en Flandre , commandés
> Voyez les Mémoires de Louville, ceu^ de la duchesse d'Orléans , les Lettres de Fitz- Moritz, et V Histoire des Bourbons cT Espagne, de Williams Coxe.
DE l'histoiee d'bspacne. 423 par le célèbre Maurice de Saxe, le comte de Clermont , le prince de Conti et le duc de BoufHers^ renouvelaient les victoires improvisées de Louis XIV, et gagnaient la bataille fameuse dé Fontenoi. hes Austro-Sardes pénétrèrent en Provence. Le maréchal de Belle-Isle les en chassa, et alla délivrer Gènes assiégée par soixante mille Autrichiens. En même temps le comte de Lowendal prenait Berg-op-2jOom. Cette place était réputée inexpugtiable; aussi c'est un des faits militaires d'autrefois dont le sou« venir a été consacré par des chants populaires.
Le résultat le plus utile de toutes Ces victoires fut le traité d'Aix-la-Chapelle, que Ton avait ébauché dès l'année précédente à Brjéda* Depuis le fameux traité de Westphalie, l'Europe pouvait compter par chaque jour les traités^ prétendus de paix, de ses princes. On est effrayé en parcourant la li^te nombreuse de ces transactions : quelle surabondance de diplomatie stérile pour le repos des états! Le traité d'Aix-la-Chapelle obligea de nouveau à des restitutions réciproquesles puissances qui s'étaient agran-
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dies. L'Espagne , Naples , la Sardaigne , Gènes, Modènc, y signèrent; Marie- Thérèse céda définitivement Parme, Plaisance et Guastalla à don Philippe, à condition que ces principautés seraient réversibles à sa couronne, si ce prince ou sa postérité parvenaient au ' trône d'Espagne ou de Naples. L'impératricereine obtint en retour que l'élection du grand-duc de Toscane, son époux, à l'Empire , fût confirmée, et de plus^ une sorte de ratification de la fameuse pragmatique-sanction de Charles Y I , laquelle avait eu pour but d'assurer la succession indivisible des états de la maison d'Autriche. Le roi de Prusse , qui y selon son expression, travaillait très-activement \k faire sa fortune ^ fit reconnaître ses droits sur la Silésie et le comté de GJatz qu'il avait précédemment conquis. Enfin le traité d'Aix-la-Chapelle contenta tout le monde ^ et l'on fut en paix jusqu'à nouvel ordre.
Ferdinand était né pour gouverner; dès qu'il fut délivré des sollicitudes de la politique extérieure^ il se livra tout entier à l'administration de ses états. En montant sur le trône, il avait appelé au^
DB L HISTOIRE D ESPÀftinS. ^%^
près de lui don Joseph Garvajal. Les hir mières et la sagesse de ce ministre l'aidèrent puissamment à porter quelque ordre dans le chaos financier qui écrasait l'Espagne. Ce prince refusa de se prêter au pacte de famille que la cour de Versailles préparai t dès lors, et qu'elle réalisa depuis. Les écrivains anglais Font fort loué à cause de cçla ; et ils ont eu leurs raisons pour parler du pacte de famille comme d'une comibinaison odieuse : ce qu'il y a de plaisant, c'est que des Français les aieùt copiés. Il nous semble au contraire que peu de conceptions politiques ont été à la fois si génère] et si utiles; il nous paraît que si le deJkmUle eût été renouvelé à pi de nos jours, c'est-à-dire d'accord les peuples , le nord de l'Europe ne ferait pas si aisément la l6i au midi.
Ferdinand perdit trop tôt son ministre habile, don Joseph Càrvajal, qui fut en quelque sorte remplacé, au grand étônnement de l'Europe , par Farinelli, Ce ministre eunuque n'avait pas le génie de Narsès, eunuque comme lui; mais les charmes 'de son admirable talent étaient devenus nécessaires à la langueur
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maladive et sombre de FerdioaiHl YI« Ce qii'il y a dans la fortune du chanteur italien de plus esiraordinairey c'est qu'il ne fut ^mais insolent. Il faut ajo9t^ir qv^e le refus de Philippe d'accédor au pacte de famille , fut attribué à- Vip*" fiuence anglaise : suivant cette su{^[K>sition^ le cabinet britannique aurait mia dans ses intérêts , à force d'or, le chan* teur tout^puissant auprès de son ^aiUe»
tjSg, Ferdinand mourut âgé seulement de quaran^e^six ans. L'infa<it don Carfos, roi d^ Mai{xbes, lui sucpéds^ sou^ le nom de CharJ^ I|I.. j^/'indiçpppdapce de la ;ile ^t la lion-réuniop dfsdeux coulyant jeté stipulas pss^r. le$ précé- Itraités» le seconclfîls dQ ifin C^;loa llaça SQ|i père su^ le trpn^ des DeusL-; Sijciles : l'ainé de^ llnf^ps ét^it Irappé d'une imb^Uité bijep const^téie.
Le pacte de famillç ,fj^oussé par Ferdinand y fut concli; ayeç e^ipres^em^t par Charles 111. Depuis Icjng-temps l'B^ pagne n'avait pas eu de ma}tr6 qui fùl plus digne d'uQ ^ussi beat; rpyaumje ; il sonda la profonde^r de^e^ plai^ Qt n'ed fiai pas effrayé. Son premier soin fut de payer les dettes de l'État ^ ou du ^loini
D« l'histoi&b h'espagne. 427 d'assurer leur garautie ei de léiablir le crédit public. L'industrie fut ranimée, Tfigricullure rçprit des forces , tous les genres de travaux se virent encouragés.
Il çst peu de provinces de l'Espagne dans Ijçsquelles le voyageur ne rencontre le nom de ce roi glorieusement inscrit sur quelque grand monument d'utilité publique, C'pst Charles UI qui a jeté des ponts sur les fleuves , creusé des canaux 9 tracé des routes, élevé des tti^nufacture^s^ fpndé des sociétés économiques, colonisé la Sierra^Moreha , beau désert enclavé entre la Castille et rAodalousiej c'est Charles III qiii rendit à ses sujets la Louisisine , découverte par eux^x'est^lsi qui arracha la péninsule au monopole manufacturier et marchand de la Grand e- Bcetagne y enfin c'est lui qui chassa les Jésuite^. ■ i
Charles HI se. vit forcé de conclure le pacte de. famille, par l'audace crois-* santé de la - puissance anglaise , qui , après;avoir réduit le Portugal à l'état de province pu de tSiolonie dé la Grande- Bretagne, semblait vouloir traiter en tributaire le reste de la péninsule^ Les hommes qui ne jugent des desseins que
4^8 BisUMÉ
par l'évëDement y encomidëranl les suites peu heureuses de ce pacte pour la France, ont déversé sur ce traité le même blâme justement infligé à tant d*autres actes de l'administration du duc de Choiseul ^ mais ce n'est pas le duc de Gioiseul qui avait imaginé le pacte de famille, puisqu'il existait avant lui dans le cabinet de Versailles. C'est le cardinal de Bernis, à qui le reproche ou l'honneur en doivent revenir. Au surplus, il est un moyen de se former une opinion sûre à cet égard ^ lord Ghatam, le plus grand ennemi qu'aurait jamais eu la France si son fils n'avait pas existé, employa' toutes ses ressources pour empêcher la conclusion du traité.
L'Angleterre, qui, dès 1756, avait forfait , par de nouvelles agressions contre la France , au traité d'Aix-la-Chapelle, ne fît rien pour éviter une guerre avec l'Espagne : on lui demandait raison de quelques usurpations maritimes; on exigeait qu'elle détruisît ses fortiâcatiens dans la baie de Honduras : la note qui contenait ces demandes fut repoussée avec dédain. Le Portugal invoqua vainement la neutralité dans la crise qui
DE l'histoikk d'espju^ne. 4^ se préparait; il fut obligé de recevoir ^mîson anglaise. Le géoëral espagnol O'Reilly s'empara de la'province de Tralos-MonteSy et disputa vaillamment le terrain au comte de la Lippe et au général Burgoyne, généraux de l'armée anglo-portugaise; cependant le projet d'invasion des Espagnols échoua. En Amérique, les Anglais s'emparèrent de la Havane ; ils enlevèrent encore aux Espagnols Manille et les Philippines : c'était à eux que la guerre profitait, comme on voit; et c'est pour cela qu'ils l'avaient voulue.
Enfin les cours de France et d'Espagne négocièrent de nouveau la paix avec l'Angleterre en x^63; le traité antérieur d'Aix-la-Chapelle et les traités "qui Fa- ' vaient précédé servirent de base i celui* ci. L'Angleterre obtint tout ce qu'elle voulut. La France perdit le Canada^, la Nouvelle -Ecosse , l'île Grenade et ses colonies sur la c6te du Sénégal. L'Espagne abandonna de son côté la Floride, Pensacola et nombre d'autres possessions; mais elle fut en partie indemnisée de ces pertes par la cession de la Louisiane française, dont elle n'a ja-
43o JBdSVMÉ
mais su tirer parti , et qu'elle a fînalemei^t laissé échapper dans ces derniers temps^
Charles UI^ rendu aux soins de FadministratioD; s'occupa de l'expulsion des Jésuites qui venaient dMtre chassés de France. Si nous avons consacré qu^ques lignes à justifier ce prince éclairé au sujet du pacte de famille, ;tm>us ne prepidrons pas la x]»éme peine à l'égard de cette grande mesure de sûreté sociale.
Il pourrait se £ure que le lecteur impatienté nous adi;ess&tlesparMes d'ub Spar« tiale à un malencontreux panégyriste d'Hercule « Tu ie loués! eh 4fui le blâme? Ajoutons seulement que l'expulsion des Jésuites d'Espagne a été improuvée par des écrivains anglais i.
La guerre de l'indépendance aûiérioaine , dans laquelle la France prît une part si glorieuse pour le règne de Tinfortuné Louis XVI, r^mit bientôt en
\ F'pjrcz. VHistoire à^Esp^gm^ d'AoAMS, traduite par Briand , 4 ▼ol- in-8^ Ifarîs^ Jâqpold Collin, 1808.
tiCt ouvrage a uniquement servi à la composition d'un Résumé de Thistoif e d'Espagne qui a pfcrti fl^^t celui-cL ( J^oy" *«»»i Coxk.)
DE l'histoire d'espagite. 43i question' tout ciè qui avait été convenu relativement aux pays d'Amérique. Charles Ilf fut forcé de s'unir à la France par les nouvelles insultes auxqueîles son pavilloh et ses colonies furent exposés de la part des Anglais. Les deux puissances se prirent et se reprirent successivement divers forts et divers comptoirs en Amérique. Après un échange de coups de canon^ qui dura encore plusieurs années «ni mer et sur terre, la paix fut faite de nouveau avec l'Angleterre en 1783. Gibraltar avait été vaînçnient assiégé; l'amiral anglais, Rodney; détruisit l'escadre espagnole, et conserva cette place importante à son pays! Charles III fit aussi contre ArgeV une expédition qui ne fut point heureuse. Ce prince depuis lors s*îippli<Jua exclusivement à relever la prospérité de ITEspagne , et il rétablit par divei:*s trartés, sur un pied plus avantageux^ lé^ relations de commerce delà péninsule avec la plupart des puissances de l'Europe. Il fut aidé dans ses divers travaux par le ministre comte de Florida-B lança, que les Anglais ont taxé d'incapacité. Ce monarque mourut en 1788; il eut pour successeur Charles IV.
Noos voici parvenus sar les bords du volcan, au moment deTëniption revotationnaire. qui embrasa l'Europe; comme les cendres sont encore brûlantes^ et que le gouffre fume encore , nous poserons le pied avec circonspection sur ce terrain, et nous passerons avec la plus grande rapidité pour arriver au terme de notre course. Nous n'avons plus à signaler que des ëvénemens la plupart contemporains du lecteur, et dont la connaissance est gënâ*ale; d'ailleurs la révolution espai;nole est l'objet spécial de plusieurs ouvrage;s dans lesquels il convient d'en chercher une connaissance détaillée i..
Charles III, qui gardait long-temps ses ministres, avait légué le dernier des deux , le comte d'Aranda, à Charles lY. Cet homme d'état éclairé avait prévu, il faut le croire , quelle serait l'énergie victorieuse de la liberté naissante, puisqu'il avait dissuadé son souverain de se réunir à la coalition qui menaçait la France. Il fallait un motif aussi impé' ne^ix que celui de préseriv*er l'£spagne
< Frayez 1«0 écriu d« liorente , Pradt >i Blaquière.
BE l'histoire d*espaghe. 433 ' d'une invasion, pour empêcher Charles IV de faire son devoir Je roi et de parent en tirant répée contre la repu* blique. On dit qu'il avait fait des efforts pour racheter Ja vie de l'infortuné Louis XVI 5 que des sommes immenses avaient été. proposées à divers membres de la Convention par ses agens : quoi qu'il en soit, aucune démarche évidemment hostile n'était imputée par la France au ministère espagnol avant l'arrêt inique qui frappa le dernier roi.
Cependant le rapport fait par Barrère à la Convention nationale au nom du comité de défense générale , le 5 mars de l'an 1 793 , et à la suite duquel la guerre fut déclarée à l'fispagne , au milieu des déclamations insensées qui l'inondent, laisse voir la réalité de plusieurs griefs antérieurs. Le rapporteur impute d'abord à l'influence anglaise la politique tortueuse et m^ensongère du ministère espagnol. Il parle de nombreuses agressions politiques, d'armemens de terre et de mer, de vexations que les Français établis ou voyageant en Espagne ont éprouvées dès le commencement de la révolution. Entre autres graves offenses
4^4 ftisuK^
à la soaveràiDetë nationale de )a part de l^spagne, il y est question « du refus » de reconnaître la liberté du ci-devant » roi dans l'acceptation de la royauté » constitutionnelle. » Il faut convenir que ce grief n'était pas le mieux établi de tous. Enfin le fait le plus positivement articulé et le reproche le plus raisonnable , est relatif à une cédule du roi d'Espagne du 20 juillet 1791 , antérieure par conséquent à l'acceptation de la constitution royale , et qui était une sorte d'arrêt de proscription contre les Français résidant dans la péninsule.
Il est en effet plus que probable que si le prince de Brunswidi n'eût pas été battu, l'armée espagnole aurait franchi les Pyrénées. Le comte d'Aranda ayant été remplacé par le prince de la Paix, ce jeune ministre se livra à des démonstrations hostiles beaucoup plus indiscrètes y tergiversa quand la république eut provoqué par son envoyé des explications catégoriques , enfin laissa voir cette nullité, et l'on pourrait dire cette niaiserie politique dont il a sufiisafriment donné des preuves depuis. Le lecteur voit qu'il s'agit de Manuel Godoy, dont la rapide
DE l'histoire d'espaone. i^ZS> fortune à été trop scaudalease pour qu'il soit nécessaire de dire comment il la fit. Il mit dans sa discussion diplomaticfiie une puérilité qui devait égayer ces téter de fer de la Convention : il ne voulait pas que la Gonvention se servit dans ses notes de cette expression : La nation es^ pagnolûy ce qui détruisait, disait-il, la souveraineté du roi d'Espagne.
Ce s(R»t les fautes des mnisires qui détruisent les souverainetés; mais ce n'est pas à. la république qu'était destiné \t aoin de punir l'impéritie de Godoj»
La république déclara k guerre, m at- » tendu , est-il dit dans le décret^ que » depuis le i4 juillet 17$^^ le roi dTEspa» » gne a coifôtainment outragé la soove- » raineté du peuple français dans les » diverses communications avec son gou>^ w vemeiaent , et qu'il a toujours consi- » déré Louis Capet comme souverain de «- la nation. » Les termes du premier considérant de ce décret offrent la matière d'un rapprocbement bien remarquable : les deux monarchies ont absolument alterné les rôles ; c'est aujourdliu la France, ou du moins son gouvernemeut, qui refuse de reconnaître la liberté
436 &£suiiil
de Ferdinand dans Inacceptation de la constitution, et qui persiste à le considérer comme toujours et irrëvocablement investi de la souveraineté nationale.
Gpdoj fit la guerre avee autant de succès que la diplomatie : les armées françaises passèrent TÈbre presque sans obstacle à la fin de 1794^ et ^'avancèrent sur Madrid. Les généraux qui^ conduisaient les troupes républicaine? sont au nombre de ceux qui ont acquis , dans \e long cours des guerres de la révolution, de grandes renommées ; et l'histoire , en citant les noms glorieux de Dugommier, Pérignon, Moncey. atteste avec encore plus de plaisir que la modération et la vertu des soldats républicains qui marchaient sous ces hommes d'élite y fut admirée des Espagnols. Ces belles et sévères mœurs militaires, c'est l'enthousiasme de la liberté qui les avait produites^
L'invasion fut exécutée par deux armées : l'armée des Pyrénées-Occidentales et l'armée des Pyrénées-Orientales.
Les journées les plus glorieuses de la première des deux, furent celle du i6 thermidor an I[ , dans laquelle le général Moncey, secondé des généraux de divi-
DE l'his^oiee d'espagite. 4^7 sioD Frégeville et Laborde^ enleva le poste important d'Ërnani, prit ce Saint- Sébastien (qui semblait mieux résister naguère) , le port du Passage , deux mille hommes de troupe, deux cents bouches à feu y d'immenses magasins de munitions, trente navires, et poursuivit l'armée ennemie jusque sous les murs de Tolosd; après l'avoir mise en complète déroute ; la journée du a6 vendémiaire, dans laquelle une bataille gagnée par le maréchal Moncey mit au pouvoir des Français la belle mâture d'Irati, les superbes fonderies d'Egny et d'Orbay cette, évaluées à trente-deuxmillions. D'autres victoires importanteset une foule de combats, qui passeraient à une autre époque pour de grandes journées, composent les fastes de cette armée. Celle des Pyrénées-Orientales compte les victoires des 1 1 et 12 floréal an II, à Montesquieu, à Alberes et à Saint-Laurent de la Monga, où cinquante mille Espagnols furent mis en fuite. Mais cette armée paya ses victoires de la mort de Dugommier.
Le I a thermidor an III , le traité de paix de Bâle suspendit le cours de ces brillantes opérations militaires. La ré-
439 misuMi
publique restitua les provinces qu'elle avait conquises jusqu'à TÈbre, et l'Espagne téda en vetour la partie de Tiie Saint-Domingue qui reconnaissait sa domination. Il était dit, dansFarticleiS, que « la république française , votilant donner un témoignage d'amitié à S. M. G. , acceptait ga médiation en faveur du roi de Portugal, du roi deSardaigne, de l'infant duc de Parme et autres étals de l'Italie. » Ce traité d'alliance offenswtg et défenswe fut ratifié par une loi du oô fructidor an ÏV, sous le gouvernement directorial, qui demanda à l'Espagne, eti vertu du traité, le secours d'un armement maritime assez considérable contre l'Angleterre.
La bbnne intelligence subsista constamment depuis sousr le consulat et pendant les premières années de l'Empire, les clauses du traité avaient été exécutées de part et d'autre avec une entière bonne foi.
Bonaparte, premier consul , avait reçu de son royal allié d'Espagne les insignes de l'ordre de la Toison-d'Or. Après le meurtre exécrable du duc d'Engbi^i, S. M.
Louis^ XVIII, justement indignée^ jren-
DE l'hISTO^RI D*kSPAGirE. 4^^
voya les insignes de ce même ordre au roi d'Espagne, aucun Bourbon de France ne voulant ni ne pouvant plu» le» porter* £n 180O; il s'éleva quelque difficulté au sujet des duchés de Parme, qui^ par le traité de Bâle, avaient été laissés aux prince» d'Espagne. Le voisinage de ces petits gouveroemais princiers contrariait un projet d'établissement républicain ; et les infans régnans pouvaient être sacrifiés sans compensation à cette coq* sidération puissante. Cependant ils eurent l'Étrurie en échange , et l'Espagne abandonna en retour la Louisiane. Cânq ans d'une pleine paix suivirent cet amiable arrangement. Tout-à-coap,eni8o6, au moment où Napoléon ouvrait la campagne contre la Prusse, le prince de la % Paix croit Napoléon déjà abandonné de sa fortune, et met l'Espagne en mouvement et en armes contre un ennemi qu'il ne signale pas. Cette faute timide , à qui les succès toujours croissans de Napoléon ne laissèrent que de misérables excuses, devint la première source des malheurs de l'Espagne et de la famille de Charles IV. En 1807, une armée d'occupation destinée au Portugal, où les.
44o AiËSimé
ÀDgUis étaient toujours à peu près leê maîtres y marche de Bayoune sous les ordres du gëoéral Junot. Au même instant, par un traité secret signé à Fontainebleau , TËspague s'engage à coopérer activement à la conquête projetée.
U est un outre stipulé que le roi d'Ëtrurie, changeant encore une fois de principauté, recevra la province d'entre Minho et Duero en indemnité de la Toscane , et prendra le titre de roi delà Lusitanie septentrionale. Godoy aura la souveraineté des Aigarves et de l'Alem-Tejo, et tous deux seront vassaux de Charles lY. Mais Napoléon y qui^ selon l'archevêque de Malines i , avait dit plusieurs fois : € Je jurai dès lors qu'Us mêla fmie^ » mierUy » dégarnit l'Espagne de tout ce qu'elle avait de meilleurs soldats, en pousse une partie avec la Ron^ina jusqu'au nord de l'Europe, en Danemarck,
> Quoique M. de Pradt soit oité ici, il est bon de prévenir le lecteur que son ouvrage n'a nullement fait les frais de cette section de notre rbcit. Nous les avons empruntés en très-grande partie à l'ouvrage de Llorente, dans lequel M. de Pradt a lui-même puisé à pleines mains et en silence.
DE l'histoire d'eSPAGNE. 44 (
et cantonne le reste aux environs de Florence avec le général Offaril. Napoléon avait apprécié l'Espagne avant qu'il eût vu sa fortune chanceler sur le- sol de cette terre vaillante; il avait avoué à Ëscoïqui^ qu'avec un grand homme pour chef elle pouvfet troubler la France et l'Europe.
En signant le traité de Fontainebleau, qui ouvrait la frontière à quarante mille Français, le roi Charles IV, à qui ce même traité garantissait la possession de ses états , sanctionnait sa spoliation prochaine.
La reine d'Étrurie ne tarda pas k être indignement expulsée de ses états; elle ignorait cette transaction que Godoy eut l'audace de conclure, en ce qui concernait la Toscane , sans le coiiseutemeiit de cette princesse. Bientôt parait cette fameuse lettre de Charles IV à Napoléon , qui dénonce un complot odieux , horrible, du prince des Asturies, pour détrôner son père et sacrifier sa mère. Le prince Ferdinand, étranger à tout projet parricide, mais, indigné de l'audace et de l'ascendant croissant du Xavori, n'avait comploté, dit-on, que de venir cher-
44^ EisuMx
cher UD asile et une épouse dans la cour de Napoléon^ à qui il écrivit également au même instant que son père , pour réclamer sa puissante assistance. Ces âé* mêlés domestiques ont-ils été snscilés par des intrigues étrangères , oa faut-il reconnaître comme leur suffisante source ledésordre et l'immoralité dont le palais était le théâtre? Les uns disent oui ^ les autres disent .non.
Ainsi Pfapoléon devient arbitre entre le père et le iïls ; et deux générations de rois remettent en quelque sorte leur des» tinée aux mains de celui qui ne veort plitf de Bourbons sur le trône d^Espa^e« Une réconciliation eut lieu tout aussttM entre le prince et ses parens. On a £iit de cette réconciliation un acte de la gauche politique de Godoy^ mais ^e ne sais s'il ne serait pas plus naturel de croire que la réflexion et le repentir ayant suivi l'imprudence, le père, le fils, et Godoy luimême avaient comprb que l'arbitrage de Napoléon ne pouvait que leur être à tous bien funeste.
Il n'était malheureusement plustempi de sortir du piège oàGodoj avait entrai*né avec lui les Bourbons d'Espagne. Des*
i»E l'histo»e d'espagnb. 443
troupes s'avançaient; on dit pourtant que Godoy était dans la plus parfaite securi të. Cet imprudent parvenu se donnait les airs de croire à la bonne foi des transactions entre Yépée de Napoléon et sa nullité profonde. Cependant Izquierdo, son agent de Paris , homme doué de bien plus de pénétration, envoyé à Madrid par l'Empereur, dessilla probablement les yeux du prince de la Paix^ qui se hâta de communiquer à la famille royale ces funestes confidences. C'est alors que le projet de fuite en Amérique fut conçu; mais les rois ne s'enfuient pas avec la même facilité que les autres homi](ies : il leur faut pour la moindre chose mettre trop de bras au bout de leurs volontés. Les préparatifs de cette fuite n'échappèrent pas au peuple de Madrid. Le plan de cette défection ayaift été imputé au favori, qui avait réduit à néant la volonté de ses maîtres , la fureur générale se tourna contre lui ; et l'on sait qu'arraché du réduit où il avait honteusement cherché un refuge , il n'échappa à la mort que par le secours des gardes-ducorps. C'est alors que le roi fit son abdication sous la dictée -de la peur , et que
son fils fut proclamé avec une ivresse de joie qui devait à jamais attacher le prince par la reconnaissance, à une si généreuse nation.
Cet élan national , cette révolution soudaine , dérangèrent le plan de Napoléon. La protestation imprévue de Charles lY contre son abdication lui rendit les ressources de cette, division de famille. Alors le prince des Asturies forma la résolution de venir au-devant de Napoléon pour se concilier son amitié , et il y fut encouragé par les agens de l'Empereur.
On supposait ce dernier en deçà des» Pyrénées; il attendait sa proie à Bayonne. Elle y vint ou lui fut amenée; toute la famille royale s'y rendit de même. Les conseillers du jeune prince, livrés à l'illusion la plus tenace , nq purent être éclairés par aucun des nombreux avis qui leur parvinrent sur les projets de Napoléon et les résultats trop probables de ce voyage. Le peuple les devinait d'instinct, et , entre autres lieux , à Vittoria il ne voulait pas laisser avancer la voiture.
S'il faut en croire M. de Pradt, Napoléon fut caressant h l'excès pour Ferdinand , lorsque ce prince arriva. Ce qui
DE l'histoire d'espagne. 445 est plus étonnant encore, et^ dit- on , hors de doute ^, c'est la réalité de cette longue conversation avec Ëscoïquiz , où Ton s'étonne de voir une volonté violente et inflexible^ un despotisme qui vient de procéder avec si peu de ménagement pour toutes les apparences , se plier à toutes les attitudes de la justification. l'Ëtrurie fut proposée à Ferdinand , en échange de l'Espagne; il y avait certainement lésion de plus d'outre moitié.
Le prince repoussa le marché. L'arrivée du vieux roi et de la reine donna lieu aux scènes les plus violentes^ les plus affreuses; elles efifrayèrent Napoléon luimême; le château de Marac, aux environs de Bayonne, en fut, dit-on, le théâtre. On sait tout cela. Napoléon contesta la validité de l'abdication du père.
s C'est M. de Pradt qui atteste rautheiîticitê de cette conversation singulfêre; mais en la pur bliant sous sa responsabilité, il n'est pas àFabri de toute défiance de la part des ^ens peu crédules. Il sera toujours bien inconcevable que dans ce moment^ où sa violence rompait toutes les barrières, Napoléon ait aussi patiemment soutenu la prolixe controverse d'un chanoine de Tolède. Passe encore si c'eût été un archevêque.
Ce moyen ne rénssit pas mîeax qae ran- Ire, et alors TËmpereiir , comme a dit si keoreusement M. de Pradt , devint Jé^ roce par embarras. Ferdinand fat f<Mxé k signer une renonciation an trône ^ «t, par une abdication nouvelle, Charles IV ^andonna sa couronne à Napoléon. Dès lors Joseph fut destiné au trène d'Es^ pagne.
L'insurrection éclata avec fureur par* mi ce peuple , à qui Fon avait , avec tant de perfidie, arraché ses souverains. Le sang coula dans la capitale. Bientét cent cinquante députés espagnols , réunis à Bayonne des divers points de la péninsule et constitués en junte, procédèrent à la reconndssance de Joseph comme souverain des Espagnes. Les grands d'Es* pagne, et notamment le duc de l'Infan^ tado, s'abaissèrent au point d'être bien petits devant cette majesté improvisée; et Joseph fut définitivement roi , et le train de cour recommença avec une merveilleuse aisance : il n'y avait de changé que lui i.
Nous osons à peine rappeler les scènes
> Pradt.
DK l'hISTÛIRB D'ESPAGNE. 447
honteuses de Bayoïme; elles sont assez connues f «ssez d'écrits actuds les ont détaillées à la curiosité publique. La perfidie de Napoléon et la bassesse de ses agens, d^un côté; de l'autre, les scandaleuses querelles de la famille royale d'Espagne; le père reprochant à son fils d'avoir trop long-temps outragé ses cheveux blancs ; et la reine , qui ne peut pardons Ber à ce même fils une juste inimitié contre son misérable Godoj^ s'abandonnant aux eraportemens les plus indignes. Tout entière tombée du haut de la majestée rojale, abjecte et furieuse, elle s'exhale en de sanglantes invectfres^ et finit par demsEnder à Napoléon , qu'elle épouvante^ de faire monter son fils sur l'échafaud. Tel est Fodieux spectacle que présenta le château de Marac après là venue si malheureuse et si imprudente de cette famille, non moins abusée par Vimpéritie de ses conseillers que par la duplicité profonde des sbires titrés de son grand et terrible ennemi. Spectacle aussi déshonorant pour la puissance qu'instructif pour les peuples, si les peuples pouvaient profiter des' leçons que l'histoire leur donne.
Maintenant, les événemens qu'elle aurait à mettre sous leurs yeux sont la matière d'exemples plus nobles et plus dignes : une nation tout entière outragée dans ses rois , attaquée dans son indépendance, se levant comme un seul homme, et saisissant les armes 5 opposant à la supériorité de la conduite militaire, les inépuisables ressources du dévouement et du désespoir; le besoin de la vengeance, unique mobile de tous, sans exception de sexe^ de profession, ni d'âge; et cette nation espagnole, naguère généreuse amie des Français , devenue si dissemblable d'elle-même dans cette affreuse carrière de repr^ailles, qu'on croit la voir, ivre de fureur et de sarig, disputant aux peuplades anthropophages le prix de la férocité.
Le jour de la fête de saint Ferdinand^ l'explosion se fit en plusieurs lieux de l'Espagne. Napoléon s'était singulièrement trompé sur le caractère espagnol :
ayant décidé du destin de plusieurs nations du Nord en deux ou trois champs de b^ataille , il crgyait qu'il en serait de même dans la péninsule ; mais avec ce peuple, dont la ténacité est extraordi-
DE l'histoire d*espagne. 449 a^fpi'i naîre, le combat peut cesser, la résis- II sont; ^^^^^ dure toujours i. is età ^^^ ^° ^^^^ ^^ cette confiance aveugle dans sa fortune, les premières troupes qui pénètrent en Espagne n'étaient point ce^ vieilles phalanges si long-temps victorieuses de l'Europe, mais des légions de conscrits aussi neufs que l'habit qu'ils venaient de recevoir. Sont-ce là ces redoutables instrumens d'oppression et de conquêtes, s6 disaient avec étonnement les Espagnols, peuple très-aisément affecté par les formes extérieures de l'hom- Toe ? ils furent presque indignés de n'avoir que de pareils adversaires à combattre. Bientôt après, quand ils se furent mesurés avec nos vieilles légions , terribles autant qu'imposantes, ils comprirent parfaitement cette grande renommée de la vaillance française. Mais eux aussi avaient possédé long-temps ce patrimoine de gloire^ et s'ils s'étaient laissé devancer dans la connaissance pratique de
> Deux grandes méprises ont détruit la fortune de rCapoléou j la première, à Fégard du génie de la nation espagnole ;'et la seconde, relativement aux accidens du climat de la Russie.
45o UÉSUMÉ
tous les arts y dont le secoure assure le triomphe de celui de la guerre , ils pro«vèreot du moins qu'ils se souvenaient de leur temps passé.
Cependant le pays était envahi f toutes les places fortes sur la frontière des Py* renées avaient été surprises; et si l'on ajoute à cela que l'Espagne manquait de tous les élémens matériels indispensables pour l'organisation d'une armée ^ combien la résistance n'offrait-elle pas de difficultés!
Une junte se forme à Sévillepour administrer au nom du roi prisonnier; des juntes se constituent pareillement dans les autres provinces; et comme un même esprit anime toute rEspagne^ partout il inspire les liiémes résolutions. La correspondance des différentes villes s'é^' tablit à la faveui: d'un sol tout façoooé pour une guerre de surprises y d'emhûr ches^ et le plus profond accord vient ajouter sa puissance à la spontanéité des mouvemens.
Murât avait le commandement en chef de l'armée : on a attribué à trop peu de prévoyance de sa part quelques-unes des causes de la journée de Baylen. Les
DE L'HIS1<OimE Ï)*ESPA61IB. ^5t
lenteurs du géoëral Vedel, qui devait opérer sa jonction avec Dupont , sur la rive droite du Guadalquivir, près d' Andujar, lui ont attiré des imputations très-graves r. Enfin on a allégué que
s rayais dit dans ma première éditioii : ce Le^ » lenteurs du général Vedel, qui devait opérer » sa jonction avec le général Dupont, sur la rive » droite du G^dalquivîr^ prés d^Andujar> ont » égdement pam appeler du blâme et même n du sonpçon. w
Je partageais, lorsque j'ai écrit ces mots^ l'er* reor commane, qui faisait une distribution à peu prés égale de blâme et de reproche entre le général en chef et les généraux servant sous ses ordres dans cette malheureuse affaire, et j'étais, je puis dire, plus excusable qu'un autre^ par la raison que d'anciennes relations avec des officiers du corps qui se trouvait immédiatement flous les ordres du général Dupont m'avaient fait accorder une facile confiance à leurs récits : récits peut-être dictés par leur zélé pour l'honneur du chef sous le<piel ils avaient servi. Mais la lecture que je viens de faire du Mémoire du comte de Vedel a détruit en moi cette prévention invétérée. H me parait s'être complètement justifié^ et je me hâte d'en consigner ici le témoignage. Le respect de la vérité et de la justice est partout important, mais surtout dans les livres que la nature de leurs proportions destine quelquefois à devenir populaires.
deux fourgons qui rompirent sous le poids des riches dépouilles qu'ils contenaient, arrêtèrent la marche de la division principale à Andujar. Cette dernière assertion paraît malheureusement assez fondée. Au reste , nous ne rapportons les diverses versions, tour à tour accréditées , sur les causes du désastre ou du bonheur de Baylen , que pour en faire une preuve de l'incertitude qui^ pour les contemporains eux-mêmes, accompagne souvent les événemens dont dépend la destinée des empires. La journée de Baylen fut de cette sorte : elle prépara l'indépendance de la péninsule^ en donnant au courage espagnol l'appui d'une profonde conviction dans l'issue définitive de cette grande lutte.
Dupont capitula après s'être battuavcc sept ou huit mille hommes contre plus de quarante mille : les Espagnols avaient uiie artillerie considérable. Cette capitulation, accordée sur le champ de bataille, était à des conditions très-supportables^ mais la junte deSéville, vu les précédens , ne se crut pas obligée à la ratifier. De si grands exemples de mauvaise foi donnés à l'fspagne, le rapt de
DE l'hISTOIEE D*£SPAGirE. 453
ses princes , une si perfide et si scandaleuse invasion, avaient presque établi le droit, pour des hommes. qui défendaient Findëpendance du sol où le ciel les fît naître, dé traiter la guerre au mépris de toutes les considérations de générosité et d'humanité^ ainsi la fit-on. de part et d'autre. La junte de Séville poussa même l'excès jusqu'à mettre à prix la tête de tous les courriers de l'armée française, ou de tous les officiers d'état -major voyageant en courriers, pour opposer un obstacle toujours renaissant à la correspondance et aux opérations des divers corps.
Les soldats échappés à Ba^Ien furent entassés à Cadix sur des pontons ^ tandis que les généraux et les principaux officiers rentraient en France; de sorte que la capitulation n'avait été observée qu'à leur égard. Napoléon , à force d'humiliations, leur fit expier à la fois leur défaite, leur capitulation et leur retour.
Joseph^ installé roi à Madrid depuis peu de jours , en est chassé par une insurrection nouvelle; il se replie sur Vittoria. Ferdinand Yll fut proclamé de nouveau dans sa capitale. En même
454 KÉsoxi
temps , maigre rimrépidité du géoérsA JuDOt, le Portugal était abandonné à k supériorité num.érique des armes anglaises. Ici commencent les opéra tioas de la jante suprême d'Aran)ae£« Noos allons abandonner sans retour l'histoire des faits militaires; elle doit être lue entière et à part. Les exploits de cette vaillance française contemporaine et les ma^animes effets des kabitans des Espagnes doivent être récit ésetpeims avec complaisance ^ et non pas analysés avec une impatiente brièveté; nuds quel* ques aperçus sur la nouvelle direction politique que prend au milieu de cette guerre la nation, jusque là endormie sous les pieds du pouvoir monarchique , sont mieux de notre sujet. C'est un excellent patriote espagnol qui va nous servir de guide i.
Napoléon n'avait cru la nation espagnole si aisée à soumettre que parce qu'il la croyait absolument hébétée par les
* NoTiciA de los principales sucesos ocurridos en elgobierno de Espana desde el momento de la insurreccion en iSoS,hasta la disoluaon de las certes ordinarias en tSi^. (Attribué an comte Torreno.)
DE l'histoire d'eSPAGNE. 4SS
nftoines. C'est un aveu que ses familiers ont entendu de sa bouche, et ce fut une grande erreur. Il y avait en Espagne et des lumières et des idées libérales , et ceux des Espagnols qui observaient et connaissaient bien l'état de leur pays , y voyaient fermenter les élémens d'une révolution prochaine y loi^ue la fatale entreprise de Napoléon vint précipiter la manifestation du changement moral que cette monarchie décrépite subissait çn secret et en silence.
Ce n'est point* l'ignorance , ce n'est point la superstition ni le gothicisme qui ont résisté à Bonaparte; c^st le sentiment profond et très-éclairé des droits d'une nation libre. Cette vérité , mécon^ nue oi;i volontairement altérée durant la guerre de l'indépendance , s'est manifestée depuis; et l'exemple de l'Espagne a confirmé encore une fois la justesse de cette observation, que les révolutions sont faites et finissent dans leurs résultats durables , alors qu'on croit qu'elles commencent.
Le mouvement simultanéqiii fit naître dans toutes les provinces une sorte d'organisation provinciale , comme moyen
de résistance , sans qu'il y eût accord antérieur entre elles, rompit naturellemeot le lien usé qui les unissait à uu centre monarchique et à une apparence de gouvernement sans force et sans énergie. Les. juntes provinciales, égales en pouvoir, n'avaient aucun droit les unes sur les autres , aucune raison pour s'arroger la suprématie. Il n'y avait entre ^les de rapport qu'une conformité entière d'impulsion pour la commune défense. Aiosi , sans calcul et dans un instant, l'indignation généreuse de tout un peuple avait changé son antique gouvernement en un véritable régime fédéral^ tout imparfait qu'il fut. Les juntes provinciales , tilles de telles circonstances , devaient être, elles étaient en effet trèspopulaires, et leur autorité fut légitimée par l'assentiment unanime des habitans.
Le premim* soin des hommes distingués qui composaient ces juntes avait élé de prononcer un serment de fidélité à Ferdinand, comme le seul souverain qu'ils voulussent reconnaître. Leurs efforts pour organiser la défense du pays furent prodigieux et couronnés de suc-
DE l'histoire d'espaone. 457
aes, pui$qu*enfin , après la bataille de Baylen , les Français avaient été obligés de se retirer jusqu'à TÈbre. Bientôt on sentit la nécessite de centraliser les opérations du gouvernement pour leur donner plus de force et d'activité; et c'est alors que la junte d'Aranjuès fut* installée. Les premiers obstacles que cette junte eut à vaincre , vinrent du conseil de Castille , qui , sans avoir rien fait pour la nation^ ou plutôt qui s'étant lâchement soumis à l'usurpateur, avait la ridicule prétention de représenter la volonté nationale. La junte centrale fut seule* reconnue par le peuple espagnol.
. Napoléon entra en Espagne, et Madrid fut repris. La junte se transporta à Séville, et elle y continua ses fonctions jusqu'en 181 o. Cortès et constitution j tel était le cri unanime de l'Espagne. La junte ceatrale organisa les cortès. La bataille d'Ocana et l'invasion de l'Andalousie suspendirent ses travaux et la chassèrent de Séville à l'île^de Léon. Là elle forma une régence de cinq personnes choisies dans son sein , pour donner encore plus d'activité aux opérations administratives.
458 AÉSUMé
L'Amérique reconnnt ce gouverne^ ment, à Texception de Yeoezuela et Baenos-Ayres , qui se gonveroèreut par.
des juntes particulières jusqu'au retour de Ferdinand.
Par l'effet des travaux de la jdnte centrale, l'électiou des cortès était de«> venue ce qu'elle devait être. La nation, jusque là exclue du droit de nommer y y avait la plus grande part ; et rAmëri* que, qui n'avait jamais eu de représentant de ses intérêts dans la métropole , y était représentée.
L'installation des cortès générales et es.* traordinaires eut lieu en septembre 1810, sous le canon de l'ennemi, il serait di/fi-
cile, dit un témoin oculaire et l'un des jdns célèbres acteurs de cette scène , de peindre l'enthousiasme qu'elle excita parmi le peuple et l'armée. On pressentait que cette organisation si nationale portait en elle le salut de la patrie.
Tel fut le congrès illustre que ses dë« tracteurs ont affecté de nommer les cartes de Cadix, comme pour le dépouiller du caractère imposant qu'il avait en effet reçu de l'assentiment umversel.
Ces cortès se composaient des députés
DE l'histûi&s d'espaone. ^Sg
des provinces , nommés par tMs les citoyens > conformément au mode légal d'élection ; de ceux de T Amérique, de ceux des juntes supérieures des provinces, de ceux des grandes cités ayant droil particulier à la représentation i , et enim des suppléanspour les pays occupés par l'ennemi. L'Espagne à nulle époque n'avait eu une aussi imposante et aussi réelle représentation. Il n'était plut question de cor tes d'Aragon ou de C2astille , il était question de cortès d'Espagne. Il eàt été absurde au xix^ siècle d'imaginer que la liberté des peuples dût être cherchée dans de poudreuses archives^ absurde de vouloir s'en tenir à ce qui s'était fait jadis , plutôt que d'observer ce qu'il convenait présentenaent de^faire. Le» anyeunes certes étaient très -diverses , soit par la nature , soit par le nombre des ëlémens de leur composition. En Aragon le peuple en était ; en Castille il n'en était pas. Le principe de l'union fédérale n'était pas connu , et le droit de réprimer une royauté usur pâte ice des droits du peuple , le droit sacr4
> F'iliat dé voio en cartes.
46o sisuMÉ
de réclamation ne Tétait pas davantage f enfin il n avait jamais existé un système de principes pour la repr^entation générale de la nation. Les anciennes cortès n'étaient pas autre chose , depuis Tagrandissement du pouvoir royal , que la réunion de quelques procureurs de villes^ qui ne tenaient nullement leur mandat du peuple 9 qui le tenaient à titre de faveur ou à titre onâreux du roi lui-même, qui transmettaient cette fonction comme un bénéfice héréditaire ; et , encore une fois 9 jamais la nation n'avait été représentée d'une manière plus vraie, plus solennelle et plus auguste que par les cortès de Cadix. D'ailleurs la légitimité de cette assemblée n'a pas besoin d'être démontrée. La légitimité d'un gouvernement quelconque, il faut en c^vour, est dans sa reconnaissance libre et spontanée par la nation. Aucun des actes de ces cortès n'avait été désapprouvé par l'opinion publique.
Ce n'est pas un des ipioindres phénomènes de la révolution espagnole que cette assemblée de patriotes éclairés et vertueux , se livrant aux discussions les plus difficiles avec imperturbabilité, et
DE L*HISTOIRE d'eSPAGNE. 4^1
improvisait les résolutions les plus généreuses et les plus sages, au bruit 4u canon ennemi , dont les boulets venaient tomber à l'enlour de l'enceinte des délibérations publiques. Certes il eût été difficile d'imaginer qu'une nation comprimée , étouffée depuis trois cents ans, et qui passait en Europe pour être en quelque sorte déchue de la pensée, prendrait soudainement cet essor immense qui l'a placée à la hauteur des peuples les plus éclairés , des peuples qui regardaient l'Espagne bien loin en arrière d'eux.
Il faut considérer que c'est au sortir des replis et des nœuds mortels de l'inquisition , des bras de fer du despotisme; en dépit d'une détestable éducation publique y des plus mauvaises études , de la difficulté des communications avec les lumières étrangères, ou plutôt malgré l'isolement le plus absolu, que l'Espagne a fondé, par l'organe de la première assemblée nationale qu'elle ait eue, les bases d'une constitution libre, la liberté de la presse et l'abolition de l'inquisition, la réforme des monastères, celle d'un clergé trop influent, en même temp
4^2 BÉSUMé
qu'elle ravivait toutes les sources de la prospérité publique.
Ton telles U-ansactioDS de Bayoïme fu.
rent annulées par les cor tes, s'investissan t elles-mêmes de La souveraineté nationale. Fidèles à leurs sermens, elles ajoutfiit à cette première mesure un nouveau sermeut de âdélité à leur unique et légitime roi, Ferdinand VU de Bourbon; elles établissent les bases le plus rigoureusement équitables pour l'exercice de leur autorité, et en se r^ervant le pouvoir législatif dans toute sou éten-^ due, laissent l'exécutif au conseil de régence représentant le roi, et le judiciaire, dans toute son intégrité, aux tribunaux existans.
Tel fut ce décret des cortès^ presque comme une subyersion totale du gouvernement monarcbique : le monarque y était de nouveau reconnu, nonobstant sa sortie du royaume , à laquelle le bon sens national s'était tant opposé; malgré ses renonciations, malgré la présence des armées étrangères. Les cortès s'étaient proposé avec une pleine franchise le but de consolider les dt'oits du souverain légitime , d'anéantir le vain titre du roi
DE L^HISfOIBE d'eSPAGHE. 4^3
intrus, de dëiruire tout germe de démocratie qui aurait pu surgir aux dépens du pouvoir royal, et de moraliser, pour ainsi dire, plus fortement toute la na* tion , pour qu'elle s'affranchit avec plus de facilité.
De» partis ne tardèrent malheureusement pas à se former dans le sein des certes, et leur naissance se manifesta à l'occasion de la discussion relative à la loi sur la liberté de la presse. Les ecclésiastiques y qui se trouvaient presque en majorité dsitis les cor tes, bien que beaucoup d'entr'eux fussent ardens promoteurs de» réformes, furent les organes de cette vive opposition. Leur existence et leur bien-être , leur grande opulence, étaient trop intimement attachés à l'ancien ordre de choses pour qu'il en put être autrement. D'autres membres , qui appartenaient comme les prêtres aux classes privilégiées, firent cause commune avec eux. Ce fut lors des orageux débais de cette discussion de la liberté de la presse, que le public^ impatient spectateur, créa les dénominations de libéraux et de serviles, justement devenues depuis, le mot d'ordre de la
révolution cl de la contre-révolatioit Ud autre parti prenait sa naissancç dans les intérêts particuliers de la natioa espagnole d'outre-mer. Unis en général avec les libéraux y les Américains s'en séparaient relativement à des questions spéciales. Au surplus , en ce qui concernait l'expulsion des étrangers, l'unanimité du sentiment était admirable '.
Les hommes les plus opposés d'opinion ne songeaient plus à rien y sinon qu'ils étaient espagnols , lorsqu'il s'agissait de l'indépendance de la patrie. Il y a plus ^ éclairés par lés effets de la discussion libre de la tribune, on vit des serviles qui tenaient par exemple à l'inquisition, devenir ses plus chauds antagonistes : c'est que sous les plus grands préjugés il y avait toujours un riche fonds de patriotisme.
Les cortès s'occupèrent ensuite de l'abolition des restes des droits féodaux; et à cet égard leurs travaux ne furent pas pénibles^ par la raison que la féodalité avait jeté dans le sol de l'Espagne de
■ Pero en todos los partidos hubo unaninùdady quando la question cru sobre repeler al extrangero.
DE l'histoire d'sspagne. /|6S
bien moins profondes racines que partout ailleurs.
Cependant une commission de quinze membres s'occupait sans relâche du projet de constitution ; ce fut le dernier objet des discussions du congrès national. L'examen scrupuleux des matériaux fut proportionné à la haute importance de l'édifice. Cette constitution que tout le monde connaît , et que tant de gens ont critiquée avec fureur, renferme évidemment les principes et les germes de toute organisation sociale généreuse et libre. Ce n'est point qu'elle soit parfaite; mais elle ne pouvait pas être meilleure pour le moment oii elle est née. L'état actuel de l'Espagne et de sa noblesse innumérable rendait impraticable Téta-* blissement d'une chambre haute , tant regrettée par quelques-uns. De quoi l'eût-on composée cette chambre? Des grands d'Espagne sans doute : mais si ceux qui trouvent cela tout simple connaissaient cette grandesse qu'ils eussent si volontiers placée au sommet de la pyramide constitutionnelle; s'ils voyaient de près l'ignorance profonde , l'horreur ant^-constttutionnelle de cette classe»j9(/-
466 E^uHs
trijiée, les bras l(}ur (aiuberaient de découragement; et ils avoueraient amssi ^46 c'eut été vouloir donner à l'Europe et au inonde le spectacle le plus risible et le plus inglorieux pour l'Espagne i. D'ailleurs, est-ce à ces débris du despotisme féodal qu'il fallait confier la consfervation de la liberté naissante, plutôt qu'aux hommes dont les richesses et It consistance sociale , produits de la /toovelle société, auraient fait de véritablea gardiens de la constitution? Ces honuaes, on les aurait trouvés avec le temps, et à toute rigueur la chambre haute serait venue plus tard 3.
Pour ce qui est des ministres et de la réélection des députés , il arriva en £»< pagne ce qui arrive partout la première foisque s'ouvre le chenain de la Hberté, au sortir d'un gouvernement de^[>otiqiie. La crainte de se tromper £ait que l'on
* C^est toujours k citoyen espagnol «pii parle. Foyçz, au surplus, dans M. de Fradt, comment le duc de Tlnfantado se tire fièrement de sa conversation avec Napoléon à Bayonne.
* li^autear présumé qui parle est comte.
DB l'histoire D*ESPAGNE. 467
j>ose barrières sur barrières , et souvent tanS trop de discernement; mais l'admis* sion du principe de non réélection fut une faute.
Un plus grave reproche adressé à la constitution des cortès , est d'avoir sanctionné rintolératice religieuse; mais c'est une concession que Foti ne peut juger qu'en se plaçant au milieu de la superstitieuse Espagne. Cette nation n'avait qu'une croyance, et l'exclusion donnée à tonte autre était par conséquent sans danger. 11 n'en pouvait résulter qu'un motif d'éloignemettt pour les étrangers i.
La consécration du principe de la souveraineté nationale , dans la même constitution, a eicité le soulèvement des mêmes hommes; mais si une pareille déclatatiôb pfeut paraître inutile pour une iiatiotl qui jouit tranquillement de ses dtoits , et qui , d'accord avec ses rois légitimes, réforme sa constitution, il n'en est pas de même de celle qui , abandonnée par eux, livrée, vendue parleurs transactions forcées ou volontaires, com-
« Cëtait quelque chose, ce semble, tu FcUt de FEspagne.
468 nÉsuHÉ
me une propriété ordinaire à un acquéreur, se voit encore traitée en rebelle par cela seul que ses princes ont abdiqué. La nation espagnole ne pouvait^ placée qu'elle était entre l'abandon et la tyrannie , que faire à la face du inonde la déclaration solennelle du vrai principe en vertu duquel tout peuple peut se constituer et se défendre. Fallait-il donc que l'Espagne souscrivît par sonsilence à cette cession de la souveraineté sur son territoire 'j et pouvait-elle s'y opposer autrement qu'en la revendiquant pour ellemême? Aucune nation, digne de ce nom, se fût-elle conduite fiutrement en pareille circonstance ? Les Espagnols ont eu ^ de plus, l'avantage de se conformer aux pré* cédens fournis par leur histoire, ce qui devrait être une réponse péremptoire pour ceux qai préconisent exclusivement le passé : ils peuvent consulter, entre autres traditions, le fameux discours du connétable Rui Lopez d' Avales, pendant la minorité de Jean II, roi de Castille. La couronne fut offerte à Ferdinand, oncle du roi mineur, à cause de l'extrême jeunesse de celui-ci , qui préparait de longs déchiremens à l'jEtat-
DE l'histoire xD' ESPAGNE. 1^6^
Ce discours, rapporté par Mariana , est de la plus haute éloquence, et digne, par
.la 'hardiesse et. la libéralité des principes, d'être mis en parallèle avec tout ce
,qpe la tribune de nos jours a produit de
tfî^^^ reniarquable. Le droit que la nation a de se gouverner y est consacré comme chose reçue, comme le garant de la sécurité des peuples. Dans l'Aragon, à la
.mort du roid^n Martin, les royaumes j^e Valence , de Catalogne .et d'Arstgon
oiommèrent une jvLUte qui se réunît d^ns Ça^i^ pour ^pnner la couronne à celui
^qgi réunirait le plus de suffrages, et elles cjboisjrent rinfanl don Ferdinand de Cas-
.tjlle. A- des époques plus reculées^ on
.vpit^pl us fréquemment e^pcore la natioii
jÇ^is^nt «cte.de souveraineté suprême par .lelçb^Uc 4e «ef maîtres. Don Alphonse
J^efiataUleur ^v^it imiitu^é les Templiers J)^ritiflrs4^^soTvrpy^ULiQep%e&cpnèsd'A- • JT^ilQW >. JC^H^ies à ll^oiji^pp^ anjiulèrept ce , i^ej^n^^t, at 4pni)^f!^^ 1^ couronne à çJw B.î^?ftiifp4e Mpwe. Jips Navarrois de J^e^çur, cà.^é qhpisiren^ Qarcia Ramirez i. A cette époque, le principe de la souverai-
\!^vtLnA, Anntdes de P Aragon.
netc nationale reçut une extension telle, que lorsque Inigo Arista est appelé par ]es habitans de Sobrarve et de Ribagorce, il reconnaît en montant sur le trône que s'il porte la moindre atteinte aux privilèges, la nation aura le droit de l'en faire descendre pour se donner un autre chef, soit chrétien, soit infidèle , En dernière analyse, la constitution des certes établissait les bases fondamentales de la liberté et de la prospérité publiques. Liberté individuelle, indépendance des j uges , publicité des jugemens, et latitude illimitée pour la défense des accusés. Le jury était de même consacré par un de ses articles, mais son établissement était ajourné. La représentation nationale était constituée de telle sorte, que la majorité des Espagnols y concourait.
La liberté de la presse , élément si essentiel et si inévitable des gouvernemens représentatifs , était érigée en loi fondamentale et invariable. L'administration des provinces et des communes^ était abandonnée aux provinces*et aux^ communes elles-mêmes en tout ce qui était intérêt de localité; enfin on avait prévu avec beaucoup de râerye et de moNire
DE L*HISTOIEE d'eSPÀCNE* 4?^
les moyens d'introduire les changemens que le temps pourrait rendre nécessaires dans la loi politique de TÉtat. Telle est en substance cette constitution qui fut reçue avec d'unanimes applaudissemens par les peuples espagnols, et qui reçut d'illustres approbations , même chez les nations étrangères. L'empereur de Russie , le roi de Prusse , le roi de Suède , la reconnurent formellement par des articles des traités qu'ils firent alors avec r£spagne.
Au-delà des mers, comme dans la péninsule , la constitution fut accueillie ■ avec enthousiasme et comme un bien inestimable, et son observation fut jurée par acclamation. L'assentiment fut égal de la part de toutes les autorités civiles , de tous les corps constitués , smifi ep excepter même les chapitres ecclésiastiques et les communautés religieuses. Les établissemens publics , sociétés littéraires et autres , adressaient à l'envi leurs félicitations au congrès. Aucune institution humaine n'a jamais été l'objet d'une acceptation si unanime et si expressive; aucune loi n'a jamais été si solennellement jurée et reconnue.
47 î» RESUMA
Le terme dès travaux ^u congrès fut l'afoolitiondu Sainl-Oflice. Il se trouvait implicitement anéanti par la constitutioti ; mais on pensai qn'nh tel ëdifîce de despotisme et de scélératesse, Tunique cause peut-être de tous les mau:x de la nation espagnole , méritait une démolition expresse et solennelle. Un des motifs de cette résolution fut que Bonaparte avait prétendu le renverser d'un coup de décret lancé de son quartier-général de Chamartin. Plusieurs libéraux pensèrent qu'il était odieux pour la nation de voir un étranger prononcer si militairement sur le sort d'une institution importante y quel que fût d'ailleurs son caractère. L'inquisition était comme suspendue de ses fonctions depuis Finsurrection de 1808^ quoique ses partisans ne se fussent pas lassés d'insister pour qu'elle fût remise en vigueur. Le parti libéral des cortès, au contraire, ne perdit aucune occasion de préparer l'opinion publique pour obtenir depuis un triomphe complet.
Les étrangers n'ont point en général suffisamment apprécié lé vërftable et le plus terrible niai que ce fameirx tri-
DE l'histoire D'eSPAGKE. t^Z'
bunal a praduil. ÉpoûvaDtés du grand ilômhre de victinies qui ont péri sur Jes bûchers ou dans les cachots , ils ont pris les affreuic autO'-da-J'é ^ur sujet unique de leurs imprécations , sans remarquer que les mêmes persécutions, les mêmes assassinats juridiques étaient commûnsT, il n'y a guère que deux siècles, à presque toute l'Europe. On brûlait en Allemagne , On brûlait en Angleterre , on brûlait en France^ la Saint-Barthélémy et les divertissemens de la place de TEstrapade valent bien les processions en- San'benito.hés dragonades des Cévennes peuvent'bien aller de pair arec les autùda-fé âe Gastille. Cette rage fanatique Radoucit partout avec le tçmjJs; et certes à l'époque du supplice de ce jeune et infortuné chevalier La Barre, on ne pouvait rien citef de l'inquisition qui portât le même caractère d'atrocité. Mais le grand crime de l'inquisition est d'avoir couvert du manteau de la religion le machiavélisme de la politique; c'est d'avoir abruti, perverti le peuple, et d'avoir su environner la terreur de ses exécutions , du respect et de la vénération des choses saintes. Son grand crime e^t
474 Aiteuxé
d'avoir rendu la religion jerrible et abominable aux yeux du plus grand > nombre, en lui faisant porter la responsabilité de ses fureurs j c'est d'avoir proscriv les lumières y défendu les communications.
Ce tribunal a été bien plus funeste pour l'Espagne que ne l'ont été pour la France ses guerres de religion*. Le sang qui coule sur les champs de bataille , au milieu des factions , donne au moins quelque Vigueur aux âmes , au lieu de les dégrader ; et ces guerres y après tout , si elles n'ont pas hâté les progrès de, la raison, ne les ont pas non plus retardés : nxais ce tPtbunal , par un système constant d'oppression commun à toutesles parties de la monarchie, avait opposé des obstacles presque insurmontables à l'essor de l'esprit humain dans CjSt te belle partie de l'Europe. Plus puissante que la plus excessive tyrannie, l'inquisitionpoursuivait l'homme jusque dans Tasile inviolable de la pensée. Au reste, ce n'est pas d'aujourd'hui que la nation espagnole, opprimée et déshonorée par elle , avait demandé sa réforme. Les communeros du.
XVI* siècle l'avaient réclamée de même : et toutes les fois que la péninsule, si hor-
DE l'histoi&e d'espagne. 4'^ 5 riblemeot baîlloonée , a pu recouvrer la voix , elle a poussé un cri d'accusatloa contre le Saint-Office.
< Quoi qu'il en soit , la discussion qui , dans les cortès, précéda le décret d'abc- Ultion , fut certes étendue et lumineuse. L'abolition fut prononcée à une majorité immense ; encore ceux qui votèrent contre , à l'exception de sept ou huit, ne défendaient-i)s point l'inquisition dans son mode act-uel d'existence; mais ils eussent préféré une réforme.
Les travaux des cortès extraordinaires aucongrès national étant terminésau commencement de i8i3,les cortès ordinaires ouvrirent leur session immédiatement, et passèrent successivement de Gadi^ à l'île de Léon, et de l'île de Léon à Madrid, où elles reprirent leurs opérations au commencement de i8i4* ^^^ ^^^'^ ^6 manifestèrent les inconvéniens de la non réélection. Les cortès avaient fait; comme on voit, précisément la même faute que l'assemblée constituante de Fiance, qui, en abandonnant la législation à de nouvelles mains , prépara les bouleversemens dont nous fûmes victimes^ cela seul devrait affranchir les cortès da^re-r
proche d'avoir marché sar:Ies traces de la révolation française. A coup sûr, en suivant ses erremens j elles auraient au moins ëvitë des fautes aussi capitales et aussi reconnues par ia révolution ellemême. Le cïergé, soulevé contre les r^ formes qui faisaient à ses intérêts une guerre plus terrible que celle de Napoléon, forma , dans ces nouvelles conès, Une opposition beaucoup plus compacte; ses intrigues avaient fait prévaloir ses adhérens dans les élections. L'innombrable tourbe des reptiles ^ alimentée par les anciens abuâ, commença à s'agiter lorsqu'on voulut dessécher les marais impurs qui formaient son domaine. On voyait réunis contre les cortès et le sys- ' tèfne libéral , les séides du despotisme éclatant et doré que les malheurs de la France et les funestes victoires de Napoléon avaient mis en crédit, avec teux qui avaient trouvé leur compte dans cet ancien régime qui avait duré jusqu'en 1808. Aux yeux de tous ces hommes de boue et d'argent , les vrais patriote^ étaient des fous ou des brouillons : voilà donc les libéraux et les servi lès de nouveau ton présence. Quant à ce troisième
DE l'histoire d'Espagne. 477 parti dés Américains, dont nous avons parle plus fmul, il disparut entièrement dans ce nouvel ordre de choses qui n'admettait plus que des différences tranchées, et se fondît dansla masse libérale. '
Malgré tous les efforts de la faction contraire , la supériorité morale des talons et des lumières étant pour le parti national, les cortès*ordinaires purent suivre les généreuses traces de l'assemblée qui les avait précédées; elles travaillèrent au complément du système constitutionnel dans toutes ses parties de détail. La plus grande harmonie régnait entre les divers pouvoirs. La confiance ' de la nation dans les hommes ,4ui lui consacraient leurs efforts, n'avait souffert aucune altération, et la péninsule commençai t'a respirer au sortir des longs malheurs de la guerre. Les chefs politiq^ues des provinces rivalisaient de soins; une nouvelle vie animait toute l'Espagne, et la nation était comme enchantée et étonnée à la f6is du sentiment de sa nouvelle existence. Jamais la péninsule n'avait joui d'un état de société semblable : s'il eût plu à la Providence de le faire 4iurer, elle eût en peu de temps
47 B AisuMÉ
guéri les plaies profondes que lui avaieut faites non-seulement la guerre actuelle^ mais encore une époque lointaine d'ambition de même nature , et trois siècles de despotisme par-dessus.
Le parti des serviles ^ ne pouvant attaquer de front la constitution , à laquelle les vœux unsîuimes de la nation servaient de rempart ^*prit les voies souterraines qui partout lui sont si bien connues, et procéda àJa ruine de l'édifice par voie de calomnie contre ses illustres constructeurs. On a beau faire, il. J a toujours au fond du cœur humain une place pour accueillir les présens empoisonnés de la calomnie, et le mot de Tacite, Iworet calumniapronis auribus accipiuntur , sera éternellement vrai, surtout en psqrlant des peuples , que la reconnaissance et l'admiration pour ses ' défenseurs fatiguent si vite. £h bien ! le bons sens national triomphait encore de toutes ces manœuvres obscures. La bonne intelligence entre la nation et son gouvernement subsistait pour le désespoir des machinatem*s; la liberté et la raison prévalaient, et la tranquillité régnait «ncore; cep^idant l'orage se préj^rait.
Tandis que Napoléon assistait dans le Nord à la destruction complète de ses puissantes arme'es, à la même époque, son frère Joseph , chassé de Madrid par Wellington, perdait sans retour sa fragile couronne à la bataille deVittoria '. A son retour de l'expédition malheureuse de Russie , Napoléon voulut se débarrasser de son prisonnier de Valençay, ou peut-être , pressé du besoin d'une paix générale, était-ce 'un gage de ses dispositions qu'il voulait donner à la France el' à l'Europe. Cette guerre d^Espagne si nfeurtrière , qui venait de finir au bout de cinq ans, par l'affranchissement de la péninsule, lui avait coûté trop cher pour qu'il voulût la recommencer, lors même qu'il n'aurait pas eu sur les bras ITEurope entière. Il traita donc avec son captif Ferdinand. Par le traité de Vâtençay, ce prince était remis en possession de l'Espagne ; il s'engageait à conserver la monarchie dans son intégrité, et spécialement à ne jamais céder aux Anglais Ma-
I n la perdait, dans le sens propre et littéral . comme dans le aen» figuré , car les malles qui renfermaient tout Fattirail de la représentation royale tombèrent au pouyoir de Fennemi.
4So Ktstjvé
bon ni Cenla , places alors en leur pouvoir : les droits maritimes entre la France et l'Espagne devaient exister comme avant 17^2, c'est-à-dire suivant les stipulations du traité d'Utrecht, Le traité était soumis a l'approbation préalable du conseil de régence institué par les corlès. Ferdinand s'engageait en outre à cbasser les A-nglai^y et a restituer aux partisans du roi intrus leurs emplois , leurs bonneurs , leurs biens, en6n tous leurs droits , bien ou rhal acquis. Cette dernière disp<^ition devait révolter l'Espagne entière , et c'est l'effet qu'elle produisit. Il faut considérer ce qu'est une guerr.e nationale ; le paxHotisi^ie qu'elle suppose, le sang <;ju'eUe coûte ^t toi^s les genres de sacriâces auxquels elle coi;idamne les Jiomnies généreux qui la soutiennent; et Ton cqmprendra de quel ' œil ces hon^mes peuvent voir ceux qu^ , répudiant ItSi.cbement la cauae sacrée de la patrie, soijt alle^, par l'appât de viles réconipçnses , grcjssju- les rangs de l'ennemi : l'étranger est ennemi , mais ceuxlà sont cent fois pites» D'ailleura l'aversion profonde qu'avait inspirée la perfi« die de Bonaparte , perfidie la plus privée
DE l'histoire D'tSPAONE. /fil
de pudeur et de respect humain dont l'histoire puisse offrir l'exen^ple, rejaillissait sur eux. La recoooaissance n'était pas moins blessée par la condition d'expulser les Anglais, les alliés des Espagnols dans cette généreuse lutte. Il rp- SuUa de cptte disposition générale des esprits^ :q^e le duc (\q San Carlos, porteur du traité de Valençay, et l'un des plénipotentiaires qui l'avaient conclu, fut accueilli plus que (^oidement : il ne fut pas moins choqué, lui partisan déclaré du pouvoir absolu, du changement extrême que l'EIspagne offrit à s^ yeux. Le$cortès refusèrent de ratifier le tra,ité , et l'antique cobrtisan repartit pour Valençay, nullement satisfait de sa mission diplomatique , laquelle avait été le sujet de l'examen et des observations peu flatteuses des feuilles publiques de Madrid.
Les cortès suspe'ctèrent les in^^i^t^ps en effjet si suspectes de Napoléon ; l'qpiniàtreté de la résistance«de la péninsule devait avoir laissé dans son âme une irritation profonde; et l'Espagne libfe devait toujours faire trembler sur son trône l'oppresseur de la Frat^ce; il ne pouvait donc vouloir sa liberté : c'e5t
une réflexion qui s'offrait d'elle-même à tous les esprits. On sait qu'il avait déjà nommé factieux et jacobins les mem-» bres des cortès : or, il tenait le roi en son pouvoir,. et y ce qui est pire, entouré d'hommes ineptes. Enfin les cortès rendirent leur célèbre décret du ii février i8i49 p^i* lequel il était dit : « Que si Napoléon laissait retourner le.roi en Espagne, la famille royale devait entrer «eule avec sa- maison, uniquement composée d'Espagnols ; qu'aussitôt l'arrivée de Sa Majesté vers la frontière , le cardinal j^résident de la régence se mettrait en route pour le recevoir j que le roi devrait se rendre directement à Madrid sans exercer son autorité jusqu'à ce^ue , libre dans le sein du congrès, il eût fiiré le maintien de la constitution. » Le cardinal était chargé de lui en remettre un exemplaire, de lui en expliquer les principales dispositions , comme aussi de lui donner cobnaissance des principaux événemens qui s'étaient écoul<b depuis ces six années.
Ce décret était la preuve évidente , pour les allié», que les certes étaient dans la ferme réM>lution de ne point faire
DE l'histoire d'espagne. 483
leur paix, à part d'eux, avec celui qui avait tant d'intérêt à traiter avec ses artifices accoutumés. Les conseillers diplomatiques de Ferdinand lui représentèrent au contraire une paix particulière, comme la plus avantageuse k laquelle il lui eût été permis de prétendre^ même après une suite de victoires.
r^fl^léon avait écrit lui-même à Ferdinand a que TAnglelerrc fomentait en » Espagne le jacobinisme et l'anarchie f » que son but était d'y détruire la mo- » narchie et la noblesse pour y établir » une république i . »
Le duc de San Carlos, à son retour de Madrid , ne pouvait faire moins, avec toute la bonne foi d'un courtisan^ que de peindre k son maître les certes comme un ramas de véritaliles -anarchistes. Or d'après tous ces antécédens , d'après les insinuations de M. Laforét, agent de Napoléon auprès du roi , jon peut aisément juger de la nature des dispositions de ce prince lorsqu'il rentra dans les états que lui avaient conservés le dévouement et
* f^t^ez Vécnt de D. Juan Escoïqaiz, intitulé : Idea HncêUa^ etc.
le patrioUsme àa bammes contre les-
qoek il apportait des préreodoos si fb-
nestes.
Il fat réça sot la frootière de Catalogne par àfio François Copoos, général en chef de Tarmée de cette province. Il pamt d'aSord approuver la constitnlioa et les mesures prises à son ^rd par le gonvemement de régence. Il approuva les décrets des cortès , et s'abstint y tant qu'il fut dans cette proyince, de tout acte d'autorité. De là, au lieu de se diriger en droite ligne sur Valence, il vint à Saragosse; et quoique ce détour fiât déjà contraire au décret des cortès , il fut plausiblement justifié par le désir de voir les ruines de cette dté héroïque. Il arriva «Afin à Valence, où il fut joint par le cardinal présidents Cest Ik que l'on commença à reconnaître dans sa conduite l'effet des suggestions empoisonnées des ennenHS du gouvernement établi. Les serviles de tous les rangs accouraient en foule à Valence; une foule d'k6mmes odieux, ponr divws motifs, grossirent leur nombre et servirent leurs projets. Us cifcontidrent le monarque; ils le trompèrent, Tintimidèretit y s'em-
DE L HISTOIRE d'eSPAGNE. 48S
parèrent de ses résolutions ^ et lui persuadèrent que le vœu de la majorité nationateétait contraire àce gouvernement^ enfin ils élevèrent Une barrière d'aîr^m entre le peuple et son roi y et le pkn de Napoléon se trouva complètement réalisé, t •
La conduite de tous ces hommes qui précédemment s'émient montrés plus ou moins ennemis du régime constitutionnel étaitpourtant assez naturelle. Mais il serait difficile de qualifier avec le degré d'énergie convenable,la conduite de ceux qui , ayant fait partie des cortès, et ayant jui:é y comme gardiens, particuliers de la constitution , de la soutenir et la défendre au péril de leur vie , rédigèrent une adresse au roi pour qu'il ne la signât pas, et pour qu'il prononçât la dissolution du congrès national auquel ils appartenaient. Cette adresse est la fameuse pièce connue en Espagne sous le nom de la représentation > ou adresse des Perses, qui lui fut donné j^ar allusion à son ridictde exorde, dans lequel il était question d'un usage des anciens Perses. Ce monument éternel d'opprobre pour ses auteurs fut secrètement remis 2kn roi par l'an
486 Kisvwt
d'entr'eaXy qni partit à cet effet ponr Valence^ tandis que ses- complices con« tinuaient à jouer à Madrid , dans Fe sein des certes y leurs rôles de députés constitutionnels. Au reste, l'adresse des Perses a depuis valu à son auteur les faveurs distinguées de la couronne i.
Le général Elio, abandonnant de même le parti national, mif à la disposition du roi la division qu'il commandait dans le royaume de Valence. Tout fut prêt alors pour frapper le grtind coup, et Ton vit x8i4* éclore les désastreux décrets du 4 ni^'* La volonté royale annulait tout ce qui s'était fait , remplaçant les biens dont la nation commençait à jouir par des promesses illusoires pour l'avenir. La représentation nationale était dissoute, et la peine de mort prononcée contre ceux qui oseraient la regretter tout haut ou la dé* fendre. La constitution jurée par la na* tion tout entière était déclarée nulle et de nul effet, la liberté de la presse détruite en deux mots^ La combin^son de ce plan liberticide fut accompagnée da
' Be&ivardo Mozo t Rosales, fait m§rquis de Mataflorioa.
DE l'hISTOZEB d'eSIPACITE. 487
plus profond mystère. L'arrestation des membres de la régence et de tous les hommes chargés des hauts emplois du gouvernement dans la péninsule, celle de tous les députés des premières et des secondes cortès qui s'étaient distingués par leur patriotisme et leurs talens, fut <$rdonnée et convenue sans que le complot transpirât.
La prolongation du séjour du roi à Valence commençait à être le sujet de justes inquiétudes. Les factieux ennemis de la liberté s'agitaient , et de sinistres avant- coureurs de l'affreux régime qui allait se déployer se réunissaient sur la tête des patriotes. Le roi sortit enfin de Valence et se dirigea sur Madrid. Une députation des cortès , venue auprès de lui avec la mission de lui exprimer Timpa- % tience de la capitale, le rencontra en chemin, et ne fut point admise. Il congédia le cardinal à mi-chemin de la capitale, ainsi que le secrétaire-d'état par intériuti qui acconipagnait ce premier fonctionnaire pubuc. Au même instant une forte division de l'armée d'Elio , sous les ordresdu général Egnia, environna Madrid^
48d * EEStmé
et le règne de la terreur ^ commença.
Dans la nuit du lo au i ï mai les membres du conseil de régence furent arrêtés; Agar et Giscar, les ministres, le président des cortès et les secrétaires de cette assemblée le furent de même, ainsi que la plupart des membres distin gués de la pre;mière et de la seconde législature : tous étaient sur la liste fatale que la haine et la vengeance avaient déposée dans les^ madns de l'aveugle monarque. On saisit en même temps tous les papiers des divers bureaux. La plupart de ces députés avaient encore rempli' leurs fonctions le matin du même jour; ils furent tous étroitement emprisonnés sans aucune sorte de communication avec leurs amis et leurs familles.
Le roi fit son entrée dans Madrid deux jours après; des fêtes brillantes, dont les ambassadeurs de quelques puissances étrangères firent en partie les frais, signalèrent cet heureux événement !
Telle fuLla fin à jamais déplorable de
' C'est ainsi <^e les Espagnols signalent cette époque.
DE l'hISTOIRK ID'eSPAONE. 489
ce gouvernement qui avait défendu Ymdépendjance nationale avec le plus héroïque dévouement^ voilà le prix dont Ferdinand, abusé par de lâciûès conseillers, paya les hommes qui avaient so.u-^ tenu ses droits en dépit de ses propres renonciations. Ënûn voilà comment fut en un jour aboli un gouvernement représentatif, produit spontané do vœu natio»
naKdont rétablissement ne devait rien à la violence, «t que les puissances étrangères avaient solennellement reconnu.
Ce gouvernement, qui disposait encore quelques jours auparavant de toutes tes forces matérielles et morales de la péninsule, n'avait opposé aucune i^ésistance à Ferdinand , pris aucune précaution contre lui , et ce prince avait été accueilli avec une surabondance de confiance et d'amour qui devait le remplir de joie. La postérité reprochera peut- 4tre aux hommes qui le composaient de n'avoir pas osé sauver l'État en sauvant le prince lui-même de ses flatteurs perfides ; mais, à coup sur, elle ne leur iniligera pas les noms de factieux et de jacobins«
Ici commence une carrière d'afireuses
490 misiTMiÊ
persëcutions contre les patriotes , victimes de ce parti rampant qu'ils avaient toujours méprisé ; car la confiance des hommes qui défendent la cause sacrée de la liberté et de la patrie est toujours grande. En butte aux trailemens les plus barbares , jetés dans les présidios d'Afrique , dans les prisons du Saînt- OiEce , envoyés aux galères , frappés de flélriissure comme le rebut des humains, ils eurent le temps de voir et de réfléchir si les nations valent effectivement la peine que Ton s'immole pour . elles. Le peuple vit tranquillement mutiler par l'étreinte cruelle des chaînes, les mains généreuses qui avaient inscrit ses droits et son affranchissement -sur les tables de la loi : il le vit, et se résigna!
Tout ce que le délire de la haine et la rage aveugle de la calomnie peuvent accumuler d'absurdités contre des malheureux, se trouve accumulé dans les diverses procédures prises contre la plupart de ces patriotes infortunés. 11 fallait bietf leur supposer des crimes, puisqu'on ne pouvait leur en prouver. Ils réclamaient en vain un jugement; le but des persécuteurs était d'éteniiser cette
DE L*HISTOI&B d'eSPAONE. 4^1
agonie qui s'appelle Tinstructioa d'une affaire. Le roi demandait lui-même un terme à leurs persécutions^ ce vœu fut constamment éludé. Enfin telle était leur innocence que,* de trois commissions, nommées ad Aoé.pour les condamneryet formées de leurs propres ennemis , de leurs acharnés délateurs , aucune n'osa , prévoyant l'avenir, prendre sur elle la responsabilité d'un arrêt si inique; et que la dernière persuada au gouverne* ment de leur appliquer des peines pu* rement arbitraires, sans jugement ni sentence , sans expression des motifs, ce qui fut ainsi fait i.
Tous ceux qui parvinrent à, se soustraire par la fuite à ces odieux traitemens furent condamnés à mort. De ce nombre furent le comte Torreno , Fierez Ëstrada et Mina. Voici les condam* nations prononcées contre quelques-uns de& plus célèbres députés proscrits , qui ne purent ou ne voulurent s'enfuir de même : Augus|in Argiieltes^ si justement
X Voir pour des détails sur ces persëcutions , roiiYra|;e de M. Edouard Blaqaiére,1uatitiilé: ^xamcn hUtoriqup de la révolution espagnol)^
49d Viésauû
chféri (kl pe^le, à huit ant de détention k CeuU; et Canga Arf^iielles à la même peîn^ , ftu château de Péniscola } Marti* Bez de la Rosa à huit ans de prison , à el Pènon ; Calatray^a à la même rédusào0 , à MaiiUa y Y illanueva , Munos- Torrerq., Oliveros et Cepero, ecjclésiastiques lil^iéraux , à être privés de leurs bénéfices, ^fermés dans des couTcns pour huit atijs. jUyarrez OuérKi et Garcia HevKerog ^ei^^-ministre dé la cégence, à huit ai^.de prison^ à' Oeuta et Alha* oemas. Jues ^aérau?c Vaidès , Odonoju etYillacam^, à quatre et à huit ans de détention dans des focteresBes. Parmi les hi^UMU^s de Ifittlres atteints p^ la proscription se ta^on^t 1^ poète Qaintana, qui fiitcoodaûmé à être enfermé pour ^^ aps à PampehiAe. Viliamarino , Regato f ûai»dà ^ Maawiquez^ autres littératewrs. qui aMaieotréerit en faveur des principes libéraux ^sendant la guerre de l'indépendaii^e ^ luceiit également pro^ ^rits: qaek[U€i5-u)ffis fVuïCpi condamnés à mort, d'autres envoyés aux galères pour huit et dis^ an^^
On dit qv»e yp?^ j^ ^ de ^vier, le célèbre GeyalhiOS > alors miiu&tiae , pi^é^
DE li'HisTca&B o'espagne. 49^ senUi au .roi uu mémoire très-éneigi^ que , destioé à Lui u^pirer de ss^lutaires craintes .sur les iuîjtes d'ujï pareil système, li proposait de faire cesser toutes lespersëctttiops pour opinions politiques, et d'ouyrir les portes des cacbots , encombrés de prisonniers : le roi accueillit ces propositions , mais de làckes conseillers l'en détournèrent.
. Alur^eons : telle fut la ;re^tauratioi) d'Espagne l Touchés des mai^x de leur pays, des hommes généreux voulurent rétablir le trône constitutionnetl, ils ^ceombèrent; Portier et I^ascy ifiontèrent sur Téchafand. La malheureuse Espa* gne, qui venait de faire de si grandes choses , tomba de iH>uyeau dans le 4e^nier d^ré d'abaissement. Inpndée 4^ tous les maux 9 de tmis les abus qui avaient sapé les bases de l'antique T^m narchie, jàla devint un objet de pitié pour les partisans même du pouvoir ^fj]^ soin. Sans armée, sans marin«> T^niér rique lui écha{^ait; jet son crédit , soa commerce , son industrie , périssaiei^t à la fois sous les coups redoublas de l'aristocratie , redevenvLe plus oppressive , de l'inquisîtibn plus furieuse, et du jésui-
494 misuMi
tisme t»lii6 puisssant. La moDârcHie cou** ratt de nouveau k sa ruine : six années de despotisme et de misère sepiblaient l'avoir rendue inévitable. Soudain un cri terrible retentit dans l'île de Lëon; et une série de nouveaux évënemens commença à se dérouler aux yeux de l'Europe étonnée. Cette série sera longue. Ce serait une étrange illusion de regarder comme finie une révolution qui commence, et de prendre les chances passagères d'un parti et ses exagérations inhumaines pour les garanties de sa conquête. L'avenir , qui s'avance , ne ratifiera pas les décrets de l'inquisition ; si la faction qui pousse le trône de Castille vers l'abîme pouvait un moment ouvrir \ les yeux, elle frémirait de son triom-
phe.Le grince des orateurs romains a dit qu'il en coûtait cruellement aux frois et aux peuples d'ajourner obstinément l'étaMissement d'une liberté qui veut naître ou revenir ' ; la philosophie n'a guère consacré de vérité mieux démontrée et plus importante.
' ACMORES ÀUTEH U0MBV8 SWI IITTEIIUSSJB LIBBKTÀTIl qVAM RETEfTTJB.
Cic Q^c,liv*n, ch. Yxir.
DX L*HISTOI]lB d'eSPACNE. 49$,
^* : Mais il faut s'arrêter ici ; il faut lais^
^ ter h l'histoire la la titude nécessaire pour
'^ s'accomplir avant de l'écrire : car , après
^ tout, il n'est guère possible d'assigner
M) aux évënemens leur véritable caractère^
^ que lorsque les passions qu'ils ont soûle*
^ yées dorment au fond du tombeau.
is
TABÈE