RÈGNE DE PHILIPPE H
Charles-Quint laissait la monarclûe espagnol e épuisée d'kommes et d'argent.
Dès lors commeQçaient ces émigrations vers FAmérique, qui ont fini par dépeupler la péninsule. Pour restaurer ces brillantes ruines, il eut fallu un autre homme que Philippe II : on n'a jamais contesté sa vaste intelligence ni la profondeur de ses calculs, mais il ne fit qu'accomplir les désastres préparés sous le règne de son père, paa:e qu'il voulut marcher dans les mêmes routes que lui* Il n'avait pas son génie : d'ailleurs il ne remplaça que par l'orgueil d'un despote inflexible cette teinte de grandeur royale que Charles répandit sur tous les actes de sa vie.
Il avait déjà gouverné l'Espagne assez bien selon les maximes d'alors, mais du moins avec application , tout le temps que son père avait été retenu en Aile* magne par les affaires de religion : la
DE l'hISTOUM^ b'eSPAGNE. ^o3
gravité ei qoelqtke chose d'inftexibJb dans s^ résolutions étaient dès lors le trait le plus saillant de son caractère, Charles V lui avait légué la guerre contre la France : cette guerre continua. Le ~ pape Paul IV favorisait le roi Très- Ghiétieu^ I%ilippe ayant essuyé d'infructueuses négociations auprès d^ saint Père^ recourut aux armes pour li^i fiire entendre raison^ de la même manière qui avait eu un succès si scandaleux pour le monde chrétien auprès de Clément VII ^ prédécesseur immédiat de Paul IV. Le duc d'Alhe, vice-roi de Naples , marcha sur Bome avec treize mille hommes , et le pape Bt sa paix.
Cependant les troupes de Philippe avaient envahi la Picardie et mis le siège devant Saint-Quentin. Le duc de Sa^ voie y Emmanuel Philib^t , général des troupes espagnoles , niarcba à la rencontre de l'armée française qui s'avaa* çait au secours de la place, et la battit complètement. Le roi était en Flandre; il accourut pour jouir de sa victoire et presser le siège ^vec activité, prit la ville et fit égorger toute la garnison. D'autres succès du même genre lui ouvrs^ient le 1557.
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chemin de Paris , et Ton s'attendait à le voir marcher sur cette capitale, lorsqu'il accueillit des propositions de paix. Du fond de sa retraite, Charles -Quint s'indigna de-cette prudence équivoque. Le pieux Philippe fit depuis bâtir TEscurial, consacré à saint Laurent, pour éterniser la mémoire de cette victoire remportée le lo août, jour de la fête de ce saint. On sait que l'Ëscurial a la forme d'un gril , parce que saint Laurent avait été supplicié sur un instrtunent de celte nature.
Les hostilités recommencèrent, dès l'année suivante, avec plus de vigueur et non moins de succès pour ïes armes de Philippe : son père lui avait laissé de grands capitaines et d'excellens soldats formÀ dans ces longues guerres soutenues contre toutes les puissances de l'Europe belligérante de celte époque. L'infanterie espagnole était la première du monde; les Français, mal commandés, i558. furent de nouveau vaincus à Gravelines. Une nouvelle paix se fit en i SSg, au Gâteau-Cambrésis , et la princesse Isabelle de France , dont la destinée fut depuis êi funeste, déjà promise à l'infortuné
DE l'histoike d'espagne. 3o5
i3on Carlos, qui l'adorait , fut le gage de ce nouveau traité; à raison de quoi elle fut surnommée princesse de la paix.
Philippe avait confié le gouvernement des Pays-Bas à sa sœur la princesse Marguerite, fille naturelle de Charles-Quint, et duchesse de Parme , sous la direction du cardinal Granvelle, digne ministre du roi , qui avait fait entendre ces paroles : « J'aimerais mieux ne pas régner , que de régner sur des hérétiques. » Mais avant de parler de la révolte des Pays- Bas, suivons un moment Philippe à son retour en Espagne.
En touchant au port de Laredô , la tempête fracasse ses vaisseaux j il se vengera hientdt du courroux des élémens sur les hérétiques. Sous un prince imbu de telles maximes, on conçoit avec quelle effroyable énergie l'inquisition devait se développer; déjà elle était toute la religion dans la péninsule , déjà elle avait aussi allumé ses bûchers dans les deux Indes; elle avait fait éclater des transports de fureur, lorsqu'à l'ouverture du testament de l'Empereur, elle vit qu'il n'avait point déshérité ses peuples pour enrichir l'Église. Le clergé
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^EyagnCy jadis si poissant et si énorgaeiîli de ses pri villes, n'était [Ans rien et tremblait devant elle, sans qu'il j eut désormais des conciles ni des appels à la chaire apostolique pour le protéger.
Le Fertu^ix CaruoMzaj archevêque de Tolède, suspect de désapprouver les inhumanité» dont on frappait les novateurs, ou plutôt coupable d'avoir assisté Charles dans ses derniers m<Hnens, ve- 1559. Dait d'être jeté dans les cachots du Saint- Office.
En arrivaot à Valladolid, Philippe apprend que legrand-inquisitenr a célébré^ il 7 a peu de jours, un auto-da-Je où plus de trente criminels ont péri dans les flammes. Il regrette d'être arrivé trop tard , et demande un second {UMlfyda-fé, Les victimes ne manquaient pas : plus de quarante sont solennellement dévorées par les bûchers dans cette seconde exécution à laquelle Philippe assiste^ accompagné du prince don Carlos son fils, de la princesse sa sœur, et des seigneurs de sa cour qui avaient eu la satisfaction de voir la première. Don Carlos de Sesse, fils d'un prélat d'Espagne qui l'avait eu étant laïque, était au nombre des
DE l'h1STQ«A« 0*£SPAGNE. ^iPf
victimes. Âpercevaot le roi au moment où les bourreaux le traînaient au bûcher^ il lui crie: «O mon prince^ grâce If^râce! x> Gonunentpourriez-yous être le témoin » des tottimeps de vos sujets? Sauvez^ » nous deiamArt, nous n^ la méritons* » pas.«.. — Non, lui répondit le roi, » périssent toi et tes semblables ! quand » ce serait mqnjils^je le livrerais moi" » même auxflcunmess'U était hérétique » o^j^/iW.» L'incrédulité^ ou l'impartialité critique qui repousse tous les documens douteux dont l'histoire est encombrée, n'a malheureusement rien a contester à l'exactitude de ce récit.
Revenons dans les Pays - Bas, où vont couler des torrens de sang d'où sortira la liberté. Peu de nations ont donné au inonde d'aussi héroïques exemples de résistance à la tyrannie, que ces Bataves, dont l'union fut depuis si célèbre sous le nom deProvinces-Unies. Ce fut une lutte à mort entre elles et les féroces gouverneurs de Philippe. Une part considérable de cette population courageuse fut exterminée , et les pères étaient au tombeau lorsque les. enfansjoutcent enfîu de la liberté politique et religieuse. Ce
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tt'«6t jamais qu'à ce prix que ce double trésor s'obtient.
L'inhumanité et la rapacité de Granvelle, et, pins que tout, l'établissement de l'inquisition^ excitaient l'indignation des Flamands, qui la plupart avaient embrassé ces nouvelles opinions religieuses , contre lesquelles on- sévissait avec tant de fureur. Marguerite se sentit trop faible pour conjurer l'orage qui se préparait, et le fit connaître à son frère. D'un autre côté, les comtes d'Egmont ' et de Horn, dont les noms étaient illustres et puissans dans les Pays-Bas, ne dissimulèrent point à Philippe les dangers que courait son autorité , si le cardinal n'était aussitôt rappelé, et si l'ou n'abandonnait les principes d'excessive rigueur d'après lesquels le pays avait été gouverné jusque là. L'un et l'autre étaient fidèles encore , l'un et l'autre étaient étrangers aux premiers troubles; ils les avaient arrêtés^ ils avaient , par leur influence , suspendu l'ekplosion de l'insurrection imminente, et fait restituer aux églises quelques vases sacrés qui en avaient été enlevés dans un moment d'et fervescence populaire à Bruxelles : cette
DE l'histoire d'espagne. Sog conduite pleine de loyauté les perdit.
L'âme cruelle et soupçonneuse de Philippe, qui voyait toujours un ennemi possible dans un ami présent , s'effraya et s'indigna de ce qu'ils avaient eu le crédit de conserver son autorité et* de ftire barrière k la révolte. Telle est la vérité, nonobstant les mensonges calom- ^ ni eux que la plupart des historiens espagnols ont répété les uns après les autres sur le compte de ses deux illustres infortunés. ,
Lorsque le duc d'Albe arriva pour remplacer Granvelle, la révolution avait éclaté , le noyau de l'union s'était formé déjà, et les héroïques prince^ de la maison d'Orange s'étaient déclarés pour la cause de la liberté. On sait que le sanguinaire duc d'Albe , chargé de venger la cause de la sainte religion , passa de bien loin la mesure du dévouement et du zèle. Il aurait provoqué la révolte si elle n'eût pas existé. Il affecta en arrivant d'établir Valcavcday impôt de pratique espagnole, odieux sur toutes choses aux Flamands. Cet homme, à qui l'opinion des soldats de son temps a reconnu quelques talens militaires, une
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prompte résolution, une grande activité , était un de ces êtres comme le despotisme est heureux d'en rencontrer. Il lui fallut des ordres et des victimes; tel serait un tigre qui aurait pr s dans la vie domestique l'instinct obéissant et les habitudes serviles du chien, en conservadt toute sa force primitive et surtout sa férocité.
Il commença par faire trancher la tête aux comtes d'Egmontet de Horn, qu'il avait fait arrêter avec perfidie dans son propre palais. Leur sang fut la compensation de quelques avantages que venait d'obtenir l'héroïque prince d'Orange à la tête des confédérés. Ensuite, favorisé par la supériorité des bandes espagnoles sur les troupes allemandes, dont l'indiscipline et l'opiniâtreté paralysaient les efforts dés princes confédérés, il re« prit plusieurs villes et vainquit dans pliisieurs combats. U n'y avait en général ni quartier ni capitulation possible avec cet homme; il fallait qu'il se baignât dans le sang; et le mot de victoire n'avait aucun prix pour lui quand il ne signifiait pas massacre.
Tandis que ces scènes affreuses se pas-
DE l'histoire D*ES1>AGNE. SiI
raient ^1 Flandre, d'autres tragédies s'accomplissaient en Espagne. Le prince don Carlos, victime de la jalousie de son père, périssait à vingt-deux ans, on ne sait comment, par quel supplice, si c'est le îer ou le poison; et, s^lon l'énergique expression d'un écrivain , l'histoire n'a pas de plus sanglaos mystères >. La reine Elisabeth^ obje( supposé de cette passion funeste , qu'elle partageait peu t-étre, mourut peu de mois après, et, selon l'opinioo commune, par le poison.
Philippe assaisonnait tous ses crimes de consultations théologiques. 11 se faisait démontrer par ies moines et des prêtres la légalité , la convenance , que dis-je? la nécessité du parricide et de l'assassinat; et puis il écrivait aux princas de l'Europe que la religion imposait aux rois de grands et pénibles devenirs. 11 accomplissait un devoir en égorgeant son fils., en empoisonnant son épouse! Accomplissait-il aussi un devoir, ce prince si timoré , si environné <le l'estime flatr teuse de Rome, lorsqu'il se livrait à l'adultère avec la belle, dona Meodoza,
« DvMESJiiL, Fifi de Philippe il.
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femme de son ministre Rui Gomez , et depuis princesse d'Eboli ?
Quelques historiens ou biographes de ce prince ont voulu voir en lui un fanar tique de bonne foi. Il est vrai qu'en commettant le crime il semblait toujours obéir à un arrêt venu d'en-haut : mais, fanatique ou hypocrite, jamais tyran ne fut plus sacrilège; car nul ne rendit la justice divine responsable de plus de forfaits^
Au reste , cet esclave d'une religion toute decharité et depardon, était implacable* Après les victoires du duc d'Albé , sur les confédérés, il ne fut pas désarmé parles soumissions des villes qui s'étaient révoltées. Il avait juré l'extermination d^s hérétiques et des gueux; c'est ainsi que s'appelaient les Flamands qui ne voulaient ni ée l'inquisition ni du despotisme. On distinguait deux sortes de gueux, les gueux de bois et les gueux marins. Ces derniers infestaûiit les cotes et exerçaient la piraterie. Ces pirates avec leurs barques triomphèrent bientôt des forces maritimes des Espagnols; et soutenus par Guillaume de La Marck, surnommé le Sanglier des ArdenneSy ils s'empare-
DE L*HISTOIRE d'eSPAGNE. 3i3
rent enfin de la ville de Briel, située dans l'île de Voorn. L'étendard de l'inr dépendance fut planté sur les remparts de cette place , qui devint le point de ralliement dqs confédérés.
Les gueux furent bientôt maîtres de '^72« la Zéiande et de la plupart des villes de la Hollande.
Cependant dix -huit mille personnes avaient péri sous la main des bourreaux par les ordres du sanguinaire duc d'Albe. * La population de plusieurs villes livrées à toutes les horreurs de la dévastation avait été exterminée, sans distinction de Protestans et de Catholiques. Ce féroce serviteur de Philippe avait trop bieq rempli les intentions de son maître pour pouvoir lui être utile plus long-temps dans un pays dont # était devetto. l'exécration. Il fut remplacé par Requesens. Celui-ci s'empressa d'abolir les odieux raonumens par lesquels le duc d'Albe avait voulu impaortaliser ses succès contre les révoltés ; mais il ne put apaiser la révolte, qui était devenue une révolution générale et inévitable^ il mourut fort heureusement pour sa réputation, et fut remplacé par don Juan d'Autriche,
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qui peut-être eût balancé rinfiueoce du prince d'Orange^ si la jalousie de Philippe, redoutant ses succès , ne l'eût entrave dans toutes ses opëraticMis. On dit que ce prince voulait épouser Elisabeth d'Angleterre et se rendre indépendant dans les Pays-Bas. Il mourut de chagrin ou de poison , et nomma au commandement de l'armée espagnole son neveu Alexandre Farnèse, prince de Parme, fils de la régente Marguerite.
« Cependant une assemblée des états s'était formée à Dordrecht , et avait jeté les fondemens de la nouvelle république* Le prince d'Orange y. fut déclaré stadbouder , ou gouverneur des provinces de Hollande, Zélande, Frise et Utrecht, et l'on convint de ne*>tran$iger avec les £spagnolsque d'un coiÉmun accord. L'exercice public de la religion réformée fut introduit >. »
La ligue connue sous le nom de PacificcUion de Gond rallia bientôt Bruxelles et le reste de la Belgique à la république naissante. La reine Elisabeth favorisa de toute sa puissance cette union
' Kpch.
DE L*HISTOIRK D'ésPACRE. 3lS
générale , et les Espagnols se virent bientôt réduits aux seub pays de Luxem-, bourgs de Limbourg et de Namur.
Ce fut dans ces circonstances que le prince de Parme arriva. Il profita avec habileté, pour afl'aiblir ses ennemis , des germes de désunion qu'entretenaient les diverses croyances des provinces catholiques et de celles qui avaient embrassé la réforme. II fit rentrer sous la domina- '^79tion espagnole les villes et provinces vallonnés de Flandre , d'Artois et de Hainaut, et entama, cette même année, sous la médiation de l'empereur Rodolphe II et du pape , une n^ociation avec les éfcals-généraux des Pay9-Bas.
Cette négociation fut infructueuse; mais les provinces protestantes résolurent de se séparer des pays catholiques, avec lesquels ellcis ne pouvaient se promettre une alliance étroite et durable. Alors se forma, des débris de la confédération générale, l'union particulière des sept provinces unies, qui fut ratifiée par le traité d'Utrecht.
Deux ans après , le prince d'Orange , dont le génie et le patriotisme avaient tant contribué à la formation de la nou-
3i6 nisuMé
velFe république, fut proscrit, et sa tête
mise à prix par unédit de Philippe. Il ré-
i58i* pondit à cet arrêt de proscription , conçu en termes atroces , par la promulgation solennelle de l'acte d'indépendance des Provinces-Unies , formalité qui semblait manquer à l'existence poHtique de ce nouvel état.
Tous les efforts du prince de Parme n'auraient pas relevé pour un moment la domination espagnçle dans les Pays-Bas , s'il avait eu à lutter long-temps contre le prince d'Orange. Mais l'édit de proscription porta son fruit : ce grand homme fut assassiné d'un coup de pistolet dans sa tente, par Balthazar Gérard, après avoir échappé à une première tentative du même genre peu de mois avant. Ses dernièresparoles attestent encore labeauté de son âme î a Mon Dieu î ayez pitié » de ce pauvre peuple et de moi! » La
i584- famille de l'assassin fut anoblie par Philippe 11. La mort de ce prince jeta la consternation dans les Pays-Bas , et favorisa la reddition de Dendermonde, Gand et Anvers , aux armes espagnoles. La confédération générale fut anéantie , et ses débris fortifièrent celle des sept proviu-
DE l'histoi«b d'espacne. 3i7 ces. A la prisç d'Anvers, cent mille réfugiés transportèrent dans la Hollande leur fortnne et leur industrie. Ëgalemenjt persécutés avec atrocité, lies Protestaos de France vinrent augmenter les éiémens i5S5i de cette prospérité naissante.
Le duc de Leicester, favori d'Élisar beth,'l5ui commandait dans les Pays^ Bas les troupe» fournies à l'Union par Elisabeth , fut l'homme qui parut le plus propre à remplacer le prince d'Orange. Les états lui accordèrent un pouvoir sans bornes. Cependant il ne sut pas défendre la cause de leur liberlé conlre le prince de Parme. Il fut rappelé par sa reine , et la république des. Provinces^ Unies reconnut bientôt pour chef Maurice de Nassau, fils |le son illustre fondateur. Ce qui met le comble à la gloire de ce dernier, c'est de n'avoir pas gardé une souveraineté qu'il avait conquise, et d'avoir permis à ces provinces affranchies par son génie et son épée ^ mais non encore déshabituées d'un maître, d'offrir leurs sermens , tantôt au duc d'Anjou , le plus jeune des Valois de France, tantôt à l'archiduc Mathias.
L'affranchissement des Provinces^
%i^ MÉsnmÉ
Unies et la révolution géaérale des Pays^ Bas avaient été singaUèremeot favorisés par Il5s inquiétudes que donnèrent à Philippe, d'une part, la longue et sanglante rébellion des Maures des Alpuxarres , et de l'autre ^ les entreprises de Sé< lim. Les Maures, toujours persécutés avec atrocité par l'inquisition, se ras* semblèrent sous la conduite d'un des« Cendant des anciens rois de Grenade qui se faisait appelé Abben Humaya; ils s'emparèrent de plusieurs villes , et purent se livrer un molnent à l'illusion de voir renaîtap les jours de leur puissance; mais don Juan d'Autriche' les vainquit. Ce furent encore le génie et la v^eur de ce jeune prince qui portèrent «m coup mortel à la puissance ottqmane dans le golfe de Lépante. Don Juan d'Autriche, qui périt peu de temps après en Flandre, et probablement par le poison, comme nous l'avons dit, à l'âge de trente-deux ans , n'en avait pas plus de vingt-cinq lorsqu'il s'immortalisa k liépante, où le célèbre Cervantes fut blessé. Mais les Chrétiens ne tirèrent pas de cette victoire tout le fruit qu'elle offrait; ils pouvaient y en occu-
DE l'hISTOI&K d'esPACNE. ^ig
panl immédiatement l'Heileçpoat , surprendre Constantinople. Sélim négocia avec Charles ESI; et c'est à peu près de cette époque que datent les relations d'amitié qui ont si long-temps subsisté entre la France et la Porte ottomane.
La réunion de la couronne de Portugal à celle de Castille, et la guerre provoquée par les concurrens de Philippe à cette succession y causèrent une autre diversion également favorable aux insurgés des Pays-Bas.
Après la malheureuse expédition d'Afrique , qui coûta la vie au roi don Sébastien, son oncle, le cardinal Henri, avait occupé le trône pendant deux ans. I^es deux branches masculines de cette maison se trouvant éteintes, la couronne revenait aux filles du roi don Manuel^ prédécesseur de don Sébastien^ Ces deux princesses étaient Isabelle, mère de Philippe II , et Béatrix^ mariée avec le duc de Savoie. Isabelle, en mourant, avait laissé ses droits à Philippe; cependant les ducs de Savoie et ceux de Parme et de Bragance faisaient valoir leurs prétentions respectives; les deux derniers avaient épousé les filles d'un
3aô nisuMé
fils d'Emmanuel, mort ayant de régner; un autre prétendant , sorti du côté gauche, arrivait sur la scène de ces contestations, c'était don Antonio; prieur de Crato : ce prince-pré tre était un bâtard de l'infant don Louis, père des deux princesses.
Philippe pouvait se prévaloir du droit de primogéniture , attendu qu'Isabelle, sa mère, était l'aînée des ^filles. Nonobstant la légitimité de son titre, la nation portugaise reconnut don Antonio, et plusieurs puissances lui prêtèrent leur appui. Philippe dirigea sur Lisbonne une flotte de cent voiles , spus le commandement du marquis de Santa-Cruz, en même temps que le duc d'Albe envahissait les frontières du Portugal.
Le prieur don Antonio fut battu aux:
ehvirons de Lisbonne; il se relira successivement avec une poignée de partisans à Coimbre, à Oporto, à Viane de Minho; et finalement chassé de partout, il céda à la fortune, et se retira en Angleterre. Le Portugal passa sous la domination espagnole avec une répugnance peu déguisée; et Philippe, dont la férocité commençait apparemment à
DE l'histoire d'eSPAGNE. Sftl
être usée par Fâge, Encorda ^ pour la première fois de '^a vie , une amnistie en faveur des révoltésfle PortugaY.
Le prieur don Antonio, aidé par r Angleterre et la France, vint à la tête de soixante voiles^ faire une tentative contre la prospérité de son spoliateur; il s'empara de Ttle Tercère qui lui était dévouée, et il espérait , en s'y fortifiant^ qu'il pourrait attendre une occasion favorable pour rentrer en Portugal. Malheureusement Fescadre auxiliaire lut complètement battue par Tescadre espagnole : le prieur abandonna aussitôt rîle et se réfugia en France; la garnison française et anglaise qu'il avait laissée à Tercère se rendit bientôt au marquis de Santa-Cruz, et le rôle du princeprêtre fut fini dfe ce coup.
Ce bonheur ne dura pas : le désastre de V invincible armée est resté comme un ridicule indélébile qui doit sei^ir de compensation a l'orgueil de Philippe II , tant que l'histoire lui conservera un nom. On sait que cette ins^ incible arniée, composée de cent trente vaisseaux, était destinée à punir la reine Elisabeth , et des secours qu'elle accordait aux insur-
Sa2 tiisxmi
gés de»PajPt-BaS;^et des ravages que le^ corsaires anglais faisaient éprouver aux pays d' Amérique iittoiis à la dominadon espagnole; L'invincible. arnaée. partit de Lisbonne en iSSS^ sous le corn- Buandement du même marquis deSanta- Gruz ; et à peine avait-elle . doublé le ^p Finistère , que deux tet^piles successives la dispersèrent : funeste présage du sort qui Taltendaii. Âla vue des c6tes de Hollande y un autre orage, fracassa les «m contre les autres les vaisseaux qui avaient pu se réunir : nul port aini ne leur était ouvert pour qu'ils pussent se radouber^ et tel était le triste ^tat où se trouvait réduit cet armement formidable, lorsque les escadres anglaise et hollandaise vinrent assaillir et détruire le petit nombre de vaiaieaux que la fureur des élémens avait laissés en état de faire quelque résistance.
ËlîRibetb, voyant la marine de Philippe anéantie, prit l'offensive à son tour. Une escadre de soixante vaisseaux, sous le commandement du terrible Drak, vint ravage les côtes de Portugal et de Galic«, et bloqua la Corogne. 11 fut repoussé après avoir voulu prendre cette
DB l'histoi&bjd'espagne. 3^3 place d'assaut^ et alla raiiouvelsf les mêmes tentatives contre Li$]»Mme sans plus de sucoèi* Mais six années aprè» , la ville de Cadix fut prise et pilWe par les An- i^9^ glai&« Pliilif^e fit aimen une nouvelle escadre pour leur rendre cette nisiée, dit un historien^ ce fut peine perdue, cet armement 'eut le ménoie sort que le premier.
Philippe fut plus heureux dans ses desseins contre la-Franœ, que ni la mer ni le protestantisme ne protégeaient contre son ambition. Son or et ses intri* gués fomentèrent les guerres de: reli- ^on, soudoyèrent les forfaits de la Ligue, et, pour tout dire, ce prince fut «m intime complice du complot de la Saint- Barthëlemi. Al«icandrepFar^èse , accouru par son ordre au secours de la r^ellion, força le roi de Navarre de lever le siège de Paris. La fortune de notre Hemî rV" triompha des noires mstthinations du tyran de l'Espagne. Les ^andes espagnoles qni soutenaient Mayenne dans la capitale en sortirent au moment oii ce prince entrait vainqueur. On sait -que Henri IV assista à leur départ près de laporte Saint-Denis, et dit, aux oflL-
3^4 ' Eisuirë
cierMjui le saluaient : Adieu^ messieurs^
et ny res^ene% plus.
Cependant la Provence, en^mhie par k duc de'Sâtvoie, neveu de Philippe, restait au pouvoir de ce prince. Les Provençaux étaient ligueurs déchaînés ^ mais enfin ils suivirent l'exemple universel lorsque le Béarnais eut consenti à entendre la messe.
Henri IV commençait, en Picardie et dans les Pays-Bas, u»e carrière de représailles qui aurait pu faire expier au roi Catholique la longue injustice de ses agressions, lorsque ce dernier lui de- ^598. manda la paix. Cette paix , qui fut conclue à Vervins, rendit Calais à la France^ Philippe mourut peu de jours après. II ..avait soixante e*un ans, et en avait régné quarante.
La monarchie espagnole perdit beaucoup à ce long règne^ et sortit délabrée des mains onéreuses d'un tel maître. Le caractère national , dépravé par sa politique et sa tyrannie, n'y perdit pas moins; l'inquisition seule y gagna. La péninsule lui doit pourtant quelques étabHssemeDs utiles» Le Mexique, le Pérou et les Philippines, auxqnelles son nom fut imposé.
DÉ l'histoi&e d'espagne> 3^5 ont -été conquis de son temps. Mais de tout ce qu'opéra son insidieuse politique, malgré tant de vastes agitations^ rien de durable n'est resté, que le souvenir de ses crimes.
• Le lecteur en a vu une partie. Us furent nombreux; l'histoire ne les a pas comptés tous y et je ne sais quel zèle fanatique pour la mémoire de ce prince en a contesté plusieurs. Ainsi le liiotif des persécutions auxquelles fut en butte Antonio Ferez, son secrétaire, n'est pas encore connu aujourd'hui. Ijes uns prétendent que Ferez avait eu part aux bonnes grâces de la belle Mendoza, princesse d'Ëboli, et que ce fut le motif de sa ruine. D'autres affirment que Ferez, après avoir assassiné Ëscovedo, l'aijdi et l'habile conseiller de don Juan d'Autriche, se justifia de ce crime en divulguant qu'il avait obéi aux ordres du roi '.
I Antoine Ferez s^était sauyé en Aragon, sa patrie, et avait réclamé le droit d'asile et de pro« tection que cette province tenait de ses privilèges. Ferez , homme insinuant et plein d'éloquence, n'eut pas de peine à soulever la proyinoe entière contre le tyran et contre Fafireuse inquisition , dont ce prince était le plus horri-
Sa6 Rismii
Au reste, tons ceux de ses servttenrs qui exiécntereut ses desseins sanguinaires , sans en excepter le dnc d'Albe^ en furent payés par la mort, l'exil ou la prison. Philippe II est un personnage éminemment di^matique dans tout le cours de sa yie, en ce sens que, fidèle à «on caractère ^ il £ut , jusqu'au tombeau , plein de dissimulation, de cruauté , de îalousie^t d'ingratitude.
Il était donné aux princes, à ces époques où les peuples avaient toute la plénitude de la foi monarchique , de faire prendre aux mœurs nationales la teinte et les habitudes qu'ils affectaient dans
ble pourvoyeur. Le vice-roi Fajant fait arrêter, ]e peuple de Sarragosse Farraclia des mains de aei gardes, et Philippe se vh finalement oblige d^envojrer des troupes contre le parti redoutable qui s'était formé en sa faveur ou à son occasion. Jean "^uqsi ^justiza d'Aragon, s'opposa k rentrée des troupes, pour maintenir les franchises de son pays. Ce généreux magistrat combattit, fut défait, et périt sur l'échafaud. Les antiques constitutions aragonaises descendirent au tombeau avec lui. Ferez se sauva en Béarn , intéressa dans sa querelje Henri IV, roi de France , et mourut peu après.
DE l'histoire Ï> 'ESPAGNE. 827
leurs mœurs personndles. Philippe, sérieux et sombre , et qui faisait consister la plus notable part du prestige de la grandeur dans une hautaine et imperturbable gravité^ Philippe, qu'on n'avait vu rire de sa vie , vçulut que ses sujets lui ressemblassent ; et il acheva , dans les formes extérieures du caractère espagnol , la réyj^lution commentée par son père. GharfesY, en épousant Isiâ>elle de Portugal , avait donné une forme du* rable à l'étiquette. Il avait empnmté et exagéré le cérémonial usité pendant tout le quinzième siècle dans les cours de France et de Bourgogne. L'écrit et la grâce de la cour de Louis XIY l'assouplirent en France au dix-septième siècle f mais en Espagne l'étiquette était restée , jusque dans ces derniers temps , luke roi de émanation de la subordination féodale.
Philippe voulut que les Espagnols y qui jusque là avaient eu le menton raz, portassetit la barbe en éventail sur la fraise , et la longue rapièi*e. C'est à cette époque que le peuple adopta aussi le sombrero et le chapelet. Tout se réunit pour donner à la nation espagnole cette
3ftS aÉsuMÉ
physionomie sinistre et monacale, dont elle a si long- temps conservé les fâcheux vestiges.
Un senl trait peut faire comprendre quelle était la rigueur des lois de Tétiqui^tte : le duc d'Albe y ministre favori de» cruautés de Philippe, et Tun de ses plus habiles généraux, étant entré dans le cabinet de son maî^e sans être annoncé et attendu , « Une hardiesse telle y> que la votre , lui dit le roi courroucé, » mériterait la hache. i»
Le cérteonîal cessa peu à peii d'être terrible , s'affaibHssant avec le reste des ressorts monarchiques, ^rmi lesquels il n'était pas le moindre; mais il ne cessa pas d'être ridicule et gênant; on pourrait dire quelquefois indécent. Les mémoires de Louville nous apprennent que le premier valet-de-chambre de la reine vient gravement annoncer dans une chambre où se trouvent assemblés les dignitaires de la couronne et une foule de gentilshommes, que la jeune reine est enfin nubile > •
D'ailleurs le code de l'étiquette ne
» Sénores, la Bejrnajra tiene âUêregliis,
DE l'histoire d'espaoite. 3^9 renfermait pas moins de contradictions cfue tous les codes consacres par l'usage du vulgaire on les caprices de la puissance. Ainsi , là où Fon était obligé d'attester publiquement que la reinç était soumise aux mêmes infirmité périodiques que les antres personnes de son sexe, c'était un crime capital que de toucher la reine. En 1681 , une autre jeune reine, Marie -Louise d'Orléans, femme de Charles II , tombe de cheval et y reste attachée par un pied engagé dans Tétrier. E^le est traînée dans la cour du palais, au risque de perdre la vie, et aucun des spectateurs n'ose voler à son secours, parce qu'il est défendu, sous peine de mort, de toucher la reine. Deux gentilshommes se déterminent cependant à la sauver : l'un arrête le cheval^ l'autre dégage le pied de l'étrier, et tous deux prennent la fuite à toute bride. La reine revenue à elle-même demande à voir ses libérateurs; on lui répond qu'ils se sont soustraits par une prompte fuite à la rigueur des lois. La reine était française , et elle obtint leur grâce.
Philippe ne laissa , msdgré ses quatre
3^ vtstmÉ
mariages , qa'un seol fils, Philippe lit , qu'il avait ead'ÀDiie d'Autriche. Ce faillie enfant ( quoiqu'il eut yingt-qoacre ans ) ne pouvait pas être appelé au trône dans des circonstances plus critiques. La plupart de* historiens nationaux n'ont pas osé dire toute la vérité sur le règne de son père. On dirait que le fantôme de ce prince terrible les effrayait encore quand ils avaient à parler de lui ^ mais , pour la justification de son successeur, ils font une peinture lamentable de Tétat dans lequel il trouva l'Espagne à son avènement. Nous allons présenter au lecteur le tablésau raccourci de leurs aveux.
Cette superbe monarchie qui, au commencement du xvi^ siècle, s'avançait en dominatrice k la tête des puissances de l'Europe , et qui avait pesé sur le continent de tout le poids de ses armes , de ses trésors et de ses intrigues, maintenant conservait à peine quelques vestiges de cette vaste influence et de cette splen-^ deur. Sans argent, sans population, sans agriculture et sans industrie, il ne lui restait qu'un orgueil que rien ne îusti*^ fiait plus, lorsque Philippe III prit les rênes du gouvernement.
DE l'histoire d'espagne. ^3i 11 aurait fallu d'autres mains que les siennes pour ramener l'Espagne dans les routes de la prospérité; et peut-être même le plus puissant génie eût-il échoué dans l'entreprise de cette restauration ; car enfin il est aussi un terme fatal pour la vigueur des corps politiques, ou du moins ils ne peuvent se rajeunir que par la refonte totale de leurs institutions.
Philippe m fut dominé , comme tous les princes privés de caractère, par des ministres intrigans , ambitieux , sans patriotisme. Le duc de Lerme et Galdéron sa créature , sont les hommes à qui fut d'abord commis le soin , trop au-dessus de leurs forces quand même ib en auraient eu la volonté, de guérir les plaies de l'Etat. Ils eurent recours aux moyens les plus désastreux pour combler le vide du trésor royal. Un peuple déjà accablé d'impôts sous le règne précédent, vit redoubler son fardeau, et il en fut écrasé. Les nouveaux tributs exigés de la nation portaient sur les objets de première nécessité^ et frappaient par conséquent la classe la plus souffrante , la plus laborieuse, et partout la plus digne d'intérêt. La valeur de la monnaie de vellon haus-
332 RÉSDME
sa rapidement du double , ce qui occasiona un surcroît d'élévatiou dans le prix des consommations usuelles. La cupidité des étrangers, excitée par la perspective certaine d'un bénéfice considérable y donna lieu à l'introduction d'une énorme quantité de pièces de cuivre de leur fabrication , avec lesquelles ils attirèrent à eux tout l'argent du royaume, lies champs les plus fertiles restèrent en friche , faute de capitaux et de bras ; les manufactures furent abandonnées et le commerce totalement anéanti.
Les trésors de l'Amérique ne faisaient plus que passer dans la péninsule; ils s'en écoulaient avec une merveilleuse rapidité pour aller salarier toutes les indus» tries étrangères. La population diminua dans une progression toujours plus rapide; enfin la riche Espagne tomba en peu d'années dans ie dernier degré du marasnie et de l'épuisement.
Au milieu de tant de causes actives de détresse 9 la providence royale se livrait à des œuvres pies , enrichissait des chapelles ^ fondait des monastères, et du reste laissait agir des favoris.
Les favoris se disputèrent le droit ex-
DE l'histoire d'espagne. 3S3 clusif de saigna une proie si résignée et si commode. Le duc d'ITcéda^ fils du duc de Lerme , profita si bien des exemples qu'il avait sous les yeux, qu'il supplanta son père , et tout à la fois le comte de Lemos, que le duc de Lerme avait placé auprès de l'infant , pour occuper ainsi toutes les avenues du trône et décourager d'autres ambitieux. Un confesseur, le moine Alliaga^ autre créature de ce prévoyant mini$tr.e, dirigeait la conscience du roi. Ce fut ce prêtre qui conseilla au duc d'Ucéda de faire disgracier son père et de prendre sa place ^ pour se débarrasser du poids de toute obligation envers lui. Le comte de Lemos , qui n'avait pas voulu tremper dans cette indignité y partagea la disgrâce du duc de Lerme.
Il paraît même que le duc d'Ucéda avait l'intention de pousser plus loin ses projets contre son père : il fallait un sacrifice aux mécontentemens populaires dont on avait trop alarmé les oreilles du roi ; mais l'orage qui menaçait le duc .de Lerme^ conjuré par son habileté^ tomba sur la tête de Caldéron , sa créature. De simple page, celui-ci était de-
334 RésuMi
veau marquis des Sepl-Ëglises, comte d'Oiiva^ et ses imnaenses richesses, non inoios que son orgueil , excitaient Findîgnation générale. Des crimes atroces de tout genre lui furent imputés; et sans doute il lui eàt été aussi difficile de se laver de toutes ces accusations, qu'à ses nombreux ennemis ^en }ustiBer Texcès.
Le roi^ usant de clémence, le déchargea, pour sa part, de deux cent quarante chefs d'accusation, en matière purement civile ; mais it y avait des assassinats prouvés : Galdéron fut mis à' la question parce qu'il refusait l'aVeu dé ses crimes : il supporta la tortute , et la fin dé son procès fut réservée pour un autre temps.
La fortdkie lui sfuscita , sous le règne suivant , un autre puissant ennemi dans la personne du duc d'Olivarès, et c'est celui - ci qui devait lui porter le dernier coup.
Philippe , qui âe se sentait pas né pour la guerre , ne sortit de son indolence habituelle que pour faire la paix avec les vieux ennemis de l'Espagne , au prix que chacun d'eux voulut; il négocia dès lors avec l'Angleterre la paix qui fut conclue en i6o4* Il proposa aux Hollandais une
DE L'HIStlOIB£ p'eSPAGITB. 335
trêve, sans pouvoir l'obtenir, et se vit condamné à la continuation de la guerre dans un pays où l'Espagne avait versé tant de sang et de trésors.
Philippe II avait cédé les Pays-Bas à l'arcjiiduc Albert en lui donnant sa fille Isabelle. Les états assemblés à Bruxelles venaient de ratifier cet arrangement au moment où le roi d'Espagne mourut.
L'archidu^c avait des talens militaires ^ mais il trouvait un redoutable adversaire dans Maurice de Nassau, appelé, comme nous l'avons dit plus haut , à suc« cédera son père dans la dignité destadhouder des Provinces-Unies. Sous la conduite de ce nouveau chef, les Hollandais poursuivirent la consolidation de leur indépendance, en même temps que le commerce agrandi leur préparait audelà des mers un nouvel empire. Le siège d'Ostende est l'événement le plus mémorable de cette suite d'opérations militaires dans lesquelles Maurice et l'archiduc rivalisèrent de talens. Le siège de cette place, réputée imprenable, dura trois ans et trois mois; les Espagnols y perdirent quatre-vingt mille hommes , et les Hollandais soixante mille. Am-
336 &isuiii
broiseSpinola, génois de nation, qui commandait sons l'archiduc une division espagnole, eut la gloire d'avoir (forcé cette place à capituler.
i6o4* L'armëe des états se dédommagea de cette perte par la prise de plusieurs villes d'une moindre importance. Cependant il devenait de jour en jour plus difficile à l'atchiduc de soutenir la lutte dans laquelle il se trouvait engagé. Les secours promis par Madrid n'arrivaient jamais ; les troupes se mutinaient faute de paie, faute de vivres; et les Hollandais, plus sobres alors que les Espagnols , mais surtout plus industrieux et plus actifs , devaient rester victorieux par le seul efifet du temps. Philippe voulut transiger avec eux; mais il n'y put parvenir qu'en 1609. Ce traité , ménagé par la médiation de la France , fut signé à La Haye le 9 avril.
Par ce traité , l'Espagne reconnaissait l'indépendance delà Hollande, lui accordait la liberté de trafiquer dans les deux Indes, et finalement accordait aux états la qualification à* illustres seigneurs. Ainsi les rntrépides et fiers Bataves avaient fait un chemin considérable depuis qu'ils n'étaient que des gueux. La monarchie es-^
OB l'histoire d'espagnb. 337
pagnole perdit sans retoar sept des dixsept provinces que Comprenaient jadis les Pays-Bas.
Par l'effet des mêmes inspirations pacifiques, Philippe voulut consolider la paix existante avec la France par des mariages. L'infant Philippe épousa Elisabeth, filler d'Henri IV, et Anne d'Autriche fut mariée à Louis XllI. Nous n'avons pas besoin de dire au lecteur que cette princesse fut la mère de Louis XIV.
Enfin ce fut encore pour avoir la paix que Philippe se détermina à l'expulsion définitive des Maures qui restaient en Espagne, et dont tous les efforts de la terrible inquisition n'avaient pu faire que de faux Chrétiens. Cette opération ne se fit pas sans peine et sans combats. lies Maures résistèrent avec tout l'acharnement du désespoir. L'Afrique épouvantait ces infortunés; car elle n'était plus , depuis des siècles , et ne pouvait plus être leur patrie; ils prévoyaient le triste sort qui les y attendait : rejetiés de l'Espagne comme Mahométans, ils furent reçus des Arabes comme Chrétiens, et, en cette qualité, dépouillés et massacrés par les brigands d'Afrique. Cette
338 aÉsuMé
émigration si aveuglement provoquée , si obstinément accomplie, porta le dernier coup à l'agriculture et à la population des plus belles provinces espagnoles. Ce coup d'état, qui ravit à l'Espagne plus d'un million de sujets laborieux^ avait été conseillé par les inquisiteurs , qui comptaient sur les riches dépouilles des proscrits; ils furent pourtant trompés dans cet espoir , puisque l'édit d'expulsion laissa aux Maures la faculté de vendre leurs biens et d'emporter leurs richesses. Le dépit de l'inquisition éclata contre le duc d'Ossuna, qui , dans le conseil , s'était fortement élevé contre une mesure aussi impolitique : elle voulut le perdre ; et le roi lui-même, digne prix de sa faiblesse ! ne fut pas à l'abri des fureurs du sanglant tribunal. Ce prince, témoin d'un auto-da-fé dans lequel deux mauresques , un jeune homme et une jeune fille de seize ans , expiaient par les flammes le crime d'avoir été élevés dans la religion de leurs pères , ne put s'empêcher de donner quelques larmes au sort de ces innocens infortunés; le grand-inquisiteur lui fit un crime de ce mouvement d'humanité; et,- s'il faut en
DE L'uiST6niBvD'ESP AGITE. 33^
croire le» historiens, le monarque, contraint de se laisser ouvrir .la veine, vit son sang jeté , par la main du bourreau, dans le bÛ3cher même des victimes , en expiation de la pitié qu'il avait témoignée pour elles. Malgré cet excessif amour de la paix, qui contrastait si fort avec l'activité surabondante et la passion frénétique pour les entreprises militaires de son père et de son aïeul , Philippe se vit un moment entraîné dans des intrigues politiques et des querelles auxquelles il était persoonellement étranger. Henri IV, au moment ou le couteau d'un infâme assassin termina sa glorieuse carrière, méditait l'abaissement de }a maison d'Autriche; le duc de Savoie était au nombre des princes qui entraient dans ses vues, et dont il s'était assuré par des négociations. Le mystèm de ses alliances secrètes transpira après sa mort; obligé de s^excuser auprès de la cour d'Espagne, le duc de Savoie ressentit profondément l'humiliation des concessions auxquelles il s'était vu réduit pour obtenir son pardon, et n'attendit qu'une occasion pour iiaire éclater son inimitié. Comme ses dispositions étaient connues ^
34o AÉstrxi
tout projet d'agrandissement de sa part fut suspect^ et lorsqu'il voulut s'emparer du duché de MontC^rat, au détriment du cardinal de Mantoue, frère du duc qui venait de mourir , le gouverneur de Milan, comte de Fuentes^ reçut de sa cpur Tordre de marcher contre hii. La France, dont les vues politiques , sous la régence de Marie de Médicis, n'étaient plus celles de Henri le Grand , prit parti contre lui ; les Vénitiens firent de même, et le duc fut réduit à demander la paix. C'est à cette époque q^e l'ambition de deux seigneurs espagnols, le duc d'Ossuna , vice-roi de Naples , et le marquis de Bedmar , ambassadeur à Venise, menaça l'indépendance de cejtte république.
Il paraît que le ministère espagnol fut étranger à leurs projets ; au reste , la réalité de cett^ conspiration contre Venise a été contestée de nos jours ; et la nature des preuves et des raisonnemens produits par les partisans de cette opinion nouvelle, est propre h élever en effet bien des doutes. Ain^si l'art des conspit'ations supposées ne serait pas d'aujourd'hui; et si les gouvernemens du temps jadis se disputaient l'honneur de l'inven-
DE l'histoire d'espagne. 34 1 tion, cçlui de Venise aurait des litres à faire valoir '.
Philippe m menrut eh 1621 , dans la quarante-troisième année de son âge ; il avait régné, ou plutôt végété sur le trône vingt-trois ans : il H^issa la monarchie aussi malade qu'il l'avait reçue , à son fils, du même nom que lui , à peine âgé de seize ans.
Philippe rV fut à peu près aussi faible que soa père ; et l'histoire de son règne est uniquement celle du ministère despotique autant que peu éclairé du comte duc d'Olivarès : ce demi-Richelieu, ayant entièrement subjugué son maître, l'entretint dans une mollesse voluptueuse, pour donner carrière à son amKTtion avec^pleine impunité. L'Espagne perdit sous lui le Portugal; et en apprenant la tentative en même temps que le succès du duc de Bragance, a Sire^ dit Oliva- » rès à Philippe , le duc de Bragance a » eu la folie de se faire élire roi de Por^ » tugalj son imprudence vous vaudra 9 une confiscation de douze millions. » Le roi se contenta de répondre grave-
> Fcy, VHistoirc de f^enise, da comte Dàru.
341 nÉstrii^
ment : « Il faudra y mettre ordre , » et n'en sortit pas davantage de son apathie ordinaire* Une sërie de nouveaux désastares commença par la révolte des Catalans. Le duc de Ca^dhoniie , Voulant soutenir avec toute la nautéui:' cà^iltane les intérêts de son maître, est frappé d'un coup de poignard au milieu des cortès assemblées; Philippe fuit avec précipitation de Barcelone ; et si les entreprises des puissances étrangère» ne ^ssent venues tout-à-coup resserrer le lien national, peut -être plusieurs des plus grandes provinces se détachaient de la Castille.
Mais r£spagne n'était pas au terme de ses malheurs, et elle ne pouvait trouver de repos qu'après avoir vu s'accomplir sa chute. Tandis que les ennemis extérieurs se préparaient à fondre sur elle, Olivarès, uniquement occupé de se retrancher dans le ministère^ proscrivait le duc dIJcéda, son prédécesseur; ôtait au moine Alliaga, ci -devant confesseur, la place de grand- inquisiteur, qui rendait toujours un homme si redoutable; fermait un cachot sur le duc d'Ossuna ; enûû anéantissait tcrns ceux qui étaient
DE l'hISTOIUE d'ESPAGNE. ^f^
assez élevés a Tentour du trône pour lai porter ombrage.
Tous les anciens adversaires de la do- »6îio teination espagnole se réveillèrent. La ^^ Hollande s'unit à la France. Le célèbre Robert Mansfeld, l'un des plus grands capitaines de son siècle, sollicité par presque toates les puissances de l'Europe y donne la préférence à la cause de la liberté, et passe au service des Provinces-Unies. Réuni à Maurice de Nassau, il obtint sur les Elspagnols et les Impériaux de grands avantages. Cent soixante navires hollandais sont arrêtés dans les ports d'Espagne , où ils trafiquaient sous le pavillon de Hambourg; et presqu'en même temps chassés des Moluques , les Hollandais sont encore battus dans le détroit de Gibraltar par don Frédéric de Tolède , et dans les mers de l'Inde par les Portugais. Telle était déjà leur opulence , et leur puissance commerciale avait reçu Un accroissement s\ rapide,'que de semblables revers ne la suspendaient pas. Au reste ^ dès l'année suivante la fortune se rangea fidèlement sous leurs voiles, et l'histoire des Provinces-Unies n'est plus qu'une suite non
344 &isuKi
interrompue de conquêtes et de victoi* res maritimes. Les flottes hollandaises dévastent le Pérou et toutes les posses- . . sions espagnoles de l'Amérique^ s'ein'pa-% i tent d'une partie du Brésil, arrachent en peu d'années l'Lide aux Portugais; et cette république^ que la mçr tolérait sur les côtes infertiles de la Frise et du Zuyderzée, marche, étendant ses vastes bras sur les deux mondes , jusqu'au moment où la suprématie maritime passe enfin sans retour du côté des Anglais.
Après la mort de l'archiduc Albert , les rênes du gouvernement de la Flandre avaient échappé aux mains trop débiles de sa veuve; et l'esprit d'indépendance, bien que ralenti dans sa marche par l'hésitation des villes catholiques, tendait à la même scission que les Provinces-Unies. Spinola conserva quelque supériorité aux armes espagnoles; le cardinal-infant, frère du roi, vainquit les insurgés à Nottlinguen. Mais ces succès furent plus que balancés; Spinola, appelé en Italie, emmena avec lui sa fortune et son génie.
D'ailleurs, Richelieu, dont toutes les intrigues avaient pour but de s'opposer à l'ambition de la maison d'Autriche, tra-
DE L*HiSTOiAB d'Espagne. .345 viillak de toutçs ses forces à opérer une diversion pour éloigner des frontières du royaume Un ennemi aussi dangereux.
C'est alors qu'il se ligua avec les Vénitiens et le duc de Savoie, en proposant à ce dernier de s'emparer pour son compte de la Valteline, que l'Espagne avait occupée dès Philippe II , comme point de communication important entre- J'Empire et l'Italie y et qui^ depuis le dernier traité de Madrid de 1621^ avait été mise en séquestre entre les mains du pape Urbain VIL Le pape.la. trouvant bonne à garder ^.éloignait la restitution sous divers prétextes. Richelieu, devenu à son tour l'arbitre des destins de l'Europe , se mêla de l'affaire du séquestre : nouveau sujet de guerre eu Italie. Celte province finit par être restituée aux Grisons, ses maîtres naturels. Mais le duc de Savoie, qui ne voulait pas sortir de cette entreprise les mains vides, et qui d'ailleurs avait des injures à venger, de concert avec notre fameux Lesdiguières, envahit les états de Gênes, alliés des Espagnols.
Dans les Pays-Bas , le célèbre Vallens- 1611 1 tein commençait sa carrière. Tilly, Pa- g* penheim y commandaient les armées de
r£mpire, et se signalaient contre feld et Christian de Brunswick* 1637 Henri de Kassan avait succédé à Mau- ^ riceavec noe^aleambition. Teb étaient, ' ^' en mettantàleortéte Gustave- Adolphe, les principaux acteurs qui devaient illustrer cette longue guerre, qui recommençait pour durer trente ans , et à laquelle la pai^ de Munster ou de Wes^halie mit un terme.
La France et l'Espagne se rapprochent encore. La rébellion des Proïescans de La Rochelle était le motif de cette alliance, qui ne dura qu'un an. La succession du duché de Mantoue divise encore une fois les deux cours. L'Empereur se constitue l'arbitre de ce démêlé. Le roi de France passe en Italie et s'empare de Suze. Le duc de Savoie se détache de la France; mais il est aussitôt puni de cette défection par la perte des places les plus fortes du Piémont. A Veillane, le duc de MoBtmorenci met. en complète déroute les Espagnols, les Allemands et les Piémontais réunis» Autre victoire des Français à Garignan. Le prestige de la réputation militaire espagnole était entièrement détruit. On négocie sur nouveaux
DE l'histoire xi'espagne* 34'7 frais. La France et TËmpire firent la paix à Ratisboime^ l' Angleterre et TEspagne^ à Madrid.
Les ressources de l'Espagne ëtaient anéanties : eUe était pourtant forcée d'armer de nouveau pour sauver une partie de ses po6ses$ion8 dans les deux Indes. Les particuliers vinrent au secours de l'État par un don volontaire. Ces sacri* fîces généraux restèrent sans fruit. Trois flottes furent anéanties, on par la peste, ou par le canon des Hollandais.
L'Espagne malheureuse et accablée de ses revers , indignée c<mtre Olivarès , jetait un regard d'espoir sur un prince qui paraissait doué d'un patriotisme et d'un génie propres à réparer tant de maux. Les talens du frère du roi et l'amour des peuples dont il était l'objet , portèrent ombrage au ministre; il sut donner une passion au roi; ce fut une là* che jalousie contre son frère. L'infant s'appelait don Carlos : ce nom kii porta lualheur ; il mourut à vingt-six ans , on ne sait de quel mal. a Le poison ne laisse » pas de traces dans les cours >. »
» DuMCsiriL, F'ie de Philippe If.
Au milieu des malheurs publics, la seule inquiâtioB ëlait Oorissante. Deux aido-da-féj dans Fe^ce de peu d'années , sous le règne de Philippe IV, donnent une haute idée de sa prospérité. Trente- huit victimes périrent dans le premier , en lôSa. Dans le second , qui est de i653, soixante-douee malheureux judaïsans furent punis les uns par le feu , les autres par le fouet et le bannissement. Cependant on adievait r£scurial; et, pour combler le bonheur de la nation espagnole, le pape, par une seule bulle et d'un seul coup , canonisait quatre Espagnols à la fois : saint Ignace dé Loyola , saint François Xavier , sainte Thérèse et saint Isidore de Madrid.
Olivarès eut recours, pour réparer le désastre des finances , à la suppression des deux tiers des offices de judicaturè , et aux lois somptuaires, moyens «ussi impuissans l'un que l'autre, et peu pro*» près à donner une haute idée des ressources administratives de ce fameux ministre. Il voulut, pour augmenter la population , favoriser les mariages aux dépens de l'autorité paternelle, proscrire les émigrations des nationaux sous des
DE L*HISTOimE d'eSPAGNE. 849
peines très-graves, et appeler les étrangers dans la péninsule par la perspective d'avantages très-grands. Tous ces mauvais remèdes ne firent qu'augmenter le mécontentement universel , et la décadence de la monarchie parut en recevoir un mouvement d'accélération encore plus rapide. L'impossibilité de soutenir la guerre réduisit à mendier la paix de tous les côtés. Les Hollandais refusèrent de traiter avec l'Espagne. Le stathouder poursuivit ses conquêtes. Les Flamands conspirèrent de nouveau pour achever l'œuvre de leur émancipation.
Olivarès sévit .inutilement contre les chefs du complot; il fallut en venir à une amnistie.L'orgueilIeux comte-duc ne fut pas plus heureux dans ses sourdes intrigues pour soutenir en France la rébellion du duc d'Orléans. Des sommes immenses furent prodiguées à ce prince, qui fit sa paix avec le cardinal de Richelieu , et ]634quitta les Pays-Bas après avoir dupé la politique espagnole. Partout des humiliations , partout de la honte et des revers. Des subsides considérables avaient été fournis également à l'Empereur pour l'aider contre la ligue protestante, dont
Gustave-Adolphe était la téte.LémÎHÎs* ' tre availfait face à toutes ces dépenses par des ^nprunts onéreux; le crédit de l'Es^ pagne était tué, et sa ruine totale immi-^ nente. Gustave - Adol|>he mourut , et cette mort, célébrée à Madrid comme une grande victoire , redonna quelques avantages à l'Empire et au gouvernement des Pays-Bas , alors dirigés par le cardinal - infant. La France déclara de nouveau la guerre sous le prétexte de la violation du droit des gens dans la personne de Sélecteur de Trêves , enlevé de , son palais et transporté dans la citadelle d'Anvers. Richelieu , prévoyant que les Pays-Bas allaient échapper sans retour à l'Espagne , traite avec les Hollandais pour les partager avec eux.
^^?^ Cette ligue de la France avec le» ré* 648. P**l>licains de Hollande eut pour premier résultat la prise de Tillemont et une victoire dans les plaines d'Avein contre le prince Thomas de Savoie , auxiliaire du cardinal- infante La population de Tillemont fut Kvrée à toute la férocité du soldat. On voit , en lisant le détail de ces événemens militaires , que cette guerre de trente ans se fit d'une manière atroce,
DE l'histoïke d'espagne. 3Si
mémâ à part tout fanatisme religieux.
De prompts et terribles revers suivirent ces tristes succès ^ les maladies et la di-* sette décimèrent devant Louvain l'armée franco-hollandaise y et la levée du siège de cette place fut le prélude des malheurs de l'année suivaùte pour la France. L'Espagne , par des etforts qui achevaient de l'épuiser, parvint à ramener un moment sa fortune passée : la Champagne et la Picardie furent mises à feu et à sang, plusieurs régimens ttiillés en pièces , et la Somme fut franchie; la consternation était dans la capitale. Ainsi les bandes espagnoles eurent deux fois m«nacé Paris depuis la journée de Saint-^ Quentin. Le cardinal-infant, et les deux généraux qui servaient sous ses ordres , Charles, duc de Lorraine^ et Jean de « Vert, firent la mém« faute que Philippe II, et perdirent un moment qui ne devait pas revenir pour eux.
Les années qui s'écoulent depuis les opérations militaires quenous venons d'in^ diquer, jusqu'au traité de Munster, présentent la même vicissitude de revers et de succès, également accablante et vaine pour toutes les puissances belligérantes.
35i misuMi
Le déufl de ces événemeiis a^Mirtient à Thistoire de chacune d'elles et se trooye partout : il importe donc de présenter au lecteur le tableau de ceux qui sont particuliers à l'Espagne y et qui^ à cette épor que , comblèrent les d^astres de cette monarchie. Nous rappellerons seulement au lecteur, qu'en 1 638 ^ tandis que Marie- Thérèse et Louis XIV venaient au monde , le prince de Gondé assiégeait Fontarabie et brûlait la flotte espagnole.
Ritfhelieu cherchait des ennemis à l'Espagne en elle et autour d'elle; on lai' impute la révolte des Catalans; la l'évolution de Naples et celle de Sicile , événemens qui furent simultanés. Richelieu était un rude adversaire pour Olivarès : tous deux provoquaient avec un égal , acharnement la continuation de là guerre, tandis que les deux monarchies avaient un égal besoin de repos. Vainement le pape Urbain VIII , par des sentimensbien dignes du père commun defrfidèles, s'entremit entre ces deux ambitieux jouteurs; le cardinal Ginetti, légat dél^ué pour cette médiation , y perdit ses peines. A.ucun des deux champions ne voulait quitter cette terrible partie^ dont
i>K l'histoiks d'espagitc. ' S53 l'Europe sauglante faisait les frais. Olivarès , ne sachant plus où donner de la tête, vend les domaines de la couronne, lève des troupes en Angleterre; mais tous ces moyens étant insuifisans, il viole les privilèges d'exemption des diverses provinces réunies à la Gastille, et leur demande à la fois des hommes et de rargent.Valence, la Biscaye, la Navarre, murmlirent, éclatent en réclamations, et se refusent à ces demandes; mais l'Aragon et la Catalogne firent autre chose que murmurer.
* Deux députés de ce|^te dernière province, l'un prêtre et l'autre noble, vinrent porter à la Cour des représentations menaçantes, et le ministre les fit arrêter. A cette nouvelle Barcelone lève l'étendard de l'insurrection; les Castillans sont partout massacrés ,. et le vice-roi avant tous. C'est au même instant ( 1 64o) qu'une autre révolution ^ dont nous avons déjà parlé , se manifeste et s'accomplit à la fois en Portugal^ et que ce royaume se détache de l'Espagne , sans commotion , sans secousse, et sans qu'aucun gouverneur, aucun commandant de forteresse fasse résistance. Révolution singuIiècQ
par le peu de sang qu'elle coûta y le peu de temps qu'elle prit , et le prodigieux secret qui fut observé parmi ceux qui l'avaient préparée. Un Castillan , voyant les transports de Lisbonne, qui offrait plutôt le spectacle d'une fête que celui des effets (Tune grande conspiration vic^ torieuse , s'écria : « Faut-il qu'un si beau royaume ne coûte qu'un feu de joie k l'ennemi de mon maître l »
La révolte des Catalans fut un incendie qui faillit (embraser la monarchie entière ; la France l'attisait , et il fut dif-* ficite de l'éteindrer Le marquis de los Yelès et le marquis de Leganès y employés successivement contre les rebelles , mirent à exécution les mesures ri-? goureuses qu'Olivarès leur avait prescrites, et qui rappelaient les cruauté du duc d'Albe dans les Pays-Bas. Ces or? dres étaient de mettre le feu aux maisons, de couper les arbres , de massacrer les hommes au-dessus de quinze ans , et de marquer les femmes aux deux joues avec un fer brûlant. Le gouverneur de Tortose fut pendu par les pieds- La Catalogne s'émeut encore aujourd'hui au souvenir des plaies qu'elle souffrit à cette
DE l'histoira d'espagnk. S5â
époque^ et les noms et la domioation caçiillane ant toujoui^s été abhorrés de ses habitans. Barcelozie est une ville plus françajise qu'espagnole ^ par les affections y les mœurs et les traditions.
Olivarès , de son côté^ soudoyait la rébellion qui éclatait en France , moins sérieuse et moins terrible , pour des intéfféis de cour et non pour la causç des peuples , contre le ministère et non contre la monarc^^Richelieu découvrit le complot, et l^Kfbrtunés Cinq-Mars et de Thou montèrent sur l'échafaud, tan-»
dis que les ducs d'Orléans et de Bouillon échappaient par la fuite aux fureurs du cardinal.
Umeurty ce fameux cardtnal^en i643, et le comte-dnc, délivré dfun si terrible antagoniste, aurait peut-être songé à réparer, s'ils étaient réparables , les malheurs de la monarchie^ mais la nation, qui lui imputait toutes. ses souffrances^ n'en voulait plus. La reine, les grands , le conseil , se réunirent pour demander son éloignement : PhiliH>e, cédant à leur vœu, disgracia Olivarès , et se délivra lui-même d'un joug fatigant et pourtant nécessaire à sa faiblesse* Don
S56 RWJMS
Louis de Haro, neveu d'Olivarès ^ remplaça sou oocle,^ et se mëuagea plus de popularité. La souplesse de son génie couy enait mieux à son époque que l'enlétement romanesque du comte-duc.
Les Catalans avaient refusé une amnistie, et leur révolte continuait. La guerre étrangère continuait de même. Le cluc d'Ënghien , depuis le grand Condé, portait un coup mortel à l'Espagne, dans les plaines de Rocroy. Les fl^illeuresj troupes de ce royaume , les débris de sa vieille infanterie,, commande par le comte de Fuentès et don Francisco de Mello, y furent taillés en pièces : tout le matériel de l'armée et sept mille hommes y restèrent au pouvoir de l'ennemi , perte dont il faut juger l'importance par l'état de dénûment ou se trouvait al<>rs l'Espagne.
, Le pape Urbain VIII renouv^e , en 1644 9 ses soUidtations pour la paix:
Venise s'en mêle , les conférences commencent: à Munster et à Osnabruck, et dès lors se prépare le fameux traité de Westphalie : on voit que ce ne fut pas l'afifaire d'un jour.
Philippe, cependant, qui n'avait pasi
DE l'histoi&e d'espaone. 3,&7 la fierté d'Olivarès, demanda grâce à la reine] de France^ sa sœar^ il offrit de cimenter Fanion des deux monarchies, par le double mariage du prince d'Espagne avec mademoiselle, fille <}u duc d'Orléans, et de l'infante Marie-Thérèse avec Louis XIV* Anne d'Autriche jugeait la paix très-bonne à ces conditions 'f mais Mazarin voulait la guerre , et la guejrre ne cessa pas encore.
Cependant le nord de l'Europe arrive enfin au repos; de nouvelles distributions monarchiques s'y pr^arent : l'indépendance de la Hollande est de nouveau reconnue en i647> ^^ ^^ conquêtes dans les deux Indes lui demeurent irrévocablemen t. acquises. L'année suivante l'Empereur transige avec la Suède et la France, à des conditions aussi humiliantes que ruineuses, et sépare sa-cause de l'Espagne. Les détails du traité de Westphalie et les pertes qu'il impose à '^^^ l'Empire sont au nombre des notions his- 1555. toriques les plus communes, et n'entrent: pas rigoureusement dans notre sujet.
Philippe IV protesta contre le traité, à cause de ses prétentions sur l'Alsace , ce qui ne l'empêchait pas de réclao^er
358 tiistwÈ
la paix de son côté : on exigeait de lui la cession entière des Pays-Bas, de la Franche-Comté, dn Roussillon. L'Espagne i^cala devant de si grands sacrifices , et mit tout son espoir dans les guerres civiles de la Fronde, qui embarrassaient alors Mazarin; cependant don Louis de Haro ne retira aucun profit ni de ses intri- - gués , ni des fautes de la cour de France^ pi des erreurs ambitieuses de Gondé^ qui porta un moment sa brillante valeur et sa fortune sous les drapeaux espagnols.
La guerre se prolongea dans les Pays- Bas et en Catalogne, tandis qu'à Naples une autre révolution, prenant cette fois un (ûmple pécheur^ Mazanielloy pour organe et pour chef, renouvelait les an^ goisses de la monarchie.
En i656, Louis XIV demande luimême l'infante Marie-Thérèse , qui lui avait été destinée : Philippe IV rejette la proposition, et veut donner sa fille au roi de Hongrie, héritier de la couronne impériale^ prince d'ailleurs issu de la même race que lui. Sur ces entrefaites, un infant d'Êpagne vient aU monde ^ et Philippe, se voyant un héritier, ne ré^ pugne plus à donner sa fille au roi de
("rancGy d'autant pins que ce deifnier* à la téte^d'une armée brillante , prenait Hesdin , Montmëdy , et paraissait ie fa^ isiiliarifter avec la victoire. *
Mazarin, dont la politique s^^tait subordonnée aux volontés déjeune monarque, annoncées d'une manière si ferme, presse lui-noéme le mariage et la paix , ea renouvelant un traité d'union avec l'Angleterre. H &Ilut pourtant de nouveaux revers en Flandre ^ en Italie et Catalo^e , pour acbever de décider en Philippe^ Enfin don L6uis de Haro et Mazacin s'abouchèrewt dans File des Faisans^ sur Im petite rivière de \diBidéissoay pour dresser le» articles de ce fameux traité àeê Pyrénées. E)on Louis, prévoyant combien le^ conditions proposées seratent désavantageuses pour l£spa- Hpe , opposa «ne leûf etr r désespérante k Pempressement prétendu pacifique de a n adfversieiire. Pour motiver ce retard, il se vetrsfiiefaa dans des difficultés d^étiquelte ; et trois mois de temps furent employés à débattre et à régler le cérémonial entre les deux plénipotentiaires.
H fallait pourtant en finir : les articles furent dressés au noDtibre de cent vicigt. i6^.
Ija plus remarquable des nombreuses clauses du traité des Pyrénées, ^taitsans contredit celle que les bistoriens appellent la Capitulation niairimonialc de l'infante, et par laquelle Marie-Thérèse renonçait à tous ses droits éventuels à la couronne d'Espagne. *
Le lecteur peut remarquer dès ce moment Vextréme répugnance que les pria* ces de la maison d'Autriche, régnant en Espagne, éprouvaient à frayer im passage possible aux Bourbons jusqu'à leur héritage. Il voit que Philippe ne consentit à donner Marie-Thérèse qu'à toute extrémité, et pour sauver les restes de sa défaillante monarchie. Les difficultés furent bien autrement considérables de la part de Charles II , lorsqu'il fut question du fameux testament. De sorte que si l'un de ces deux princes avait eu assez de caractère pour défendre ses affections , ou seulement si un Olivarès eàt été ministre, il est plus que probable que Madrid n'aurait jamais vu le duc d'Anjou.
L'Espagne, céda le Roussillon, ce qu'elle avait de l'Artois, et abandonna ses prétentions sur l^Alsace, déjà acquise
DE l'histoire d'espagne. 36 1 à la Frauce par le traité de Munster. Les intérêts du duc de Savoie et la réintégration âe Condé furent stipulés de même, et le duc de Lorraine, prisonnier dans TAlcazar depuis quatre ans, comme suspect d'intelligence avec les ennemis de l'Espagne et de l'Empire, rentra dans ses états. Charles II d'Angleterre, qui cherchait à remonter sur le trône, d'oà son prédécesseur était naguère si tragi* quement descendu , vint à Fontarabie implorer l'assistance des hautes puis* sances contractantes; mais on ne daigna pas s'occuper de son infortune. Les ministres n'avaient pas le temps , et Louis songeait à son mariage } il dépéchait le duc de Grammont à Madrid avec soixante seigneurs habillés en courriers. Plus tard, soit politique, soit expérience des choses humaines , il fut plus £(bcessible à la voix du malheur. Mais alors le destin des Stuarts était achevé. Ajoutons que bien peu après, lorsque la fidélité de Monck eut ramené Charles n sur le trône, l'Espagne ne put obtenir la paix de l'Angleterre qu'en lui cédant Dunkerque et la Jamaïque.
Il restait le Portugal à réduire. Le$
36a RÉSUMÉ
arrangemens proposés par la maison de Bragauce furent rejetés avec inflexibilité. On arma^ on fit des préparatifs hors de toute proportion avec Tépuisement de la monarchie, et tout cela fut inutile. Le génie de cette admirable reine, Louise de Gusman^ veuve du duc de Bragance, qu'elle avait porté sur le trône, défendis son ouvrage contre tous les etforts de l'Espagne. Il est vrai qu'elle fut parfaitement secondée par la valeur des Portugais et par leur haine héréditaire de la domination castillane. La guerre continua glorieusement pour eux encore plusieurs années. Le comte de Schomberg , renommé capitaine , dirigea leurs opérations militaires. Enfin ^ à la mort ^^^' de Philippe IV, l'indépendance du Portugal était établie, et le projet de le remettre sous le joug, irrévocablement abandonné par FEspagne abattue sous le poids de ses malheurs.
Si Charles II n'eût pas été le dernier prince de la dynastie autrichienne en Espagne , et le prédécesseur immédiat de Philippe V, tige de celle des Bourbons, aucun règne ne serait plus que le sien enfoncé dansl'oubli. Tout fut étroit, pe-
DE l'histoire d'espagne. J6'i
lit et malheureux dans la régence honteuse de sa mère et le gouvernement de ses favoris* Sous son père et son aïeul ( Philippe IV et Philippe III ) les ministres avaient fait de grandes fautes , et souvent mis leurs passions personnelles k la place des intérêts de TÉtat; mais du moins ils avaient lutté contre de grands revers; et quand ils tombaient au milieu des débris de la monarchie, ce n'était ni saiis noblesse , ni sans honneur. Tous ees vesliges de la fierté nationale s'étaient effacés dans une cor- x ruption profonde. Le lecteur le plus superficiel a quelquefois entendu parler d'un duc de Lerme, d'un comte-duc Olivarès , d'un don Louis de Haro : ces noms réveilleort encore des souvenirs dignes de rhistoii« ; mais un Valenzuela^ un jésuite Nitard, un Oropesa , un PortQ^^Qurero yUn /îocaèerft*,qued'obscuifité pèse aujourd'hui sur la mémoire de ces intrigans d^état, sans patriotisme, sans courage çt sans génie! Le seul homme digne d'estime qui figure au milieu d'eux, est cet autre don Juan d'Autriche, que les historiens signalent comme le dernier grand homme de cette race ,
et qui en effet aurait pa ajouter à nilustration de ce beau nom s'il fut venu çn des temps moins exclusivement favorables à la médiocrité et à la bassesse. Il avait commandé les armées dans le cours du précédent règne, en Portugal^ en Catalogne et dans les Pays-Bas^ mais ses talens , privés de la faveur des circonstances et de l'appui de la Cour^ éclatèrent moins par des succès que par les persécutions qu'ils lui attirèrent depuis de la part des favoris de Charles II et de la reine régente.
i665 Charles|I était fils de Mariamie d'Au- ^^ triche, que Philippe IV avait ^ousée en ' secondes noces. Il avait quatre ans lorsque son père mourut , et sa mère resta chargée de la régence , sous la direction ou avec l'assistance d'une junte composée du président tle Castitte, du vicechancelier o^u président. d'Aragon, de l'archevêque de Tolède,, de Tinquisiteur^général , d'un grand d'Espagne et d'un conseiller d'état, sans parler de don Juan d'Autriche, à qui sa naissance 'donno^ nécessairement l'entrée de ce conseil. La nation vit même avec déplaisir les rênes du gouvernement coafiées à
DE l'histoiiie d'espagne. S65 d'autres mains que les siennes \ en murr murant contre une telle injustice, elle s'indignait de voir cette reine , au profit de qui elle avait été commise^ livrée uniquement aux suggestions empoisonnées de son confesseur, le père Evrard Ni tard. Cet homme était jésuite et allemand^ il était ambitieux et inhabilç , et portait un orgueil immense sous la feinte humilité de sa soutane noire. C'est lui qui , blessé de la fierté d'un des plus grands seigneurs de l'Espagne , lui dit : a Songez que c'est » à vous de me respecter /moi qui ai » tous les jours votre Dieu entre mes » mains et votre reine à mes pieds. » Paroles qui sont la plus forte expression connue de l'insolence humaine, et où sq révèle le génie de la redoutable postée rilé de Loyola.
Doa Juanr fut bientôt éloigné de la cour^sous l'honorableprétexte d'un com* tnandement en Flandre, où ce prince s'était déjà illustré. Don Juan se souvenant qu'il avait été indignement abandonné en Portugal , refusa cette missioa comme ud complot contre sa gloire. Il fut exilé.
Ses querelles avec le jésuite confes-
seur occupaient la cour d'Espagne, tandis que Louis XIV envahissait les Pays- Bas, en vertu du droil de dévolution, q«*fl prétendait acquis, par la mort de Philippe IV , à la reine Marie-Thérèse, fille du premier lit, à l'exclusion de Charles II , né du deuxième.
Ce droit, u&ité dans la coiitume du Erabaut y donnait une préférence absolue en matières de successions paternelles aux enfansdu premier lit sur ceux du second , sans égard au sexe. Le traité des Pyrénées était évidemment violé.
On prélendit qu'une loi établie pour les propriétés ordinaires entre simples particuliers, ne pouvait valoir entre rois et pour la propriété d'un royaume On discuta, OH écrivit beaucoup : il eût fallu se battre 5 mais le roi de France était le plus fort.
L'année suivante le roi de France s'empare de la Franche-Comté. La conquête de ces pays, dont la perte fut si accablante pour l'Espagne, fut si facile pourle vainqueur, que, selon l'expression d'un Castillan, le roi de France, au lieu d'aller en personne prendre possession de ces provinces, aurait pu se contenter
DE l'histoire d'eSPAGNE. 367
d'y envoyer non ses soldais, mais ses laquais.
Oti fit la paix avec le Portugal pour n'avoir du moins affaire qu'à la France. Il ne resta à l'Espagne de ce beau royaume q«e Ceula. On conclut en même temps, avec Louis XIV, le traité d'Aixla-Chapelle , en vertu duquel il garda la Flandre et rendit la Franche-Comté.
Ces exploits militaires de Louis le Grand perdent beaucoup de leur mérite quand on songe à la situation de la monarchie qui en faisait les frais. Il était aussi facile que peu généreux d'accabler cette malheureuse Espagne. C'est pourtant ce que Louis XIV ne cessa de faire durant les quinze années qui s'écoulent depuis la mort de Philippe IV jusqu'au traité d'Utrecht, Par ce traité, qui maintenait les stipulations de celui d'Aix-la- Chapelle, relatives aux Pays-Bas, la Franche-Comté, prise et puis rendue, retom^nait à la France à qui elle est restée.
Don Juan était parvenu à faire disgracier Ni tard ^ mais il n'avait fallu rien moins que le soulèvement de plusieurs Y>rovinces et la présence du prince aux
368 KESUMÉ
portes de Madrid, avec deux mille hommes en ordre de bataille , pour obtenir ce renvoi. La reine n'y consentit qu'en se livrant aux transports du désespoir.
£lle donna en dédommagement à son bien-aimé confesseur la qualité de son ambassadeur à Rome. Don Juan, qui ne voulait pas entendre parler du gouvernement des Pays-Bas , dont le destin se décidait , se fit nommer vicewroi générai de la Catalogne, de l'Aragon et de Valence , provinces qui s'étaient armées en sa faveur. Il établit sa résidence à Sarragosse.
La reine remplaça le père Nitard, non dans ses fonctions de directeur, mais dans sa privante i , dit naïvement un historien, par don Fernand de Valenzuela qui , chassé de la maison du duc de rinfandato, où il était en qualité de page, arriva bientôt au période le plus élevé de la fortune. La reine lui donna la charge de grand écuyer et le titre de grand d'Espagne, coup mortel pour l'orgueil de cette classe. On ne parla plus que de ce sacrilège à Madrid et
* En su privanza.
DE li'HISTOIEE d'eSPAGNE. 369
dans toute l'Elspagoe ; une nouvelle invasion des Maures eût moins vivement occupé les esprits.
La monarchie ne manquait pourtant pas de graves sujets d'alarmes, car ses possessions en Amérique périssaient par les dévastations audacieuses des flibustiers. Ces corsaires , qui ont immortalisé leur histoire de brigands à force de courage , venaient de prendre Porto-Bello , sous la conduite de MorgRij^l'unde leurs plus intrépides chefs. Les malheurs que les Espagnols éprouvèrent alors en Amérique^ peuvent être regardés comme une faible expiation des cruautés que leurs ancêtres avaient exercées contre les Indiens. On sait que Montbars, surnommé l'Exterminateur, né Français et gentilhomme, ne s'était fait flibustier que pour pouvoir satisfaire la haine et l'horreur dont la lecture des écrits de l'évêque de Ghiapa, Las Casas, l'avait rempli pour le nom espagnol. Au reste, ces corsaires flibustiers, devenus la terreur du Nouveau-Monde , étaient de ces hommes qui semblent avoir mission de détruire, et qui sur des débris établissent quelquefois un empire, quand unhomme
370 «ÉSITHE
de génie se trouve à leur lé te pour diriger Jeurs efforts.
Pendant que Yalenzuela amusait le peuple de Madrid par des fêtes ^ les troupes espagnoles étaient battues en Catalogne, dans le Roussillon et la Cerdagne, par les Français; et la Sicile, fatiguée du despotisme des gouverneurs qui lui venaient de Madrid , se révoltait en appelant la France à son aide. Don Juan refuse d'aller, réduire cette rébellion, à moins d'être reconnu infant d'Espagne, et Louis XIV est proclamé , dans Messine , roi de Sicile. L'ancienne ennemie de l'E^agne, la Hollande lui prête en vain de l'or et des vaisseaux pour lutter contre l'insatiable ambition du monarx|ue français; Louis avait d'aussi grands hommes sur la mer que sur la terre, et Duquesne bat Ruyter en vue de la rade de Palerme.
Les malheurs de l'Espagne s'accumulent encore plusieurs années. On a recours, pour fournir aux besoins de l'Etat, à ces moyens odieux et précaires déjà employés, et qui avaient contribué à sa ruine. On supjH'ime des charges sinécures, c'était bien fai( ; mais on vend les
DE l'histoire D*£SPAG1VE. 37I
vice-royautés du Mexique et du Pérou, ce qui devait dès lors mettre le feu aux colonies, déjà lassées du joug de la métropole.
Charles II avait pris les rênes du gou^ vernement dès qu'il eut atteint sa quinzième année , en vertu des dispositions du testament de son père; mais l'exécution de cette vaine formalité ne changea rien aux affaires; Valenzuela en conserva la suprême direction , et le jeune prince ne fut roi que sous le bon plaisir de la reine et du favori. Charles avait reçu de la nature une organisation bien faible et sans compensation de facultés morales qui eussent de l'éclat. Quelques historiens ont prétendu que la nature ne l'avait pas fait tel^ et ils sont allés jusqu'à faire entendre que la débilité déplorable dont tout son être était frappé, était le résultat d'un forfait atroce ^ forfait que la plume se refuse à exprimer autant qi}e l'esprit à l'admettre, puisque c'est à sa mère qu'il faudrait l'imputer. A la vérité les mêmes imputations ont presque été justifiées relativement à Catherine de Médicis \ la soif di^ pouvoir est assez ardente dans les^ cpurs
pour étouffer les sentimens de la nature, et ie voisinage de Tambition fut souvent funeste même à ceux de la maternité.
On parle d'un breuvage 5 on jette une teinte criminelle sur les liaisons de cette reine avec le jésuite Nitard^ on la montre passant dans les bras de Valenzuela avec une facilité scandaleuse , et remplaçant ce favori par le comte de Melgar; on raconte ses attentats contre don Juan, qui mourut en 1679, empoisonné; mais tout cela , je Tavoue, n'est pas suffisant pour persuader qu'elle ait voulu détruire- daos son fils les germes de la raison et ceux de la virilité. Elle eut un Jésuite pour confesseur, voilà contre elle le plus redoutable argument, puisqu'il n'est pas de crime que la morale des Jésuites n'essaie de légitimer j or, il faut savoir que l'Espagne a fourni à cette société fameuse ses casuistes les plus relâchés.
Cet infortuné Charles II épousa en 1679 une princesse française^ Louise d'Odéans, fille de Monsieur et nièce de Louis XIY . Il aima sa femme qui ne l'aimait guère, et il ne s'occupa plus des affaires de son royaume. Eguia , secré-
DE l'histoire d'eSPAGNE. 873
taire des dépêches universelles, deviot rùnique moteur de celte déplorable administration. L'Espasne achevait de subir toutes les épreuves de la plus cruelle détresse financière. Il y avait si peu d'espèces 7 qu'il fallut avoir recours non-seulement au papier-monnaie, mais encore à l'échange des denrées en nature. Quant à l'inquisition^ elle n'avait jamais été plus florissante. Un auto-da-fé fut i^ célébré pour cmbelUr les fêtes du ma- ^ * riage de Charles II ; vingt - deux personnes y furent brûlées , et soixante autres fouettées ou marquées du fer rouge, toujours pour prétendus crimes de religion. Le duc de Véraguas , vice - roi de Valence, ayant condamné un moine scélérat à la juste punition de ses crimes^ le confesseur du roi réclama l'immuhité ecclésiastique et fit révoquer le vice-roi , qui fut encore obligé de recevoir l'absolution du nonce du pape. Tout tendait à avilir l'administration.
En 1 682, on mit la grand«»sse à prix d'argent; plusieurs riches Juifs qui avaient abjuré , se firent nobles et grands ; chose importante à remarquer pour savoir ce que peut être aujourd'hui; en Espagne ;
374 RÉSCMK
cet ordre qui se dit encore , si ridiculement, le premier de l'État.
Louis XIV s^achamait sans pitié sur la malheureuse £spaf;ne. £n 1 68 1^ elle avait été forcée de lui cëder eDC<«*e le comté de Chimay; TaBnée suivante , Charles II fît un traité d'alliance avec la Suède, la Hollande et l'Empire, pour tâcher de conserver quelque chose des Pays-Bas. Ce traité était conune le prélude de celui d'Augshourg; mais l'heure des revers n'était pas encore venue pour Louis le Grand, et d'ailleurs l'Empire avait affaire avec la Turquie. Les Espagnols, commandés par le duc de Bour- HonvDle, furent de nouveau hattus en Catalogne, et Fontarabie fut encoioune fois bombardée. En 1Ô84, le traité de Ratisbonne, conclu entre l'Empire, l'Espagne et la France , valut à l'Espagne la restitution de quelques villes^ et stipula assez inutilement une trêve de vingt ans entre ces trois puissances. , r'
Le duc de Médiua-Celi avait<t>emplacé Valenzuela, et avec plus de patriotisme et d'habileté n'avait pas fait mieux que lui^ le bien i^'etait plus possible et la monarchie trop jnalade. Le comte d'O
DE l'histgoa d'espagne. 3*7 S ropesa succéda à ce dernier; celui-ci était de la maison royale de Portugal; il n'eut pas plus de succès qwe seis prédécesseurs, malgré beaucoup de fermeté et quelques offortô utiles. La reinedouâirièrc le fit bientôt remplacer par Henriquez de Cabrera , comte de Melgar,
La ligue d'Augsbourg s'était formée en 1687 contre Louis le Grand, qui semblait prétendre à renouveler Charles V en Ekirope. Guillaume de Nassau, prince d'Orange^ était Fâme de cette ligue , et il devitit l'antagoniste heureux du mons^rque français. Il monta «ur le trône d'Angleterre en ébranlant celui de son rival , qui fit de vains efforts pour soutenir le malheureux Jacques IL Le roi -d'Espagne accéda au traité d'Augsbourg dès que sa femme , Louise d'Orléans , iiit mort€, et il épousa Marie^Anne de Neuboorg, fille de l'électeur palatin. '
La victoire ne se hâta pas de ràiifiêr 1697 le tndtë d'Augsbourg, et Loais défendit ^ mieux sa proj^-e cause que celle de fin- '^*^* * fortuné Stuart. Depuis 1690 jusqu'en J697, époque du traité de Ryswick, l'Espagne, obligée de se défendre sur ses frontières et dans les P^ys-Bas , comme
3'j6 KÉsvvà
partout QÙ s'étendait encore sa chancelante domination, éprouva partout les mêmes adversités^ la fortune ne lui fut favorable qu'à Gampredon et Val court.
En Flandre, les alliés perdirent la bataille de Fleurus, celles deLens et de Steinkerqae'f en Catalogne, les Espagnols celles de Ter et de Barcelone ; en Italie, celles de Staifarde et de MarsaiUe , qui firent la gloire de Catinat. Ces nombreuses défaites entraînèrent «la perte des plac^ d'Urgel, de Belvor, de Roses, de Palamos , Gironne, Hostalrich et Barcelone, en Catalogne; celles de Luxembourg , Mons, Charioroi et Namur, dans les Pays-Bas. La France avait profité de toutes ces pertes , et sa prépondérance paraissait plus que jamais afiBermie; cependant , épuisée par ses propres victoires, elle ^avait besoin de repos, et quand les alliés offrirent la paix, elle était à la veille de la demander elle-même : d'ailleurs Louis avait, pour se résoudre à poser les armes, d^au très puissantes raisons encore plus conformes à ses vues d'agrandisse^ ment. Enfin, la paix générale fut arrêtée entre la France, l'Angleterre , Ff^pagne et la Hollande, à Ryswick, le ao sep-
DE L*HIST0I1UB d'eSPAGIÏE. 877
tembre 1 697 ; les parties contractantes y firent de réciproques restitutions, et l'Europe se retrouva au même point où l'avaient mise les traités de Westphalie et de Nimègue : ce traité ne fut pour la France que le pardon de ses victoires.
%jS ftKti^tnrà
AFFAIRE DE J^k SUCCESSION.
Charles II, accablé d'infirmités précoces, était menacé à'u^Ê^n prochaine, et n'avait pas d'enfanèWoule l'Europe tenait les yeux ouverts sur sa succession, et loutes les ambitions se mettaient en mouvement. Louis devança habilement ses compétiteurs, d'abord en faisant la paix à temps , puis en dépêchant à Madrid le comte d'Harcourt, dont l'habileté et le zèle devaient tout disposer pour le succès de ses plans. Ij'événement justifia une fois de plus la réputation que le roi de France avait de se connaître en hommes; et à coup sûr sans cet adroit, spirituel et magnifique seigneur, les Allemands l'eussent emporté dans l'affaire delà succession.
Ce n'est pas seulement l'espace qui nous manquera pour exposer cette affaire au lecteur dans tout son jour. Ce fut une intrigue digne du génie de Louis XI, et dont les détails, assez peu connus, pour-
DE L*HISTOt&£ D*£SPAGIf£. S79
raient encore avoir lout le piquant ée la Douveaitté, en paraissant dans leur intégrité naïve. Le testament de Charles If fut extorqué par des moy>ens si odieux et si misérables, que si la valeur française d'une part) et le vœu de la majoi'ité de la nation espagnole de l'autre ^ n'eussent pas<:onsacré ses dispositions, il serait permis de douter de la légitimité des droits du duc d'Anjou à cet héritage. Au reste, les écrivains les plus monarchiques, mai* gré leur réserve obligée sur ce chapitre scabrexix, ont laissé échapper des aveux assez abondans^ pour qu'il nous soit possible de remplir notre tâche sans invoquer d'autre témoignage que le leur, et par conséquent sans nous écarter de la mesure que tant demotifs nous prescrivent.
Les deux principaux pré ten dans à la succession étaient Louis XIV et l'empereur Léopold , prince d'un esprit faible et borné, livré à l'influence des prêtres et aux pratiques d^une superstition grossière. Le roi d'Angleterre , l'actif Guillaume , redoutait également l'agrandissement de l'un et de l'autre, et de plus professait pour le monarque français la haine la plus cordiale. Conduit par ces
divers motifs , il imagina de faire passer la succession d'Espagne au prince électoral de Bavière, encore enfant, et petitûls de Philippe IV par sa mère, fille de Léopold. Son aïeule avait, comme Marie- Thérèse et les autres princesses d'Espagne , fait une renonciation à la succession de cette couronne ; mais Louis XIV, en s'emparant du Brabant , par droit de dévolution, au mépris du traité des Pyrénées , et spécialement de la capitulation matri^noniale de l'infante , avait déjà enseigné ce que valaient ces solennelles renonciations. De part et d'autre on se prévalait d'ailleurs , pour en soutenir la nullité^ du défaut de sanction par /e^ corlès, et on détruisait ces engagemens les uns par les autres. Le comte d'Oropesa, prédécesseur du comte de Melgar, s'était mis à la tête du troisième parti, le plus faible de tous; mais il avait été disgracié à la mort de Marie- Anne d'Autriche ^ mère du roi, qui tour à tour le soutint et le repoussa.
Le roi d'Angleterre , poursuivant son plan favori, avait proposé aux cours de Vienne et de Versailles un traité de partage en vertu duquel l'Espagcie^les Pays-
DE l'histoire d'espagne. 38 1 Bas et les principales colonies du Nouveau-Monde, auraient^ après la mort de Charles II, formé un état au prince électoral de Bavière; et Naples, la Sicile et la province de Guipuscoa composé le lot du dauphin^ tandis que la maison d'Autriche se serait contentée du heau duché de Milan. Les conditions réservées à la France par le traité d'Augsbourg étaient bien différentes , puisque les puissances contractantes s'étaient formellement engagées à assurer l'intégrité de la succession espagnole aux fils de Léopold , et à ôter toute espérance au monarque français; mais ce dernier avait ^epuis lors remporté assez de victoires pour faire annuler cette clause secf ète^ et consolider ses projets. Louis parut cependant très-disposé à accéder au traité de partage; il n'en fut pas de même de Léopold, qui s'était accoutumé à considérer ses droits comme parfaitement établis. Les négociations furent interrompues , et alors , de part et d'autre , commence une suite d'intrigues dont Madrid fut le théâtre.
Le secret du traité de partage proposé par Guillaume avait transpiré^ et en ex*
382 KËSUME
citant rindignation nationale , il avait troublé le sommeil apathique du faible Charles II lui-même. Charles redoutait la branche allemande de sa propre maison, autant qu'il haïssait celle de France; et pour les déjouer toutes deux à la fois, il fit alors Son testament en faveur du prince de Bavière .
La nation, qui craignait un démembrement, applaudit à ce choix; mais la mort de cet enfant vint tout— à -coup trahir ses v<]eux, et remettre l'avenir à la discrétion çln plus adroit ou du plus fort. Les Allemands étaient détestés à Madrid, et n'avaient pas moins mécontenté la noblesse que le peuple. La reine, quL gouvernait entièrement son royal époux, était elle-même souS Tinâuence de quel^ ques personnages subalternes qui sem* blaient ne l'avoir suivie en Espagne que pour lui |>rocurer la haine de la nation. Ces Allemands, parmi lesquels une comtesse de Berleps figure en première ligne, avaient fait le ^trafic le pltis scandaleux des emploi^e l'Etat et des faveurs de la cour. Ils vendaient tout ce quisepoch' vait payeryet exploitaient l'Espagne comme un bénéfice temporaire.Leroiigiiorait
DK l'uistoihe d'espagne. ^83 ces désordres , et passait son temps entre* quelques prêtres et quelques moines qui se disputaient sa déplorable faiblesse. A insi les disposi tiens générales étaient contraires à la maison allemande. Cependant Charles II, par le conseil de Porto-Carrero, se décida à donner la préférence h Tarchiduc, et l'appela auprès de lui. L'inconséquente légèreté de ce îeune prince acheva de gâter ses affaires. Il affecta de tourner en ridicule les usages et les mœurs de la nation oastillane; et cette nation, fièreet sérieuse, aussi peu propre à tolérer la raillerie qu'à s'en servir , en conçut pour ce prince un éloignement invincible. Ënméme temps Porto-Carrero se brouilla^ à l'instigation du marquis d'Harcourt, avec la comtesse de Berleps et les ministres allemands ; de sorte que l'Empereur perdit l'auxiliaire le plus considérable et le plus utile. La reine, à la vérité, était tout allemande, et son influence était encore d'un grand poids dans la balan*ce; elle entraînait plusieurs grands seigneurs dans son parti : mais d'autres, en nombre bien plus considérable, révoltés de sa hauteur et de son inflexibilité, se
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rangeaient du côte de la France : ils se jastifiaient en comparant le caractère de la nouvelle reine à celui de Marie-Louise d'Orléans, qui avait été un* modèle de bonté et de grâce , et que le peuple , à qui sa mémoire était chère, nommait la mère des Espagnols»
Le comte de Lobkowitz , qui, à l'époque du traité de Ryswick , résidait à la cour d'Espagne avec le titre d'ambassadeur, était l'homme du monde le moins propre à ramener les esprits. Il affectait pour les Espagnols le mépris le plus injuste à la fois et le plus impolitique. Une clameur universelle s'était élevée contre lui. Il fut rappelé, et l'on délibéra sur le choix de son successeur. Le conseil de Léopold nomma Ferdinand Bonaventure , comte d'Harrach. Les Mémoires pubhés sous le nom de ce ministre sont assez authentiques pour qu'il soit permis d'apprécier par eux ses talens de négociateur; et certes on y voit que ce n'était pas encore là un suflisant antagoniste pour le marquis français et l'archevêque de Tolède, Porto-Carrero, qui étaient parfaitement d'accord. Bonaventure d'Harrach fut complètement dupe
DE l'histoire d'espagiTe. 385 darusd cardinal; il a lui-même consigaé dans les dépêches qui ont servi à la composition de ses mémoires Tav eu de son inepte bonne foi. Bientôt après , humilié d'avoir été joué à la face de l'Europe , il n'écrivit plus à Vienne que pour demander avec les plus vives instances d'être rappelé.
La défection de Porto-Carrero fut la ruine de la faction autrichienne. Ce prélat battit les Allemands qui dirigeaient la reine , et terrassa le capucin jGabriel de la Chiusa, confesseur de cette princesse, le plus influent de tous, par les manœuvres qui convenaient entre gens d'alise. Porto-Carrero répandit le bruit que le Capucin, la comtesse et leurs amis avaient ensorcelé la reine , laissant entendre qu'il était à craindre que leur trame sacrilège ne se fût étendue Jusqu'au roi. Cette grossière imposture^ qui ne peut exciter que le mépris d'un siècle éclairé, était encore un puissant moyen en Espagne à la fin du 17* siècle, et s'accrédita avec la plus grande facilité : nous allons en faire voir les suites.
Avant d'en venir à la fable de la sorcellerie ^ on avait imaginé mille moyens
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uoii moins honteux pour semer la discorde entre la reine et le roi , et finalement pour opérer la rupture solennelle de leur mariage. Les mystères du lit conjugal étaient scandaleusement divulgués et commentés par les casuistes et les médecins y cherchant des causes de divorce > . Le roi prodiguait en secret à son épouse les marques de la tendresse la plus passionnée , prêt cependant à l'abandonner si les théologiens Texigeaienl.
Knfin la ridicule imposture qui faisait jouer un rôle au diable ayant réussi audelà des vœu^ des partisans de la maison de France, la disgrâce des Allemands fut résolue ; le peuple demanda à grands cris leur renvoi et leur châtiment. L'amirantedeCastille, le marquis de Melgar et le comte d'Oropesa, attachés à la maison d'Autriche, étaient au nombre des sorciers supposés. De l'autre côté, on voyait paraître après le cardinal Porto-Carrero , et sous ses ordres , Tinquisiteur général Rocaberti , et le père Froylan Diaz, nouveau confesseur de Sa très-crédule Majesté.
I Mcmoircs du comte d^Harrach.
DE L*HISTOIBE s'eSPAGNE. 887
Fi oylan Diaz exorcisa k plasieurs reprises difTërentes Charles II. Les paroles dont on se sert dans les rituels pour conjurer les puissance infernales frappèrent de terreur ce malheureux prince , et achevèrent d'altérer sa raison. Dès lors il ne fut plus qu'un instrument docile et résigné entre les mains impies de Porto- Carrero; et lorsque ce cardinal lui suggéra de consolter le souverain pontife pour sortir de ses perplexités relativement au choix d'un successeur^ Charles II accueillit ce conseil avec empiessemait , pour mettre un terme aux sollicitations de la nation et aux malheurs de r£sp£^gne. D'autres consultations précédèrent ce recours au saint Père; les conseillers de la couronne , les jurisconsultes les plus renommés, les théologiens . les plus experts avaient été réunis pour prononcer sul: cette grande difficulté; mais l'habileté des négociateurs français et les ruses de Porto-Carrero avaient su introduire dans toutes ces conférences les élémens d'une majorité favorable à la maison de Bourbon. La réponse d'Innocent XII fut également conforme aux vœux du roi de France. Le cardinal Jan-
son ayail très-hdbilement disposé ce pape ea faveur de Louis XIV. La coar de Vienne s'était fait représenter auprès du saint Père par le comte de Martinitz^ entêté allemand, qui, pour de vaines difficultés de cérémonial, ne craignit pas de courroucer tout le sacré collège. L'Empereur avait en outre choisi ce moment oii l'on discutait l'affaire de la succession , et dans laquelle le pape était intervenu comme arbitre , pour réclamer des fiefs impériaux englobés depuis long-temps dans les domaines de l'Ëglise, ou usurpés par des feudataires du saint Siège. Tant de fautes si graves en politique devaient finir par avoir leur salaire, malgré l'affection si manifeste de Charles II pour sa maison. U parait même que la reine , fatiguée de faire des efforts pour une cour qui entendait si mal ses intérêts , avait abandonné la cause de l'archiduc, et que la comtesse de Berleps à son tour s'était rangée du parti du cardinal et du marquis d'Harcourt.
Le marquis d'Harcourt et la marquise sa femme ^ non moins adroite et spirituelle que lui y avaient gagné tout le
DE l'histoire d'espagne. 389 monde à Madrid , la noblesse , le peuple, le clergé. Tandis que lui ne dédaignait pas de séduire les camaristes de la reine, elle allait interroger Thumaine faiblesse jusque sous \e Sombrero des familiers du Saint-Office. « Sire , écrivait naïvement » à son empereur le comte d'Harrach , » l'inclination et l'estime du peuple pour » ce ministre surpassent tout ce que je » saurais dire à votre majesté, ce qui est » pour moi une mortification très-sen- » sible. »
Tandis que les a gens du roi de France travaillaient avec tant de zèle et de succès à faire avoir à son petit-fils la totalité de la succession , ce monarque feignait de se prêter à un nouveau traité de partage , encbre proposé par le roi Guillaume. Louis XIV consentait généreusement à laisser à l'archiduc l'Espagne et les Indes, en ajoutant le Milanais au partage du dauphin , qui aurait eu Naples , la Sicile, le mai:quisat de Final et la province de Guipuscoa. Quant aux Pays- Bas^ il paraît qu'on les aurait donnés au duc de Lorraine, en échange de son propre duché. On voit que cet arrangement était bien plus avantageux quq le:
premier à la maisou d'Aulriche. A nic^ »ure que Louis le Graud était plus près de gagner la partie^ il faisait plus beau jeu à son adversaire. Lëopold l'eut embarrassé en le prenant au taot; mais il eut la folie de rejeter ce trakéi. Guillaume fut en cette occasion dupe de la politique française.
Les seuls Hollandais ^ que le sort des Pays-Bas intéressait beaucoup^ pénétrèrent la ruse; et Dickvelt déclara publiquement dans l'assemblée des états que l'on ne devait prendre aucune confiance dans les paroles du grand Roi et, les assurances de ses ministies.
Ce nouveau traité excita une indignation plus vive encore que le premier à la cour de Madrid. Le marquis de Canalès, ambassadeur d'Espagne à Londres, présenta aux lords régens , en l'absence de Guillaume , un mémoire dans lequel ce ministre se plaignait , au nom de sonmaître, en termes très-énei^ques et pleins d'amertume , des machinations ténébreuses dont la succession d'£spagne était l'objet, il imputait à l'Angleterre et à la France d'avoir donné aux nations le premier exemple de ces procédés
DE l'histoire d'eSPAGNE. %^t
odieux, inusités éatis la diplomatie des rois. Il taxait d'avidilë détestable ces projets d'usui'pation , de démembrement et de bouleversement du pays d'aulrui.
Ce mémoire remarquable finissait par la menace d*ou a^el h la loyauté de la nation anglaise, c'est-à-dire au /parlement assemblé i. Le roi Guillaume fit déclarei' par le secrétaire d'état que le mémoire était insolent et séditieux , et l'ambassadeur reçut Tordre de sortir immédiatement du royaume. Ce courageux patriote répondit froidement : Te Veu/n laudanms, et partit aussitôt.
Le nouveau traité de partage n'en fut pas moins signé à Londres et à La Haye. L'Empereur n'y voulut pas accéder* 11 avait été sti^mlé qu'en cas de refus de sa part , on donnerait à tout autre prince la portion destinée à l'arcbiduc. D'ailleurs on y décidait forX lestement du sort des petits princes que leur mauvaise fortune jetait en travers de ces intéi'éts. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les grandes puissances ont très-peu ménagé les petites. Ce traité
' Targe^ Auénement de la maison de Bour^ bon* (Voyez aussi Coxe.) — Laïuberli.
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semble atlesler, de la part du roi de France, un loxe de mauvaise foi difficile à comprendre.Qu'ayait-il besoin de trausiger, puisqu'il savait qu'il allait avoir la succession? Mais il faut remarquer qu'il voulait empécber l'empereur et l'Angleterre de faire des préparatifs de guerre. Enfin le testament fut fait en vertu des décisions des théologiens , et surtout en vertu de l'obsession du cardinal Porto-Carrero y devenu le maître absolu de l'esprit faible et superstitieux du roi Catholique. Cet acte célèbre fut rédigé par le secrétaire des dépêches^ Ubilla , pourvu à cet effet du titre de notaire, et puis lu et signé en présence seulement du car^* dinal primat et de Manuel Arias, président du conseil de Castille. Ce ne fut pas sans verser des larmes que Charles II signa la solennelle spoliation de sa famille et l'anéantissement de tous ses vœux :
a C'est Dieu, s'écria- t-il , qui donne les » royaumes , parce qu'ils lui appartien- » nent. » Le testament fut incontinent scellé de sept sceaux , signé sur le revers par autant de témoins; et cette opération était à peine finie en présence du roi; que ce malheureux prince ^ accablé
DE l'histoire d*£spacne. Sg^ de douleur, tomba dans une défaillance qui fit craindre pour sa vie.Porto-Carrero reçut momentanément le dépôt de la.supré me autorité , et le faible Charles lE s'achemina en peu de jours vers le tombeau, répétant quelquefois tristement ces paroles : Nous he sommes plus rien* Il mourut le i6 novembre 1700,
Charles II reconnaissait par ce testament les droits de Marie -Thérèse, sa sœur aînée, nonobstant la renonciation de cette princesse , et établissait que le motif de cette renonciation cessait en transférant la monarchie espagnole sur un des fils cadets du Dauphin. Il nommait en conséquence Philippe d'Anjou héritier de tous ses états , em lui substituant le duc de Berry, son frère puîné ; au duc de Berry il substituait l'archiduc Charles, et à celui-ci le duc de Savoie, en défendant expressément tout partage de la monarchie. On assure que le duc d'Orléans , dont il n'était nullement ques' lion , comme on voit , dans le testament , protesta formellement contre cette exclusion très-injuste '.
» Saint-Philippe, Saint Vitoli, Otticri.
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L'ouverture du leslament se fît eo plein coDseil , aussitôt que le roi eut expiré. La joie bruyante des partisans de la maison de France, n'empêcha pas l'indignation de leurs adversaires de se manifester : le jeune comte d'Harrach , qui avait succédé à son père , fut consterné. La junte, instituée par l'un des premiers articles du testament pour gouverner avec la reine jusqu'à l'arrivée de Philippe d'Anjou, se hâta d'écrire à Louis XIY. Dès que la nouvelle fut parvenue à Paris , le roi àe France assembla son conseil pour délibérer sur l'accepta' tion ou la non acceptation du testament; ce qui , sans doute, n'était que de la comédie, tai^ majestueuse fut-elle; car évidemment Louis ne voulait pas r^udier une succession captée par cette suite laborieuse d'intrigues et de manœuvi^s qui avaient même un peu compromis sa renommée royale de grandeur d'âme et de magnanimité. Il ne le voulait pas, sans doute , quelque périlleuse que dut être pour la France cette infraction ;aax précédons traités. .Louis XIV «s'était » toujours formellement engagé à rejeter V toute disposition q«ie le roi d'£spa [n
DE L*HISTOIRE d'kSPAGNE. BqS
» pourrait faire de sa monarchie en fa- » veur d'un prince de France, à quelque » titre que l'acte en serait fait; testa- » meut, donation, toute foi^me que ce n fût souffrait une exclusion '. »
Au reste, la comédie fut bien jouée dans le conseil, chacun opina avec liberté, et M** de Maintenon y fit son rôle. I/Angleterre et les Provinces-Unies jetèrent les hauts cris , demandèrent Texé-^ cutàon des conventions de Londres et de La Haye. Le roi de France écrivit au roi Guillaume « que l'acceptation du testa- » ment lui causait personnellement une »> très*grande perte; mais qu'il préférait » de renoncer aux avantages accordés à » sa couronne par le traité de partage, i> plutôt que de donner lieu à une guerre » qui troublât le repos de l'Europe 2. » Il répondit dans le même sens à S£s très-
CBERS, GRANDS AMIS, ALLIES ET GONFEDE-
RES les états de Hollande , que , s'il n'avait pas suivi la lettre du traité, il en avait suivi l'esprit^ qui était d'assui*er le repos de la monarchie espagnole.
Mais il s'en fallait de beaucoup , si
* Mémoires de Torcy. — "* Targe.
Sg^ mÉsuxÉ
la paix était le but de Louis ^qu'il eût pris le moyen le plus propre à l'atteindre. L'Europe entière se souleva contre lui y surtout quand il fut connu qu'au moment du départ du duc d'Anjou il avait fait sceller des lettres-patentes en faveur de ce jeune prince pour lui conserver ses droits à la couronne de France. Là commence cette guerre de la succession qui dura jusqu'à la paix d'Utrecht, et mit la France à deux doigts de sa perte. Nous indiquerons de la manière la plus sommaire les vicissitudes de cette sanglante lutte. Le lecteur ne nous saura pas mauvais gré d'avoir consacré préférablement quelques pages de plus à lui faire connaître l'affaire de la succession d'Espagne, dont la connaissance est très-loin d'être populaire, et relativement à laquelle les écrivains français n'ont jamais donné que des renseignemens altérés ou insuflisans. Quant au détail des guerres qui suivirent cette grande intrigue, indépendamment de ce qu'il se trouve partout, nous ne pouvons l'analyser ici qu'avec la plus grande brièveté.
DE l'histoire D*ESPAGKE. ^97
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