QUELQUES» VUES SUR L'BSMONE
L/N peuple relégué à l'une des extrémités du continent européen , et qui n'a pas toujours eu part aux destinées conununes de la famille européenne; un peuple dont le caractère et les moeurs ont subi moins de variations que ceux des autres peuples, et sur lequel les institutions ont toujours eu un grand empire, parce qu'il est gouverné par l'habitude; qui s'est signalé à diverses époques par une persévérance invincible dans ce qu'il veut et dans ce qu'il croit ^ ainsi que par d'héroïques résistances à l'invasion étrangère , .mériterait toujours d^occuper l'attention. Mais , dans les circonstances actuelles, combien FEspagne ne doit-elle pas exciter l'intérêt et la curiosité ! La grande lutte entre l'autorité et l'examen, entre les croyances et les idées, les privilèges et l'utilité générale, cette hitt«, de l'issue de laquelle dépend le«ort
"VI IKTRCXI>^UCTIOir.
de la eirUisation, a aujourd'hui son principal théâtre dans la vieille et routinière Espagne^ et eertes il n'en faudrait pas davantage pour nous convaincre qu'elle finira par faire le tour du monde.
Quelles que soient les alternatives de succès et de revers qu'offre cette terrible guerre sociale, elle est loin d'être finie, et il serait téméraire déjuger un peuple chez lequel elle ne ferait que commencer. Le sort de la révolution espagnole ne tient pas plus que le sort de toute autre révolution au triomphe d'un parti, car ce parti peut être renversé demain ; il tient aux changemens qui s'effectueront dans l'état social, et ces changemens se font sans qu'on s'en doute, pendant que les partis sont aux prises : l'ébuUition se manifeste à la surface, mais c'est intérieurement que se combinent les élémens sociaux. La révolution d'Espagne a été écrite avant d'être faite, c'est-à-dire qu'on Ta mise dans une constitution avant qu'elle fût dans le peuple, et c'est précisément lé contraire de ce qui se passe ordinairement : pour qu'elle soit bien réellement faite, pour qu'elle puisse résister et se maintenir, il faut qu'elle pénètre dans la nation, qu'elle s'accomplisse
iNTRODUCTlOir. VII
dans les mœurs, dans les idées, les besoins, la propriété, la situation de la classe nom-, breuse ; et cr'est ce qui doit se faire nonseulement malgré la guerre civile, mais encore à cause de la guerre civile. Une nation profondément apathique ne se donnerait jamais d'elle-même assez de mou-^ vement pour changer entièrement son état social : il faut une forte secousse pour Vy déterminer y et c'est parce que les partis font et défont beaucoup, qu'elle &iira par abandonner ses vieilles hdaitude^, et par se placer dans Bne situation nouvelle^ • On a pu s'étonner que les Ëspa^ols n'aient pas donné récemment un nouvel exemple de cette résistance nationale , de cette nnion de tous contre l'étranger, qu'ils montrèrent à d'autres époques de leurs annales; 'mais alors il ne s'agissait pas d'une guerre d'opinions ; il s'agissait de rest^peuple libre ou d'être conquis. Dans .une guerre d'opinions, il n'existe plus d'étrangers, il n'y a d'ennemis que ceux qui ne pensent pas ce que nous pensons , qui ne veulent pas ce que nous voulons : tous ceux qui pensent^ comme nous sont nos ^compatriotes. Puisque l'Espagne était divisée, comme tout pays en révolution, ell«>
VIII INTaODUCTIOir.
devait rester divisée, et elle le sera encore long-temps. Il y avait «n grand sens dans ces parétes de Sertorius aux Espagnols : « U ne votis maiMiiie tfae d'être unis pour être iavisicibles ; mais vous êtes trop fiers pou^ étrelong-temps unis. » Nous en avons ri^plicatian «ujourd'lnii : néanmoins cette désunion <{iii entrmne des maux aflireux pour la génération présente, porte le germe de la prospérité de celle <pn viendra. C'est le mouvement de deiùc partis oppo* ses qui entretient l'activité et soutient ht puissance de l'Angleterre 9 c'est la vie des gouvemetnens fnoderoes , des gouverne- Ineiis libres ; c'est ce qui manquant à l'Espagne, il y a cinquante ans, on eût crié 9àjL paradoxe «to^re qui eèt dit : «La cause de U décadence de l'Espagne est l'unité de cr^imce «t de powvoir. » Aujourd'hui c^est une vérité qui paraîtra évidente atout le monde^ et c'est à cette unité que l^espotisme tendait, et que l'inquisition avait conduit.
£n parcourant les annales espagnoles, nous verrons les Ibériens civilisés par les Pbéniciens, pois paries Grecs, résister aux Carl&agîiKns , leurs conquérans les plus ancienncdBoent connus. Nous les voyons en-