‹ Résumé de l'histoire d'EspagneChapitre 3 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

suilin*ésister aux Romains, autres conquérans, qui s'étaient d'abord présentés en alliés, suivant leur usage. Sagonte tombe glorieusement sous les premiers : Théroïsme de Numance coûte plus cher encore aux seconds. Nous voyons le Lusitanien Viriate déployer le même patriotisme que plusieurs de ces Gaulois nos ancêtres, qui luttèrent avec tant de constance contre la fortune et la supériorité de César. Quelques années après, les habitans de l'Espagne forment , sous les auspices de Sertorius , qui se fait leur concitoyen^ une république redoutable à Rome elle-même.

Sous Pompée, TEspagne balance toute la puissance româkie entre les mains de César, et, donnant un généreux asile, à ses fils, elle résiste à Octave, maître du monde. Le christianisme et les Goths y pénètrent plus tard , et s'y établissent aisém^t , comme dans le reste de l'empire : l'Es^^e était devenue toute romaine.

Les nouveaux conquérans, dociles au joug de leurs évêques , sont gouvernés tantôt * par une sorte d'aristocratie théocratique, dont les assemblées étaient les conciles, tantôt par le despotisme des rois ou chefs militaires qui se massacraient entre eux ;

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mais c'est à Tinvasion et suctout à¥bx> pulsion des Maures que remonta la nation espagnole actuelle. C'est dans le long et péiûble travail de aon afïranchissement que se révèle toute^sa constance.

Ce n'est pas en quelques pages qu'il serait possible d'apf»*ofondir la grande question de l'influence du séjour des Ara-^ bes dans la péninsule, sur le caractère espagiiol, et suries mœurs de l'Europe entière. Mais on peut au moins consignerici cette remarque que, lors de lâ grande prospérité de l'Espagne sous le gouvernement des Matures , il n'y avak ri^ moins que cette unité de croyances de pouvoir . qui fut plus tard le but de la sainte inqui-r sition. Bien plus, il y avait deux peuples différens et de redigion diâérente ; mais le peuple conquis jovissaît des mêmes pri** yilé^ qse le peuj^e conquérant qui lui enseignait ^es arts et ses sciences; Ify al-lianoes étaient enoMiragées; le prbsélytisme n'était point persécuteur; la révolte ' seule se faisait punir sous le nom de Eèle pour le martyre ; et ces Ooths, dotft les descendans brûlèrent et chassèrent des milliers de Maux-es et de luifis, auxqoeb ils devaient l'industrie et l'agri^lture^

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pouvaient exercer en paix leur religion sous des rois mahométans. Alors il n'y avait en Espagne ni unité de croyance, ni même unité de nation et de gouvernement ; car il y avait autant cte royaumes différens que de provinces, et les uns avaient des rois catholiques , les autres des rois musulmans , et pourtant jamais peut-être l'Ëspagn^ ne fut plus peuplée; or, quel est le signe de la prospérité , si ce n'est la population?

Le grand éclat qu'a jeté au seizième siècle la puissance espagnole peut s'expliquer. £t d'abord , quel peuple n'a pas à son tour brillé sur la terre? suivant la belle expression d'un poète philosophe.

Une centralisation monardiique, forte et habile, réunissant dans une seule mam toutes les ressources éparses dans ce pays, le plus varié de l'Europe, et chez des peuples différens de caractère et de teflapérament, dut élever l'édifice d'une grande puissance politique. Il y avait de la liberté dans l'E^agne semi-féodale, parce qu'un peuple qui secoue le joug d'une conquête, s'affranchit en même temps de la servitude sociale; il y avait de la liberté dans ces cortès de Caslille, et surtout d'Aragon

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qui disaient sinon , non aux rois ; et dans le pays il y avait de la municipalité, ce grand moyen d'administration économique et populaire. Le despotisme qui succède à la liberté est toujours fort, parce qu'il hérite de toutes les ressourcés qu'elle produisait; mais il les exploite avec si peu de ménagement qu'il unit par les épuiser bientôt : c'est ce qui arriva en Espagne. Joignez à cela l'or du Nouveau-Monde , qui donna aux monarques espagnols le moyen de tout entreprendre, jusqu'à corrompre les gouvernemens étrangers.

On assigne trois causes principales à la chute de la puissance espagnole : d'abord l'expulsion des familles maures, qui lui est ^fort antérieure, mais dont les suites se firent sentir long-temps après : en effet , les Maures exerçaient tous les arts industriels. Quand on bannit d'un état une population laborieuse, la prospérité qu'elle y a ap|K>rtée peut subsister encore quelque temps en apparence; mais bientôt elle s'évanouit faute d'être alimentée.' La conquête du INouveau-Monde, qui figure comme l'une des causes de la puissance momentanée de l'Espagne, en est aussi une de sa décadence. L'or du Pérou devait s'épuiser,

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tandis que la richesse d'un peuple industrieux ne s'épuise pas. L'Espagne se né^ gligea elle-même pour ses possessions lointaines ; et ses habitans, allant chercher fortune dans un nouvel hémisphère, laissèrent en fridie les plaines fertiles de leur mère-patrie. Celle-ci ne fut plus que l'accessoire dont les Indes furent le principal, suivant l'observation de Montesquieu ; et les Espagnols, qui faisaient des découver* tes à trois mille lieues , avaient chez eux de vastes déserts qu'ils ne connaissaient pas. Enfin la troisième cause de décadence est l'inquisition; celle-ci me semble la principale, et certes elle eût suffi à elle seule.

Institué par des moines pour assurer la domination de la cour de Rome; autorisé, favorisé, doté par la couronne pour servir d'auxiliaire au despotisme royal, ce.tribunal redoutable devint ensuite indépendant de la couronne, et bientôt de Rome ellemême. Formé d'abord d'après une singulière idée du tribunal de la pénitence, sans juridiction déterminée, il eut plus tard un code spécial puisé dans les lois intolérantes et sanglantes des évêques visigoths. Il devint un cor ps à part, il eut sa force-armée,

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et sa juridiction fut une police civile et re* ligieuse à la fois y menaçante pour tous. Comment un pouvoir judiciaire si absurde qu'il suffit de nier ses accusations pour être frappé, et que le seul moyen d'échapper à ses arrêts est de lui accorder Taveu qu*il demande avec la torture , n'aurait-il pas démoralisé une nation? CoMment aurait-il formé autour de lui autre chose que des hypocrites, des délateurs, des traîtres et des misérables tremblant à chaque instant pour leur liberté ou leur vie? Il a fait la nation espagnole telle qu'elle était au siècle dernier, telle qu'elle est encore en partie. Or voilà les fruits de l'unité de doctrine.

Mais c'est en vain que des bûchers ont interdit l'examen aux Espagnols. Le mouvement européen les a atteints malgré les bûchers. Le temps des réformes religieuses est passé; l'Espagne subira la réforme philosophique, plus radicale, mais non encore éprouvée dans notre vieille Europe, La réforme religieuse avait une grande force politique, et donnait de la stabilité aux institutions. La réforme philosophique sera plus féconde en grands résultats^ parce que sa base est plus large ; mais elle

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«opposera une résistance moins vigoureuse à ses ennemis , parce qu'elle n'est point , comme eux , secondée par un fanatisme.

Cependant elle unira par triompher en Espagne, comme ailleurs, parce qu'il faut bien que l'état social avance, parce que le christianisme a bien triomphé , parce que la réforme religieuse a bien triomphé.

Ceux qui travaillent à rétablir l'unité de pouvoir et de croyance sont bien aveugles ou bien obstinément coupables* Leurs doctrines ont été pleinement appliquées à l'Espagne , et elles l'ont rendue pauvre et déserte. Cette expérience est-elle dcyic si heureuse qu'il faille la tenter ailleurs^ même au risque de nouvelles convulsions? Mais, pour nous borner à l'Espagne, ne devrait-on pas s'attendre à ce qui doit infailliblement arriver? Quand sa séparation d'avec ses colonies sera entièrement coùsommée; quand elle aura renoncé à toutes ses prétentions de ce côté-là^ il faudra bien que son activité , ou , si j'ose m'exprimer ainsi, que sa vie nationale se porte quelque part. Ce mouvement vital se tournera sur elle-même, elle redeviendra nécessairement agricole et industrieuse. Elle

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interdisait le comnierce de ses colonies au reste du monde pour l'exploiter à elle seule ; ce n'était pas là être commerçante , car elle s'arrangeait de manière à prendre tout et à ne donner presque rien. Elle deviendra commerçante 9 c'est-à-dire qu'elle fera des efforts pour donner aux autres nations des produits qui leur conviennent en échange de ceux qu'elle leur demandera. Alors elle aura des rapports fréquens avec ces nations auxquelles elle a été presque étrangère pendant deux siècles. Le moyen d'empêcher les idées de pénétrer ' chez une nation en contact avec l'Europe ! Le «noyen surtout d'étouffer les lumières qui y sont déjà répandues et qui y seront renouvelées ! Il faut bien prendre son parti là-des^ius ; il n'est pas possible de réduire à l'ignorance un peuple qui s'enrichit : il faudrait commencer d'abord par le réduire à la misère. Mais on m'objectera que l'inquisition peut être établie de nouveau dans toute FEspagne Je répondrai que l'inquisition n'y pourra plus refaire ce qu'elle a fait une fois. Quand une institution a vieilli après avoir produit son effet, il ne faut pas croire qu'on puisse la ressusciter dans sa jeunesse et dans sa vigueur, pour

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