ÉPOQUE
Depuis l'ère de la revoHuioa'française eu 1789, jus- . qu'au congrès de Vienne 'cA l8l4>
Oijf ne* s’attend pas que. nous parlions Aci des causes qui/uinèrent la vieille monQrchie de France, et y substituèrent le régime démocratique, ünp seule’ ré^ flexion.unous est commandée -par notre sifjét. Tous les trônes et toutes ^esaristoctraties éuropéennes^ s^étaient émues- au ‘premifer bi^t des ' audacieuses réformes de là révolution française : ^es excès leui* inspirèrent bientôt. la-, terreur.,,.- et on se
mit en garde contre, elle des armes à la main. U fallait alors l’écraser sans retard et d’un seul conp : autrement , on ne faisait qu’appeler sa ibrce au dehors
RÉSUMÉ DE l’histoire ' ‘
et la pousser -aux conquêtes.'- Les principes et les armes de la nouvelle république, une fois -la guerre déclarée, nc^ pouvaient se tenir sur la défensive : la nécessité les rendait agresseurs, et force - ■ était aux armées révolutionnaires d’aller sauver la patrie au sein des capitales étrangères. « On se trompe, a dit Mon- « tesquieu , si l’on croit qu’un peuple en « révolution est disposé* à cire conquis :
« il est •prêt, au contraire , à conquérir «( les autres. » Cette parole, deyenuè prophétique dans la bouche d’un orateur de 1791 (i) , fut promptement vérifiée.
Le cabinet autrichien avait été lé plus actif promoteur d’une ligue européenne contre la révolution française. Il crai-
gnait surtout le retentissement des crls\le liberté et é^égalilé dans ses possessions italiennes. C’est pourquoi ôn l’avait vu ‘s’appliquer tout d'aboi'd à faire entrer dans sa politique le roi des Deux-Siciles, le souverain pontife, le sénat de Venise et le roi de Sardaigne. Il avait réussi aii-
( I ) Isnnril , à l'asscmblcR législalivp. , „ ',1
Digitii'M by Coogl
près du dernier , gardien toujours vigi- • ,
lant et helliqueux des portes de l’Italie i * et Victor Àniédée *III , en repoussant , ^
l’envoyé français, ne craignit pas de provoquer la déclaration de guerre de la convention nationale. Élle fut solennelle ' * ‘ \
et suivie de prompts cfl'ets. Montesquiou envahit la Savoie, pendant qu’ Anselme s’ouvrait le comté, .de INice ; et au mois ,
d’ocfobre ces deux états étaient réunis à la France. ‘ «
L’épée venait de sortii^du fourreau , et . ■ ^
c’était pour n’y plus rentrer de long- ■
temps. Pendant neuf années eüticrcs * l’Italie va être le théâtre des plus sanglans combats qui se soient jamais livrés dans son sein. Ce sont vraiment batailles de . • géaiis. Après leurs première^ conquétès les Français n'avaient pas à s’arrêter. De la Savoie il fallait marcher sur le Piémont, et du Piémont sur Milan. Mais une guerre de montagnes, longue et opiniâtre, devait les arrêter avant que leurs étendards se déployassent dans les plaines de '•
Lombardie. * • il *
On liia ailleurs les détails des faits ^
(i’arines de Raüs , du Dégo , et de la bataille de Loano : ce ne sont là que les préludes de la gloire éclatante qui attend les armes françaises. La paix vient d’étre conclue* avec la Prusse et l’Espagne : le gouvernement-directorial, qui a remplacé, la formidable dictature dgla convention , ' peut désormais fixer pres*que uniquement ses regards sur l’Italie : c’est là qu’il veut porter des coups décisifs à la mona'rcbie autrichienne, son implacable ennemie j nul effort ne sera épargné pour en forcer les passages. Le commandement supérieur est donc retiré à Seberer, trop faible pour porter le fardeau d’une si grande expédition. Un jeune général , qui s’est distingué au siège de Toulon et dans la campagne de Ligurie , et en qui l’on soupçonne de plus hauts talens , est ênvoj'é à l’année d’Italie , avec'des pouvoirs près- •• que illimités. Ici commence la fortune de Buonaparte. . '
Les cabinets de Vienne et de Turin ne s’étaient point endormis de leur côté.
Le général Devins, commandant l'armée aiitrichienue , avait été remplacé par
Dk ■ - " Coogli’
DE lomuarpie. 281
Beaulieu , vieux capitaiue’, illustré dans les guerres de Flandre : il avait amené avec lui des renforts. En même temps un impôt extraordinaire avait été établi sur tous les Etats sardes , pour recruter les troupes du général Coili , cruellement maltraitées les années précédentes. Mais ’ce u’étaient pas là les seuls moyeus de dé-, fense que se préparaient les alliés. Qn fai-, sait tout pour soulever l’opinion des peuples contre les Français. Daus le Milauez, en particulier, où les armées révolutionnaires n’avaientpoint paruencore , on redoublait d’elibrts pour enflammercontre elles les haines nationales. C’était peu d’avoir fait déjà publier un grand nombre d’écrits où le régime républicain deFfance était peint sous les plus noires couleurs ; on s’adressait alors aux p'assious religieuses , et du haut de la chaire les popula~ lions étaient appelées aux armes contre les sacrilèges spoliateurs des temples , contre les ennemis de Dieu et de sou saint nom. Des faits trop réels autorisaient ces invectives; on les exagérait^et la multitude en était émue. Mais dans ces àiiics
28‘a KÉSUMÉ DE lMiSTOIHE
aflhiblies tout se tournait en peur ^ on voulait leur faire'liaïr les Finançais, ou lesleur faisait craindre. Ils les attendaient dans de mortelles angoisses, et ne songeaient pas à les combattre.
CepeudantBuonaparte, avec cinquante » mille soldats, nus et sans pain , mais pleins dé l’idqe de conquérir l’Italie et ses riches 'dépouilles, était entré en campagne. Tout 'aussitôt l’ennemi est étonné de scs rapi- ■*'-dcs manœuvres, et de cette guerre nouvelle qui fait marcher au pas de charge ^ la victoire. La journée de Montenotte commence le plan formé par le jeune capitaine de séparer les armées piémontaise et autrichienne. Il l’achève à Millesimo , et dès-lors est maître de poursuivre sur l’une ou sur l’autre scs avantages.' Les instructions; du directoire lui prescri- ’vaieht de iie donner nul relâche ‘aux Autrichiens , pour les contraindre à la paix : il jugea plus facile et plus convenable d’y forcer le roi de Sardaigne , en poussant jusqu’à l’entrée dci Piémont, et . menaçai! t‘C^*n couvrir les plaines de ses » soldats. Vainqueur à Mondovi, il ne lais,-?
*• DET J.OMDARDIE. ‘i8û
sait d’autres vessoiii^ces à Yiclor Amédéc quo-‘lés débris d’une 'armée en fuite, et 1 un petit nombre de places fortes. UTcf- Irayait en outre des clameurs démagogiques, qu’au sein de sa capitale meme il faisait arriver à ses oreill^. Ce prince u’avait pointl’éuergie deso^ieul Cliarles- Em^nauuel : il écouta le conseil dé cédera l’orage, et malgré toutes les représentations jlc i’A*tricbe fit sa paix avec la république Les contrées italiennes étaient donc ^ désormais ouvertes à la révolution française : elle allait librement s’y répandre, et y proclamer ses doctrines.
ff Peuples d’Italie , l’armée française « vient pour rompre vos chaînes ; le peu- « pie français est l’ami de tous les peuples^
,« venez avec confiance au devant d’elle :
« vos propriétés , vos usages et votre reli- .. « gion seront respectés, «
Ainsi s’exprimait le vainqueur dans la même proclamation oii il encliantait ses - soldats de la glorieuse idée « de rentrer <lans leurs villages et de pouvoir dire avec fierté ; J’étais de V armée conquérante de V Italie, Ainsi répoudait-il par du, sc-
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l\1ai
284 KÉSUMÉ DE L’wISTOIRE -
duisantcs promesses aux maiiiiestes politiques et aux prédicatious religieuses qui niellaient la révolution française en horreup Le charlatanisme des grandes paroles n’élait point usé alors , comme il Test aujourd’hui ; les soldats en furent enivrés , et Us peuples eux-mémes n’y restèrent pas insensibles.
Laissant donc derrière lui le Piémont enchâîqé par la paix qu’il vient^e conclure , ‘Buonaparte s’élance vers la Lombardie et vers Beaulieu , qui la défend.
L’Autrichien , s’imaginant que l’année française va passer le Po à Valence / concentre ses forces entre la Sésia et le Tésin : mais on lui avait donné le change par une inanœuvresimulée, et ce fut entre les bouches du Tésjn et de l’Adda que le Pô fut traverse ^Plaisance est occupée aussitôt; iin corps de l’aruiée impériale est débusqué du poste fortifié de Fomb^o; et de toutes les rivières qu’il avait mises entre ' lui et les républicains, Beaulieu n’a plus que l’Adda pour sa défense. C’est au pont ^ de Lodi, sur ce fleuve, qu’il rappelle tou- » tes ses troupes, dégarnissa’nt Pavie et ne
Digiti/«
laissant que deux mille hommes dans la citadelle de Milan : c’est là qu’il se décide à attendre son heureux rival , etàlui dis-
puter la Lombardie dans un dernier combat. Une lorôndable artillerie protège ce pont, et semble le rendre inexpugnable.
Mais Buonaparte, à. peine arrivé, ne craint pas de donner l’attaq^ue, quoiqu'une partie de son armée n’ait pu suivre la rapidité de sa marche. Jamais peut-être l’intrépidité française n’avait, fait de tels prodiges : foudroyés par les batteries autrichiennes , chargés par la cavalerie , les républicains avaient emporté le pont ^ils étaient loin toutefois de tenir la victoire ,
et. le feu meurtrier' de l’ennemi ravageait plus que jamais leurs rangs , sans ébranler leur constance, loi'sque sut.àmt la division d’Augereau , qui décida du succès de là journée. Beaulieu v après sa vaillante et inutile défense , se relira en toute
hâte vers le Mincio ,,ponr garder la route du Tyrol. Il laissait aux Français Crémone , Pavie , Pizzighetlone et le chemin
tout ouvert de Milan r
L’alarme était déjà dans celte grande cité.
' àn^
, ,a86 RÉSUMÉ DE l’histoire i4inai. L’archiduc Ferdinand, qui y commandait,
• en sort précipitamment, et luit vers Mantoue. L’avant-gafde française ne. tarde pas “ às’y présenter sous les ordres de Masséna,
' et Buonaparle y entre bientôt lui-mème.
A la manière dont il prit possession de ^ la conquête qu’il venait, de donner à la France f on eût pu deviner l’homme qui ,
- dans quelques années , allait placer le diadème sur son front. Il avait dit adieu à la simplicité républicaine, et recevait de l’air du commandement les innombrables éloges qu’on venait déposer à ses’ pieds. Quelle merveille en effet que ce héros de vingtf huit. ans, qui en un mois venait d’aiÿomplir ce que les annales de la guerre ont •peut-être de plus incroyable * et de placer son noinjusqu’aloi's inconnu au-dessus de ceux- ides plus renommés capitaines! Sa vue était bien faite pour inspirer l’enthou-* siasme , et ses paroles pour 'gagner les . - cœurs à la liberté républicaine qu’il soutenait de sa glorieuse épée. Aussi une grande partie de la population milanaise ^ était'dans l’enivrement dç l’espérance. Ces .dispositions ne durèrent pas long-temps.
T)E l.ombardie; . 287 Le directoire , avec une scandaleuse impudeur , avait donné ordre à son général d’écraser la Lombardie des plus pesantes contributions ; les objets d’arts, noble parure des cités italiennes , leur devaient être aussi l’a vi es ; enfin tout ce pays, que l’on espérait rendre quelque jour à la maison d’Autriche , Ifti devait retourner entièi*ement nu et dépouillé. On peut juger l’efiTct de pareils ordres, avec des chefs . disposés à les exécuter dans toute leur rigueur , et des soldats chez qui le dénuement avait fait naître les habitudes désordonnées du j)illage. Au bout de peu de jours, ce fut une rumeur universelle contre la rapacité des républicains. La spoliation du mont-de-piété de Milan mit • le comble à l’elfervescence des esprits, et les révoltes commencèrent. A Binasco, une populace furieuse égorgea tout ce ce qu’elle put trouver de Français et d’Itnliens amis des Français. Le tumulte ne.
fut pas moins grand à Pavie, et la fermeté des officiers municipaux arracha à peine le brave général Haquin aux mains de. la multitude. Mais la rapidité de Buona-
Digilized by -rOogk
a88 RÉSUMÉ DE l’histoire ■ parte ne donna pas le temps au mal de * s’étendre : Binasco disparut dans le g flammes, et Pavie, sourde aux représentations de l’archevêque Visconti , ‘qui voulait apaiser les lureurs populaires >
^ expia sa rébellion au milieu de toutes les horreurs’du pillage. L’université seule dut au grand nom de Spallanzaui d’être exceptée de Cette terrible loi, et Buonrfparte se fit une gloire de i;espectcr et d’iionorer l’ouvrage dé Joseph II. Ainsi fut étouffé dès son origine l’esprit de rébellion : les peuples conquis tremblèrent et obéirent j mais on ne préltyidit^ plus à leur amour.
Il ne restait plus à Buonaparte , avant de remettre son armée en marche, que de régler le gouvernement de la Lombardie: il le fit, en substituant dans Milan ce qu’il appela )iadministraiion générale à la junte d'Etat, et le corps municipal au conseil des Décurions, Les amis de la France y remplacèrent ceux de l’Autriche. On y remarquait les noms honorables de François Yisconti, de Parini, de Verri.
Une seconde proclamation, plus entraî-
nante encore que la première, appela alors les républicains à achever la conquête de l’Italie, k Rétablir le Capitole , <c leur disait-on , y placer avec honneur « les statues des héros qui le rendirent « célèbre j réveiller le peuple romain en- « gourdi par plusieurs siècles d’esclavage j <c tel sera le fruit de vos victoires : elles « feront époque dans la postérité. Vous « aurez la gloire immortelle de changer (c la face de la plus belle partie de l’Eu- « rope. w Et le soldat français de croire et d’applaudir , et les peuples italiens d’attendre de pi'odigieuses nouveautés.
Il s’agissait d’abord de poursuivre Beaulieu dans sa retraite , et lui fermer , s’il se pouvait , la route du Tyrol. Au mépris de la neutralité vénitienne , Buonaparte va se poster à Brescia , et fait semblant de diriger toutes ses forces vers la pointe supérieure du lac de Garda, pendant que son dessein est de forcer à Borghetto le passage du Mincio. Beaulieu avait disposé ses troupes afin de pourvoir à l’une et l’autre alternative : sa prudence ne se trouva pas moins en défaut devant
rimpéluosité lranrai.se et Bovghello vit se renouveler les merveilles du pont de Lodi. Poursuivi et atteint entre Yalleggio • et Villafranca, l’Autricliien hâte sa marr" che vers l’Adige , et gagne les défiles du Tyrol , apVès avoir jeté une garnison dans Mantoue.
L’année française n’avait plus d’ennemi devant elle : c’était le moment d’obéir aux ordres du directoire , et d’accomplir la mission conquérante dont il l’avait chargé. Buonaparte sé jette sur Bologne et sur Ferrare , villes du patrimoine de saint Pierre , et tout en les recevant côm'me alliées de la république, les acca- ’ ble de contributions , renouvelle le pillagè'du mont-de-picté , et s’empare de tout * rc que les arts ont de précieux monumens. La révolte du bourg de Lugo est punie par le tiiassacte et l’incendie , et ^ l’époutàiite mise aü^coeüC de tous cèux* qui voudraient essayer l’œuvre hardie d’uti ' soulèvement' nà'lîonal. Il était aise • au 'vainqueur de pousser en armes jusque à Rome , e£ de ti'eiter la capitale de ritalie et du monde chrétien , comme il avait
traité tant d’autres villes. Mais l’Autriche ne pouvait tarder k rentrer en campagne, et il eût été imprudent de s’aventurer trop avant vers le midi. Il se contenta donc . pour le momeutd’imposer une trêve humiliante au souverain pontii'e , de le dépouiller d’une partie de ses trésors, et d’enlever au Vatican les magniliques ouvrages de sculpture et de peiuture qui faisaient sa richesse. Le roi de Naples céda aussi à la terreur , et demanda une suspension d’armes. Ce fut le tour de la Toscane d’étre parcourue par les troupes françaises : on alla piller dans le port de. Livourne toutes les propriétés appartenant aux ennemis de la républiquej et,quoique 0 .
anciçuucment .allié avec elle , le grand duc de Toscanes prince-autrichieii , fut menacé d’être bientôt privé de ses Etats. . ■
Ainsi se dissipaient , devant une triste réalité, les prestiges dont l’emphase des proclamations avait cherché k environner la conquête républicaine.
Cepeudaiit Beaulieu » trop maltraité de Juillet la Ibrtuue pour inspirer désormais la con- 1796. üauce au soldat y avait été remplacée par .
.. f . if'.
J . Pigitizj-' Cs)»gje ^ r
2ga RÉSUMÉ DE l’histoire
le maréchal Wurmser , autre vieillard , sur les lalens duquel on fondait de meilleures espérances. Débouchant des gorges du Tyrol avec soixante raille hommes , il se dirigeait vers Mantoue , devant laquelle campait une partie de l’armée française.
Ses premiers pas furent heureux , et il surprit et mit en fuite l’avant - garde des républicains. Buonaparte , un moment étonné , rassemble toute sa résolution , et enun instant il conçoit et exécute le hardi projet de se porter avec son armée entière contre l’aile droite des impériaux. Quosnadowich , tout fier encore de ses succès , de la veille , est écrasé par les forces françaises , et se retire en désordre. Ce n’était là que le pi'élude d’une action plus générale. Wurmser , à la nouvelle du revers de son lieutenant , sort de Mantoue , et tâche de s’emparer deCasliglione. La position est vaillamment attaquée et défendue, Jusqu’au moment où les deux armées se sont concentrées , et vont s’engager 3 août, tout entières. Le génie de Buonaparte et la bravoure d’Augereau firent des merveilles à cette célèbre journée de Casti-
glione , et Wurmser fut détrompé du .
court espoir giTil avait eu de reconquérir l’Italie. En quelques jours , il venait de perdre vingt mille soldats et soixante pièces de canon.
Il n’était pas toutefois au bout de ses , revers. Le chasser entièrement de l’Italie , et puis , franchissant les montagnes du • Tyrol fondre sur l’Allemagne* donner la main à Moreau et Jourdan qui y faisaient la guerre , et frapper ainsi au cœur
; Ja puissance autrichienne , tel était le des- ^
sein du hardi vainqueur (i). Une partie en . »
fut accomplie , et jamais sans doute 1 infatigable audace des soldats ne seconda »• mieux les ‘rapides pensées du général. ^ sept Atteint k Roycrcdo dans sa retraite ,
^ • Wurmser. y est délogé en un clin d’œil de • • ses positions qu’il croit inexpugnables ) à grand’peine- il gagne le Tyrol, et lai- . mée républicaine , entrant victorieuse ^ dans les murs de Trente , a touché la
' ^ \{\) Les Mémoires de Napoléon , totn. III, 1». 3o2,
semblent nier ce projet qu’on lui a géncraleiueut al-
0Ç)\ TlÉSUMÉ DE l’histoire
Imiile septentrionale de'ritalie. C|était lie là que Buona’pàrte s’apprctaU, par ses proclamations, à remuer les peuples d’Allemagne contre la souveraineté impériale ; la crise était menaçante ; une habile manbeuvré de Wurmser la détourna. Avec .qùelques renfot-ts qu’il vient de rece.- '•voir, il se précipite ’ dans** la vallée de la Brenta., 6t rappelle la guerre, eu Italie. "Il est suivi promptement de^ rarnice rcpublicaiuc , qui lè 'sépare d’une. partie ' .de la sienne, et lui fait essuyer des échecs ' multipliés à Priniolàno , à Cismone , ’à Selagno., à Bassano : plus heureux à Ceréa et à Sanguinetto , il parvient euflii à se niettre en sûreté dans les murs de Mautoue, avec les débris de ses troupés;.
'!< Mais réduite aux abois , manquant, de « tout, en proie aux lièvres de rautoinue, n cette ville allait être contrainte d’ouvrir « 'ses portes au vainqueur (i). »
Mais , victorieuses au-delà des Alpes * les armes républicaines venaient d’éprouver sur leRhi'o de cruels revers, et le ca-^
(0 Mémoires r/e Nnpolcon , toin. III, pag. 383. ‘
DE LOMBARDIE. 2 q 5
• binet de Vienne se prévalant de ses avantages , avaient pu envoyer de nouvelles troupes pour ressaisir l’Italie prête à lui échapper. Le maréchal Alvinzi parut au mois de novembre , à la tète de cinquante mille hommes , eu face de Buonaparle vainqueur. 'L’année française , mal recrutée et épuisée de fatigues, avait pour principale force sa confiance en son chef et le souvenir de ses triomphes. Un moment cette force parut l’ahandonner , et 1 ouvet tui e de cette troisième campagne liit pour elle un triste euchaîuemeul de •défaites. Il avait fallu évacuer le Tyrol , et cédér à reimemi tout le pays entre la Bien ta et l’Adige, On s’était retiré dans les murs de Vérone j et, peu accoutumé à reculer,* le général lui-mémp , ainsi que ses soldats , commençaient àrse laisser atteindre par le découragement (i). .Une <lc- ces'conceplions soudaines , connues du genie seul, lui apparut alors , et l’armée fut sauvée , et l’Italie resta aux Français.
Ayant lait sortir de Vérone toutes scs
(>) Voye* sa lellre au diioctoirc.
Dig.,—
2g6 RÉSUMÉ DE l’HISTOIRE troupes , à la faveur de la nuit , il passe l’Adige , et par un brusque mouvement vient se placer sur les derrières d’Alvinzi, le séparant ainsi de Davidowich qui opérait contre Vaubois dans le Tyrol. Alors s’engagea la bataille si meurtrière d’Ari5,i6, 17 cole , oïl , trois journées durant , fut disnovem. misérable pont avec la plus
opiniâtre bravoure. On sait comment Augereau d’abord , et puis Buonaparte lui -môme furent obligés d’aller planter sur le pont le drapeau républicain , au milieu de la mitraille , pour ramener à la ' charge l’intrépidité défaillante des grenadiers français ; comment le général en chef ne fut arraché aux mains de l’ennemi que par l’héroïque dévouement deMuiron et de Lannes 5 comment enfin , au bout du troisième jour , l’hahilete de Masséna , secondant dignement celle de son chef, etl’incroyable constance de leurs soldats enlevèrent la victoire. Jamais bataille n’avait coûté tant de sang précieux k. l’armée républicaine 5 la moitié des officiers supérieurs y avait été tuee ou blessée j mais le prix en était grand : la
supériorité française était rétablie, leVéronais conservé, les avantages de Davidovsrich rendus inutiles, et les partisans de la France raffermis dans leur affectiou chancelante.
"Les rigueurs de l’hiver suspendirent quelque temps les combats. Alvinzi, derrière les montagnes du Tyrol, recevait de nouveaux renforts j « un mouvement national avait été imprimé à la monaVchie autrichienne , )> et la jeunesse de Vienne ' elle-même accourait sous les drapeaux du - général qui allait tenter contre l’Italie un dernier e0brt. Plus de quatre-vingt mille hommes , en y comprenant la garnison de Mantoue, étaient sous les armes j et avec les recrues qui lui venaient d’arriver de la Provence , le général français n’en comptait pas plus de quarante-cinq mille. La cour impériale avait donc encore de belles espérances, et Alvinzi, combinant ses opérations avec celles de l’armée papale , se croyait assuré d’être, en peu de jours, sous les murs dé'Mantoue, de dégager Wurmser, et d’écraser les forces françaises en les divisant. Mais
2q8 RKSUWÉ de L’UISTOIRE ses plans furent pénétres et déconcertés par l’admirable proinptitqde que njet- Janvicr lait l’ennemi en tous ses niouvemens. Il ^797" croyait trouver Joubcrt seul sur le bas Adigc : il y trouve avec lui Masséua et le- ■; général eu chef, et la défaite de Rivoli le-
remet déjà en défiance de sa fortune. Mais . ‘ ‘ le but de ses opérations était Mantoue , et
• Provera, l’iiii de scs lieutenans, s’y dirigeait à marches forcées, ayant échappé à la surveillance d’Augereau. C’en était lait du corps d’armée qui bloquait la place, ^ , €t peut-être de tout le succès de la guerre ,
si'Buüuaparte , par un nouveau prodige il’aclivité , ne fut arrivé sous les murs de la ville, avec quatre régimens , presqu’à la même heure que les colonnes autrichiennes. Provera ne put tenir, et sa division fut détruite. Pendant ce temps, Masséna et Joubert poursuivaient Alvinzi , qui n’avait d’autre retraite que l’escalier de Brenlino. Cinq mille des siens y furent ^ coupés , et restèrent prisonniers aux mains
^ des Français. Protégé par les neiges du
, • Tyrol, il essaya encore quelque résis-
tance j mais ce Rit en valu ; il ne Gt que
Digiti;. : Gii;
DE LOMRARüIE.
perdre ryuelqucs milliers d’hommes de plus , et Jouhert remit la ville de Trente sous la domination française. Ainsi Par-
mée républicaine se trouva daus les memes positions qu’elle avait occupées avant la bataille d’Arcole , et la quatrième que l’Autriche eût mise sür pied fut entièrement ruinée. Mantoue ne tarda pas à se rendre. Une sorte de combat de générosité s’était élevé entre le vieux maréchal et son jeune vainqueur. Wurrascr révéla à Buonapartc un complot d’empoisonnement formé contre lui , et Buonaparte accorda à-Wurmser les plus honorables conditions, s’en excusant auprès du directoire?
par un magnifique éloge du guerrier septuagénaire. Ce fut alors pour lui l’alTairc de quelques jours d’achever sa guerre avec l’état romain^ Le combat du Sénib mit en déroute les faibles troupes du général Colli ; tout le patrimoine de saint Pierre fut envahi par les Français, qui s’y honorèrent par une noble modération j et, le 19 lévrier , Pic VI souscrivit la paix de Tolentino. Alors furent livrés les statues et les tableaux réclamés quel-
3oo RÉSUMÉ DE l’histoire
ques mois auparavant, au nom du directoire.
Ainsi , dans une campagne de dix mois, les soldats de la république avaient de poste en poste repoussé quatre armées autrichiennes , depuis les bords de la rivière de Gènes et les montagnes liguriennes jusqu’au littoral de l’Adriatique, et par-delà les défdés du Tyrol italien ; et ,au génie d’un seul hompie appartenait la gloire de tant de grandes^ choses. C’était aussi par lui que s’organisait la conquête, 'et que Bologne , Ferrare et les autres villes affranchies de la Romagne entraient en fraternité républicaineavec ls*Lombardie. Quelle que fût l’indifférence du vainqueur pour les idées de la révolution française, il s’en faisait alors un puissant moyen , s’affermissait en les popularisant , et achevait par là d’enlever l’Italie à l’Autnehe. Comme il le dit lui-méme en sou langage de maître : « L’esprit public fai- « sait de grands progrès (i). »- C’est-àdire que les peuples commençaient à s’ac-
(i) Mémoires de Napoléon . tom. lY, p. 28.
DE LOMBARDIE. 3oi
comniocler de la domination des Franeais, moins hostile depuis qu’elle n’était plus contestée, et relevée d’ailleurs par tout l’éclat des victoires. . •
Le théâtre de la guerre était changé désormais, et c’était au sein même des • V’ états autrichiens qu’il fallait se faire un passage pour aller imposer la paix à ‘
1 empereur. La cour de Vienne n^avait . '
plus d’autre capitaine à opposer à Buonaparte que le jeune archiduc Charles, illustré par de récentes victoifesen Allemagne. On lui confia une belle et nombreuse armée, mais peu confiante en sa fortune , tandis que l’armée conquérante i .
de l’Italie, recrutée de vingt mille hommes, se croyait invincible. L’issue delà lutte fut telle qu’il était aisé de le prévoir : les deux victoires de Tagliamento et de * Saint-Michel ouvrirent aux Français la ' province de Gorizia , la Carniole, î’Istrie
etlaCannthie. Trieste et Fiume, les deux 1797. seuls ports de la monarchie autrichienne , ‘ furent occupés , et l’on trembla dans Vienne. Les conseils de l’orgueil furent
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3o» RÉSUMÉ DE l’histoire
alors rais eu oubli : les négociations dé
Léoben coramencèrent. . ^ ,
. Pendant que s’y fixaient les regards xic' l’Europe entière, une iinportiiute révo-r 'Iqtion s’accomplissait dans l’état vénitien. Les menées de quelques agens français e,t, de plusieurs . Italiens , partisans de lÿ> France, agitaient depuis 'quelque temps Brescia, Bergame , Crème^ et les autres, villes de terre fenne. Elles ne voulaient plus obéir au sénat de Venise , et deraanr, datent le genvernement qui, régissait la Lombardie. Bupnaparle appuyait lia utemeiit leurs vœux : mais, l’oligarchie. de> . Saint-Marcs’y Refusait; ce qui les üt entrer, en révolte ouverte , et proclamer leur in-^ dépendance^ Le sénat sc mit alors à opposer intrigues à intrigues, et tandis queles Français soulevaient scs cités contre lui, il soulevait contre les Français les^ . habilans des campagnes. Le résultat prompt, quoique involontaire, de ces manœuvres fut le sanglant massacre de la ^ pdqUe vdronaisé. Le lundi avril, une mullitadc furieuse, animée par de fanatiques prédications, égorgea toutee qu’etlé
DE LOMnARDIE. 3o3
trouva de Français dans Vérone, nicine ■ les malades et les l)lessés des hôpitaux.
Celte atrocité fut bientôt vengée sur ses , auteurs ; mais ce n’était pas assez , et l’occasion fut saisie de déclarer la guerre a Venise. Alors environnée de toutes parts des troupes françaises , cette antique aristocratie délibéra, sous le canon ennemi, si elle consentirait aü sacrilice impérieusement exigé de ses prérogatives , et abdiquerait cinq siècles d’existence. Cinq ^5 cent douze sullVages contre vingt' décidèrent cette grande question. L’ancienne •’ constitution fut détruite, et les amis de la démocratie française y applaudirent au cri de vive la liberté l pendanl»que le peuple , accoutumé à confondre avec son vicieux gouvernement l’idée de son indépendance, s’écriait en pleurant; a Venise n’est plus , » ou répétait une dernière fois avec rage le vieux cri de vive saint Marc !
A ce prix l’état vénitien rentra eu paix avec la république française. Cependant 17 le traité de Campo-Formio achevait les négociations ouvertes à Léoben, et par une infâme transaction , la France acbc-
mai.
oct.
et V tyC^iOgk
ZoL. RÉSUMÉ DE l’histoire
taitl’avantage de conserver la Belgique , la rive gauche du Rhin , et la Lombardie. En indemnité de ses pertes , on abandonna à la maison d’Autriche la nouvelle république de Venise. Le directoire, ou celui qui traitait en son nom, imitèrent le lâche commerce d’hommes qu’ils avaient tant de fois reproché aux rois de l’Europe , et l’on refusa même k une population généreuse, qui implorait la permission de se défendre contre les maîtres qu’on.'lni donnait, la triste consolation de mourir pour sa liberté (i).
Mais les acclamations d^ joie poussées par le peuple de Milan étourdissaient le vainqueur sur les gémissemens des Vénitiens. Désormais attaché à la France, le pays lombard avait reçu une organisation définitive , et en apparence indépendante.
‘ Jaloux d’ajouter à la gloire de ses conquê-
.# (i) Les lettres de Jacopo Ortis , par M. Ugo Foscolo , témoignent l’opinion des vrais Italiens sur ce honteux marché de l’indépendance vénitienne. II est curieux de voir de quelle nranière Biiouaparte s’en justifie dans ses Mémoires , tom. IV, pag. 260.
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' DE LOMBARDIE. ' 5o5
les celle d’avoir fondé un élat nouveau , lîuonaparteluiavaltdonné, aveclcnom de république cisalpine , les mstitulions qui régissaient la nation française à celte période de sa révolution. Quatre directeurs, et sous leurs ordres cinq ministres, étaient placés à la tête du gouvernement : deux conseils législatifs, formés par l’élection populaire, devaient être procliaincmcnt convoqués 5 et, en attendant qu’ils se rassemblassent, des comités de la guerre, des ünances , de légfslation et de constitution établissaient auprès du pouvoir exécutif une représentation temporaire des intérêts nationaux. Les hommes les plus distingués par la naissance, le talent et la vertu lurent promus à ces diverses fonctions : on y comptait les noms deSerbclloni, de Melzi, de Visconti et d’autres egalement chéris et respectés. Ce fut un magnifique jour de fête que celui où le nouveau gouvernement fut installé. Les députés de Bologne , de Ferrare, de l’Emilie, de Mantoue y assistaient , et Buonaparle, enivré des applaudissemens de tout un peuple qui le saluait comme son
5o6 KÉSUMÉ DE l’histoire
bienfaiteur, goûta une joie presque égale à celle deses plus beaux jours de bataille- Il acheva son ouvrage en faisant reconnaître par toutes les puissances amies la répu- * blique cisalpine , cette fille aînée de la république française , comme on l’appelait alors. Après quoi, il lui fit de solennels adieux, la laissant en pleine possession de sa liberté , puisque ses conseils étaient réunis, et lui témoignant le vif intérêt qu’il prendrait toujours à son bonheur et à sa gloire. Dès ce moment le nom de Buonaparte ne pouvait plus périr en Italie.
* Ainsi établi, le gouvernement cisalpin prit dès l’abord une marche assurée. Les peuples affrarichis de ce que le gouvernement autrichien avait de formaliste et de
• pesant, même en sa douceur, jouissaient avec transport du bonheur de se sentir vivre par eux-mêmes : l’indépendance était savourée avec délices ; un même sentiment paraissait unir tous les esprits : un eu était
à ce premier âge de la liberté où elle a ' encore, si l’on peut ainsi parier, l’innocence et la joie de l’enfance. Dans le con-
DE LOMBAHDIE. ùoy
seil des anciens, comme en eclui des. • jeunes , les principes de la démocratie étaient hautement et franchement professés : ils retentissaient de là dans des clubs ^ *
où venait s’exalter l’opinion populaire j et 29 fév. tels étaient les progrès de l’esprit républicain , que déjà le projet de réunir l’Italie ! •
entière en une confédération démocrati- ^ que fermentait dans toutes les têtes. Aussi ce furent d’incroyables réjouissances à Milan , quand on y apprit que le trône *
pontifical venait d’être violemment renversé par une armée française , et que Rome , avec des consuls et des tribuns , avait repris son vieux nom de république. ;i,
Mais , à peu près vers le meme temps, les afiâires de la Cisalpine se traitaient à »
, Paris d’une autre façon', et les Lombards allaient recevoir un triste averlissemeut de l’indépendance que le directoire français avait prétendu leur faire. Malgré la généreuse opposition de l’ambassadeur Vis- , conti , le traité venait d’être conclu qui • fixait les rapports de la république-mère avec sa fillej et il était stipulé qu’une armée de vingt-cinq mille Franç.ais serait
, 3o8 . RÉSUMÉ DE l’hISTOIRÇ laissée à la défense des Cisalpins > en re- > 'lourde quoi ceux-ci paieraient à la France une somme annuelle de dix-huit millions.
On ne menaçait de rien moins que d’anéantir la république naissante si eHe s’y.
refusait. Il fallut céder , et se borner aux •éclats d’une impuissante indignation* En, ’coVe furent-ils punis , et deux d’entre Ips directeurs , avec neuf membres des conseils législatifs , coupables d’avoir blâmé le traité, furent violemment destitués de leu^ fonctions. ^
• De sombres- pressentimens entrèrent , alors dans les esprits : ce qui suivit ne fit que les accroître. L’ambassadeur français était arrivé à Milan : les démocrates ardens de la Lombardie espéraient trouver en lui une sympathie parfaite avec leurs f doctrines. Us se trompaient. Le premier soin auquel il se livra fut d’opérer dans la, constitution cisalpine un de ces changemens dont l’exemple avait été fréquent aux diverses phases de la révolution fran- ' çaise. Il s’agissait d’y diminuer l’ascendant populaire, en réduisant le nombre des législateurs ainsi que des administrateurs ,
restreignant ia liberté de la presse , et ramenant de tout point les choses à un ordre plus aristocratique. Ce que la France y gagnait était manifeste. L’alïâire fut habilement conduite, et' selon toutes les bonnes traditions. On méprisa , ou l’on fît taire les énergiques réclamations qui s’élevaient. Cent dix représentans , qui ne formaient pas la moitié du corps législatif,*^ décidèrent qu’ils le composeraient désormais tout -entier , en vertu de la nouvelle constitution : leurs décisions furent appuyées par les baïonnettes; et la journée du 3o août fut pour Milan ce que fut plus tard poür Paris celle du 1 8 brumaire. Toute la différence fut d’un diplomate qui travaillait pour d’autres , à un guerrier qui travaillait "pour luiméme.
Le départ de l’ambassadeur de France, et l’arrivée du général Brune , démocrate exalté, rendirent quelque espoir au parti populaire de Milan. Si la réforme de la constitution fut maintenue , du moins les fonctions publiques furent rendues aux amis de l’égalité républicaine. Fouché ,
5io '^"'HÉsümé de l’histoiue nouvel ambassadeur, seconda les efforts ' dc-Brnue. Mais ce n’était pas là le compte llîi directoire, et il ne voulait pas même lais^sér aux Cisalpins le jacobinisme im- .
po*s6 par ses agons.. Aussi peu iufpiiet d’accuser sa propre faililesse par de conti-?
nuclles mutations, il substitua à Fouché et Brune , Joubert et Rivaud. Le premier avait râ’mé trop haute pour se mêler à de basses intrigués de' gouvernement ; de grarides vues militaires l’occupaient. L’au^- ,trc était un ministre accompli des fructidoriseiirs. Sous sa direction, la journée du 7 décembre acheva l’ouvrage de celle du 5o août : chasser les législateurs , et en jeter quelques-uns en prison ; enchaîner la presse , fermer les sociétés populaires , faire passer toute la force publique aux mains des grenadiers français et par conséquent aux siennes, telle fut l’œuvre de Rivaud. Et la justice de son procédé fut démontrée par ces mots des tlirecteurs Laréveillère -Lépeaux et Merlin* : « Que la France ayant conquis la « Cisalpine, au prix de son sang, pouvait « eu disposer à son gré. »
' . 1)E LüAIUARDIE. • ’
La vérité était enfin claire pour les Ita- ’ • '
liens, meme les plus conüans, meme les ^
plus rcconnaissans envers la France ^ jamais une politique généreuse n’avait songé à les aftranchir : c’était seulement les violens caprices d’un despotisme de parvenus qu’il leur fallait subir , au lieu du commandement tristement uniforme d’une vieille monarchie. Mais les promesses avaient été faites , l’appat de la liberté avait été offert , l’esprit public mis en mouvement j et les peuples ne peuvent quitter aussi promptement leurs vives et sincères émotions , que le pou- I
voir son langage mensonger. On se’ mit i
donc à chercher les moyens d’ètre libres, sans assistance étrangère, et de fonder ^ pour l’Italie une indépendance vraiment nationale. De Milan jusqu’à iMaplcs s’établirent des sociétés secrètes , correspondant entx'e elles , et dont le centre était à Bologne. A un meme signal , une vaste insurrection devait éclater dans toute la péninsule italique : on s était assuié d’une assez grande force militaire , a ila- (juelle se réuniraient les citoyens en ai-
3i2 résumé de l’histoire
mes; les généraux Lalioz, Pino et Trcuillet dirigeraient le mouvement, et la Roraagne en serait le premier théâtre. Une fois délivi’ée des Fi'aneais, comme des Autrichiens , l’Italie pourvoirait cllemémeà ses destinées à venir. Mais à l’époque meme où ce plan allait s’exécuter, la malheureuse Italie redevint ùn champ de bataille pour la haine et les ambitions étrangères, comme, si la Providence eût voulu lui donner à temps un solennel avertissement de sa faiblesse.
De grands événemens s’étaient passés en Europe depuis le traité de Campo-Formio. L’ombrageuse faiblesse du directoire ‘ s’était afiranchie des craintes que lui donnait Buonaparte , en l’env'oyaut cora- ' Jjattre en Égypte les Anglais, les Marne- ^ lucks et un climat meurtrier. Bientôt après, prévoyant une nouvelle coalition de l’Europe contre la France , il avait essayé par des coups hardis de la rendre pour lui moins périlleuse. La Suisse, jusqu’alors respectée dans sa neutralité, avait été envahie par une armée française.
Le vain simulacre de puissance , laissé
DE DOMBARDIE.
c« Piémont au roi de Sardaigne, avait été détruit , et la réuuion de ce pays à la république ordonnée. On avait cru enfin prévenir toute agression du coté de Naples-, en se jetant sur ce pays, témérairement armé contre la France j et malgré la résistance désespérée des lazzaroni et leurs sanglantes fureurs, la capitale avait' été occupée par Championnet , la démocratie recommandée aux esprits éclairés et aux passions populaires , et le royaume érigé en république parthénopéenne.
Telle était la situation des choses dans les premiers mois de l’année 1799, lorsque commençait à s’ébranler , par les instigations de l’Angleterre, la nouvelle ^ ligue européenne : l’Autriche, traînant à sa suite le corps germanique et la formidable assistance de la Russie, allait fondre sur 1 Italie , où elle ne devait plus rencontrer le génie de Buonaparte.
C’était l’habile et vaillant Joubert qui , dans le principe , devait soutenir le poids de cette guerre. Mais , indigné des scandaleuses déprédations de quelques agens français et impuissant à les réprimer, il
O! 4 résumé de l’hjstoire
avait demandé son rappel j ctle di^*»
toh'e j qui craignait ses laleus et sa popularité militaire , s’était empressé ■ décéder . à ses vœux* Schérer-avait été nommé a sa Mars placer brave capitaine, mais- à qai’manquaient les hautes qualités’ -nécessaires •ait commandement en de telles'circohs*lances. Ceti’élait- point tout , enpffet, de savoir tenir. tête à»un puissant eimemi ; il • fhllait encore garder ses amis , et affermir l’anion polîtiqne de Htalie régénérée avec ’ la France. Or , jamais la prévoyance de Schérer ne s’était étèndiie a de si grandes ' choses. ' • «
. *■’ L’armée confédérée avait pour chef le
Rh'sse Sûwarow , dont le génie audacieux ' et*' sanguinairei s’était déjà signalé dans les guerres de Pologne» Sous ses ordres , Mêlas commandait les Autrichiens , et avec lui , Kray , assez heureux sur le Rhin les années précédentes. Leurs forces réunies devaient aller a soixante -dix mille' hommes. L’armée française n’en comptait pas la moitié', ^’etaient toujours les soldats cqnquérans de l’Italie , les soldats invincibles } mais , n’ayant plus leur
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DE LOMBAKülE.
ancien chef, il sufTisait d’un revers pour ’ détruire à leurs propres yeux , comme aux yeux de leurs ennemis , le prestige qui • les environnait : c’est ce qui arriva.
On était «en présence sur les bords de l’Adige. Kray eût pu éviter la bataille jusqu’à l’arrivée deSuwarow et de Mêlas ; mais alors il n’allait plus être que lieutenant , et la gloire de vaincre., ne serait plus à lui. Il reçut donc intrépidement l’attaque des Français , et ouvrit la campagne avec avantage pour les armes au-^ trichiennes. Le combat de Véronne fit repasser l’Adige aux républicains : celui de Magnano leur fit entièrement perdre la ligne de ce fleuve. Privé de plusieurs milliers de soldats , Schérer ne pouvait' plus tenir la campagne devant un ennemi si supérieur eu nombre. Il se retira sur l’Adda , afin de s’y fortifier ; mais , trop accoutumés à la victoire pour supporter un chef qui les avait laissé battre , les Français éclatèrent contre lui en murmures , et lui refusèi’eut hautement leur obéissance. Schérer n’eut autre chose à faire que de remettre le commandement
Mars
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3l6 RÉSUMÉ DE l’histoire
à Moreau , et de demander au directoire qu’il l’agréât pour son successeur.
Cependant Suwarow et Mêlas avaient rejoint leur armée , et marchaient sur l’Adda , soulevant , autant qu’ils le pouvaient , les peuples sur leur passage.
Moreau, décidé à unc^ courageuse , quoique impuissante défense , les attendait à Cassano, où une tête de pont et d’autres ouvrages opposaient aux confédérés le seul obstacle qui pût retarder pour eux la conquête de la Lombardie. Ils le rompirent , malgré la valeur désespérée des Français. et des troupes italiennes , leurs alliées , et la route de Milan leur fut ouverte. Ainsi cette grande cité , presque aussi rapidement qu'elle avait passé aux mains des Français , retourna à celles des impériaux. Ainsi cette république cisalpine, si pompeusement inaugurée, et dont la reconnaissance avait été imposée à la plus grande partie de l’Eux'ope j cette république , à qui dix-huit mois d’existence faisaient croire qu’elle était fondée pour des siècles , s’écroula en un seul jour , à l’approche de quelques régimens autri-
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• üE EOMBARDIE. ’bx']
• chiens. Tout ce qui avait pris rang dans la cause républicaine s’empressa de fuir vers le Piémont , où tant de familles malheureuses devaient trouver un refuge bien précaire. Cependant Mêlas , à son entrée dans Milan , fut accueilli avec enthousiasme : on saluait son passage des cris de vive la religion ! vive François II ! comme on avait salué celui de Buonaparte par des hymnes de patriotisme et de liberté. Triste et honteuse condition de nos grandes capitales , où il y a toujours de la joie et des ac^lamatious prêtes pour tous les vainqueurs! Quelques jours après, Suwarow vint occuper un moment l’attention du peuple , pour qui ce guerrier du Nord était une merveille. Mais ces sentimens favorables furent de peu de durée :
la noxivelle d’une foule d’emprisonuemens arbitraires , et le cours donné forcément au papier - monnaie autrichien dans la Lombardie, aigrirent violemment l’opinion populaire.
Les choses allaient de même en Piémont.
Moreau , avec les débris de son armée ,
n’avait pu s’y maintenir, et s’était borné
3l8 RÉSUMÉ DE l’histoire •
' à jeter garnison dans quelques places. Suwarow y entra avec ses régimens russes , et partout la multitude, soulevée au nom de la religion , seconda ses efforts. La
'ville et la citadelle de Turin se rendirent successivement à lui : l’autorité républicaine fut renversée , et le rétablissement de l’autorité royale proclamé. Ce que cherchait surtout le général des confédérés , c’était de rassembler ce qui restait des anciennes troupes piémontaises , et d’en refaire une armée , au service du ro^i Charles-Emmanuel ,^ui pût seconder ses opérations en Italie. Mais ces soins occupaient trop exclusivement son attention , et peu s’en fallut que d’imprudens retards, ne lui fissent perdre tous ses' avantages.
Moreau , dont l’unique ressource était de se joindre à Macdonald , qui arrivait de l’Italie méridionale , avait pris position à la Bocchetta , dans l’état de Gênes , d’où il avait l’œil sur les forteresses de Tortone et d’Alexandrie , encore occupées par ses garnisons. Macdonald , cependant, vain-< queur de Hohenzollcrn et de Klenau devantModèno, traversait Reggio et Parme,
• de LOMUAKDIE. O K)
et niTÎvnît le 1 5 juiti a Plaisance. Quelcjues journées encore , et Snwarow ne pouvait plus l’empécher de se mettre en communication avec Moreau. iVIais , trop jaloux peut-être de rencontrer seul l’ennemi , Macdonald hasarda la bataille de la Trcbbia avec des forces inférieures , et s’il y gagna pour lui-meme quelque gloire , il y compromit gravement les intérêts de la France. Pendant trois journées entières, on se battit avec un acbarnenieut incroyable , et au bout de chacune d’elles l’avantage resta aux confédérés. La belle reli.aite du général français sur la Ligurie , à travers le duché de Modène , le Bolonais et la Toscane, lui fit plus d’honneur que n’en avait fait au Kusse sa victoire : mais sa jonction manquée avec Mgreau n’en décida pas moins de la perte de 1 Italie pour le directoire. Eu eflet , par une rapide et fatale succession d’événemens , on vit tout aussitôt l’armée républicaine confinée , immobile dans l’état de Gênes , Alexandrie et la formidable Mantouc assiégées et prises , Naples rendue aux mains féroces de Nelson , Home et la
iH et i<> juin.
520 RÉSUMÉ DE l’HISTOIRE
Toscane reconquises , el la guerre presque portée aux frontières de la France.
Il fut facile au directoire de trouver des soldats , en ces périlleuses circonstances , et de les enflammer de l’ardeur de vaincre , au nom de la gloire nationale 5 rnais il était moins aisé de trouver un capitaine dont le nom appelât la confiance publique , et dont le génie put refaire l’œuvre de Buonaparte. Hoche
taitjîlus jPichegru était proscrit ; Masséua
disputait la Suisse à l’archiduc Charles ÿ Kléber combattait eu Égypte : Joubert et Championnet restaient seuls , et on les choisit , quelque crainte qu’inspirât leur intégrité à la corruption directoriale.
Championnet , avec de nouvelles recrues, devait menacer le Piémont supérieur , et couvrir les places de Coui et de Fenestrelles : quelque temps lui était nécessaire pour former son armée avant d’entrer en campagne. C’était donc sur Jouhert qu’allait reposer le poids de la guerre j c’était lui aussi que suivaient les regards de la France , que demandait l’impatient amour du soldat , et que sur-
DE LOMBARDIE. 5a I
tout appelaient de leurs vœux les' patriotes italiens. Ils savaient que l’unité et l’indépendance républicaine de leur pays étaient la pensée, ou, si l’on veut,’ la • chimère de celte grande âme , unique- »
ment passionnée pour la gloire , et ne se payant que de cette noble récompense. Jamais général ne fut accompagné de plus d’espérances. Buonaparte luimcme n’aurait pas été alors plus populaire.
’ L’armée de Moreau et celle de Macdonald , avec des renforts venus de l’ouest , étaient placées sous ses ordres. A peine arrivé au camp , le premier usage qu’il fait du commandement suprême dont on • l’a investi , est d’ordonner à Moreau de rester général en chef des troupes , et de ne voir en lui que son premier lieutenant.
Puis, sans perdre de temps, il s’apprête à secourir Tortone , vivement pressée par l’ennemi , et va occuper une ligne formidable de positions , depuis la Bormida jusqu’au - delà de la Scrivia. Le gros de l’arniée était à .Novi. On délibéra si l’on écoulerait l’impétueuse ardeur du sol-
^ 522 RÉSUMÉ DE l’UISTOIKE
dat qui demandait a grands cris de mar« cher en avant : mais la prudence prévalut , et l’on attendit l’ennemi » Il ne tarda pas à se présenter , et, entraînés par la fougue du vieux Suw^arow , Autrichiens et Russes attaquèrent rudement toute la iSaoût. ligne française. Ce fut Joubert qui essuya le premier choc , et comme il ramenait à la charge ses colonnes ébranlées j une balle l’atteignit au cœur et l’étendit mort.
Ainsi , à l’entrée même d’une campagne où il y allait pour lui d’un si bel avenir , ‘ périt ce jeune héros. Celui de tous les, hommes qui était le plus digue dé juger •
. son talent a dit : k Qu’il était fait poui^
« arriver à une grande rénomraée mite lilaire (i). » • , ^
L’habileté de Moreau et l’ardeur de la vengeance restaient à l’armée française.
Quatre fois l’ennemi donna l’assaut, quatre fois il fut repoussé avec un carnage épouvantable, Suwarow frémissait de rage et de honte , et ne voyait plus de ressource que la fuite , quand Mêlas lui
(i) Mémoires de HapoUon, tom. 111 , p. deroièrt^
offrit une autre *qui pouvait lui rendre la victoire. En effet , par une manœuvre décisive , les positions françaises furent tournées. , Novi emporté de front par Suwarow., pendant que les Autrichieus rompaient la ligne sur les derrières , et Moreau encore une fois réduit au triste honneur d’une retraite périlleuse. Los pertes de l’armée confédérée furent plus considérables que celles des Français , et elle sembla ne retirer de cette journée qu’un médiocre avantage. Mais les républicains perdirent tout ce qu’ils n’avaient pas gagné . et l’espoir de reconquérir l’ftalie leur échappa.
Champiônnet ne soutint pas dans le Piémont la gloire que lui avait acquise l’expédition contre Naples. Après une suite de combats partiels , où le pays était misérablement i*avagé , il rencontra entin Mêlas dans un engagement général , entre Savigliano et Fossauo. Le tiers de sou armée périt dans cette désastreuse affaire 5 Coni , place toute voisine des frontières de France, fut réduite à capituler} et le malheureux général alla
Kov.
324 RÉSUMÉ DE l’HISTOIRE
périr à Nice , d’une épidémie qui ravageait la contrée. Il semblait que la fortune se plût à prodiguer les revers aux armées françaises , pour relever d’un plus haut éclat la gloire de celui qui allait tout réparer en si peu de temps , et reconquérir l’Italie dans une seule bataille.
Le directoire venait enfin de subir le 'sort de tout gouvernement abandonné de l’opinion , et qui n’a plus d’autre force "•contre elle qu’une lâche effronterie. Il avaitsuffîà Buonaparte de quelques bataillons et d’une demi- journée , pour anéantir cette autorité usée et traînée de mépris, en mépris , et la constitution qui la fondait avait péri dans la même ruine. Des consuls avaient été substitués aux directeurs j un sénat , un corps législatif et un tribunat aux conseils des anciens et des cinq cents ; et parmi tous ces changemens , il ne restait plus guère de la république vieillie que le nom : tout allait à la monarchie. Ainsi le voulait l’esprit du temps , et Buonaparte n’avait pas plus d’ardeur pour commander que les peuples
DE LOMHARDIE.
pour oLéir. On était las des continuelles secousses quiavaienl bouleversé la France depuis huit ans. Tous les vœux appelaient un ordre de choses qui semblât porter le caractère de la durée : venger le nom français humilié par une suite honteuse de défaites était le seul vif sentiment qui restât à la nation , la seule trace de l’exaltation républicaine. Aussi ce fut u1i empressement universel, lorsque retentirent dans les villes et dans les campagnes le bruit du tambour et la voix du premier consul , appelant sous les drapeaux jeunes et vieux soldats , pour relever l’honneur de la France et conquérir une paix glorieuse.
Pendant que Moreau reprenait le commandement eu Allemagne , sur le théâtre de ses anciens exploits , le premier consul rassemblait à Dijon une armée de nouvelles levées , dont l’ennemi riait en sa confiance , et qui pourtant lui devait porter en Italie les plus grands coups. Le plan de Buonaparte était de tomber sur les derrières des Autrichiens , de leur enlever tous- leurs magasins, leurs parcs ,ieur§
17, i8, 19, ÎO mai 1 800.
326 HÉSUMÉ DE l’ihstoire
hôpitaux, et (le leur couper la retraite vers l’Allemagne.Pourcela,ildevaitdéhoucher sur le Pi(Jiuont par le grau d Saint-Bernard . L’audace même de ce plan, publiquement proclamé , fit que Mêlas n’en prit aucune défiance , et s’imagina qu’il s’agissait d’une simple diversion en faveur de l’armée de Masséna assiégée dans Gênes.
Aussi épuisait -il ses forces à s’ouvrir l’entrée de la Provence, et K s’assurer» les montagnes de la Ligune, tandis qu’avec sa rapidité ordinaire Buonaparte accomplissait le passage presque fabuleux du grand Saint-Bernard , et rassemblait dans les plaines du Piémont les divisions de son armée arrivant par diverses routes- Ce n’était plus rien que des combats à livrer pour des soldats victorieux du plus formidable obstacle de la nature. Cependant le fort de Bard semblait devoir arrêter quelque temps une marche qui avait besoin d’être si prompte, si un heureux stratagème de Marmont n’eiit rendu praticable le passage de l’artillerie. On poussa donc eu avant, comme si l’on eût voulu se porter sur Turin, que Mêlas s’était
DE LOMBAKDIE. 327
empressé de couvrir ; et, chemin faisant , Lannes s’illustra par un beau fait d’armes à Chivasso. Puis soudainement , par une manœuvre savamment calculée , le premier consul s’élance sur Milan , dont la roule lui est ouverte, et se réunissant au corps de Moncey , qui est descendu en Italie par le Saint-Gothard , il entre dans la capitale de la Lombardie. L’enthousiasme populaire l’y accueillit : mais ce n’était pas encore le moment des fêtes , et de plus graves soins occupaient Buonaparte. Il ne prit que le temps de proclamer le rétablissement de la république cisalpine, d’annuler les actes les plus odieux du gouvernement autrichien, et de fonder im ordre de choses provisoire , mais conforme au vœu natioual. Les opérations de la guerre rappelaient toute son attention.
Il venait d’apprendre que Masséna , après une héroïque résistance, avait rendu Gênes aux Autrichiens. La capitulation était la plus honorable qu’on pût obtenir, et allait ramener sôus les drapeaux français plus de huit mille combaltans. Mais leur général ne les guidait pas lui-même ,
5a8 RÉSUMÉ DK l’histüire
et leur mouveinent devait être incertaiu , jusqu’à ce qu’ils eussent rejoint les troupes de Suchet. L’Autrichien' Ott, au contraire, avait tout loisir de se réunir à Mêlas , qui avait transporté la guerre aux environs d’Alexandrie , où il s’appuyait sur la citadelle de celte ville et sur Tortone. Avec sa seule année , Buonaparte avait doue à combattre toutes les forces autrichiennes. Son génie et la va- , leur française pourvurent à tout.
Le Pô est traversé, après une légère affaire d’avant-garde, et Lannesse trouve en face de l’ennemi qui occupait Casteggio et Monlebello. Inférieur en nombre , le général français attendit qu’Ott vînt le chercher dans ses positions. Il l’y reçut intrépidement , et disputa avec opiniàuin. treté le champ de bataille. Survint enfin la division de Yiclor , qui décida de l’avantage en faveur des Français 5 et lorsque sur le soir arriva le premier consul lui-même, il n’eut plus qu’à récompenser les soldatset louer riiéroïsme deceiui qui les avait commandés.
Mais ce n’était là que le prélude d’une
DE LOMBâHDIE.
}Ournée plus décisive qui allait fixer les destins de Tltalie , ceux de la Fi'ance , ceux de l’Europe même pour quatorze années. Mêlas , avec quarante mille hommes , occupait de fortes positions entre la Iformkla et le Tanaro, sous les murs d’Alexandrie J mais , coupé de sa ligne d’opérations , et n’ayant plus de retraite sur Yienne , ni sur Mantoue, au cas d’un revers, placé entre les deux armées de Suchet et de Buonaparte , sa situation était critique, s’il n’en sortait' par une victoire. Elle n’était pas moins nécessaire au premier consul, dont l’admirable plan , pour produire tous ses résultats , avait besoin de cette dernière approbation de la fortune. 11 comptaitdix mille soldats de moins que l’enuemi 5 mais on était dans l’enlraînemeut dn triomphe, et il savait (ju’alors le soldat français vaut le double.
Ce fut le i4 juin, dès le matin , que s’engagea la célèbre bataille de Mai’engo.
Les chances en furent très-variées , et pendant plusieurs heures toutes favorables aux Autrichiens. La division de Victor était en déroute : Lanues, sur la droite.
53o RÉSUMÉ DE l’histoire
se déleiidait par des prodiges de valeur , dont le nombre allait toutefois triompher :
la garde consulaire même , en se lançant avec son chef contre l’ennemi, n’avait pu rétablir le combat que j>our quelques momens: enfin, le vieux Mêlas, croyant tenir la victoire , était rentré , accablé de fatigue, dans Alexandrier. Il était trois heures du soir , et Carra Saint - Cyr , à Castel-Geriolo , arrêtait seul les efforts* des Autrichiens , lorsque parut Desaix , «
avec sa division tant attendue. Le prompt coup d’œil de Buouaparte Im fit alors ressaisir tous ses avantages : sa ligne est reformée en un instant de Castel-Ceriolo à Saint-Julien : Desaix .reçoit l’ordre de marcher sur une colonne de grenadiers hongrois qui s’avance vers la gauche de l’armée, pour lui couper la retraite sur Tortone. Une balle le frappe au cœur, et ne lui laisse que le temps de dire adieu à la vie par de nobles paroles. Sa mort ne décourage pas , mais enllamme les siens :
après une demi-heure de combat, l’intrépidité de la 9*’ légère et une impétueuse charge de cavalerie du général Keller-
* DE LOMBARDIE. 33l .
inann rompent les grenadiers hongrois:
la confusion se met en un moment dans toute l’armée autrichienne ; les Français reprennent les positions qu’ils occupaient avant la bataille ; puis , s’élançant à la poursuite de l’ennemi, qui repasse en désordre les ponts encombrés de la Boririida , ils en font un horrible carnage, et font poser les armes à tout ce qui était resté sur la rive gauche. Le nombre des prisonniers passa huit mille.
Alors parut dans tout son Jour la merveilleuse habileté du plan de Buonaparte.
ÎVlélas était sans ressources , ou n’en avait plus que de désespérées , dont il n’osa faire le périlleux essai. Il capitula, et, en vertu de cette capitulation, l’armée autrichieniie, conservée à son souverain , se retira derrière Mantoue , laissant aux Français Gènes, le Piémont et la Loinhardie Un seul jour enleva à ce brave et habile vétéran ce qui lui avait tant coûté à conquérir , et l’Italie retourna à la république française, ou pour mieux dire ’ à Buonaparte.
Le vainqueur revint aussitôt à Milan ,
résumé de l’histoire •
où l’accueillirent les homieurs d’une entrée triomphale. De toutes parts retentissait le cri ôevive le libérateur de V Italie l Ceux qu’il avait tirés des prisons de l’Autriche laisaieut surtout éclater leur allégresse et leur reconnaissance, et il n’était point d’éloge que ne lui prodiguât l’adulation italienne. Cependant, ayant reconnu que la constitution de la république cisalpine était susceptible de modifications (j) , c’esl-k-'dire , pouvait devenir moins libre encore qu’elle ne l’était , « il « se contenta d’établir nn gouvernement « provisoire qui laissait plus de facilités « pour terminer , à la paix , l’organisa- « lion complète et définitive de celle ré- « publique. » C’était une consulta qui devait exercer l’autorité législative , et une commission de ^gouvernement chargée du pouvoir exécutif. Pétict, ancien ministre du directoire, séjourna à Milan, comme envoyé extraordinaire de France.
L’opinion publique , que rien n’avertissait de l’avenir, ne pouvait s’inquiéter de
(i) Mémoiresde Nnpoléun ,'toni.
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CCS mesures purement temporaires. Toutefois les esprits clairvoyans ne savaient comment s’expliquer le changement de
manièresel de langage qu’ils remarquaient
dans le guerrier qu’avait connu la Lombardie, il y avait trois ans. Les mots de paix et de religion étaient dans sa bouche :
ce n’était plus aux démocrates qu’il accordait ses laveurs 5 il les éloignait au contraire , et s’entourait de tout ce que l’aristocratie avait d’hommes connus par les lumières de leur esprit et la modération de leur caractère. La gloire qu’il semblait le plus vivement ambitionner, était celle de protéger les sciences et les lettres , et nul acte de sa conduite n’avait plus souri à son amour-propre que l’ordre de rouvrir l’université de Pavie, fermée par l’ombrageuse défiance des Autrichiens. Assurément les Lombards , que leur condition passée n’avait pas rendus fortexigeans eu fait de liberté , se fusse ut crus le plus heureux peuple du monde , si cet état provisoire d’une douce et facile autorité sc lût consolidé pour eux , et ii’eùt pas été une transition à la tyrannie.
534 liKSUMÉ DE l’histoire
Mais c’était à la paix que devait se régler définitivement le sort de l’Italie, et jusque-là Gcnes et le Piémont , aussi bien que la Lombardie , devaient rester en attente. La paix toutefois ne se conclut pas , grâces à l’infatigable haine du cabinet anglais , et l’Autriche rcpnt les armes. Le premier consul était retourné à Paris pour y pourvoir aux soins de l’administration , et avait remis à Brune le commandement de l’armée d’Italie. Macdonald lut envoyé pour Icsoutenir, et renouvela au passage du Splugen, de la Priga et du Tonale, les merveilles qui avaient étonné l’Europe à celui du grand Saint-Bernard.
Tant de fatigues n’avaient été essuyées que pour une bien courte campagne. Le 25 décembre , Brune traverse de force le Mincio à Pozzuolo , et chasse Bellegarde , jusques aux bords de la Brenta. Mais c’était le meme jour où Moreau venait de * vaincre à Hohenlinden , et l’armistice qu’il avait accordé à l’archiduc Charles , fut peu après sollicité par le général aui6ianv. trichien en Italie. Il fut signé quand déjà 1801. Macdonald occupait la capitale du Tyrol
Dk - ; üooglc
DE LOBÎlîARUIE.
italien , et s’était allé poster sur les derrières de l’ennemi pour lui couper toute retraite en Allemagne. Le traité de Lunéville suivit au bout de peu de jours , et confirma , quant à l’Italie , celui de Cainpo-Formio. Il y eut seulement quelques 9 fév. changemens de limites.
Le jour était arrivé où allaient s’accomplir sur la république cisalpine les g^'auds projets de Ikionaparte. Restaurateur du siège de Rome , vainqueur de l’Autriche, ami du monarque russe, assuré, par le renversement de Pilt, d’une paix prochaine avec l’Angleterre , sa politique pouvait marcher plus hardiment j et on l’avait vu par la réunion du.Piéraont à la France, en vertu d’un simple décret du Avril, premier consul. Il y avait quelque risque à procéder aussi brusquement avec la Lombardie: on prit une route détournée et non moins sûre, en inspirant aux peuples la résolution spontanée de demander un maître. Ce fut Pétict qui mena cette intrigue j il travailla si bien auprès des.
principaux personnages de la Cisalpine^ qu’il leur laissa tout l’honneur de cette
Janvier
iSo-i.
356 RÉSUMÉ DE l’histoire pensée de servitude , et parvint à convertir le commandement du pouvoir en vœu populaire. La consulta législative publia un décret par lequel une consulta extraordinaire devait s’assembler à Lyon , en France, pour régler, d’accord avec- Buonaparte, le gouvernement futur de la république. Quatre cent cinquante membres , élite de la nation , étaient destinés à la composer. Singulier spectacle d’un peuple qui s’en va chercher dans une contrée étrangère les institutions qui doivent fonder son indépendance !
La discussion s’ouvrit à Lyon , et cinq comités procédèrent à l’examen successif de chaque article de la constitution nouvelle. Ce qu’ils avaient délibéré , sous l’empire des volontés de Buonaparte , Buonaparte vint bientôt le sanctionner de son approbation , et , cette œuvre achevée , il u’eut plus qu’à recevoir la titre dont il voulait être décoré. C’était la le dénouement de la pièce. Dans une de ces fastueuses solennités où se plaisait l’orgueil du premier consul, il se fit déclarer par les Cisalpins qu’aucun d’eux
ïl’était capable de conduire les aflhircs de leur république , et que lui seul pouvait se charger de ce pesant fardeau. En conséquence , ils le supplièrent d’accepler pour dix ans la présidence de la Cisalpine, avec faculté d’ètre réélu. « J’ai re- « connu la sagesse de vos motifs , leur « répondit-il, j’adhère a votre vœu : je « conserverai encore , pendant le temps « que les circonstances le voudront , la
« grande pensée de vos affaires Vous
« n’avez point de lois générales, point « d’habitudes nationales, point d’armées « fortes : mais vous avez ce qui peut les <c produire, une population nombreuse, « des campagnes fertiles et l’exemple de « la France. » On applaudit à ce superbe langage du commandement : on ne songea pas à ce qu’il annonçait^ Cependant le consul , encore pressé du besoin de populariser son autorité naissante^, défera au vœu universel , en confiant la viceprésidence de la république italienne (car c’était son nouveau nom) à l’honorable Melzi. Melzi était un grand citoyen, plein d’amour pour son pays, et dont les lu-
538 RÉSUMÉ DE L'm^lRE
mièrés promettaient une juste et bienfaisante administration. Ainsi se termina ht comédie politique , où fut renouvelée 'la constitution- républicaine de la Lombardie. Ce changement n^était pas le dernier. .
Hâtons-nous néanmoins de le dire, ce ' • fat encore un assez heureux temps pour ' la Lombardie que les trois années oüMelzi la gouverna sous Tinfluence de la puissance consulaire. Des institutions libres ♦ ne protégeaient pas le peuple ;■ mais l’autorité était douce , et quoique prenant sa source du dehors , respectait au moins les apparences de l’indépendauCe nationale.
La république italienne eut bientôt son armée , ses huances, habilement régies par le ministre Prina , ses tribunaux, où se rendait une bonne et loyale justice. Un très-petit nombre d’actes arbitraires rompaient le cours de l’ordre legal ; quelques écrivaius payèrent seuls de la prison on de l’exil le tort d’avoir parlé trop haut.
Mais leurs plaintes disparaissaient an milieu du concert des louanges publicpiès qui chaque jour s’élevait vers le glorieux'
DE LOMBARDIE. 35q
hienfaileur de Vltnlie régénérée. Tous les arts s’empressaient d’offrir le tribut de leur adulation à celui qui s’honorait de les faire revivre. Sur l’emplacement de l’antique château de Milan, se fondait le J'orum Buonaparle ; le monument national et religieux du Duomo , imparfait après tant de siècles, promettait d’ètre achevé en peu d années, et d’associer à sa durée le grand nom du conquérant français : de toutes parts , les yeux du peuple étaient frappés par des prestiges inouïs de magnificence , et ces mobiles imaginations se passionnaient pour un régime social qui, venant à peine de naître, leur procurait tant d’enchantemens. Melzi d’ailleurs cultivait cet enthousiasme , mais en tâchant de lui donner une direction salutaire : il voulait qu’insensiblement les âmes se remplissent du sentiment de la vie nationale, et d’une espèce d’orgueil du nom italien 5 et tout en étant le premier à s’abaisser devant la haute souveraineté de Buonaparte , et à lui payer son hommage d’admiration et de reconnaissance , il s’environnait lui-même d’une
34o RÉSUMÉ DE l’histoire autre popularité, et accoutumait ses concitoyens à voir en lui le représentant véritable et permanent des intérêts du pays.
11 en résultait que la Lombardie, sous une inlluencc et presque sous un coininaudeincnt etranger , s’élevait par degrés à la noble attitude d’une nation indépendante. Buonaparte le voyait avec déplai- ^ sir , quoique sans inquiétude : il se réservait d’en finir avec l’Italie, quand il aurait accompli scs projets sur la France.
Proclamé empereur des Français au mois de mai 1 8 o 4 , et peu après couronné par les mains du pontife Pie VII , le titre de président d’une république n’était plus fait pour lui. En conséquence, furent mandés auprès du nouveau monarque la consulta d'État et la députation de la république italienne, pour délibérer une seconde fois sur la forme de gouvernement qui convenait à leur pays. Le résultat de cette délibération était , comme de raison, arrêté d’avance ; la constitution de Lyon , solennellement réprouvée et condamnée , lit place à l’établissement du royaume d’Italie ^ et Melzi , en expiation •>
' DE LOMBARDIE. 34 f
de son patriotisme, subit le misérable honneur d’aller offrir la couronne lombarde au nouveau successeur de Charlemagne et d’Othon. Cette couronne ne devait s’unir
à celle de France f|u’en la personne seule de Napoléon ; lui-même ne semblait la prendre que temporairement. « Nous « avons accepté , dit-il au sénat, et nous « placerons sur notre tête, cette couronne « de fer des anciens Lombards pour la « retremper , pour la raffermir , et pour « qu’elle ne soit point brisée au milieu « des tempêtes qui la menaceront , tant « que la Méditerranée ne sera point « rentrée dans son état habituel. « Et, toujours jaloux d’enchanter les peuples ^ par la pompe des fêtes du pouvoir , il s’empressa de se rendre à Milan afin d y prendre possession de sa nouvelle royauté.
Des ambassades de tous les états de l’Italie, et de plusieurs de puissances étrangères y étaient accourus pour ajouter a l’éclatante solennité de cette cérémonie.
La couronne de fer fut apportée de jo p,ai.
Monza, et Napoléon , de l’aulel où elle iSû.'ï.
était placée , la posa sur sa tête , en pro-
nonçaut ces mots : Dieume la donnCy gare à qui la touche. Des acclainalions unanimes accueillirent son action et ses paroles ; après quoi, il prêta lo serment, et fut salué par le chef des hérauts du cri • trois fois répété de vive I empereur et roi l Cependant, à la place de Melzi, relégué dans les oisives fonctions de chancelier, le prince Eugène Bcauharnais fut chargé de l’administration de Tltalie , avec le titre de vice-roi.
Mais, les batailles après les fêtes et les fêtes après les batailles, tel était l’avenir qu’avait ouvert devant lui l’audacieux conquérant, en s’asseyant à côté des monarques européens. Tandis qu’il incorporait à son empire Gênes et Lucques , dont il avait promis de respecter l’indé- • , pendance, l’active haine de Pitt armait contre lui une troisième coalition. L’Au- V ' triche et la Russie reparurent dans la lice , et la guerre, tout en ayant l’Allemagne ' pour principal théâtre, se montra encore • , aux plaines de l’Italiej mais elle fut eourte, * et plus fatale qu’aucune autre à la cour de 'Vienne. Cinq mois après que Milan avait
applaudi à son inauguration royale, j\a- ])oléon étailau cœurdesétatsautrichiens :
vainqueur de Mack dans ülm, par une de ces rapides et admirables manœuvres qui étaient un des jeux ordinaires de sou génie, il frappait à Austerlitz un coup plus décisif. Masséna le seconda habilement sur les bords de l’Adige, et la victoire de Caldiero repoussa l’archiduc Charles jusque dans Laybach et mit eu communication l’armée française d’Italie
avec celle d’Allemagne. II fallut alors que l’Autriche subît le traité de Presbourg, qui lui enleva la souveraineté du corps germanique, l’affaiblit au prbfîtde la Bavière, et la dépouilla des états vénitiens, aG déc. * seul reste de son ancienne domination en i8o5.
Italie. Dès-lors toute la péninsule se vit enchaînée aux pieds du monarque français. Naples fut envahie, et reçut pour Janvier roi Joseph Buonaparte, frère de Napo- i8iG.
léon ; il en fut|de même , l’année suivante, de la Toscane , qui passa sous le gouvernement de la princesse Elisa , honorée du Janvier titre de grande duchesse j et sous le nom 1807. de département du Taro, le duché de
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344 RÉSUMÉ DE l’histoire Parme et de Plaisance \inl se confondre dans le corps du grand empire. Il ne restait plus qu’à dépouiller le pape des étals romains : on le lit dans l’iutérét du système continental. Les provinces d’Urbiu , d’Ancône , de Macerata et de Camerino , furent irrévocablement et à perpétuité riéeret réunies au royaume d’Italie , et les plus ‘'"."î amples facultés accordées au vice - roi
1808. poor I execution de ce decret.
Ce fut parmi ces circonstances que l’Autriche , toujours aiguillonnée par • l’Angleterre, voulut tenter un dernier ell'ort pour reconquérir le rang d’où ]\a-
1809. polcon l’avait fait descendre. Elle espérait que l’exemple de l’Espagne , tout entière en armes contre les Français , ébranlerait les Italiens , auxquels venaient d’étre prodigués tant d’outrages.
« Italiens ! leur disait-elle dans ses proc( clamations , écoutez la raison et la vé- « rité. Elles vous disent que vous êtes « esclaves de la France... Le royaume
t, . « d’Italie u’esl qu’un songe, uu vain fau-
« tome. La conscription , les impôts , les « oppressions de tout genre vous démon-
K trent que vous u’avez ni existence police tique, ai indépendance... Si Dieu pro- <c loge les vertueux efTorts de l’empereur « François, et ceux de scs puissans alliés,
<( l’Italie redeviendra heureuse et re.spec- (( tée. Le chef de la religion recouvrera « ses états et sa liberté : une constitution « fondée sur la nature et sur la véritable « politique , rendra le sol italien inacces- « sible aux attaques de l’étranger. C’est et François qui vous promet une si bril- « lante existence. L’Europe sait que la « parole de ce prince est sacrée, immua- <( blc autant que pure , et c’est le ciel qui (( vous parle aujourd’hui par sa bouche.
c( Levez-vous donc. Italiens, levez-vous !
(( etc « Les rigueurs despotiques de
l’administration française étaient fidèlement retracées dans ce manifeste de l’archiduc Jean ; mais on avait peu foi aux promesses de l’Autriche , et le grand nom de Napoléon semblait au moins honorer l’obéissance. Les peuples d’Italie favorisaient donc de leurs vœux les drapeaux de la France , sous lesquels combattait l’élite de leur jeunesse , et les armes autri-
346 RÉSUMÉ DE l’histoire chiennes , bien que secondées par l’insurrection duTyrol, n’allèrent pas audelàdu pays de Vicence etde Padoue. Les victoires de Buonaparte sur le Danube, et la ferme contenance du prince Eugène les forcèrent promptement à se retirer.
Aucune guerre ne valut un prix jdus flatteur a l’orgueil de l’empereur des Français : l’Europe vit l’antique et superbe maison de Habsbourg donner une de ses filles a un soldat de fortune.
C’était là le plus haut degré que pût atteindre la grandeur de Napoléon. Sou despotisme en devint plus insolent et plus outrageux pour l’humanité. Comme il pesait sur la France, il pesa sur l’Italie. Exécuteur ponctuel et rigoureux des souveraines volontés de l’empereur , Eugène ne songeait meme pas à se gagner cette popularité personnelle qui eût pu adoucir l’obéissance. Il afiîchait l’arbitraire, loin de le dissimuler 5 loin d’essayer de paraitre Italien , il se séparait soigneusement du peuple qu’il gouvernait : à peine ses hautes qualités militaires lui avaientelles attiré la confiance de celte belle
, DE LOMDAIIDIE. 347
armée italienne, si vaillante et si dévouée j et jamais son nom n’y fut aussi chéri , aussi respecté que celui des vieux capitaines Pino et Lecchi. Son gouvernement était donc uniquement fondé sur la force et sur cette habitude d’obéir que des siècles avaient enseignée aux peuples de la Lombardie. Il est vrai qu’on leur prodiguait les memes dédommagemens de la liberté dont les Français s’étaient payés avec une facilité si merveilleuse. Pour les hautes conditions , c’étaient des titres, des places , les honneurs et les plaisirs d’une cour brillante ; pour les savans et les lettrés, une fastueuse protection ; pour le commerce, l’industrie et l’agriculture, ces encouragemens honorifiques et pécuniaires qui font croire à la bienveillance de ceux qui gouvernent 5 pour la multitude, des ateliers ouverts , des bulletins de victoire, et de belles fêtes ; pour tous enfin , les commodités de la vie , les merveilles des arts , les pompes de la civilisation. Il serait trop long d’énumérer tout ce que dut la Lombardie de grands et d’utiles monuraens au règne de fiuonaparte.
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348 RÉSUMÉ DE L’HiSTOrRE
Les routes du Simploii et du Mont-Cénis, pratiquées par des efibrls gigantesques à travers les plus hauts sommets des Aipés , suffiraient à éterniser son nom , s’il n’était d’ailleurs entouré de tant de gloire. Cependant le titre de roi de Rome avait été donné au lils et à l’héritier de Napoléon, en témoignage des destinées • que lui réservait son père. Sous le sceptre de ce jeune prince , l’Italie devait être réunie en uue seule et indépendante nation , et prendre enfin un rang parmi les puissances européennes. Sublime idée, si elle eût été conçue dans l’intérêt des peuples et leur eût dû appoFter un état meilleur. Mais l’heureux conquérant se trompait en conliant tant de projets à l’avenir : ses prospérités ^allaient trouver un terme, et sa dynastie qu’il espérait faire la plus vieille de l’Europe allait ^ rentrer dans la poussière.
La plus nombreuse, la plus florissante armée qu’eût jamais vu la France, était allée s’ensevelir dans les plaines glacées de la Russie, et les divers étals de l’Allemagiie s’étaient successivement ébranlés à
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DE LOMBARDIE. 34g
la voix d’Alexandre qui les appelait à la liberté. L’Autriche avait trop d’intérêt à prendre les armes , pour ne pas mettre en oubli les liens qui l’attachaient à l’empereur des Français, Elle entra dans la vaste coalition du nord , et en même temps que Schwartzemberg allait s’unir à l’armée confédérée, Hiller et sous lui Bellegarde , et Nugent furent envoyés contre l’Italie.
Une nouvelle guerre , de nouveaux ravages , un nouveau changement de domination , s’apprêtait ainsi pour cette malheureuse contrée.
Le bruit des premiers désastres de Napoléon , et le retentissement du cri d’indépendance poussé en Allemagne, avaient fortement ébranlé l’opinion italienne. De toutes parts , on parlait de s’affranchir de la tutelle étrangère ; et ce sentiment s’exprimait avec tant d’énergie , que le roi de Naples , Murat , ainsi que le vice-roi songèrent à diriger un mouvement qui leur semblait irrésistible. Mais à celui-ci, manquait la confiance des peuples , à l’autre l’esprit de suite et la fermeté de résolution nécessaires pour accomplii' une telle en-
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35o RÉSUMÉ DE L’iIISTotRE
treprise. Il s’ensuivitqu’Eugène retourna promptement à son i*ôle naturel , celui de soutenir jusqu’au J>out la domination expirante de Buonaparte , et que Murat hésitant entre les engagemens de fidélité et d’honneur qui l’attachaient à Napoléon , et les sollicitations de l’Angleterre et de l’Autriche, finit par se jeter en aveugle dans les bras de la dernière .
Cependant , bien informés des dispositions de l’Italie , les confédérés y répandaient de tous côtés des proclamations où l’on parlait aux peuples le langage qui pouvait le plus vivement les émouvoir.
On leur promettait l’abolition de la cous- »
cription et la diminution des impôts.
« Italiens, disait Nugent aux hahitans de « laRomagne, vous avez trog long-temps « gémi sous une tyrannie insupportable.
« Un meilleur sort vous attend ; prenez « les armes j délivrez votre patrie , mé- « ritez 1 indépendance que nous vous « apportons. » Bentinck etWilson , sur les cotes de la Toscane , faisaient entendre les memes discours, au npm de l’Angleterre.
Ils élevaient , comme signe de ralliement ,
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uu drapeau où se voyaient deux mains Tune dans l’autre en signe de fraternité, avec cesînots ; Indépendance de l’Italie.
Mais les peuples demeuraient immobiles, et regardaient les événeraens avec cette triste indifiérence , qu’une longue expérience du passé leur avait apprise.
Eugène, en ces circonstances critiques, se montra digne élève de Napoléon , par l’activité de ses préparatifs et la vigueur de sa résistance. Une armée de soixante mille hommes combattait sous ses ordres , pleine d’ardeur et de dévouement , quoique les plus désastreuses nouvelles vinssent continuellement frapper ses oreilles.
Mais , cette armée avait en tète des forces supérieures, et à défendre une trop grande étendue de pays. Il fallut abandonner la Dalmatie , la Croatie , l’Jllyi'ie, où avait éclaté la révolte 5 il fallut se retirer des rives de la Piave sur celle de l’Adige , sous Nove. peine d’étre enveloppé , et là encore pn ne î 8 1 3 . putlong-temps se soutenir. Vainement, le vice-roi , et sous lui les braves généraux Grenier et Verdier , se signalèrent par les plus beaux faits d’armes : vainement
TTP-n'.ji»»4
35-i RÉSUMÉ DE l’histoire à Bassano , à Brescia , à Caldiero , brillèrent dans tout leur éclat les armes françaises 5 c’était peu de faire face à Bellegarde : le nombre des ennemis allait sans cesse croissant , et Nugent sur la rive droite du Pô, Murat dans le Modénois avec ses troupes napolitaines, ne permettaient déjà plus au vice-roi que le triste avantage de succomber avec gloire.
Il repasse le Pô ,.et court à la défense de la Lombardie, seul reste de toute la conquête française au-delà des Alpes. Grenier repousse courageusement JN ugenl et le roi de Naples des murs de Plaisance : il enlève Parme, après un assaut prompt et terrible : mais ce sont là les derniers triomphes des armées italiennes et françaises , triomphes bien i nutiles , puisqu’au même moment se décidait à Paris la grande cause pour laquelle elles combattaient.
On apprend que les troupes alliées sont entrées dans cette capitale , que Napoléon a abdiqué à Fontainebleau , et que le rétablissement de la maison de Bourbon sur le trône de France a été proclamé.
Tout était dès -lors achevé , et il ne pou-
• DE LOMBARDÎE.
vailplus importera ritalie que l’effusion du sang continuât. Eugène sortit donc de Mantoue , pour s’aboucher avec Bellegarde ; et une suspension d’armes fut réglée entre eux , par laquelle les troupes françaises devaient repasser les Alpes ; celles d’Italie , demeurer dans leurs posi- tions actuelles , toutes les forteresses de l’état vénitien être remises à l’armée autrichienne ; et enfin , permission était accordée à une députation du royaume de se l’cndre à Paris , vers les souverains alliés. Cette convention fut là sentence de mort du royaume d’Italie. Quelques l'égiinens pouvaient- ils en maintenir l’indépendance , contre tout le formidable appareil des forces autrichiennes ?
Rien de plus triste que les adieux des soldats français aux braves Italiens à coté
desquels ils combattaient depuis si longtemps en frères. Pour les uns , l’avenir avait quelques incertitudes 5 ils ignoraient encore si l’on adopterait leur gloire. Pour les autres , il était chargé des plus tristes présages ; qu’avaient - ils à gagner , d’un
rbaugement de maîtres? Ces sentimens ,
354 RÉSUMÉ DE l'histoire remplissant le cœur de ces vaillàns hommes , firent de leur séparation une scène déchirante. Ils s'embrassaient , ils pleuraient avec eux , ils le sentaient bien- , c’était l’Italie entière qui se détachait h jamais de la France. Et entre deux nations si vives et si ingénieuses , la sympathie avait été si douce et l’alliance si étroite ! Que d’intérêts communs depuis quinze années ! Les mœurs étaient devenues les mêmes : toutcequ’avaieut enfanté les sciences et les arts avait été mis en partage 5 on s’était associé è la meme gloire sur les champs de bataille ; les langues s’étaient presque confondues. Que de bienfaits aussi , dont la France avait doté l’Italie ! Ou s’en souvenait alors , et l’on oubliait presque la rigueur de la domination qui finissait. C’était là le crime des gouvernans j ils en avaient remporté des haines. Mais de peuple à peuple , il n’y avait jamais eu qu’union , amitié , fraternité , c’était là ce qu'on souffrait de perdre. Cependant, vers la fin d’avril, lesFrançais avaient repassé les Alpes , et les emblèmes
Digilized
de leur souverainelé avaient disparu de toute ritalie.
Qu’allait-on devenir? Ce futalors la question des patriotes les meilleurs et les plus éclairés, comme de ceux qui se reposent d’ordinaire dans la plus nonchalante imprévoyance. La situation était telle qu’on ne pouvait s’y endormir. Quelques voix s’élevaientpour redemander l’ancien ordre de choses, tel qu’il avait existé avant la révolution française : mais, quoique appuyées par le voisinage des baïonnettes autrichiennes, elles prenaient peu de faveur. D’autres voulaient l’indépendance, sous le gouvernement d’Eugène , et travaillaient vivement pour lui. Ils prévalaient à Modène, à Reggio , à Bologne, dans tout le pays au-delà du Pô j mais ils étaient peu populaires à Milan, quoique Melzi leur prêtât l’autorité de son nom , et qu’ils se vantassent de l’appui de l’empereur Alexandre. Le parti le plus nombreux était celui qui prétendait que l’ancien royaume d’Italie formât un état indépendant , avec tout autre souverain qii’Eugène, fût-ce un prince de la mai-
356 • RÉSUMÉ DE l’histoire
sou (l’Autriche. Cette importante question , qui divisait les esprits , fut mise en délibération dans le sénat, comme si les vœux de l’Italie pouvaient alors entrer pour rien dans ce qui allait être ordonné de sa destinée.
Melzi parla avec chaleur pour le viceroi : il insista principalement sur l’avantage qu’il y aurait pour la Lombardie de n’étre point soumise aux influences del’Autriche. Ou lui répondit vivement , en retraçant toutes les odieuses mesures du
gouvernement d’Eugène, les vexations de ses ageus, de Prina surtout, ainsi que de. deux Français chargés avec lui des haines publiques. Le résultat de cette discussion fut qu’on enverrait à Paris trois députés vers les puissances confédérées , pour réclamer l’indépendance que leurs manifestes avaient promise à l’Italie , et • que les traités avaient garantie. On devait en même temps protester devant eux d’amour et de reconnaissance pour la bienfaisante administration du vice- roi.
C’était demander que la royauté lui fut déférée.
de LOMBARDIE. ' SSy
Aiiîsi lie l’enteiiHait pas le parti popii- . laire, et ce fut par une journée d’insurrection qu’il signida ses volontés. Ou se rassemble devant la porte du sénat ; tous avril, les rangs , toutes les conditions se confondent dans l’expression luniultueuse d’un niéine sentiment ; patviti ! indepen^ dance! Tel est le cri que prononcent toutes les bouches , et la réunion des collèges électoraux est invoquée. Le sénat se disperse devant ce rassemblement menaçant , et aussitôt le üot de la multitude a envahi le lieu de ses séances. C est peu , d’y mettre tout en pièces, on veut 's’adresser aux hommes memes, et déjà Melzi est désigné à la vengeance. Mais, au même instant , on se souvient de Prina , plus détesté que lui , et c’est contre Prina que se tournent les emportemens de la populace furieuse. Il est massacré et traîné dans les rues. On marche de là ^ contre les deux agens français, le dii-ecicur des postes et le secrétaire du vice- .
roi : ils avaient disparu. Ce fut à grand ^ peine que la garde nationale aricta le torrent qui menaçait de tout détruire, et
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j58 RÉSUMÉ DE l’histoire
sauva la ville. Cette émeute fit tomber toutes les espérances d’Eugène et précipita sa résolution. Il remit à Bellegarde Mantoue, le boulevard de la Lombardie, et se hâta de fuir en Bavière. Les peuples lui ont reproché d'avoir oublié que Mantoue n’était point sa ville , mais la ville de ritalie , et de les avoir livrés aiusi aux mains de l’Autriche , sans qu’ils pussent làire au moins leurs conditions.
Cependant, les collèges électoraux réunis avaient nommé une régence , et celleci une députation qui vint à Paris , présenter à l’empereur François II, Phumble supplique des peuples de Lombardie.
L indépendance italienne , sous un prince • autrichien , et avec une constitution libérale , telle était leur demande. La réponse du monarque fut : « Que l’Italie « ayant été conquise par ses armes vic- « torieuses, il ne pouvait être question « de constitution , ni d’indépendance. »
Par suite de cette déclaration , Bellegarde prit possession de Milan au nom de sa . majesté l’empereur d’Autriche. Quelques mois après, les souverains réunis en cou-
DE Lombardie. 359
grès à Vienne, pour y régler les affaires de l’Europe, décidèrent que l’état de Venise joint à l’ancienne Lombardie , ferait partie du domaine de la monarchie autrichienne , sous le nom de royaume Lo mba r do- Vén i ti en .