‹ Résumé de l'histoire d'ItalieChapitre 10 sur 11 · CINQUIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ÉPOQUE

Pej'^is l’annexion du duché de Milan à la monarchie ctipagnole , en |536 , jusqu'en i 78 .'> fi ep^iue 4e laVe'volulion française. '* » - >

Il est aisé de voir quel triste chemin ont fait les alTaires de l’Italie en général , et en particulier de la Lombardie , dc> puis le temps où nous en avons commencé i’hisloire. Jusqu’au douzième siècle , les peuples de cette belle contrée ont eu une existence toute passive : ils ont subi alternativement toutes les influences qui leur sont îyrrivées du dehors^^u n’ont fait que de faibles èt obscurs eflorls pour s’y dérober. L’esprit municipal s’y développait en silence , et attendait d’avoir atteint sa maturité pour s’élever jusqu’à l’héroïsme- Cet âge une fois arrivé^ les plus généreux combats ont été soutenus pour l’indépen-

!JU ■ii.mi II, i.uiii

254 * RÉSUMÉ DE l’hISTOIRE dance , et à l’éclat des vertus patriotiques et guex’rières est venu se joindre celui des merveilles naissantes de la civilisation, Mais ces beaux jours ont fui rapidement i et la liberté mal garantie des villes a été envahie par les tyrannies domestiques. Indépendante au dehors , l’Italie a cessé d’être libre au dedans , et toute l’ét nergie nationale s’est' consumée en des guerres intestiues. Il était impossible que l’intervention étrangère n’y fût point appelée , et que , subalterne dans le principe, elle n’y devînt pas à la fin dominante.

C’est ce que nous avons vu aux premiers jours du seizième siècle , et le pays oii l’ambition des souverains avait cherche un champ de bataille , a été bien vite un pays de conquête. C’est à l’empereur Charles- Quint qu’a appartenu le triste honneur d’enchj^ier l’indépendance italienne. 11 n’y a plus désormais pour les peuples qu’à sommeiller aussi paisiblement qu’ils le pourront sous la domination qui leur est imposée , et à jouir de ce qui n’a pu leur être enlevé , la beauté de leur ciel et de leur génie. Que si de loin eu

loin se montrent encore quelques caprices tic tiberté , ce sont des suggestions étrangères qui les font naître ; ici ce sera une conspiration ourdie dans le cabinet par quelques mccontens, là les emportemens momentanés d’nne sédition populaire ; mais nulle part ne se montreront la vigueur et le concert d’un eflbrt vraiment national. L’Italie a accepté son lot : de la résignation elle aura bientôt passé à l’indifiérence ; et , pendant deux siècles et demi, elle verra tranquillement se livrer dans son sein des combats dont elle n’aü^ ra même plus l’honneur d’être le prix.

Nous n’avons pas besoin de dire qu’en cette longue et silencieuse période, les temps historiques vont courir pour nous avec rapidité. Le chemin se fait vite, quand il n’y a à s’arrêter nulle part , et l’ennui de la marche hâte les pas du voyageur. On a dit et répété vingt fois : Heureux les peuples qui ne fournissent aucun récit à l’histoire! On a oublié que la souffrance a aussi sOn Inaction et son accablante uniformité. Deux cent cinquante années de la vie du peuplç lombard seront

"•un* J». -i-L,

256 ItéSLMÉ ÜE l/mSTOIRE

résumées en'quelques p^ges. Embrassons d’abord d’un meme coup d^il tout> ce qv’il nous reste à parcourir du seizième siècle.

Le dernier acte du misérable règne de .

Francesco Slbrza avait été une intrigue pour affranchir sa couronne ducale. Tout ce qui s’ensuivit fut le renouvellement de la guerre entre l’empereur et la France, après qu’il eut cessé de vivre. François I®’’, avec de la promptitude , eût pu s’emparer aisément de la Lombardie désarmée , et peut-être y assurer le triomphe définitif de ses droits. Mais le malheur avait abattu toute son audace j et, commeon l’avait vu naguère passionné pour les combats , il s’était passionné désormais pour les négociations. C’était se faire duper à plaisir par l’habileté de sou rival. Aussi , lorsqu’il songea enfin à attaquer le Milanez , tout y était eu état de défense y ses troupes n’y entrèrent même pas', et quelques villes du duché de Savoie’, ajoutées a ses états, furent la Seule indemnité de tout - i 5Î7. ce qu’il avait consenti à perdre. Quelques années après , le marquis dcl Guasto ,

Dh ' - -iby :

successeur d’Antoûio de L^^yva dans te;' gouv.ernernent de Milan, ayant fait mettre à mort deux envoyés français^ dont,i\ soupçonnait-lcs iutjigucs, cette violation du droit des gens devint entre les deux .

monarques rivaux une. nouvelle cause de .

guerre : niais une fatale expérience faisait redouter à François F’’ les plahies de la Lom hardie , et du côté des Alpçs , ses armes se liornèreuyi la gloire de la journée de Ccrisolcs. La possession du duché de Milan resta donc sans contestation à l’empereur , et Philippe II le reçut de son père avec les autres provinces qui for- niaient le vaste héritage de la monarchie ,55f^* d’E.spagnc. *

Sous cet inflexible despote, le joug s’ag- *

grava pour les malheureux peuples de la' Lombardie. Le reste de propriété commerciale qu’avait gardé Milan , fut anéanti par d’absurdes impôts , et uu triste si^ lence régna dans les quartiers des Aprti/arf, Spronari, etc. , où naguère se forgeaient des armures renommées dans toute l’Eu- * . •

rope. L’agriculture même tomba en souffrance sous une administration oppres- ‘ . ' aa*

RESUMIi DE l’histoire

sive j la l'ainiac fit sentir plus d’une fois ses rigueurs parmi de si fertiles campagnes. Enfin , tous ces maux Philippe II voulait ajouter l’clablissernent du rigou- . , reux tribunal de l’inquisilion.^ais’ les y et le peuple milanais , quoique

daçotinés à l’obéissance, retrouvèrent une sorte d’éilergie pour repousser cette terrible innovation ; et le tumulte devint si nicnaçant, que le duc^e Sessa persuada ^ au roi de renoncer à son projet.

, - Oependant un homme vécut alors qui,

par l’ascendant de son caractère et de ses vertus , parvint à adoucir un peu pour ses . concitoyens la dureté du commandemeut étranger , et à consoler leurs souffrances.

C’est le cardinal Charles Borromée , que l’Eglise a placé parmi les saints , et dont ■ le nom est demeuré en Lombardie l’objet de la vénération populaire. Il fut arche- >^^que de Milan , de l’année i56o jusqu’en i584 , et son sacerdoce fut un encliaîaenient perpétuel de bienfaits et de . nobles actions. Poursuivi par la haine factieuse des frères Urniliati qui conspircrcnl çontrc ses jours , incessamment dé-

Di^'-

• DE LOMBARDIE. / aSg

• t ^ îîoiicé à la cour de Madrid coinine portant «Iteinte aux prérogatives de l’autorité

* royale , il n’en continuait pas moins avec . une généreuse persévérance ses pieux

travaux pour la réforination des mœurs, ^ ' et le soulagement des misères publiques . . et privées. Ce fut surtout durant une peste . affreuse dont Milan fut ravagé, que l’on vit éclater son admirable dé, vouement.

Enfermé dans le lazaret, foyer impur de ' la contagion , il y prodiguait ses secoure* aux malades ; tous ses biens et cei|||de son église furent vendus ou engagéSj afin !, de subvenir h la détresse des indigens ;

* et il finit par aller frapper, à la porte de ^ chaque riche , pour en obtenir ce que lui- ' même ne pouvait plus donner. Plusieurs

grandes fondations furent son ouvrage, et le magnifique , vrai capilole

• du peuple milanais , qu’avait commencé l’esprit entreprenant de Galeas Visconti , mais dont l’œuvre ne se poursuivait que lentement, fut beaucoup avancé par les soins de saint Charles Borromée. Il rie devait point l’achever toutefois t le soin • en était réservé , après plus de deux sic-

260 RÉSUMÉ ;dE L^HISTOIKE - . ‘ '

des, ^ un coïKjuérant^élraTigef. Frédéric ' Borrouiée ctahli en rôgS. sur ie; siège •i de Milan porta avec gloire et rendit plus çher et. plus respecté éncorè'le juQin , qu’ayait tant illustré son saint prcdéce^- ’*■ seur (i). /

Ç’çlait alors le bel âge dç la- peinture en Italie et la Lombardie prit sa paj-t de .

cette grande ij lustration. Trop heureux- ** les peuples , si cet éclat des. beaux arts •suffisait' à leur faire oublier la servitude^ et^misèresJ Quoi qu’il çn soity diyerses ...

' écJies , toutes dignes dexenpmmée , ho«norèrent la Lombardie. Léonard de Yinci fut le fondateur de celle de Milan , génie admirable par sa puissance et sa fécon- • dité > qui , dans tous les geiit*es où il çhercha le succès, sut produire des merveilles.

Son ami Bernardo Zenâle s'as.socia;à ses efîbrts, et Milan s’embellit des fresque.s et des toiles de ses élèves BeltraffiOj Loviuf,. Marco Uggioue, etc. , <|ui eurent à leur ' tour de nobles successeurs. Antonio

(1) \oîr sur l’un el l’aulrc la eUrouique de Jos. Ripamonli , Hv, Xll b XXll.

*• DE LOMBARDIE. u6l

Allqgri , que nous admirons sous le nom du Corrcge, élevait l’école de Panne à une gloire à peu près égale , et le célèbre Mazzuola , dit le Pai'inesan , est compté parmi ses disciples, fliodène et Mantoue virent aussi lleurir avec honneur dans leur sein l’élude de la peinture. Ainsi , ces aines ardentes et passionnées , que l’enthousiasme de la liberté avait transportées, trois siècles auparavant , et qui ne connaissaient plus alors que les voluptés des sens et les exaltations d’une dévotion mystique , jouissaient ^vec ravissement d’un art qui satisfiiKsait à ce double besoin de leur nature dégénérée. Tandis qu’eu Allemagne, en Angleterre, en France, les doctrines de Luther et de Calvin gagnaient chaque jour, et subjuguaient les croyans par leur austère nouveauté, les peuples d’Italie, à genoux devant leurs belles images de la Yierge , repoussaient des hérésies qui enlevaient au culte la pompe séduisaute des arts et l’heureux pouvoir de frapper les imaginations. Celte disposition des esprits, autant peut-être que les décrets du concile de Trente et la

r6iO.

26'a RÉSUMÉ DK l’hISTOIKE

vigilance pontificale, . éloigna de l’ilalic les .influences de la réforme.

Le dix-septième sièele est une époque plus’ triste encore que le seizième po^ir la Lombardie. La monarchie espagnole , sans cesse en guerre pour maintenir la prépondérance que Charles-Quint et Philippe II lui avaient donnée en Europe , épuisait dans cette grande lutte tout le sang et l’or de ses sujets. Les peuples italiens ne furent pas, plus épargnés que , les autres , surtout quand le Milanez commença d’étre menacé par les hardis projets et l’inquiète ambiti(fh de Charles- •’ Emmanuel , dim de Savoie, Trois gouver- neurs .espagnols, Inoïosa , Yillafranca , Feria , se fatiguèrent à combattre oe*t adversaire , dont le génie suppléait à ses faibles ressources, et qui, ppursuivi et assiégé au cœur de ses étals, fondait quelques jours après sur le pays lombard avec la rapidité de l’aigle , et y faisait trembler ses superbes ennemis. L’indépendance de ; sa maison et le rang qidellc prit en Europe furent en partie son ouvrage. Bientôt après , une plus rude guerre fut faite ’

nr 'T.OMRARDIE.

a la puissance espagnole par le cardinal de Richelieu : en Allemagne, en Hollande, en Italie , ce grand ministre remuait tout par ses intrigues , et plus d’une fois il essaya de soulever le Milanez contre la faible domination de Philippe IV. Mais rien ne pouvait plus tirer les peuples de leur immobile stupeur : ils étaient meme incapables de trouver cette énergie , ou plutôt cette turbulence momentanée qui' hasarde un jolir de révolution. On le vit surtout dans ce temps où de toutes parts' éclataient comme à un même signal , des tumultes populaires; où les Anglais s’ar-' niaient contre leur roi J' où Paris était en proie aux désordres de la fronde , où Naples se levait en armes à la voix de Masaniello , et se formait en république sous la seigneurie du duc de Guise.

Là exemple était voisin ; ’ les séductions etaiept puissantes , et une armée française se trouvait prête à appuyer la rébellion, ' Nul doute qu’une tentative des Milanais, semblable à celle des Napolitains , n’eût changé alors la face de l’Italie , et embarrassé par de nouvelles combinaisons la

:îi64 RÉSUMÉ DR L’mSTOlRE

politique* européenne. Toxit demeura en repos, et les peuples de la Lombardie perdirent cette occasion de faire, au moins, une fois dans tout un siècle , mentionner leur nom par l’histoire.

Louis XIV , échappe aux orages de sa ' minorité , tourna toutes les forces de .sa • florissanté monarchie contre le corps languissant et usé de la monarchie espagnole. Mais ce fut du côté de ses frontières de l’est et du nord que s’adressèrent ses coups les plus redoiitables : la Flandre et la Franche-Comté étaient l’objet de son .ambition : il ne demandait rieti à l’Ilalie, et ses armes n’y parurent que dans sa querellé avec le pape Alexandre VII , et pour le bombardement deGcncs. Toutefois, les ducs de Savoie étant dès-lors nécessairement mêlés à la querelle des maisons de France et d’Autriche , la guerre approchait sans cesse des pays lombards, ‘ «t les menaces de l’invasion y commandaient aux Espagnols un appareil de forces militaires et une rigueur de gouvernement très-incommode aux sujets. Ainsi s’écoula le dix-septième siècle pour les

' bE LOMBARDIE.

peuples du Milanez, u’apportant aucun changement à la misérable nullité de leur ^ rôle politique , aucune trêve au cours de leurs obscures infortunes.

Il y a plus : c’était alors que s’accomplissait pour l’Italie le pire de tous ses malheurs, etqueladépravatioudesmœurs, érigée en loi et entrant dans le système social, y précipitait les hommes vers le dernier degré de l’avilissement. A toutes les époques il y avait eu corruption j les annales républicaines elles-mcmes en font foi ; avec le temps, cette corruption était devenue publique et avouée, et le seau- • dalë avait perdu sa honte. Mais ce' n’était point la encore celte fixité légaj|, cette sorte de constitution réglée qu’ac- ‘ quit le désordre conjugal par l’introduc-' tionàu sigisbdisme.M. deSismondi semble en attribuer l’origine, à l’exemple des cours, et à .celte vanité d’imitation' qui fait si vite descendre un usage des éondi- ‘ lions les plus hautes aux plus abaissées.

Nous ne voyons pas assez clairement qu’il en ait été ainsi, et nous ne connaisson.s encore aucun monument m aucune tra- ' ' a3 ■

rï66 RÉSUMÉ nE l/riISTO(RE dilion historique qui nous ait expliqué comment cet ordre monstrueux s’etahlit parmi la licence j èt par quels degrés vint à s’élevcr^à côté de l’ancienne et sainte institution du mariage f une autre institution , non moins généralement reconnue , qui la détruisait. Du reste , les conséquences de ce fait sont assez évidentes. Quand la vie politique est refusée à lUiomme , au moins lui reste-t-il la vie * de famille pour y trouver la paix et une espèce de bonheur. Mais ôtez-lui la vie de famille^ rompez pour lui le lien qui . l’iinit à une femme, à des enfans j prive; le de la jouissance des plus naturelles affections , cl que , s’il voulait lés chercher, ’ il soit voue au ridicule, rejeté pour ainsi dire hors de la société 5 que lui laissez-vous alors, sinon de se l’ctrancher dans im parfait égoïsme , de ne plus vivre que pour lui-méme? Et quel spectacle oflrirj»

le pays que peuplera une telle race d’hoiur mes ? Tout n’y sera-t-il pas en dissolution et dans uu état voisin de la mort-^ Telle fut ITtalie au dix-septiemè siècle : elle languit inanimée, couverte de troupeaux

' d esclaves qui ne méritaient pas le nom «le peuples, et d’individus qui méritaient a peine celui d’ho*mcs. Comme il arrive toujours, le génie,, aussi bien que la vertu , manqua U cette société décrépite, et la littérature et les arts, pleins de vie encore lorsque avait déjà fini l’existence nationale, furent étoulFés à leur tour par la corruption. On vit la poésie se mettre’ au service des boudoirs, et ne plus connaître d autre langue que les fadeurs mensongères dô la galanterie.

(iCs traits généraux s’appliquent tous a 1 histoire dont nous faisons un récit particulier. Avec dix-huitième siècle, la scene historique semble un peu se rani- ' mer , et des destfnéi^ à part recommencent pour la Lombardie. Ce n’est pas qu’elle s’eveille , et prétende à prendre un rang , comme le Piémont : mais l’ambition des souverains s’en dispute la possession, et elle redevient le théâtre de^ combats.

Le signal en fut donné par la mort du roi d’Espague , Charles II. Ce prince ne laissait point d’enfans, et sa succession était réclamée par les deux maisons d’Auü'ichc

•i68 nKSLMÉ DE L’HISTOIRE' ■ . '

. et de Fi ance. 'Le Milanez n’en était pas la partie la plus importante : mais il était facile aux armes impéflales de l’occuper, 70U. et c’est ce quelles firent dès l’abord. Le célèbre prince Eugène y rencontra l impnuleuL Villeroy , qu’il fit prisonnier à Crémone. Il trouva dans le duc de Ven- .dôme un plus digne adversaire , et les ^ batailles de Luzara (i’jo' 5 ), de Cassano et de Calciuato, relevèrent la lortune de c Louis XIV. Ce ne fu't que poiir un ino-

’ ment ; Vendôme étafiTallé commander en

Flandre , la fatale journée de Turin rendit à Eugène tous scs avantages; les troupes françaises qui bordaient naguère l’Adige se replièrent sur la» Provence et le Dauphiiai , et , au lieu de songer à envahir , , elles défendirent désormais avec grande '' peine leurs propres frontières. Les traités ' 1 ^ 1 ' d’Ülrecbl et de Radstadt mirent enfin un *514! termeà cette lougueet dé.sastreuse guerre de la suciyssion ; et le duebé de Milan ,

■ sauf quelques districts qui en avaient ele détachés en faveur de Victor. Ainedée II, roi de Sardaigne, passa à la maison d Au-

DE

LOMBAKDIE. % ' u(k>

ti'iclie : elle y ajouta le Manlouaii , coiiiisqué sur le dernier des Gonzagues.

L’Espagne ne pouvait se résigner tranquillement à la perte de toute influence en Italie. Quoique épuisée par les sacrifices ‘qu’elle avait faits pour soutenir le tr^ne de Philippe V» quatre années de paix et la sage administration du cardinal Alberoni lui rendirent assez de vigueut pour tenter un clTort sur la Sardaigne , la Sicile et le ftlilancz. Mais cette guerre ne fut point pour les provinces lombardes féconde en désastres comme la précédente, et fut assez promptement terminée par les hautes menaces de la quadruple alliance conclue contre le monarque espagnol. On fit entrevoir à Philippe V la succession prochainement vacante des Médicisetdes Farnèses , à Florence et à Parme , et il consentit à la paix.

Le système de l’équilibre européen , rêve savant de la diplomatie d’alors, faisait naître., à chaque héritage un, peu douteux, de sauglaiis procès entre les maisons souveraines. Ce qu’il y eut de singulier, c’est que l’annexion de la Lorraine à. la France

R^SüMlî de l’histoire

de ™ PO'OS"»' fi«ept

le I Italie un, chanlp, de hataillc. Tandis

'quclesEsi)agno]senvahissaientleroyaume

delNaples, les armées réunies des rois de ^ ; rance et de Sardaigne occupaient toute

■ 'V-ii le vieux maréchal de

i Villars achevait , à quatre-vingt-deux aos , sa glorieuse carrièrepar Japrise de Milan, i-a ^use autrichienne semblait perdue en Italie. Mais la modératiou du vainqueur n’exigea de l’emp'ereur que la cession des Deux - Sicilës , et il garda le Milailez, S il fut forcé de céder au Piéniont les villes de Tortone et de Novare , on lui donna, Parme pour l’en indemniser et on promit la Toscane à un prince de sa amillo. Ainsi furent renouvelées , à l’a-

uuable, la plupart des souverainetés itaiiennes. ’

11 S y ll tencore quelques changemens à

a suite de ia-guerre de la succession d Autriche, en ^y4r ■ mais ils furent «lalheureusement moins insensibles pour es peuples, qui, cette lois, subirent sept années durant . tout ce que. les coiniwls traînent de ravages. « Ils règardaient.

DE LOMbARofE. • 'J^I

V (lit Voltaire , avec une tristesse iinpuis- « santé toutes ces irruptions et toutes ces « secousses , accoutumés depuis lon^- « temps à être le prix du vainqueur , sans « oser seulement donner leur exclusion « .ou leur suffrage. » Enfin , la bataille de ' Plaisance , où le prince Lichtenstein , général des Impériaux, vainquit les années réunies de France et d’Espagne, décida de la possession du pays lombard en faveur de l’impcratrice-reine , Marie-Thérèse 5 et la paix d’Aix-la-Chapelle , si glorieuse pour cette princesse et si désirée pour toute l’Europe , fit abjurer pour jamais aux Bourbons de Madrid leurs prétentions sur l’Italie septentrionale.

Cependant , à travers cette suite d’événemeus, la situation de la Lombardie était devenue bien misérable. Sans cessé écrasée par le fardeau des armées , elle avait vu périr, presqu’à chaque année, ses riches récoltes : la dépopulation s’en était suivie, et avait été tristement accrue pa r chacun des démembrernens qui a valent mprcelé le territoire. Milan même avait • perdu ces dehors de splendeur , et cette

•272 HÉSUMÉ DE L’iUStOIRÊ

I iciiesse tic capitale , (jiie,lui avait laissés le despotisiue lastueux tics Espagnols. Le gouvernement d’Autriche avait beaucoup a réparer : il le sentit j ctse montra digne de sa tacRe. En peu d’années , la savante culture que l’expérience des siècles avait enseignée au paysan lombard, eut'rénouvclé toutes ses merveilles et rendu à la contrée son opulence : le commerce dt 1 industrie reprirent quelque essor , ;i mesure que s’adoucissait la rigueur ‘des anciennes vexations. De toutes parts la voix des peuples s’élevait pour applaudir au -changement politique qui les avait placés sous un régime plus juste et plus raisonnable.

Cette poptilarité de la maison impe- •rialc s augmenta sous l’administration dn cortite Firmian. Digue ministre de.Jo^ seph II , il mit tous ses soins à réaliser les généreuses pensées de ce prince , et* à répandre sur la Lombardie les bienfaits que trop vainement il essayait de faire fructifier lui-méme en ses États d’Allemagne. Des récompenses sagemeiit distnbuées cncouragènentragriculture} des^

Dk *

roules oiiverles, des canaux çreusés*et les douaiics abolies douuereut au coni-' inerce de libres coininuiiicjitions j la justice fut équitablement rendue, et tout ce qu’il y avait de faible et de soulfrant fut placé sous la vigilante prolec|iou d’une autorité vraiment paternelle. Il faut le dire , à aucune époque l’histoire ne pouvait rappeler aux peuples lombai'ds plus de tranquillité et de bonheur. Les reformes religieuses elles-mêmes , qui ailleurs suscitèrent h Joseph II tant et de si pé- 'nibles luttes, s’accomplirent doucement et sans peine, et les principes d’une sage tolérance s’établiront au sein des sévères • observances du culte catholique. Ce fut un beau spectacle de voir, parmi cette époque de prospérité publique, le génie italien reprendre vie, et les lettres et les sciences, dont le règne semblait passé, reÜeurir avec gloire. L’université dePavie, objet de toutes les prédilections derempereui*7 égala bientôt et surpassa peut-etrece *qu’il y avait de plus savantes écoles en Europe. C’était là que le vénérable Beccaria .

était venu oublier sou rang et iinmorla- .

2^4 RKSUMÉ DE l’hISTOIHE

liser son talent dans les modestes fonctions de professeur. Le comte Alfieri commençait au même temps à aflranchir la poésie del’élégance efféminée etides amoureuses langueurs de Métastase j et, quoi qu il faille penser de son système dramatique, cen était pas moins pour lesllaliens Une école de graves et fortes pensées. Le satirique Parini , dans son poëmc diL.Jour,

^ livraitau ridicule les mœurs scandaleuses des boudoirs, et par une autre route atteignait le même but. Enfin, toutc’èque la Lombardie comptait d’esprits distin- ‘ gués se réunissait pour populariser*les lumières , par la publicjtiion du Café, ouvrage périodique de grand talent et de haute influence. De dire que tout cela se fit a la voix de Joseph II et du comte Firmian , -ce serait tomber en cette vulgaire erreur des historiens qui veulent rattacher a un nom propre toute grande œu- * vre. Mais ce qu’on peut affirmer , c*est qu’un gouvernement qui permet aux hommes de sentir et de montrer ce qu’ils' valent , réclame justement sa part de tout ce qu’ils peuvent accomplir de'noble et

DE LOMBAEDIE* ^ Oi-ja r

d’élevé, et a des litres i^iiinortels à leur reconnaissance. Ainsi les esprits impartiaux jugent - ils en Lombardie l’administration de Joseph II.

Son frère et son successeur Léopold • gouverna d’après les mêmes principes ^ et, quelque obsta«le que trouvassent les améliorations sociales dans les sourdes intrigugs que dirigeait l’archiduchesse BéatriXj'leur progrès n’en'était pas moins coulinu et leur triomphe assuré. Bien des esprits éclairés pensent «que cinquante > autres années de ce bienfaisant *r^ime.'^ eussent été pour la Lombardie le plus inestimable bonheur , et que par ce moyen seul eût pu se régénérer graduellement un peuple qui, corrompu par une vieille civilisation , avait besoin, pour retrouver*’ les vertus patriotiques, des lumières d’une éducation nouvelle. Quoi qu’il en soit , la révolution française éclata alors , et rompit violemment dans toute l’Europe le cours des choses. Devant ce formidable , événement, toutes les prévoyances de,la politique ,se Ix'ouvèrent eu défaut ; il n’y eut plus d’espoir qui ne chancelât , plus

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