PREMIÈRE ÉPOQUE
Dàptt'is.la chute de rcmpii‘e romain, en ^76 » joB-*' qu’uil commencement du dousième siècle.
L’Italie septèntrionale fat, an rapport de Tîte-Liye, originairéraènt peuplée par des colonies étrnSques. Mais , enyiron sii£ cents ans avant J.-tü. ^ une vaste émigra-'
^ tion de Gaulais vint donner soudainement à celte contrée de nouveaux maîtres. BeL lovèse , et d’autres chefs après lùi , éta- . blirent leurs hommes dans les belles terres qu’arrosent lé Tesin et le Pô , et y ■ jetèrent lés fondemehs dé plusieurs grandes villes. Milan, Pavic, Brescia, Vérone , etc. , rapportènt à ces temps leur origine. Le génie guerrier dôé. Gaulois se perpétua chez leurs descendahs , quoique transportés sous un ciel plus doux , et lé nom de Gaule-Cisulpine demeura pen-
üigi l i zB d by GcIOgie
dant plusieurs siècles aux provinces qu’ils avaient conquises.
Rome eut plus d’un combat à livrer avant que la Gaule-Cisalpine lui obéît; mais il arriva un temps où toute l’Italie se confondit dans les destinées de cette cité puissante , et sous l’empire de sa civilisation. Nous voyous qu’aux jours des premiers empereurs les munlcipes cisalpins étaient nombreux et florissans. A dater du quatrième siècle nous les voyons attaqués successivement, dans chacune de leurs franchises, dépouillés de leur opulence , et succombant à la fin sous les vexations sans nombre du despotisme.
Quant aux campagnes , elles sont désertes et incultes comme par toute l'Italie ; le luxe ruineux des maisons de plaisance a rem • placé les utiles travaux de l’agriculture.
Cependant il s’était jadis entassé tant de richesses dans cette Italie, victorieuse des nations, que la misère, bien que croissant de jour en jour , s’y dissimulait encore sous des apparences de splendeur.
Milan ayant été choisi par l’empereur ^aximicn pour y étaler aux yeux des
6 RÉSUMÉ DE L’mSTOrnE
peuples un faste asiatique qui eût choquéles souvenirs républicains de Rome, une seconde capitale fut donnée à l’Italie , et sa magnificence égala celle de l’ancienne. « Les maisons , dit un historien moder-
ne (r), d’après le témoignage d’Ausone, « en étaient aussi bien bâties que celles « de Rome. Le même goût et la inêmé « politesse régnaient parmi les habitans.
il Un cirque , un palais, un théâtre , une « cour des monnaies , des bains qui por- « faîent le nom de Maximîeu , leur fon- « dateur j des portiques ornés de statues, « une double enceinte de murs, tout K contribuait à la beauté de la nouvelle « cité impériale, que le voisinage de l’an- « cienne ne semblait pas éclipser. »
Mais toute cette pompe était destinée à une bien courte durée. Les Barbares , à qui s’était enfin révélée la faiblesse de l’empire , s’ébranlèrent de toutes parts , et l’invasion du monde romain conimença. Ce fut en vain que l’Italie compta sur la barrière des Alpes , fortifiée par le
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(x) Gibbûxu
«' DE tOMBARDlE. 7
inisérablé débris de ses vieilles légions :
la lâcheté ou la trahison la laissèrent ouverte aux innombrables essaims qui venaient l’envahir , et les provinces de la Cisalpine eurent alors le triste privilège d’essuyer , k chaque incursion , les premières fureurs des Barbares.
• Ce n’est point ici le lieu de rappeler tous les ravages qui signalèrent successivement la marche d’Alaric , de Radagaire , d’Attila , et des autres chefs Scythes ou germains par lesquels fut traversée rJtalié septentrionale. Nous nous hâtons d’arriver à la grande catastrophe qui finit l’empire romain , et à laquelle se rapportent d’ordinaire les commenceinens de l’histoire moderne.
Une armée de Barbares confédérés, vendant k haut prix leurs services , était depuis plusieurs années lé seul appui du trône impérial. Les prétentions de ces mercenaires se haussèrent k mesure que croissait la détresse de Tltalie : ils en vinrent k réclamer le tiers des terres de cette contrée -, et un dé leurs chefs se rencontra qui promit de les satisfaire.
8 RÉSUMÉ DE l’histoire
A ce prix , Odoacre obtint le titre dé roi , et effaça celui d’empereur. L’an 47^ après Jésus-Christ, avait disparu de l’Occident le nom meme de la domination romaine.
Une fois conquise, l’Italie devait souvent changer de maîtres. Dix-sept ans après qu’Odoacre y avait établi son règne, .
Théodoric le remplaça avec la nation des Ostrogoths. Nulles violences ne signalèrent cette nouvelle conquête , et tout l’effort du vainqueur fut de faire croire aux Italiens qu’ils étaient rentrés sous l’ancien gouvenaement dé leurs empereurs. Théodoric , par cette sage conduite , croyait préparer une longue durée à la domination des Goths , et il se persuadait que son royaume, puissant pour la guerre et bien ordonné pour la paix , serait exempt de la condition éphémère des royaumes barbares. Les apparences de prospérité qui l’environnaient; la magnificence de Rome relevée; Pavie; Véroune et Ravenne ornées d’une splendeur qu’elles n’avaient jamais connue ; ritaiie enfin mieux civilisée que Byzance;
, piaitized
DE LOMBARDIE, g
tout cela sans doute pouvait aveugler ce ,
grand homme sur la solidité de Son ouvrage. Mais , en mourant , il entrevit la vérité J et sa prévoyance chercha vaineinent à détourner un mal inévitable.
En effet, la monarchie qu’îlavaît fondée,- '
ne lui survécut que d’un quart de siècle.
Les tàlens dé Bélisaire et de Narsès prévalurent contre lè courage des Goths , et, de nation victorieuse qii’ils étaient , ceuxci devinrent seulement une race nouvelle ajoutée à toutes celles qui s’étaient déjà venues confondre au sein de l’Italie.
Pareil sort était réservé à la puissance des ^ , I >
empereurs byzantins: elle devait bientôt faire place à celle d’un autre peuple conquérant. Mais celui là du moins arrivait ^ quand les tribus germaniques, long-temps . en mouvemènt, commençaient à sei’eposer et à se fixer , etl’avénir lui promettait un tranquille et durable établissement.
Les Lombards ont donné leur nom à ritalie septentrionale : ils y ont laissé une longue empreinte de leurs lois et de leurs '• mœurs. Nous devons donc nous arrêter sur eux plus long-temps que sur les au-
lO ^ RÉSUMÉ DE l’histoire
très Barbares qui se sont montres en cou^
rant aux provinces italiennes.
Paul Warnefrid raconte que les Lombards furent tirés de la Scandinavie, leur séjour primitif, par leurs chefs Ibor et Ayo , qui les conduisirent en Pannonie , sur les bords du Danube. Ils y soutinrent de longues et sanglantes' guerres contre les Gépides, peuples de race asiatique , et finirent par les anéantir. Cette victoire mit en grande renommée, parmi les tribus germaines , Alboin , le chef des Lombards j et , au huitième siècle , son nom était encore rapporté avec honneur dans les chansons de bataille des Saxons et des Bavarois. Lorsque Narsès chassa les Gohts d’Italie, il avait trouvé dans les Lombards d’utiles auxiliaires ; lorsqu’il voulut se venger des injustices de l’impératrice Sophie, ce fut encore à l’audacieux génie d’Alboin et à la vaillance de scs peuples qu’il eut recours.
Des fruitssucculens et d’autres présens de même genre , témoignage de la riche fécondité des terres italiennes , furent envoyés au roi bai'bare pour attirer sa eu-
WW
ï^wta
pidité. Alboin répondit avec une ardeur empressée à l’ofl’re qui lui était faite , et ses peuples embrassèrent avec enthousiasme l’espérance d’une si belle proie. La nation lombarde s’ébranla donc tout entière , accompagnée de vingtmillc Saxons, pour chercher ses nouvelles demeures.
L’appareil de tant de forces glaça le cœur des habitans , et accoutumés , comme ils l’étaient, à changer de maîtres , ils laissèrent tranquillement Alboin s’étendre depuis les collines de Trente jusqu’aux murs de Ravenne et de Rome. Pavie seule, que les Golbs avaient fortifiée, arrêta le cours rapide de sa conquête , et il n’y entra qu’après trois années de siège. Mais Alboin trouva la mort presqu’au milieu même des joies de sa victoire.
Il a vai t fait entrer dans son lit Rosamonde, fille de Cunimond , roi des Gépides , qui avait succombé sous ses coups. « Bois « avec ton père »» , dit-il un jour à son épouse , en lui présentant le crâne de Cunimond, dont il s’était fait une coupe pour les festins. Rosamonde mouilla dans la licpicur ses lèvres ircinblautes , mais
il RÉSUMÉ DE L’niSTOIRE
en même temps elle murmura un serment (le vengeance qui fut bientôt accompli.
Alboin périt assassiné.
Clepb , qui fut élu pour lui succéder , eut le même sort 5 et , pendant dix ans , une aristocratie de trente ducs remplaça parmi les Lombards la royauté. Mais quelle que fût la faiblesse de ce gouvernement désordonné , l’ouvrage d’Alboia n’en subsita pas moins. L’Italie échappa pour .jamais aux Orées, à l’exception des feibles débris qui composèrent l’exarchat de Ravenne j et la domination des nouveaux conquérans s’établit assez solidement pour que leur nom s’imposât aux provinces qu’ils occupaient.
Trois armées de Francs vinrent successivement les attaquer, et c’est alors que la nécessité ramena , sous un chef unique , leurs bandes divisées. Autharis , choisi par ses compagnons pour les commander, justifia leur confiance par des succès j et, vainqueur^ il alla toucher de sa lance la colonne de Reggio, en Calabre , limite méridionale qu’il prétendait donner a l’empire lombard. Son mariage
avec la belle et sage Theudelincle, fille du duc des Bavarois, le rendit plus cher encore à sa nation.
Nous ne pouvons prétendre à suivre ici en détail toute la succession des rois lombards. Durant les deux siècles que se maintint leur puissance, vingt-un princes régnèrent , et plusieurs d’entre eux avec gloire. Les noms de Rotharis et de Luitprand se recommandent surtout par d’honorables souvenirs. Mais telle était chez les nations barbares de la Germanie la condition de l’autorité royale , que son influence sur l’état du pays où elle siégeait, se réduisait presqu’à rien. Chez les Lombards , en particulier , les chances sans cesse renouvelées de l’élection populaire, et la redoutable l'ivalité des anciens chefs de bandes, convertis en puissans ducs ou gouverneurs indépendans de provinces , restreignaient la royauté dans d’étroites limites , et lui suscitaient de nombreux embarras. On se fera donc une juste idée du gouvernement qui ré., gissait alors l’Italie septentrionale, en se le figurant comme une confédération
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aristocratique au-dessus de laquelle était placée une autorité militaire , plus ou moins, obéie selon les qualités personnelles de celui qui l’exerçait j au-dessous <ie laquelle vivait une population asservie et méprisée, vouée presque entière k la culture des champs ou à d’autres tra- ^
vaux d’esclavage.
Lorsqu’ils arrivèrent dans leur pays de conquête, les Lombards, comme tous les peuples germains , avaient d’anciennes coutumes que jusque là la tradition avait perpétuées, mais que dès lors il leur devint nécessaire de fixer par écrit, pour les revêtir d’un véritable caractère de législation. Cette œuvre s’accomplit quatre-vingts années environ après la venue d’Alboin , sous le règne et par les soins de Rotbaris. Plusieurs écrivains modernes , et parmi eux Montesquieu et Gibbon, croient remarquer dans la loi lombarde une sorte d’esprit de sagesse et de prévoyance bien supérieur k celui des autres codes barbares.
Il est inutile de dire qu’on y retrouve les deux principes fondamentaux de la
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DE LOMBARDIE. l5
législation germanique , le rachat des offenses à prix d’argent , et la purgation par serment. Le jugement de Dieu, ou duel judicairc , y est aussi consacré, et tout annonce qu’il tenait profondément aux mœurs nationales : car, lorsqu’au commencement du huitième siècle, Luitpraud conçut l’idée de l’interdire, il sc trouva an*êtc par la crainte de blesser en pure perte le génie de son peuple, et se borna à le traiter de coutume impie, tf parce que, dit-il, le jugement de Dieu « est douteux, et que nous voyons sou- « veut la plus juste cause succomber lestt armes à la main. » Mais Luitprand fut plus heureux en d’autres innovations , et le code lombard , tel qu’il sortit de scs mains , épuré et perfectionné , renferme plusieurs dispositions pleines de justice et d’humanité. Du reste, à côté de ce code étaient en vigueur, selon l’usage de la tolérance barbare, les lois salique, ripuaire, allemande, bavaroise, ainsi que la jurisprudence romaine. Chacun était jugé suivant la législation de son pays :
16 RÉSUMÉ DE l’histoire
cela paraissait tout aussi simple que d’en
porter le vêteineut.
On s’accorde à louer les inœiirs des • Lombards , comme plus généreuses et plus douces que celles de presque toutes les peuplades conquérantes de la Germanie. Ce n’est pas que , dans la prise de possession , leur clémence se soit signalée à l’égard dès vaincus : tout au contraire, ils les traitèrent sans merci, et ne mirent nulle borne à leur rapacité et à leurs violences. t)es milliers d’Italiens furent égorgés ou bannis j le reste garda ses biens sous l’onéreuse condition de payer au vainqueur le tiers de ses revenus} et soit que nous les rencontrions dans l’histoire sous le nom diArimanS ou â^homrnes de Masnade, signes d’une dépendance tassez honorée, soit que nous les trouvions rangés parmi le vulgaire des Aidions et des serfs, presque nulle part les anciens sujets de Rome n’out conservé la dignité de l’homme libre, ou l’indépendance du riche propriétaire.
Mais, à part celte première et grande injustice , le caractère lombard oflre
qnclqucs traits qui iic tiennent pas tle la J)arbarie. Aucun peuple en ces temps ne traita avec aulantde mansuétude les conditions serviles ; aucun ne mit plus d’aisance à passer de la vie turbulente des forets et des camps aux douceurs de la vie sociale, sans pourtant rien perdre des fières vertus de son premier état. Le Lombard fut toujours franc , hospitalier , plein d’audace et d’aventure , alors meme qu’il s’était laissé gagner par la contagion des mœurs romaines. Quatre générations api'ès Alboin , il ne pouvait plus reconnaître l’habit bariolé et la barbe hérissée de ses aïeux ; mais il portait’ dans son cœur les sentimens dont ils avaient été animés, et les diètes de Pavie témoignaient que l’homme de Germanie u avait pas sur le sol italien abdiqué scs privilèges. Aussi n'hésitons-nous pas à croire qu’il faille, en grande partie, attribuer aux Lombards la singulière énergie qui se trouva plus tard aux pays qu’ils avaient occupés.
Cependant il était venu en la pensée de plus d’un roi lombard d’achever l’œu-
ÏO RÉSUMÉ DE l’hiSTÔIRE
vx'C qii Alboni avait laissée impariaite, et de conqucrii' Je reste de Tltalie. Diverses causes y mirent loDg-tcnips olxstaclc, et tout se borna à des brigandages. Mais Luitprand , aussi renommé par sa vaillance que par sa sagesse , parvint à entrer 74 » . dans Ravenne et à se saisir de la pentapolede Romagne. Les armes de l’exarque Eutycbius, et les supplications du pape Grégoire III lefireut renoncer à l’une et l’autre de ces conquêtes. Toutefois le chemin fut ouvert à ses successeurs , et la destruction de l’exarchat , ainsi que l’envahissement de Rome, devint désormais leur pensée constante. Astolphe fut assez heureux pour réussir eu la première de ces eutrcpriscsj et, l’an 752, la domination des empereurs grecs finit à Ravenne.^ Il voulut aller plus loin et se rendre maître de Rome : il prépara par là sa ruine et celle de la monarchie lombarde.
En ces temps venait de finir chez les Francs la race des princes mérovingiens.
Pépin, autorisé par le pontife Zacharie, avait pris le nom de roi en l’assemblée de Soissons , et , par la cérémonie du sacre ,
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- avait mis sous la protection du ciel son usurpation. Ce fut auprès de lui que se réfugia Étienne II , menacé dans Rome des armes d’Astolphej et, après avoir obtenu du pape le renouvellement de l’onction royale , que lui avait conférée déjà saint Bonifacc , Pépin consentit à lui . accorder ses secours.
L’Italie revit donc les armes des Francs que depuis près de deux siècles elle avait oubliées, et un premier coup fut porté à la puissance des rois lombards. Pepin , en effet, chassa rîfpidement Astolphe de la Campagne-Romaine dans les murs de ^ Pavie , l’y assiégea , et le contraignit à jurer qu’il rendrait les villes qu’il avait prises. Mais à peine les Francs avaient-ils quitté l’Italie , que ce serment était mis en oubli , et Astolphe avait ramené son armée sous les murailles de Rome. Pciv- dant qu’il en dévaste les alentours , */ Étienne II s’adresse une seconde fois à Pepin, et, pour obtenir plus sûrement son assistance, lui envoie cette fameuse .• lettre écrite au nom de saint Pierre , « qui /. «< fait connaître , dit Fleury, le génie de
ni- i'y
20 RÉSUMK DE L’flISTOIKE
a ce siècle, et jusqu’oii les Ijonunes les « plus graves savaient pousser la fiction « quand ils la croyaient utile. » Sommé par le prince des apôtres. Pépin, avec ses compagnons d’armes, repassa les Alpes , et força encore une fois le roi des ^ Lombards à se réfugier dans Pavie , bientôt meme à subir les conditions du traité qu’il avait violé. Par ce traité, l’exarchat et la pentapole furent attribués au pontife de Rome , malgré les réclamations des députés de l’empire grec.
Desiderio ou Didiei'*, homme noble de Brescia , et l’un des ducs lombards , élu roi à la place d’Astolphe , suivit la même politique que son prédécesseur. Il garda le pays qu’il s’était engagé par serment à restituer, et se tint en querelle ouverte avec le Saint-Siège, et avec les Fiancs en une sorte de paix hostile. Bertradc, épouse de Pépin, chercha vainement à unir les deux nations rivales par un mariage.
Charlemagne sembla n’avoir épousé Hermengarde , fille de Didier , que pour l’outrager presque aussitôt par un divorce. De sou côté, le Lombard recueil-
jiL auprès de lui la veuve et les enfans de Carloman, dont Charles venait de ravir riiérilage. Ainsi de sourdes haines les animaient run contre l’autre, et les prétextes de guerres ne pouvaient leur manquer.
Didier, dont le caractère impétueux réclamait une prompte vengeance, conçut l’habile pensée de faire sacrer par le pape Adrien les enfans de Carloman , et de susciter ainsi les embarras intérieurs à sou rival , qui faisait la guerre chez les Saxons. Mais Didier n’était ni ami , ni ennemi assez puissant, pour obtenir du pape une telle faveur. Adrien s’y refusa ouvertement. Les armes lombardes l’avagèrent aloi's les terres de l’Église, et le pontife, ayant vainement essayé de les détourner par scs prières , invoqua l’assistance du roi des Francs.
Charlemagne commença par envoyer à Didier trois ambassadeurs , qui le sommèrent de rendre à saint Pierre ce qui lui appartenait. Didier répondit que rien au monde ne l’y ferait consentir ; c’élai|; une déclaration de guerre. Mais elle était
22 IJÉSÜMÉ DE l’histoire
bien imprudente, et le Lombard igiiorail qu’au même temps où il appelait Charles en Italie par son défi audacieux , une partie des nobles de son royaume l’y appelaient par leurs intrigues. Après que l’expédition eut été résolue en l’assemblée générale des Francs à Genève , Charlemagne marcha rapidement vers les clô-* turcs des Alpes. On nommait ainsi une longue ligne de murs , de bastions et de - tours, placée à l’entrée du val de Suze.
Là , le jeune Adelchis , fds de Didier, at^ tendait les Francs , et les arrêta longtemps par sa redoutable valeur. Déjà même, fatigué des retards d’une entreprise sans profit et sans gloire , Charlemagne allait plier scs tentes, quand le diacre Martin, envoyé par l’archcvêquo de Ravenne, lui enseigna une route pour descendre en Italie. Les divisions des chefs lombards lui donnèrent dès-lors une facile victoire. Didier et Adelchis se défendirent quelque temps, l’un dans les murs de Pavie , l’autre dans ceux de Vérone. Mais l’une et l’autre de ces villes ouvrirent bientôt leurs portes , et les Lom-
î>ards coururent en foule au devant du v.^inqueur.
En effet, la révolution qui venait de s’accomplir était pour eux d’une médiocre importance. Ils avaient changé dç chef} mais tout se réduisait là. Ni leurs institutions n’étaient renversées , ni leurs propriétés envahies, ni leur condition abaissée : tout ce qui avait existé sous leurs anciensrois, était maintenu ; seulement ils obéissaient à un étranger. Il ne faut donc pas prendre cette conquête de la Lombardie par Charlemagne pour une de celles où l’épée du vainqueur anéantit l’existence politique du vaincu. Après qu’il eut mis la couronne sur sa tête, et eut institué ses lieutenans , il repartit avec son armée victorieuse , et laissa le pays à la population qu’il y avait trouvée. Quand il y revint depuis lors, ce fut pour convoquer la diète de Pavie , et régler les affaires du royaume, ainsique l’avaient fait les rois scs prédécesseurs. On peut donc dire que , conquise par les Frapçs, l’Italie septentrionale resta aux Lombards.^
La preuve en devint manifeste après la
*2i RÉSUMÉ DE l’histoire
mort de Charlemagne. Durant les soixante et quatorze années que le titre de la | royauté demeura à ses descendans , à peine eurent -ils en Italie quelque influence. Louis II, le seul d’entre eux dont le séjour se soit fait sentir aux peuples, consuma toute la durée de son règne à défendre contre les Sarrasins les provinces méridionales. Les autres , conteus de ceindre la couronne lombarde, laissèrent l’autorité se disperser aux mains de cette puissante aristocratie , qui , sous les titres i <livers de ducs, marquis, comtes, ou même d’évêques, avait inquiété les anciens rois , et dépossédé presque entièrement les nouveaux. Ainsi voyons -nous commencer en Italie ce grand nombre de souverainetés partielles , indépendantes les unes des autres , que nous y retrouverons , à travers le moyen âge , et dont l’image nous a été offerte par les trente duchés lombards dans le priucipe même de la conquête.
Charles-lc-Gros ^lyant été déposé , en S88 , à la éiète de Tribur, la royauté carlovingicnne ünit dans les provinces loin-
DE LOMBARDIE. a5
lîardes. Comme les étals d’Alleixiagne , «eux d’Italie se crurent rentrés dans l’ancien droit de choisir leurs princes, et leurs sufl’rages se partagèrent entre Bérenger, marquis de Frioul, et Gui, marquis de Spolèle , tous deux prétendant par les femmes descendre de Charlemagne.
Tour à tour vainqueurs et vaincus , Gui et Bérenger, à chaque revers de fortune, achetaient de nouveaux partisans par de nouvelles et plus larges concessions , de manière à dépouiller successivement la royauté de toutes ses prérogatives j et, ■lorsque la mort de son rival eut laissé Bérenger victorieux , il n’en devint pas maître plus tranquille de la couronne.
L’esprit dhndépcndance des feudataires lui suscita tout aussitôt un nouveau com- ■pétitcur, et un autre après celui-là , .et toujours ainsi jusqu’à ce qu’il mourut.
Car tel était le génie des Italiens , dit un •chroiliqueur du temps : « qu’ils voulaient « toujoui’s servir deux maîtres , pour con- 'tenir l’un par la terreur que l’autre lui «' inspirait. >j
• Au fléau sanglant de la guerre civile
R-ÉSUMÉ DE l’histoire
qui désolait 1 r Lombardie, vint s’cn joindre bientôt un autre non moins terrible.
Les Hongrois , peuple d’origine finoise ou scjtbique , après s’être établis sur les bords du Danube, dans l’ancienne Pannonie , avaient été appelés en Allemagne par l’imprudence du roi Arnoul , et de là s’étaient au loin répandus en Europe , signalant partout leur marche par d’affreux ravages. Vers l’an 900 , ils pénétrèrent en Italie par le Frioul et la marche Trévisane , et y renouvelèrent toutes les horreurs dont Attila et les I^ns avaient laissé le souvenir. Bérenger ar efforça inutilement de les arrêter. Ils le vainquirent avec uhe armée trois fois plus faible en nombre que la sienne 5 puis , après avoir versé des flots de sang et s’être chargés de dépouilles, s’en retournèrent en leurs sauvages demeures où ils mettaient en sûreté leur butin. Pendant quarante années leurs incursions furent continuelles.
Ils livrèrent aux flammes plusieurs grandes cités, Pavie et Gênes, entre autres; détruisirent avec une aveugle fureur quelques-uns des beaux restes de l’an-
DE LOMBARDIE. l'J
cic»nc civilisation , et ne cessèrent de revenir sur les malheureuses provinces de la Lombardie qu’après que la bataille do Mersbourg eut abattu leur puissance en Allemagne. Hâtons-nous d'ajouter toutefois qu’une sorte de bienfait résulta poulies peuples de ces désastreuses invasions.
jL*s villes, qui auparavant avaient été ouvertes de toutes parts, songèrent alors à s’entourer de murailles, teur population désarmée fut obligée de prendre les habitudes de la guerre ; et ces i-emparls et ces armes qu’on avait cherchés d’abord contre les attaques étrangères , devinrent par la suite d’assurées garanties de la liberté et de la paix au dedans.
Bérenger avait prévalu contre Gui, Lambert et Louis d’Arles , que lui avait successivement opposés l'esprit indépendant de ses feudataires ; il avait même joint à la couronne de Lombardie celle de l’empire î mais ni cet accroissement de grandeur, ni les estimables qualités de ce prince , et sa clémence envers ses ennemis , ne purent fonder solidement son trône sur une terre sans cesse agitée.
RÉSUMÉ DE l’histoire
comme l’était celle de l’Italie. On lui frtii un nouveau rival de Rodolphe II , roi de Bourgogne; on le poursuivit par la guerre, et on finit par l’assassiner. Puis , comme Je vainqueur venait à peine de recueillir les dépouilles de la royauté, une faction s’élève contre lui , et le force à déposer lepouvoir aux mains- de Hugues , comte Provence. Pour cette fois , il y eut une assez longutf^ trêve aux désordres de l’anarchie. La Lombardie était tombée sous le sceptre d’un de ces tyrans effrontés dont la plus grande habileté est une audace qui se joue de tout, et qui , par l’excès de leurs crimes , font croire à celui de leur puissance.
Les premiers coups de Hugues s’adressèrent à ceux même de sa famille , et h tous les autiÿirs de son élévation : il ne voulait pas régner comme leui* créature.
Frappant ensuite sans scrupule chacun de ces ducs que scs prédécesseurs avaient trouvés si fiers et si indomptables, il leur substituait scs serviteurs bourguignons ou provençaux, qu’il brisait bientôt à leur, tour , de peur qu’un peu de durée dansx
DE LOMBA;KDlE.
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Tours honneurs leur iuspirâl des. pensées d’indcpcndancc. Il en lui de ineine des dignités ecclésiastiques ^ .elles devinrent le prix d’une vile obéissance : encore n’étaient-elles pas toujours par là sûreiu\;nt achetées. Enfin, la loi des fiefs, non écrite, il est vrai, mais que deux cents années de prescription avaient consacrée , fut un ^ouet pour lui , et, avec le seul caprice de sa volonté tyrannique, il osa^c que n’avait osé Charlemagne avcc’ses bandes victorieuses : il bouleversa toute la propriété féodale.
En peuple opprimé, selon que l’histoire en fait foi , peut toujours accomplir lui-méme l’œuvre de sa délivrance. Mais il en est autrement lorsque dans un état il n’y a point de peuple , et qu’un petit nombre de puissans, maîtres de tout le reste , forment à eux se\ds la société entière. Si un tyran vient alors à s’élever du sein de cette aristocratie, et à lui itnposer le joug , elle est sans force pour le secouer par elle-même : il faut qu’elle recoure à une assistance étrangère. C’est ce qui
3 o BÉSUMÉ DE L^IIISTOIRE
arriva eu Lombardie : les armes germaniques vont y reparaître.
Bérenger, marquis dT!vrée et petit-iils du prince de ce nom , était le seul des 934. gra*nds fcudataires lombards qui eût échappé aux violences de Hugues j il allait en ctre atteint , quand il se réfugia heu- > reusement à la cour d’Othon , roi d’Alix
magne. Là , tous les mécontens se rassemblent auprès de luij et, tandis que Hugues, qui embrasse toute l’Italie dans ses vastes intrigues , s’efforce inutilement g45. de conquérir à Rome le pouvoir absolu»
Bérenger vient à la tête d’une armée le dépouiller de celui qu’il a exercé en Lombardie. Une diète est convoquée à Milan. ^ Les seigneurs italiens, soigneux d’éviter le retour de la tyrannie, s’empressèrent de revenir à leur ancienne politique , et se donnèrent deux maîtres pour n’obéir à aucun. Lothaire, fils de Hugues, fut reconnu roi, et Bérenger, investi du gouvernement général du royaume. Mais Lothaire mourut bientôt, et la voix puj blique accusa Bérenger de Favoir empoisonné. Sou empressement à saisir la
couronne, et ses duretés envers Adélaïde , veuve du prince mort, accréditèrent cc bruit. Quelques violences qui rappelaient celles de Hugues vinrent accroître les haines dont il était l’objet , et pour la seconde fois les vœux des seigneurs italiens se tournèrent vers l’Allemagne.
Othon ne tarda pas ii les satisfaire, et descendit avec une armée en Italie. 11 commence par délivrer Adélaïde que Bérenger tenait assiégée , l’épouse , et s’avance vainqueur jusqu’à Pavie, où il se fait proclamer roi des Lombards. Mais il lui fallait du temps pour réduire son ennemi i-etranché dans ses places fortes, et des guerres étrangères et civiles le rappelaient en Allemagne. Il lui accorda donc la paix et lui laissa la couronne , mais à condition qn’il la tiendrait comme son vassal. L’année suivante en effet, Bérenger et son fils Adelbertse rendirent à la diète d’Augsboiirg , et vinrent prêter serment entre les mains d’Othon, qui leur concéda la Lombardie en fief, mais se réserva les villes d’Aquilée et de Vérone, ainsi que la marche Trevisane. C’était
S-2 RÉSUMÉ DE l’iIISTOIUE ^
eu loul temps s’ouvrir les portes de l’Ilalie.
Peut-être la mauvaise fortune de Bérenger U ne corrigea-t-elle pas son humeur despotique ; peut-être aussi les feudataires ahusèrent-ils de la condition abaissée de la royauté, pour en faire le jouet de leur insolence. Ce qu’il y, a de
, cerUin, c’est qu’ils ne cessaient d’invoquer
Ollion comme arbitre de leurs querelles avec leur roi. Déjà le prince gerrnain avait envoyé un de ses fils pour châtier les prétentions hautaines de Bérenger.
Les clameurs des seigneurs romains et du.
pape Jean XII se joignirent à celles des q6i. vassau^x de Lombardie, et alors Othon lui-même reprit le chemin des provinces 962. italiennes. Il ne trouva aucune résistance , et pour la seconde fois ceignit la couronne lombarde. Celle d’empereur lui fut bientôt après donnée des mains du pape.
Ainsi , par une seule et même révolution , le double titre de la royauté d’Italie et de • la dignité impériale fut attaché à la souveraineté germanique.
D’importans résultats s ensuivii ont
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Olhon ne pouvait séjourner cônslainment avec scs troupes dans le pays qu’il venait de conquérir y il ne pouvait non plus l’abandonner sans réserve aux barons italiens, et remettre à leur merci son autorité. De là lui vint la pensée d’opposer au vieil esprit de l’indépendance féodale les franebises nouvelles des villes. A\*cc les chartes qui leur furent concédées , elles obtinrent le droitde les défendre. Il est aisé de concevoir jusqu’où dut s’étendre cette prérogative légitimement émanée du pouvoir souverain.
Les deux successeurs d’Olhon s’occupèrent peu de la Lombardie. Des troubles presque continuels les retinrent en Allemagne j et, quand ils purent mettre le pied en Italie-, ce fut pour combattre les Grecs dans les provinces méridionales , et étouJDTer à Rome les cris de liberté qu’avait fait retentir le généreux Crcscentius.
Ces cii'consWnces tournèrent merveilleusement au profit des cités ionibardes.
Peu ou point gouvernées du dehors , elles apprirent à se gouverner elles-mcmes :
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54 ' RÉSUMÉ DE l’histoire
elles curent des lois municipales au lieti des lois de l’empire , des magistrats de leur choix au lieu de magistrats imposés / des citoyens pour soldats , et l’enceinte deleurs murs pour limite de leur patriotis- * me. Ainsi devait-il arriver de l’isolement où les laissa l’autorité impériale , vingt cinq ans absente. *
A la mort du dernier des Othon , la Lombardie crut que les liens qui l’avaient attachée à la maison de Saxe, ne lui dèvaientpas survivre. Pendant que les Allemands élisaient Henri II , les Italiens couronnaient à Pavie Ardoin , marquis d’Ivrée. Mais alors commença k se mani-
lester ce singulier patriotisme dont nous parlions tout à l’heure, qui faisait courir chaque ville de son côté vers l’indépendance, toute prête, si son intérêt le lui conseillait , à s’armer contre celle qui lui était voisine. Pavie avait proclamé Ardoin : par cela seul , Milan qui rivalisait avec Pavie , reconnut Henri H, et ces deux cités se firent la guerre.
•' Les récits de combats avec leurs longs détails tic sont pas des convenances de
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uolrc courte histoire. Cependant, comme trait de mœurs , nous rapporterons ici un fait de ce genre : on y verra à quel point la valeur guerrière et l’habitude des armes étaient entrées chez les hahitans , naguère si faibles et si méprisés des villes.
Henri II , victorieux de son rival , se faisait couronner à Pavie. Ses Allemands, pr is de vin, insultèrent brutalement les bourgeois. Ceux-ci crient aussitôt aux armes, et les agresseurs sont repoussés.
« C’est une fureur de populace, unear- « rçgance d’esclaves qu’il faut châtier , »
disent à Henri ses courtisans ; et cependant ces esclaves viennent assiéger l’empereur dans son palais, sans que son armée puisse le délivrer. Des barricades fermaient les rues dé toutes parts. Les Allemands n’eurent alors de ressources que de mettre le feu à la ville, et, parmi les maisoms embrasées , se firent jour vers leur prince. Un grand nombre de Pavesans furent massacrés ; mais les soldats d’Allemagne purent apprendre à dédaigner un peu moins la bourgeoisie iia-
36 RÉSUMÉ DE l’histoire
lien ne, et celle-ci à mettre une plus ferme confiance eu ses forces.
Sous les uoms de Hénri et d'Ardoin.
les cités lombardes continuèrent de guei^ royer entre elles : beaucoup de terres ravagées, peu de sang répandu, le métier des armes devenu à tous de plus en plus familier, telles furent les suites de ces petites expéditions. Elles venaient de finir lorsque mourut, en 1024 , l’empereur Henri II. Comme il ne laissait point d’héritiers , les Italiens retournèrent avec empressement au projet de se rendre indépendans de l’Allemagne. Au déiaut d’un souverain de leur pays qui leur pût convenir , ils ofl’rirent la couronne à llobeit, roi de France, et à Guillaume, duc d’Aquitaine : tous deux la refusèrent.
Il lallut alors que la Lombardie acceptât le nouveau maître que s’était donné l’AL lemagne : c’était Conrad , le Salique , chef de la maison de Franconie.
Conrad se bâta de tourner les yeux vers ses provinces italiennes j et des députés furent envoyés pour demander aux villes les impôts dont elles devaient s’âc-
DE LOMBARDIE. ^ Tvj tfiiitter envers leur souverain. C’était le foderum , contribution eu nature , destinée à nourri? le roi et sa suite j le peu-, rata , qui avait pour objet l’entretien des routes 5 le mansionaiicumexi.{\n , qui pourvoyait aux frais de logement de la cour et de r 'armée durant le voyage du prince.
Conrad suivit de près ses députés, et convoqua la diète générale du royaume de Lombardie dans la plaine de Roncaglia.
Plus d’une assemblée s’était réunie , aux temps passés, dans cette plaine, située sur les bords du Pô, non loin de Plaisance. « Alors , dit M. de Sismondi , une ville « semblait s’élever tout à coup au milieu « du désert J un jnur l’entourait j des « places et des ruestracéesau cordeau sé- « paraient les pavillons des rois , ceux des « seigneurs et ceux de l’armée. Les mar- « chands y accouraient de toutes les par « lies de l’Italie , et ils élevaient leurs « boutiques en dehors des murailles,
« de sorte que les faubourgs de la ville « étaient animés par une foii'e brillante.
« Le pavillon du roi était placé au centre « de son camp 5 un bouclier suspendu à
RÉSUMÉ DE l’histoire
K une antenne brillait devant sa porte,'
M. et tous les feudataires étaient sommes « par un héraut de venir le garder à leur « tour. La fonction de veillcr les armes
.« pendant les premières nuits servait de « revue à l’armée : les abseus étaient con-
« damnés à la perte de leurs fiefs Le
« roi consacrait les premiers jours de la « diète à terminer les causes privées qu’on
fc lui soumettait , comme pour maintenir « son droit h l’exercice du pouvoir judi-
« ciaire. Les jours suivans étaient desti- « nés à recevoir les ambassades des villes,
« à régler leurs rapports avec la monar- « chic , à terminer leurs diflerends. Pen- «c dant les derniers jnurs de la diète, le « roi s’occupait des intérêts des seigneurs « et de toutes les questions qui regar- « daient les fiefs. J»
.. Conrad en décida alors une des plus
importantes , celle des justices seigneu-
riales, et c’est pour cela qu’on a écrit que ' — ^ cette dicte de Roncaglia fixa la législation
des fiefs en Italie. L’hérédité de male en
mâle y‘ fut formellement consacrée et mise hors des atteintes du caprice et de
DE- LOUBARDIE. ' $g
la violence. Le jugement de plusieurs procès particuliers confirma cette solennelle décision ; et après qu’il eut montré son autorité aux diverses provinces de la Lombardie, dans des plaids publics , Conrad se crut assuré du respect des peuples et du maintien de l’ordre et de la paix. Il repassa les î^^lpes.
Mais dans la société , telle qu’elle s’était laite , l’ordre et la paix ne pouvaient être qu’une exception momentanée au cours habituel des choses , et ce n’étaient pas quelques réglemens sur les successions féodales qui devaient cimenter et réunir ce qui de toutes parts cherchait à sé morceler et à se disperser. On le vit bientôt,.
A peine venait de finir le rassenibleAent extraordinaire des gentilshommes lombards autour de leur souverain , que de château à château , comme de ville à ville, avaient recommencé les guerres privées et leurs brigandages. Vainement l’autorité religieuse essaya -t- elle. d’intervenir dans ces désordres , et la trêve , ou paix de Dieu y fut -elle prêchee , ainsi qu’eu France, aux cités et aux campagnes. La
4o RÉSUMÉ DE l’histoire
loi qui sanctifiait quatre jours de la se- . maine pour les empêcher d’être souillés par les rapines et les meurtres , était une loi impuissante et sans garantie contre la violence des passions brutales de cette . époque 5 et c’est un spectacle curieux et presque unique dans l’histoire , de voir la nation lombarde, qui] pendant quelques instans s’était retrouvée en un corps à la diète de Roncaglia , se dissoudre soudainement tout entière, et, depuis les premiers rangs de la hiérarchie féodale jusqu’aux plus humbles conditions de l’esclavage , tout se mettre en confusion et en guerre.
io35. . Suivons d’un rapide' coup d’œil qes^ mo^vemens tumultueux. Ce sont d’abord ...les gentilshommes qui, opprimés par la .hautaine suzeraineté d’Héribert, archevêque de Milan , entrent contre lui en campagne 5 mais le peuple associe les inr . '.térêts de sa liberté aux intérêts de son prélat, et voilà que la guerre se fait des plébéiens à la noblesse. Tout aussitôt viennent s’y mêler les rivalités des cités entre elles j Lodi , par haine contre Mi-
Di I-. it, ‘ '■■uglt
DE LOMBARDIE. 4î
lan , se joint au parti des gentilshommes , tandis que les évêques de Verccil, de Créïnone et de Plaisance, se font les alliés do Milan et d’Héribert. C’est alors , dit-on , que ce'lui-ci , pour mettre sous la protection du ciel sa cause et la cause populaire , conçut l’idée de placer en tête de sôn armée le carmccio , image de l’archc d’alliance des tribus israélites, et gage sacré de la victoire. Chaque vUle suivit’ bientôt cet exemple , et leurs milices ne marchèrent jamais au combat, sans être précédées de l’étendard de la commune flottant , à côté du crucifix , sur un chariot magnifiquement décoré, que traînaient des boeufs et que défendait une vaillante élite de soldats (i). Mais l’ébra'hlement universel du pays lombard ne s’arrêta pas là : les vavassiris , ou vassaux du dernier ordre, s’armèrent contre les gentilshommes , leurs suzerains , comme ceux-ci s’étaient armés contre les grands feudataires 5 et il n’y eut pas jusqu’aux serfs qui , entraînés par le mouvement de
(i) Ludov. (Zavil. Cremon. Annales.
toute la population eu rumeur, pou^crent le cri Je la liberté , et chercheieA a
a’aüraucliir par les armes»
Conrad qui , vers l’année ioo5, revint en- Italie pour apaiser tous ces troubles . et maintenir les réglemens de Roncagba , n’en remporta guère que la honte d^un inutile effort : l’étendard impérial prit iSi fuite devant la bannière bourgeoise des Milanais.*Ce ne fut qu’à la mort de I empereur , eu io 59, que les villes et les seigneurs, comme à un signal donne, posèrent les armes. La constitution relalivé aux successions féodales fut universellement adoptée, et réconcilia les geuülsbomraes avec leurs suzerains. La paix des villes et des seigneurs fut cimentee par rcmpressement qu’une grande partie de ceux-ci mirent à se faire recevoir dans les corps de bourgeoisie. Ce qu’il y avait de trop humiliant dans la dépendance du vasselage fut supprimé en faveur des vavassins; et parmi les serfs enfin, le plus grand nombre fut affranchi , le reste put espérer de l’ctre.
Ainsi la Lombardie sortit avec avau-
tage'dc laut de désordres comme d’ime espèce de crise salutaire, et , en général , la condition des hommes s’y trouva meilleure. Quarante années se passèrent ensuite, durant lesquelles l’histoire se tait, et elle ne retrouve une voix que pour raconter la fameuse querelle qui , sous le pontificat de Grégoire YIl , s’éleva entre le sacerdoce et l’ènipire.
On lira ailleurs les détails de cette affaire des investitures. Elle»ne touché ici à notre sujet qu’autant qu’y prirent part les peuples de Lombardie.'Lorsque, frappé d’excommunication, Henri IV vint au château de Canossa , près de Reggio, s’humilier aux pieds d’Hildebrand , un même mouvement d’indignation éclata parmi les Lombards et contre l’orgueilleuse dureté du pape, et contre la honteuse faiblesse de l’empereur.
Toutefois la cause impériale y trouva de plus nombreux partisans et un nreilleur succès. A plusieurs reprises , les?
troupes de la comtesse Malthildc, fidèle alliée du pape, furent vaincues par les vassaux de Henri j et quoique l’ascendant.
>44. ilÉSDMÉ DÉ l’histoire •
.pontifical eût fait couronner à Monza , oommejoi deLombardie, le jeune Conrad ,
• rebellé contre son père , jamais l’empereur ne fut entièrement délaissé de la fidélité de ses feudataires .italiens. 11 eu .
arriva de même à Henri quand il eut recueilli par le crime l’héritage paternel.
Durant la guerre qu’il poursuivit contre le sacerdoce, touj'oursia noblesse lombarde se joignit aux Allemands dans ses armées. ^ ..
Nous ne voyons pas quel rôle jouèrent les villes à travers cette longue lutte des deux puissances .dominantes de l’Italie, Il est à croire que , retranchées dans leur isolement, elles profitèrent des conjonctures qui leur, étaient favorables pour affermir leur indépendance. En les déliant du serment d’allégeance envers les empereurs , les anathèmes pontificaux devenaient pour elles autant de chartes d’affranchissement qu’elles enregistraient avec soin. Quelques historiens n’ont pas même hésité de rapporter à la querelle, des investitures l’origine de la liberté 'des républiques italiennes. Ce qu’il y a de
certain , c’est que si les fondcmctjs de cette liberté étaient posés déjà , ils se consolidèrent alors, et qu’un peu plus tard , associées nécessairement à la cause des deux pouvoirs rivaux-, les communes t\e Lombardie grandirent, à l’ombre de leur alliance , eu privilèges et eu importance politique.
iiu reste , nous les trouvons ,#ers la fin du onzième siècle, gouvernées presque toutes par les mêmes institutions. Deux consuls , investis des fonctions militaires et judiciaires, et renouvelés annuellement j un conseil de credenza, sorte de conseil d’état chargé des affaires de finance et de politique extérieure, en même temps que du contrôle de la magistrature con^ sulaire 5 un grand conseil ou sénat , dans le seiu duquel se préparaient les lois qui devaient être soûmises à la délibération du peuple ^ enCn l’assemblée publique de tous les citoyens ou parlement', exerçant dans les circonstances importantes le haut privilège de la souveraineté : voilà quel était le système- général de l’organisation répul)liçaine. Le principe eu jetait
46 RÉSUMÉ DE L’HISTOlllft
que les affaires de tous se fissent, autant qu il se pourrait, pai' les luains de tous j. et que là où la participation n’était point directe , elle eût lieu du moins pai* voie d élection. Or, on sait combien la dignité ,des hommes se rehausse à leurs propres yeux, combien s’exalte en leurs Ames l’énergique sentiment de l’indépendance , lorsqu’il^ne peuvent pas séparer Feur existence de celle de la patrie, et qvfà tout moment elle demande à leur raison de sages avis , à leur conscience un suffrage libre et désintéressé, à leur courage le sacrifice de la vie sur les champs de bataille. Nous aurons donc peu à nous etonner quand nous verrons , par la suite, des villes jusqu’alors obscures s’élever soudainement aux actes les plus éclatans d héroïsme. Leur liberté avait crû en silence, et avec elle l’intrépide résolution de la défendrc7
Il est encore un trait important qui caractérise les républiques lombardes à leur naissance , et que nous ne devons pas omettre. Une fois que l’activité des honi|nes y eut été affranchie, et que les,
avantages de l’esprit dissociation se^furent manifestés , un peu d’industrie , un peu de commerce, un peu de richesse commencèrent h s’y faire voir. L’opulente Venise leur ajiportait les .marchandises de l’Orient, et recevait en échange les productions brutes de leur terre. lusen- ‘ siblcmcnt ces premières et étroites relations s’étendirent : ce qu’on avait acheté fuyevendu aillems avec de grands pro-^ Les capitaux s’accumulèrent, la fa-* bricaliori se perfectionna dans les ateliers j et l’heureuse influence de la liberté ani- ♦ inant les transactions commerciales, la Lombardie se trouva dans ufi[état de prospérité inconnu à presque tout’ le reste \ e 1 Europe. C est ce qu’on verra dans •1 époque qui va suivre. ** r ' ’
48 RÉSU:lttÉ DE l’bistoire
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