DEUXIÈME ÉPOQUE
DepùUle commencement du douzième siècle.jusqu'à la fin de l’indèpendancedei républiques lombardes
< aU Ireizièyie.
L’Italie du moyen ,«ge offre quelques rapports de ressemblance avec l’ancienne Grèce. Des deu3^ côtés ce sont des villes qui / à peinlT émancipées et assurées de leur indépendance j courent tout aussitôt aux armes les unes contre les autres ; puis , rappelées à l’union par le dangér comnluu M^une invasion* étrangère , signalent leur patriotisme par des prodiges d’audace et de constance , Ü: fondent leur liberté sur des victoîresj s’empressentensuite de. revenir à leurs querelles particulières, se déchirent, s’épuisent, et fi- ■ Dissent par se livrer presque sans défense a des tyrans.
, ^ V • ' V de LOMBARDIE. 49
* 1.6 douzième siècle s’ouvre par la guerre ' i lOU.
de Crémone, ville puissante^ avec la pe- ‘ tite cité de Crème. Sept années plus tard , luyj. Pavie s’arme contre Tortone , et Milan * contre Lodi et Novare. Crème et Tortone cherchent l’alliAce de MUau j Crémone , Lodi et Novare celle de ; Pavie , et voilà toute la Lombardie divisée. Ainsi . ■' arrivait-il en Grèce à propos des querelles, de Sparte et d’Athènes.
L’esprit des peuples lombards et la manière dont ils se . çc^bàttaient rappelle aussj ce que nous voyons dans Thucydide et Xénophon. jOn se met en campagne au temps des récoltes : après quelques escarmouches , préludes des hostilités , on va ravager et piller 'de part et d’autre le territoire ennemi;, et lorsque j pax'*ces dévastations mutuelles , les haines Se sont fortement aigries , alors un héraut va porter le déh et fixer le jour ainsi que ' le lieu de la bataille. Tout ce qu’il y a de t, citoyens valides prend les armes , et court ■ au rendez-vous meurtrier. Là ou se bat avec acharnement presque corps à corps, • et toujours la campague , souvent la
RÉSUMÉ DE L’rnSTOIRE
guerre, se termine par cette bataille. Les prisonniers devenaient esclaves chez les Grecs ; it en était autrement chez les Lombards , grâce à l’bcureuse influence du christianisme. On se contentait quelquefois de leur inHiger la honte et le ridicule. Les Milanais, en 1108, ayant pris un nombre considérable de Pavesans, les rassemblèrent sur leur place publique , leur- lièrent les mains derrière le dos , en y suspendant un flambeau allumé, et les renvoyèrent de la sorte chez eux , parmi les l ailleries et les ffuées.
La guerre avec Lodi eut une issue plus .sérieuse : après quatre années de combats interrompus et repris, cette ville tomba au pouvoir des Milanais , qui la traitèrent avec une inflexible rigueur. Au rapport d’un de ses historiens , « ils en dépouil- « lèrent les habitons sans aucune merci , « en tuèrent beaucoup , rasèrent tous les <( édifices tant publics que particuliers, •t et en un mot , brûlèrent ou détrui- « sirent toute chose, à la façon des Bar- « bares. » Ainsi finit la cité de Pompée.
(Laus Poînpeia). Quarante ans phis tard
' , DE LOMBARDIE. Si •
on la rebâtit, mais à quelque distance de ses riiiucs.
Ap rès Lodi , ce fut Como qui succomba sous l’ambition envahissante des Milanais 5 mais ici la résistance fut plus lon-t £pie, et les événemens ont plus d’intérêt.
On ne sait par quel hasard presque' toutes les Villes et les seigneurs de Loinbardie^i déposant leurs idvalités privées , se vin* rent ranger alors sous la bannière de ^ Milan ;'et, comme au sxrfgulier incidenÇ de cette ligue se joignit celui d’iin siège de dix années , Cômo devint l’antique Troie pour la bizarre imagination d’un poëte de ce temps. •
Durant, la, {.querelle des investitures, l’antipape. Grégoire YIII avait nommé Landolphe, évêque de Como , à ,1a place.
de Guido , prélat légitimement institué. , Guido parvint à surprendre son rival " pendant la. nuit , et le mit à mort avec plusieurs de ses parens et de scs amis, Quelques-uns s’cchappôreut du château où s’était accompli ce massacre, et vinrent apporter à Milan les vêlemens ens£tnglantés des victimes. « Les ayant étea-
« dus sur la place publique , et se « eux -mêmes ‘auprès de ces tristes « pouilles, ils les montrent au peuple,
« invoquent ^ sa pitié "par leurs cns^ et ’ « leurs larmes, et en appellent à la jus- « tice de l’archevcque Jordan , pour que « tant de sang innocent n’ait pas été re- « pandu sans vengeance (i). » Les cloches sonnaient au même temps et appelaient les fidèles aux saints offices. Comme ils s’y précipitaient de toutes parts , l’archevêque s’offrè à leurs regards sous le portail de la basilique, dont il a fait fermer les portes. « Arrêtez , leur crie-t-il , et sa- « chez que les portes ne se rouvriront « que pour qui aura pris les armes , ahn « de'venger l’Église et sa patrie. « Ces - 'paroles mirent en campagne tous les citoyens de Milan ; le carroccio ^
murs de la ville 5 un héraut alla delier les Comasques , et l’on se battit au pied du
inontBaradello.
Il y a quelque singularité dans les cir-^ constances de cette bataUle : la mêlée avait
(i) TrisUni Calchi llist. palriæ. liK VII. ^
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DE LOMnAIlDlE.
duré tout le jour sans résultat décisif. Les Milanais décampent, à la faveur de la nuit, et vont s’emparer de la ville ennemie, où il n’était resté que des enfans et des femmes. Ils se hâtent d’y mettre le feu, et déjà s’élevaient partout les lueurs 'de l’incendie, lorsque surviennent les Comasques qui tombent sur leur ennemi à l’improviste , le taillent en pièces, éteignent les flammes , et relèvent leurs portes abattues.
'Ainsi que nous le\lisions tout à l’heure, l’intrépide constance des Comasques se soutint pendant dix années j et quand leur ville, de toutes parts ruinée, fut hors d’état d’être défendue, ilà se retirèrent dans le château de Vico , du haut duquel ils obtinrent une honorable capitulation. Leur indépendance fut désarmée, mais du moins le sol de leur patrie leur resta. !/ v »
Les querelles qui suivirent entre les villes lombardes se subordonnèrent aux débats des maisons Guelfe et Gibeline , pour la couronne impériale. Après la mort de Henri V, la diète des électeurs
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54 ,'résumé de l’histoire uliernands s’était pai’tagée entre deux priuces, dont l’un, Conrad, descendait d’une famille désignée également par le nom de Salique ou de Waiblinga (Gibeline)} l’autre, Lotbaire, appartenait à cette suite de Welfs on Guelfes qui avaient possédé la Bavière. Les premiers avaient été les ennemis des papes , les seconds s’en étaient déclarés les constaus protecteurs»
De là , ces noms de Guelfes et de Gibelins s’imposèrent aux partis qui divisaient l’Italie, et survécurent même à la grande inimitié de l’empire et du sacerdoce. Il ne se lit du reste aucune chose remarquable dans cette guerre , oii Milan se l'angea sous les étendards de Conrad, et Pavic ,' avec Crémone , Brescia , etc. , embrassèrent la cause de Lotbaire. Le prince guelfe prévalut contre son. rival j celui-ci sé fit reconnaître après lui pour son successeur, et transmit la couronne germanique à son neveu Frédéric de Hohenstaufen , surnommé Barberousse. Les évéheinens reprennent ici une haute im- ^ portance.
Jusque-là les républiques de Lombardie
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DE LOiMPARDIi:. 55
n’avaieut point été inquiétées dans leurs nouveaux privilèges. Elles s’étaient quelquefois trouvées en guerre avec leurs souycrainsj mais e’étaient des guerres de parti, où on les appelait ennemies, non.
rebelles, oii ou leur disputait la. victoire, non le dro^t de porter les armes. Les choses changèrent avec Frédéric Barberousse. Aux yeux de ce jeune prince, hautain et inflexible en ses prétentions, l’indépendance italienne fut une révolte, et les privilèges municipaux des crimes de lèse -majesté. Un nouveau débat allait donc s’engager entre le suzerain qui réclamait les droits d’un maître absolu, et les cites vassales qui voulaient garder leur liberté.
Frédéric était à Constance, où il tenait ne diète ^ et, selon l’expression d’un chroniqueur dû temps, venàail plënièremeni la jzistice tant aux riches qu’aux pauvres. Deux citoyens de Lodi se présentèrent devant lui pour se plaindre des vexations de Milan, qui, depuis quarante-deux ans , avait détruit leur patrie cl en opprimait les restes infortunés. IL»
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56 RÉSUMÉ DE l’histoire '
accusaient surtout une dernière mesure »
par laquelle on les avait contraints de transporter en plein champ un marché qu’ils tenaient auparavant dans un bourg, non loin des ruines de leur ancienne ville.
Comme ils parlaient avec des larmes et des sanglots, portant en leurs mains l’image sainte de la croix , l’empereur fut touche, et incontinent il ordonna à son chancelier d’expédier des lettres, enjoi-' gnant aux Milanais de remettre les Lodesans‘ en possession dç tous leurs privilèges, et de renoncer à toute juridiction sur eux. Sichérius , un des officiers de sa cour , devait aller signifier à Milan cette décision impérieuse.
Ces lettres de Frédéric étaient pour Lodi une faible protection. Elles devaieu|| même plutôt aigrir qu’adoucir la fiertP républicaine du peuple milanais. C’est pourquoi les consuls lodesans supplièrent Sichérius de s’en retourner sans remplir le message dont il était chargé. Sichérius voulut obéir à son maître , et s’empressa d’aller remettre aux magistrats de Milan les lettres qui leur annonçaient les vo-
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I)£ LOMBARDIE. 5y
Ion lés souveraines de Frédéric. « Ccux- « ci cependant (i) rassemblent le peuple « et font une lecture publique du mes- « sage qui leur est adressé. Après quoi , « émus de violente colère et de fureur , « 'Sous les yeux de Siebérius et de tous « les autres , ils jetèrent à terre les lettres a avec le cachet meme, les brisèrent « sous leurs pieds et les foulèrent : d’où a il arriva que tous s’élancèrent sur Si- « ebérius d’un mouvement unanime, et « l’eussent tué s’il ne se fût promptement «c et a grand peine échappé. » L’envoyé de Darius, demandant la terre et l’eau, avait été reçu de la meme sorte à Athènes.
Mais le bruit se répandit que Frédéric Barberousse allait passer les mers avec une armée} elles Milanais, au lieu de j>oursuivre leurs vexations contre les Lodesans, et d’afficher l’orgueil de leur indépendance, songèrent à sc mettre en règle avec celui qu’ils ne voubiient pas pour tyran, mais qu’ils reconnaissaient comme leur suzerain. Ils joignirent leurs
(0 Ollionis Morenæ Ilist. rcrum Laudcnsiiini.
58 RÉSUMÉ DE l’histoire
préfénsà c^x.des autres villes,, en Thonneurjdjè^aivenement du nouveau prince' au trône, tâchèrent de se concilier ies bonnes grâces de Frédéric dans la q«erelfe qu’îîs soutenaient contre Crémone et Pavie. Le tribunal de l’empereur fut , élevé, 'comme d’ordinaire, en la platne de Roncaglia.
Les Milanais, fortifiés de l’alliance de Brescia , Tortone , Asti et Plaisance , étaient plus puissans que leurs rivaux .• Frédéric par là même se déclara contre eux. Toutefois il commença par exiger qu^ les deux. partis posassent les armes et annonça qu’il remettait à prononcer sa décision alors ou’il serait arrivé à Novare.
Les consuls de Milan devaient lui servir de guides vers cette ville, à travers le territoire de leur pays. Mais, chemin faisant , des mécontentemens s’élevèrent.
Barberousse exigea que le château de Ro'»
sale lui fût cédé par les magistrats milanais, et ses troupes le livrèrent au pillage et à l’incendie. C’était pour Milan un triste avertissement du sort qui lui était réservé j il fallut donc descendre aux
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DE
prières, et essayer de se racheter à prix d’argent. Leurs oflres furent repoussées , et les trou|i^ allemandes se répandirent dans les campagnes, semant partout la dévastation. Après avoir épuisé toutes- Jes voies de conciliation , il ne restait au
peuple de Milan que de s’apprêter k-une' vigoureuse résistance. Les murailles furent relevées, les châteaux fournis d’armes et de défenseurs, les alliances re-
Tiouvclées , et des secours demandés et promis aux villes qui voulaient courir les q^iances de la liberté et de la guerre.
Tortoue embrassa plus énergiquement qu’aucune autre cette héroïque résolution. Frédéric l’ayant fait sommer de renoncer à l’alliance des Milanais , il reçut poué réponse que les Tortonais ne déla^ saient pas leurs amis dans le malheur.' Cette ville fut alors mise au ban de l’empire , et assiégée par toutes les forces allemandes. Deux cents citoyens de Mir lan et quelques gentilshommes des montagnes liguriennes furent les seuls auxiliaires de la faible cité de Tortone dans le siège qu’elle soutint en celte circonstance.
6o RÉSUMÉ DE l’histoire
Ce siège dura plus de deux mois : tout ce que la plus invincible patience peut Taire contre les horreurs de la^oif, jointes à celles de la guerre , fut fait par les asisiégés. Ils succombèrent enfin, et, moyennant qu’ils gardei'aient la liberté et la vie , abandonnèrent leur ville au vainqueur.
Elle fut pillée et ensuite rasée. Cependant Milan avait ‘recueilli dans son Sein les courageux fugitifs, et, quelque funeste qu’eût été l’issué de leur héroïsme, un grand exemple venait d’être donné aùx peuples de l’Italie.
Il ne fut point perdu. Tandis que Frédéric va prendre à Rome la couronne impériale , et la souille du sang d’Arnaud de Brescia, tout se remet en armes dans * la Lombardie. A peine le nouvel empereur peut-il la traverser eu sûreté pour retourner dans ses provinces allemandes.
Déjà le parlement ou assemblée générale du peuple à Milan vient de décréter que Tortoue sera rebâtie aux frais du public :
celui -qui n’y pourra contribuer de sa fortune y donnera le travail de ses mains.
Xortonc en effet est relevée promptement
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4 * toÉ LOMBARDIE. ^ . 6l
de ses ruines-, malgré Içs ^continuelles attaques des Pavesans. La terreur est • passée aux villes alliées de Teippereur :
leurs châteaux leur sont enlevés , leurs moissons périssent dans les flammes j cin> quante mille ducats sont dépensés par ^ Milan pour réparer les désastres de la guerre j Brescia et Plaisance se construisent des remparts formidables : on n’at-^ tend phis Frédéric que comme un ennemi que l’on ne craint pas.'- “ '
Gomme il approchait -avec Scs nombreux vassau:t d’Allemagne , les Milanais, à qui l’ol>éissauce des Lodesans était toujours suspecte, voulurent’ se les attacher par un lien plus solide, et enquelqiie sorte inviolable. Leurs consuls se rendirent donc à Lodi , et exigèrent que tous babitans , sans exception , s’engagftsseut par un serment de, soumission absolue envers la commune de Milai&:Xe respect de la foi publiqüe était tel ,, que ' - d’une voix unanime cè serment fut refusé ; on ne l’admettait qu’avec la clause de fidélité'à l’empereur. Les Milanais pensèdRit qu’ils l’arracheraient par la vio-