ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
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Quoique ce petit ouvrage n'ait aucune autre prétention que de mettre les faits certains auxquels la science est arrivée dans ce siècle à la portée des voyageurs qui visiteront TEgypte ou des lecteurs que captivera la renommée de la vallée du Nil et de son histoire, je ne puis me dispenser, ,; avant d'aborder le résumé chronologique des ^ événements qui se sont déroulés dans Tempire des Pharaons, de donner un aperçu général des races qui ont habité pu habitent le pays, des religions qui s'y sont succédées, des mœurs et coutumes qui subsistent toujours, et des arts que cultivaient les Egyptiens. Sans doute je ne peux guère indiquer ici qu'une minime partie des
réflexions auxquelles donnerait lieu rexameit'
n INTRODUCTION
détaillé des diverses questions que je viens d'énumérer ; mais je tâcherai que le peu qui en sera dit soit substantiel et intéresse la classe de lecteurs auxquels ce livre s'adresse.
MŒURS Hr COUTUMES DES ÉGYPTIENS
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Races de l'Egypte, langues.
Quand^ à la première dynastie, s'ouvre pour nous son histoire, TEgypte était depuis longtemps peuplée, depuis des milliers et des milliers d'années peut-être. De savoir quelle était la race qui Toccupait à cette époque antérieure à toute histoire, c'est ce qui est impossible à Theure actuelle ; quoi qu'il en soit, survint une autre race qui conquit la prédominance sur la première et la garda définitivement pendant toute la durée de Tempire égyptien. L'illustre Mariette pensait avoir retrouvé cette première race dans les peintures qui décorent certaines tombes à Saqqarah, où Ton voit uïie race d'hommes servir une autre race qui
RACE3 DE l'eGYPTE
est celle des possesseurs de tombeaux. Celle-ci est très souvent représentée, elle existe encore dans la vallée du Nil, tout comme dans les musées de TEurope : elle avait la tête forte, le front carré, le nez court et un peu rond, les yeux grands et bien ouverts, les joues arrondies, la bouche bien fendue et un peu longue, les lèvres épaisses ; les épaules étaient larges, la poitrine saillante ; le bras nerveux se terminait par une main assez fine aux longs doigts effilés. Les hanches étaient peu développées et la jambe nerveuse, un peu sèche. Le genou, avec sa rotule, était fortement accusé, ainsi que les muscles du mollet ; les pieds étaient un peu aplatis à leur extrémité^ longs et minces, comme chez tous les peuples qui ont l'habitude de la marche pieds-nus. L'aspect général est celui d'une force maltresse d'elle-même, quelquefois alliée à une grande douceur mélangée de tristesse. L'Egyptien en général était grand et élancé.
Dès cette lointaine époque, c'est-à-dire environ 4000 ans avant Jésus-Christ, l'Egypte connaissait ces tribus de nains que l'expédition de Stanley vient de retrouver dans l'intérieur de l'Afrique et de remettre à la mode. Les Egyptiens d'alors, pas plus que les Européens de nos jours, n'ignoraien* que le centre de l'Afrique était peuplé ; ils envoyaient des expéditions dans la Haute Nubi§
et c'est là que sous la vi* dynastie on trouva l'un de ces nains qui savaient danser la danse du Dieu et qu'on l'amena au Pharaon alors régnant. On avait déjà remarqué la présence de ces nains parmi les personnages représentés dans les scènes funéraires et l'on avait expliqué leur présence par les tortures infligées aux enfants afin d'arriver à les faire rester petits et à leur donner un aspect monstrueux; c'est sans doute là une de ces explications qu'il faut reléguer dans le domaine des hypothèses fausses, et il est bien plus vraisemblable de croire que les tribus de nains qui sont au centre de l'Afrique fournissaient ces sujets qui ont toujours été fort recherchés par les seigneurs Egyptiens.
Vers la xii^ dynastie, une autre race se montre qu'on n'a pas encore pu étudier d'assez près : elle se rapproche du type asiatique. Avec les Hiqsos ou Pasteurs, une race différente apparaît, sans doute mongolique, avec le nez épaté, les lèvres lippues, les pommettes saillantes: on trouve encore des types authentiquesde cette race chez les riverains du lacMenzaleh. A laxvni® dynastie, on ne peut s'empêcher de voir que la race indigène présente les caractères spéciaux aux races sémitiques : les portraits des rois nous montrent qu'il y avait eu mélange et nous savons d'une manière certaine
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par les monuments que les mariages avec les princesses syriennes étaient fréquents, et que fréquentes aussi étaient les alliances secondaires avec les femmes éthiopiennes ou nubiennes : de là un changement assez marqué dans la race métissée en quelque sorte qui s'en forma, soit dans le teint, soit dans la couleur, soit dans les attributs secondaires ou même distinctifs. A partir de cette époque jusqu'à la fin de l'empire égyptien, on ne constate pas d'autres grands changements : les rois conservent leur délicate beauté presque féminine ; les femmes sont en général d'une beauté remarquable de formes, même de visage, et certaines d'entre elles réalisent un type magnifique, s'il faut en croire les peintures égyptiennes.
A côté de ces races indigènes, on trouvait en Egypte, dès les plus anciennes époques, des représentants de tous les peuples sur lesquels les Pharaons avaient opéré des conquêtes, c'est-à-dire des captifs que la fantaisie du conquérant avait transportés dans la vallée du Nil. Ces captifs étaient non-seulement des Syriens, des Hittites ou autres peuples de la Syrie, de la Palestine, de la Phénicie ou de TAsie Mineure, mais des Ijibyens, des Ethiopiens, des individus appartenant aux tribus nomades qui, à l'Orient comme à
rOccident, étaient toujours prêtes à envahir l'Egypte. Vers la xix" dynastie et sous les dynasties suivantes^ on voit apparaître parmi les captifs des personnages qui semblent être les représentants des tribus pélasgiques, sicules, étrusques, etc., qui envahissent TEgypte par le nord, comme d'autres qui appartenaient aux tribus libyennes.
Sous les dernières dynasties, on voit s'établir en Egypte les mercenaires grecs, qui ont de la peine d'abord à s'acclimater dans la vallée du Nil, mais qui s'y sont ensuite si bien implantés qu'on les trouve encore aujourd'hui dans presque tous les villages égyptiens, où ils servent de trait d'union entre la civilisation orientale de l'Egypte et la civilisation occidentale de l'Europe.
Un peu plus tard, les Juifs s'implantent aussi en Egypte et s'attachent à la vallée du Nil avec la ténacité qui est le propre de leur nation. Depuis fort longtemps l'élément sémitique s'était introduit dans l'empire égyptien par les tribus pillardes qui résidaient sans cesse sur la frontière orientale de l'Egypte; mais les Juifs, qui avaient commencé à former un peuple dans la vallée du Nil, doivent être comptés séparément dans cette énumération des races qui ont peuplé cette vallée, à cause du soin qu'ils ont mis à se séparer des autres nations sémitiques.
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Les Perses ne semblent pas avoir laissé derrière eux des traces bien sensibles de leur passage en Egypte au point de vue de la population. De même, les Romains, qui vinrent après les Grecs, ne s'y sont pas établis à demeure et n'ont exercé aucune influence sur la race considérée ethniquement. Cependant, dès l'époque romaine^ et surtout à l'époque gréco-byzantine, il y eut dans la population égyptienne une altération assez sensible par suite de l'affluencede l^élément étranger arrivant de tous côtés dans un pays qui, semble-t-il, était fait pour donner en raccourci une idée de toutes les races qui couvraient alors le monde connu.
L'invasion arabe vint au septième siècle de notre ère apporter un élément beaucoup plus considérable pour l'altération de la race égyptienne ; mais ce ne fut guère qu'un élément apparent, les nouveaux venus sur la terre d'Egypte n'ayant pas beaucoup contracté d'alliances avec les anciens maîtres du pays, se considérant comme de beaucoup supérieurs. La différence des religions était trop grande et les préceptes du Prophète trop précis pour permettre ces sortes de mariages mixtes, sans compter que les Chrétiens avaient une égale horreur des Musulmans. Même quand presque toute l'Egypte, par suite des
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tracasseries, des mauvais traitements et des persécutions ouvertes dirigées contre les adhérents au Christianisme, fut devenue musulmane, les deux races restèrent encore distinctes, les Arabes ayant toujours conscience de leur supériorité. Ils préférèrent s'allier à d'autres races^ comme les Circassiens, les Syriens, les Arméniens, et en général tous les peuples chez lesquels ils s'approvisionnaient d*esclaves et aussi de femmes. A mesure que les siècles s'écoulèrent, que les dynasties musulmanes se succédèrent et s'arrachèrent l'Egypte les unes aux autres, les Mamelouks, gens peu respectueux, et la suite qu'ils traînaient après eux, purent sans doute avoir un caprice pour quelque femme de race égyptienne; mais ils ne l'épousèrent jamais, pour les deux raisons que je viens de dire. S'il y eut quelque mélange de race, ce fut au fond de la population, parmi les fellahs ou les gens de la plus basse extraction : il est vrai que c'est d'ordinaire par là que se font insensiblement les changements, mais le cas ne fut pas assez général pour influer sérieusement sur le type de la race. De même les tribus d'Arabes nomades qui se fixèrent en Egypte pour pouvoir la piller consciencieusement et ne pas laisser ce soin à d'autres, ne se mélangèrent point à la race autochthone. 11 en fut de même des Turcs qui
lÔ Hàcës de l^égtptë
conquirent aussi l'Egypte à leur tour : s^il y eut mélange des deux races, ce fut dans les mêmes conditions que je vîens d'indiquer et ce ne fut pas assez pour vicier le type primitif d'une manière sensible. Il en faut dire autant des Européens qui s'établirent en Egypte à toutes les époques depuis .les croisades: s'ils ont allié leur sang au sang égyptien, ce fut dans une infime proportion.
Cependant, il y a certains villages dans la Haute- Egypte où j'ai vu moi-même de mes propres yeux des figures à type bien européen : le fait m'a été expliqué, lorsque j'ai su que des Européens s'étaient successivement établis depuis plus de trois siècles dans ces mêmes villages.
Il résulte de ces considérations abrégées que,' malgré la présence successive ou simultanée de .tant de races sur le sol égyptien, la vraie race égyptienne s'est conservée mieux qu'on ne le croit d'ordinaire : les croisements les plus fréquents ont eu lieu entre individus de race égyptienne et individus de race nègre, les Pharaons eux-mêmes n'ayant éprouvé aucune répugnance à épouser des négresses, et entre les membres des hautes familles égyptiennes et ceux des hautes familles syriennes, sémitiques ou autres qui ont été maltresses à un moment donné de la. Syrie, de l'Asie Mineure et des pays environnants. Mais ce dernier cas fut
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relativement assez rare, et l'histoire qui signale la seule Cléopâtre faisant successivement la passion de deux illustres romains, Jules César et Marc- Antoine, n'a pas enregistré d'autres faits semblables. Cléopâtre, quoique descendante des Ptolémées^ a bien le type des femmes égyptiennes ; cela se comprend aisément quand on sait que les Pharaons des dynasties nouvelles qui s'établissaient sur l'Egypte avaient toujours soin d'épouser quelque femme appartenant à la famille pharaonique détrônée, pour pouvoir justifier d'une sorte de légitimité. Quant aux hommes, les races pharaoniques ne pouvaient pas laisserde représentants bien en vue, parce qu'on les supprimait afin de n'en avoir rien à craindre.
Aussi rien n'est-il moins conforme à la réalité que de parler de la population égyptienne actuelle comme d'une race sémitique et de la désigner sous le nom d'Arabes : l'Egypte est toujours peuplée par la race égyptienne. Les représentants de cette race ne sont pas seulement les Coptes demeurés fidèles à la religion de leurs ancêtres, ou les fellahs qui, comme on l'a dit, sont les Egyptiens devenus musulmans; il y faut encore ajouter le très grand nombre, la plus grande partie de la population égyptienne, qui a préféré embrasser l'islamisme. Le fellah (on désigne
ail) si les travailleurs des ôampagnes) est peutêtre le représentant de la race primitive, mais certainement de la race qui exerça le pouvoir sur la vallée du Nil sous l'Ancien Empire ; le Copte, du moins dans certaines parties de la Haute Egypte où les occasions de croisement ont élé moins fréquentes, représente plutôt la race qui domina sous la xvui® et la xix® dynastie. Je me rappelle toujours que, voyageant un jour dans le train qui va du Caire à Siout, je fus extraordinairement frappé en voyant entrer dans le wagon où je me trouvais un contrôleur de chemin de fer; il avait le teint un peu olivâtre, il était élancé, il avait les yeux grands et bien ouverts comme ceux des anciens Egyptiens, les mains étaient fines comme celles d'une femme et les doigts effilés : il avait autour de sa coiffure un châle qui retombait sur ses épaules à la manière des coiffures égyptiennes et, quand je le vis, je crus voir Séti I" en personne entrer dans mon compartiment : ce n'était point Séti I", mais c'était un Copte de Siout qui faisait son service. De même on ne peut se promener longtemps dans les rues du Caire sans être frappé de la ressemblance qui existe entre le fellah qui mène du bersim dans les rues et certaines statues du musée de Gizeh ou du musée du Louvre, ou certains personnages repré-
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sentes dans les peintures, remplissant exactement le même office que le pauvre fellah remplit aujourd'hui. Cette même ressemblance existe aussi entre les fellahas et la statue de femme trouvée par Mariette à Meïdoum. Ce sont là des faits qui démontrent avec évidence la persistance de cette race et les Egyptiens ont coutume de citer un fait qui montre, selon eux, la puissance du sang fellah ; si un fellah vient à épouser une négresse, ou si un nègre épouse une fellaha, le premier enfant tient de son père eT; de sa mère la couleur chocolat si connue, le second n'en a presque plus de traces, le troisième est blanc comme le père ou la mère. C'est sans doute là un de ces faits que Texpérience ne confirmerait point ; mais il sert à montrer que les Egyptiens sont persuadés euxmêmes de la générosité du sang qui coule dans les veines -du fellah.
La question des races étant ainsi vidée, autant qu'il est possible de le faire en quelques mots, je dois passer à la langue parlée en Egypte, ou pour mieux dire aux langues qui furent successivement parlées en ce pays dans la suite des siècles. Cette langue a été la même jusque vers le dixième siècle de notre ère ; à cette époque elle a commencé peu à peu de s'éteindre devant la prédominance de l'arabe et aujourd'hui elle n'est plus guère
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comprise, même des Coptes, qui ont cessé de la parler au siècle dernier *. Je suis bien loin de vouloir dire que, pendant cette si longue suite de siècles, la langue égyptienne n'ait subi aucun changement; quand on voit la facilité avec laquelle s'opèrent actuellement les mutations dans les idiomes parlés, affirmer le contraire serait vouloir faire croire à un miracle^ quoiqu^à dire vrai nous ayons plus de raison que les Egyptiens d'opérer ces changements qui peu à peu transforment une langue. La langue que parlaient les Egyptiens 6000 ans avant Jésus-Christ ne ressemblait guère à celle que ces mêmes Egyptiens parlaient à l'époque de l'invasion arabe, et cependant c'est bien la même langue ; mais c'est une langue qui s'est développée suivant des règles qui ont de même présidé h l'évolution des autres langues. Le peuple égyptien était un peuple avant tout matériel et matérialiste, au sens propre de ce mot; sa langue exprime des idées matérielles, même quand les mots passent au sens figuré : les sens éloignés de la matière par purification
1. Je dois dire cependant qu'au cours des voyages que j'ai eu occasion de faire dans les couvents coptes, j ai rencontré au couvent de Moharraq, près de Manfalout, un moine qui me semblait assez au courant de la langue copte, qui la comprenait certainement et qui la parlait même un peu. Il est vrai que ce couvent est le plus riche de TEgypte, celui où les moines ont encore conservé le goût de leurs livres.
successive de nos idées sont presque totalement ignorés de la langue égyptienne, même quand. ils parlent de la divinité. Il est facile de le comprendre, car les Egyptiens devaient avant tout signifier par des mots les choses qu'ils avaient devant eux, les actions qu'ils accomplissaient tous les jours, et ces choses, ces actions étaient tout d'abord des choses et des actions matérielles. C'est pourquoi la signification première des mots égyptiens était une signification purement physique, et cette signification a été conservée le plus souvent jusque dans la dernière transformation de la langue.
Cette langue roule sur trois sortes de mots ; le nom, le verbe et la préposition qui vient ellemême d'un nom primitif; mais dès l'époque la plus ancienne on la trouve employée. Moyennant certaines particules on arrive à faire de ces trois sortes de mots des adjectifs, des adverbes et des participes. On désigne les rapports des choses aux personnes par des lettres qu'on place soit avant, soit après les racines et qu'on appelle aifixes, préfixes s'ils sont placés devant, suffixes s'ils sont placés après la racine. L'article lui-même, qui est employé devant presque tous les noms égyptiens, vient d'une ancienne forme verbale. Peu à peu cette langue^ encore fort primitive,
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parvient à certaines formes grammaticales qui précisent le sens et lui donnent presque toutes les nuances qu'ont nos langues modernes : dès le nouvel empire thébain, on indique parfaitement les relations de présent, de passé et de futur dans les verbes, et à Tépoque romaine cette vieille langue égyptienne savait marquer bien d'autres nuances, la dépendance des diverses propositions entre elles, par exemple, ce qu'on peut parfaitement saisir en copte, s'il n'est pas toujours facile de le saisir dans les inscriptions hiéroglyphiques. Le copte n'est que la dernière transformation de la langue égyptienne. On a voulu faire du démotique et du copte deux langues nouvelles : le démotique n'est qu'une forme de l'écriture hiéroglyphique, ainsi que je le dirai tout à l'heure, et le copte est la même langue qu^on écrivait en caractères grecs, avec sept caractères particuliers qui provenaient de l'ancienne écriture. La preuve s'en trouve dans ce fait que le copte et le démotique étaient d'un usage simultané.
Comme origine, la langue égyptienne se rattache par le jeu de ses af fixes aux langues dites sémitiques, comme l'hébreu et l'arabe ; mais pour ce qui est des racines, elle s'en sépare, quoiqu'on trouve certains radicaux semblables. L'Egyptien est une langue chamitique fortement sémitisée. D'ailleurs
de très bonne heure, dès la iv" dynastie, c'est-àdire près de 5000 ans avant notre ère, l'Egypte était en rapports avec les Sémites qui habitaient la péninsule sinaïtique ; dans la période des grandes conquêtes égyptiennes, il devint de bon goût d'employer des mots sémitiques pour émailler le style prétentieux des scribes à la mode ; ces mots qui devaient être fort étonnés de se voir transcrits en hiéroglyphes ou en hiératique jouaient absolument le même rôle que les mots anglais que l'on introduit dans le français. Cette mode ne cessa pas avec l'époque des conquêtes : sous la domination grecque une foule de mots grecs eurent droit de cité dans la langue égyptienne qu'on appelle le copte, quoique celte langue possédât des équivalents exacts. Toutefois il est juste d^ajouter que, certaines des idées nouvelles qui s'acclimataient de par le monde ancien étant complètement inconnues des Egyptiens, comme les idées de vertu, de mérite et de démérite et beaucoup d'autres, il fallait bien trouver des mots pour les exprimer, ce qu'on fit en empruntant ces mots à la langue grecque. Au contraire la langue latine n'a laissé presque aucune trace de son emploi par les proconsuls, les gouverneurs et leurs officiers : on employait la langue grecque, et les quelques mots qui ont été adoptés par les
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écrivains copies sont avant tout des mots ayant rapport à l'administration de la justice ou des noms désignant les charges civiles. Quand la conquête arabe eut soumis l'Egypte, on aurait pu croire que le même phénomène se reproduirait et que le copte adopterait quantité de mots arabes ; ce fut le contraire qui se produisit, le copte n'adopta aucun des mots arabes^ mais Tarabe finit par supplanter le copte tout en gardant une quantité extraordinaire de mots d'origine égyptienne, La langue copte était d'un usage commun au X® siècle de notre ère ; à cette époque, comme la verve littéraire du peuple égyptien semblait épuisée et comme le même peuple comprenait mieux la langue arabe ^ue sa propre langue, on commença de traduire les œuvres coptes en arabe. Les persécutions qui suivirent finirent peu à peu par rendre impossible Tusage de la langue copte qui était avant tout imprégnée des idées chrétiennes, et, vers le xvii® ou le xvm® siècle, elle disparut, comme je l'ai déjà dit. De nos jours on a tenté vainement de la ressusciter dans les écoles qui dépendent du patriarche copte : elle est morte et bien morte.
A la question de la langue se rattache tout naturellement la question de Vécriture. Dès le commencement de l'empire égyptien, on trouve
récriture en usage en Egypte. Les Egyptiens avaient pris le parti de dessiner aux yeux les objets mêmes qu'ils voulaient signifier; peu à peu, on vit que ce procédé était par trop primitif et on fit usage de signes moins complexes, et enfin on en vint de très bonne heure à l'écriture alphabébétique. C'est-à-dire que par un signe on représentait soit une idée, soit une syllabe, soit une lettre; de là le triple élément de l'écriture égyptienne : l'idéogramme, le syllabique et le signe que nous nommons alphabétique. La plus vieille inscription que nous possédons contient déjà ce triple élément. Je me permettrai de donner quelques-uns des signes qui composent ce que nous appelons l'alphabet égyj^ien, après avoir rappelé en quelques mots comment Ghampollion trouva la lecture des hiéroglyphes vers 1822.
Jusqu'à cette époque, bien des tentatives avaient eu lieu pour résoudre ce difficile problème qui était cependant bien facile, comme on le verra : ces tentatives purement empiriques échouèrent toutes, cela va sans dire : où les uns voyaient des idées extraordinaires, les autres ne voyaient que des symboles et chacun les interprétait à sa guise. Seul, l'anglais Young était parvenu à donner à quelques signes, c'est-à-dire à cinq lettres, la valeur qui se trouva être la vraie par la
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suite ; il avait eu Tîdée que la langue égyptienne s'écrivait par de véritables lettres, ce qui était fort juste. Lorsque Champollion se mit à l'étude de ce problème, il n'avait ainsi aucun prédécesseur qui lui avait frayé la voie et sa découverte est bien sienne tout entière. On avait découvert pendant l'expédition française une inscription écrite en trois caractères différents, en caractères hiéroglyphiques, en caractères démotiques et en caractères grecs ; c'est l'inscription si célèbre de Rosette, dont les Anglais se sont emparés et qu'ils n'ont pas voulu rendre à l'expédition française. On eut bien vite fait de traduire le texte grec; les hiéroglyphes se voyaient de prime abord, mais on ignorait encore ce que contenait l'autre texte écrit, nous le savons maintenant, en écriture démotique. Champollion remarqua sur cette pièce des enroulements ellipsoïdes autour de certains caractères, toujours les mêmes, et comme, dans le texte grec, revenait à chaque fois le nom du souverain de l'Egypte à cette époque, il se dit que les caractères contenus dans l'ellipsoïde devaient sans doute renfermer le nom du même roi. Il prit le premier de ces enroulements qu'on appelle cartouches et le nom grec correspondant, à savoir Ptolémée :
r*^j£^jjjlj fut comparé à nToXe{i.aToç et donna
les lettres d = P, o == t, jT) = o, .&& = 1,
= i^ n == s : il avait trouvé sept
signes où Young n'en avait pu obtenir que trois, p, t, i.
Il prit un autre cartouche, celui de la reine Bé-
rénice, ( <i^ O^ ^ O J 9^^ "® contenait qu'un
signe commun avec le cartouche de Ptolémée ; ce signe commun, la lettre i, se trouva à la place où il devait être ; il prit ensuite celui de Cléopâtre
r^1'fl°^^lk.O ] ^"^ contenait avec celui de
Ptolémée etcelui de Bérénice six caractères semblables : ces six caractères se trouvèrent parfaitement correspondre à la valeur qu'ils avaient dans les cartouches étudiés précédemment, et Champollion, après y avoir ajouté le nom d'Alexandre, fut certain qu'il avait enfin découvert la lecture véritable des hiéroglyphes. D'autres cartouches, qu'il étudia par la suite, lui donnèrent le moyen de compléter son alphabet. Il prouva que cette manière de lire les hiéroglyphes n'était pas propre aux noms royaux, mais qu'elle permettait de retrouver certains mots de la langue copte. Malgré les violentes oppositions que suscita cette
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découverte, elle était certaine et appelée à la pluâ grande célébrité.
Parmi les signes qu'il rencontra, GhampoUion en remarqua certains qui étaient accompagnés d'autres signes toujours les mêmes ; il se dit que ce devaient être des signes complexes de compréhension, ce qui se trouva vérifié par Texpérience : ces signes sont nommés syllabiques, parce qu'ils servaient à eux seuls à écrire une syllabe, composée soit de plusieurs voyelles, comme jO = oua^
d'une consonne et d'une voyelle, comme
pa, ou de plusieurs consonnes unies par une voyelle qu'on n'écrivait pas, comme jy = nem. De
plus, il rencontra des signes suivis d'un trait vertical, comme celui où est représenté le disque solaire, par exemple, O I, qu'il trouva d'autres fois accompagné de ses lettres complémentaires, ou
celui de la jambe ^, il en conclut que ces signes
devaient servir à écrire des idéogrammes, et la conclusion était juste. On a par la suite retrouvé l'alphabet complet usité en Egypte, et je vais le donner ici :
x == f , ou w n = V, ou b
= kh
= s cja = sch
•^=dj
Je joindrai quelques exemples de syllabiques à cet alphabet avec leurs lettres supplémentaires :
M^v^ — an MwvM = an
= l| =ar n -« = as
if =âsch
I Wi
= D^=pa
= nm
= ha
= hr
= khpr
^ = P ^ = sou
= schou
= ta
° =pr
@ = WWSA y\
ma
= ms = mr = nou
^^nZIE = ,^£ =: tm
= ts = dn
= dad
= ^==djr ^^=dja,etc.
L'écriture égyptienne employant aussi une mul^ titude de signes dits poIyphones,ce qui en complique terriblement la difficulté, et, comme de plus elle contient une multitude incroyable de racines qui s'écrivent exactement de la même manière, il est facile de comprendre que Tintelligence des textes dût grandement en souffrir. Pour obvier à cet inconvénient, les Egyptiens employèrent certains signes qu'ils ajoutèrent aux lettres qui constituaient l'écriture du mot pour en préciser le sens à la vue et par suite à l'intelligence ; on appelle ces signes déterminatifs^ ils ne doivent pas se lire par la voix, mais seulement par l'œil et ils précisent admirablement le sens de ces mots. Quand un seul ne suffit pas, on en met un second, puis un troisième, de manière à ce que le premier soit
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toujours le plus général, et que les autres aillent toujours en rétrécissant le champ de la pensée. Par exemple l'homme qui porte la main à sabouche,
détermine toutes les idées oîi la bouche joue
un rôle ; les idées matérielles d*abord, comme celles de manger, de boire ; puis les idées qui s'éloignent un peu de la matière, comme celle de parler, et enfin toutes les idées qui supposent l'une ou lautre des précédentes, comme celles de penser, de réfléchir, parce que penser et réfléchir supposent renonciation de la pensée avec la réflexion, que pour énoncer il faut parler, et que pour parler il faut faire usage de la bouche. De même le signe de l'eau, les trois lignes ondulées
, détermine d'abord le mot eau, puis tous les
endroits où l'eau se trouve; puis les idées d'irrigation, de lavage, de soif, en un mot toutes les actions où l'on emploie l'eau ; puis les idées qui résultent de l'irrigation, du lavage, l'abondance, la pureté^ la sainteté, etc. Les hommes sont déterminés par l'homme, les femmes par la femme, les races et les peuples par Thomme et la femme réunis, les étrangers par le poteau auquel on attachait les prisonniers, ou par une suite de montagnes avec leurs vallées. Ce jeu des déterminatifs fait que l'écriture aide à l'intelligence du texte et
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lui donne ainsi une vie qu^on chercherait vainement dans n'importe quelle autre écriture, où le mot seul s'offre à la vue et où Tintelligence et la mémoire font le reste. C'est ce qui a facilité grandement rintelligence des textes égyptiens. Cependant ce serait se tromper beaucoup que croire que ces textes renferment toujours des déterminatifs de ridée exprimée par le mot ; certaines inscriptions monumentales, surtout dans les temples, ou sur les monuments où l'espace est limité, ne contiennent presque aucun déterminatif, et alors il est très difficile d'expliquer ces vieilles annales du passé.
Outre cette première écriture, les Egyptiens furent amenés de très bonne heure, peut-être dès le commencement de lamonarchie égyptienne, à faire une sorte d'abrégé de cette écriture hiéroglyphique qui demandait beaucoup de temps pour former certains signes au trait, sans parler de ces mêmes signes soignés. Ainsi pour faire au trait un aigle qui signifie la voyelle aî*^. î îl fallait cinq traits de calame : ils imaginèrent d'abréger ce signe et de le faire d'un seul trait * ; de même pour faire la chouette qui signifie la lettre m, ^^ , il faut
huit traits de plume, ils réduisirent le signe à un