‹ Résumé de l'histoire de l'Égypte depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, précedé d'une étude sur les mœurs, les idées, les sciences, les arts et l'admisistration dans l'ancienne ÉgypteChapitre 17 sur 17 · EXPÉDITION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION FRANÇAISE

eu leurs historiens, la géologie, la botanique, la zoologie avaient été traitées de main de maître ; Bonaparte avait fait étudier un canal qui partant de Suez ouvrait la mer Rouge à la mer Méditerranée et des relevés de plans avaient été faits par l'ingénieur Lepère : en un mot, pas un seul des problèmes qui, depuis cette époque, ont été agités relativement à TEgypte n'avait échappé aux études des membres de la Commission d'Egypte, Plus lard, elle acheva son œuvre en écrivant l'admirable ouvrage connu sous le nom de Desmption de r Egypte^ ouvrage qui, malgré la découverte de Champollion et le progrès des études égyptologiques, est resté la grande mine où tous les égyptologues vont s'approvisionner, le plus souvent en sourdine, il faut bien le dire.

Temps modernes Mohammed 'Aly et la Dynastie régnante

Après avoir été évacuée par les Français, TEgypte retomba sous la domination du sultan de Constantinople qui envoya un^ vice-roi dans ce malheureux pays. Ce ne fut pas l'affaire des mamlouks qui voulaient eux aussi exercer leur ancien pouvoir, et le pays fut de nouveau livré aux dissensions intestines. L'Angleterre favorisant Jes mamlouks, la France ne pouvait pas rester en arrière de sa rivale et, en 1803, le comte Mathieu de Lesseps, commissaire général de la République Française, fut chargé, par le premier consul Bonaparte et son ministre des affaires étrangères Talleyrand, de trouver un homme qui, par son ambition et ses qualités personnelles, put offrir les garanties nécessaires pour obtenir l'appui de la France, en s'opposant à la domination des mam-

louks soutenus par les Anglais. Le choix du commissaire tomba sur Mohammed 'Aly (Méhéinet Ali), originaire de Macédoine, qui avait fait partie des armées turques envoyées en Egypte par la Porte et qui y était resté après le départ des Français. Un à un, il conquit tous les ^ rades de l'armée turque et devint chef des Albanais qui étaient au nombre de trois mille. Il fit partie de toutes les insurrections qui renversèrent successivement les vice -rois nommés par la Porte, Khosriou et Khourchid, et il fut élevé au premier rang en face des mamlouks. Enfin, en 1803, devenu très populaire et ayant profité avec beaucoup d'habileté des discordes entre Turcs et Mamlouks, il fut choisi comme pacha du Caire et gouverneur de l'Egypte. Il sut conserver son pouvoir grâce à sa diplomatie habile, et une occasion se présenta bientôt d'affirmer son aptitude aux affaires militaires. Les Anglais, en 1807, débarquèrent en Egypte et se rendirent maîtres d'Alexandrie pendant six mois ; Mohammed 'x\ly réussit à les expulser et garda son pachalik. Il s'efforça vainement de soumettre les mamlouks : ne pouvant y réussir, il les invita tous à un festin qu'il leur donna le 1" mars dans la citadelle du Caire, et là il les fit tuer par ses Albanais et ses soldats : un seul réussit à sortir, à s'élancer sur son cheval et à le lancer par dessus

le mur de la citadelle : il se sauva, et quelques autres avec lui qui n'avaient pas assisté au festin ; mais leur puissance était anéantie pour jamais. Il put alors faire la guerre aux Wahabites, sortes de sectaires musulmans qui voulaient revenir à rislamisme pur des commencements de Thégyre ; il avait d'abord envoyé pour les combattre Toussoun-pacha, puis Ibrahîm-pacha, ses fils, et il alla lui-même la terminer. Cette guerre fut horrible par la férocité et la cruauté qui y furent déployées. Le Hedjaz fut conquis, La Mecque délivrée, et cette conquête affermit l'autorité du gouverneur. Cependant cet homme, qui était arrivé à Tâge de quarante-cinq ans, ne savait pas encore lire, et il se mit à l'apprendre, ce à quoi il réussit assez bien. Il entreprit dès lors une série de travaux très avantageux pour l'Egypte, il répara les digues d'Aboukir (1816), rétablit la digue de Faraonîeh dans le Delta (1818) et fit creuser sous les ordres de l'ingénieur Coste le canal Mahmoudîeh qui conduisit l'eau douce à Alexandrie (1819) : trente mille vies humaines furent le prix de ce canal. Le Pacha entreprit alors la conquête du Soudan, du Darfour et du Sennaar, pour avoir la possession des mines d'or qu'on lui avait vantées : son fils Ismaïl fut tué dans une rencontre avec les nègres révoltés de ses excès. Le voyageur

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François Gailliaud avait accompagné Texpédition, par grâce particulière du Pacha, pour lequel il avait retrouvé les fameuses mines d'émcraude de l'antiquité ({822). Entouréd'ingéniéurs accourusde tous les pays, le Pacha entreprît de doter l'Egypte de manufactures de toutes sortes, filatures decoton^ raffineries de sucre, indigoteries^ usines à fabriquer les indiennes, les soies, etc. Il dépensa dans ce but des sommes folles, sans grand profit^ car les usines avaient été bâties trop vite, sans se préoccuper des débouchés, et se sont évanouies pour la plupart; mais cependant quelques-unes sont restées en pleine prospérité jusqu'à nos jours. Le malheur est qu'il détruisit un certain nombre de monuments anciens pour édifier ces monuments d'une civilisation nouvelle.

En 1824, pendant la guerre de l'indépendance hellénique, il envoie son fils Ibrahim avec un contingent de 18.000 hommes sur le théâtre des opérations, et deux ans plus tard un nouveau renfort de 8.000 hommes. Le 20 octobre 1827, la flotte égypto-turque fut anéantie à Navarin par les flottes combinées de l'Angleterre, de la Russie et de la France. L'année suivante Ibrahîm-Pacha, sous la pression des puissances européennes, est obligé d'évacuer la Morée. Quand l'heure de la rétribution eut sonné, Mohammed 'Aly ne reçut

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que le pachalik de Candie au lieu de celui de Syrie qu'il convoitait.

Cependant, au milieu de toutes ces guerres, un fait s'était produit qui devait avoir une influence extraordinaire en faveur de l'Egypte : ChampoUion avait découvert la lecture des hiéroglyphes, et en 1824, il publiait son précis du système hiéroglyphique. De 1828-1830, il explorait TEgypte avec ritalien Rosellini ; puis il rentrait en France où il mourut deux ans après des fatigues de son voyage, à Tâge de quarante-et-un ans, laissant une œuvre considérable que Ton a publiée en partie et dans laquelle il avait déjà prévu les découvertes modernes.

Le Pacha, de plus en plus féru des idées modernes, fondait des arsenaux, des écoles de toute sorte, et presque toujours avec le concours de Français qui rendaient Tinfluence française prépondérante. Le colonel de Selves (Soliman-pacha) lui faisait une armée, Besson-bey commandait sa flotte, M. de Cerisy lui fondait des arsenaux, Mougel-bey lui creusait des bassins de radoub dans le port d'Alexandrie, Clot-bey créait l'école de médecine et l'hôpital militaire, Varin-bey une école de cavalerie à Gizeh, Linant-bey était une sorte de ministre des travaux publics, llamont fondait l'école vétérinaire de Schoubrah, et le colo-

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nel espagnol SegueraTécole d'artillerie de Tourah. Mohammed 'Aly se formait ainsi une armée, et en 1831 il entreprenait la campagne de Syrie, où son fils Ibrahim prenait Saint-Jean-d'Acre, Damas, remportait la victoire de Homs à laquelle prenait part dans Tarmée turque celui qui devait être plus tard le comte de Moltke, puis mettait en complète déroute le grand-vizir Reschîd-Pacba à Konieh, Tancienne Iconium, et menaçait enfin Constantinople par terre et par mer. La France et la Russie offraient alors leur médiation et Mohammed 'Aly fut obligé de faire évacuer TAnatolie et de rappeler ses troupes. Le traité de Koutaîeh mit fin à la guerre de ce gouverneur contre son suzerain : Mohammed 'Aly gardait la Syrie et le district d'Adanà parce que ce district était riche en bois de construction pour la marine, se reconnaissait le vassal de la Porte et s'obligeait à payer chaque année un tribut (14 mai 1833). Ce fut pendant les événements de cette guerre (1832-1834) que l'ingénieur Lebas fit transporter à Paris l'obélisque de la place de la Concorde qu'il avait pris devant le pylône du temple de Louqsor et qui avait été élevé par Ramsès II ; le 25 octobre 1836 cet obélisque fut érigé en grande pompe et décore toujours la place.

Ce fut aussi en 1833 que les Saint-Simoniens

firent leur voyage en Egypte. Leur chef, Enfantin, y envoya et y mena lui-même toute une pléiade d'artistes, d'ingénieurs, de professeurs, de médecins, d'agronomes qu'attiraient la renommée de Mohammed 'Aly et son désir de civih'ser TEgypte. C'est alors que Félicien David écrivit son Désert^ que fut créée l'école polytechnique de Boulaq par Ch. Lambert, que Bruneau devint directeur de l'école d'artillerie à Tourah, que Bosco crée la ferme modèle de Schoubrah et meurt de la peste en 4835, et que l'ingénieur des mines Henri Fournel tente de décider le vice-roi au percement de l'isthme de Suez ; mais Mohammed 'Aly, inquiété par les menaces de l'Angleterre, refusa la concession et entreprit au contraire le barrage du Nil afin de retenir l'eau nécessaire aux irrigations.

En 1834, de mai à juillet, la Syrie pressurée par Mohammed 'Aly se révolte et une nouvelle campagne la soumet. Puis, en 1835, la peste éclate en Egypte, faisant plus de 2.000 victimes par jour dans tout le pays ; Le Caire perd en six mois plus de 35.000 habitants, Alexandrie le tiers de sa population, 14.000 âmes, et l'Egypte plus de 150.000 habitants : le fléau cède enfin par suite du dévouement admirable de Clot-bey, de Fourcade, de Lachèze et du consul de France au Caire, Ferdinand ^e Lesseps qu'on voit ainsi apparaître pour la pre-

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mière fois et qui doit jouer un rôle prépondérant dans l'avenir de TEgypte. Au milieu de la désolation universelle, le vice-roi faisait continuer les travaux du barrage, qui durent cependant forcément se ralentir ; puis, il se dit qu'il trouverait une carrière de pierres toutes prêtes à être employées dans les grandes pyramides de Gizeh et Linant-bey eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre que la démolition des pyramides coûterait plus que la-construction de son barrage. Passant alors à une autre extrémité, il prohiba l'exportation des antiquités et décréta la fondation d'un musée national ; mais l'heure n'était pas encore arrivée où ce projet pourrait être exécuté. En 1838, une nouvelle rupture éclata entre la Porte et le vice-roi d'Egypte qui demandait que sa charge fût rendue héréditaire dans sa famille, offrant en retour de désarmer sa flotte et de réduire son armée, deux choses qui lui avaient été demandées par le sultan à l'instigation de l'Angleterre jalouse des succès du vice-roi d'Egypte et inquiète du développement de sa puissance et surtout de la prépondérance de l'influence française. Le sultan Mahmoud refusa et commença les hostilités: il fut vaincu à Nézib par Ibrahîm- Pacha, le 24 juin 1839 et mourut le lendemain sans savoir la défaite de son armée. L'Angleterre

fit alors débarquer ses troupes et Ibrahim fut forcé d'évacuer la Syrie. Pendant ce temps la France ne bouge pas et est jouée de la manière la plus outrageante par l'Angleterre ; mais le roi Louis-Philippe et son ministère ne voulaient pas de la guerre. Le sultan ^Abd El-Megid consentit enfin à assurer l'hérédité à Mohammed 'Aly pour sa famille en tout ce qui regardait TEgypte, mais il lui retira Candie, la Syrie et le Hedjaz (1841). En cette année fut fait, sous la conduite de Lepsius, le voyage de la grande commission prussienne : cette commission a rendu les plus grands services à la science en publiant les Denkmœlevy immense ouvrage de douze grands volumes in-folio, mais elle eut le grand tort de détruire ou d'emporter à Berlin certains monuments qu'elle avait copiés.

Le vice-roi conçut un vif dépit de la manière dont s'étaient terminées les dernières affaires avec la Porte et sa grande intelligence commença de donner quelques signes d'affaiblissement. Il eut même un moment le projet d'abdiquer ; mais il se ressaisit bientôt lui-même (1844). Deux ans plus tard (1846), Enfantin forme une société d'études du canal de Suez; M. Bourdaloue est chargé d'exécuter les nivellements et démontre avec précision que la mer Méditerranée et la mer Rouge sont au même niveau, contrairement à l'opinion reçue

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depuis les nivellements exécutés par l'ingénieur Lepère de la Commission d'Egypte (4848). En 1847, ringénieur Mougel-bey reconstruit le barrage entrepris par le vice-roi ; ce gigantesque travail qui existe toujours et dont on se sert encore actuellement pour rirrigation ne fut jamais terminé et coûta plus de 100.000.000 de francs : le vice-roi, de plus en plus affaibli, céda enfin aux conseils intéressés des ingénieurs anglais qui dépréciaient Tœuvre de Mougel, et le barrage ne reçut jamais les vannes qui eussent été capables de retenir tout le volume d'eau nécessaire à l'irrigation.

L'année 1848 vil l'aliénation mentale de Mohammed ^Aly, et Ibrahîm- Pacha succéda à son père (1" septembre) ; mais ce prince ne régna que deux mois et quelques jours : il mourut le 10 novembre de la même année. Le 23, 'Abbas-Pacha fut proclamé vice-roi : il était petit-fils de Mohammed 'Aly par ïoussoun- Pacha. Son règne devait être néfaste pour l'Egypte. Le peuple fut, sous ce prince, presque aussi misérable que dans les jours sombres de la domination des Mamlouks ou des Turcs : 'Abbas cédait aux mauvais conseils de gens qui avaient intérêt à perdre la puissance de la dynastie égyptienne. Ce fut sous lui (1850-1853) que furent concédées les deux lignes de chemin de fer allant d'Alexandrie au Caire et du Caire à

Suez; ils furent inaugurés en 1856 sous Saïd- Pacha et terminés deux ans plus tard. Ce fut éga* lement sous ce prince qu'eut lieu un événement d'importance capitale pour TEgypte et pour la science: Mariette reçoit une mission archéologique en Egypte en vue de rechercher les manuscrits coptes ; mais il oublie le but qu'il devait se proposer et découvre le site du Sérapéum, le 1" novembre, entreprend des fouilles et fait sortir peu à peu des sables et du silence le temple extraordinaire qu'admirent aujourd'hui tous les voyageurs. En 1853, il commence de nouvelles fouilles près du grand Sphinx de Gizeh, aux frais du duc de Luynes, découvre le petit temple entre les pattes du Sphinx et surtout le temple de granit rose qui doit être le monument le plus ancien de TEgypte. Les événements dont rEurope était alors le théâtre (guerre de Crimée en 1854) interrompirent ses fouilles au moment oîi elles allaient atteindre leur terme ; cette même année, 14 juillet^ 'Abbas était étranglé dans son palais de Benhâ (Basse-Egypte) par ses gardes, et Mohammed-Saïd-Pacha, quatrième fils de Mohammed 'Aly lui succédait. Ce prince était éclairé et avait quelque chose de Tintelligence de son père: il a beaucoup fait pour ITgypte, et, deux ans après son avènement, il avait aboli les douanes intérieures, donné aux fellahs la liberté du com-

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merce au lieu du monopole gouvernemental qui existait auparavant, aboli l'esclavage, dégrevé les villages des impôts arriérés, et même éteint les anciennes dettes de l'Egypte. Il sépara les dépenses générales de TEtat de celles du souverain, se créa une liste civile et donna au gouvernement égyp-: tien Tapparence d'un gouvernement européen.

Heureux s'il eût été aussi facile de changer les habitudes invétérées des Egyptiens que l'apparence des choses ! mais trop souvent, sous cette étiquette nouvelle^ les abus continuèrent tout comme auparavant, et le fellah dut payer le triple de ce que lui demandait le souverain, pour faire la fortune des nombreux intermédiaires entre le Pacha et ses sujets. A peine arrivé au trône, Saïd-Pacha appela M. Ferdinand de Lesseps à son camp de Marîout, lui concéda un firman provisoire de concession du percement de Tisthme de Suez, le déclara le promoteur de l'entreprise et nomma une commission internationale d'études qui rejeta le projet de jonction des deux mers par le Nil, ainsi que le proposait la société d'études des Saint- Simoniens, et adopta la jonction directe, malgré tous les embarras suscités par le gouvernement anglais. Le 5 janvier 1856, il donnait le firman de concession définitive, et, le 20 juillet de la même année, il règle par un décret Temploi des fellahs qui

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seront appelés à travailler au canal. En 185711 fait un voyage au Soudan avec M. F. de Lesseps et adoucit considérablement le régime brutal en vigueur depuis Mohammed 'Aly ; la même année il dote ia^ ville d'Alexandrie d'une organisation complète du service des eaux. En 1858, il appelle Mariette au service de l'Egypte, interdit l'exportation des antiquités, décrète la fondation d'un Musée qui devait être installé provisoirement àBoulaq, elle nomme directeur général des fouilles en Egypte. C'est depuis cette époque jusqu'en 1881 que Mariette a fait les admirables découvertes qui ont illustré son nom, sans faire oublier le Sérapéum, enleva les derniers restes des antiques monuments de l'Egypte aux ravages des fellahs et les conserva dans le sens vrai de ce mot, permettant ainsi aux niultitudes de voyageurs qui furent dès lors attirés en Egypte de se rendre compte par eux-mêmes de Tancienne civilisation égyptienne. Cette même année 1858, Ahmed-Pacha, tils aîné dlbrahîm- Pacha, le vainqueur des Turcs, périt dans un accident de chemin de fer survenu à Kafr-ez-Zaïât. En 1859, on commença le travail effectif du percement de risthme de Suez, malgré les attaques et les mauvais procédés de FAngleterre ; trois ans après les eaux de la Méditerranée entraient dans le lac Timsah, et le 15 août 1865 les bateaux marchands

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pouvaient traverser l'isthme. Maïs Saïd-Pacha ne vit pas ce triomphe : il mourut le 18 janvier 1863, laissant son trône à Ismaïl-Paeha, le petit-fils de Mohammed 'Aly par Ibrabim-Pacha.

A peine le nouveau Seigneur de l'Egypte était-il installé que le Sultan 'Abd-el-'Azîz voulut visiter la vallée du Nil : il fut reçu avec une magnificence ruineuse. Au mois d'octobre, le vice-roi inaugura solennellement le musée de Boulaq que Mariette avait créé. Quoique bien disposé pour toutes les entreprises de ses prédécesseurs, il retira cependant la permission d'user des fellahs pour le canal de Suez et l'on dut créer des machines puissantes qui firent avancer l'œuvre. Le gouvernement français servit d'arbitre dans ce différent passager. Aux mois de juin et de juillet 1863, le choléra parait en Egypte, pendant qu'une épizootie décime les animaux. En 1866, le vice-roi obtient l'hérédité pour ses fils avec suppression de l'ordre de primogéniture pour les collatéraux et en 1869 lui fut concédé le titre de Khédive, mot qui en persan signifie Auguste et se dit principalement de la divinité. Cette même année vit les fêtes splendides et ruineuses de l'inauguration du canal de Suez ; il appela non seulement à ces fêtes les souverains qui n'acceptèrent point, à l'exception de l'impératrice des Français, mais encore toutes les notabi-

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lités scientifiques et artistiques de l'Europe et leur fit faire ce voyage de la Haute-Egypte qui est resté célèbre. A partir de ce moment il entreprit de grands travaux d'utilité publique, transforma Le Caire, en fit le lieu de rendez-vous de tout ce qu'il y avait de riche dans le monde. Ce soin ne lui fit point négliger les expéditions guerrières. De 1871 à 1873, Samuel Baker fit son expédition dans le Soudan ; les sources du Nil sont découvertes, onze vapeurs forment une croisière sur le jNil-Blanc. En 1874 Gordon-Pacha continue l'œuvre de sir Samuel Baker, il soumet le Darfour et crée la ville de Khartoum au confluent des deux Nils. En 1875, le Khédive inaugure solennellement le tribunal international d'Alexandrie (28 juin), dont la création proposée par la France avait été adoptée par Ismaïl. Le 8 juillet, il ordonnait Fintroduction du calendrier grégorien à partir du 1" septembre ; mais ce décret resta nul par la force des habitudes. Au mois d'octobre, ayant voulu attaquer l'Abyssinie, ses troupes furent repoussées. Le 25 novembre le gouvernement anglais, après avoir tout fait pour empêcher le percement du canal de Suez, voulant se l'approprier, achète les actions du gouvernement égyptien pour une somme de près de 100 millions, s'engageant à payer l'intérêt de 5 ^/o jusqu'au moment où ces actions auraient la jouis-

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sance de leurs coupons. Ces actions qui valaient alors 502 fr. 91 valent aujourd'hui 2.700 fr. L'Egypte fut la dupe de TAngleterre qui pouvait prévoir le succès du canal.

Cependant, malgré cette somme, l'Egypte était tellement obérée qu'il fallut recourir aux emprunts, engager les ressources du pays et par conséquent subir le contrôle étranger. On créa une caisse de la dette publique. Les décrets se succédèrent les uns aux autres : l'administration de la Dahîrab^ des Domaines, furent séparées de la Dette publique, on établit une administration spéciale des chemins de fer et de la douane d'Alexandrie, et l'on nomma deux contrôleurs généraux, l'un anglais, l'autre français (1876). Toute cette organisation donna lieu à des dissensions intestines et surtout à la rivalité des deux fonctionnaires, ce qui fut une cause de ruine pour l'influence française. L'année suivante fut achevé le chemin de fer du Caire à Siout, capitale de la Haute-Egypte. Le télégraphe suivit nécessairement et relia même Le Caire et Khartoum. Mais tous ces beaux dehors ne remédiaient pas à une situation sans issue : Ismaïl était un prince généreux, magnifique, mais surtout prodigue ; il était de plus entouré d'une foule de parasites de toutes les nations qui vivaient à ses dépens : pour tout cela, il fallait de l'argent

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beaucoup d'argent et les caisses du Khédive étaient à sec. Il fallut abdiquer ; c'est ce qu'il fit le 26 juin de Tannée 1879, et son ûls aîné Tewfik-Pacha lui succéda.

Avec le règne de Tewfik-Pacha nous entrons dans l'histoire tout à fait contemporaine avec ses désastres pour l'Egypte. Je n'en signalerai que les plus gros événements.

A peine assis sur le trône, Tewfik-Pacha, fils d'une femme de second ordre, s'entoura d'un cabinet qui devait lui causer pas mal de tourments. Arabi-Pacha se présenta comme un sauveur aux Egyptiens crédules, avec le mot d'ordre : L'Egypte aux Egyptiens, à la porte les étrangers. Soudoyé en secret par l'Angleterre, entouré de gens qui ne demandaient que le désordre, il voulut faire une révolution et eut Tart de faire croire aux envoyés du gouvernement Français qu'il possédait une véritable armée. Il se révolta ouvertement contre le Khédive ; la haine contre les étrangers éclata par les massacres d'Alexandrie, de Tantah., etc., si bien que l'intervention étrangère devînt nécessaire. L'Angleterre avait amené la France au point où elle la voulait : il fallait prendre une décision et intervenir. La Chambre des Députés, sous la pression d'un discours d^ M. Clemenceau, M. de Freycinet étant chef du gouvernement, abandonna

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TEgypte comme si nous n'eussions point eu dans ce pays une situation prépondérante que les Anglais voulaient nous enlever : la flotte française se retira de devant Alexandrie et les Anglais bombardèrent cette ville. Ils ne lui firent pas grand dommage, mais l'incendie, le pillage et les massacres des Arabes et des gens sans aveu excités par leur fanatisme ruinèrent, pour plus de dix années, la ville que le choléra avait déjà bien affaiblie. Sous le commandement de lord Wolesley, les Anglais débarquèrent leur armée et bientôt on apprit qu'avait été livrée la fausse bataille de Tell-el- Kébir, où toute l'armée égyptienne s'était évanouie, sauf un bataillon de nègres. L'armée anglaise n'eut aucune peine à conquérir Le Caire. Elle s'empara des quatre pachas auteurs de la révolte, fit semblant de les juger et les condamna à être transportés à Ceylan, sous le plus beau climat du monde, avec de riches pensions. Les dames anglaises envoyèrent des bouquets à l'heureux auteur de la révolte, et l'administration anglaise s'implanta en Egypte, chassant tous ceux qui, appartenant à quelque autre nationalité, exerçaient quelque emploi, supprimant un grand nombre d'oflSces sous prétexte d'économie, et donnant h chaque agent anglais la somme totale des appointements qu'avaient ceux dont il occupait la place.

Depuis lors, bien souvent, on a promis que l'occupation de l'Egypte cesserait ; mais ce serait se faire une grave illusion que de croire qu'ayant mis la nàain sur ua pays riche et important l'Angleterre arriverait à l'abandonner.

Mais la révolution opérée en Egypte avait eu un contre-coup inattendu : le Soudan s'était révolté, avait détruit les unes après les autres les armées envoyées pour le réduire, notamment l'armée commandée par Hicks-Pacba. Le gouvernement anglais, de concert avec le ministère égyptien, fit choix de Gordon-Pacha pour aller rétablir Tordre dans le Soudan. Gordon se rendit à Khartoum, y rétablit un semblant d'ordre, et se vit bientôt assiégé, sans qu'on s'occupât de lui. Lorsqu'enfin ori se décida à venir à son secours, l'armée anglaise eut à vaincre des ennemis fanatisés qui lui livrèrent des combats furieux, notamment à Abou-Klea et à Abou-Hamed ; puis, quand elle arriva dans les environs de Khartoum, ce fut pour apprendre que trois jours auparavant Khartoum avait été prise, Gordon et ses oflSciers massacrés : l'armée anglaise battit en retraite (janvier 1885). Depuis lors on se contenta d'abord de garder la frontière de FEgypte à Asouan, puis de la reporter jusqu'à la hauteur de Ouady-Halfa. Pendant que ces évène^ ments se déroulaient, sur l'invitation de l'Angle-

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terre, lltalie avait débarqué ses troupes à Massaouah, sur la mer Rouge, pour tenter une diversion du côté de Saoiiakim : elle courait audevant de désastres qu'elle n'a pas encore oubliés, et la colonie de la mer Erythrée, ainsi qu'elle Fa nommée, est loin de lui avoir été profitable.

La France*'s'était condamnée à voir tous ces événements s'accomplir sans faire autre chose que des protestations diplomatiques, c'est-à-dire platoniques. Elle se contentait de maintenir son attitude expectante en unissant ses intérêts à ceux de la Russie pour s'opposer aux empiétements des Anglais. Elle a cependant fondé en 1880 une mission archéologique permanente pour l'étude des antiquités égyptiennes, qui s'est déjà signalée dans le monde savant par des travaux importants.

La mort du Khédive Tewfik, survenue en 1892, appela au pouvoir 'Abbas, son fils aîné, qui faisait alors ses études à Vienne. L'intronisation se fit sans diflBculté, quoique le prince passât pour assez peu favorable à l'Angleterre. Le renvoi d'un ministre gênant imposé ou soutenu par le résident anglais amena tout récemment une tension de rapports qui se traduisit par Tenvoi de troupes nouvelles en Egypte : c'est ainsi que l'Angleterre se prépare à retirer les troupes qui occupent la vallée du Nil.

L'avenir montrera ce que deviendra l'Egypte.

Ce que le passé nous montre avec évidence, c'est que la forme européenne de gouvernement n'est pas un spécifique qu'on puisse employer partout avec succès : Teuropéanisation de TEgypte a été trop rapide, elle n'existe qu'à la surface et n'a pas eu le temps de pénétrer dans le sang de la population. Malgré tout, malgré les massacres de 1882, l'Egypte a fait de grands progrès et présente à l'étranger toute la sécurité désirable, une facilité de vie très grande et des monuments extraordinaires qu'on ne peut se rassasier d'admirer. La douceur et la beauté de son climat sont enchanteresses, et qui veut avoir une idée des splendeurs de l'Orient, sans remarquer trop ses verrues, peut aller en toute confiance visiter l'Egypte et son fleuve si vanté, lequel cependant ne Ta jamais été assez pour les services qu'il rend à la vallée qu'arrosent ses eaux bienfaisantes.

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