DISCOURS PRÉLIMINAIRE
L'électricité est une science toute moderne ; si du temps de Thaïes, six cents ans avant l'ère chrétienne, on connaissait la propriété que possède l'ambre frotté d'attirer les corps légers placés à peu de distance , il faut franchir ensuite une période de plus de deux mille ans , pour trouver, en 1 GOO, un ouvrage remarquable pour l'époque, le de Magnete de Gilbert, médecin anglais, ouvrage contenant les résultats d'expériences entreprises dans le but de montrer que cette propriété n'était pas aussi spéciale qu'on le supposait, puisqu'elle appartenait également à d'autres corps, et qu'elle éprouvait des modifications dans diverses circonstances. Ces résultats fuient le prélude de travaux qui prirent de plus en plus d'extension et devinrent les bases d'une des branches les plus importantes de la physique.
Plus d'un demi-siècle après , Otto de Guericke , bourgmestre de Magdebourg, auquel on doit des recherches importantes sur différentes parties de la physique et la découverte de la machine pneumatique, construisit la première machine électrique (1). Il avait compris qu'en cherchant à augmenter l'intensité des effets, l'on pouvait espérer mieux connaître les propriétés de l'agent qui les produit ; c'est, du reste, en suivant cette voie que l'on a été conduit souvent à des découvertes et à des principes nouveaux.
(I) Expérimenta nova vt voeani Magdeburgica, etc. IG72.
VI DISCOLBS PBÉLIMINAIRE.
Otto de Guericke observa de faibles étincelles électriques, qui furent obtenues avec plus d'intensité par Wall; ce dernier compara de suite la lumière et le bruit de l'étincelle à l'éclair et au tonnerre; Franklin ainsi que Dalibard , au milieu du dix-huitième siècle, en prouvant l'identité de l'électricité atmosphérique avec celle des machines, ne firent que démontrer ce qui était admis en principe par tous les physiciens , mais ce n'était encore là toutefois qu'une simple conjecture.
Après Otto de Guericke vinrent Boyle et Hawksbée ; l'ouv rage de cedernier, qui parut au commencement du dix-huitième siècle (1), contient des recherches intéressantes sur la lumière électrique produite dans différents milieux. Si le dix-septième siècle avait vu s'étendre les propriétés d'un fait à peine connu auparavant, le dix-huitième devait voir s'accroître tellement le domaine de la science à laquelle ce fait avait donné naissance , que non-seulement on devait arriver aux lois des phénomènes de l'électricité statique, mais encore à la découverte de la pile, qui a donné a la science dont nous traitons une impulsion extraordinaire que rien ne saurait arrêter.
Plusieurs histoires de l'électricité ont été publiées depuis le «lix-huitième siècle : la première qui soit venue à notre connaissance est attribuée à l'abbé Mangin, et date de 1752. Elle traite de l'histoire générale et particulière de l'électricité, et est divisée en trois parties : la première partie contient un exposé succinct des découvertes les plus importantes faites par Otto de Guericke, Boyle, Hawksbée, G ray, Dufay, Boze, Muschenbroeek, Winklcr, Watson, l'abbé Nollet, Lemonnier, Ludolf, .lalabert, Hansenius, etc., et des premières découvertes de Franklin. La deuxième partie est relative aux principaux systèmes imaginés pour expliquer les phénomènes électriques par Otto de Guericke, Boze, Winklcr, Boyle, Hawksbée, Gray, Watson, l'abbé Nollet, Boullanger, Bamacarre, Jalabert, etc. La troisième partie traite de l'action thérapeutique de l'électricité.
La théorie et les découvertes de Franklin ne furent connues en France qu'en 1756, par une traduction de Dalibard de let-
(!) Physico mcchankal experimenls, 1709.