‹ Résume ́de l'histoire de l'électricité et du magnétisme, et des applications de ces sciences à la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 2 sur 103 · DISCOURS PRELIMINAIRE. VII · texte numérisé non relu

DISCOURS PRELIMINAIRE. VII

très de ce physicien à M. Colliusou et en tète de laquelle se trouve une histoire abrégée de l'électricité; traduction qui fut accueillie favorablement.

Priestley publia, en 1767, l'histoire la plus complète de l'électricité qui ait paru jusque-là. Elle fut traduite en français, en 1771, par l'abbé Nollet et Brisson. Ees travaux de Hawksbée, de Gray, de Dufay, du docteur Désaguliers, de Watson, de l'abbé Nollet, de Franklin, de Beccaria, de Canton, de Sy aimer, y sont présentés avec de grands détails. 11 est à regretter que Priestley, tout en citant les recherches d'GEpinus, n'ait pas exposé les travaux de ce physicien avec des développements suffisants. OEpinus, en effet, fit paraître en 1 751J un ouvrage dans lequel il appliqua le premier les mathématiques à l'étude de l'électricité et du magnétisme; il démontra au moyen des principes de l'attraction et de la répulsion les effets de cet agent, et contribua puissamment à introduire des idées justes dans cette partie de la physique; mais ce n'est que trente ans plus tard que l'abbé Haiiy, en donnant un exposé de la doctrine d'OEpinus, répandit en France les idées du physicien de Saint-Pétersbourg..

Priestley, dans son ouvrage, indique les théories qui se succédèrent avant celle dite des deux fluides. Voici quelles sont les principales : Gilbert pensait que l'attraction électrique était produite de la même manière que l'attraction de cohésion ; Boyle, qu'elle était due à une émanation glutineuse lancée par le corps électrique et qui, saisissant les petits corps placés sur sa route, les ramenait sur le corps électrisé. Ce n'était là que des théories ne reposant sur aucune base, mais, il n'en fut pas de même de celles qui suivirent.

Otto de Guericke ayant découvert qu'un corps attiré par un autre électrisé en était repoussé aussitôt; Gray, vers 1727, que la transmission de l'électricité avait lieu d'un corps à un autre ; Dufay, en 1733, que tous les corps étaient électriques par frottement, pourvu qu'ils lussent isolés, et qu'il existait deux électricitésjouissant depropriétés contraires, sans dire toutefois qu'elles étaient produites simultanément dans le frottement, Franklin s'empara de toutes ces données, et , s'appuyant sur une idée

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émise par Watson, avança que, selon toute apparence, l'électricité vitrée n'était que de l'électricité positive ou une surabondance de matière électrique, et l'électricité résineuse de l'électricité négative ou en moins. A l'aide de cette théorie, dite d'un seul fluide, il chercha à expliquer tous les faits connus ; Dufay partagea l'opinion de Franklin sur la cause des phénomènes électriques. Kinnersley fit ensuite, diverses expériences, qui attirèrent de nouveau l'attention des physiciens sur la différence entre les deux électricités vitrée et résineuse découvertes par Dufay.

L'abbé Aollet, ne partageant aucune des idées reçues, mit en avant la théorie des affluences et des effluences, en la fondant sur ce t'ait, que les corps non isolés, plongés dans des atmosphères électriques, deviennent électriques eux-mêmes. Cette théorie donna lieu à diverses discussions et fut renversée.

Jusqu'à Canton, on croyait que la même électricité était produite par le même corps, mais ce physicien démontra que l'espèce d'électricité dépendait de l'état delà surface du corps frotté, ou de celle du frottoir. Symmer, en reprenant ce sujet en 1759 inféra de plusieurs expériences nouvelles l'existence probable de deux fluides électriques non pas indépendants, mais toujours coexistants et agissaut d'une manière opposée l'un à l'autre , en sorte que les deux électricités étaient produites en égale proportion dans l'acte de l'électrisation. La théorie des deux fluides fut alors généralement adoptée de préférence à celle de Franklin, surtout après que Cigna eut montré, en 1765, que deux ruhans de soie, l'un noir, l'autre blanc, frottés l'un contre l'autre, s'électrisaient différemment, de manière à se neutraliser quand ils étaient en contact ; cependant rien ne pxxtuve qu'il ne soit pas possible d'expliquer les différents phénomènes à l'aide d'un seul principe.

Priestley rapporte assez longuement, pour en combattre les conséquences, les expériences entreprises par Gray avec une balle électrisée posée sur un plateau de résine dans le but d'observer la révolution autour d'elle d'un corps léger suspendu au-dessus au moyen d'un fil tenu à la main ; révolution qui s'effectuait, disait -il, d'occident en orient, comme celle des

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corps planétaires. Gray, n'ayant pu terminer ses expériences, pria, à son lit de mort, le docteur Mortiiner de les continuer, eu l'assuraut qu'elles devaient le conduire à de grandes découvertes. Wlieler démontra que les effets observés par Gray ne devaient pas être attribués à l'électricité, mais bien au désir de faire produire le mouvement d'occident en orient au corps léger suspendu au-dessus du corps electrisé. C'était là un des effets du pendule explorateur dont M. Cbevreul a donné une théorie si claire et si nette, qui lui a permis de grouper autour d'un principe général une foule d'effets du même genre ; ce principe est l'intervention de nos propres organes musculaires dans des actes que nous exécutons à notre insu.

Priestley, dans son histoire, présage dans l'avenir de grandes découvertes en électricité ; voici en quels termes il s'exprime à cet égard :

« La physique a peu de branches, à mon avis, qui soient un .< sujet si propre pour une histoire. Il n'y en a guère qui puis- « sent se glorifier d'un si grand nombre de découvertes, dis- « posées dans un si bel ordre, faites dans un si petit espace de « temps

» C'est surtout en électricité qu'il y a lieu d'espérer le plus « de faire de nouvelles découvertes; c'est un champ qui ne fait « que d'être ouvert. Le fluide électrique n'est pas un agent lo- « cal ni occasionnel sur le théâtre du monde. Les dernières dé- <> couvertes font voir qu'il est présent et agissant partout, et « qu'il joue un rôle principal dans les plus grandes et les plus « intéressantes scènes de la nature

« L'électricité, ainsi que la chimie et la doctrine de la lu- « mière et des couleurs, parait propre à nous faire connaître la « structure intérieure des corps, d'où dépendent toutes leurs « propriétés sensibles. Lu suivant donc cette nouvelle lumière, « on peut parvenir à étendre les bornes de la physique au delà « de tout ce dout nous pouvons maintenant nous former une « idée. On peut découvrir à notre vue de nouveaux mondes; <■ et la gloire du célèbre New ton lui-même et de ses contempo- •< rains peut être éclipsée par un nouvel ordre de philosophes, « dans un champ de spéculations tout à fait nouveau. Si ce

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'« grand homme pouvait retenir sur la terre, et qu'il vit les « expériences électriques actuelles, il ne serait pas moins étonné « que Roger Bacon l'aurait été des siennes. »

Priestley , mort en 1806, vécut assez pour voir se réaliser une partie de ses prédictions, puisqu'il a eu connaissance de la pile et de ses effets chimiques.

Depuis 17G7, l'électricité a continué sa marche progressive ; en 1790 , parut la découverte de Galvani, qui a conduit à celle de la pile Yolta, en attendant, préludait à son immortelle découverte en perfectionnant l'électrophore découvert perVilke, et dotant la physique de l'eudiomètre et de l'électroscope condensateur; Coulomb découvrait les lois des attractions et répulsions électriques et magnétiques, ainsi que la distribution de l'électricité sur la surface des corps.

L'expérience fondamentale de Galvani fut le sujet de vives discussions entre Galvani et Volta, auxquelles prirent part tous les physiciens et les physiologistes de l'époque, qui formèrent alors deux camps ; tous les esprits se préoccupaient du galvanisme et de ses conséquences pour l'étude des phénomènes de la vie et même des phénomèmes naturels.

Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, était du nombre de ceux qui attendaient beaucoup de l'électricité. En 179G (1), les événements militaires ayant mis dans la nécessité de livrer au pillage la ville de Pavie, le général en chef donna l'ordre d'épargner la maison de A r olta et celle de Spallanzani; dans la crainte de méprise de la part des soldats, les officiers entourèrent eux-mêmes ces deux maisons. Conduite digne des temps antiques , et qui honore autant Napoléon que les savants qu'il a protégés.

Deux ans après, le général Bonaparte, porté par sa fortune en Egypte, s'entretenait souvent sur son vaisseau, avec les savants qui l'accompagnaient, de questions scientifiques. Un jour il leur tint un langage qui rappelait celui de Priestley (2) : •> Newton, en découvrant les lois de la gravitation universelle,

(1) Tliiers, Histoire de la Révolution française, t. III, p. 383.

(2) Rapporte à l'un cie nous par Costaz.

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« a fait une œuvre de géant, mais celui qui trouvera celles de « l'attraction à de petites distances résoudra une question d'un « ordre plus élevé : dans l'attraction universelle, la matière est • soumise à une seule force ; dans l'attraction moléculaire, d'au- « très forces interviennent, et probablement l'électricité. »

Aapoléon, premier consul, assistait le 1G brumaire an i\, comme membre de la première classe de l'Institut, à la séance où Volta lisait la seconde partie de son mémoire sur la pde ; émerveillé de l'importance de la découverte, il prit la parole et engagea la classe à faire plusieurs expériences qu'il indiqua et qui furent faites plus tard; il proposa ensuite de lui décerner une médaille d'or qui lui fut accordée sur un rapport de M . Biot.

Peu de temps après , il fonda un prix de 3 , 000 francs ( 1 ) pour la meilleure expérience qui serait faite dans le cours de chaque année sur le fluide électrique, et un encouragement à celui qui, par ses expériences et ses découvertes, ferait faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'avaient fait faire Franklin et Yolta, et ce, au jugement de la première classe de l'Institut. Dans la lettre qu'il adressait à ce sujet à la classe, on trouve ce passage : « Mon but spécial étant d'encourager '< et de fixer l'attention des physiciens sur cette partie de la phy- « sique, qui est, à mon sens, le chemin des grandes découvertes. »

En 1808, Napoléon, empereur, fit répéter devant lui aux Tuileries, par Gay-Lussac et Thenard, l'expérience de la décomposition des alcalis au moyen de la pile, en présence de Monge, lïertholet, Chaptal etCorvisart; il resta frappé d'admiration en voyant apparaître au pôle négatif les métaux des alcalis, et, se tournant du côté de Corvisart, il lui adressa ces paroles remarquables : « Docteur, voilà l'image de la vie : la colonne vertébrale <• est la pile; le foie, le pôle négatif; la vessie, le pôle positif (2). ■< Cette idée servit de base à Wollaston pour établir une théorie des sécrétions, qui, si elle n'est pas exacte, a eu du moins l'avantage de lui faire faire, pour la vérifier, plusieurs expériences intéressantes.

(i) Mémoires de Vlnstitut, t. V, p. 197.

(2) Paroles rapportées a l'un de nous par Chaptal

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Bevenous aux différentes histoires de l'électricité. En 1802, parut le premier volume (en deux parties) d'une histoire du galvanisme en deux volumes par Sue, et dont le dernier (également en deux parties) ne fut publié qu'en 1805. Il serait trop long de mentionner les noms de tous ceux qui ont développé, commenté la découverte de Galvani , puisque le nombre en dépasse cent. Nous nous bornerons à dire que l'on trouve dans cet ouvrage une foule d'indications précieuses sur les mémoires et publications qui parurent de 1791 à 1805 sur le galvanisme.

En 18.33, M. A. Delarive inséra dans la Bibliothèque universelle de Genève une esquisse historique des principales découvertes faites dans l'électricité quelques années avant, ouvrage dans lequel ce célèbre électricien a fait preuve de cet esprit d'observation et d'anniyse que l'on retrouve dans tous ses travaux. La première partie est consacrée à un aperçu sur l'histoire de l'électricité jusqu'en 1820, époque de la découverte d'Œrsted. La seconde partie est relative aux progrès qu'a faits l'électricité depuis 1820 jusqu'en 1833, et comprend les travaux d'Ampère sur l'électro-magnétisme, jusqu'à l'induction. Aucune des découvertes importantes faites pendant cette période n'a été omise. 1.1. Delarive en a rendu compte avec une impartialité et une bienveillance qu'on ne trouve pas toujours dans les auteurs, et dont on ne saurait trop le féliciter. C'est dans cet esprit qu'il a analysé les travaux d'OKrsted, d'Ampère, d'Arago, de Davy , d'Herschel, de MM. Barlow, Faraday, Becquerel, Delarive, Henry, Moll, etc.

En 18.34, l'année d'après, parut le précis historique de l'électricité et du magnétisme, formant le premier volume du Traité expérimental d'électricité, en 7 volumes, de l'un de nous. Dans cet ouvrage l'auteur, tout en donnant un précis bis torique de l'électricité, s'est attaché particulièrement à la partie électro-chimique dont il s'occupait le plus alors.

De 1833 à 1841, l'électricité ayant fait de nouveaux progrès, M. Delarive crut devoir publier en tète du premier volume des Archives de l'électricité, dont il était éditeur, une esquisse de l'état de nos connaissances en électricité, qu'il a tracé avec le

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