CHAPITRE II
Découvertes de Galvani, de Volta , de Davy et d'autres physiciens, jusqu'en 1820.
§ I. Découvertes de Galvani el de Volta.
Après les travaux de Coulomb, la science électrique se trouvait dans un état stationnaire, lorsqu'une découverte inattendue vint lui imprimer une impulsion nouvelle.
Sulzer, vers 1782, avait consigné, dans sa Théorie générale du plaisir, un fait auquel on ne fit aucune attention, et qui devait se rattacher à la plus grande découverte des temps modernes, celle de la pile : «Si Ton joint, dit-il. par l'un de leurs bouts deux lames do métal, l'une de plomb, l'autre d'argent, et que l'on pose l'une d'elles sur la langue et l'autre au-dessous, on éprouve une sensation assez analogue à celle que produit le sulfate de fer, et l'on aperçoit en même temps une lueur légère. » Sulzer en tira la conséquence que la jonction des deux métaux opère une vibration de leurs particules, laquelle est transmise aux papilles nerveuses. Ce fait passa inaperçu jusqu'en 1790, époque où le hasard, mais un de ces hasards heureux dont l'homme de génie sait seul tirer parti, conduisit Galvani , professeur d'anatomie à Bologne, à la découverte d'un principe fondamental qui devait exercer la plus grande influence sur le développement des sciences physico-chimiques. Laissons parler Galvani (l) :
« Je disséquai une grenouille, et la préparai comme l'indique la « figure (cette préparation est celle qui est encore en usage pour « exciter la grenouille), el, me proposant d'en faire tout autre chose, « je la plaçai sur une petite table où se trouvait une machine élec- « trique; elle n'était séparée du conducteur que par un petit inter- « valle. Une des personnes qui m'aidaient ayant approché légôre- « ment, par hasard, la pointe d'un scalpel des nerfs cruraux de
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« cette grenouille, aussitôt tous ses muselés se contractèrent de « telle sorte qu'on aurait dit qu'ils étaient agités par les plus fortes « convulsions; une autre personne, qui faisait avec, moi des expé- « riences sur l'électricité , remarqua que ce phénomène avait lieu « seulement lorsqu'on tirait une étincelle du conducteur de la mate chine. Tandis que j'étais occupé d'autre chose et que je réfléchis- « sais en moi-même, cette personne, étonnée de ce fait, vint aussici tôt m'avertit 1 ; Pour cela, je suis d'un zèle incroyable, et, brûlant «du désir de répéter l'expérience, je voulus mettre au jour la « cause inconnue de ce phénomène. En conséquence, je touchai « moi-même , avec !a pointe du scalpel , l'un et l'autre des nerfs « cruraux, tandis qu'un de ceux qui étaient présents tirait une étin- « celle : le phénomène se présenta de la même manière ; je vis de a fortes contractions dans les muscles des membres, comme si « l'animal avait été pris du tétanos , et cela au moment même où n l'on tirait des étincelles. » La contraction produite était due évidemment à un effet de choc en retour.
Galvani, en variant les expériences, trouva que sur les animaux vivants les contractions étaient moins fortes que sur les animaux morts; que, parmi les premiers, les plus propres à manifester les contractions étaient ceux dont l'âge était le plus avancé , les muscles plus blancs , etc. Mais la découverte la plus importante est celle qui est relative à l'influence des métaux différents dont il armait les muscles et les nerfs, et dont le simple contact suffisait pour produire les contractions. Cette expérience capitale a servi de point de départ à Volta pour découvrir la pile : mais à Galvani appartient l'honneur d'avoir posé le premier jalon.
Galvani, pour expliquer ce phénomène, imagina une théorie qui fut d'abord vivement combattue, abandonnée, puis reprise à la suite d'observations faites dans ces derniers temps : il supposa qu'il existait une électricité propre au système des animaux, laquelle passait des nerfs aux muscles par une loi analogue à celle de la décharge de l'électricité dans la bouteille deLeyde; il admettait encore que l'électricité était sécrétée dans le cerveau, que le réservoir était les muscles, et que les nerfs ne servaient que de conducteurs.
Volta, déjà célèbre par la découverte de l'électrophore, de l'électromètre condensateur et de l'eudiomètre , combattit cette doctrine, et s'appliqua à démontrer qu'il n'existait pas d'électricité propre aux animaux , que ces derniers n'étaient que de simples conducteurs à cause de l'humidité dont toutes leurs parties étaient