CHAPITRE IV
Électro-dynamique et électro-magnétisme.
§ I". Découverte d'OErsted et travaux d'Ampère.
En 4820, une découverte capitale vint imprimer à l'électricité une impulsion nouvelle, comme avaient fait celles de Galvani en 1790, et de Volta en 1800. Cette découverte parut inopinément : on apprit à Paris, en juillet 1820(1) qu'QErsted, professeur de physique à Copenhague, guidé par des vues 1 théoriques, publiées vingt ans auparavant, sur la constitution moléculaire des corps , venait d'annoncer dans un ouvrage écrit en latin ( Expérimenta circa effcclum , etc.), qu'une aiguille aimantée, placée à peu de distance d'un fil de métal joignant les deux extrémités d'une pile, éprouvait de la part de ce fil une action résolutive telle que, si l'aiguille se trouvait au-dessus ou au-dessous , à droite ou à gauche , elle était aussitôt déviée à angle droit, dans un sens ou dans un autre, et s'inclinait en haut ou en bas, selon le sens de la décharge. Cette expérience fut faite par Œrsted en présence de ses élèves, sans préparation préalable , et le fait annoncé par lui comme une déduction de ses idées théoriques. Cette découverte causa - * une surprise d'autant plus grande que si, à diverses époques, on avait cru voir des rapprochements entre les effets des aimants et ceux de l'électricité , les essais tentés jusque-là, même ceux de Ritter, pour déterminer l'influence exercée par la pile sur l'aiguille aimantée, n'avaient donné aucun résultat satisfaisant.
A l'observation seule de ce fait qui , à la vérité, est du premier ordre, se borne la part qui revient à Œrsted dans la découverte de l 'électro-magnétisme; il laissa à d'autres physiciens le mérite de compléter son œuvre, dont il aplanie le premier jalon.
72 DE L IXF.CTIUCITi: IT DV MAGNETISME.
Ampère , aussitôt qu'il eut connaissance de l'expérience fondamentale d'CErsted , commença une série de recherches dont les résultats réunis constituent l'électro-magnétisme (2).
Le 18 septembre 18-20, il communiqua un premier mémoire à l'Académie des sciences, dans lequel il réduisit les phénomènes observés par QErsted à deux faits principaux ; il démontra que l'action de la force électro-dynamique existe également dans toutes les parties du fil conducteur, ainsi que dans la pile; il donna la loi générale qui détermine le sens de l'aiguille dans chaque cas particulier, en donnant le nom de direction du courant à celle suivant laquelle se meut l'électricité positive; il donna le moyen de reconnaître le sens du courant, afin qu'il n'y eût pas de confusion à cet égard entre les physiciens. Il décrivit dans le même mémoire les instruments qu'il se proposait de faire construire, particulièrement les spirales et les hélices qu'il annonça devoir produire les mêmes effets que les aimants ; il exposa en même temps ses idées sur les propriétés des aimants, dues suivant lui à des courants électriques circulant autour des molécules, dans des plans perpendiculaires à leur axe. On voit donc que, dès l'origine de ses recherches, Ampère jeta les bases de l'électro-magnétisme ; ses travaux ultérieurs n'ont été que les développements des vues exposées dans son premier mémoire.
Le 25 septembre, Ampère exposa à l'Académie des "sciences le résultat de .ses recherches sur les actions les uns sur les autres, des circuits parcourus par des courants électriques suivant qu'ils cheminent dans le même sens ou dans un sens différent, et le 9 octobre , il montra quelles étaient les actions exercées de la part des courants sur des circuits fermés.
Pendant qu'Ampère découvrait l'action des courants les uns sur les autres, et cherchait à établir l'identité entre le fluide électrique et le fluide magnétique, Arago (3) examinait l'espèce de modification qu'éprouve un fil de métal parcouru par un courant électrique ; il plaça à cet effet, à peu de distance du fil, de la limaille de fer, qui fut attirée parle conducteur, et s'y déposa transversalement enformantdes anneaux concentriques. La limaille tomba aussilôUque le courant fut interrompu. Bientôt après, par un procédé déduit des idées théoriques d'Ampère, il aimanta des aiguilles et des barreaux d'acier placés dans la partie intérieure d'un fil conjonctif enroulé en hélice sur une portion de sa longueur. En plaçant plusieurs hélices à la suite les unes des autres et dont les spires tournaient alternative-