CHAPITRE I
pailles. De Saussure, en 1785*adaptaà l'électromètre de Cavallo une tige métallique de plusieurs décimètres de long, dans le but d'étudier l'électricité atmosphérique. Deux ans après, Volta augmenta la puissance de cet appareil en fixant à l'extrémité supérieure de la lige métallique de de Saussure une simple mèche enflammée, pour échauffer l'air environnant, le rendre meilleur conducteur, et faciliter, par le renouvellement de l'air dû à l'ascension des gaz brûlés, l'écoulement de l'électricité. Enfin Coulomb construisit un des électromètres les plus délicats que l'on connaisse, et qu'il appela électroscope , en remplaçant le fil de métal de la balance de torsion par un fil simple de cocon.
§ HI. Des divers moyens de provoquer la production de l'électricité.
Vers le commencement du dix-huitième siècle, on reconnut que le frottement n'était pas le seul moyen à l'aide duquel on provoque la puissance électrique dans les corps. Un minéral jouissant de propriétés attractives, quand il était chauffé, attira l'attention des physiciens. Ce minéral fut apporté par les Hollandais des Indes orientales, et surtout de l'île de Ceylan , où les naturels lui avaient donné le nom de tournamal ou lire-cendre , en raison de la propriété qu'il acquiert d'attirer les cendres quand on le jette au feu; il porte actuellement le nom de tourmaline.
Lémery (28) annonça pour la première fois, en 1717, quelquesunes des propriétés de cette pierre, qui jouissait, disait-il, après avoir été chauffée, de la propriété d'attirer et de lepousser les corps légers qu'on lui présentait à la manière des corps électrisés.
jEpinus reconnut que ce phénomène était dû à l'électricité dégagée par la chaleur ; Canton (29) remarqua qu'il n'avait lieu que par élévation ou abaissement de température, et qu'en brisant la pierre, quand elle était électrique , chaque fragment jouissait de la polarité électrique.
Les poissons électriques, qui avaient attiré l'attention des philosophes de l'antiquité, furent aussi, au commencement du dix-huitième siècle, le sujet des recherches des physiciens. On attribuait jadis les secousses vives que produisait la torpille, le gymnote et le silure, en les touchant, à une faculté engourdissante qui leur était propre. Réaumur, en 1714, essaya de donner une autre explication, sans faire intervenir l'électricité. Aussitôt que Muschcnbroeck eut reçu la commotion de la bouteille de Leyde, il la compara à la secousse
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que donne la torpille , sans pouvoir toutefois établir l'identité entre les deux phénomènes. On commença , d'après ce simple rapprochement, à appeler poissons électriques tous ceux qui donnaient la commotion.
En 1772, Walsh reconnut que l'on recevait la commotion de la torpille quand on la touchait avec un corps bon conducteur, et non avec un mauvais; qu'elle exerçait à volonté une action à distance sur les petits poissons dentelle voulait faire sa proie. Le même observateur, en expérimentant sur le gymnote ( anguille de Surinam) avec un corps conducteur dans lequel se trouvaient des solutions de continuité ,. aperçut une lueur semblable à celle de l'étincelle électrique. A ces observations se bornent les recherches des physiciens du dernier siècle sur les propriétés des poissons électriques.
Un autre mode de production d'électricité attira vivement leur attention , nous voulons parler du dégagement d'électricité par influence , qui a lieu dans un corps conducteur isolé placé à peu de distance d'un corps électrisé. Les phénomènes qui s'y rapportent paraissent avoir été observés pour la première fois par les missionnaires de Pékin (30). Ils annoncèrent, en 1735, que l'électricité qui était ainsi développée par l'action d'un corps électrisé, se montrait ou disparaissait suivant que les corps étaient séparés ou en contact immédiat. Canton, /Epinus, Wilke, Franklin, Beccaria et Voila s'occupèrent de cette importante question. Nous devons cependant faire remarquer que Canton (31) avait parlé du dégagement d'électricité par influence dans un mémoire lu à la Société royale le C décembre 17&3, deux ans , par conséquent, avant que les lettres des missionnaires parussent en France, et quelques années après la découverte de la bouteille de Leyde. Wilke et .Epinus se sont beaucoup occupés de celte partie de l'électricité.
Volta appliqua le principe du dégagement de l'électricité par influence à la construction de l'électrophore, appareil composé d'un gâteau de résine et d'un disque de cuivre, auquel est adapté un manche isolant pour le soulever sans le toucher. Il suffit de frapper la résine avec une peau de chat pour avoir une source continuelle d'électricité, en posant dessus le disque et le touchant du doigt avant de l'enlever. Volta ne tarda pas à transformer son électrophore en condensateur très-sensible, dont le principe avait été donné par ./Epinus (31'); véritable microscope qui décèle la présence du fluide électrique là où on ne la soupçonnait pas jadis.
On avait remarqué souvent qu'un homme placé loin de l'endroit
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où la foudre éclatait était exposé à être dangereusement blessé ou à perdre la vie, par suite de l'explosion : lord Mahon (3-2) rapporta cet effet, appelé choc en retour, à une action par influence.
Le 6 mars 1781, Lavoisier et Laplace annoncèrent à l'Académie des sciences que les actions chimiques donnaient lieu à un dégagement d'électricité; mais ils ne tirent paraître leur mémoire (33) que deux mois après. Ce mémoire avait pour titre ; Sur l'électricité qu'absorbent les corps qui se réduisent en vapeur. Ils firent voir que, dans la réaction de l'eau acidulée par l'acide sult'urique sur la limaille de fer, il se dégageait suffisamment d'électricité pour tirer une assez vive étincelle. La combustion du charbon leur donna, avec le condensateur, de l'électricité négative. Le titre du mémoire, l'exposé des expériences et les conséquences qu'ils en tirèrent prouvent que Lavoisier et Laplace attribuaient seulement l'électricité dégagée au changement d'état des corps. Les effets, au surplus, étaient tellement complexes que ces savants ne purent en déduire aucune loi.
De Saussure (34) s'occupa, de son côté, de la même question, mais, de même, sans pouvoir la résoudre; dans ses expériences il y avait décomposition de l'eau, oxydation du feret dégagement d'hydrogène, trois causes qui donnaient de l'électricité. En opérant avec une masse de fer chauffée au rouge qu'il projetait dans un vase de fer contenant une petite quantité d'eau, il obtint des effets électriques qu'il attribua à la volatilisation de l'eau précédée d'une ébullition.
Volta 1 (35), en suivant à peu près le même mode d'expériences, a été conduit aux mêmes conséquences que Lavoisier et Laplace.
De Saussure (30) reprit les expériences de Volta , mais sans plus de succès, par la raison toute simple que plusieurs causes concouraient à la production des effets observés; n'ayant pu obtenir d'électricité avec un linge mouillé isolé et placé devant un grand feu, il en conclut que l'évaporation sans ébullition ne donnait pas de l'électricité. La question qui avait occupé Lavoisier, Laplace, Volta et de Saussure ne fut résolue qu'après la découverte d'QErsted, comme on le verra dans un autre chapitre.
§ IV. Effets divers produits avec l'électricité.
Quand on eut découvert la machine électrique , on obtint des étincelles capables d'enflammer l'éther . l'alcool, et des corps combustibles (37). Les effets de combustion furent plus marqués en em-
M Dli L'ÉLECnaiClTi M DU magnétisme.
ployant la bouteille de Leyde et des batteries formées de la réunion d'un certain nombre de ces bouteilles.
Le docteur Watson, en 1764, annonça que, lorsque l'électricité traverse un fil de métal suffisamment fin, ce fil s'échauffe jusqu'à l'incandescence, et tombe ensuite en gouttes qui brûlent le papier.
Canton, ayant opéré sur un fil de laiton, reconnut sur le papier, avec la loupe, à l'endroit où les gouttes étaient tombées, des particules de cuivre arrondies , et ne put trouver aucune trace du zinc qui avait élé évidemment brûlé.
Déjà, à cette époque, on commençait à rechercher l'influence de l'électricité comme force chimique; Franklin avait observé que le fer était rongé à force d'être exposé à des étincelles souventrépétéejs. Priestley, qui rapporte ce fait (38), ajoute: « N'est-il pas possible de « changer les couleurs bleues des végétaux en rouge , par quelque « application de l'électricité? Je crois avoir entendu dire qu'on l'a- « vaitfaità Edimbourg. » Beccaria (39) parvint à fondre le verre et le borax avec des décharges électriques; il revivifia des métaux de leurs oxydes, et décomposa le sulfure du mercure. Il observa aussi le premier qu'en faisant passer des étincelles dans l'eau, entre deux fils conducteurs, il s'élevait des bulles de gaz. S'il eût recueilli ces bulles pour déterminer leur nature, il aurait découvert la composition de l'eau au moyen de l'électricité.
Priestley observa, la première fois qu'il fit usage d'une batterie électrique, qu'à chaque décharge il s'élevait une poussière fort noire, même lorsque la chaîne de cuivre à travers laquelle s'opérait la décharge était très-propre. Le papier sur lequel était posée la chaîne était marqué d'une trace noire, comme s'il eût été brûlé dans les endroits où les chaînons l'avaient touché. Ayant examiné avec soin la nature de la fumée noire, il reconnut qu'elle provenait du métal même, qui avait éprouvé cette modification, et la considéra comme une combinaison de la chaux du métal avec le phlogistique.
Cavendish, en 1781 , produisit de l'eau en faisant détoner au moyen de l'électricité un mélange d'un volume d'oxygène et de deux volumes d'hydrogène. Il combina également , à l'aide de l'étincelle, les deux éléments de l'air, l'azote et l'oxygène, d'où résulta de l'acide nitrique dont il détermina la composition (39'). Volta, à peu près à la même époque, construisit la lampe, à gaz hydrogène et l'eudiomètre, avec lequel il a analysé l'air au moyen de l'étincelle électrique (48).
Van-Marum(40) fit également des observations intéressantes ton-
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cliant le pouvoir chimique de l'électricité. Ses recherches se trouvent consignées dans unouvrage en quatre volumes in-4°, publié de 1785 à 1798, et dans lequel il a donné la description d'une très-grande machine électrique qui se trouve encore dans le musée de Teyler, à Harlem. Il a observé avec cette machine :
1° L'inflammationdela poudre à canon, celle de l'amadou et d'autres substances inflammables. 2° Les effets produits en faisant passer la décharge dans différents gaz : l'oxygène acquiert une odeur trèsforte, analogue à celle qui est produite dans la décharge au travers de l'air, première indication de l'ozone (40) ; l'hydrogène placé dans une éprouvette sur le mercure rougit un peu l'infusion de tournesol ; l'air ordinaire , placé sur une infusion de tournesol, diminue de volume, et la couleur de l'infusion devient rougeàtre(41). 3° La calcination des métaux dans l'air (oxydation ) et dans différents gaz ; des expériences sur l'influence de l'électricité sur le pouls, sur l'irritabilité des plantes , sur la revivification des oxydes métalliques, etc.
A toutes ces indications se bornent les observations faites, dans le siècle dernier, sur l'action chimique de l'électricité à forte tension.
Beccaria avait avancé que l'électricité transportait avec elle les substances légères qui se trouvent sur son passage; Priestley vérifia ce fait (-41 '). On doit aussi à ce dernier des expériences intéressantes sur les taches circulaires faites sur des lames de métal par de fortes explosions électriques (4L).
Nairne, en 1780, trouva que des fils métalliques traversés par des décharges étaient raccourcis (41 3 ).
§ V. Application de l'électricité à la physiologie et à la médecine.
Les propriétés physiques, chimiques et mécaniques de l'électricité , qui se découvraient de jour en jour, frappaient tellement les" esprits par leur singularité que de toutes parts on voulut appliquer cet agent à la végétation, à la physiologie et à la médecine.
On commença par chercher l'influence qu'il pouvait exercer sur la germination et la nutrition des végétaux. Un avança que l'électricité atmosphérique agissait efficacement, et que, dans les années orageuses, les récoltes de céréales et de légumineuses étaient plus abondantes que dans les années ordinaires; mais, si l'on eût tenu compte des effets produits par la température élevée de l'air et les vapeurs qui accompagnent toujours les orages dans les saisons où ils éclatent, on eût été plus circonspects dans les conséquences qui fu-
lu de l'électricité et du magnétisme.
rcnt déduites des observations. Les expériences de Bertholon et de Jaliibert qui se rapportent à ce sujet, et qui concernent l'inlluence exercée par l'électricité sur la végétation, n'ont aujourd'hui aucune valeur scientifique.
Les applications à la physiologie et ;t la médecine furent trèsnombreuses, tant on était persuadé que l'électricité était un principe universel; on doit faire remonter à la découverte de la bouteille de Leyde les premières expériences faites dans le but de déterminer l'influence de l'électricité sur l'économie animale.
Cette expérience produisit un effet tel sur ceux qui reçurent les premiers la commotion , que Muschenbroeck écrivait à Réauinur qu'il ne la répéterait pas, quand bien même on lui donnerait la France entière. L'impression morale qu'il éprouva fut telle, a-t-il dit, qu'il en perdit la respiration, et que deux jours après il était à peine revenude l'émotion et du malaise qu'il en avait ressentis. Winkier assura aussi que la première décharge de la bouteille de Leyde lui avait occasionné une crampe dans tout le corps, et que son sang en avait été tellement agité que, craignant une fièvre chaude, il avait eu recours à des remèdes rafraîchissants. Les préjugés sur les dangers de l'expérience de Leyde s'étant affaiblis, on s'occupa de son application médicale.
Nollet parait être le premier qui ait mis en pratique l'électricité en médecine; il commença par chercher les effets que produisait cet agent sur les liquides pendant une action prolongée: il observa qu'il accélérait leur évaporation, et que celle-ci était d'autant plus forte que les vases qui les renfermaient avaient une ouverture plus large et étaient formés de substances conduisant mieux l'électricité. Boze, dans le même temps , observait que l'eau électrisée sortait des tubes capillaires sous l'orme de rayons, au lieu d'en sortir goutte à goutte, comme lorsqu'elle ne l'était pas. Ces deux expériences furent regardées comme fondamentales par tous les physiciens qui s'occupèrent de l'application de l'électricité à la médecine. Un se livra à des recherches touchant les effets produits par l'électricité sur les corps organisés ; on tua des animaux, on fit périr des plantes, etc.
Lorsque l'on découvre dans la nature un agent énergique , l'homme qui souffre et celui qui cherche à apporter des adoucissements à ses maux essayent son action sur les organes malades, dans I espoir d'arriver à une guérison vainement tentée par d'autres moyens. 11 n'est donc pas étonnant que, dans le dix-huitième siècle.