CHAPITRE XI. 2G
paralysie. Ce traitement a produit quelquefois des effets avantageux, d'autres fois une amélioration sensible; le plus souvent il n'a pas répondu à ce qu'on en attendait. M. Magendie (33) en a fait usage quelquefois avec succès dans l'affaiblissement de la vue, provenant d'une amaurose incomplète; il dirigea à cet effet le coulant à travers les nerfs de l'orbite. On l'emploie aussi dans la surdité et l'aphonie incomplètes, en excitant les nerfs auditifs. Lorsque la paralysie est complète et que la vie est éteinte dans les nerfs, les courants électiiques sont impuissants pour rendre aux muscles la faculté de se contracter.
MM. Marianini (34), Nobili (35), Matteucci 36 . ont donné chacun une méthode de traitement pour la paralysie. Marianini recommande que l'on ait égard au sens du courant : Nobili conseille les courants discontinus; dans le tétanos, au contraire, il préfère le premier mode.
M. àndrieux (37), dans un travail sur l'élei tricité médicale, a cn\ isagé l'emploi sous un point (le vue général, el restreint beaucoup
le cas des maladies dans lesquelles on peut employer l'électricité
avec succès.
M. Masson 38 , dans un travail sur l'induction, avait montré que l'on pouvait faire contracter un muscle en posant sur la peau, en certains endroits, les conducteurs dr l'appareil électrique. Ce mode d'employer l'électricité a été généralisé depuis par M. Duchenne ; en effet, .M. Duchenne (39] fait contracter ici ou tel muscle en appliquant seulement à la surface de la peau des conducteurs humides, des tiges métalliques pourvues d'épongés imbibées d'eau salée, et dirigeant convenablement l'action îles courants. Si la peau est sèche, ainsi que les excitateurs, l'électricité ne traverse pas le derme et produit des étincelles sans phénomènes physiologiques ; si l'un des excitateurs est humide et l'autre sec. le point touché par l'excitateur éprouve une sensation superficielle cutanée. Lorsque la peau est légèrement mouillée, la sensation superficielle cutanée est sensiblement plus forte ; mais, en rendant humides la peau et les excitateurs , il se produit des phénomènes de contraction et de sensibilité très-variables suivant qu'on agit sur un muscle ou sur un nerf; dans ce dernier cas, on détermine une vive douleur. C'est par de tels moyens que M. Duchenne est parvenu à arrêter l'effet de l'électricité sur la peau, et à le limiter à volonté dans les organes qu'elle recouvre. Ce procédé permet donc, comme les précédents, mais avec plus de facilité, d'exciter seulement les
parties malades dans certains cas de paralysie , et peu à peu de faire mouvoir les muscles qui avaient perdu toute faculté de contraction.
On doit à M. Alfr. Becquerel (-40) des observations intéressantes sur l'emploi de L'électricité dans les maladies, et qu'il a eu l'occasion de faire dans sa pratique médicale. Il a constaté, comme Marshall l'avait établi et M. Duchenne l'avait vérifié, que la contractilité électro-musculaire demeure intacte dans les muscles paralysés sous l'influence d'une hémorragie cérébrale; il a trouvé que, dans plusieurs cas de la maladie de la moelle, l'intensité de la contractilité électro-musculaire est en raison directe de la conservation du mouvement volontaire, et qu'elle ne disparaît en totalité que dans le cas où la paralysie est complète et le mouvement volontaire n'existe plus.
Dans les maladies de la moelle épinière, M. Alfr. Becquerel conseille les bains de pied électriques sous l'influence desquels la presque totalité des muscles inférieurs se contractent en même temps. Quant aux paralysies nerveuses, suivant lui, on ne doit avoir recours au traitement électrique que lorsque les autres agents thérapeutiques ont échoué.
L'électricité voltaïque peut aussi servir utilement à appliquer un moxa dans les régions les plus profondes du corps, comme l'a fait le docteur Palaprat vers 18-28 (41). On introduit , à cet effet, dans la partie affectée une aiguille de platine, que l'on met en communication avec l'un des pôles d'une pile à larges surfaces, tandis que l'autre est en relation au moyen d'une plaque métallique, avec une partie du corps voisine de celle où est l'aiguille. A l'instant où le circuit est fermé, l'aiguille s'échauffe jusqu'à l'anneau de cuivre et produit l'effet du moxa.
M. le docteur Middeldorpff (42) a publié un travail important sur ces cautérisations; après avoir modifié la manière de les appliquer, il résume ainsi les avantages de ce mode de traitement :
1° L'absence d'hémorragie;
2° La rapidité et l'énergie d'action;
3° La limitation exacte des effets de l'opération;
4" La possibilité de brûler et de couper des parties profondes qui sont absulument inaccessibles à l'instrument tranchant ;
b° La production de bourgeons charnus de bonne nature ;
(j° 11 évite au malade la terreur que lui cause toujours l'emploi du fer rouge.
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M. J. Regnault a étudié les différents effets des cautérisations galvaniques, et en a signalé les avantages et les inconvénients.
M. le docteur Alfr. Becquerel a déduit de ses expériences que l'opérateur se trouvait entre deux écueils : ou de fondre le fil métallique, ou de ne pas le porter à la température nécessaire pour produire une vraie cautérisation. Du reste, les fils métalliques qui sont placés dans l'organisme se refroidissant par contact sont dans des conditions à exiger un courant plus fort pour être portés à la même température rouge que lorsqu'ils sont dans l'air, voir page 2il ; c'est un point auquel les praticiens doivent avoir égard.
L'électricité atmosphérique à très-forte tension, comme la foudre, ou agissant par influence ou par simple écoulement, a été invoquée comme moyen thérapeutique. Des ouvrages spéciaux ont été publiés à ce sujet. M. Boudin (43) cite des exemples de guérison par la foudre, telles que des affections rhumatismales, paralysie de membres, d'amauroses, etc.; il décrit dans son ouvrage tous les effets physiologiques qui ont été observés jusqu'ici sur l'homme qui a été foudroyé, et les moyens médicamenteux à employer pour rappeler à la vie quand il n'y a fias de lésions organiques profondes.
On a attribué à l'action par influence dans les temps orageux le malaise et l'agitation qu'éprouve quelquefois l'homme en bonne santé ou dans un étal morbide; mais a-t-on bien fait la part de l'influence que l'on doit attribuer à une température élevée et humide, et surtout à l'effet moral, dont on ne tient pas toujours compte dans ces circonstances?
On a invoqué encore l'influence, principalement sur les phénomènes di 1 la respiration, de l'ozone qui est produit dans les décharges électriques, même les plus faibles; mais on n'a encore mis en avant que de simples allégations, sans apporter de preuves convaincantes.
L'électricité atmosphérique pendant son écoulement vers la terre par l'intermédiaire de l'homme, des animaux, des arbres, des plantes et de tous les corps qui forment saillie au-dessus du sol, doit donner lieu à des effets chimiques dont ou ignore l'influence dans les phénomènes de la vie. Les feuilles et les branches par lesquelles entre l'électricité positive de l'air sont les surfaces polaires négatives relativement à l'air; les racines qui prennent l'électricité négative à la terre sont, au contraire, les surfaces polaires positives à l'égard de la terre. Ainsi les alcalis et l'hydrogène prove-
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liant de l'action électro-chimique tendent donc à se porter à la périphérie des feuilles; les acides et l'oxygène, à celle des racines. Indépendamment de ces effets, il faut avoir égard à ceux qui résultent des courants électriques, dont il a été fait mention page 171.
En terminant, nous indiquerons d'une manière générale, d'après M. le docteur Alfr. Becquerel (44), les circonstances dans lesquelles l'électricité peut être employée avec succès, lorsqu'il s'agit de rétablir, 1° la contractilité dans les muscles qui en sont privés; 2° la sensibilité générale ou la sensibilité spéciale des organes d'un sens, abolie ou simplement diminuée, lorsqu'il est nécessaire de ramener ii leur type normal la contractilité et la sensibilité exagérées ou perverties, et de produire une révulsion cutanée. Il faut avoir égard, en outre, dans l'administration de cet agent : 1° à la sensibilité nerveuse; 2° à l'idiosyncrasie électrique; 3" aux maladies anciennes; A" aux maladies aiguës ou chroniques ; ri° à la persistance d'une lésion organiques ayant déterminé le phénomène morbide contre lequel on emploie l'électricité.
Les recherches de MM. Marianini, Nobili, Matteucci, Longet. Dubois-Reymond, etc., ont beaucoup ajouté à nos connaissances touchant l'action physiologique de l'électricité. Quant à l'action thérapeutique de l'électricité, on a déjà obtenu de bons résultats dans l'emploi des courants interrompus pour stimuler une organe qui est dans un état d'inertie, et dans celui des fils chauffés au rouge pour opérer des cautérisations ou des sections.