‹ Résume ́de l'histoire de l'électricité et du magnétisme, et des applications de ces sciences à la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 96 sur 103 · CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

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le second lieu l'indication du mot ou de la lettre que le premier observateur aura voulu transmettre.

Cette idée ne fut pas suivie, et il faut aller jusqu'en 1771 (18) pour retrouver une tentative faite d'après une disposition analogue et qui est due à un Français, nommé Lesage, établi à Genève. Lomond 10), en 1787, employa un seul fil, et, d'après le plus ou moins d'écartement d'un pendule, chercha à transmettre des signes différents. Reiseren I79i, Cavaïloen 1795, Salva et l'Infant don Antonio en 17%, Bétancourt vers la fin du siècle dernier, et enfin Ronaldsen 1823(19"), essayèrent d'utiliser les effets d'attraction ou les actions chimiques ducs à l'électricité statique, pour atteindre le même but. Ce dernier imagina de faire tourner un cadran portant des lettres qui venaient se placer successivement devant une petite ouverture; c'est la première fois que cette idée s'est présentée comme moyen télégraphique.

La décou\ cite de la pile pai Volta, au commencement du siècle, en montrant que l'électricité sous l'orme de courant n'offre pas la même tension que les sources d'électricité statique, a permis d'imaginer de nouvelles formes pour les appareils à l'aide desquels on se proposaitde transmettre des signaux ; c'est ainsi que Coxe en isio, et Sommering en 1811, proposèrent de se servir des propriétés électro-chimiques de l'électricité voltaïque ; ce dernier construisit même à Munich un appareil dans lequel vingt-quatre fils, correspondant aux lettres de l'alphabet, étaient en relation avec autant d'appareils à décomposer l'eau, lesquels servaient à indiquer, par l'effet produit sur le liquide, le signe que l'on voulait transmettre.

Mais, aussitôt après la découverte d'Œrsted, en 1K-20, Ampère, dont les travaux ont créé en quelques mois l'éleetro-magnétisme (voir pages 72 et suivantes), indiqua, la même année, l'emploi que l'on pourrait faire de l'effet produit par un courant électrique sur l'aiguille aimantée comme moyen télégraphique. On trouve, en effet, dans le mémoire qui résume ses premiers travaux, les passages suivants (20) : il y a « possibilité de faire mouvoir l'aiguille <( aimantée à une grande distance de la pile , au moyen d'un « conducteur très-long, dont le milieu se recourbe dans la direc- " tion du méridien magnétique au-dessus ou au-dessous de l'ai- « guille. Cette expérience m'a été indiquée par le savant illustre n (Laplace) auquel les sciences physico - mathématiques doivent h surtout les grands progrès qu'elles ont faits de nos jours; elle a « pleinement réussi. »

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Plus loin il dit : « On pourrait, au moyen d'autant de fils conduc- » leurs et d'aiguilles aimantées qu'il y a de lettres, et en plaçant « chaque lettre sur une aiguille différente, établir à l'aide d'une « pile placée loin de ces aiguilles, et qu'on ferait communiquer al- -> ternatiyement par ses deux extrémités à celles de chaque conduc- « teur, former une sorte de télégraphe propre à écrire tous les dé- « tails qu'on voudrait transmettre, à travers quelques obstacles que <( ce soit, à la personne chargée d'observer les lettres placées sur « les aiguilles, en établissant sur la pile un clavier dont les touches h porteraient les mêmes leltres et établiraient la communication « par leur abaissement; ce moyen de correspondance pourrait avoir « lieu avec assez de facilité, et n'exigerait que le temps nécessaire « pour toucher d'un côté et lire de l'autre chaque lettre. » Aragofil observer à Ampère que Sommering avait déjà proposé d'employer l'électricité comme agent télégraphique, mais en se servant de la décomposition électro-chimique de l'eau. Il n'en est pas moins vrai que si, à cette époque, on eût suivi les indications d'Ampère, on fût arrivé vingt ans plus tôt à la télégraphie électrique.

Sans parler des tentatives laites depuis cette époque jusqu'en 1 83 i, nous dirons qu'alors MM. Gauss et Weber (21), qui étudiaient le magnétisme terrestre à l'aide des magnétomètres (voir page 120), se ser\ irent de la propriété que possède un courant électrique d'agir sur un barreau aimanté pour mettre en communication le cabinet de physique avec l'observatoire de Gœllingue; dès lors on put prévoir que ce mode de correspondre à distance pourrait être substitué au télégraphe aérien inventé par les frères Chappe, établi pour la première fois en France, en 179-i, de Paris à Lille, et adopté partout depuis cette époque.

M. Stcinheil, à Munich (22), en répétant les expériences de MM. Gauss et Weber, s'occupa de ce su jet et construisit un télégraphe à aiguille qui fonctionna en juillet 1837. Ce télégraphe était formé d'un seul circuit agissant sur deux aiguilles aimantées, et il n'y avait que deux sortes de signes possibles par le passage d'un courant électrique dans un sens ou dans l'autre. M. Stcinheil employa, en même temps que les déviations de l'aiguille, le choc qu'elles pouvaient faire sur des timbres, et les traces que des plumes mues par elles pouvaient faire sur un papier; en outre, il fit usage de courants par induction, et dit qu'il pouvait réduire à un seul fil le circuit servant à faire communiquer les deux stations en rapport, la erre pouvant faire fonction d'un des conducteurs. Ainsi M. Stein-

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heil a touché dès l'origine à plusieurs des points très-importants de la télégraphie électrique, savoir : l'emploi d'un seul fil, et celui des courants par induction à la place de courants provenant d'une pile.

La même année, M. Wheatstone, à Londres, s'occupait de l'application de la télégraphie électrique, puisqu'en mars 1 837 (23), un journal avait parlé de ses expériences; en juin il demandait, de concert avec M. Cooke, une patente qui leur était accordée le 1-2 décembre, et dans l'intervalle, en juillet, im instrument était installé, pour les essais, sur le chemin de fer de Londres :i Birmingham. Ce premier appareil était composé de cinq multiplicateurs a aiguilles verticales, et exigeai! cinq lils conducteurs, et , par les directions diverses des aiguilles aimantées, indiquai! les différentes lettres de 1 alphabet.

D'après les dates que nous avons citées, il parait évident que les savants que nous avons nommés ont travaille séparément a la question de la télégraphie électrique; les expériences de MM. Gauss et Weber, et celles de M. Steiuheil (24), ont la priorité sur celles de M. Wheatstone ; néanmoins les noms de MM. Steiuheil et Wheatstone sont attachés à cette grande application de la physique, et, s'ils n'ont pas imaginé les premiers de se servir de L'électricité comme agent télégraphique , ils ont construit les premiers appareils, qui aient pu prouver que cette application ne devait pas se borner à de simples expériences de curiosité. Cependant il faut remarquer que L'appareil de M. Steiuheil était plus simple, puisqu'il n'exigeait qu'un circuit, et doit être considéré comme le type des télégraphes ii aiguilles, à sonneries et de ceux écrivants qui ont été proposés et préférés depuis. D'un autre côté, M. Wheatstone, dans le système qu'il employait, indiquait une sonnerie d'alarme mue par nu électro-aimant temporaire, qui est le premier emploi d'un électro-aimant pour transmettre les signaux. On peut considérer cet appareil comme offrant la première indication des télégraphes utilisant un mouvement d'horlogerie dont la marche est réglée par un électro-aimant temporaire parcouru par l'électricité.

M. E. Davy construisit en 1830 un télégraphe fondé sur ce dernier principe, et dans lequel un système de rouages entraînait un papier sur lequel les signaux formés par la décomposition électro-chimique de 1 iodure de potassium étaient enregistrés par des lignes plus ou moins espacées et par la production de l'iodure d'amidon.

M. Morse (25 , en septembre 183", revendiqua l'invention de la télégraphie électrique en citant des lettres de personnes auxquelles '1 avait communique ses projets de télégraphie électrique en 1832.

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Mais, bien qu'il ait pu travailler à résoudre cette question, il est t'vident que la première publication qu'il ait faite est postérieure aux publications de M. Steinheil et à celles de MM. Wheatstone et Cooke, bien que son télégraphe diffère, sous tous les rapports , des précédents. L'appareil de M. Morse n'exige qu'un seul circuit en rapport avec un électro-aimant, qui peut agir sur une armature quand le courant électrique le traverse. Cette armature est en relation avec une plume ou un style qui presse contre une bande de papier quand l'électro-aimant agit; cette bande de papier est entraînée par un mouvement d'horlogerie, et quand, à l'aide d'un manipulateur simple ou d'une clef qui permet d'interrompre ou d'établir le courant électrique à l'une des stations, on fait fonctionner l'appareil , des traces linéaires ont lieu sur la bande de papier qui se déroule à la seconde station. Si l'on établit au moyen de la pile une décharge électrique pendant un temps très-court ou pendant un temps plus long, par le mouvement de la clef mue à la main, on forme des points ou des lignes sur la bande de papier, et, la succession des lignes et des points donne les signaux conventionnels nécessaires à la transmission télégraphique.

Cet appareil, perfectionné depuis par M. Morse lui-même, surtout au moyen d'un style qui trace en relief les points et les lignes, est aujourd'hui généralement employé dans tous les pays, car il n'exige qu'nn seul circuit et est d'une manœuvre très-facile. C'est par ce motif que ce télégraphe, sauf pour des cas spéciaux, est préféré aujourd'hui , bien que beaucoup d'appareils et de systèmes plus ou moins compliqués, dont nous allons faire connaître quelques-uns, aient été proposés depuis.

A partir de 1837, la télégraphie électrique préoccupa les ingénieurs ; de nouveaux systèmes et des perfectionnements des premiers appareils furent mis en avant. M. Masson avait proposé d'abord un télégraphe électrique de son invention, puis, conjointement avec M . Breguet (2G), en 1838, il en construisit un autre qui fonctionna au chemin de fer de la Carre. M. Yorselmann de Herre (27) voulut employer les commotions transmises à distance , c'est-à-dire un télégraphe électro-physiologique; mais ce système n'a pas été utilisé.

En 18-iO (28), M. Wheatstone décrivit un nouvel appareil , un télégraphe à cadran, dans lequel un disque mobile, à l'aide d'un mouvement d'horlogerie, venait présenter les lettres de l'alphabet devant une ouverture, et cela par le mouvement d'une armature en fer doux commandée par un électro-aimant, 'qui arrê-

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tait ou permettait le jeu des ressorts : ainsi M. Wheatstone produisait, à l'aide de l'action électro-magnétique d'un courant, le même effet que Ronalds, en 1823, obtenait avec l'électricité statique. Ce télégraphe deM. Wheatstone n'exigeait qu'us seul circuit.

Dans les premiers temps de l'emploi des télégraphes, et pour qu'il y ait possibilité de transmettre un courant ii de grandes distances, ou reconnut la nécessité de n'employer le courant lancé à une station mie pour faire fonctionner un premier électro-aimant destiné à mettre en action une pile locale placée a la seconde station ; cette dernière pile doit alors faire fonctionner le télégraphe. L électro-aimant additionnel a reçu le nom «le relais, lequel n'exige i|u une très-faible force pour fonctionner. C'est une innovation importante qui a été faite, dans les télégraphes qui ont été construits, par MM. Morse, Bregttfitet Wheatstone.

M. Steinlieil, quelques aimées plus tard, a imaginé one espèce de relais, nommé translateur, appliqué au télégraphe Morse, et qui a pu permettre d'envoyer une dépêche d'une station à une autre en passant au travers de stations intermédiaires tout en y imprimant cette dépêche.

Afin de pouvoir bien suivre ce que nous allons indiquer, nous devons dire que chaque système télégraphique se compose essentiellement de deux paires d'appareils ; chaque paire est formée d'un manipulateur destiné à établir ou interrompre le courant à la station de départ, et d'un récepteur ou appareil qui reçoit les signes à la station d'arrivée ; Le récepteur et le manipulateur sont en relation avec; une pile au moyen d'un (il, la terre servant de second conducteur pour former le circuit complet.

Depuis 18.17, on a modifié et simplifié les appareils, et on a cherché à tracer et à imprimer les dépèches. Le télégraphe à aiguilles de Steinlieil. mais avec la forme donnée par MM. Cooke et Wheatstone et employé de préférence jusqu'ici en Angleterre, aete perfectionné et modifié; M. Bain, en 1846, s'est occupé de cette question . et M. Gloeseuer, professeur à Liège, a employé les armatures aimantées et le renversement du courant. M. Wheatstone a fait fonctionnelle télégraphe à cadran avec des courants induits ; M. Henley a appliqué très-simplement et d'une manière avantageuse ces mêmes courants par induction aux télégraphes à aiguilles.

M. Lireguet a donné au système télégraphique à cadran une disposition qui en rend l'emploi simple et facile ; c'est ce système, en France, qui a été préféré pour le service des établissements

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particuliers et des chemins de fer. D'un autre côté , M. Breguet, de concert avec M. Foy, ont disposé un double télégraphe a cadran, de façon que les aiguilles indicatrices simulent les signaux du télégraphe aérien de Chappe : c'est un des télégraphes électromagnétiques qui transmettent le plus rapidement des signaux ; il fut adopté sur les lignes télégraphiques françaises depuis 1845 jusqu'en 1855, où le télégraphe Morse lui fut substitué. MM. Froment, Siemens, P. Garnier, Gloesener, etc., ont également présenté des systèmes télégraphiques qui fonctionnent bien.

D'après ce que nous avons dit, M. Steinheil avait employé le premier le tracé des oscillations d'aiguilles aimantées pour inscrire des lignes représentant des signaux télégraphiques ; mais M. Morse, comme on l'a vu, résolut plus simplement le problème, et, bien que son télégraphe inscrivant ait été comparé à bien des systèmes imaginés depuis une vingtaine d'années, cependant il leur a été préféré dans la transmission des dépêches des gouvernements; en France, en Allemagne, en Italie, en Amérique, il est aujourd'hui en usage. MM. Dujardin et Froment avaient proposé des modifications à cet appareil, surtout en ce qui concerne le mode de tracé, lesquelles sont restées jusqu'ici à l'état d'expériences curieuses. Nous devons citer parmi les personnes qui ont construit et perfectionné le télégraphe Morse , MM. Siemens et Halske, en Prusse, et M. llipp, en Suisse,

Nous avons dit plus haut que M. E. Davy avait proposé, en 1839, un télégraphe dans lequel le tracé des caractères avait lieu par l'action électro-chimique du courant agissant entre une pointe métallique et un papier ou une étoffe enduite d'iodure de potassium, de manière à amener l'iode au pôle positif et à colorer le papier ou l'étoffe. Mais, si ce télégraphe renferme le principe des télégraphes électro-chimiques, celui de M. Bain (29) fut un grand perfectionnement, et montra qu'on pouvait transmettre avec une étonnante rapidité J ,500 lettres à la minute ; le tracé avait lieu au moyen d'un style en fer ou acier, passant à frottement sur la surface d'un papier enduit d'une solution de cyano-ferrure de potassium : le courant passant entre le style et le papier, le fer, qui était le pôle positif, donnait du cyanure de fer bleu qui marquait sa trace sur le papier. Afin d'avoir une série de points et de lignes correspondant aux signes conventionnels, on était obligé de découper sur des bandes de papier, et à la manière du tracé des cartons .lacquart, des points ou des lignes, de façon que ces bandes étant inter-

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