CHAPITRE XII. 28ô
posées à la station de départ entre un pinceau de fils conducteurs et une surface métallique, chaque fois qu'il y avait contact, le si vie place à la station d'arrivée, entraîné par un mouvement synchronique à celui du pinceau de la première station, traçait sur le papier une série d'empreintes correspondant exactement aux signes découpés. Ces découpures étaient la plus longue préparation à faire.
Le principe du télégraphe de M. Bain a été appliqué par M. Backwell, en 18.">0, à la construction d'un télégraphe autographique dostiné à reproduire les fac simile de l'écriture. En principe, le^stème consiste à faire mouvoir aux deux stations synchroniquement des styles, l'un étant placé à une station et servant à établir tics communications électriques, l'autre se trouvant à la seconde station et servant à tracer les signes ; si on écrit des caractères sur une lame d'étain, l'encre fera fontion de corps isolant, et les caractères seront reproduits en blanc sur un fond bleuâtre à l'autre station. M. Ilipp, en 1855, et surtout M. Caselli, en 1856, ont présente des systèmes destinés à résoudre la même question. Jusqu'ici ces appareils trèscurieux n'ont pas été employés d'une manière courante, lien esl de même des appareils imprimant des caractères d'imprimerie, comme ceux proposés par MM. Brett, Bain, Siemens, Breguet, etc., bien que fort ingénieux dans leur mécanisme.
Du reste, nous n'avons fait que mentionner ces appareils trèscurieuxsous le point de vue mécanique; ce qui était important pour la télégraphie électrique, c'était de montrer qu'à distance, une action magnétique ou chimique pouvait se produire simultanément avec l'action mise en œuvre au point de départ : ce but atteint, il était évident que les procédés les plus simples seraient ceux qui seraient définitivement adoptés, et c'est pour ce motif que les télégraphes;! aiguilles, à cadran, et en dernier lieu celui de Morse, ont été successivement préférés à tous les systèmes proposés.
La disposition des lignes télégraphiques a exige des recherches nombreuses qui ont conduit à des observations intéressantes : pour les transmissions sur terre, les lignes aériennes ou formées par des (ils suspendus dans l'air à des poteaux à l'aide de parties isolantes en porcelaine, et adoptées en France, paraissent préférables ; l'emploi île la eutta-percha avait fait penser que des ligues souterraines donneraient de meilleurs résultats, mais les altérations qui peuvent survenir dans des parties où la surveillance ne peut avoir lieu ont fait conserver le premier mode d'isolement.
La transmission de l'électricité entre les pays séparés par la nier n'a pu s'effectuer qu'au moyen de câblesparticuliers convenablement isolés et unissant les stations télégraphiques. Cette immense application, qui fait que la transmission est aussi facile à l'aide des 'câbles sous-marins qu'à l'aide des fils isolés tendus dans l'air, ne date que de peu d'années: M. "Wheatstone, en 1840, avait proposé un moyen de résoudre la question, mais c'est sous la direction de M. Brett que le premier conducteur sous-marin, entre Douvres et Calais a été placé : ce conducteur fut bientôt rompu: néanmoins le résultat obtenu montra que le succès était possible. M. Crampton s'occupa alors de cette question comme ingénieur, et unit définitivement, en 1851, par un câble sous- marin, la France et l'Angleterre. Depuis cette époque, d'autres pays séparés parla mer ont été mis en relations télégraphiques ; nous citerons particulièrement le câble qui a uni pendant un certain temps, en 1856, Varna à Balaclava. lequel n'avait pas moins de 377 milles de longueur, soit 700 kilomètres. Le câble qui unit la France à l'Afrique en passant par la Sardaigne a également une grande étendue; et, bien qu'il y a quelques mois, la tentative faite pour relier l'ancien et le nouveau continent ait échoué, il est probable qu'elle réussira lorsque l'on aura pris toutes les précautions nécessaires pour réaliser cette immense opération qui demande de puissants moyens mécaniques.
L'emploi des lignes télégraphiques sous-marines a permis d'étudier des phénomènes physiques qui ne s'étaient pas présentés auparavant, parce que les physiciens n'avaient pas eu à leur disposition des circuits aussi étendus et dans des conditions analogues aux fils qui servent à la télégraphie électrique; on a vu en effet, page 498, que M. Faraday avait observé que le fil conducteur entoure de gutta-percha et plongé dans la mer ou dans la terre ne transmettait pas l'électricité dans les mêmes conditions qu'un fil métallique ordinaire : l'électricité commençait par charger le fil comme une immense bouteille de Leyde, puis exerçait son action à l'autre extrémité. En effet, dans un fil de 2,400 kilomètres, le courant mettait deux secondes à exercer son influence d'une extrémité à l'autre. 11 est à remarquer que si la science a permis de réaliser les merveilles de la télégraphie électrique, d'un autre côté les appareils installés pour cet usage ont permis aux physiciens d'observer de nouveaux faits qui n'auraient pu être étudiés sans cela.
Les effets dont nous venons de parler sont tels qu'on a été obligé