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Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de Provence

Jn viens remercier TAjeadémie de rhoanenr <(ii*el1e m'a fait , en m*admettant au nombre de ses membres et en me permettant d** pnrtiriper à ses travaux. Si quelque chose pouvait ajouter ^ celte distinction déjà si flatteuse , ce serait la pens<^e qu'elle a eue de me donner comme successeur à M. le conseiller Rouchou.

Je ne taimûs oublier Vaecneil hospitalier que j'ai reça dans oe pays, depuis près de six années que je Thabite. Cette bienveillance m'enhardissait à me considérer comme vôtre. Plus que tout autre , M. Rouchon a personnifié en lui la Provence : en me choisissant ])our le remplacer, il me semble que vous avez voulu scc'ller , en quelque sorte, et mieux, assurer encore mou droit de bourgeoisie parmi vous.

Afin de commeneer à reconnaître cette lavenr , d*abord envers celui à la perte cnielle et prématurée de qui je la dois, je voudrais lui consacrer anjourd'hai quelques pages qui ne fussent pas trop indignes de sa mémoire.

Si je n'avais .1 parler nue de sa vie, quelques lij^nes suffiraient. M-agistrat et académicien, pendant quelque temps.administrateur des hospices, h vie de M. Rouchon, vie toute de vertu, de travail et d'abnégation, s'est écoulée paisible et sans incidents notables , entre son cabinet , le lieu de vos séances , la Ribliothéque Méjanes, le Palais et les asiles charitables, à la g.^stion desquels il voulut bien ronrourir.

Mais la vie extérieure de M. Rouchon n'est que la moindre partie de lui-même. M. Rouchon a été surtout un homme de méditation et d'études , c'est à ce titre qu'il vous appartenait , c'est l'histoire de ses pensées que je tous dois. Or , ces pensées . pour être bien comprises et bien jugées , doivent être avant tout replacées dans le ndlieu où elles se sont produites.

M. Etienne-Charles Rouchor est né à Aix , le 26 juillet 1796 , à ime époque où la Révolution, fatiguée de ses propres fureurs, les avait ralenties, mais où elle avait encore à soutenir le choc de l'Europe en annes

levée contre elle.

Il fut placé, dés son enfance, dans une institution que dirigeait l'abbé Milon, et qui, jusqu'aux jours où l'Université sortit des mains puissantes de son fondateur , fut un des rares asiles restés ouverts , après la tourmente, h la culture intellectuelle. Il y nourrit profondément son esprit du suc fortifiant des lettres antiques, et il prouva plus tard combien elles lui étaient restées familières , par des compositions tout imprégnées de leur parfum, et par lesquelles il lui arriva quelquefois de se délasser de la gravité plus austère de ses autres travaux. Vous avez comm is , Messieurs , que je veux parler de ces petits potoies en prose rhythmée que que tous vous avez lus dans votre Recueil.

En 1811, il commença son droit à la faculté d'Aix , dont il suivit assidûment les cours jusqu'en 1816, époque à laquelle il fut reçu avocat.

La jeunesse est le temps des vives impressions.

Dans l'intervalle de ces cinq années , M. Ronchon avait pu voir l'édifice colossal et radieux du premier Empire à son apogée et assister à sa chute. La victoire , pour la première fois » infidèle à nos armes ; Tinclémence des climats devenue la complice de' nos revers ; des luttes de géants , des hécatombes humaines ; l'Eurojw coalisée forçant l'entrée de nos frontitVes, le sol de la patrie disputé pied pied par le génie de l'EmiKîreur, rendu, par le danger, à tout l'élan et aux inspirations de sa jeunesse, mais déconcerté dans st s plans les mieux conçus par cette sorte de fatalité qui est le prélude des fins prochaines, et, en dernier lieu, par la trahison ; Paris livrant ses portes à l'étranger ; dm princes inconnus de la génération présente , rendus au trône de leurs ancêtres par nos malheurs , trouvant , après un long exil , une France qu'ils ne connaissaient plus eux-mêmes , et , avec les meilleures intentions du monde, réussissant à s'aliéner les esprits à force de fautes commises ; la fortune de l'Empire un instant ressaisie par un prodige , puis s'écUpsant et s'abtmant dans on dernier combat ; la France livrée de nouveau à l'invasion, et, tandis que l'étranger campait sur son sol, la réaction se levant et tenant le Midi tremblant sous ses menaces : voilà ce que plusieurs d'entre vous ont pu voir, Messieurs, et ce qui avait laissé dans l'âme de M Rouchon une trace ineffaçable.

« Notre génération^ 8*écriait-il un jour qu'il présidait Vune de vos 8é- » ances publiques, notre génération rot plus heureuse que la génération » préci'Hlente , élevée au milieu des discordes civiles. Cependant , nous » aussi, nous avons ét*'- tén^oins de grands maux ; nous avons entendu » les cris de douleur et de gloire des champs de bataille de la République » et de l'Eypire, les cris de détresse poussés à Waterloo par les premiers » soldats au monde. * » Mais de toutes les humiliations de la patrie, aucune ne fàt plus sentie par son cœur que la perte de Nice , cette bril-

« Séance pubUque annuelle de l'Académie d'Aix, iS89-lS40, peg. 18.

lante étoile que des mains ennemies et envieuses avaient enoore une Ibis

détachée du front de la Provence.

La France n'est pas le pays des longues résignations. On pourrait donc dire d'elle ce que Montaigne a dit d'Alexandre-ie-Grand , qu'il avait une beaatô illustre par plus d*an visage. Ses ennemis la croyaient abattue» épuisée pour longtemps . Que deux ou trois ans s'écoulent , laissez-la étancher le sang qui s'échappe de ses blessuros , et elle va sifrnalor son réveil et rappeler sur elle l'attention du mondo par un des plus magnifiques mouvements dont l'esprit humain ait donné le spectacle.

M. de Chateaidiriand é^t alors à Tapogée de sa gloire et de son génie. , Les jeunes générations du xixm^ siècle avaient salué en lui un initiateur et un guide. Au souffle inspirateur de ses écrits, les sciences historiques allaient se régénérer et so retremper par l'étude approfondie des origines.

Jusqu'alors les historiens s'étiiient partagés en deux catégories . les érudits et les écrivains. Les premiers , s'occupant à colliger des faits ou des documents , sans souci au lien qui les rattache entre eux , ni des idées générales qui les éclairent ; les seconds , ne faisant aux premiers . que de rares emprunts, plus préoccupés de la forme que du foiKi. et restant ainsi superficiels et faux. Le secret des novateurs (aujourd'hui ce n'en est plus un), fut de marier ensemble les deux systèmes, et c'est ainsi que la lumière se fit pour la première fois dans nos annales.

La philosophie s'était longtemps égarée dans les routes stériles et dissolvantes du sensualisme. Déjà rendue à des voies plus fécondes et plus honorables par les livres peu lus de Maine de Biran et par les leçons de M. Royer CoUard , elle allait elle-même bientôt emprunter de nouvelles forces a l'érudition et a l'histoire , et son enseignement recevoir le plus grand éclat de l'éloquence d'un jeune professeur, qui unissait , à une grande ardeur de prosélytisme , Vart de passionner les esprits , et qui a réussi à fonder en France une école dont l'influence vit encore et qui, sans que nous nous en doutions presque et sans que nous lui en soyons très recoiuKiissiints, nous anime encore de son souffle.

La science du droit , a peu près désertée depuis la Révolution , allait prendre un nouvel essor. La critique littéraire » tombée dans la sécheresse , dans l'aridité , depuis Laharpe . allât revêtir une ampleur et acquérir une import:)nce qu'elle n'avait jamais eues. La poésie allait renaître avec Lamartine.

Il n'est pas môme jusqu'à l'Eglise qui , par la voix d'un prêtre altier qui devait un jour se retourner contre elle , ne fût à la veille de faire entendre des accents inconnus depuis Bossuet , et , au milieu d'une société livrée tout entière aux influences voltairiennes, de porter la terreur dans les âmes en leur faisant apercevoir le vide immense produit en elles par l'absence du sentiment chrétien.

Quel spectacle ! Quel est l'ami de la science et des lettres qui aurait

SI rester froid devant de telles magnificences I II m'a été donné de voir ns sa pleine lumière ce beau jour dont l'aurore commençait à briller sur l'horizon, et j'avoue. Messieurs, que son souvenir me transporte I

Un pareil mouvement ne se produit pas sans être secondé par ceux-là riième qu'il doit entraîner. Telle était , en effet , la tendance des esprits. On avait eu la passion d'agir, on eut la passion d'apprendre. Aujourd'hui , que les préoccupations sont ailleurs , on ne peut se faire une idée . de l'ardeur qui entraînait alors la jeunesse , ardeur généreuse , exempte

de tout souci vulgaire, et qai, dans la science, ne vovait que la science, le bonhear de ITiumuiitê oa le lustre qui devait en rejaillir sur le pays. C'est à cet amour passionné de Tétade que, vers cette époque, on dut

. de voir se former , dans Aix , un petit groupe déjeunes hommes, inconnus alors, mais qui depuis ont presque tous conquis une place (^minente dans la litt«^rature, l'enseignement ou les emplois publics , et dont deux sont entrés en commerce avec la gloire.

Leurs cont^porains les ont vus successivement grandir , et , fraternellement unis dans toutf s l(\s fortunes , s'élever ensemble au premiermn?. L'un , disciple fidôlo des lettres . leur a Yoné un culte fier , et n'a voulu d'autres honneurs que ceux qu'elles i^euvent donner. L'autre , pf^nie multiple , incomparable par ses aptitudes diverses , a fait briller eu lui les talents du polémiste, de l'historien et de l'orateur. Tour à tour et en téte des autres , il a combattu, conquis et dirigé le pouvoir dans des luttes célèbres, dont le souvenir vit encore. Puis, rendu au repos par les événements , il a retrouvé , dans le commerce des lettres . cette sérénitf^ qui console de bien de mécomptes. Il a consacré des loisirs , exemptg de «el , à l'achèvement d'une œuvre immortelle comme le héros dont il a raconté les annales, comme la France dont il a redit la gloire , et mérité ainsi que le titre d'historien illustre et national , désormais inséparable de son nom, lui fût décerné du haut du trône.

Ai-je besoin de nommer M. Mi^net et M. Thiers ? Dms la société où ils essayaient leurs forces, ils av;jient rencontrf^ M. Rnurlinn ; ils se livrent avec lui d'une étroite amitié au'ils lui ont toujours gardée , aussi bien ^e ce titre de Maître, qu'ils iiû avaient donné dans leur jeunesse, et qui prouve quelle opinion on se faisait déjà de la supériorité de son esprit.

Le moment vint où ces jeunes gens se dispersèrent, chacun cherchant sa voie : celle de M. Rouchon se trouvait tracée d'avance.

Dans le discours , auquel j'ai déjà fait un emprunt , M. Rouchon proposait à la jeunesse du temps , comme une dimpUiM à expérimenter, de commencer toutes les recherches scientifiques par des études locales : 0 Vous qui aimez l'utile , le beau . le juste , disait-il , vous qui trouvez » dans la science un encouragement à la vertu, un charme à vos loisirs, i> un baume à vos douleurs, ne quittez point le sol où votre mère posa » votre berceau, ni \sa lignes de cet bonzon qui, enfant, s'offrait à vous, » comme les bornes du monde. Placez dans les murs de votre ville na- » taie le point d'appui de vos recherches philosophiques. Etudiez d'a- » bord la première patrie . la patrie communale. Vous pourrez ensuite, » à 'Volonté, étendre le cerclt' où vous aurez, permettez-moi ce terme, » localisé la science, et vous élever avec bonheur, dans une marche pro- » gressive, de la ville à la province, de la province à l'Etat, à l'Europe, » à l'ensemble du globe et de l'humanité. * »

Dans le dernier travail sorti de ses mains . il revenait encore sur ces idées: « Comme ie fais un grand fonds, disait-il alors , sur la science » appliquée aux localités , pour régénérer les mœurs et les lois , pour » rendre aux caractères endoloris un certain ressort , pour détruire des '» préjugés nouveaux » entrés de la même porte par laquelle d'anciens

* Séance publique annuelle Uo l'Académie d'Aiii, md-iS40, pag. 7.

» préjugés sont sortis , pour rétablir la loi de justice envers les généra- » tiens couchées dans la tombe, qui ne peuvent se défendre , j'imagine » que j'ai fait une action louable. Me suis-je trompé?

» On m'a appris particiiliôreinent , ajoutait-il , rhistoire du royaume » de France, depuis le ix»« siècle jusqu'au xv»». Mais on se trompait » et on me trompait. Cette histoire m est étrangère, ces rois n'étaient » point les rois de mon pays. Chez nous, dans l'ancienne Provence , les » premières leçons historiques devraient se donner sur une carte des ter- 9 les entre la mer et le Rhône, laDoranoe, le Luberon, le Bas-Verdon; 9 TEsteron et le Var-Inférieur.

» Nous ferions d'abord une pleine connaissance avec les Ligures , ha- » bitants de notre sol. Nous étudierions la république massaliotc , et de » là, sans trop do peine, nous découvririons tout entier le pur horizon » de la Grèce anliaue. Les Romains étant devenus nos maîtres , nous » suiTTions leur éclatante fortune , tour à tour opprimés par ces cou- 9 quteants singuliers ou oppresseurs avec eux . L'introduction du Chris- » tianisme dans res contrés nous conduirait à l'examen des origines de » nos églises municipales. Nous verrions passer les Goths et los Dour- • » guignons. Nous nous arrêterions de grand cœur auprès des dynasties » Mérovingiennes et Carlieunes , mus de sentiments convenables envers 9 les pères et les fondatem de cette monarchie. Les tableaux du royau- » me Bosonicn, du royaume-uni des Allemands et des provinces seraient » déroulés devant nous. On nous permettrait de considérer à loisir la » formation , la suite, les vicissitudes , les caractères de nationalité du » modeste comté de Provence ; et arrivés à la fin du xv"e siècle et au 9 moment où s*éteignit la seconde maison d*Anjou, nous ferions entendre » les mêmes cris de joie et de bénédiction qui éclatèrent au sein de nos » Etats et dans la ville capitale, lorsque les seigneurs spirituels et tem- » porels et les communes de Provence , par un emploi libre de la sou- » verainelé nationale , effaçant les titres héréditaires de h maison de 9 Lorraine, se donnèrent d'un cœur franc aux rois Capétiens, et votèrent 9 l'union du pavs à la couronne de France , non comme d*nn accessoire » à un principal , mais comme d'un principal à un autre principal , sous » la réserve de son droit public et privé, de ses libertés et de ses loyales » coutumes. * »

Je cite amplement et sans hésitation . Messieurs , assuré que je suis d'avance de vos suffrages. Toui ce que je pourrrais dire n'a])procherait pas de ces lignes émues. Ainsi parlait M. Ronchon dans son â^e mûr et

et dans sa vieillesse.

Un de nos confrères, qui lui a rendu dans la presse un hommage aussi éclatant que mérité, ** a dit de lui. qu'en toutes choses il s'était fait un idéal , et qu'il y était resté iidèle. liien n'est plus vrai. Ce que M. Rouchon semble n'avoir ainsi donné que comme son testament , fut le programme Jaborieux de toute sa vie. 11 était né à Aix,il portait à l'antique province dont elle avait été la capitale , il portait à .sa ville natali; ellemême une affection toute filiale et presque exaltée. 11 devait y vivre , il

* U* Salietu, par M. Rouchon. (Méfnoirts 49 VÀcadémi» d'Àiaj , tom. thi, iwg. asr et suivante»).

1|.CI»rle8 4eBfblie.

devait y mourir, et, sans rester étranger à aucnne des branches du savoir humain, ce fut sur la Provence et ses annales que se concentra son principal effort et ses premières recherches.

L'occasion s'offrit bientôt pour lui d'initier le public au premier résultat de ses travaux. Dans les dernières années de la Restauration , on eut l'idée de publier des résumés d'histoire , comme c'est de nos jours une mode de publier ce qu'on appelle des livres illustrés. Des écrivains de premier ordre ne dédaignèrent pas de concourir à cette publication. L'éditeur désira joindre à sa collection un Résumé de l'histoire de Provence. Il s'adresa à M. Ronchon.

Je n'arrêterai pas longtemps votre attention sur cet ouvrage , le plus connu, ainsi qu'on l'a dit, et le plus important de ses écrits Dans quelles mains provençales ne se trouve-t-il pas ? On ne saurait dire combien de faits sont condensés dans ce petit volume de 500 pages. Les origines y sont débrouillées avec une grande sûreté. Le récit est clair, de cette clarté que n'exclut jamais la concision chez ceux qui connaissent à fond leur sujet et possèdent l'art de le traiter. Je ne parle pas du style : M. Rouchon a sans doute peu produit , mais à ceux qui l'ignoreraient , les citations contenues dans ce di.<;cours , et que je n'épargnerai pas, prouveront surabondamment qu'il était un écrivain accompli. L'esprit du livre se devine du moment où l'on connaît l'auteur. L'amour de la Provence y respire d'un bout à l'autre. Ce qui préoccupe , avant tout , l'historien, c'est la conservation des droits, des privilèges , des institutions de la province. Quiconque y touche est son ennemi.

Le récit s'arrête au 26 septembre 1790 , le jour où la chambre des vacations du parlement tint' sa dernière séance, jour aussi dans lequel l'ancien assesseur Pascalis se piésenta ^ la barre , et , dans une couite harangue , vint « déplorer, au nom de l'ordre des avocats, l'anèantissc- » ment de la constitution provençale, la résistance opposée par le peuple » au vœu d'un nombre d(; communautés supportant treize ou quatorze » cents feux, qui demandaient une convocation d'Ktats et protesta vou- » loir vivre et mourir en citoyen provençal , bon et tidèle sujet du roi » de France, comte de Provence. Ici . dit M. Rouchon, finissent la Pro- » vence et son l>istoire. * »

L'ouvrage se termine ainsi :

« L'assemblée constituante eut sans doute des vertus et des lumières, » mais ce fut un malheur qu'elle dédaignftt de fonder le présent sur le » passé , et négligent l'exeinple voisin des institutions anglaises. L«'enp vahissement des prérogatives essentielles ft la royauté la destruction » de l'aristocratie amenèrent de terribles résistances , et ces résistances » firent naitre une douloureuse lutte. Peut-être . si d'autres maximes » avaient prévalu , la liberté nouvelle aurait résulté sans effort de l'an- » cienne liberté. Le peuple français aurait emprunté une grande majesté

* Résumé de l'histoire de l'Etat et comté souverain de Provence , par E.-C. Rouchon-G., pag. 517. inH8, 1828.

» du mouvement révolutionnaire, sans perdre la majesté d'autrefois. A 9 la tête (le la société lût restée la royauté Capétienne , celte royauté "dë » huit siècles, qui imposait à l'Euro^je et au monde. La Cour des Pairs, » séparée du Parlement de Pans, augmentée des chefs des plus illustres » familles , fût devenue le Tribunal suprême, le Sénat et le Conseil per- 0 pétuel de la nation. Les fctats-généraux eussent obtenu une juste nïë^ » sure de puissance , dés qu'on aurait voté par téte ou par district , et

non par ordre ni par province; que les députés du commun peup le p des bai liages eussent été dans une certaine proportion avec les députés » nobles et que, frappant au cœur l'autorité rornaine, on eût replacé Tes » ^'cns d'église dans le sanctuaire. Les Parlements inamovibles, sans être » héréditaires, alfaiblis de nobles, renforcés de bourgeois, dépouillés des » jugements qu'on eût rendus au peuple auraient à charge d'appel, » rempli, dans les provinces mieux délimitées un rôle assez semblable » à la P»iirie dans 1 Etat. L'intendance serait devenue dans ces provin- » ces , dépossédées de tout pouvoir exécutif provincial , une sorte de

» de petit ministère propre à her toute chose au corps de l'Etat et » centraliser le pouvoir exécutif national. Les circonscriptions des bail- » lages, élections , vigueries eussent été régularisées, et c'est dans le » terme intermédiaire,entre la province et la commune, qu'on eût trouvé » la vraie société municipale , ou le lien de la fédération nationale , le » siège des jugements, la source du mandat et de l'opinion populaire. » Ainsi , le premier peuple du monde eut reposé , grand et paisibleys » l'ombre des lois qui brisaient les chaînes de l'esprit humain, en pour- » suivant ses plans d'agrandissement sur le Uhm et sur les Alpes. »

Cette sorte de profession de foi , à l'époque où elle parut , dut singu lièrement surprendre les amis libéraux de 1 auteur, car le moment était «ncore éloigné où l'idée viendrait d'attaquer, au nom de la liberté, l'o'uvre de la révolution française. Ces idées ont été développées plus tard dans un autre ouvrage dont nous aurons encore à rendre compte. Elles aboutissaient, on le voit, h la constitution anglaise et au fédéralisme des provinc-es. Tel fut, en effet, l'idéal de M. Ronchon en politique.

Cet idéal n'est pas le mien. Je suis un disciple fidèle de l'unité française , telle qu'elle est .sortie des efforts héroïques de nos pères. J'ai la conviction que c'est cette unité , qui , après avoir assuré le triomphe définitif des principes de la Révolution, les a aussi sauvés de toutes les crises , de toutes les révolutions nouvelles qu'ils ont eu à traverser , et qu'elle leur a permis d'essuyer impunément les coups de tous les régimes , aussi bien de ceux qui avaient conjuré leur ruine que de ceux qui ont voulu les outrer. N'est-ce pas merveille que nos lois civiles , que notre organi.«iation judiciaire soient sorties intactes des assauts de l'émigration et de la cri.so de 1848? A quoi devons-nous ces bienfaits , Messieurs? A cette forte centralisation qui, quoiqu'on en ait dit, n'a

jamais engendré les révolutions, mais les a toujours contenues. On l'attaque aujourd'hui avec véhémence , on voudrait briser ses prétendues

entraves Vains efforts ! L'unité française est puissamment entrée

dans nos mcpurs , et invincible. Il en est (Felle comme de l'organe qui permet à l'air libre d'affluer jusqu'à notre cœur ; nous ne le sentons pas,

Jbid., pag. S<7 et suivantes.

YIII

nous ignorons ses sen-ice^. Onnîqupfois il nonsfait souffrir, et oons nous irritons. En est-il moins un organe essentiel à la vie?

Du reste . on tomberait dans une grave erreur si Von supposait que, tout fédéraliste qu'il était, M. Rouchon ait jamais contesté les droits de l'Etat

Dans l'ouvrage spécial qa*il a consacré à la politUpie, Bl. Ronchon recommande ou de favoriser nu rie ne pas entrnvpr les associations particulières , religieuses ou autres , mais h la condition qu'elles seront toujours soumises au contrôle et à la visite du magistrat civil. *

Rien de ce qui intéressait la Provence ne le trouvait indifférent. Le reboisement des montagnes était une des questions qui le préoccupaient le plus. Il lui a consacré quelques pages dans une de vos solennités qu'il présidait encore. La grande difficulté de la matière, on le sait, consiste à concilier les droits de la propriét(^ partionlic^re avec l'intérêt piihlic. La propriété est un droit absolu et inconditionnel sur les choses . comment ^ntraindre le propriétaire du sol montagneux à planter , si tel n'est pas ion bon plaisir? Voici ce que Répond M. Rouchon , et , vous le remarquerez , Messieurs , a^ une magnificence de style et une élévation de pensée qui donne une grandeur smguliére au sujet-:

« La puissance pour réparer le mal ne manque pas à cette humanité, » oui a creusé de grîinds canaux et nivelé les montagnes ; qui a élevé, » dans les temps anciens , les pyramides , et , dans les temps modernes, » les basiliques chrétiennes. Le droit ne lui manque pas non plus ; car, » partout , dans les pays libres , comme chez les peuples soumis au ré- » gime despotique , la propriété privée implique le domaine éminent et » supérieur do l'Etat. »

Toutefois, dans sa pensée, ce dernier domaine ne pouvait jamais aller iusqu'à l'absorption de l'autre. Vers le même temps , et bien avant que Von n'eût aperçu les dangers des utopies modernes, il écrivait :

«t Cette mstitution de la propriété civile et du droit individuel de dis- • poser souverainement des choses était inévitable. Sans elle, il n'y au- » rait eu ni civilisation , ni liberté. La possession des terres par la Bé- » publique et la distribution des travaux et des produits faite de son » autorité, ont enfanté , dans les lieux où ce système a t>févalu, la ty-

rannie du gouvernement et l'esclavage des sujets. C'est la propriété qui » a fondé la liberté privée, d'abord , puis la linerté publique. Propriété 9 et liberté sont synonymes. *** »

IjC problème du reboisement vient d'ôtre résolu par une loi. Je m'assure que cette loi a réjoui le cœur provençal et patriote de M. Rouchon. .

Le Eéiinmi' dr l'hi^itoire de Provence parut en 1828. En 1829 , ^T. Ronchon fut nommé juge de paix à Aix , et. le 18 septembre 1830, conseiller a la Cour , a la suite de la révolution de Juillet. L'occasion im

♦ De la Politique, par M. Rouclion, pag. 71 el 77.

** Soanco publique annuelle âe l'Acaoemlo d'Aix* |S4<MS41 , pnc. f|.

*•* i»« ta PQlitiqut, pag. U «t <S.

sera bientôt donnée d»^ dire , dans une autre enceinte et dans une prochaine solennité , ce qu'il fut comme magistrat. Ici , dans cette enceinte fl( devant cette assemblée , e'est turtoot le penseur et réerivain qui doit nons occaper.

A ce titre , il ne me reste plus puère à vous parler que de son Traité delà Politique , qu'il publia en 18i0. Cost l'anm^ où . ]Hmr li première fois. . Rouchon fut port<^ par vos suffrages k la présidence du l'Académie, dont il était membre depuis 4825.

Ce livre n*est qa*im fragment a*iin plos grand ouvrage sur le même BDjet, que M. Ronchon devait faire paraître plus tard et oui n'a jamais vn le jour. 11 passe pour abstrait . ce qui lui a valu plus Je lecteurs en Allemagne qu'en France. Il ♦"<t , répondant, moins métaphysique qu'il n'en â la réputation. Le côlé primordial , philosophique, afcsolu des choses a eu sans doute une lar^e place dans les méditations de M. Rouchon. On pent même dire que rabsvaction était son domaine de prédilection. Cependant , il a procédé dans ses étndes plutôt à la manière de Montesouieu qu'à la manière de Rousseau. Il n'était pas non plus un disciple ae Siéyès , il aurait suivi plus volontiers Mounier et Laily-Tollendal. Il avait beaucoup lu et profondément médité les constitutions des ponplcs anciens et modernes, celles des provinces et celles des communautés, et Ton se figurerait diffieîieDieDt jusqu'où , de ce côté , il avait poussé les recherches.

Vn iour que , dans Tnne de ces causeries de la chambre du conseil par l'^sqiidles magistrats se délassent un instant dos fatigiies de l'audience , on s entretenait d'une précaution sin^'uliére prise dans un acte de société commerciale contre les gérants . M. Rouchon dit , comme une chose tonte naturelle , à ses oollégues , un peu étonnés de l'analogie : « Je n'ai vn de garantie semblable que dans la constitution de la Na- » varre. »

Son travail sur la |X)litique est moins le résultat d'une coneoption à priori qu'un choix raisonné, qu'une sorte d'éclectisme entre le.s aiverses institutions dont il avait étudié le mécanisme. 11 n'est pas même jusqu'à la langue de son livre , que M. Rouchon disait avoir créée et qui ne soit plus ou moins empruntée à ses lectures.

C'est f)ourtant là ce qui a le plus effarouché les lecteurs français , et aussi l'opinion généralement admise, dans un pays où, cependant, Montesquieu , ^lably , Mirabeau , Benjamin Constant , Carre] Tocqueville, Guizot et ( |X)urquoi ne pas le nommer? ) Napoléon 111 ont écrit, l'opinion, dis-je, que la politique ne s'apprend pas dans les livres.

ftpnis , fout-il bien le dire encore » à l'éiuxpie où parut cet ouvrage, le temps était passé des études théoriques et désintéressées. 1840 ne ressemble déjà plus à 1819. Le xix'"'' *^ieele était entré dans sn troisième période. Le bruit des armes avait rempli la première; la seconde avait appartenu à tous les nobles amants de la |M3nsée et retenti du chant des poètes; dans la troisième , le culte de l'utile prit le pas sur les autres, béjà l'indmtrie nous avait montré ses merveilles et aussi ses scandales, leçon dont l'avenir devait si peu profiter 1 C'est vers ce nouveau dieu que les hommages allaient se tourner.

Je voiulrnis donner ici un aperçu du livre qui nous occupe. Il est digne qu'on s'y arrête. Mais , je vous supplie , Messieurs , de vouloir bien m'honorer d'une attention plus bienveillante encore, s'il est possible.

pl

las poavmn. Cette sonverainetô n'empêche pas les autres associations de

conserver leur volonté de corps. Elles peuvent même garder leurs règlements , leurs lois , leurs formes de justice partinilifrcî. En rela , elles obéissent à la loi du fini qui implique la diversité dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique, et elles conduisent à ce résultat merveilleux que l'autonomie des provinces et leur lédération sert de contrepoids naturel à la démocratie . trop envahissante de sa nature et qui, «ans ce frein, compromettrait l'Etat par ses caprices.

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