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* Chacune de ces associations suppose à sa tête une autorité correspon-
• dante. Goniment doit-elle être constituée ? Dans la &mi11e , la nature y pourvoit; c*est le mari , c'est le père qui est le chef, mais si Taïeul ne a*esl pas séparé de la famille de son fils , c'est à lui que le sceptre doit être laissé. En dehors de la famillo , le vote doit intervenir , mais il s'exercera différemment dans la commune et dans la cité. Dans la commune , le droit de suilrî^e appartient seulement aux chefs de famille ; dans la cité, h tous les citoyens. La famille est une monarchie , la cornmam une aristocratie d'anciens , FEtat une démocratie. Reste à régler les conditions de l'exercice du vote. Il y a des incapacités évidentes » les enfants, les femmes, les serviteurs. On peut aussi , à la rigueur , fixer un cens , mais , avec Montesquieu, il faut tenir pour la maxime la plus sûre de mettre dans l'assemblée plus de citoyens qu'on n'en laisse en dehors.
' l^ut ce que le peuple peut fiûre , il doit le faire , ce qu'il ne peut pas faire doit être laissé aux magistratures. Mais comme \h où Vaction est
impossible, il n'y a pas de puissance, le peuple ne transmet pas m\ magistratures une })uissance qui n'est pas en lui. En politique, il n'y a pas de puissance déléguée , il y a des magistratures établies. Les magistrats ne sont ni les représentants du peuple, ni ses maîtres, ils sont ses guides elses auxiliaires.
Tout acte suppose une délibération ; délibérer est le propre de plusieurs , mais ce ne sera pas le fait de tous. Pour que l'examen se fasse avec maturité , sagesse et clairvoyance , il faut délibérer en nombre restreint. D'où la nécessité de tirer du peuple un corps de magistrats pour préparer et proposer les aCDiires. Cependant on pourrait souvent s'en dispenser dans les communes , le nombre des votants permettent que la iDDction délibôrative se fasse dans l'assemblée elle-même. Mais chaque cité doit former son conseil particulier, et envoyer son contingent auiL conseils provincial et national.
Le conseil de la cité est le produit libre de l'élection populaire. Mais une fois institué, il devient le naturel régulateur du choix des conseils pfovincÂal et national, par la proposition des candidate. Qu'arrivera-t-il^ sll y a divergence entre le conseil qui propose et le peuple qui doit élire. Le conseil proposera d'autres candidats , des commissaires nommés de part et d'autre tenteront d'aplanir les difficultés , ou bien le magistrat suprême se préstutera comme iJuMlialcur, ou bien encore les collèges souverains interviendront par i^uc^u'au de ces procédés que la jwlitique «uggèK^.,
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Dan«; la rommiinfi, dans la nifi . h» pouvoir délih^^rant nsl unimi^». Il ' n'en est pas de nn-'me dans l'Ebt. Il y a, dans la d(''puUlioii ^r/'iuVal»'. d*'s hommes d'une :ïCieQce étendue ou d'îin grand génie, main en ^it-tit nombre. Ce serait mdme on mal qu'ils fiusent nombreux , ce corps ne serait plus une émanation da peapte, on ooroUaire de sa pnisssnee La saftesse veut donc qu*il soit ^idé par un corps pins expérimonl<* : fju*.1 cAt^ d« ce conseil , il y en ait un autre form<^ par ce que la llr^pubiique offre de plus illustre dans la religion . les lois, les sri^-nr.*; ft les att-^. S(^nat, pairie ou seigneurie, ce second conseil sera perpétuel , car les liabiles le coot tooionrs, et missnr le pied d'égalité . avee le eolltee des députés, chaton oe ces deux corps ayant un oroit de veêo sur les délibérations de Pautre. Chacun des membres de ta seignenrie est nommé par le corf» entier de la R^^publique. snr la proposition dn conseil naticMi il fMt rtif.
A côté du pouvoir délil)érant, se trouve la ina^'istrature i\eciiti\»' Ce qui la caractérise, c'est l'action, et, partant, la res|)onsabilité. Au\ premiers degrés de l'échelle , cette responsabilité doit être immédiate. Si la commune souffre un dommage, si on citoyen est lésé ou opprimé, «pi on s'en prenne au magistrat municipal. Son appel en jnstioe devient la plus ferme garantie sociale. Il n'en saurait être ainsi au sommet de l'Ftat. I.e procès, pouvant all*»r ju'^qiriY la déchéance ou la suspension, ouM ir iit la porte à mille désordres t.-t déterminerait une crise. De la un pmbleme
n'a science moderne s'est chargée de résoudre , en créant un pouvoir le , Ton perpétuel et irresponsable , le Prince » Tantre temporaire et
r' répond de tout, le Ministre. Le premier ne peut agir sans le concours . second, d'où nait la responsabilité de celui-ci. Si délibérer est le fait de plusieurs . agir est le propre d'un seul. La magistrature exécutrice est individuelle à tous les dejzrés. C'est ainsi seulement qu'où obtient, dans les affaires, une marche égale et ferme. Si le pouvoir exécutif est double dans l'Etat , c*est seulement eu égard à la responsabilité ; pour le surplus, les deux éléments de ce pouvoir se confondent. Le prince seul institue la fonction ministérielle ; cj^la découle de la nature particulière de son ]M)Hvnir , à l'unité duquel il faut ôter le moins possible. De l'accord entre l.s pouvoirs délibérant et exécutif nait ] Ijarmonie politique et le bon ordre daii.s l'Etat.
Qui dit responsabilité dit jugement, et l'idée d'un jugement conduit à. celle d'un tribunal régulier et légitime. Qui jugera les ministres? La seignearie. Elle seule peut garder la modération voulue pour statuer dans unô cause où de si hauts intérêts sont engagés et où l'on demande presque toujours au juge un acte discrétionnaire. La seigneurie jugera aussi ses propres membres, et, sans en être exclusivement investie, les crimes contre l*Etat. Cette baute juridiction statuera encore : 4« lorsque le prince et le corps électif ne seront pas d'accord sur la légalité des as^em* olées, Tun d'eux prétendant qu'il y a eu des fraudes, quêtes solennités n'ont pas été remplios , qu'on n'a pas bien compté les voix ; 2» lorsqu'une province, une cité, une commune auront, dans le pacte fédéral , stipulé la jouissance de lois particulières, et qu'elles seront ensuite trou-
De ces deux cas seigneuriaux , le premier se rencontre dans la constitution des Etats-Unis. U. Roucbon avoue que le second ne s'est encore
vn nulle part.
le prÎQce es( éivi si^ i'imtiative du Sénat qui propose son candidat |^
la Chambre élective, et, lorsque les deux coll<5ges sont d'accord, l'affaire est rapportée aux suffrages du peuple. Mais rien n'empêche que la principauté soit héréditaire. Le choix et le sort sont deux moyens de créer les pouvoirs publics. L'hérédité est une espèce de sort produit par la naissance. En Europe , Théréditô royale est nécessaire partout ou à peu près, à la paix publique extèrienre et intérieure. Elle y produit des avantaf^es admirables. Qu'on ne cite pas l'exemple des républiques américaines ; on ne p<mrra en conclure quehjue chose que lorsque la population s'y sera mise dans un certain rapport avec le territoire. Qui oserait dire, d'ailleurs , qu'il n'y a pas de telles situations politiques que l'hérédité royale n*y soit un admirable remède? L'empire romain aurait été sauvé, si César eût pu fonder une dynastie , ce à qui il était très propre , tant par son g^nie sublime que par sa divine clf^mcnce.
Pour ce qui est du pouvoir judiciaire , M. Ronchon ne s'écarte guère de l'institution française actuelle. 11 eût désiré, cependant , en matière criminelle , que les assises fussent tenues par un seul juge , assisté d'un conseil, que le verdict résultât du concours du jury et du magistrat, et, qu'en cas de dissidence , il fût procédé à un nom t-l examen du fond. Il aurait voulu que certains officiers, en cours de visita magistrale dans les foires , les marrli»^ , les temples , les théâtres, les concours populaires,
Î lussent y rendre instantanément la justice , et que les jugements de poice fussent laissés a l'arbitraire personnel du consul communal, gouverneur et père de la communauté. •
Chose rare cbea un manstrat , M. Ronchon se déclare partisant du jury en matière civile, et cela par une raison assez curieuse : c La qua- 9 lité de juge temporaire et de membre votant dans les assemblées, dit- » il , se tiennent par un lien étroit. Les hommes ne seront jamais aptes fi » la manutention des affaires publiques, s'ils ne se forment dans les tri- » bunaux à la discussion et à ta solution des affaires privées. * » Pour les affaires dÉficiles , comme celles qui tiennent par leur solution aux principes les plus délite de la science et des arts , on formerait un jury spécial. Quant aux causes où la République est partie, celles qui concernent les corporations, les dots, les tutelles, l'état public et privé des sujets, elles resteraient dans le domaine exclusif du magistrat.
M. Rouchon voudrait ^ue la cour nationale et les cours provinciales eussent un droit d*évocation sur toutes les causes criminelles on civiles. 6é privilège d'évocation aurait , suivant lui , en matière criminelle , une grande porté politique. Car les jurés, en changeant de théâtre, changent de mœurs et de maximes. Ils s'élèvent sans effort a la hauteur du tribunal auguste qui les associe h sa justice. Enfin, le prince devrait pouvoir, du consentement de la pairie, déférer une cause quelconque à sa juridiction. Au moyen de ce, si, en définitive, il n api^ouve pas l'arrêt, il n*a pas non plus la charge de le faire exécuter. La chambre haute serait, en outre , constituée juge de tout empiétonimt de la magistrature sur les droits du prince et l'autorité des corps élfi tifs. ^
« Voilà, au total , de nombreuses prérogatives judiciaires conférées à » la pairie, dit en terminant M. Rouchon, Eh bien, qu'on ne s'y trompe 9 pas , c'est en cela que réside sa dignité et sa puissance , et , avec elle.
D$ la PolUiqiM, par M. Rouclioo, pag. 180.
> la dignité et la puissance du peuple. Si vous dépouillez la pairie de Mm
» pouvoir judirinire , il «^st h craindre qu'on ne conçoive pas asspz bien » son pouvf)ir politique. Qu'il n'y ait pla& de pairie , et la liberté pu- » blique est j>erilue.
• Car , d'ailleurs , en eoDsidénut ce sénat da point de vue de ses ati tribntiens* judiciaires, son intervention dans le système politique est » bt>aiicoup mieut comprise. C'est là encore un tribunal qui, dans Pinj) tért^t nn profit du corps entifr do la. Képuhliquc cnu<,^r\t' I^s lois » fond.iiiM'iitalos . los r\U'< , 1''*^ mœurs et fnit planer leteruel le justice » au-dessus des passions puliliques et priviS's. * »
Tel est, en substance , ce livre , ou, Duur niieûx dire, telle est l'analyse décolorée. On y remarciuera plus d'une singularité, et il doit être permis de n'en pas ndopti^r les idées. Mais il atteste , chez son auteur, nn*^ rare puissance de méditation . un»* leclur»' ininif»nso. un ^rtand zèle pour la vif publique et un profond amour de riiumanibV C»' (ju'une analys«? est impuissante à rennre. c'est l'émotion en qmdque sorte n-li^iouse et sainte qui pénètre ces queic^ues pages, ce sont les aperçus proionds qpi les éeiairent et le style qui , cette fois , comme toujours , est supérieur.
Le temps et l'espace me manquent pour une appréciation môme superficielle de ce travail 5!nis je n'ai pu résister au désir d'en placer sous vos yeux un résumé un j» u étendu, en le dégnfreant . autant que i)ossible , d'une terminologie amliitieuse et qui nuit au livre. Ce résuuié , je l'espère, fera tomber plus d'une prévention.
Ce qni caractérise le système politique de M. Bouchon , c'est l'esprit traditionnel et de conservation poussé jusqu'à l'«'\tréme. M. Roucnon n'admet qu'en partie le principe de la souveraineté du peuple: encore, dès les premiers ])as , lui otîre-t-il (les lisi»'res, et il l'environne de faut de tuteurs et de précautions , qu im peut dire qu'il l'annule. De })lus, partout et sur tous, non-seulement, comme à Lacédémone, il accorde le pas aux vieillards , mais encore la puissance et l'autorité. Dans la famille, il donne le pouvoir aux ancêtres, dans la conmiun»*, aux ancitMis, et, par la multiplicité de ses attributions, par le rôle important (pi'il lui fait jouer, c'est encore à la cbambre des j)airs, au sénat, à la seigneurie, que, dans l'Etat, il assure la prépondérance.
Ce n était cependant pas timidité d'esprit chez M Ronchon. A ses yeux, les choses humaines étaient soumises à des évolutions inévitables et légitimes, et il eût brisé son édifice de ses propres mains, s'il eût pu supposer qu'il entravait la marche du proprés. Mais les souvenirs antiques exerçaient sur lui une influ«.'nce irrésistible , une véritnl)!e fascination. M. Ronchon croyait s'inspirer des principes des in>titutions anglaises et provençales. En réalité et comme malgré lui , il songeait au grand exemple laussé dans l*histoire par le sénat romain. C'est vers lui, dit-il quelque part, que se tournaient les regards dans les calamités puiblii|ties. Mais Rome fut dans le monde une exception, c'est M. Rouchon qni le dit encore ailleurs, et l'illusion serait «rrande de r<Mix qui, de l'organe iriodératenr d'une constitution moderne, attendraient l'incomparable puissance de génie qui distingua le corps illustie dans lequel vinrent se
• A«.,pag.l88etia».
concentrer, en se d(^cuplant , l'énnr.L'io , les vertus et l'orgueil altier de cette aristocratie formidable, qui ne fut elle-même que l'avant-garde déterminée d'un peuple dont l'esprit d'entreprise était l'àme et le but le monde k conquérir.
Le Traité sur la politique , une Notice sur la ville d'Aix . une Monographie 9ur les StUienSt publiée dans le dernier volume de votre Recueil , morceau achevô , comme tout ce qui est sorti de la plume de M. Kouchon , et qui atteste une vaste érudition , complètent la série de ses livres qui ont vu le jour. A coup sûr on ne peut pas lui reprocher, ainfîi qu'il l'a fait remarquer lui-même, d'avoir anusé de l'art divin de l'imprimerie, qui devait, disait il, être traité avec ménagement et respect.
Depuis quelques années , un mal mystérieux condamnait , de temps à autre, M. Ronchon au repos. II en avait été ainsi dans les premiers jours de cette année. Ses enfants veillaient sur lui avec une tendresse ntfentive ; mais, cette fois, leurs soins pieux ne devaient plus nous le rendre.
Le roi Stanislas, on le sait, mourut des suites d'une, brûlure. Vn accident semblable mit les jours de M. Houchon en danger, il avait lu souvent Vhistoire de ce bon roi , qui n*aima du trône que le droit qu'il donne de prodiguer les bienfaits, qui a couvert la Lorraine de fondations utiles et de monuments, de ce roi vraiment philosoplie qui a voulu qu'une Académie, sœm de la vôtre, et dont je m'honore aussi de faire partie, se perpétuiM sous son nom. — « .le mourrai comme lui, dit un jour M, » Ronchon, » Sa prédiction s'est aœomplie le 2 avril 4861.
Ce jour-là, son &me satisfaite et sereine a quitté la frfile enveloppe qui la retenait captive, pour aller se reposer dans le sein de Tiiifinî, de Tmflni qu'il avait cherché d'un si constant efTort ici-bas, et s';d)reuver aux sources mêmes de la justice et de ia vérité , qui furent les deux seules passions de sa vie.
Certes , M. Ronchon ne fut pas un homme ordinaire. Une admirable simplicité de mœurs, une vie pleine de dignité, une nature sensible, délicate, grave, sincère, scrupuleuse , ignorante de l'intrigue , supérieure à l'ambition ; une &me à la fois stoîque et tendre , pleine de force contre sa propre infortune , pleine de commisération pour le malheur d' autrui ; des talents peu communs , un savoir c(msidérnhle , des aptitudes choisies. Comment se fait-il qu'avec des facultés si éminenteset tant de ressources, ses productions aient été si rares?
llfaine de Biran , grand philosophe, salué comme un maître et comme un précurseur par la philosophie moderne , dans le journal qu*il a laissé de sa vie, dit de lui-même :
« Je ne nie trouve jamais assez prêt pour agir , })arler ou écrire; et, » soit dans le monde, soit dans la solitude, un sinitiinent intime de mé- » fiance , joint ii l'idée exagérée des difficultés des choses les plus siin- » pies que je v^is entreprendre, fait que j'hésite sur tout, que je m*em- B narrasse quand il n'y aurait qtt*à me laisser ; que tout se complique » et se hérisse à mes yeux prévenus , quand il n'y aurait quW voir les » choses comme elles sont jM^nr les trouver simples ot faciles. Le sonli- » ment d'mquiétuile et de trouble intérieur, lié à cette préoccupation dQ
xvn
j» î'esprit , m'empêche df rien entroprpndre S'il m*est arrivé de
» faire quelque ouvrage suivi , j'ai été tourmenté depuis le cornnience- 9 ment jusqu'à, la fin par la préoccupation du terme où je désespérais 9 d'arriver. * »
.M. Rouchon a confessé que telle étadt souvent la situation de son esprit.
a En y pensant mieux, et plus mûrement , dit encore Maine de Biran, » avec lequel M. Rouchon a plus d'une analogie (et ce à propos d'un » travail qu'où lui avait demandé de faire imprimer), en y pensant mieux » et pins mûrement , f ai exercé moi-même sur cette prodfuction préma- » taiîse une censure sévère , et le sentiment pénible , respèce de padenr » que j'y ratUichc , comme à tout ce qui nous donne la preuve d'une n ini' t'iff^rtion , m'a empêché de publier depuis trois autres Mémoires » couronnés par des sociétés savantes , attendant toujours un degré de 1) maturité et de perfection de plus, dans un système d'idées dont je sen- ^ » tais encore tout l'incomplet. »
A tous ces scrupules , il faut ajouter , chez M. Rouchon , un soin , un souci, une inquiétude de la forme qui, jamais peut-être ne furent poussés si loin. C'est ainsi que le travail de la composition littéraire était devenu pour lui une fatigue, une souffrance môme qui tournait vite à répuisemeni. Aussi , malgré une méditation perpétuelle , la plupart des ouvrages qu'il a entrepris sont-ils restés inachevés, quelques-uns même, portés dans sa tète et arrêtés depuis dix ou vingt ans, n'ont jamais été écrits.
M. Rouchon jouissait , dans ce pays de Provence , de l'estime universelle et la méritait à tous les tities. Mais au-delà de ses frontières il était inconnu. Ce serait trop résumer de sa modestie que de croire qu'il n'avait pas rêvé davantage. Il avait le sentiment de sa valeur et il crut fl'aliord fermement qu'elle fixerait sur lui l'attention publique. La nature de ses travaux ou leur spécialité n'était guère propre à lui attirer de telles faveurs. Il le comprit.
Puis , le génie seul a des privilèges. Les poètes , les vrais jwètes fran- 'ïbissmt c|uelquefoi8 d*un seul bond les cimes escarpées derrière lesquelles la gloire dérobe ses rayons. Quelques lignes épargnées par le temps ont suffi pour expliquer l'immortalité de Sapho. Mais quana on ne parle pas la langue des dieux, quand on ne marque pas la pensée du trait imjiérissable qui la met en communion avec la vérité éternelle, on ne conquiert la renommée qu*en lui faisant violence , en quelque sorte. Elle n'accorde ses faveurs qu'à ceux qui frappent obstinément k sa porte et reviennent souvent se rappeler îi elle. C'est ce qu'aurait pu faire M. Rouchon, c'est ce qu'il ne fit pas. Il .se résigna, au contraire, il s'enveloppa (lu nianteaii philosophique et il prit la devise de Descartes : Qui ôenc laluil, ùtne vUil. Mais le sacrifice ne fut point exempt d'amertume.
Une invincible tristesse s'était depms longtemps emparée de son âme. 11 sembhit qu'il portât au cœur une plaie saignante que sa fierté s'étu-
* Mainê dê Biran. $a vit et m pmâéê» , publiées par £rne«il KavlUe , pas. au et «B.
(liait à voiler. Les maux pliysiques dont il fat affligé, les soucis domestiques, les choses d'ici-bas allant au ret)Ours de son idéal, y furent pour bmeonp sans doale. Mais il est permis de penser que la gloire qu'il avait ié?ée» qa*il aurait mérit6 et qa*il n'obtint pas, n*y fat point étran-
Je croirais avoir manqné à la gratitude que mon nouveau titre m'impose , si je ne redisais encore en terminant combien je suis fier d'avoir été jugé digne de succéder à cet homme respectable. Apprenons de lui, Messieurs, à rester lidéles au culte de la pensée. Aimons la science et les lettres pour elles-mêmes , elles seules ne trompent point, elles seules ne réservent pas de mécomptes à cens qui les cultivent , et elles peayent consoler de toutes les disgrâces. Cest a ces divinités tutélaires et douces que vous avez él<^vé un temple : an milieu des désastres et des catastrophes qui nous affligent, qui ne serait heureux d'y trouver un reluge ?