‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ANCIEHS flABlTAHS. MAASBILLB*

Simos et de Prolis. Au moment de l'arrivée de la nouvelle flotte, Sénapus, chef de la contrée, qui s'occupait de marier sa fille , donnait une féle solennelle , où la jeune princesse devait elle-même , selon la coutume, choisir son époux. L'un des Grecs eut la préférence ; il obtint en même temps, ou du terrain pour fonder une ville, ou une ancienne bourgade pour s*y loger avec les siens. C'est ainsi que commença Marseille , sous Tarquin l'Ancien , environ Tan 599 avant notre ère. Un demi-siècle plus tard , d'autres Phocéens qui , après la conquête de leur cité par les Perses , fuyaient la tyrannie du préfet Harpalus, vinrent se joindre à ce premier établissement.

Autant qu'on peut le recueillir des anciens, Marseille fut fdndée sur le territoire des Celtoligures. Dans le sixième siècle avant le Christ, les Ibéroligures tenaient la côte de la Méditerranée , de% Pyrénées au Rhône , les Celtoligures du Bhône aux Alpes, et les vrais Ligures, les Ligures sans mélange , des Âlpes à l'Arno. derniers étaient sans doute alors tels que les désigne plus tard Diodore de Sicile ,.une race dure et sauvage , qui s'abritait dans les cavernes , vivait partie de la chasse, partie d'une grossière moisson , et faisait parlager àux femmes les travaux des hommes. 11 paraît qu'étant retranchés dans les Apennins ils avaient résisté a la civili* salion étrusque , et n'avaient pu , après l'expédition de Bellovèse, être entamés par les armes des Celles d'Italie. Au contraire , les hommes de même race qui étaient

placés entre les Alpes et le Rhône avaient Irès-proba- UeBieiit souffert TinTasion des Celtes , d'où ib avaient

été appelés Cello-ligures ; quant à ceux d'entre le hbône et les Pyrénées, ils a?aîent dû prendre leur nom de leur fusion avec les Ibères, peuple qui avait éié puissant dans la Gaule , qui fut ensuite refoulé sur l'Espagne , et qui cependant formait en-deça des Pyrénées, entre ces montagnes, rOcéan et la Garonne, le fond de la population aquitanique , si bien distinguée de la celtique par la physionomie, le langage, les mœurs et les lois.

Du reste on ne peut savoir quelle était celle race ligurienne. Plutargue, dans la Vie de Mariui, semble donner aux Ligures de l'armée romaine la même origine qu'aux Ambrons, sortis de la nation belvétienne et reconnus comme Celtes ; mais les Ligures et les Celtes se distinguaient assez , du temps de Denys d'Ualicarnasse et de Strabon , pour que le premier ne pûi pas indiquer l'origine des Ligures et que Taulre évitât de les confondre avec les Celtes.

La colonie phocéenne étant ainsi établie, il était diflidie qu'elle ne fût troublée par ses voisins. Lorsque Sé*nanus fut mort , un autre chef vint proposer à son fils Commanus cet apologue : « loi chienne pleine avait ob- » tenu du pâtre un gite pour faire ses petits. Après le » part , sommée de rendre la place , elle demanda le » temps nécessaire à leur éducation. Lnsuile , quand » ses fils eurent grandi , cette troupe domestique resta » aiaitresse du lieu. » L'apologue fut compris , et la

guerre résolue. Comme les Marseillais célébraient les fêtes de Flore , on envoya dans la ville des chariots recouverts de feuillages , où ron avait caché de jeunes et vaillans hommes, et on les fit suivre d'une autre troupe de guerriers, le tout, en apparence, pour honorer la république et ses dieux. Ils devaient pendant la nuit livrer les portes à Commanus, qui s'était caché dans les montagnes voisines. Une parente du chef, éprise d'une vive passion pour un jeune Phocéen, viola le secret de l'entreprise. Les jeunes hommes furent tués, et le chef périt . dans des embûches avec sept mille des siens. Un peu ^ plus tard , le renom toujours croissant de la colonie ayant excité une grande inquiétude, il y eut contre elle une ligue et une expédition, conduites par un chef nommé Caramandus. Justin attribue la cessation de la guerre à l'un de ces pj-odiges si fréquens dans les anciennes histoires. On trouve en outre , vers ces premiers temps, d'autres attaques , soit des naturels du pays soit de la république de Carthage, dont il ne reste aucun détail.

L'alliance de Marseille avec Rome fut inaltérable. Elle remontait, comme il a été dit , aux premiers Phocéens qui vinrent examiner la côte ligurienne. Les Marseillais, préssés sur mer par la république de Carthage, sur terre par des peuplades audacieuses , comprirent de bonne heure l'importance de la protection romaine et le danger * de toute rupture avec le sénat. Ilien ne touche plus daug l'histoire que la considération d'une alliance qui était devenue une vive et sincère amitié. Quand on connut à

DE PROVENGE.

Marseille Toccupation de Rome par les Gaulois dllalie, la république prit le deuil , et Von envoya, des secours d'argent aux citoyens renfermés dans le Capilole. Ce furent des ambassadeurs marseillais qui avertirent le sénat de rapproche d'Annibal ; et toutes les fois que les Ligures ourdirent quelque chose contre les Romains» ceuxci furent toujours prévenus de la même maniéré. En récompense la ville de Rome traitait Marseille d'amie et de sœur. Elle lui avait donné des places d'honneur au milieu du sénat , et on sait que , la ville de Phocée ayant attiré sur elle la colère romaine pour avoir embrassé le parti du roi Antiochus, la simple demande de la république fit rentrer en gr&ce ses pères et ses fondateurs.

Semblable en tout aux villes grecques de TÂsie- Mineure , Marseille avait un gouvernement aristocratique. Six cents timouques, magistrats à vie, issus de père et aïeul marseillais , y décidaient en dernier ressort de

toutes choses. Sur ces six cents il y avait un moindre sénat de quinze, et sur ces quinze un moindre conseil de trois. Ils suivaient les lois ioniennes, exposées sur des tables en public. Voici quelques-unes de leurs coutumes : On tranchait la téte aux grands criminels avec une épée qui restait suspendue au lieu du supphce. Si quelqu'un voulait s'arracher la vie il déclarait son dessein au magistrat, et, sa cause étant trouvée bonne, on lui donnait de la cigûe réservée pour cet emploi. Dans les grandes calamités un pauvre citoyeti de dévouait pour

la ville ; après Tavoir engraissé aux dépens du public,

on le promenait solennellemenl par les rues , et, tout chargé qu'il était d'imprécations et de inalédictionSt on le conduisait à la mort. De deux bières placées aux portes de la ?ille, l'une serrait aux hommes libres, Tau-» tre aux esclaves. Les cérémonies des funérailles finissaient» dans le jour même, par un sacrifice aux dieux. Les mimes et les bouffons n'avaient point accès dans les murs de Marseille. Le vin était défendu aux femmes, et le luxe de leurs habits sévèrement réduit. La dot des filles était limitée à une petite somme.

On cite de la sévère justice des Marseillais un fait que recommande davantage enccre Texemple d'une illustre amitié. Ménécrate , magistrat , s'était laissé corrompre par des présens. Traduit devant le juge , il fut privé de sa charge et de ses biens. Une fille unique, mais petite, difforme , borgne , paralytique , lui pesait par-dessus tout. Zénothème invita Ménécrate« avec plusieurs autres, à un banquet domestique. Au moment où l'on faisait des libations aux dieux , Zénothème prend une coupe, et dit : « 0 mon père I reçois cette coupe des mains de » ton fils. Ces citoyens me sont témoins que je prends » ta fille pour mon épouse. » De ce mariage naqgit un beau garçon, qui, à son adolescence, s'étant présenté en suppliant au sénat, fut rétabli dans les biens de sa mère.

La république de Marseille fut toujours au niveau de la civilisation grecque et latine. Pendant ses deux cents premières années elle s'occupa principalement à s'as-

seoir. Alors ses voisins apprirent d'elle, selon le témoignage de Justin» à quitter l'ancienne barbarie, à se régler par las lois plutôt que par les armes, à entourer de murs leurs bourgades , à planter dans leurs champs la vigne et Tolivier. Ensuite elle porta plus loin son commerce et ses lumières, et fonda des colonies dans l'Italie, dans la Gaule et dans l'Espagne. On sait que celle d'Ëmpuries , en Espagne , existait trois cent trente ans environ avant noire ère. D'aulres colonies étaient fondées à la même époque : malheureusement le passage de Scylax où elles étaient rapportées est perdu. Il mentionnait sans doute quelques-unes de celles-ci : Dénia, Rose en Espagne , INice , Anlibes , Agde dans la Gaule. A peu près vers le même temps, P^théas et Eutbimèoe, savans illustres , allèrent, sous les auspices de la république, explorer au-delà du détroit qui joint la Méditerranée à l'Océan, Pythéas les cdtes d'Europe, et Euthimèae celles d'Afrique. Marseille s'était déjà élevée à sot. cette puissance lorsque la première guerre punique, où Carthage succomba , vint augmenter son importance oommerdale.

Cependant elle ne cessait d'avoir des difficultés avec ses voisins, qu'elle ne pouvait dompter, comme avaient &it Rome et Carthage. Les auteurs du siècle d'Auguste ou du suivant nous font connaître, autrement que sous des dénominations générales , les peuples soit voisins immédiats, soit voisins éloignés de Marseille, à l'époque où ils vivaient. Voici les principaux : des Alpes au Rlione

46 RÉSUMÉ DE LUiSTOIRE

et de la mer à Tlsère, les plus rapprochés de la Méditerranée conservent toujours , selon ces mêmes histo* riens , le nom de Ligures ; et les autres établis au pied des Alpes , en-delà du Bas-Verdon et de la Basse-Durance, sont rangés dans la nation celtique, la plus nombreuse et la plus puissante des trois nations gauloises. Entre le Rhône el la Durance étaient lesCavares à Orange , Avignon et CavaiUon ; les Tricastins à Saint-Paul ; les Ségaulanes à Valence ; les Voconces à Vaison ; les Memioiens à Carpentras; les Vulgientes à Apt. Du Rhône aux Alpes , en-deçà de la Basse-Durance et du Bas- Verdon , se trouvaient les Avatidens autour de Tétang ou golfe de Berre ; les Anatiliens à Arles ; les Saliens è Aix ; les Commones à Marseilles ; les Oxibiens sur le fleuve d'Argent ; à Antibes les Déoéates ; à Vence les Nérusiens ; à Cimiez, ville ruinée près de Nice, les Védiantes. En-delà du Bas-Verdon et dans la longueur des Alpes-Provençales , les Réiens apollinaires à Riez , les Ëbrodionticiens et les Avantidens à Pigne» sans compter d'autres peuplades portées au trophée d'Auguste. Le trophée d'Auguste était un monument que le sénat et le peuple avaient élevé à cet empereur, sur les confins de r Italie et d^ la Gaule, après qu'il eut soumis les peuples alpiens, depuis la mer Adriatique jusqu'à la mer Ligurienne.

On voudrait connaître les bornes du territoire de ces andens peuples , savoir lequel d'entre eux était indépendant ou subalterne , lequel formait une commune,

D£ PHOVENCE.

UQ canlûû, une république. Peui-éire esi-oo plus heureux en quelques pajs, où les cités romaines rappellent les sociétés gauloises d'homme à homme; mais chez nous , en Provence , le mieux est de se faire des idées générales d'après la société européenne de ces temps, n'en tirant du reste que très-peu de conséquences particulières.

La société des Scythes , qui n'était qu'un camp , la gauloise» qui était à demi civilisée, la grecque, qui était sarante et polie , se composaient également de petits peuples ; ensuite ces peuples s'unissaient eulre eux, soit librement soit violemment, avec plus ou moins de sujé* iioa et d'indépendance : le lien fédéral s'y combinait de mille manières. On peut donc croire , avec le géographe Slrabon, que la rive gauche du Rhône offrait, de ia Durance à Tlsère, les bourgs unis des Cavares ; que les Saliens nombreux el puissans, entre le Rhône el les montagnes de iMarseille, avaient étendu leur nom et leur Jjgue jusqu'aux bords du Var; que, dans les montagnes, plus d'obstacles naturels mettaient parmi nos peuples plus d'isolement el d'égalité.

Il semble aussi que toutes les peuplades liguriennes devaient former , de l'Amo aux Pyrénées , un système général d'Etats. Quant aux peuples celtiques contenus en Ire la Garonne, l'Océan, la Seine et les Alpes, les mo- ' numens attestent qu'ils avaient une ligue perpétuelle, de mêone que les peuples aquitaniques situés en-delè de Ja Garooixe» et les peuples belgiques d'entre la Seine» la

RÉSUMÉ D£ L'UiSTOmE

Marne el le Rhia. £a outre le suprême pontificat druidique, commun non-seulement à la Gaule, mais à d'autres vastes contrées , portait la société civile aussi loin que le culte, par rinfluence religieuse, le droit des jugemens et renseigiiemenl public [)lacés dans le corps des pontifes. Au contraire la colonie phocéenne Vi*avait conservé avec la mère patrie qu'une simple révérence filiale; elle avait des alliances et non des ligues, et appartenait à cet air libre de la Grèce et de Ronîe,où dès longtemps d'heureux accidens» tel que la confusion opérée dans le même ordre de familles du sacerdoce et des fonctions civiles, qui mène à la liberté par l'excès de la puissance, les avantages d'une colonisation qui n'emporte pas dans sa colonie toutes les coutumes de la métropole, etc., avaient brisé le joug théocratique.

Du reste, ces peuplades demi-barbares des côtes; ligu* riennes, des bords du Hhône et du pied des Alpes , allaient également s'abîmer dans Tempire romain.

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