CHAPITRE II
IIABBORAISS BT ALraS-MARlTIMBS
Rome dès son principe ne cessa d'être conquérante ; déjà elle avait vengé sur les Gaulois d*enlre les Apennins el les Alpes la ruine des nations étrusques, et imposé aux Ligures d'enlre la mer et Apennins le joug des nouvelles idées que les Etrusques n'avaient pu leur faire porter. Arrivée aux limites occidentales de rilalie , il était visible qu'elle passerait dans la Gaule par le littoral» et que l'intérêt de Marseille fournirait le prétexte de l'expédition. Les Décéates des environs d'Antibes et les lu. Oxibiens du fleuve d'Argent eurent une guerre avec les Marseillais , les pressèrent vivement et mirent en péril leurs colonies d*Antibes et de Nice. Aussitôt la république dépêcha ses ambassadeurs aux Romains. sénat, selon sa coutume, voulut entrer en pourparler, et fit une ambassade aux Oxibiens. Les Romains se rendirent par mer à £gytna, bourg principal de ce peuple ; mais les Oxibiens ne voulurent pas les entendre , et comme le ' député Flaminius avait déjà pris port avec ses ballots et ^ ses serviteurs , ils le sommèrent de quitter la terre. Sur son refuSf on pilla ses begagesi on tua deux de ses gens.
fO RÉSmÉ DE L^HISTOIRE
on blessa Flaminius lui-méoie, qui, pour se sauver, fut réduit à couper les câbles de ses ancres.
Aussilôt le consul QuintusOpimius fut envoyé contre les Ligures transalpins Til prit le bourg d'iEgytna , et réduisit ses habilans en servitude. Dans une première affaire il défit les Oxibiens au nombre de quatre mille, dans une seconde les Décéates renforcés des fuyards oxibieas ; il obligea les uns et les autres à donner des otages aux Marseillais, et mit ses troupes en quartier d'hiver dans leurs villes. Un peu après, sur la plainte des Marseillais contre les Salions, Marcus Fulvius Flaccus, proconsul, vint dans la Ligurie-Transalpine, où il battit les Saliens, et poussa même jusqu'aux Voconces.
Le champ de la conquête derail s^agrandir de jour en jour. C. Sextius Domitius Calvinus, proconsul, succéda à Fulvius Flaccus. Il défit de nouveau les Saliens, contraignit leur chef Teulonial à se réfugier chez les Allobroge s, peuple d'entre l'Isère et le Haut-Bbône , et fonda, l'an 123 avant noire ère, une place de guerre à quinze milles nord de Marseille. Ce fut là le premier établissement romain formé en-deçà des Alpes, qui. de ses eaux chaudes etdu nom du fondateur, s'appela ÀqutB Sextiw \k\x aujourd'hui). Il semble qu'il remplaça un bourg des Saliens, situé au nord de la ville actuelle, en un lieu où se voient encore des débris consibérables. Le proconsul donna alors aux Marseillais tout le rivage maritime du Hhône aux limites de lltalie , dans une lar- 42^ geur de douze stades sur les points d'un accès facile, et de huit stades auprès des côtes élevées.
DE PBOVENCE.
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Presque en même temps le consul Cnéius Domilius iEoobarbus , sur le motif que les Allobroges avaient donné retraite au chef des Saliens et que les Avernes (AuTergDats) avaient butiné sur les terrôs des iËduens. fidèles alKës de la république, attaqua Tun et l'autre peuple. 11 y eut, non loin de Carpenlras» une sanglante bataille où les Gaulois furent défaits. Le chef romain âeva, en signe de sa victoire, un monument qu'on pré* sume être l'arc de Carpentras, et se promena triomphalement dans le pays, monté sur un éléphant et suivi de son armée.
Les Allobroges et les Aryennes, aides des Cavares, des Ruthènes (Rauerguals) et de quelques autres peuples, tentèrent un nouvel effort contre -Slnorbarbus , alors proconsul , et Q. Fabius Maximus , consul. Ce dernier les vainquit en bataille rangée au confluent du Rhône et de llsère , retira de ses exploits le nom d'Allobrogiens, et montra dans son triomphe Bituit, roi des Allobroges , paré des mêmes armes et monté sur lé même char qu'il avait dans le combat.
On ne fixe pas aussi aisément l'époque où fut conquis le territoire des Volées arecomiques, des Volces tectosages et des Helviens en-delÀ du Rhône. Cependant l'invasion dut précéder ou suivre immédiatement la fondation de la colonie de Marbonne, la première des Romains dans la Gaule, à peu près au temps de la défaite des Arvernes et des Allobroges, vers l'an 417 avant notre 447. ère. Ainsi la conquête s'étendit d*abord jusqu'au Rhône,
St RÉSUMÉ D£ LWTOIBS
ayant la mer à gauche et les montagnes de Senez et de Digne à droite; die remonta le bassin du BhAne jusqu'à Genève , et redescendit le long des Cévennes jusqu'aux deux rÎYes de la Garonne ; car les peuples logés au pied des Âlpes en-delà du Bas-Verdon n'avaient pas été réduits encore. Les Ânreroes et les Ruthënes avaient été battus, mais on leur avait donné la paix. Celle province s'appela Gaule aux Braies , Gaule-Transalpine, Province-Romaine , et plus lard Gaule- Narbonaise ou simplement Narbonaise^ de Narbonne sa métropole. ^ La conquête par rapport à la nouvelle province n'était pas seulement politique, elle était encore religieuse, Rome ne pouvant souffrir cette philosophie et celte théo* logie druidiques qui condamnaient ses lois et ses dieux. Aussi les peuples vaincus saisirent-ils avec d'autant plus d'ardeur l'occasion de recouvrer leur liberté. Une grande émigration, qui, si elle eût réuissi, eût changé le sort de 407. l'Europe , releva leur espoir. Deux troupes de Cimbres et de Teutons vinrent des côtes de la Baltique et du fond de la Germanie se précipiter sur les Gaules ; elles soulevèrent ensuite, par Fimage d'une servitude imminente et l'allrait puissant des voyages, les Ambrons et les Ti— gurins, peuples de la nation helvétienne parmi 1& Celles. Ces barbares excitèrent une frayeur depuis longtemps inconnue aux armes romaines ; ils humilièrent , en divers temps et en diverses occasions , les troupes de la république, et le bourg de Toulouse, s'étant lié secrète— ment avec eux, n'hésita point à donner contre les cou--
qoérans le signal de l'insurrection , qui bientôt eût été
répété à l'aulre bout de la province si la bonne fortune de Rome n'y avait pourvu.
En ces exlrémilés, la république jela les yeux sur Marius. Ce romain assez connu avait un visage rebutant, des mœurs austères , une âine indomptable , un génie tout militaire. Nommé consul pour la seconde fois , il vint dans la Gaule sans y trouver les barbares , qui avaient gagné TEspagne. La crainte de celle guerre lui , fit accorder un troisième et un quatrième consulat. On apprit enfin le retour de ces peuples , divisés en deux bandes, dont Tune, formée desTigurins et des Cimbres, tenait le chemin des montagnes , et l'aulre , où étaient les Ambsons et les Teutons, suivait les bords de la mer. Marins et son collègue , qui étaient Tiin et l'autre en Italie, accoururent, le premier dans^la Transalpine, le second vers les pasâages des Alpes-Noriques. Marins posa son camp près de Temboucbure du Rbône , où les barbares ne tardèrent par d'arriver. I) ne voulut point d'abord livrer bataille , songeant plutôt à rassurer ses soldats , et les accoutumant derrière les fortifications, vis-à-vis de ces étrangers, à voir leur effrayante slalure, à entendre leurs clameurs formidables. Ceux-ci, qui ne purent faire accepter le combat , se mirent en marche sous les murailles du camp ; ils demandaient en passant aux Romains ce qu'ils voulaient mander à leurs femmes dans Kome.
Le général romain plia aussitôt bagage , et se nùt à
les suivre en queue, ayant soin de camper dans des lieux forts et élevés» et de se retrancher pendant la nuit. Les deux armées arrivèrent ainsi aux environs d'Aquœ Sextiw* Marius se posta dans un lieu avantageux, mais qui manquait d'éao. Comme les soldats en murmuraient, le consul, leur montrant la rivière qui coulait devant le camp des barbares : C'est là, leur dit-il, que vous aurez de Teau au prix du sang. Et les soldats de demander la bataille , et le consul de répliquer qu'il fallait d'abord fortifier le camp.
Cependant les valets , qui avaient besoin d'eau pour les équipages , s'armèrent du mieux qu'ils purent, et descendirent à la rivière. En ce moment parmi les barbares les uns se baignaient, selon leur coutume, les autres dînaient après le bain. Il n'y eut donc qu'un petit nombre qui tomba sur les valets ; mais peu à peu le reste survint , et les Ambrons se levèrent , rendus plus hardis par le vin et la chaire , agitant leurs armes en cadence, et criant : Ambrons I Ambrons I Les Ligures de l'armée romaine furent les premiers & marcher contre eux, au même cri de guerre, qu'ils disaient leur être un nom commun, avec ces peuples. Mais au passage de la rivière les Ambrons rompirent leur ordonnance ; les Ligures les chargèrent impétueusement , et les mirent en désordre. Les iaulres soldats romains prirent part au combat , et après avoir mené les hommes jusqu'à leur camp et à leurs chariots,, on eut encore à' repousser les femmes , véritables furies , qui frappaient les Ambrons comme traîtres» les Romains comme ennemis*
Ce premier combal fut livré près d'Aix'; mais la grande afiaire eut lieu dans une vaste plaine à Test et à quelques milles de celle place. Il faut donc ou que les étrangers eussent déplacé leur camp, ou bien qu'ils remplissent tout cet espace, les Ambrons, avec qui les Romains ^ avaient déjà comballu » tenant la queue de Tarniée , et les Teutons placés en avant et tenant la téle. Ce dernier sentiment parait plus sûr. La majeure partie des barbares restant ainsi à vaincre dans cette plaine, le consul établit son camp sur la hauteur, et dépêcha son lieutenant Marcellus avec une troupe d'élite, pour s*einparer d'un profond ravin situe en iaœ au-dessus du camp des barbares. Le lendemain , à la pointe du jour, Harius, après avoir rangé son armée en bataille, envoya la cavalerie commencer le choc dans la plaine. Les barbares impatiens s'ébranlèrent aussitôt, et gravirent la colline. Les Romains, selon l'ordre du consul, les attendirent de pied ferme, leur lancèrent le javelot quand on se trouva à la portée du trait, et fondirent ensuite sur eux en les frappant de Tépée, et les poussant avec les boucliers sur la pente des coteaux. Ils parvinrent ainsi à les repousser et à briser leurs lignes. Alors Marcellus se leva de son embuscade , et tomba h l'improvisle sur leurs derrières. La déroute des étrangers fut complète , et ceux qui échappèrent à la mort n'échappèrent pas à la servitude.
Telle fui cette grande bataille, livrée non point seule*
ment à une armée en nemie , mais à des nations enliè-
res, avec leurs femmes, leurs enfans et leurs vieillards. Le courage paiieut des Romaius, soutenu des camps fortifiés et des ruses de guerre, l'emporta sur la valeur aveugle des barbares, qui marchaient dans les plaines et ne se confiaient qu'à leur audace. Après dix-neuf siècles nos peuples gardent encore le souvenir de cet événement; ils montrent le Mont- Victoire , ainsi nommé de la défaite des barbares , et les ruines du monument triomphal qui fut élevé sur le champ de bataille. Uarius» ré~ vêtu d'une robe de pourpre et ceint à la manière romaine, brûla les plus riches dépouilles en l'honneur dey dieux. Dans ce moment il vit accourir à lui de ses amis de Rome, qui , l'ayant embrassé , lui annoncèrent son cinquième consulat. Cet homme était encore nécessaire au peuple romain, qu'il allait délivrer en Italie des Tigurins et des Cimbres, comme il Tavait délivré dans la Gaule des Teutons et des Ambruns.
Cette victoire ne mit point fin aux résistances des vaincus. Le souvenir de la conquête se mêlant à une oppression sans relâche, et le peuple romain ne témoignant aucune inquiétude sur les excès des gouverneurs, on vit diverses agitations dans la province. Pendant la guerre que soutenait en Espagne Sertorius, du parti de Marius, Pompée d'abord, Fontéius ensuite eurent à réprimer des insurrections générales, causé&s par la levée des impôts et le passage des gens de guerre. Ce Fontéius , préteur de la Transalpine , est le même qui fut accusé devant le peuple au nom de la province, et ab-
SOUS sur la défense de Cioéroa. Enfiron dix ans après»
la conjuration de Calilina donna occasion aux Allobroges d*exciier un nou?eau mouYement , que réprima le préteur Ponlinius.
Rome ne devait pas toujours se retenir aui confins de la Narbonaise, ni arrêter ses légions devant les murailles des Marseillais. César conquit le reste de la Gaule» dont il forma une nouvelle province, sans rien chans^er toutefois aux limites de la Narbonnaise. Ce même bom- 49 me , qui aTait ruiné la liberté publique dans son pays, porta un coup terrible à l'indépendance marseillaise. Tandis que Tltalie, les deux Gaules et les Espagnes, peu soucieuses de la patrie ipmaine , avaient embrasse ses intérêts , Marseille s*était prononcée pour Pompée , qui avait avec lui le sénat et les meilleurs citoyens. Les Marseillais ne purent tenir contre César ; on leur fit livrer les armes et les vaisseaux , les machines de guerre et Targent. de l'épargne : limage enchaînée de la république fut vue au triomphe du vainqueur ; mais cependant la ville retint son gouvernement et ses lois.
Auguste, successeur de César, ne changea rien non plus aux limites de la Narbonnaise lorsqu'il arrêta ses divisions des Gaules en Narbonnaise, Aquitaine, Celtique oû Lyonnaise» et Belgique » ni lorsqu'il eut réduit les nations alpiennes du golfe Adriatique à la mer Ligurienne. Par suite de cette conquête» les habitans de nos montagnes suivirent le sort du bas pays , et formèrent avec une portion de la Ligurie-Italienne la province ou
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district des Alpes-Waritimes. Celte province fui censée de ritaiie plutôt que de la Gaule; elle eut pour métropole Cimiez, ville des Védiantes, et dut comprendre en outre les bourgs de Vence, de Senez , de Salines (Casr* • tellane), de Digne, d'Embrun, etc.; mais plus tard Galba mit dans la Marbonnaise le bourg de Digne et ses deux peuples avanlicien et ébrodionlicien.
Quelques traits des historiens caractérisent Télat politique et 1(1 civilisalioti du la Narbonnaise pendant le premier siècle. Marseille retenait le nom de république, sa magistrature et ses lois, sans indépendance réelle ; les Helviens et les Âllobroges étaient régis par des princes de leurs nations ; la ville de Mmes, honorée du droit romain, présidait à ving-quatre bourgs. Les Voconces, qui avaient pour villes principales Le Luc et Vaîson, jouissaient d'une semblable prérogative. Ici il y avait des nations privilégiées, là des colonies romaines ou latines. Pour nous borner à celles dont Tancienne Provence et l'ancien Yenaissin conservent les ruines , sous César, Âqum Sexliœ fut changé en colonie romaine; la sixième légion vint habiter le bourg d'Arles, la deuxième le bourg d'Orange; sou6 àugusle, la septième légion peupla Fréjus , où César avait bâti quelques maisons. Les colonies de Marilima , dès long-temps ruinée , de Cavaillon, d'Avignon , de Carpentras , d'Api et de Riez furent fondées avec celles-ci ou peu après.
La violence affaiblissait de jour en jour le culte druidique ; jes Cavares abandonnaient les lois et le langage
maternels; les nobles allobroges. quittant les bourgs, se pressaient à Vienne , donl ils firent une ville d'importance ; les Gaulois allèrent en fouleà Marseille cultiver l'éloquence et les arts ; les villes agrandies instituèrent des écoles. Sous Claude on disait nos habilans nés à Tombre du Capitole ; et les sénateurs possessionnés dans la province pouvaient quiller Rome et le sénat sans congé de l'empereur. Sous Néron la faveur du droit latin fut étendue à fous les peuples et à tous les bourgs. La Narbonnaise, comme lltalie, donnait du vin, de Tbuile, du blé et du bétail ; ses marais et ses bois même étaient babilés. Nulle province, au rapport de Pline l'Ancien, ne lui était préférable pour la culture des terres et la police des peuples; c'était moins une province qu'une portion même de l'Italie.
Au milieu de la lutte de la religion latine et du culte gaulois, le cbristianisme, qui avait dès le premier siècle fondé la chaire de Rome, pénétra dans la Narbonnaise. Il parait que les sièges d'Arles et de Vienne durent leur origine, comme l'église, voisine, de Lyon, aux associations orientales. Les persécutions contre les disciples de « Jésus suivirent de près les persécutions contre les adorateurs gaulois. Les chrétiens de Vienne furent enveloppés dans le massacre général où on vit la Saône et le Rhône rougis de leur sang ; et parmi les évêques Trophime, Éaul, Saturnin et Martial, qui vers l'an 250 s'é- Après tablirent à Arles, à Narbonne, à Toulouse et à Limoges, ^^o!' Trophime et Martial moururent paisiblement, mais Paul et Saturnin donnèrent leur sang pour leur croyance.
Lorsque la puissance publique , enlevée au sénat et
au peuple, eut* été transportée aux empereurs, celte volonté absolue trouva sur-le-cbamp une barrière dans l'armée et dans les présidens des provinces. Le besoin d'affaiblir les gouverneurs nous explique la ditision de la Narbonnaise faite, v^s ces temps , en Narbonnaise- Propre et en Viennoise» ainsi nommée de Vienne sa métropole. II parait que les deux provinces se croisaient, comme naguère en Allemagne les perdes du Haut et du Bas-Rhin, la Viennoise renfermait les villes de Vienne, de Genève, de Grenoble, de Valence, de Viviers, de Die, des Tricastins, de Vaison, d'Orange, d'Avignon, de Cavaillon et d'Arles, et la Narbonnaise-Propre ayant loules les aulre| villes, tant sur la gauche que sur la droite du Rhône. Marseille ne dépendait alors d'aucune de ces provinces, et avait son gouvernement particulier.
Cependant Constantin venait de faire profession pu-* blique du christianisme , et les églises jouissaient d'une . profonde paix. Celles de la Narbonnaise assistèrent au premier concile d'Arles, convoqué en 314 pour juger un schisme qui s'était élevé dans les églises d'Afrique* On lit aux souscriptions les noms d'un évêque et d'un exorciste pour la cité de Vienne, d'un évéque et d'un exorciste pour la cité de Vaison , d'un prêtre pour la cité d'Orange, d'un prêtre et d'un exorciste pour la cité d'Apt, d'un évéque et de deux diacres pour la cité d*Arles,d'un évéque et d'un lecteur pour la cité de Marseille , d'un diacre et d'un exorciste pour le pori de Nice. Mais , de
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même que la conquête militaire, les doctrines chrétiennes pénétrèrent plus tard dans les montagnes de Test de la Narbonnaise, et ce fut seulement au milieu du quatrième siècle que Marcellin et ses disciples , Domnin et Vincent, allèrent évangéliser les bourgs et les hameaux des Alpes , et fonder les églises d'Embrun et de Digne, qui se reconnaissaient pour contemporaines et pour sœurs. '
Sur la fin du quatrième siècle la partie orientale de la Narbonnaise-Propre fut séparée de l'occidentale , et forma la Seconde-Narbonnaise, composée de la cité métropolitaine d'Aix et des cités d'Apt, de Sisteron, de Gap, de Riez , de Fréjus et d'Àntibes. Déjà la limite de la Gaule et de l'Italie ayant été replacée aux Alpes , et la cité de Digue étant retournée aux peuples des montagnes, cette cité et celles de Glandèves, de Senez, de Saline, de Vence et de Cimiez formaient, sous la cilé métropole d'Embrun, la nouvelle province des Alpes-Maritimes. La Viennoise vA les d(^ux Narbonnaises étaient, la première. proconsulaire, les deux autres simpkment présidiales. Celle des Alpes- Maritimes était aussi présidiale; Biarseille n'était plus alors qu'une cité de la Province- Viennoise.
Ces quatre provinces formaient, avec la Novempopulanie et les deux Aquitaines, cette section méridionale de la Gaule dite des Sepl-Provinces qui chaque année tenait à Arles l'assernblée de ses juges et de ses possesseurs. Elle^ étaient comprises dans le vicariat des dix-sept pro-
vinces gauloises , qui dépendait de la préfecture préloriale établie à Trêves pour la Gaule» la Bretagne et TEs* pagne, laquelle formait Tune des préfectures prétoriales de l'empire d'Occident. Comme on peut en juger, c'était un cadre tout prél pour Tinstitution ecclésiastique. Aussi chaque cité de nos provinces, plus quelques villes, celle de Toulon, ancienne teinturerie impériale, et^ celle de Vendasque chez les Meminiens, etc., reçut un évêqueet un sénat de prêtres ; chaque cité métropole réclama un évêque métropolitain, et l'ancienne Narbonnaise, c'està-dire la Viennoise, la Première et la Seconde-Narbonnaise , tendit , comme l'ancienne Celtique , l'ancienne Aquitaine , à avoir pour elle-même et pour les Alpes- Maritimes une primatie ecclésiastique, placée à son tour dans la suprême juridiction du chef de l'Eglise. 405. Le christianisme, qui avait organisé ses églises, organisait ses monastères. Honorai, d'une famille consulaire des Gaules, après avoir vécu en solitaire sur la côte de Fréjus , ft)nda dans les iles de la mer d'Anlibes la maison de Lérins . dont il fut le premier abbé.. Cette maison devint/ bientôt une école célèbre , où l'on vit de toutes parts les chrétiens accourir pour se former dans^ la vie solitaire ou dans les sciences sacrées, et d*où sortirent des hommes modérés en toutes choses, savans et pieux, qui donnèrent d'illustres exemples. Peu après, le prêtre Cassien , élevé dans les déserts de la Syrie et de r£gypte, institua la maison de Saint-Victor de Marseille, dont le commencement et les progrès sont dignes aussi de quelque respect.
Mais ceUe progression de l*einpire romain, qui remplissait de vastes contrées, devait avoir son terme; des oations élraxigjàres ai» mcsurs et aux lois de Home la pressaient de toutes parts. La Gaule septentrionale n*était séparée que par le Rbin de ia Germaiûe , on Ton Tojail enire rOeéati et le Rhin le» diverses Iribue des Francs, entre l'Océan et TOder les peuplades saxonnes, entre les Alpes et les scKirces du Rhdne et du Rhin la nation des Bourguignons. Au-delà delà Germanie, des deux côtés du Danube, paraissaient les diverses nations gothiques, Vandales, Visigolhs, Ostrogoths, et plus loin la nation scytbique, que Ton )reconnait encore dans les hordes tartares. La civilisation de ces peuples se marquait sur leur éloignemenl de la Gaule et de l'Italie. Les Bourguignons , tous charpentiers ou forgerons , étaient déjà arrivés à la vie industrielle ; les auteurs nous vantant la politesse des Francs et l'intelligeiice des Goths ; tous ces peuples s'étaient insinués peu à peu dans l'empire. La crainte qu'avaient eue les empereurs des nationaux, en même temps qu elle leur avait fait abandonner Fancienne discipline, les avait engagés à appeler les milices étrangères , et à placer les barbares dans les premiers postes de l'Etat. D'ailleurs lesàma<( éprouvaient un extrême relâchement. Le christianisme était impuissant contre ces excès; car si les religions commandent aux lots, les mœurs commandent aux religions. On voit dans S^lvien, prêtre de l'église de Marseille, quels étaient les désordres de ces temps ; le petit peuple était écrasé.
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Comme les citoyens pauvres ne pouvaient vivre , ils se , fèisaient diens des riches» qui les rendaient esdaves. La misère leur avait fait vendre leurs fonds aux riches ; oeux-d leur donnaient des terres au prix de la liberté, de façon qu'ils acquéraient les terres d'abord , puis les hommes. C'est ainsi que tomba la domination romaine en Occident, et qu'elle fut réduite au grand district d'Orient. Les hommes du nord envahirent nos contrées, et cependant, comme subjugués par la majesté de Tempire, ils briguèrent les noms de patrice et de consul , ils ne cessèrent d'avoir les yeux sur la ville de Rome , et ne conçurent rien de plus grand au monde que le titre im« périal , soit lorsqu'ils craignirent de le porter eux-mêmes, le laissant à des Romains, soit lorsqu'ils y virent le dernier terme de leur ambition , et qu'ils cherchèrent à recomposer Tempire abattu.
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