‹ Résumé de l'histoire de PologneChapitre 3 sur 10 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

PÉRIODE BÉPUBLICAIN£.

Depuis l'élection de Henri de Valois jusqu'à celle de Jean Sobieski.

< La mort de Sigismond-Auguste fut 15/3.

suivie d'un interrègne de neuf mois.

La race de Jagellon était éteinte^ et la nouvelle république polonaise , après avoir successivement limité l'autorité royale^ en était arrivée à repousser le principe même de la monarchie héréditaire : on ne voulait plus de rois polonais ; et la fierté de la noblesse croyait avoir moins à souffrir devant des princes étrangers. Il ne manqua pas de s'en présenter, le roi de Suède, Jean III, se mit. le premier sur les rangs. Il offrait

lOO &ESUME

d*assurer à la république la possession tranquille de la Liyonie. Il avait épousé la sœur de Sigismond-Auguste^ et se prétendait légitime. Le czar Basilide, espèce de tîgre couronné , voulait bien, disait-îl, descendre jusqu'à gouverner la Pologne. Albert, duc de Prusse, vassal de la république, était le troisième concurrent. Protestant luimême, il offrait des garanties aux protestans polonais. Enfin on y distinguait encore trois prétendans , le fils de Fempereur Maximilien , Télecteur de Saxe et le marquis d'Anspach. Chacun de ces candidats faisait des offre^ marchandait le trône et s'environnait de ses partisans.

Mais laVjèpublique avait d'autres intérêts à débattre que ceux de ces divers aspirans. Deux partis la divisaient, et chacun cherchait dans l'élection prochaine le triomphe .de s^n opinion.

C'était d'un côté le clergé catholique , et de l'autre le^ protestaus; tenus d^ns une balaacp égale par Sigismond-Auguste, et unis en appareace, ces deux partis agissaient , le premier avec as*>

DE L*HISTOIRft DB POLOGNE. 1 5 1

tuce^ le second ayec moins de talent que de droits. Une circonstance leur donna bientôt l'occasion d'éclater. Le Polonais Krasocki^ nain d'un esprit peu ordinaire, avait été accueilli en France par Charles IX et sa cour, pendant les dernières années de Sigismond.

Suivant l'usage 5 on avait fait à cette miniature animée un accueil qui ne coûte rien aux rois quand on les amuse , et dont ils sont si avares envers la probité toute nue. Krasocki avait captivé particulièrement le duc d'Anjou, Heqri de Valois, frère du roi , voluptueux et frivole, mais qui , aimable et brave, ne s'était encore déshonoré par aucun excSis. D^ retour en Pologne, il acquitta la dette de l'hospitalité en offrant aux Polonais le portrait le plus séduisant de Henri de Valois. Poussé peut-être par le parti catholique, qui n'ignorait pas l'aversion de Henri pour hes protestans, il conseilla hautement de l'élire pour roi. Cette idée fit fortune parmi les catholiques. Krasocki se hâta d'informer la reine Catherine de Médicis de la bonne volonté des Polonais. Ljsi reine

1 52 AÉSVMÉ

de France chérissait le duc d^Ânjou ; elle craignait pour lui l'ombrage que Charles IX paraissait porté à prendre d'un prince aimé des Français : elle accueillit avidement cette ouverture.

L'adhésion du roi ne fut pas difficile à obtenir ; et l'on décida que Henri de Valois se mettrait sui* tes rang» pour le trône de Pologne, j^

Alors s'entama une Jongue négociation qui se termina par l'élection du prince français (i). Cette négociation fut confiée à Jean de Montluc , érêque de Valence 9 le plus habile diplomate de son temps, mais ecclésiastique saos mœurs ^.politique sans probité, orateur sans conscience et sans bonne foi.

Arrivé ^n Pologne ,' il commença par publier une apologie du duc d'Ailjou, qu'il présenta comme le plus vertueux et le plus tolérant des p'rincçs^ La nouvelle de la Safnt-Barthélemy ^ reçue en Pologne quelques jours après , donna

(i)Solignac. Histoire générale de Pologne, tom. V. n^^^i^

DE L BISTOIRE DE POLOGNE. lOÙ

un sanglant démenti à cette mensongère apologie. Alors comme le récit deoe massacre, auquel Henri de Valois n'était pas étranger j^^ayait révolté tous les Polonais et inspirait rhorreur de la cour de France , Montluc publia de nouyeaùxéèrits dans lesquels il s'efforça de pallier le crime, de diminuer le nombre des protestans égorgés. Il s'appliqua à prouver que Charles IX avait dû réâister à une conspiration armée ; et ^ pour justiBer les bourreaux, il ca-> lomnia les victimes. -

Les proteâtsrns combattirent de tous leurs efforts une élection qui menaçait leurs libertés : ils opposèrent d'abord des diètes aux diètes ; ils formèrent ensuite une confédération; mais le machiavélisme des catholiques et l'adresse de Montluc triomphèrent de tout. On indiqua d'abord à Varsovie une diète préparatoire, appelée depuis diète de convocation. Là, il fut résolu qu'une diète d'élection composée de toute la noblesse, serait tenue à cheval dans tine plaine près de Varsovie. On choisit ée lieu parce que la ville de Varsovie

renfermait plus de catholiques qu'aucune autre. Le pape avait eoToyé un légat qui soutenait le duc d'Anjou, de toute l'âutorîté du Saint-Siège.

Les protestans , qupiquMls eussent dans leur parti le grand maréchal de la couronne , et une foule d'autres sectateurs distingués , prévirent qu'il serait difficile d'empêcher l'élection de Henri de Valois; ils voulurent du moins lui imposer un code de tolérance qui devint leur garantie 9 non-seulement envers lui, mais encore envers les catholiques.

Les articles de ce code furent dressés y mais les catholiques firent tant que le sénat rejeta ces articles.

Cependant la diète d'élection s'assembla. Nous avons décrit plus haut le magnifique spectacle que présentait cette imposante réunion (i). Les divers prétendans furent entendus par l'organe de leurs ambassadeurs. Le légat du pape s'emporta en invectives contre les protestans, et uq palatin de cette religion fut obligé de lui imposer si- Ci) Voyez pages 142 et 143.

DE l'histoire DI POLOGNE. 1 55

lence. Montluc vint à son tour; il s'exprima avec son habileté accoutumée.

Il fit un éloge outré de Henri de Valois, et sut l'environner de flatteries pour les Polonais. Son discours obtint un grand succès parmi les électeurs catholiques. Un vieil historien français ra-r conte, à cette occasion, une anecdote satyrftpie qui nous a paru assez piquante pour mériter d'être citée : « Pendant que ces harangues se faisoient, dit-il, un lièvre et un pourceau passèrent de vitesse à travers les tentes dressées en belle campagne , et une alouette gazouilla sur le mât du pavillon, tandis que Montluc haranguoit. Ceux qui s'arrêtent à telles choses en firent diverses expositions, les uns à l'honneur, les autres au désavantage et déshonneur du duc d'Anjou, le naturel duquel ils disoient avoir été représenté par le lièvre et le pourceau , affirmant aussi que le babil de l'alouette convenoit fort bien à Montluc, son ambassadeur (i). »

(i) Mémoires de l'état de la Fiance sous Charles IX , tome II , p. i4i ( édit. de 1578.)

i56 RisvMÉ

Les protestans cherchaient tou)ours à retarder l'opération décisire. Ils interrompirent la discussion pour proposer de revoir les lois anciennes, afin de resserrer plus que jamais Tautorîté royale : cette fois il l'emportèrent. On restreignit quelques lois , on en abolit quelques autres ; on rédigea un décret qui reçut le nom de pacta conoet^aj et que le roi devait accepter lors de son couronnement, (i).

On procéda enfin à l'élection; Montlue avait distribué de tous côtés l'or et les promesses. Les festins s'étaient multipliés. En moins d'une heure le duc d'Anjou obtint la pluralité des voix dans tous les palatinats. Uùe foule stipendiée poussait des clameurs autour de l'enceinte des électeurs : alors, sans attendre le reste des s uffîrages ; le primat se hâte de proclamer Henri de Valois. Le droit de faire cette proclamation appartenait au grand maréchal de la couronne. L'imprudente précipitation du primat faillit devenir funeste : on

(i) Voyez ci-dcssua pag. iS;.

DE L*HIST01EE DE POLOGlfE. 167

se dÎYise ; les protestans s'efforcent de faire casser l'élection ; on s'arme , et ta diète est en un moment transformée en deux armées. Heureusement on se calma; les protestans et les catholiques renoncèrent réciproquement à quelques-unes de leurs prétentions. Mais la liberté absolue de tout culte fut enfin reconnue 9 et cet article fut annexé aux pMta conventa y que le nouveau roi devait accepter lors de son avènement.

On ajouta à ces conditions une capitulation dans l'intérêt du pays. Montluc accorda tout 9 persuadé que les rois peuvent promettre , mais ne sont pas obligés de tenir. Il fut arrêté 9 en conséquence y que la France équiperait une flotte pour rendre les Polonais maîtres de la mer Baltique , et leur faire recouvrer le port et la ville de Narva ; que dans le cas d'une guerre avec les Moscovites , elle leur fournirait 4000 hommes de «ses meilleures troupes , dont elle paierait la solde pendant six mois > et au-delà , s'il était nécessaire ; qu'elle les assisterait dans toute guerre que pourraient leur susciter des princes

1 58 RÉsuMé

voisins; que Henri , tant qu'il vivrait; lerait passer tous les ans en Pologne 45,000 florins; qu'il acquitterait les dettes d'état contractées du vivant de Sigismond , et depuis ; qu'il entretiendrait^ à 'Paris ou à Cracovie, cent jeunes Polonais ; qu'enfin , il n'amènerait avec lui qu'un tfës-petit nombre d'étrangers, auxquels il ne donnerait ni biens, ni charges, ni dignités ^ et qu'il renverrait le plus tôt possible.

1574 On dépécha aussitôt des ambassadeurs à Paris : le nouveau roi se préparait à la tolérance religieuse en assiégeant les protestans de la Rochelle. Il venait de rentrer dans la capitale lorsque les députés polonais arrivèrent : on , leur fit des fêtes superbes, a La reine , dit le vieil historien déjà cité , leur fit un banquet aux Tuileries, avec des appareils de grands frais, de rochers, théâtres, salles , et toutes sortes de passetemps décrits en vers latins par Jean Dorât, poète du roi. La reine-mère et ses deux fils sont dépeints comme s'ensuit : la reine-mère a un morion en tête, un bouclier en la main gauche, dans le-

DB L'HISTOI&B de POLOGNE. iSq

quel est ]a Gorgone , et une hallebarde en la dextre ^ appelée pur conséquent Paiias Gallica. Sur sa tète sont écrits certains yers latins en sa louange. Le roi est appelé Jupiter Servator, étant soutenu d'un aigle, et foulant aux pieds un dragon et un homme 9 etc. Le duc d'Anjou est appelé ApoUo Gaiiicus , et dépeint de même arec la Ijre , le carquois et les flèches. Plusieurs se rioient de telles peintures.. , et à ce propos furent écrits des yers latins at françois contre les flatteries de Jean Dorât, lesquels nous avons obmis, pour ne renouveler pas davantage l'opprobre de la France. Aulcuns estimoient qu'il falloit ainsi caresser les ambassadeurs polonois, etc. (1). »

On cherchait dans cette cour, où l'on se délassait des crimes par les fêtes , et qui alliait la galanterie à la cruauté , à éblouir les députés polonais ; mais on ne put leur faire oublier leur devoir.

(i) Mémoires de Tétat de la France sous Charles IX , tome III , p. 3.

l6o EÉSVMÉ

Ils présentèrent à Henri les conditions de son élection ^^ et ce prince ne fut pas médiocrement surpris. On ne pouvait concevoir au Louvre que des sujets pré* tendissent faire la loi à leurs princes. Henri commença à se dégoûter d*un royaume Où Ton ne pouvait disposer à son gré des droits et de la vie des hommes; toutefois, il fut obligé de jurer tous les articles^ et même celui qui garantissait la liberté des cultes. Un des ambassadeurs lui avait dit nettement :

« Il faut souscrire à ces conditions > ou vous ne serez jamais roi. »

Insensiblement la royauté en Pologne perdit tous ses charmes pour le duc d'Anjou. Il ne voulait plus partir.

Les députés lui représentaient en vain la triste situation de la république) menacée par le czar Basilide 9 inquiète 9 et livrée aux dissensions. Il fallut que Charles IX, fatigué de la présence de son frère , lui ordonnât positivement de partir. Un autre motif rendait le voyage désagréable au duc d'Anjou. Charles était déjii attaqué de la maladie qui de< vait bientôt le punir de ses crimes , et

DE l'histoire de POLOGNE. l6l

Henri aurait bi^n voulu rester pour recueillir son héritage.

Il part enfin ; il arrive en Pologne.

On Taccueille avec effusion , mais on témoigne déjà de la méfiance pour les Français qui l'accompagnent. Son couronnement fut troublé par le grand maréchal de la couronne, le protestant Firlej, qui menaça de rompre la cérémonie si Henri ne signait sans restriction tous les actes de la capitulation.

Le sang-froid de Pibrac, Tun des conseillers du roi, prévint les suites de cette périlleuse motion.

Henri régna en Pologne comme il a régné depuis en France. Il voulut ménager à la fois les catholique^ et les protestans, et s'aliéna les deux partis.

Alors il se plongea dans le désordre; étranger à ses sujets, il se Borna à quelques Français efféminés. Telle était sa conduite lorsque deux mois après son couronnement, un émissaire de Catherine de Médicis lui apprend la mort de Charles IX. Henri veut d'abord déguiser la nouvelle ; n'ayant pu y parvenir, et persuadé que les Polonais ne lui lais-

lOa RESUME

seront pas la liberté de s*échapper , il choisit une nuit bien noire , s^esquive de Varsovie , et voyageant à la faveur des ténèbres , il s'évade furtivement de son royaume, comme un malfaiteur qui fuirait la vengeance des lois.

La rumeur fut grande; on court après le roi ; il arait déjà dépassé la frontière.

Des lettre^ qu'il avait laissées contenaient la promesse de revenir au plus tôt. Une diète réunie de suite lui accorda neuf mois; il les laisse écouler; alors I0 trône est déclaré vacant. Henri n'eut pas de peine à se consoler de cette perte; il se dédommagea bientôt en France d'une trop longue contrainte. Son premier acte à son retour fut un décret de proscription contre les protestans.

La vacance du trône polonais étant déclarée, ptusieurs prétendans s'étaient mis sur les rangs. Mais le sultan Amurat III, depuis long-temps attaché à la Pologne par des traités pacifkjues, recommanda le prince de Transylvanie , Etienne Bathori , que son seul mérite avait élevé d'une condition privée aux premières dignités dans sa patrie. On

DE l'histoire BE POLOGNE. l65

lui opposa un rival redoutable, l'empereur Maximilien. Les Polonais se partagèrent entre ces deux prétendans.

Le sénat élut Maximilien ; la noblesse nomma Bathori; le roi futur devait épouser Anne, fille de Si gismond- Auguste 9 et âgée de soixante ans. Maximilien marchandait; Bathori se résigna.

La mort de Maximilien consolida son triomphe.

Ce prince fut un des plus grands rois 1576.

de Pologne. Dantzig tenait pour Maximilien ; il opposa la clémence à la rébellion, et le retour des Dantzîgois fut sincère. Les Moscovites, conduits par le czar Iwan, souverain plus barbare encore que son peuple , avaient enlevé Polotsk, eticMvoîtaiént la Livonie, Bathori les défit ; et il répondit par une noble modération aux cruautés détestables des Russes. Un légat du pape, le jésuite Possevin, réconcilia enfin les deux ennemis; et le roi de Pologne conclut un traité avantageux en vertu duquel les Russes lui restituèrent trentequatre forteresses de la Livonie.

Bathori, vainqueur de seg^nnemiis, i582.

l64 RÉSUMÉ

s'appllqu» ù établir de sages lois; les Polonais lui durent rétablissement d'une excellente discipline. Il créa des institutions civiles et militaires. Il établit la milice quartienney ainsi appelée parce que le prince affecta à son entretien la 'quatrième partie de son revenu. Cette milice cantonnée dans la province de l'Ukraine ^ jusqu'alors stérile et abandonnée , en fit bientôt l'une^des provinces les plus florissantes de la Pologne. Bathorî est le créateur de la cavalerie polonaise.

1584. ^^^îs ce qui suffirait pour honorer le règne de ce monarque, c'eet le soin qu'il prit de polir une peuplade sauvage et de transformer en défenseurs de la Pologne les mêoies' brigands qui l'avaient ravagée.

Les Cosaques étaient un peuple d'origine russe, ainsi que leur langue et leur religion le prouvent. Ils habitaient les deux rives du Borysthène .au-dessous de Kiowie (i). L'été, ils s'assem-

(i)Kocb. Tiibkaudes révolutions de V l'Europe ^ tom. II. .^ . .

DB l'histoi&e de pologi^e. i65 blaîent pour faire des courses sur lu mer Noire ; séparés pendant rhiver, il»

allaient consommer dans leur huttes agrestes le produit de leurs brigandages. On les yît se répandre comme un torrent dans la Turquie^ la Russie et la Pologne. LeuKs légers coursiers franchissaient jus(|u'aux riyières et aux précipices; leurs barques, à Taide des raines , y niaient sur lesileuyes. La terreur du Nord et de TOrient^ ils avaient pénétré jusque sous les murs de Trébisonde et de Sinope , Bathori pouvait les détruire; il aima Tnieuz les policer. Il leur offrit de s'attacher à la Pologne, et de faire avec elle un traité de secours réciproques. Ils acceptèrent, sous la condition expresse qu'ils ne seraient jamais troublés dans l'exercice de leur re* iigion , qui était le christianisme grec.

Distribués en régimens sous les ordres d'un général cosaque, nommé Hetman, ils devinrent pour la Pologne une sorte dt; rempart contre les Tartares et les Turcs.

Après avoir admiré ce noble ouvrage i586.

de Bathori , pourquoi faut-il que nous

l66 BBSVMB

soyons obligés de reprocher à ce sage roi une faute qui doit avoir de funestes conséquences pour l'avenir des Polonais? Ce monarque adnodt les jésuites dans ses États ; il leur fit donner , en i58a, une église à Riga. Il en Ait mal récompensé ; les bons pères se rendirent bientôt si odieux à la multitude qu'elle se révolta en 1686, et cette révolte devint la cause de la mort du monarque polonais.

Il se préparait à attaquer les Turcs* Une maladie inconnue aux médecins de ce temps l'emporta tout à coup. Selon les uns c'était une épilepsie ; mais il est mieux prouvé que cette mort fut l'effet d'un accès de colère qu'il éprouva en apprenant la révolte des habîtans de Riga, rév4»lte née de la haine qu'inspiraient les jésuites. Bathori, brave 9 actif et bienfaisant, n'avait que ce défaut d'un caractère emporté jusqu'à la frénésie. On lui fit cette épitaphe singulière, qui, dans sa forme antithétique , peint assez bien ce grand prince : « Il fut, dans le temple , plus que prêtre ; dans la république , plus que roi 9 sur le tri-

DE i'hISTOIRE de POLOGNE. 167

bunal, plus que jurisconsulte; à Tarmée, plus que général; dans l'action, plus que soldat; dans l'adyersité et le pardon des injures, plus qu'homme; défenseur de la liberté , plus qu'un citoyen; dans les liaisons du cœur, plus qu'ami; dans le commerce, plus que sociable; à la chasse contre les bêtes féroces, plas qu'un lion; et dans toute sa vie, plus que philosophe. » Ce mo«narque conserva toute sa rie un grand respect pour les libertés de la nation; mais frappé des inconyénîens d'une démocratie trop dépourvue de régies, il en observait les usages et les lois sans être convaincu de leurs avantages. « Polonais, disait-il un jour, ce n'est pas l'ordre légal , vous n'en avez point ; ce n'est pas le gouvernement, vous le méprisez ; c'est le destin seul qui régit votre république. » Bathori ne laissa point d'enfans.

« Cette époque, dit Rulhiére, est la plus belle de l'histoire de la république polonaise. La liberté , parvenue à son plua haut période , si l'on peut parler ainsi d'une liberté qui n'est pas fondée

i6B HEâUMé

sur de sages lois , allait décliner rapidement vers Panarchie. Mais les abus naissans n'avaient encore donné aux âmes que plus d'élévation et dé force. Au milieu de l'Europe agitée, la république était florissante et tranquille , pleine de grands hon^mes d'état et de grands courages, pacifique à la fois et guerrièré( i ) . » Les deux partis catholiques et protestons avaient sommeillé pendant le règne ^e Bathori ; ils se réveillèrent avec plus deforce à sa mort. Chacun offrit son prétendant. La famille des Zborowiki présentairl'archiducMaximilien, qui offrait de donner une nouvelle sanction à la liberté des cultes; elle était appuyée par le légat du pape, Ânuibal de Gapoue, retenu, dit un historien, parunc liaison indigne de l'église romaine. Les catholiques^ dirigés pat Zamoyski, général illustre , mais dont ies talens étaient voués à l'esprit de faction , soutenait les prétentions de Sigismond, fils très-catholique du luthérîéh Jean, roi de Suède, qui improuvait hautement

(\) jénarMe de Pologne, t. V*> ,

DE L*HIST01RE DE POLOGNE. iGq

l'abjuration de son père et celle du peuple suédois tout entier, qui n'aimait point sa patrie et n'en était point aimé.

Les deux partis se battirent quelque temps , le tort était évidemment du côté des catholiques ; ils refusaient d'adhérer au principe de liberté de conscience, plus d'une fois reconnu , et deyenu loi de l'état sous Henri-rde- Valois. Les catholiques Toulaient opprimer, et les autres se défendre. Les protestans élurent Maximilien 9 et les catholiques Sigismond. Les deux prétcndans en vinrent aux mains , et Zamoyski décida la victoire en faveur de Sigismond. La justice arait adopté une bannière, la fortune en choisit une autre.

Sigismond III était à peine en possês- 1592.

sion du trône que le roi de Suède mourut; il court revendiquer sa succession ; mais les Suédois le soupçonnaient du projet de rétablir la religion catholique.

Sigismond fut déposé. Il youlut, mais en vain, opposer ses nouveaux sujets aux Suédois révoltés. La perte fut entière et sans remède. Le catholique Si- \ gismond proposa à la diète de Pologne

1^0 RESVHE

de l'aider à reconquérir ses droits ; on eut le tort de le lui accorder; et de cette querelle particulière au prince naquit une lutte entre les Suédois et les Polonais^ qui prit tous les caractères d'une guerre de religion, puisque la Suède ne combattait en Sigîsmond qu'un roi ennemi de sa croyance, et cette guerre devint fatale à la république polonaise.

Les protestans murmuraient; le roi, ne pouvant sou£frir ses hérétiques , ne leur accorda plus aucune Jonction pu- . blique ; les jésuites se chargèrent d'indisposer le peuple contre eux; rien ne fut négligé pour inspirer la haine de l'hérésie , et insensiblement un peuple aveuglé s'éloigna des protestans, dis-* graciés et persécutés.

i6o5. Ce ne fut pas toutefois en un moment que s'opéra cette révolution; une fois

1608. pendant le règne de Sigismond III le parti protestant se vit à la veille de triompher. Profitant de quelques mécontentemens excités par les défaites qu'avait éprouvées Sigismond en Livonie, ils l'accusèrent, dans une *lliète, d'avoir violé la liberté publique ; et on

lui demanda compte de sa 'conduite.

Sigismond avait pour lui le sénat, et contre lui la noblesse. Une diétine osa déclarer le trône vacant. Un échanson de Lithuanie convoqua les états i Varsovie pour l'élection d'un nouveau roi.

Sigismond tint tête à l'orage, et parvint à le conjurer.

Tout le règne de Sigismond, qui 1608.

fut très-long, n'offre qu'une suite de fautes, de fausses mesures, et d'actes insensés. La Russie était troublée par l'apparition d'un imposteur qui se prétendait le ûh du czar Théodore , assassiné par l'usurpateur Boris. Le jésuite Alphonse de Garillo engagea Sigismond à soutenir les droits prétendus de ce faux Démétrius. Sigîsmond n'avait rien à refuser aux jésuites : il sacrifie l'élite de la îiation polonaise; d'abord vainqueur , il conçoit l'ambitieux dessein de placer son fils Uladislas sur le trône de Russie. Ce fils était jeune et brave ; il est élu par les Moscovites , mais par un retour de la fortune , il se voit presque aussitôt déposé. X

Les Turcs étaient en guerre avec

17a BÉSVMÉ

Tempereur d'Allemagne : Sigiftinond, au lieu de cicatriser les blessures des Polonais, voulut intervenir dans cette querelle, et s'attira sur les bras une armée formidable d'Ottomans et de Tartares.

Heureusement la valeur du brave Zolkiewiski, et le secours des Cosaques lui épargnèrent une déroute honteuse. Les Polonais déployèrent dans cette campagne une bravoure aussi noble qu'inutile.

^Q^^ Il aurait mieux valu ménager ses ressources pour défendre la Pologne même. Le Lion du Nor<>, Gustave- Adolphe, avait succédé à Charles de Sudermanie sur le trône de Suède.. Une trêve, qui n'avait fait que suspendre les hostilités entre les deux états, expira en i6a5 , et Sigismond ayant refusé un accord raisonnable que lui offrait Gustave, il en fut puni par la perte de la Prusse et de la Livonie. Une blessure reçue par le conquérant au siège de Dantzig sauva la république polonaise d'une invasion complète; mais elle perdit pour toujours plusieurs places importantes. Que Ton )uge des reproches

BS L*H1ST01AE DB POLOGNE. l^Z

qui furent adressés à Sigismond ! €e catholique monarque, accablé par la gloire de Gustave et par les mépris de ses sujets , mourut de chagrin dix ans trop tard. Personne ne le plaignit; les jésuites seuls le regrettèrent. C'était au parti catholique que la Pologne deyait ce prince ignorant 9 que beaucoup d'his- 16 ^ toriens ont soupçonné d'ayoir été jésuite lui-même.

Il û*est pas hors de propos de donner ici quelques détails sur la conduite de cette société |)endant le règne de Sigismond, dont elle avilit Tautorité, et dont elle déshonora le caractère. Ce fut le sort de ces religieux de mériter la haine de tous les peuples qui eurent la faiblesse de les admettre. Ils furent bientôt généralement odieux en Pologne.

Leurs excès de tout genre , leur insatiable avidité, révoltèrent les catholiques eux-mêmes. Le chancelier Zamo jski , Tun des sénateurs les plus attachés à^Sigismond, plusieurs membres du clergé, presque toute la noblesse, confondirent leurs plaintes. Le roi fut assez aveugle pour ^eji^^^ip^épriser, et

1^4 RÉSCMé

cet aveuglement coupable devint une source de troubles. Ou lit dans un mémoire, publié eu 1606, que ces pères étaient les chefs de toutes les séditions et de toutes les conspirations ; « qu'ils se rendaient les arbitres de l'élection des rois , pour employer ensuite Tautor rite royale à satisfaire leurs passions.

€e sont eux, ajoute le métnoire, qui ont excité des troubles en Livonie, à Riga , dans la Lithuanie , dans la Wolhynie 5 à Cracovie. D'un côté ils se sont emparés des églises, en chassant les prêtres, sans avoir égard ni à leur âge ni à leurs infirmités; d'un autre côté, c'est à leur instigation que le feu a été mis au temple que le roi et les états avaient accordé aux Luthériens ; et l'in- . cendie a failli consumer toute la ville.

A Polotzk , en Lithuanie , Us ont enlevé aur curés leurs presbytères; dans plusieurs contrées de la Petite-Russie, ils se sont emparés des terres les plus fertiles , et ils ont dépouillé les plus riches citoyens. lis emportent des maisons des plus nobles chevaliers, ce qu'il y a de meilleur et de plus précieux» JLeurs

DE l'histoire de POLOGNE. 1 ^5

collèges sont des palais et des citadelles fortifiées , d'où ils dominent sur les villes , et semblent les menacer continuellement de la guerre, etc. » (i).

Mais les actes dont les jésuites se rendirent coupables en 16269 n'étaient que le prélude d'excès plus monstrueux encore. Depuis long-temps ils aspiraient à s'emparer de l'éducation de la jeunesse. L'université de Cracoviè offusquait leurs yeux. Ils mirent en jeu les intrigues qui leur sont familières pour élever autel contre autel, et fonder une université nouvelle sur les ruines de l'ancienne. N'ayant pu réussir, ik se vengèrent en calomniant. J'|ive«çle Sigîsmond rendit contre l'université un décret tyrannique , et quelques expressions de mécontentement lui ayant été présentées comme une révolte , on fit marcher contre Cracoviè des troupes , qui , dit-on , recevaient des ordres des jésuites. La ville fut inondée de sang innocent , et la barbare soldatesque ,

(i) Histoire de de Tkou, liv. i38. Hist.

des jt- suites , 1820, tom. l'^EgzedbyGoogle

176 AËSUMË

qui exécutait leurs vengeances, fut désannée par rhorreur tardire des crimes dont elle était Tinstrument , ayant que les jésuites eux-mêmes fussent rassasiés de carnage (1).

Toute la Pologne frémit. Une diète rassemblée en i6a6 youlut être informée du crime. La plupart des membres témoignèrent toute l'indignation dont ils étaient pénétrés; mais Sigismond intercédait pour les jésuites, et' Ton se borna à ordonner la clôture de leurs écoles , et à leur défendre toute attaque contre l'université. La société n'obéit à ce décret qu'en i634l^outefois si l'on sévissait contre les jésuites, les protestans ne recueillaient point le fruit de cette justice. Leur parti.

(i) Semel et iterum urbem sangaine innocentissimo compleyére, et cùm satietas caedium non caperet jcsuitas , indignitas facti barbares , quos illi ad liaec praeclara facinora C9nduxerant , et tœdium , et misericordia cœpit. (Litters Acaderaiae cracoviensis ad Academiam Tovaniensera. — Mercure /esuitCf tom. II, p. 32î.)Dig.zedbyGoogIe

]>£ l'hiSTOUB de POLOGNE. I77

à la mort de Sigismond , avait presque disparu. Leurs faibles réclamations ne purent empêcher qu'Uladîslas VI , fils de Sigismond III ^ le même qui avait régné un moment sur la Russie^ ftit élu presque sans contradiction ; le primat, archevêque de Gnesne, exigeai de lui un serment par lequel il promettait de ne toucher en rien à la religion catholique , alors même qu'elle serait hostile contre les protestais , qui n^étaient plus alors ' que tolérés. Raphaël Leczinski, palatin de Beltx , ayant voulu prendre la parole , le prélat ^interrompit en déclarant que le royaume de Pologne était un royaume catholique, et que, la couronne étant décernée au roi par des catholiques , c'était pour lui un devoir sacré de les défendre contre leurs ennemis.

Uladislas YI ne régna pas sans gloire. ,635 Sa bravoure éprouvée fut fatàlç aux Russes , qui lui restituèrent les duchés de Smolensko et de Gzemichow. Il défit les Turcs, et tel fut son ascendant sur le grand-seigneur, que celui-ci désavoua ^ ton pacha et lui fit couper la tête.

Gustave-Adolphe avait termina sa car-

rîère dans les champs de Lutzen; et la Suède 9 goayernée par un enfant, sous la direction de Christian , jeune encore, offrit à la Pologne une trêve de vingtsix arts. On restitua la Prusse à la répu^ blique; on promît de s'arranger pour la Livoni^ v

Mais une imprudence née de Tinto^^ lérance catholique balança tous les fruits de ce règne , et compromit VexU stence même de là Pologne^. Bathori, en attachant les Cosaques à la république, avait respecté leurs usages , et surtout |a religiop grecque , qui était chère à cette peuplade enfin civilisée. L'avide orgueil de quelques nobles commença il réyolter ces utiles alliés. Quelques serfs polonais avaient émigré dans l'Ukraine i iU étaient venus partager la liberté dps Çosa(|ues , ^t ceux-ci les avaient aocpeillis ^vpc une généreuse hospitalité. La noblesse polonaise aurait pu supporter la perte d'un petit nombre d'esclaves qui s'étaient ressaisis , d'un droit inaliénable. Elle ^ntra à main armée dans l'Ukraine. On renouvela la faute du tyran Giessler, Une forteresse

DE LHlSTOIfiE DE POLOGNE. I79

fut con&truîte à fludâC, malgré les réclamations des habitans. Ils se soulè^ Tent; on leur offre une amnistie; ils mettent bas les armes; et contre la foi des traités ) on tranche fa tête à leurs chefis. Us offraient encore leurs seryices à Tingrate république ; on répond à ce noble oubli des injures ^ en leur ravis*" sant leur culte ; on supprime les églises grecques. Enfin un noble polonais 9 dont la propriété confinait à celle du chef des Cosaques 5 élève un différend sur les limites ; et au lieu de recourir aux tribunaux 9 il déva&te les terres du Cosaque démolit ses châteaux, saisit et fait fouetter son fils, égorge sa mère^ et livre sa femme à la brutalité de ses soldats. C'était trop d'injures à la fois :

les Cosaques s'allient avec le kan des Tartares, et l'ouvrage de la sagesse d'Etienne Bathori se trouve détruit sans retour.

/ UladislasYI meurt dans, ces entre- 1648 faites. Jean Casimir, son frère, lui succéda. L'histoire des premières années de ce prince est singulière. Il avait été envoyé en Espagne avec une mission

l80 RÉSUMÉ

contre la cour de France. La tempête.^ le jeta sur les côtes deProrence ; on l'arrête , on le reconnaît : on le plonge dans un cachot. Il y languit pendant deux années. Cette longue solitude altéra sans doute son jugement; à peine eut-il récouTvé sa liberté , qu'au lieu de retourner dans sa patrie 9 il se retira à Rome , et se fit jésuite. Il échangea bientôt ce titre <;ontre le diapeau de cardinal ; et le trône étant deyenu vacant 9 il fit un nouvel échange , et sacrifia le chapeau pour la couronne.

Une invasion soudaine des Cosaques et dés Tartares troubla son élection.

Heureusement ces agresseurs , unis pour Tattaque , se divisèrent pour le partage du butin, et leurs querelles sauvèrent la république.

On presse* Jean Casimir , à peine élu, de prendre les armes pour châtier les Cosaques rebelles. Le cardinal-r«i répond que le tort est du côté des Polo-j ' nais f et qu'ils ne devaient pas brûler les châteaux du chef cosaque, égorger sa mère, fouetter son fils et violer sa femme. La leçon était juste, maishors de

:Vv

DE l'histoire de pologn i8i saison. Il fallait la couronner en marchant de suite à l'ennemi; c'est ce que ne fit pas Jean Casimir. Il se rappelait qu'îj ayait été prêlre , et n'était pas brare.

Il voulut parlementer, mais en vain :

la noblesse , délaî^ée par son roi , combattit sans lui et fut vaincue ; toujours héroïque mal^é. ses fautes , elle se décima elle-même , leva un homme sur «epl dans tour le royaume , et livra bataille; elle succomba de nouveau. Alors le roi fut contraint de marcher ; et, sous un prince agréable à Dieu , la fortune changea. Les Tartares et les Cosaques furent défaits, et signèrent séparément un traité. Mais, ne croyant pas la repu-, blique de bonne^ foi , ils n'attendirent que le moment de renouveler les hostilités.

Tandis que l'étranger désolait la Po- f65a.

logne, elle était déchirée par les factions intérieures. Partout l'anarchie avait pris le nom de liberté. On s'égorgeait dans les diétines, on se battait dans les diètes. Un abus déplorable de la liberté parlementaire rendît en i652 cet état de choses irrémédiable. Il s'a-

iSô KÉSUMÈ

gissâit de la défense nationale; l'ennemi était aux portes. Tout à coup Sicînski, nonce d'Upita en LIthuanie» déclare

r ^u'au nom de la liberté il arrête Tactivite de la diète , et annule toutes les décisions prises et à prendre. Les plus sages étaient d'avis qu'on passât outre.

Mais cet acte d*une audace délirante éblouit la 'multitude ; Sicinski fut applaudi, on admit sa protestation , etToû se sépara sans rien conclure. On a lieu de penser que ce nonce était soldé par le gouvernement, qui voulait éviter dé rendre ses comptes (i). A dater de ce jour, le liberum veto f c'est-à-dire la loi de l'unanimité , fut admis , et les nonces témoignèrent d'autant plus de respect à cette loi insensée, qu'ils prétendirent la faire reposer sur un principe anciennement reconnu en Pologne, «que la république était une, et ne pouvait être rompue (a). »

i65a "L'ennemi qui était aux portes était

£) Lengnich. Jure publicum reipublicœ nijsœ , liv. III , ch. IV, p. 7.

(a) Rulhière. Anarchie de Pologne, liv. I".

DE l'histoire de POLOGNE. 1 83

Charles-Gustave, roi de Suède. Voici l'origine de cette guerre. Depuis le règne de Sigismond III « les rois de Pologne s'intitulaient roi de Suède , et , à l'avénement de chacun des princes suédois, publiaient des manifestes et des protestations. Christine venait d'abdiquer; Charles-Gustave remplaçait cette reine philosophe. Jean Casimir proteste ; Charles X, ne cherchant qu'un prétexte, se déclare ofTeQsé, et envahit la Pologne.

CJn parti coupable favorisait cet étranger. Charles-Gustave met tout à feu et à sang, au même moment où les Russes, les Cosaques et les Tartares, pillent les provinces opposées. La Mazovie , )a Prusse, toutes les villes de la Uaute- Pologne , excepté Dantzig, sont subjuguées. Varsovie ouvre ses portes. Abandonné de toute la noblesse, qui se hâte de préparer une généreuse résistance, Jean Casimir a recours à l'intercession divine. Il fuit en Silésie, et met son royaume sous la protection de la Vierge^ ^ La noblesse cependant s'est confédérée , elle force l'étranger d'évacuer Varsovie; mais, après un sauglant combat qui

i84 ftésvMÉ

dura trois jours , les Suédois rentrent de nouveau dans la capitale. Un prince de Transylvanie, Ragot^i^ se ligue avec les Suédois , et la république est à deux doigts de sa perte.

1658. C*est alors qu'un grand danger menace la malheureuse Pologne. Sans défense, envahie de tous côtés 9 elle tenta Tavidité de ses vaînqueuraJLes archives delà diplomatie ont transmis à Thistoire un projet de partage conçu dès cett6 époque. Ce fut le comte de Stippenbach, ambassadeur de Suède, qui en dressa secrètement les articles. On proposait à l'Autriche et à l'électeur de Brandebourg de démembrer la Pologne de concert avec la Suède. Ce mystère d'iniquité, qui devait s'accomplir cent cinquante ans plus tard , fut alors heureusement découvert par la cour de France , qui en informa celle de Varsovie. Jean Casimir n'avait rien fait pour défendre la patrie, mais il était de bon conseil. Il engagea les Polonais à renoncer à leurs dissensions, leur exposant l'affreux péril qu'ils avaient couru.

Plusieurs causes détournèrent alors

DE l'histoire de POLOGNE. 1 85

l'exécutioa des projets du comte de Stîppenbach^Les Polonais ne prirent plus conseil que de leur désespoir. De puissans voisins, alarmés des succès de la Suède, sentirent enfin le besoin d'en arrêter le cours. L'Autriche se brouilla avec le cabinet de Stockholm. Une flotte suédoise fut battue et dispersée , et Gharles-âustave signa la paix. Le traité d'Oliva fut conclu.

Ce traité, heureux pour la Pologne i66a.

dans la situation critique où elle se trouvait, porta toutefois une grave atteinte à sa dignité politique. L'électeur de Brandebourg lui avait offert quelques secours équivoques. Il reçut pour récompense la propriété absolue de la Prusse ducale , et cessa de relever de la république polonaise. Bientôt, s'érigeant en roi , il créa le royaume de Prusse , aujourd'hui l'un des plus împortans de l'Allemagne. Une portion de la Livonie fut abandonnée à la Suède. Le roi de Pologne renonça à ses prétendus droits sur la Suède et la Finlande , héritage funeste deSigismondlII, premier auteur de cette guerre ^ dont l'issue devenait

1 86 RÉSOM^

si fatak. Au moyen de ces divers sacrifices 9 le roi Casimir acquît la confirmation d'une partie de son territoire ^ en abandonnant Tautre. Depuis cette paix, dît un historien 9 la Pologne cess»

d'être comptée au nombre des puissances de premier ordre, j^ Jf ( Jean Casimir, de retour à Varsovie , au lieu de cicatriser les plaies de l'état, et de calmer les factions , se venge sur les Polonais des humiliations qu'il vient de subir. Il prétend remonter aux sources de la guerre; il dresse des listes deproscription et bannit une partie de ses sujets.*)Les jésuites obtienneat l'exil de la secte des sociniens. Parmi les noncatholiques qui jouissaient de la tolérance accordéepar Sîgismond- Auguste, on distinguait cette secte très-éclairée.

Socin , soq fondateur , avait lui-mêm6 passé en Pologne une grande partie de sa vie. Sa doctrine se rapprochait de celle des unitaires ; c'est-4-dire qu'elle ne reconnaissait ni le dogme de la trinité, ni la divinité de Jésus-Christ.

Les sociniens auraient voulu la paix perpétuelle; ils coiidamnaîent la guerre.

DE L'Hlbi'OlBE DE POLOGNE. 187

et Texercice des magistratures. C'était une sorte de quakers.

Leurs ennemis prétendirent qu'ils avaient favorisé les Suédois. On prit acte de quelques désordres partiels dans les provinces; et, malgré les réclamations de tk^tt^es les sectes dissidentes, qui redoutaient pour elles-mêmes les conséquences d'un acte d'intolérance , ils furent bannis. On leur accorda deux ans pour vendre leurs propriétés; mais un petit nombre profita de cette grâce, que mille persécutions rendirent trop amère. Une portion de ces proscrits chercha un asile en Hollande.

Ils y publièrent une apologie daùs laquelle ils attribuèrent à l'intolérance religieuse tous les désastres de la Pologne.

« La Pologne , disaient-ils , a attiré sur elle la colère céleste par les persécutions qu'elle a multipliées, non-seulement contre nous, mais contre les évangéliques , au mépris des lois et de la foi des sermens. De là sont nées les pestes, les calamités sans fin qui accablent ce peuple si florissant, si riche, si paisible, tant qu'il respe<^^a|lliberté

i88 &ESVUË

de conscience et de religion. Dès que le.

lien qui retenait tous les cultes sous les lois de l'égalité a été rompu , la patrie tout entière est tombée dans un^abîm^ d'înfbrtunes (i). » ^

Après cette facile victoire , Casimir^ qui n'avait point d'héritier , prêta Toreille aux suggestions de laconrdaV.ei;r .

sailles. Au mépris des pacta conventa , il voulut désigner son successeur, et ce fut sur le duc d'Enghien , fils du prince de Condé, qu'il jeta les yeux. Le prince français fut proposé à une diète ; mais la nation accueillit avec indignation une tentative contraire à ses lois. C'est alors que le grand-maréchal de la couronne, LubomirskI, caractère illustre et respecté , adressa au roi cette belle réponse : « On ne vous permettrait pas de faire pour votre fils ce que vous voulez faire pour le fils d'un étranger.» Casimir avait été imprudent : il devint Injuste. Lubomi/ski , accusé de crimes supposés f fut disgracié ; condamné à

(i) Voy« le Dict de Bayle, ag^^pw.

DE l'histoire de POLOGNE. 189

mort , il s'exila de lui-môme , mais sa vertu n'étant pas supérieure à son ressentiment y il Tint , à main armée ^ tirer vengeance de son affront,^ ^ C'est ici que pour la première fois nous voyons apparaître Jean Sobieski , que la fortune appelle à de si hautes destinées. Né en 1629^ sous le règne de SigismondlIT, à l'époque où Lbuis XIII gouvernait en France , Charles I" en Angleterre , et Gustave - Adolphe en Suède, d'une famille originaire de la Russie, mais d'une noblesse peu ancienne , Sobieski était déjà connu par quelques exploits. Entreprenant et ambitieux , il aspirait à s'élever aux premières dignités de l'état. Son début fut peu honorable , s'il est vrai qu'il contribua, par des manœuvres que la justice désavoue, à la disgrâce deLubomirski, dont il recueillit l'héritage. Créé grandmaréchal à sa place , il fut chargé de le combattre , lorsque celui-ci fut devenu rebelle. D'abord Lubomirski fut vainqueur, son arrêt fut révoqué , mais la mort le frappa bientôt , et Sobieski put jouir en paix de ses dépouilles.- <6^7*

190 R£&liM£

Ce général préludait à son illustration future ; une victoire qu'il remporta peu après sur les Tartares le couTrit de gloire. La république n'arait que douz«^ mille hommes y peu d'argent ^ point de munitions. Les Tartares étaient plus de cent mille. Sobieski enlèyela récolte de ses propres terres 5 en forme des maga^ sins pour Tarmée , sacrifie tout l'argent qu'il possède 9 fait d'énormes emprunts j lève huit mille soldats, et part à la tête de vingt mille hommes. Ses succès miraculeux étonnèrent l'Europe.

Condé, que l'on nomme le Grand , avoua qu'il avaîttrouvé son maître. On ne parlait que de Sobieski. Casimir, las de la gloire de son sujet, oublié de tous les partis , sentit se réveiller sa vocation religieuse; i| parla d'abdication. Un roi inutile convenait beaucoup aux Polonais. Jean Casimir fut supplié de conserver le sceptre. Mais il résista à toutes les instances , et honora même son abdication par les conseils pleins de sagesse qu'il donna à ses sujets. « Je prévois , leur dit-il, les malheurs qui menacent notre patrie; et plût à Dieu

DE l'histoire de POLOGNC. I9I '

que je fusse un faux prophète ! Le MoscoTÎte et le Cosaque Be joindront au peuple qui parle lamênde langue qu'eux, et s'approprieront le grand duché de Lithuanie. Les confins de la Grande- Pologne seront ouverts auBrandebourg, et la Prusse elle-même fera valoir les traités ou le droit des armed pour envahir notre territoire. Au milieu dé ce démembrement de nos états, la maison d'Autriche ne laissera pas échapper l'occasion de porter ses vues sur Cracovie.ff Heureuse la Pologne si elle eût tenu compte de cet avertissement prophétique !

Jean Casimir redevint moine , il se retira en France , fut abbé de Saint- Germain-des-Prés et de Saint-Martinde-Nevers. Quelques historiens prétendent qu'il épousa secrètement une célèbre blanchisseuse , nommée Marie Mignot , déjà veuve d'un maréchal de France et d'un conseiller au parlement de Grenoble.^tSet inconstant et faible monarque mourut en 1672. Son règne n'avait été qu'une suite de calamités. >«'

Il est difficile dans rhistpire .d'un

iga . BESDME

peuple où tout s'enchaîne, d'assigner I.e poibt précis où s'opère un changement; dans la situation politique de ce peuple; tootefois, sans prétendre à une exactitude rigoureuse, nous fixerons au règne de Jean Casimir l'époque oùlegouyernement électif de Pologne dégénéra en une complète anarchie. Cet état funeste, dont les premiers symptômes s'étaient développés successivement depuis plusieurs règnes, paraît devoir être attribué à plusieurs causes : i** l'imperfection d'une constitution qui,limitant trop le pouvoir royal , exagérant le pouvoir des assemblées, avait détruit tout équilibre entre les diverses branches du gouvernement; 3° l'introduction du principe de l'unanimité , invoqué par le nonce Sicinski , en i653 , et adopté avec un enthousiasme irréfléchi ; principe au moyen du quel les délibérations se changèrent en combats , et le plus souvent ne purent arriver à une issue quelconque; 5" l'oppression des sectes non catholiques, consommée définitivement par l'expulsion des sociniens , et la dis-^ grâce perpétuelle des dissî^^ig^^oppres-

DE L'HISTOtaE. BE POLOGKE. igg^

sîoD qui produîsit^de sourds mécontentemens, et fit fermenter les esprits; *^ enfin les manœuvres de l'étranger , dont Ter et les influences favorisèrent les désordres produits par les trois premières causes.

Le premier usage fait en i652 du /<berum veto devint l'origine de ces ruptures de diètes 9 regardées , dit Rulhière , chaque fois qu'elles ont eu lieu 9 comme une calamité publique. Dès lors, ajoute le même écrivain, la plus grande partie de la nation fit consister le plus beau droit de la liberté polonaise dans cette facilité de rompre la diète , soit par une subite évasion, soit par Je seul mot nie poztmlam, je ne consens pas. Ceux qui exerçaient cette fatale prérogative avaient coutume de se dérober par la fuite, et, pour échapper aux ressentimens de leurs concitoyens, ils demeuraient cachée des années entières. Leurs noms ne se. prononçaient qu'avec horreur ; la mémoire de leur action devenait une flétrissure dans leur famille; d'autres plus courageux s'exposaient avec intrépidité aux premiers mouve-

mens d'une nation courroucée ; le plus souvent la mort était le prix de leur témérité (i); quelquefois cependant on respectait en eux un abus dont ce peuple s'enorgueillissait.

Mais cet abus de la liberté d'opinion devint insensiblement si redoutable , que plusieurs esprits raisonnables songèrent à y porter remède. On rencontra des obstacles invincibles dans la petite noblesse y que sa pjajuvreté rendait plus orgueilleuse encore , et qui voyait dans le liberum veto une garantie contre l'oppression des grands. De là naquirent deux factions nouvelles qui troublèrent tout k règne du successeur de Jean Casimir : la faction des sénateurs et de la haute noblesse , qui voulait abolir le liber utn veto, et celle des simples nonces, qui en réclamait le maintien. On soupçonnait l'une de vouloir établir insensiblement une monarchie tempérée; l'autre dirigeait évidemment la nation vers l'anarchie.

^ Sobieski était l'un des chefs de la pre-*

(i) anarchie de Polo^e , toni. 1«», p 47-

DE L^HISTOIBB D£ POLOGNE. 196

mière factioa appuyée par la France»

L'Autriche souteos^it la seconde. Ca$i>mîr ayant abdiqué^ Sobieski et ses pai^tisans désirèrent Télection de quelque étranger illustre qui , puissant par luimême, par ses alliances et ses protecteurs » pût faire accepter à la multitude de plus sages institutions. L'histoire a conservé une lettre dans laquelle Sobieski conjurait Louis XIY de soustraire la république à ia sotte tyrannie d'wM noblesse plébéienne. Il laissait à Jiouis la faculté de leur donner pour roi Turenne ou Condé, ou un prince de Contiy encore enfant > dont Turenne serait le tuteur.

Mais la faction des nonces détruisit l'efiet de ces intrigues. Elle alla chercher dans l'obscurité un simple gentilhomme j incapable et difforme , qui 9 surpris de cet honneur inattendu , ne /l'accepta qu'ayec terreur, et les larmes aux yeux. Il descendait de la maison des Piasts, et se nommait Michel Koributh Wianowieski. Il fallut le tirer d'un> monastère où il s'était caché. Ce choix étrange étonna l'Europe. Jean Casimir,

196 &ÉSTJUÉ

apprenant le nom de son successeur, s'écria : « Quoi ! ils ont élu ce pauvre homme! » Tout pauvre homme qu'il était, l'Autriche ne balança pas à lui donner une de ses princesses.^ x6';c. Le règne de Koributh, qui dura quatre ans , ne fut qu'un long combat.

Une confédération, ayant Sobieski pour chef, conspira sa chute; il parvint à la dissoudre. Sobie^ki fut condamné à périr sur l'échafaud; mais avant que l'arrêt eût pu être exécuté, les Tartares et les Cosaques envahissent le territoire^ dévastent plusieurs villes, et s'emparent de Kaminieck , la seule place forte de la Pologne, et son unique rempart contre les Ottomans. Il fallait un général habile, aimé des soldats : on fut bien forcé de recourir à Sobieski. La noblesse se presse autour de lui , aban- * donnant le faible Koributh, qui ne sait quels conseils prendre en pareille circonstance. Il croit se tirer d'affaire en signant avec la Porte un ignominieux traité. Il cède aux Turcs Kaminieck, l'Ukraine , la Podolie , et s'oblige à payer un impôt annuel de cent mille

ducats. Ce pacte honteux est offert à la sanction d'une diète. Sobieski se présente , et désavoue le traité au nom de la répul^lique. u Mais les Turcs? s'écrie un sénateur — Les Turcs! interrompt Sobieski : n'ayons-nous pas des armes et du courage ? Et quand il faudrait succomber 9 ne yaut-il pas mieux mourir ayec gloire que de yiyre dans l'ignominie ? >» Ces nobles paroles sont suiyies d'une réconciliation uniyerselle.

Le danger de la patrie réunit tous les cœurs. Sobieski marche à l'ennemi et remporte une yictoire complète. La république eniyrée ne yit plus que son libérateur. Elle n'ayait pas regretté un seul instant une perte qu'elle yenait de faire : Koributh était mort la yeîUe d^ la bataille.

Depuis (^élection de Jean Sobieski, jus-* qt/à celle de Stanislas Poniatowski,

La yictoire remportée par Jean So- 1674.

bieski acheya de récon^oilier les deux

iqS résume

factions. Un accord fut conclu. Bientôt la diète d'élection se réunit par les soins du primat 9 et un grand nombre de prétendans se mit sur les rangs. Mais ua.

fait digne de remarque, c'est que So* bieski yainqueur, et qui dès long-temps aspirait au trône, loin de se présenter^ affecta une profonde indifférence pour la couronne. Il travaillait secrètement pour lui-même , et proposait publique-*ment le prince de Cond^Ce candidat avait été rejeté, seize ans auparavant y par des motifs qui peignent bien la crédulité superstitieuse dans laquelle le clergé catholique entretenait les Polonais. Dans un pamphlet répandu contre lui, on assurait « que sa table était servie de gras le vendredi; qu'on l'avait vu danser un jour de fête ; enfin, que dans un souper avec le cardinal Mazarin , il avait dit à un page : « Donnez-moi du vin dont le cardinal boit quand il est en têteà-tête avec madame de***( i ) . » Cette fois on lui reprocha sa vieillesse, qui le rendait désormais inhabile à la guerre.

(i)Goyer. Hist» de Sobiesh', 1. 1, p. 173.

DE L HISTOIAE DE POLUGNE. 199

Gondé répondit énergiquement , c(}tte année même , en gagnant la bataille de Senef.

^ Mais au monaent où Ie« parti» étaient ^ le plus échauffés , le palatm de Russie Jablonowskiy que Sobieski avait mis dans ses intérêts 9 propose de donner le sceptre à celui qui Ta le mieux défendu. «Sobieskî est né parmi vous, ditil^ il vous a menés à la victoire, il vous a éclairés dans le sénat et dans les diètes , il a soutenu la couronne 9 et saura la porter. En cherchant un roi chez l'étranger, voulez- vous faire dire que la Pologne ne produit point de héros. »> Cinq palatinats s'écrient : Vive Sobieski!

nous périrons tot^, ou nous l'aurons pour roi! Un mouvement électrique |entraîna le reste des Polonais. JLes Lithuaniens seuls s'opposaient à l'élection. ^

Ils disaient que Sobieski avait épousé la fille d'un simple officier français (le marquis d'Arquten, capitaine des gardes du frère du roi de France) , et que les Polonais ne pouvaient recevoir une reine d'une si médiocre extraction. Ils ajoutaient que Sobieski était Piast , et

aOO RÉSUMÉ

que le mauTais succès de Télection de Michel Korlbuth devait dégoûter des membres dégénérés de cette famille.

Mais ces deux objections cachaient un motif que Ton ne pouvait avouer. Le grand général de Lithuanîe, Pac, était jaloux de la gloire de Sobieski, et ce sentiment l'avait rendu son ennemi personnel. V

Sobieski fut néanmoins élu , mais on lui imposa la condition de fournir de ses propres deniers la solde de l'armée pendant six mois et de recouvrer Kaminieck. On lui remit le diplôme d'électeur dans l'église de Saint-Jean; et un orateur, suivant l'usage, félicita la Pologne de son choî^jj^ Voici quelques phrases de cette harangue , monument bizarre d'éloquence et de mysticité.

« Gomme autrefois saint Jean préparait les voies au Messie, dit l'orateur > ainsi la république , en donnant le diplôme de la royauté à Jean Sobieski, prépare les voies à son seigneur dont le nom est Jean. La vierge Marie sanctifia Jean dans le sein de sa mère ; la reine Louise-Marie, épouse de Casimir, avait

BB l'histoire de POLOGNE. aoi

rempli de bénédictions le roi Jean , en le mariant avec Marie d'Arquien, cet océan de qualités évangélîques... C'est un samedi^ yeille de la Trinité , que nous sommes tous réunis pour élire Jean. Il est lui-même une trinité, notre enfant^ notre père et notre roi, etc. » L'auteur de ce singulier discours n'était point un moine; c'était le palatin de Gulm, Gninski (i).

I^Sobieski prit le nom de Jean III.

Son règne 9 qui fut glorieux, dura vingttrois ans. On a beaucoup loué ce monarque, et plusieurs de ses actions justifient cet enthousiasme. Toutefois les éloges paraissent exagérés. S'il fut l'un des plus grands capitaines de son temps, s'il* posséda à un degré assez éminent, le génie administratif, l'histoire ne doit pas dissimuler les taches qui défiguraient ce grand caractère. Il n'eut presque jamais d'autre mobile que son intérêt personnel, et même sa passion pour l'argent. Rapportant tout à lui , plus d'une fois il préféra aux guerres

(i) Coyer. Hùi. de Sobieski ,*t. II, p. a3.

!202 AESIIBIE

vraiment utiles à la Pologne des expéditions qui flattaient son ambition. Sobieski ne respecta pas toujours les li-^ bertés polonaises ; on croirait qu'il fut jaloux de la puissance des souverains absolus. Sur le trône de France ^ il eût ressemblé à Louis XIY : même ambi* tion^ même penchant pour des guerres brillantes et funestes. Ajouterons-nous à ce parallèle un fait moins honorable :

Louis XIY dans sa yieillesse était l'e^ clave d'une femme , et le sujet d'un jésuite; Sobieski fut subjugué par Marie d'Arquien , et dirigé par le jésuite Vota ?

Il faut imputer la plupart de ses fautes à cette double influence. Enfin la pensée constante de Sobieski fut de rendre le trône héréditaire dans sa famille J|;

Ce prince commença par tenter de reconquérir l'Ukraine ; il échoua d'abord, mais il reprit bientôt ses avantages.

Kara-Mustapha , jeune présomptueux «levé dans le sérail , fut complètement battu. Une nouvelle armée musulmane ^crut devoir signer un traité de paix 9 qui dispensa la Pologne de Timpôt accordé par Michel , et toujours réclamé par les

DE l'hISTOIBE de POLOGNE. 3o5

Turcs, et qui lui fit recouvrer quelques portions de l'Ukraine. Mais Sobieski, victorieux:, ternit sa gloire par une faiblesse orgueilleuse. Louis XIV lui envoya l'ordre du Saint-Esprit, et il l'accepta, malgré les usages polonais, et l'opinion publique qui réprouvait ces distinctions.

Une intrigue de 'famille , conduite 1678.

par la reine de Pologne, fit naître à cetteépoque entre Sobieski et Louis XIV une inimitié qui ne s'éteignît plus durant tout le règne de ce dernier.

Abandonné de la France , Sobieski tourna ses regards vers une puissance rivale. Il conclut un traité d'alliance offensive et défensive avec l'empereur Léopold; il ne fut pas long-temps sans se voir forcé d'en remplir les conditions. ^

La Porte armait; on douta quelque 1682:

temps de ses intentions ; mais il fut enfin évident qu'elle menaçait l'Autriche. Léopold, dépourvu des moyens de résister, réclama l'assistance de son allié. Mais l'intérêt de la Pologne combattait la proposition de l'empereur :

Kaminieck était toujours au pouvoir des

ao4 ItÉsvMi

Turcs, et les Polonais eussent préféré porter leurs forces Ters une place utile à la sûreté de la république. Sobieski TOjait d'un côté le bien public, et de l'autre une gloire européenne : il préféra la gloire. Un incident faillit cependant le brouiller ayec Léopold. Ce prince était Tain et médiocre; chez lui l'orgueil et un entêtement ridicule suppléaient aux yertus royales. Il refusa de donner à Sobieski le titre de majesté. Le roi dé Pologne fit de ce titre la première condition de tout traité. Léopold s'humilia.

i6s3. Cependant l'Autriche , envahie par les Turcs , était menacée de périr. Tékéli , à la tête des Hongrois réyoltés , prêtait main-forte aux infidèles. Léopold fuit sa capitale; la reine, sa femme, le suit ÉH^piiMigiiPlMtar* La famille impériale couche dans un bois sur un peu de paille. Léopold, adouci par le malheur, écrit à Sobieski : « Sire , nous attendons TOtre majesté, persuadé que si yotre royale personne y eut bien paraître à la tête de nos troupes, la défaite des Turcs sera certaine. » Le moyen de résister à une si belle missive ! Sobieski se hâte

DE l'histoire de POLOGNE. aoS

d'accourir; son armée le suit de près.

La cavalerie était superbe ; mais l'infanterie était mal vêtue. On conseilla au roi de la faire arriver pendant la nuit.

«Non, dit le prince; c'est une troupe invincible qui a fait serment de ne jamais porter que les habits de l'ennemi. Dans la dernière guerre , ils étaient tous vêtus à la turque (i)* »

Les Ottomans assiégeaient Vienne; Sobieski leur ofire le combat le 1 2 sep-> lembrç, et remporte une victoire qui sauva la chrétienté. Soixante -quatre mille hommes en font fuir trois cents mille. Cette victoire suffirait pour immortaliser un héros. Elle releva le trône de Léopold ; * mais avec le sceptre elle rendit à ce prince incorrigible tout son orgueil. On eût dit qp'il pe pardonp^i| point à Sobieski le service qu'il en avait reçu. Il suspendit sa marche pour n'être pas témoin de son triomphe. Il fallait cependant avoir une entrevue. Comment le recevrai-} e? demanda Léopold au duc de Lorraine : A bras ouverts »

(i) Histoire de Sobieski , tom. II, p. l63.

Dig,.,zedbyQ§OgIe

ao6 RéstTMÉ

s' il a sauvé l'Empire^ répondit ce héros, qui savait honorer un rlyal : ce n'était pas !e compte de Fempereur. Il arrêta que Sobieski serait reçu en pleine campagne , comme par une rencontre imprévue. La réception eut Heu ; Léopold ne parla que des services rendus parles empereurs à la Pologne. Il lâcha pourtant le mot de reconnaissance. Alors Sobieski, tournant la bride de son cheval , lui dit indifféremment : « M on frère , je suis bien aise de vou» avoir rendu ce petit service. » Puis, lui montrant son fils , « C'est un prince , lui dit-il, que j'élève pour le service de la chrétienté. » Un deS palatins présens étant descendu pour baiser la botte de l'empereur , Sobieski l'arrêta : « Palatin , point de bassesse , /> lui dît-ii , et l'entrevue fut terminée.

Sobieski n'eut pas seul à se plaindre de l'ingratitude de Léopold. Ce prince ne reconnut les services d'aucune des puissances qui l'avaient délivré de l'ennemi.

Il refusa durement à l'électeur de Saxe un honneur militaire pour un

DE h H18T01AE DE PO LOGNE. SO^

prince de sa. maison. Il abandonna plus tard Auguste II 9 fils du même électeur et roi de Pologne, aux armes yictorieuses de Charles XII.

Il ne voulut pas permettre que Pôtockî, le premier sénateur de Pologne , fît élever une pyramide à son fils sur le territoire de Vienne , arrosé du sang de ce jeune héros.

Il refusa des quartiers d'hiver à l'armée polonaise.

Rome^ alors dévouée au^t empereurs, partagea l'ingratitude de Léopold.Inno-* cent XI y pape autrichien, institua une fête où roi\ voyait sur un drapeau la figure de l'empereur et la sienne. Mais tout le monde parlait de celle qu'on n*y voyait pas (1).

Sobieski? vainqueur, voulut anéantir entièrement les Turcs; la fortune changea d'abord ; mais il prit bientôt sa revanche. Son armée se livra à des actes de cruauté qui ont déshonoré cette victoire aux yeux de la postérité. Alors,

(1) ///>«. de Sobieski, t. II, p, ai4 et ai5.

ao8 HÉSUMB

mécontent de Léopold^ il retourna à CracoYÎe.

On était peu satisfait de la gloire qu'il venait d'acquérir sans profit pour la république. Les Polonais auraient volontiers sacrifié toute cette illustration pour la conquête de KaminiecK Toutes lesjiiétines sommèrent le roi d'investir cette placp. Il s'/ rendit aussitôt ; mais le vainqueur de trois cent mille Turcs échoua devant un simple séraskier(i), qui ne comtnandait qu'à des hordes de Tartares.

Il chercha à dédommager les Polonais par des soins pacifiques. Il encouragea les lettres ; il aimait les arts de la paix, la musique 9 lapeinture, la poésie , l'éloquence. La Pologne , dit un historien, aurait peut-être prodiMt alors des SuUj, des Lebrun, des Corneille , des Bossuet , si elle avait été moins agitée de factions et de guerres. Sobieski se délassait dans le sein de l'histoire et des sciences. En lisant, il avait toujours un crayon à la main , et toutes ses remar-

<i) (Sénéral. ^ ,

DE L'hISTOIHB BE POLOGIVE. aOQ

ques étaient autant de traits de génie ou de réflexions lumineuses (i). Enfin cet amour éclairé des lettres et des sciences luieûtacquis la reconnaissance publique 9 s'il ne s'était laissé subjuguer par un jésuite, savoyard de naissance , autrichien d'inclination , qui lui inspira le goût des conversions , et l'assiégea des pliïs funestes conseils.

Sobieski ne fit presque plus aucun f685.

acte qui ne fût une faute. Dans une diète, un palatin l'accusait, avec raison, d'avoir violé les lois , il le menaça de lui faire sentir la pesanteur de son bras.

C'était le même Pac, qui s'était jadis * battu enduelavec lui. «Souvenez-vous, lui répondit ce fier républicain , qu'au temps de notre égalité, vous avez senti vous-mên^e ce que je savais faire en ce genre. » Les Turcs lui firent offrir une alliance, et la restitution de Kaminieck; le vœu de la nation était qu'il acceptât.

Mais Léopold lui offrait en même temps de l'aider à usurper la Moldavie et la Valachie, pour en mettre la souverai- i68e.

(i) Coyer. ffisu de Sobieski, t. II(, p. i5.

dio apsuMË

neté daus sa maison; et SobiesM refusa Talliance àt la Porte et la reddition de KaminieqX. Il marcha en Moldavie ; mais l'empereur manqua à sa parole , et il lut obligé de revenir après avoir sacrifié inutilement une armée. La Russie, qui était alors en paix avec la Pologne, lui enyoya de^s ambassadeurs; et, pour les recevoir, il fit asseoir son fils Jacques près de lui sur son trône, le désignant ainsi comme son successeur, au mépris de la loi qui lui interdisait cette désignation.

Dans le traité d'alliance de Léopold , qull conclut à la même époque avec la Russie, contre les Turcs et les Tartares, il lui céda les yilles de Smolensk et de Kiow , le palatinat de Czernichow \ et le duché de Novogorod Siewiercz. Le besoin de faire ces concessions lui arracha, dit-on , des lartnes ; mais comme elles avaient un but tout personnel à Sobieskiy elles lui ont été de tout temps reprochées par les Polonais qo^ ne les ont jamais ratifiées, quoique la Russie n'ait pas cessé de s'en prévaloir. Enfin une portion de la population è,^ la Rus-*

sie polonaise et de l'Ukraine suivait la religion grecque : Sobî^ski, poussé par son directeur, employa tous les moyens pour les convertir. Le pape lui adressa des capucins, et après quelques contestations, il les admit en Pologne.

Tant de fautes indisposèrent peu à ' peu les Polonais. On accusait surtout la reine , qui s'unissait aux jésuites pour donner des conseils despotiques à So-< bieski. On lui reprocha ses torts en pleine assemblée. L'évêque de Culm alla jusqu'à lui dire : « Ou cessez de régner ou régnez justement. » Le roi combla la mesure en autorisant la oon-^ damnation et la mort d'un gentilhomme lithuanien, nommé Lizinski, accusé d'avoir dans un livre ridiculisé quelques superstitions populaires. Le malheu* reux fut livré au bûcher, au mépris de toutes les lois humaines.

. Nous omettons le détail de plusieurs 1688tentatives inutiles que &ti Sobieski, soit *^9**pour cooquérir la Yatechie , soit pour reprendre Kaminieckl Les factions, que l'ascendant de so» génie avait enchaî- Dëes lopg-tempis 9 reparurent vers la

9 I1Ï BÉSHMÉ

fin de son règne , et troublèrent ses derniers jours. Plusieurs diètes furent aussitôt rompues que commencées; le prince éprouva une longue maladie^ qui minait insensiblement sa constitution.il mourut le 17 juin 1696. La réputation de ce monarque fut beaucoup plus grande en Europe que dans son propre pays. Charles XII , qui honorait pardessus tout les conquérans, s'écria en apprenant sa mort : Un si grand roi ne devait pas mouriK Mais les Polonais , qui . préféraient à tout leur orageuse liberté , le regrettèrent peu ; et leur inquiétude démocratique les aveugla même sur les hautes qualités d'un roi auquel l'histoire ne peut contester le niérite d'aroir retardé pendant vingt ans la ruipe de la république. L'anarchie^ qui avait fait de funestes progrès sous le règne de Jean Casimir ^ long-temps suspendue par le dernier grand roi qu'ait eu la Pologne, reprit à sa mort son activité dévorante ; et précipita d'abîme en abîme un grand peuple 9 aux vertus duquel il ne manquait que de meilleures lois. .

«697. D'effîroyables désordres signalèrent

DE l'hISTOIJUB DE POLOGNE. 2l3

rinterrègne qui suivit la mort de Soliieski. La reine sa femme, détestée des Polooais, voulait placer l'aîné de ses fils sur le trône ; mais la France , qui avait d'autres desseins, l'ayant abandonnée, elle fut contrainte à la fuite. La cour de Versailles offrait le prince de Conti , demandé jadis à Louis XIY par la faction des grands. Son ambas* sadeur, l'abbé de Polignac, esprit fin et fertile en ressources, poète et négociateur, prodiguait les promesses, et ses succès furent d'abord rapides et considérables; mais l'électeur de Saxe, Fré^ dérîc- Auguste, s'étant tout à coup mis 'TUr les rangs , l'or de ses ministres balança bientôt le prince français , auquel sa fortune ne permettait pas d'aussi grandes prodigalités. La vénalité avait fait de funestes progrès; la couronne était pour ainsi dire mise à l'enchère.

Le prince de Conti fut élu par une faction puissante; un parti nombreux nomma en même temps Frédéric-Auguste. L'un fut proclamé par le primat, l'autre par l'évêque de Gujavie. De part let d'autre on chanta le Te Dmm;.àe part

ai4 BÉâUMÉ

et d'autre on 3*envoya le. nom d'usar^pateur. Mais le prince de Conti n'avait point de troupes à ses ordres, et dix mille Saxons tranchèrent la difficulté.

A dater de cette époque y la république reput ses rois par la force des armée étraqgères.

Frédéric-Auguste II était , dit Voltaire , un prince encore plus connu par sa force de corps incroyable que par sa bravoure et la galanterie de son esprit (i). L'ascendaqt de son caractère et la puissance de ses relations eussent pu devenir utiles à ses nouveaux sujets, si 9 d'un cdté| le projet qu'il n'abandonna jamais d'établir le pouvoir absolu , et de l'autre , la part qu'il voulut prendre à la lutte entre le czar Pierre et Charles XII, ne se fussent combinés pour faire de son règne la période la plus désastreuse peut-être que la fortune eût jusqu'ici réservée aux Polonais.

Les intentions despotiques d'Auguste II aliénèrent les auteurs de son élection , et accrurent l'iofluencç d^ ceux qui 1'^-

{i) Uisloire lie Cliarlçs ^/A

DK l'histoire »Ë tOLOGNfe. »l5

vaient combattue. Le rôle qu'il voulut jouer dans la querelle élevée entre Charles XII et Pierre I** était désapprouTé par la nation dont \\ ne fut point soutenu. Sqn obstination à maintenir enPolo^e des troupes saxonnes acheva de révolter les esprits, et il fut bientôt regardé comme un usurpateur. Une paix avec la Porte, et qui rendit, avec Kaminieck, plusieurs places envahies dans là PodoKe et dans iUkraine, fut le deul acte populaire du règne de Frcdérîc»^Àuguste.

Tout contribuait alors à la ruine du prince et de «son état. L'un et Tautre se trouvèrent pour ainsi dire serrés entre la Russie ^ la Suède , qui les écrasèrent dans leur choc. Auguste II supportait seul les défaites de Pierre, son allié, et Pierre ne faisait point partager à Auguste le fruit de ses succès. La Pologne était le théâtre du combat; d'incroyables calamités pesèrent sur ses provinces. Ces républicains, non moins imprudens qu'infortunés , se partageaient entre l'étranger vainqueur et leur roi vaincu. Un accord entre la Suède et la

ai 6 HÉSUMÉ

Russie les e(\l anéantis dès cette époque, s'il eût été possible.

/'" Tandis que la Pologne périssait e»

t détail, par ses propres dissensions et par le fer ennemi , à côté d'elle , le czar Pierre, ciyilîsant des sujets barbares, alliant le génie des arts au génie du despotisme , fayorisant l'industrie et le commerce , les lettres et les sciences , formant ses sujets à la discipline militaire , créait l'empire de Russie , et jetait les fondemens de la puissance formidable qui, après ayoir englouti la Pologne , menace aujourd'hui l'Europe entière. La république , livrée aux factions, perdait ses forcées, et la Russie grandissait ; et la Prusse , par une progression moins aperçue, mais non moins réelle, prenait de sensibles accroissemens. Frédéric- Auguste , occupé du double soin de résister aux Polonais et à ses ennemis étrangers , ne faisait rien pour la stabilité d'un royaume qui tombait par degrés en dissolution.

L'origine delà guerre élevée entre la Pologne et la Suède fut au reste un effet de l'imprudence de FrédéHc.

TOIRE DE POLOGNE. 2 1 7

Chartes XII, jeune encore, n'annonçait pas ce qu'il derait être un jour. Le roi de Pologne et le czarPierre crurent qu'il serait facile de triompher d'un enfant* On attaqua d'abord la Liyonie suédoise ; mais Charles prend bientôt un essor inattendu. Après avoir combattu dans ses propres états, il s'ayançe en Pologne; unissant l'adresse à la force, il profite des troubles du paysyaincu, s'attache la faction ennemie d'Auguste II , et, séparant la cause de la Pologne de celle de son roi , il affecte de ne combattre en ce dernier qu'un usurpateur.

La victoire le conduisit jusque dans VarsQvie, et là, l'influence du conquérant parvint à faire prononcer la déchéance de Frédéric^* On voulait lui substituer Jacques Sobieski , devenu cher à la nation depuis qu'Auguste avait perdu son amour; mais ce prince et l'un de ses frères ayant été faits prisonniers par le roï déchu , et le troi- ^ ^^^ sième n'ayant pas voulu profiter du malheur deS deux autres, on élut, sur i'ordte de Charles XII, Stanislas Leczinski , palaliii de Posnanie , homme

ai8 RÉSUMÉ

d^esprît et d'une probité reconnue , mais qui défendit faiblement un trône illégitimement acquis. Il n'y avait plus alors de république; il n'y avait que des vainqueurs et des vaincus.

6 Frédéric combattît quelque temps pour son trône. Subjugué de nouveau par Charles XII , il se vit menacé de perdre ses états héréditaires ; Charles le contraignit non -seulement à renoncer au trône, mais poussa la cruauté jusqu'à le forcer de complimenter Leczinski sur son avènement.

Le court règne de Stanislas Leczinski s'efface au milieu des grands événemens qui captivaient l'Europe. L'histoire , pleine des récits de la vertu de ce prince , se tait sur ses actes politiques. Charles XII seul soutenait son trône; il fut vaincu à Pultawa, et Frédéric-Auguste II ressaisit sans obstacle une couronne mal défendue. Le pape, qui n'aimait point l'hérétique Charles XII, annula l'élection de Stanislas; celui-ci trouva* quelques soldats, mais il aima mieux combattre pour son bienfaiteur'que pour son sceptre ; il défen-

dît en Suède la cause de Charles XII , prisonnier en Turquie ; ensuite , pressé d'abdiquer un périlleux honneur, il ne crut pas devoir le faire sans consulter le monarque captif. Son voyage en Turquie, sa captivité, son enlrevue avec Charles XII ne sont pas de notre sujet.

De retour en Pologne , Frédéric publia un long manifeste pour justifier sa conduite. Un gentilhomme, trouvant ce faste de paroles ridicule , le jugea par cette épigramme qui renferme toute l'histoire de cette restauration ; Auguste lui avait demandé son avis : Il fallait dire tout simplement, répondit-il :

« Attendu que le roi de Suède a été battu à Pultawa, je suis remonté sur le trône. »

Ce prince trouva son royaume dans un déplorable état; il n'offrait qu'un spectacle de dévastation et de ruines.

La terre , inculte et déserte, refusait de nourrir ses habitans : les peuples de la campagne ne vivaient que d'écorces d'arbres. La misère fut si affreuse en Lithuanie, que, si Ton en croit un au-^

teur polonais , on vît des paysans dévorer leurs seigneurs (i).

17» 5. Auguste n'avait point renoncé à se venger de Charles XIL: mais un grand danger que courut la Pologne l'y força.

L'alliance prolongée qu'il avait entretenue avec le czar avait insensiblement donné à ce monarque une influence progressive sur les affaires de la Pologne. Pierre I", conseillé par le baron de Gœrtz , ministre habile , conçut l'idée de s'approprier les états de son . allié, n fut sur le point de s'unir à Charles XII pour détrôner Auguste et rétablir Stanislas. Le projet fut découvert; Gœrtz promit d'y renoncer. La mort de Charles XII, arrivée en 1718, et celle de Pierre I" en 1726, ajournèrent l'exécution de ce projet, qui était devenu, sur la fin de la vie du czar, le mobile principal de sa politique.

1717' Cependant Auguste songeait toujours à établir le pouvoir absolu. Rendre son autorité arbitraire lui paraissait le seul remède aux maux que la Pologne ve-

«■il ■ - >i " ' >' * ' r

(i) lUacxiiwKy. Tract, XV^eit. .^^

DE l HISTOIRE DE POLOGNE. 221

nait d'éprouver. L'armée saxonne, ré-^, partie dans les provinces ^ pendait Top-* pression de plus en plus sensible , et tandis .que la population entière lan** guissait daas rindigcdce, Auguste, par sonfQSte et ses plaisirs > semblait insulter à la misère publique. Attirés à la com f domptés par les foTeurs , les grands n'opposaient plus au joug qu'une faible résistùoce. Mais la simple no- J>ie5Se voulut sauver une patrie que ses calamités lui rendaient plus chère. Le massacre de quelques Saxons fut le signal de la guerre. Une confédération générale, lentement formée, mats unie, détruisit toute la cavalerie saxonne. Un ,grand citoyen, vrai Gincînnatus, Lé- -dukoski , était à la tête des confédérés.

Auguste effrayé recourut à la prot<QOtioiQ4uiC£ar, et la paix fut conekie 90iie ta redoutable médiation du plus d^ngeMUx ennemi de la république, que tout conspirait à livrera la Eusste.

Lédukoski , après la signature du traité, se présenta devant le rdi et lâi dit :

« Sire , nous -paraissons devant vous sans baisser les yeux , parce que nous

n'avons rien à nous reprocher. Puissiez -vous vivre de longues années, et régner désormais sur nous avec plus de bonté I (i) » et il repartit aussitôt pour reprendre dans la province la vie de simple citoyen; singulier^ mais sublime spectacle d'une nation généreuse combattant pour sa liberté sur les cendres de sa patrie. ** -

Le roi de Pologne se résigna en cherchant à corrompre une nation qu'il n'avait pu vaincre. Livré à la mollesse et au luxe, il inspira aux Polonais le goât des voluptés. Son plus beau régiment de dragons fut donné à Frédéric Guillaume, roi de Prusse, en échange de douze grands vases de porcelaine^ Les Polonais avaient perdu , pendant son règne, la force matérielle ; ils perdirent désormais cette force morale qui seule eût pu les rendre invincibles. Les femmes , jusqu'alors modestes et retirées, s« jetèrent dans les jouissances du luxe; . un grand nombre s'abandonna au désordre ; quelques-unes se livrèrent à la

(i) Rulhière. Anavchie de Rologne, t. II.

DE L^HlL-^TOIRE DE POLOGNE. 225

faveur et à Pintrigue; et ce naufrage universel des mœurs ne fut accompagné d'aucun des bienfaits de la civilisation.

Les Polonais s'endormirent quinze ans dans le luxe et la mollesse. Une seule fois , la république fut menacée lya^.

de nouveaux désordres; et ce fut le fanatisme des jésuistes qui l'exposa à ce danger. Les jésuites s'étaient établis dans la ville de Tborn, la seule cité polonaise où le luthéranisme exerçât encore la puissance du nombre. La présence de ces religionnaires importunait les successeurs d'Ignace. Ils suscitèrent à dessein une rixe entre quelquesuns de leurs écoliers et des enfans luthériens. Ces derniers, insultés sans motif, à la suite d'une procession publique, se plaignirent à leurs parens, qui 9 ne pouvant obtenir réparation , s'assemblèrent en tumulte aux portes du collège. On les repousse avec outrage. Ils s'irritent, forcent la maison 5 et , de plus en plus provoqués , pillent l'église, et traînent dans les ruisseaux une image de la Vierge. Tout le clergé polonais jeta les hauts cris : les séua-

t&urs ecclésiastiques demandèrent ven* geance. Une diète se tint dans ces conjonctures; le fanatisme y domina. Une commission, nommée arec un pouToir souTerain, entendît les jésuites accusateurs, et prévenue par eux, voulut venger Dieu, Des troupes investirent la ville de Thorn ; deu^c vieillards , m^gis- ,tra(t8 i'un et. rautrp, {^rirent sur un ^chafâu49 et plusieurs citoyens furent livrés au bùcber* Une colonne s'éleva dans la place publique on mén^oire du ibrfait et de la punition , et dès lors le culte luthérien fut dépouillé de toute espèce de privilèges.

Cet événement e4it les conséquences ies plus funestes. Les dissidens se plaignirent, et le sentiment de leur îiupuissiVQCe les porta à réclamer une assis* tance .étrangère. Les catholiques se tinrent spus les armes, et Auguste, toujours prompt à profiter des circonstances» offrît à ces iqtolérans Tuppul des troupes saxonnes, qui, par un bizarre contraste, étaient elles-mêmes luthériennes. Ses offres ne furent point acceptées. On assure que^ ce , prince

* DigifzedbyGOOglt*

DE l'uISTOUVE BE POlOCNE. 320

éprouva une telle douleur en voyant s'échapper la dernière occasion de rendre son pouvoir absolu, qu'il sollicita le tan des Tartares d'envahir les frontières de la Pologne, afin de trouver le moyen de faire accepter à la république ses dangereux secours. Sa mort prévint l'eiEet de si coupables calculs : il acheva de vivre le i*' février i^SS.

Nous avons vu Stanislas Leczinski monter sur le trône et en descendre presque aussitôt; ce monarque fugitif 1733.

avait, par une destinée singulière « fait sa fille reine de France. Soutenu par la cour de Versailles , il se présente pour succéder ù Auguste II. Des sommes considérables furent prodiguées, et la vertu de Stanislas fit le reste. Soi^cante mille suHrages lui décernèrent la couronne. Mais cette élection ne convenait pas à la Russie , qui semble désormais destinée à donner des souverains à la Pologne. Trois armées se ptésenlent aux frontières , Saxons , Russes , Impériaux. Ces formidables alliés se prétendent les gardiens des droits de la république polonaise. Ils pénètrent sur

226 BÉSCME

le territoire , s'arrêtent sur les bords de la Vistule^et, le jour^même où le terme légal des élections expirait, quelques gentilshommes , dont plusieurs furent amenés enchaînés, réunis dans une auberge, sur une route, au milieu de»

bois , élurent Frédéric-Auguste III, fils du dernier roi. Le droit de ce prince reposa sur ce simulacre d'élection.

Stanislas fuit sa capitale, se renferme dans la ville de Dantzig; mais, médiocrement soutenu par la France, il ne put triompher malgré la valeur héroïque des Dantzicois et la fidélité d'un grand nombre de Polonais. Cette lutte entre Auguste et Stanislas entraîna l'Europe presque entière dans une guerre de troi»

années, qui se termina par un traité entre Vienne et Versailles, et par un édit de pacification consenti en 1736, par une diète polonaise. Dans cette diète , on déclara infâme quiconque , dans un interrègne , appellerait des troupes étrangères. Les chaînes des dissidens furent appesanties par une loi plus sévère qu'aucune de celles qui l'avaient précédée. L'intolérance reli-

DE l'histoire de POLOGNE. Îi27

gieuse s'unissait à ranarchie pour agra- Ter le sort de la république.

Frédéric -Auguste III régna trente ans sans que l'histoire ait pu s'appesantir sur aucun acte de son gouverne- «74«' ment. Ce prince^ dépourvu de talens et d'énergie, avait un esprit si paresseux et si borné , qu'il ne put jamais apprendre la langue de son royaume. Sa physionomie muette et morne, dit Rulhière, n'avait aucun caractère , si ce n'est quelque fierté. Son unique passion fut pour la chasse (i). Fastueux par habitude, il se ruinait en munificence sans l'aimer, en tableaux sans s'y connaître.

Son ministre favori , le comte Brulh , chasseur infatigable comme lui, n'eut d'autre talent que de caresser ses fan-« taisîesjj^ais pour les satisfaire il chargea la banque de Saxe de plus de billets qu'elle n'avait de fonds, et il mit les emplois de la république à l'enchère.

Il ne manquait à ce ministre absurde et vain que d'être dévot. Un jour des étrangers qui avaient pénétré par sur-

(i) Anarckie^de Pologne, tome !«'.

prise dans ses appartemens, l'aperçurent à genoux, le yisage contre terre, deyant une table illuminée comme le sont les sarcophages funèbres.

Pendant la plus grande partie de ce règne , la Pologne, par une étrange singularité , associa ranarcbie et le repos.

Les divisions intestines qui, depuis la mort de Pierre 1''% jusqu'au règne de Catherine II, déchirèrent la Russie, auraient pu lui fournir le moyen de recou-»

rrer sa liberté ; mais la politique du prince et du fàrori consistait dans une dépendance entière de la Russie. Ils ne pensaient qu'à se concilier la bienreillance de cette cour. Ils favorisaient les Polonais avilis qui s'y rendaient pour rivaliser de bassesses et d'adulation. La main des Polonais eux Cernes appesantissait le joug de l'étranger.

Les diètes, à peine assemblées, étaient aussitôt rompues. Rien ne s'achevait; aucune proposition législative n'arrivait à un résultat. Pendant trente années un des plus grands royaumes de ^Europe resta sans administra,tion. Il subsistait cependant ; mais comme ces édifices

ruineux qui , debout tant qu^^ucun souffle ne les ébranle y font tomber ayec fracas au premier aquilon. On a peine à concevoir une pareille situation.

La sûreté régnait dans les villes , et même daô^ les campagnes. On n'enteu" dait parler d'aucun crime. Les dissîd^ns eux-mêmes respiraieiif'sous un premier ministre luthérien. Les mœurs, altérées dans les hautes classes de la société^ fleurissaient parmi la simple noblesse et la bourgeoisie. Trompés par ce calme universel, quelques Polonais, croyant avoir enfin réalisé l'utopie des philosophes*, regardaient cette anarchie comme le plus beau système de gouvernement qui eût été établi sur la terre.

Maïs les plus sages iprévoyaîent les dangers que pouvait courir, au premier ébranlement, une nation sans armée , sans administration, sans aucune espèce de gouvernement. Plusieurs maisons illustres ou puissantes méditaient des prpjets de réforme , afin de faire cesser cet état périlleux ; mais , divergentes ou opposées dans leurs vues , elles se divisèrent bientôt, et chacune

d'elles , s'enyironnant de fauteurs et de créatures 9 il en résulta plusieurs factions qui 9 faibles d'abord , s'accrurent successivement, passèrent des intri* g[ues aux ressentimens , et donnèrent le dernier coup à la république^Dans ces temps malheureux, leji.Polonais divisés, sans moyen d'acfron dans des diètes ou dans les diétines souvent ensanglantées, ne pouvaient rien par eux-mêmes, et quiconque voulait opérer un changement , même avantageux , ne pouvait compter sur d'autre soutien que l'étranger; ainsi l'une de ces factions, celle des Gzartoryski , ne voyait de moyen de salut que dans l'intervention de la Russie , et celle des Potockî n'espérait que dans la France4|^'

La maison de Czartoryski descendait des Jagellons. Puissante par sa nais^ sance plus que par sa fortune , elle en avait conçu un orgueil qui lui rendait pénible le principe de l'égalité républicaine : aussi les réformes qu'elle proposait ten^daient-elles sensiblement à l'aristocratie. Les Gzartoryski croyaient la république désormais irgg^s^ible chez

DE l'histoire de POLOGNE. 23 1

un peuple dont les mœurs avaient dé- .généré , et qui , environné de Toîsins puissans, avait besoin pour leur résister de Tunité monarchique. Les Gzartoryski yeulaient, en conséquence, abolir le liberum veto , rendre la couronne hérédita*ire, et accjroître les nrérogatives royales. Ces change3!tM^ondamnés par Topinion publique, faisaient soupçonner leurs auteurs de Tues personnelles.

LamaisonTotocki avait pour appui le primat et un grand général. Moins personnelle que les Czartorjski, elle ne s'accordait avec eux que sur la nécessité d'abolir la loi de Tunanimité. Opposée dans tout le re3te, elle eût vouhi amener la république à une liberté solide, en resserrant l'autorité royale, par des nouvelles lois sur la distribution des grâces. Le liberum veto y l'un des plus grands obstacles au pouvoir absolu , étant aboli , elle voulait dédommager la nation en lui donnant de nouvelles garanties contre la puissance executive.

Malgré cet étal des esprits, la tran- wS*.

quîllité de la Pologne n'avait point été troublée depuis seize ans, lorsoue des

le-

25a RESUME

manœuvres étrangères donnèrent à ces fautions ToccaMon de se manUestei- , et de dÎTÎsar la république. Le système |>olitiquç de l'Europe , ébranlé de toutes partd, était sur le point de se dissoudre.

Les aacieai^es alliances allaient céder à de nouveaux traités. Dans cette situation, la Erance^tHl' Angleterre jetèisent à la fois les yeux sur la Pologne , et s'efforcèrent de s'attacher cette puissance expii*ajQtte. l'Angleterre avait obtenu une armée de cent mille Russes ; elk voulait que la Pologne leur fournît uû passage. Elle voulait en outre oonfédérer la Russie , la Saxe et la Pologne ; sonambassî^dçur, le chevalier WiUiaoïS) inUiguait puissamment près de la cour de Varsovie. La Frafice, au cpiitraiFe; désivait relever l'âfiGienne barri èr&de la puissance russe , et s'efforçait d'engager la Pologne à refuser le passage. Elle qffr^it SQu alli^nce^ elle promettait.même de tra^fiiller à rétablir la république dans sa première splepcleur. Son ambassadeur était le comte de Bf o^lie.

1755. Mais cette double oégooi^tion n'eut pas de suite , et les deux jsartis perdi-

DE l'histoire de POLOGNE. 235

rveni bientôt leurs appuis r^spectifâ. iLa cour de France offîrait uni contraste «ingulier. Louîs XV , faut et tia)i4e par caractère , jpuait un doubje rôle :

^n rnême tPOips qu'il approuvait purbjiqu^nîei^t Ja politique de ses ministres. Il agissait en secret contre eux; .'il. avait des agens particuliers ayeclesjjuels iJ^ (entretenait une secrète corresppadmice; la ruse était-elle découdverte, aussi lâche que perfide , le monarque sacrifiait ses agens cachés qui allaient . expier à la Bastille leur confiance dans le. monarque. Le comte de JBraglie était l'un de ces ministres occultes, ei, la mission qu'U avait reçue .directement du roi était désavouée par les ministres français. On l'abandonna : la France changea soudain de politique.

La guerre de sept ans venait de commenoer, et dans cette ligue c|e l'Europe contre le roi de Prusse elle avait bej»ioin de ménager la Russie.

Cependant le grand Frédéric , seul 1750.

«contre tant d'ennemis 9 achevait de changer la politique européenne ; il s'alliait avec les Anglais, et euvahissait su-

bitement la*Sâxe. Auguste, alors dans ses états héréditaires, était forcé de fuir Dresde, et de chercher ud asile dans soa royaume électif. Les Polonais , toujours généreux , lui offrirent de Taider à reconquérir la Saxe; maisTabsurde comte Brulh , craignant de ranimer l'énergie de cette nation s'il lui laissait prendre une attitude militaire , ne rougit pas de préférer Tappui d'une armée russe.

Cent mille Russes entrèrent donc sur le territoire. Rrulh les regardait comme des vengeurs , et encourageait toutes leurs vexations. Ils demandent qu'on leur livre Dantzîg, afîn^disent-ils,de se ménager une retraite assurée. Les bourgeois de cette ville eurent le courage de les recevoir avec du canon. Elbing, Thorn, et plusieurs autres villes sans résistance leur furent livrées. Sans argent , sans crédit, cette armée ne vivait que de bri^ gandage. Elle trouvait dans la terreur qu'inspirait le Voi de Prusse le prétexte de perpétuer son séjour en Pologne; elle y demeura pendant six ans. Vainement les Polonais se plaignirent de cette intolérable oppression : le m jg^^^ Brulh,

BE l'histoire de POLOGNE. Îi55

loin de s'opposer aux Russes, déviai le délateur des opprimés.

Dans le même temps^le trône d&Russie changea de maître : à l'impératrice Eli^ sabeth succéda le grand duc Pierre III, et cette révolution , loin d'adoucir le sort des Polonais 9 ne fît que l'aggraver.

Pierre III fit la paix avec le roi de Prusse , et conclut avec lui une alliance menaçante. Leur traité renfermait des clauses relatives à la Pologne^ comme si dès lors il eût été entendu que cette nation appartenait aux deux puissances contractantes. La clause la plus remarquable était l'obligation qu'elles prenaient de réunir leurs efforts pour placer un Polonais sur le trône ^rès la mort d'Auguste. On verra plus tard les motifs decette stipulatioii*9et les conséquences qui en résultèrent. Les^deux contractans s'engagèrent de plus à protéger les dissidens et les catholiques grecs.

Les factions qui divisaient la Pologne, également effrayées, étaient sur le point de s'unir par le sentiment d'un danger commun; mois l'assassinat de Pijerre III

23f) RÉSUME

suivit de près son avènera^nt. Cathe* rine II , sa femme et son bourreau , occupa sa place ; et cette révolution ranima les espérances des Czartoryskî.

Parmi les plus illustres membres de cette famille , on distingait ie jeune Poniatowski , leur nereu ; plein de grâces et d*esprit , ce noble Polonais avait voyagé tour à tour en France et en-Russie ; il avait connu Catherine , alors grande duchesse , et ne montrant encore de penchant que pour la galanterie et l'intrigue ; il avait conçu pour elle une passion ardente , et leur amour partagé n'était pas encore éteint. Les Czartoryski conçurent l'idée de profiter de cette circonstance ; Foniatowski se prêta volontiers- aux désirs de ses oncles. Il avaît*peu de génie et beaucoup d'ambition. Un alchimiste avait prédit à sa mère qu'il seimit roi , et 11 n*eût pas été fâché d'être convaincu que les devins ne se trompent pas toujours.

Les premiers actes de Catheri«e fufent menaçans. Une garnison fut laissée à demeure en Pologne. Elle ne prit pas même la peine d'informer la cour de

DE l'bI$TOIB£ de POLOGNE. aSj

Varsovie de son avènement. Il semblait qu'elle regardât déjà cette république commeTunede ses provinces. Le comte Kayserling, son ambassadeur , apporta au comte Paniatowski une lettre ainsi conçue « J'envoie Kayserliog en Pologne avec l'ordre de faire roi 9 vous ou le prince GzartOryski ^ votre cousin. »

ti'audace de ce début devait effrayer Auguste III.

Ponîatowski.» toujours amoureux de Gaiberîne 9 avait élevé ses regards plu$ haut que le trône de Pologne. Sp politique amante lui apprit qu'elle l'avait remplacé par le comte Orlof. Il lui adre^SA quelques reproches ; mais prévoyant bientôt la vanité de ses espéjrances ^ il humilia son ambition , et ne âQngea plus qu'aux moyens de remplir las intentions de Catherine.

Cependant Frédéric de Prusse signa 1 Japai;;iLd'HubertS9 et la Saxe fut restituée à Àugu3te. Cette hcurei^se nou- Telle rétablit un Qfioment la ^anté de ce l^rince, qpî, depuis Ion g-ten)ps, attaqué ,d'up ipal dî^pgeceux , dépérissait ù vpe d'oeil. Affc^U)!! par se^s douleurs , et dés.-

aZS BÉSVMÉ

espérant du salut de Fétat, ii ayail:

cessé de se montrer en public ^ laissant aller le torrent. Des séditions suscitées en Lithuanîe ^ à l'occasion de rétablissement d'un tribunal à Wilna , diverses manœuvres des €zartoryski , et particulièrement de Poniatowski , faisaient craindre alors à l'entrée de nou- Telles troupes russes. Auguste trouva l'occasion propice pour quitter un royaume qu'il avait gouverné sans talent , et pour le salut duquel il ne pouvait plus rien. Le roi retrouva quelque force pour reprendre le chemin de ses états héréditaires. Pendant ce temps y l'armée prussienne entrait, d'un autre côté 9 dans les provinces polonaises.

Frédéric se prétendait forcé par le besoin de sa propre défense. Il parlait au nom de l'amitié , et promettait de tout payer. Il paya tout en fausse monnaie.

Ses soldats se livrèrent à toute espèce de violences pour achever l'investissement de la Pologne. Le kan des Tartares , sous prétexte de se rendre en Russie par la route la plus commode , traversait en même temps la Lithuanje. ,

DE l'hISTOIBE de POLOGNE. 25 9

Auguste III meurt à Dresde , et le oct.

comte Brulh le suit peu de temps après. *765. Infortuné souverain ! s'écrie Ruihière , que des mœurs pures et des intentions droites auraient dû rendre plus recommandable ^ et dont un ministre habile et vertueux eût aisément fait compter le nom parmi ceux des bons rois. Mais son indolence lui faisant abandonner les soins du gouYernement, son orgueil réduisant au dernier avilissement ceux qui s'efforçaient de gagner sa confiance, le plus seryile des flatteurs le perdit par ces deux faiblesses (i).

Une circonstance empoisonna les derniers jours de ce prince. Nous n'avons pas parlé jusque ici de l'affaire du duché de Gourlande et de Semigalle , dont la possession divisait depuis longtemps la Pologne et la Russie. Ce duché relevait de la Pologne, et ses droits à cet égard n'avaient rien d'équivoque ; mais depuis Pierre I", la Russie avait élevé des prétentions sur la Gourlande , et soit par force , sôit par ruse , elle était

(i) Anarchie de Pologne, toni. IL

a40 RESUME

parvenue à eti disposer. Knfin ^ après diyerbes révolutions dont le récit appar* tient particulièrement à* l'histoire de Russie , le fils d'Auguste , le prince Charles 9 en avait été investi , et la souveraineté était revenue à la Pologne.

Le cabinet russe l'en chassa , et cette expulsion ihit son père au désespoir.

Les protestations du sénat de Pologne ne purent rien contre les armes de la Russie , qui préludait , par cet abus de la force, à des actes de despotisme d'une atrocité bien plus révoltante encore.

Depuis détection de Stanislas - Auguste Poniatowski jusqu'au premier démembrement de la Pologne,

Le premier sentiment que fit naître la mort d'Auguste III fut la consternation. Les esprits pénétrans prévirent avec effroi les maux qui allaient fondre sur un royaume divisé , sans défense , environné d'ennemis. Les diverses factions attendaient les événemens a/ec

DE li HISTOIRE DE POLOÔKE. 24I

une pénible inquiétude. Stanislas Lubienski, arche vt'que de Gnesne , homme sans énergie , fut înyesti de la régence.

Le vœu de ce prélat était de tout concilier , de tout ménager : il ignorait que dans les révolutions il faut choisir uu parti.

Le sort de la république ^ knpuisàante par elle-même , dépendra désormais de la politique des cours étrangères. Sa liberté dans ces cours comptait peu d'amis, et des ennemis redoutables. Plusieurs cabinets ne lui témoignaient qu'indifférence. Â la suite de longue»

guerres , la plupart des Etats de l'Europe cherchaient le repos. On comprenait bien en France le besoin de combattre l'influence toujours croissante de la Russie ; mais les hommes d'état de cette époque, irrésolus , embarrassés, n'osaient prêter un appui réel aux Polonais;- ils se bornaient à. de Taines promesses. L'Autriche imitait la France ; la Prusse favorisait secrètement les Tues de la Russie; et les Turcs étaient indîfféréns ou trompés par Tambassadenr de Catherine.

Jadis 9 à chaque interrègne , les can<* didats se présentaient en foule. Aujour* d'huî la situation de la république était connue 9 et aucun autre étranger que le fils d'Auguste III ne brigua l'honneur de s'asseoir sur un trône ayili. Les autres concurrens étaient Polonais. C'était le prince AAam Czartoryskî, qui bientôt renonça à s^ prétentions ; le comte Poniatowski et le grand général Branîcki ^ dont l'élection paraissait réunir le plus grand nombre de suffrages. L'électeur de Saxe , contrefait et rachîtique, mourut; il ne resta plus de concurrens que Poniatowski et Branicki ; l'un n'ayant d'autres droits que la faveur de Catherine 9 dont la politique, plus encore que l'amitié,' le portait au trône; et l'autre, qui, environné de la faveur nationale , n'était repoussé que par les Gzartoryski et les Russes.

Deux ambassadeurs, le vieux Kayserling et le farouche Repnin, commandaient insolemment l'élection de Poniatowski , tandis que la nation réprouvait un jeune homme sans caractère , sans talens, habile seulement dans l'art

DE l'hISTOIAE de POIOGNE. 2^5

de séduire les femmes. L'indigoatioa des citoyens se manifesta ouTertement dans les diétines 9 et le parti étranger reconnut bientôt que son entreprise serait impossible tant que la Pologne resterait libre. Vane des dernières diétines était celle de la Prusse polonaise ; par un privilège singulier J cette pro- Tince avait le droit d'envoylr aux diètes un nombre illimité de nonces. Les Czartorjski' craignirent une assemblée investie d'un droit si redoutable. Deux mille Russes , stationés dans la ville de Graudentz 9 où l'élection devait se faire^ traversèrent les délibérations , et la Prusse polonaise n'envoya point de députés.^ En même temps les Gzartoryski réclamèrent de Catherine le secours de dix mille autres Russes, et tandis que celte armée investissait Varsovie, quarante mille Prussiens s'avancèrent en observation jusqu'aux fi'ontières.

Ce fut sous ces redoutables auspices que la diète de convocation se tint à Varsovie, le 7 mai 1764. Cette ville 176}, offrait le plus singulier spectacle. Elle

semblait le rendez-vous des peuples du Nord. Turcs, Tartares , Hongrois ^ Eusses y Prussiens , Polonais , de toutes les provinces , inondaient tous les quartiers et toutes les rues. On voyait deux' ou trois cents uniformes différens. Le 7 mai au matin, les .Russes ^e rangent £n bataille hors de la ville ; cinq cents grena-* diers se tiennent en armes dans la cour de l'ambassadeur de Russie. Un autre détachement stationne dans ceUe du prince Repnîn ; des corps de cavalerie , des sentinelles 9 des vedettes 5 investis-* 0«nt la ville entière. La salle du sénat , celle des nonces 9 se remplissent de soldats ; les uns occupent les portes , d'autres ont envahi les tribu nés destinées au public 9 etjusqu'aux bancs des nonces.

Ceux-ci furent invités à se rendre à rassemblée; mais les vrais patriotes ne voulurent pas compromettre leur caractère; et les partisans seuls des Czartoryski et des Russes s'y rendirent : à peine comptait - on huit sénateurs.

Le maréchal des précédentes diètes , le vieux comte Malachow^ki 9 républi-

DE h HISTOIBE D£ POLOGNE. H^^

caio yerlueux et plein de courage, était d(ft droit maréchal provisoire. Il se fît attendre quelques ÎDStans. Poniatowski voulait que Fou ouvrît néanmoins la séance; mais rassemblée craignit de faire injure à ce vieillard respecté. Il parut enfîn accompagné du brave général Mqkranow^ki , déjà connu par plusiei^rs traits de dévouement et de patriotismiB. Jl s'avança au milieu de rassemblée « s'y arrêta 5 tenant à sa main le bâton de sa dignité. L'usage voulait qu'il le levât pour quvrir la diète ; alors Mokranowski , arrivé à la place qu'il occupait comme nonce » déploya une protestation et la présenta au vieux maréchal. « La sage prévoyance de viixgt- •deux sénateurs et de quarante - ci ç^q nonces, dit-il à haute voix , nous a appris que n«us ne pouvons délibérer sur les affaires publiques; voici leur manifeste. Je vous prie donc de ne pas lever le bâton, puisque les troupes russes sont dans le royaume et nous entourent. J'arrête l'activité de la diète. » A peine a-t-il achevé, que d'horribles clameurs se font entendre; les soldats , dis-

perses dans la salle, tirent leurs sabres et se précipitent sur lui. La ville s'épouvante, le bruit se répand que Mokranowski rient d'être égorgé. A cette funeste nouvelle, le prince Radzîwil, Tun des chefs du parti national , réunit ses amis , et se prépare à voler à l'assem-* blée. On l'arrête, on lui représente que les soldats ont fermé toutes les issues.

Le fait était trop vrai. Soit qu'on vou^ lût empêcher la rupture de la diète , soit qu'il parût utile de prévenir l'invasion de la salle , toutes les avenues étaient gardées.

Cependant le héros polonais , menacé par mille glaives , ne leur opposait qu'un silence dédaigneux. Quelques nonces , effrayés du crime qui s'apprêtait, s'étaient jetés au-devant de lui :

ils parvinrent à arrêter les*assassîns.

Ces nonces portment les couleurs des Czartoryski. «Quoi! messieurs! leur dit Mokranowski, vous êtes députés de votre patrie , et vous portez la livrée d'une famille ? »

Insensiblement le tumiflte se calma; âilors le comte Malachowski^ toujours

DE l'hISTOIBE de POLOGNE. a47

debout au milieu de la ss^lle, prend la parole: «Messieurs, dit-il, puisque la liberté n'existe plus parmi nous , j'emporte ce bâton , et |e ne le lerrai que lorsque la république sera délivrée de ses maux. » On lui crie ayec fureur de lever le bâton. « Non , s'écrie Mokranowski, TOUS ne pouvez ouvrir la diète en présence des Russes et de tant dô soldats qui remplissent ici la place de nos frères. » Ces paroles sont le signal d'une nouvelle explosion ; tous les soldats y le sabre nu, s'élancent de nouveau sur Mokranowski. Les uns cherchent à le percer à travers la foule; d'autres , du baut des tribunes , dirigent contre lui la pointe de leurs glaives.

Ceux qui le protègent ne sont plus en état de le sauver. On lui crie : «Rétractez-vous; nous ne sommes plus les mai* très ; vous allez périr! » Mokranowski croise les bras, et opposant un sangfroid admirable à ces furieux , « Frappez, leur dit-il, je mourrai libre et pour la liberté! » Puis , la nature balançant un moment les forces de sou âme, saisi de l'idée qu'il va être déchiré en

pièces 9 il s*écrie : « Faites vite, achevez. »

Sans doute le parti des Czartoryski 9 à la Teille de triompher , trembla de se rendre odieux à la multitude ; il craî^ gnit l'opinion de l'Europe. Redoublant d'efforts^ il se réunit contre la soldatesque qui entourait Mokranowski , et parvint encore à l'éloigner. On sollicite plus vivement que jamais Malachowski de lever le bâton. Ce vieillard octogé* naire demeure inébranlable, a Vous me couperez le poing ou vous m'arracherez la vie, répond -il avec fermeté; je suis maréchal élu par un peuple libre ; je ne puis être destitué que par un peuple libre : je veux sortir. On.se jette au-devant de ce moderne Gatou ; Mokranowski cherche à favoriser son évasion^ « Messieurs 9 dit-il , respectez ce vieillard; laissez-le sortir. S'il vous faut une victime, me voici; respectez la vietilesse et la vertu. » Le maréchal , conduit par son courageux ami, parvient k l'une des portes : les soldats veulent la tenir fermée; mais les chefs, plus prudens, leur font signe d'ouvrir ; l'un

d'eux même se résout â accompagner le maréchal , pour le protéger contre les soldats qui entourent le palais.

Malaehowski n*était pas hors de danger ; les murmures des troupes russes trahissaient leurs intentions hostiles.

Alors un jeune homme , dont le nom a péri 9 se place derrière Malaehowski > et cherche à tromper la multitude en lui donnant un nom supposé. « Faîtes place au général Gadomski 9 » dit-il en écartant la foule. A la faveur de cette noble ruse, Malaehowski , le bâton de maréchal à la main , traverse la ville, et laisse la diète dans un effroi mêlé d'admiration.

L'assemblée était constitutionneHement rompue. Déjà les nonces songeaient à se séparer. Poniatpwski les arrête. Au mépris de la loi et de tous les usages ^ il intime aux nonces l'ordre de donner leurs suffrages pour l'élection d'un maréchal. Personne n'ose résister, et le prince Adf^m Czartoryski est élu maréchal de cette illégale assemblée.

Le lendemain, les chefs du parti national réunirent leurs troupes, quille-

nj!i9umc

rent Varsovie , et se rendirent sur divers points de la république, se proposant de rallier les amis de la liberté.

Branicki , Mokranowski , Radziwîl , entrèrent en campagne. Vains efforts ! ils sollicitèrent le secours de la France ; là France promit et ne tint pas. Mokranowski se rendit à Berlin , près dii roi de Prusse. Ce monarque , mal informé des affaires de Pologne , attribuait tous les torts, aux patriotes : « Vous êtes les plus faibles, il faut céder. » "ïels étaient les conseils que donnait aux Polonais le roi, qui , réduit à ses seules forces , avait résisté à r£urope. Frédéric promît toutefois son entremise pour le rétablissement de la liberté. Mokranowski le quitta le désespoir dans l'âme. Toutes les puissances avaient abandonné les Polonais.

Cependant la diète , Illégalement prolongée, et peu à peu réduite à quatre-vingts nonces au lieu de trois cents, se montrait entièrement docile aux Czartoryski. On commença par desti'^ tuer le grand général Branicki de tout ses emplois. Adam G^iaçtoryski lui $uo«

céda; on lui permît l'usage de tous les moyens, même celui des troupes étrangères, pour soumettre les patriotes.

Radziwil fut dépouillé de toute sa fortune. On porta ensuite là hache dans la lé^slatîon de la Pologne. Le système républicain fut remplacé par un système tout monarchique. L'autorité du rbi s'éleva sur les débris des grandes charges.

On établit une foule de réglemens favorables au pouvoir absolu. Les ambassadeurs «étrangers adhérèrent à ces changemens ; mais lorsque les Gzartoryski voulurent abolir la plus dançe*reuse de toutes les lois polonaises , la seule peut-être qui rendît tout gouvernement impossible , la loi du liberum vetOf quel fut leur étonnementde voir les ministres russe et prussien s'opposer à cette réforme, produisant un ordre de leur cour qui leur enjoignait de ne permettre aucun changement à cet égard ! On reconnut dès-lors que^ la Prusse et la Russie n'étaient d'àbcun parti en Pologne , et n'avaient d'autre politique que d'entretenir l'anarchie dans cette malheureuse république.

ttcavini!.

Les Czartoryski et leurs adhérens, unis au clergé et aux jésuites y commirent ensuite une injustice , peut -être inévitable, mais dont les conséquences devaient précipiter rapidement la Pologne dans l'abîme» Les non catholiques et les Grecs séparés, qui depuis longtemps vivaient dans un état d'ilotisme complet, crurent pouvoir, à la faveur de réformes favorisées par deux puissances séparées de Rome , réclamer un adoucissement à leur sort. ^Is présentèrent une requête dans laquelle ils demandaient à recouvrer les libertés communes aux autres citoyens. La multitude fanatisée , les grands excités par le nonce du pape, ne firent point droit à cette juste réclamation : la pétition fut lacérée ; et loin de satisfaire en rien les dissidens , on restreignit encore leurs privilèges. Ainsi les Czartoryski, à peine au pouvoir, furent contraints de blesser les puissances auxquelles ils étaient redevables de leur élévation.

^ La diète de convocation ayant terminé ses travaux, on convoqua la diète d'élection. Les troupes russes se con-

eeotrèrent dans les eoTirons de la capitale. Tout était arrangé d'avance ; la diète , ordinairement composée de 805O00 gentilshommes y n'en réunit pas /jyooo ; sept proYÎnces s'abstinrent d'envoyer 'des députés. Rien n'était plus triste que l'aspect, ordinairement si animé, de cette réunion ; le 7 septembre 1764» le comte Poniatowski fut élu 1764.

sans opposition ; et. ce prince , qui devait expier, par une série d'infortunes , l'irrégularité monstrueuse de son élec* lion, commença immédiatement son règne sous le nom de Stanislas' Auguste, ) - Ce prince a été jugé très-diversement.

Les partisans de la faction des Gzartoryski eux-mêmes ne l'ont pas toujours ménagé. Sans discuter ces opinions différentes, et en mettant dans laba^lance ses qualités et ses défauts , on doit avouer que Poniatowski eut souvent de louables intentions ; mais son caractère manquait d'énergie. Il ne sut pas tenir d'une main ferme les rênes de l'état : souvent il voulut le bien ; rare-^ ment il eut le courage de l'accomplir.

Sa politique timide consistait à ne pas

DiçutizedbyGodgIe

se prononcer entre lés ]pal^lls , et il les aliéna tous Tun a'près l^àutrë^ ïl nfiecta d'être afifable et populaire ; îï tenta quelques améliorations utiles ; lâais tout dé sa part était accuçÛIi oyec défiance.

. Il semblait que rirréguiarité de son élection , et l'inâuerfce coiipable à laquelle il dut le trône, eussent, marqué son front du sceau d'une réprobîUion ineflaçàhïe»

/ ^ peine fut-il arrivé au trôné , qu'il essaya de gouverner lui -même : cela ne convenait ni aux Russes, ni aux Prussiens, ni même aux Czartoryski.

L*impératricc de Russie se refroîAt et l'aLandonna. le roi de Prusse, sous prétexte de combattre l'établissement d'un droit de douanes nouvellement institué, prit bientôt une attitude hostile.VSnfin les Czartoriskî ne pardonnèrent pas à l'homme qu'ils regardaient comme leur ouvrage de se montrer plus populaire qu'eux -mêmes. Les étrangers, en plaçant Pohïatowski sur le trône, n'avaienjt voulu qu'un soliveau, à la faveur duquel ils eussent gouverné et moissonné en piefn cbamp.

DE l'hISTOAJELE BE PO LOCKE. a55

Ils ne furejç^t satisfaits que lorsqu'ils eurent réduit Stanislas à ce rôle passif.

C'était Tanarchie et le démembrement de la Poiogae qu'ils voulaieût; le moyen d'yarfÎYer était de favoriser alternatiyement chaque parti , afin de les perpétuer tous.

Pour parvenir à ce})ut9 Ils étudièrent l'état des esprits ; et parmi les semences de désordre qu'ils reconnu rent, deux particulièrement attirèrent leur attention : le tiberum veto, dont la sup»

pression eût prévenu de nouveaux troublés , et la querelle des dissidens 9 dont il était d'autant plus aisé de profiter^ que la cause de ces derniers , étant absolument juste, semblait pouvoir être défendue avec honneur.

Ils interdirent donc au roi toute at- 1766.

teinte aux anciennes lois 5 et particulièrement au tiberum veto; et par ce fait seul , la Russie et la Prusse y changeant pour un moment de terrain, devinrent l'espérance et l'appui de la faction républicaine > dont la grande majorité était toujours attachée à cette loi insensée. Quant aux dissidens , les deux

1l56 RÉSUME

cours réclamèrent avec des instances réitérées leur admission à tous les emplois, et leur partage dans la souTerainetè. l'Europe applaudit de Ioîd , parce qu'elle ne connaissait pas la Pologne.

Les dissidens , qui , sous Sigismond- Auguste araient été à la veille de yaincre le catholîcjfsme , qui depuis ayaiient joui légalement de la liberté descultes, s'étaient peu à peu tus persécutés par le clergé catholique , et surtout par les jésuites 9 admis en Pologne dès le règne de Bathori. Nulle part l'intolérance ro*maine n'avait combattu les réformateurs avec plus de persévérance et âe machiavélisme. Les dissidens résistèrent long-temps; mais insensiblement vaincus 9 dépouillés à plusieurs époques de leurs privilèges, réduits au moindre nombre y ils furent plongé^ dans un asservissement complet. C*était une injustice sans doute, maïs cette injustice avait acquis la sanction du temps. Façonnée par un clergé dominateur, la multitude avait l'hérésie en horreur ; et les hautes classes de la so^

cîétéi subjuguées par les jésuites et par un Donce du pape, toujours résidant en Pologne 5 partageaient les sentimens de la multitude. C'eût été, en conséquence , une tentative périlleuse de changer cette opinion nationale; et une telle tentative était encore plus difficile à des étrangers.

Ce fut cependant là l'entreprise que 17^7* tentèrent le roi de Prusse et Timpératrice de Russie. On doit croire qu'ils ne saisirent en main la cause des dissidens, que parce qu'elle leur parut être un brandon dé guerre civile. Ils réclamèrent, au nom de cette classe, le partage dans la souveraineté nationale. On conçoit quel accueil reçut la nouvelle prétention des deux puissances. On refusa nettement de la satisfaire:

Stanislas - Auguste , très - embarrassé, n'osa se prononcer ni pour ni contre , et excita la méfiance de tous. Les dissîdens , excités par le comte de Goltz , et encouragés par l'étranger, se confé« dérèrent. La république compta un parti de plus. Et cependant les Russes entrèrent en Pologne pour venger les

a 58 RBSVMÉ

deux cours des refus des catholiques polonais. Que la Russie et la Prusse eussent conseillé au roi Stanislas-Auguste d'amener peii à peu Içs esprits à la tolérance 9 et de les <^niuir0 ensuite de la tolérance à l'égalité de droits , rien de plus juste et de plus sensé ; mais prendre les armes pour forcer une nation à changer subitement d'opinion et de croyance, c'était une entreprise injuste et YÎolente; c'était une politique", si peu prudente, que l'on ne peut douter que les deux cours ne cherchassent beaucoup plus à anéantir la Pologne qu'à la rendre juste et sage.

Le farouche Kepnin, toujours ambassadeur à Varsovie, encouragé pa> l'éTêque Podoski, vendu à la Russie, ourdit la trame la plus odieuse, pour amener le succès des desseins de sa cour. Nous avons dit que 1q but évident des Russes était de perpétuer l'anarchie en favorisant successivement tous les partis. Repnin rallia l'immense portion de la noblesse qui s'était opposée àTélfictioD de Stanislas-Auguste» lui fit accroire que la cour de Saini-rPéters-

DE L*HIST01R£ DE POLOGNE. aaQ

hoiivg avait abandonné Ponîatowski , et que désormais elle n'avait d'autre désir que de le renverser. Les partis sont confiaas et crédules ; on ajouta foi aux paroles de Tambassadeur. Une confédération se forma sous ses auspices à Radom; Radziwill fut rappelé^ et destiné à la commander. Mais, lorsque les confédérés fureqt réunis en assemblée , par une horrible trahison ^ les Russes , qui leur avaient promis une liberté absolue, leur présentèrent, le sabre à la main , un acte en faveur du roi , des dissidensi tit dans lequel la Russie faisait légitimer son droit d'intervenir dans toutes les affaires de Pologne. Les menaces et les voies de fait accompagnèrent cette proposition ; des canonniers , la mèche allumée , dressèrent une batterie en face de la maison de la ville ; la signature de l'acte fut ejugée ; on se plaignit ; on voulut résister : tout fut inutile»

Le roi avait d'abord tremblé pour son trône; rassuré par le dénoûment de l'intrigue 9 et subjugué par Rcpnin, qui régnait en son nom 9 il se jeta dé-

SGO &ÉSVM£

sonnais dans les bras de la Russie; et^ comme fatigué des faibles efforts qu'il avait faits pour s'en affranchir , il ne songea plus qu'à jouir des plaisirs attachés à la couronne. Cependant une fermentation extrême régnait dans toutes les provinces : on était indigné d'avoir été joué par l'ambassadeur russe ; et le fanatisme de la multitude s'accroissait de la haine que les prétentions de Catherine avaient eicitée contre les dissidens. Le clergé , les jésuites , fulminaient du haut des chaires, et animaient la populace à la défense d'une religion que l'on ne séparait pas de la liberté, oct. La cour s'était décidée à convoquer *^*^' une diète extraordinaire. Repnin , exerçant toute l'autorité sous le nom du rot, se chargea du travail des élections. Au jour marqué^ les troupes russes eovironnèrent toutes les diétines, fermèrent les issues aux gentilshommes dont on craignait l'indépendance. Les officiers imposèrent aux électeurs des candidats de la Russie. Partout les députés désignés furent élus de force ; mais les ^lec-

BE l'histoire de POLOGNE. 26 ^

teurs crurent sauver la liberté eu leur enjoignant 9 sous peine de mort, de repousser tout ce qui pourrait porter atteinte à la religion dominante et à l'indépendance de la république.

La diète s'assembla le 5 octobre. Le ^°'^** prince Repnin déclara qu'il fallait que l'affaire des dissidens passât ; que telle était layolonté de Catherine et de l'Europe entière ; que les Polonais n'ayaient d'autre alternatire que d'obéir ou de chasser les Russes. A cet ordre insolent, l'indignation fut au comble. Une courageuse opposition se forma ^ et compta dans ses rangs Térêque de Cracovie , Gaétan Soltik , aussi renommé par ses lumières que par son intégrité ; le palatin de Cracovie, Rzewuski; l'évêque littérateur de Kiowîe , Zaluski , et Krasinski , éyêque de Kaminiedc. A leurs discours énergiques Repnin opposa les baïonnettes. Rzewuski, Soltik et Zaluski furent enleycs, conduits en Rus- , sie , et transférés en Sibérie. Ils y restèrent cinq années. L'évêque de Kami-* nieck parvint à s'échapper à la faveur d'un déguisement. ^

a62 RÉSUME

Sous <le& dehors froids et timides , cet évê^iue. cachait une âme fi^re e( courageuse* Depuis lotig-temps il avait formé de nobles projets pour Taffranchissement de. sa patrie; il remplaçait^ par le secret et une conslanpo à toute épreuve, le défeut de présepee d'esprit et une extrême îaiblesse d'org^es^ Ce lut lui qui conp^t e.t prépara r^i^vre imposante da Ijî' çonfédé^ration de Varr» qp« no^us allons voir bientôt se former.

. L'acte arbitraire et violent de Rep^ nin ayant excité plus de douleur eur core que d'indignation 9 il proûti^ de la consternation générale poua^ accélérer ses projets. Un acte fut signé 9 non sans de n<»nbrcuses restrictions , mais il n'en tînt pas compte. Le$ députés, vnenaeésd'etil oq de mort, obéirent dans un morne sMence. Ce fut avec le même découragement que l'on nomma une commission législative, chargée de proposer de nouvelles lois, daoiS l'intérêt des Russes ; car déjà les modifications réalisées parties Gzartoryski ne leur suffisaient pas. Celte commission fut

DE l'histoire Bfi POLOGNE. !i65

InV^tie en ârok de recènstHifi^ la Pciogne; et la Russie, qn\ en disposait, 5e hâta d'obtenir d'elle an code dont la p^femiètfe moiftié était contraire à Topi"* nion générale , et dont la seconde èlKit calculée dans les Intérêts de Tanarohie:

D'après ce code notireatf , tonîe la noblesse dis!!»idente fut rec<$nniie capable de posséder totites les charges , tons les emplois, toutes le» magistratures'^ dans une é^aKté absotue, avec la no»

blesse catholique. La royaoté seule fut exceptée. C'étnfit trn spectacle skigiilier que cetui d'an étranger forçant- uo^ na^ fîo^h d^ètre tolértote liialgré elle. Les passions, les cfrréur» d'un peuple lui appartiennent, et nul n*a Je droit de les Itfi dérober à main armée. D'ailleurs < là mufltHude, la noblesse même de cette époque n'était pas coupable d'tlné în* toléfance qaî était le^oit de son éducation. Il Miait en accuser Sigis^ mondlll, et ses suocesseursi Cétak le orime de» jésuites et de la cour de iVome. il n'était pas plus permis Bxa:

Russes et aux Prussien» de réformer la Polognematgré elle, qu'il ne fut per-

a64 HESUME

mis depuis à Joseph II de réformer la Belgique , qu'il ue serait permis aujourd'hui d'imposer le protestantisme à l'Espague^ et le catholicisme à l'Angleterre.

La douceur doit présider à de telles ré- Tolutions. Elles doivent être l'ouTrage des lumières et non des armes.

Le même code maintenait une partie des abus du liber um veto. Précédemment un gentilhomme, pour être actif, deyait posséder un arpent de terre ; il fut statué qu'à l'arenir, le titre de gentilhomme sufilrait. Catherine déclara qu'elle youlait qu'il en fût ainsi; cette princesse trouvait que les semences d'anarchfe n'étaient pas assez actives. Vne foule d'autres lois conçues dans le même es- . prit furent insérées dans le code; et l'on voulut qu'aucune d'elles ne fût réfor* mée qu'à l'unanimité des voix.

Cette constitution nouvelle parut d'abord accueillie par, le silence de la résigiuition. Mais bientôt elle donna naissance à une confédération vraiment nationale qui balança quelque temps le despotisme des Russes. Le principal auteur fut Téyêque de Kamînieok. Il

DE l'hISTOIILE DE POLOGNE. 265

s*était échappé déguisé eo médecin.

Menacé à chaque instant d'être enleyé par les Rus9es5 on l'ayait tu^ un jour, se cacher dans un yieux coffre qui, serrait de traîneau à un pajsa^.' Quelque temps auparayant il avait voyagé chçz diverses puissances voisines» La Porte lui avait donné quelques espérances ; les Turcs ^ qui n'avaient pas appris sans inquiétude les projets de Catherine sur la Pologne j frémissaient à l'idée de voir disparaître du monde une puissance qui avait long-temps balancé la puissance russe. L'élection de Poniatowski leur avait déplu , et leur mécontentement avait redoublé en apprenant l'introduction des troupes russes sur le territoire polonais. Catherine promettait de temps en temps à la Porte de les retirer 9 mais elle u'en faisait rien ; enfin le ministère ottoman , instruit par l'évêque de Kaminieck 9 ayant insisté plds que jamais pour la libération de la Pologne , cette libération fut formellement promise. Cependant Krasinski avait tout disposé pour un soulèvement général ; il en fixa Texploaion à Tépo-

Dig,.,zedbyG^3gIe

<jne précisé du départ des étrangers : .

on pouvait espérer alors qttelqac succès.

îia 'FrattCë dominençaît à sentir le besoin dé coTobaitre raccroîsseiticnt de fàpn^aocé rosse ; ïâiStlxé éne-tnême ptotiVettait des sécotiVsV ' ' "Ct pian si bien concerté fcd détruit Ipar rfmpafiêncë' fatale 3eTùn des chefs changés de l'exécation de l'a vaste entreprise de Tévêque de Katntnieck. Un geniîlbomttie nommé Pulaw^kt, qui effaçàft, par ^où dévoue client à la cause ït^'la patrie , les taches de savle passée, 'leva subitement ^étendard de la révolte.

Accompagné dé ses denxfils et d« quelques nobles courageux, îi se proclame le veiigeurde sapatrie.Un raoine^ nommé le père Marc , sort de son elolbe pour animer les combat tans ; il est suivi d'une troupe de dévots, armés de croix, de bannières et de chapelets. Ces aventuriers prêchèrent fa confédération comme une croisade ; on^s*étabKt à Barr , et le noyau de Flhsiirrectîon se grossit Insensiblement. Les confédérés^ dît un historien , avaient des étendards qui représentaient la vierge Marie et

DE L'BISTOIAB D9 POLOGNE. sG^

Vt^fant Jesiu ; ils portaieut 5 oamiOQ les croisés du moyen âge , des. croix brodées sur. leurs habits 9 et«e serrcôeot de la derise i Vmncre ou mçuiarir (1).

. L'évêque de Kamioieck et une fo^èe 1768.

d'esprits sages ne TÎreot pas sans douleur une entreprise si prématurée» I^es cbauces. desuccès ^ si nombreuses après réTiïCuation du territoire 9 étaiept fair blés et incertaides , tant que le te^ritoîr^ était enrabi ^ mak U était impossible de reculer^ KrasiosM 9 quoiqu'H conserrât peu d'espoir 9 résolut die^ou^ sacrer ses derniers efforts à honorer la ruine de la patrie. Il courut à Vienne , à JQreade 9 & Versailles : oette dernière eour s'unît aux Polonais pour engager les Tares à déclarer la guerre auxKusses.

Laursftforjt^ne furent pas infruetueux \ la Porte déclara cette guefre au mois d'octobre 1768 ^ et la Pologne sentit se ranimer ses espérances. L'Europe attentive porta ses regards vers liîs armées turques et moscoyites : le sort de la

^i)Koeh. Tableau des i-ét^luîions âe VEu- ¥ope y tom. III.

a68 RésuMé

Pologne allait être décidé pat le glaire:

Le récit "de cette guerre n'est point de notre sujet. Le tirôue de Catherine fut un moment ébranlé. Mais bientôt elle retrouya sa fortune , et la fin de la campagne devînt désastreuse pour les Turcs.

Pendant la guerre qui dura longtemps , la Pologne courerté de confédérations , dont le centre était celle de Barr, combattaient des détachemens Russes y avec des succès divers. Des cruautés inouies furent commises par les chefs moscovites. Malheureusement les confédérés eux-mêmes ne surent pas toujours maintenir entre eux un accord qui eût sauvé la patrie. Des traîtres se glissèrent au milieu d'eux^ et de funestes-divisions les affaiblirent presque autant que le fer de l'ennemi. Le roi Stanislas ^ livré entre les mains des Russes, agissait en leur faveur. La Pologne offrait l'aspect du plus horrible chaos.

1769. La nouvelle des désastres de l'armée turque aurait dû abattre le courage des confédérés. Ils ne désespérèrent cepea-

DE l'histoiae de potOGiqs. 269 dantpas encore du salut de la patrie. La confédération manquait d'une organisation légale. On s'occupa des formalités indispensables pour la lui donner. Les confédérés nommèrent Un maréchal général; on forma un conseil suprême chargé du pouYoîr souverain dans toute l'étendue de la république. Cet acte fut répandu et promulgué dans tout le royaume. De tous côtés le patriotisme se ranima ; on ne prit plus les conseils d'une lente prudence : on résolut de risquer le tout pour le tout.

De premiers succès ackcTèrent de rendre toute leur assurance aux confédérés. Depuis long-temps la Russie ne leur opposait que de faibles détache-* mens 9 et diverses cours de l'Europe , partageant enfin leurs espérances^ se décidèrent à leur envoyer des subsides..

Joseph II 5 empereur d'Autriche , leur promitdeles soutenir; la France joignit les réalités aux promesses. £n juillet 1770, elle adressa à la confédération alors établie à Épériés^ en Hongrie , le général Dumouriez ^ avec une mission secrète^ il est rrai^ mais ayec des sub-v

sides-assea considérables. Elle admit à titre de ministre de la eonledératîon le eomte Wielhorski , le mèûie qal Inrita plusieurs philosophes , entre ati^es J.-J. Rousseau «t Mably 9 à trarallUr à la réorganisation politique de la Pologne.

Le nom de Dumondez a renftpli l'Eu* rope. Génie aetif et entreprenant^ également habile dans Tart des négéeiations et dans celui de la guerre 9 mais plein d'amb]tion.« et dépourvu de probité politique , Dumourîez était étranger à ■ cette abnégation personnelle qui est la première Vertu dans les république). Il savait peu conduire et ménager les hommes. Il blessa plurd*une foîsia fierté des républicains polonais en remplaçant les conseils par des ordres 9 et en e^açant parTorgueil le mérite du bienfait.

Le plan de Dumouries était sage. Il voulait réunir enime seule les nombreuses confédérations disséminées surtoute la république. Il désirait réconcilier entre teux les confédérés, qui ne se livraient que trop à de fatales mésintelligences, n employa avec succès les intrigues de

DE l'histoire de POLOGNE. 2^»

la comtesse de Mniesech , 611e du comte Brulh , mortelle ennemie de Ponia towski. Mais la confédération^ malgré ses sxtccèë 9 ne possédait pas une armée aombremse. Elle ne forggiait que seize à dix-sept mille hommes. Dumouriez obtint d'abord des succès împor tans; le duc deCboîseul, dont le génie avait médité la résurrection 4e la Pologne, accordait» régulièremàat des secours en argent, et en hommes.

h. cette époque le séjour de tant d'armées 9 le voisinage des champs de bataille répandirent en Pologne une contagion qui aggrava^ le sort de ce malheureux pays. Le roi de Prusse saisit ce prétexte pour garnir ses frontières d'un cordon de troupes, qui devait bientôt servir d'autres projets. Ce cordon {Prétendu sanitaire embrassa non-seulement la frontière prussienne, mais le roi de Prusse, violant le territoire polonais , jugea à propos d'envahir toute la Presse poloDaîse.

dépendant le coiiseil-généràl de la confédération ne restait pas inactif. S'étant proclamé dépositaire d« l'autorité

a^a KESUME

suprême 9 il s'occupait de réorganiser la république. Le roi, qui s'était abandonné aux Russes 9 était également odieux à tous les partis; On parlait de prononcer sa déchéance. Quelques esprits plus modérés pensèrent qu'étant esclaye peut-être involontaire de l'étranger 9 il serait plus sage de l'engager à se mettre à la tête de la confédération, et à devenir le chef du parti national.

Mais les hommes prévoyans craignirent qu'une telle mesure ne livrât les confédérés aux Russes, dont le roi suivait humblement toutes les directions. Dans cet état de choses, le secrétaire du conseil général, Bohucz , personnage plein d'audace et d'éloquence , propose tout à coup de proclamer l'interrègne cl de déclarer le trône vacant Cette proposition inattendue fut soutenue avec tant de chaleur 9 qu'elle passa à la faveur de l'enthousiasme. Alors, afin qu'aucune formalité ne manquât à cet acte , trois confédérés se rendirent à Varsovie , pénétré renjt dans le palais, se mêlèrent à la foule, qui se pressait devant le roi , et l'un d'eux lui remit la sommation

DE L HISTOIaB de POLOGNE. 2^5

authentique de comparaître devaat le conseiUgénéralde la confédération. Sta« nislas reçut le papier ^ le prenant pour unerèqu^tèvet, tandis qu'il Texaminait, les confédérés disparunent dans la foule.

Cet acte courageux fusqu^à l'imprudence fut }ugé trop «éyèrement par toutes les cours de TËurope (i).

Cependant la confédération parais^ sait près d'atteindre le noble but de ses efforts. Plusieurs places étaient en son pouToir. V^ roi était déchu ^ Tinterrèf^e prononcé ; il ne s'agissait plus que de mettre à exécution des mesures qui , aux termes des lois polonaises^ étaient régu* lières. Encore quelques efforts, l'étranger pouvait être chassé du territoire. La patrie pouvait être sauvée ; une diète assemblée par le roi lui-même avait refusé de donner le nom de rebelles aux confédérés , mais il était écrit que la Pologne devait périr.

Plusieurs causes détruîsirentles justes espérances que Ton avait conçues. Le

(i) Jnarchie de Pologne, Supplément par M. Daunou. Mémoires deDumouncz, 1. 1«%

2^4 REsimi

duc de Choiseul.^ depuis l'acte de. dé-** okéénoe y n?àvah osé continuer une pro-»

tectioû déclarée aux .Polôaaid; il fût «j^u. refnT€r]réies'4^éi;eDQlire'y.tîctttiie4esiii>4 trifpiés deJH*^ Dubaivyet dU'duc d^A»« guiiloiDÈ9.eLlèr6eck)unfèrettt8uapeiidttâ..

CfumoufieS) par aonics^aotère hautnio»

etrorguttldedesparooédé^^ aliéqa Casimir Pulawskt» l'un des plûs-.braYies cbe& dela^eoufédâratiom OtoLôubli^qu^l'ha-^ Uie Pusnoutte^ ânr|ait diseilpliaé h9 oonfédérésy^e ses ncg)(xiiatî^& ayaieut ffaUié à la confédéraliontsînquante sénat* leurs. On- ne yit plu» que rorgùetibux étranger qiui prétendait imposer ses ▼cloutés à des républicains. €es mésîn»

telligoices funestes amenèrent la perte de la bataille de lianskroon ; SvxfFxrow^ à Ifr tête d'une armée russe, profitade cette TÎctoire , et détruisit peu à peu l'arteée républfcaine. Enfin la mort du grand gé^ néral Branicki , arriyée dans le même temps, açhera de ruiner les confédérés, que soutenait encore la fortune de ce grand citoyen ; et Dumouriez , abandonné à lui - même 9 exposé aux ou- ' trages4ls républicains, de Temi s moins

DE L'HISTpIltS DE POLOGNE. 2^^

sagià& éefim qu'ils étaient moins heu^ 4*eus^lsoili0itaftt obtint «on rappel. Vio^ jEûénil^qui le remplaçayneput parTenir à ramear lés confédérés^ ^ns '■ une nnême ^ireetîoir.; qaekfuesiFrançab.^ saus la iaMBdoitB4ifi bcaTé'Cboîaj , s'inmorta^ iisèresit au siège de Qraooiiiei; mais la plaeeifbt contrainte de se treadrè.. Enfin •une entreprise audacieuse ^ùr la per- . 8C» une: même- de Stanislas^Âugoste devînt lie prétexte : dont $6 servirent les èaates pi|^9ances :, ^pour {^prendre une mesure décîsîre » que Icjur ii^upldité leur cohsei^it éepois long-^emps.

Les'Russies et leutis adhéreos avaient i??^formé le projQld^enleTer H conseil^gé- Itérai de la confédération. Ce projet éehoua. D\\n autre côté, les confééérés méditaient reitlevement.de Stanielas-'Auguste. Cette tentative paraissait, à quelques espritsardens^ le moyen ' leplus naturel d'exécuter l'acte qui proclamait le trône vacant. Maïs les sages redoutaient les effets d'une mesure qui pouvait être présentée aux étrangers avec les couleurs du régicide. Un homme se rencontra , doué d^b ima-

ayO RÉSUMÉ

ginatîon ardoite , et d'un ^fonatisme sombre ; il fonna le dessein d'enlever le roi. Soa nom était Strawinski.

Il demanda d'abord Tassentiment de Pulawskî ; on yarie» sur la réponse de ce chef des confédérés. SniTànt les uns, Pnlawski le conduisit dans une chapelle 9 deyant l'image de Notre-Dame de Csentoschow , et lui fit prêter le serment d'amener Stanislas -Auguste , mort ou vif (i). Selon les autres , Pulawskî répondit à Strawinski : « Je ne||ous charge de nen; mais je yous préyiens que je n'approuyerai yolre projet , qu'autant que yous aurez respecté les jours du prisonnier que yous y^ez faire. » .

3noT. Quoi qu'il en soit ,^'enlèyement est fixé au 5 noirerobre. Pulawskî exécute des manœuvres qui attirent les Russes hors de Varsovie. Le roi doit se rendre le soir chez son oncle , grand chance* lier. Il s'y rend en effet; deux pages sont aux portières ; la voiture est pré-

(i) Voyez V Histoire des trois démembre mens de la Poiogne , par le comte Ferrand , tomelHP

cédée de deux hommes à cheyal , et de quelques autres personnes ; deux heiduqqes et deux yalets-de-pied la suî- Tcnt. Strawinski a dÎTÎsé ses- conjurés en trois bandes. La première j se présentant comme une patrouille russe , arrête l'ayant garde de la voiture. La seconde yeut arrêter la yoiture même.

Oa résista ; un oombat s'engage ; deux beiduques sont tués ; mais ^ tandis que les conjurés cherchent le roi; il s'est enfui chec son oncle ; on le rejoint ; on tire un ^ coup de pistolet ; suivant d'autres ^ on frappe Poniatowski à coups de sabre.

Enfin le roi est pris , enchaîné sur un cheyal, et suit malgré bi ses ravisseurs.

L'alarme se répand dans Varsovie; on se consulte ; on apprend la vérité ; mais 9 dans le trouble général, personne ne donne ni ordre ni conseil ; le grand ehi|ncelier fait fermer ses portes , et se met tranquillement à souper. L'ambassadeur russe Saldern , octupé d'une autre affaire ,> écoute à peine le récit qu'Hun valet s'empresse de lui faire.

Cependant le roi , arrivé à quelque ~ distance de Varsovie , renconlp ui^^

:27B aéshmé

foapé ; .U.%ttt Ip ir^neWr^^AP. «fcev^l se C£is0e. 1)1 |aQibe..P«o4an:t)i|«'on chercbe A remjédJe^-à cetaoQÎtfeotii Vayaat-^;^4e d'é(^rta , cm la c^er^c 9 .0^ se disperse dans Les.opi^ri^is ; f (^atawski ri^te.ar^c un se^lc^uriév Ji^epoç^aaitlLosîaskî; ie r^î s!effoi^e de lui foire .oompreoâre retondue di^ eriaat«^ qu'il a eommis; HosiQdki , ttaguère le ifiu^ audacieux ,4etOkVi3 ) itrfimkh;} se |Qti;eaux.pie4$.4u rpî, se déclare, son. prisoswier. Poaia- ..towfi^i.earoîe un billet aM c^miaiindâol de sa g^rde ; oa eourt à sa rencontre , et bientôt le rpi rentre à Varsovie m niUie.u des sa^tck^natioiis popul^ircis.

On donna à .cette teatativ:e..la couleur d'un régicide. Le roi lui -même encouragea cette opinion. Les cours étrangères saisirent ayec :plalsîr roccasioh d'accuser les confédérés d'un assassinat. Marie * Thérèse, Frédéric , écrÎYÎrenf à Poniatow&ki. Oase répandit en inrectÎTes contre Pulawski , contres les confédérés. Pulawski oia tout , mais ne put soutenir se$ dénégations 9 et le crédit de la confédération

D£ L BISTOIBE IHS POLOGNE. 279

acheta d'être ébranlé, Lesconfurés fu*reat ti^diiits en îu^ment. Ils nièrent toute intention régicide; oq refusa de les entendre ^ ^hisieurs forent déca*pHés ; les autres furent coiidamnés par ooiitumace.

Bientôt les affaires de la confêdé»

potion forent entièremeÂt détruites. La Rv95ie , la Prusse , rAutriche annoncèrent que t0vê9 les vkstttgés polonais seraient déetarés brfgàlids $ assasfâins^ , iooendiaires v et punis comni^ tels« Les eenfédérés se dispersèrent et disparurent. Un' seul , mais des plÀs iDnst^s , £areniba> se déshonora par un lôehe désaveu de sa conduite.

Cependant un bruit sourd, pareil 1772 au premier retentissement de la tempête, se répandait à Varsovie et daàs tente la Pologne. On parlait d'un accord entre trois grandes puissances , la Prasse , l'Autriche et la Russie ; on parlait de démembrement, de restitutions de territoire; L'ambassadeur rosse interrogé prétendait que tout était feux , que jamais sa souveraine ne consentirait à cette usurpatioti. II •.

a8o AÉSVMÉ

ajoutait cependant qu'il fallait se défier de r Au triche , et du dogue de Prusse.

La cour de France fut arertie; mais les cours soupçonnées, et surtout FAutriche 9 l'entretenaient dans une* parfaite sécurité ; elle fut jouée anssi-bien que les Polonais.

Frédéric , qui , depuis le oonimenGement des troubles , avait empiété successiyement sur le territoire Polonais 'y qui^ dernièrement encore, sous prétexte de la peste , avait environné ses frontières de soldais , fit les premières propositions ; il oe régnait encore que sur la Prusse ducale, ^t la Prusse royale le tentait; les villes de Dantzig, de Thom , et plusieurs palatinats de la grande Pologne, avaient excité son avarice.

Les circonstances paraissaient de nature à rendre Catherine accessible à une proposition de partage. La Russie était toujours en guerre avec là Porte, et la cour de Vienne paraissait décidée à épouser la querelle des Turcs, afin de forcer Catherine à restituer ses conquêtes , et particulièrement la lM[olda->

^ Dft l'histoire de POLOGlfE. a8i

y le et la Yalachîe. Frédéric présenta U partage de la Pologne comme le moyen le plus efficace de détourner T Autriche d'une alliance arec la Porte. Catherine eût désiré s'appliquer seule la Pologne entière; elle se décida toutefois, tentée par l'appât de quelques provinces de Lithuanie. Marie-Thérèse, pour être déyote, ne dédaignait pas les biens de la terre. £lle élevait depuis long-temps des prétentions sur une portion contes* tée du territoire de Pologne, près des frontières de la Hongrie. On lui assura quelques f autres possessions sur lesquelles elle n'avait aucun droit, ni même aucune prétention plausible; et elle céda.«C^près une négociation plus difficile qu'intéressante , un traité fut conclu entre les trois puissances. L'Autriche obtint toute la rive gauche de la Yistule, depuis les salines de Yieliczka jusqu'à l'embouchure du Yiroz » la Russie Rouge , le palatinat de Beltz, et une partie de la Yolhynie , environ deux mille cinq cents lieues carrées.

La Russie acquit plus de trois mille lieues; le roi de Prusse se contenta de

28a EÉdDMÉ

neuf ceûts, la Prusse polonaise et une partie de la Grande-Polognel/On assuré que Catherine ne ftit pas tong-tethps sans se repentir d'un traité qui ne lui accordait qu*une portion dCun territoire dont elle eût pU usurper la totalité, ff Au partage de la Pologne , dft iih Payant diplomate , la Russie perdait la Pologne (i).»

r>août 'Xe traité fut signé te 5 aoftt 1772. .

*''7*- Chaque puissance, dans les déclarations d'nsage, justifia sa conduite, la déclara légitime, honorable même. L'iutriche fît valoir d'anciens dtplô^es ; Frédéric en fabriqua, et Catherine soutînt qu'elle ne réclamait cfue ta juste indemnité des dépenses qu'elle avait faites pour piCclfîer la Pologne. t!es trois déclarations sont cotiservé^s par rhisti)ire , qui garde précieusement dans ses archives ces documetfs hoiliteux où la logique du despotisme prête son appui aux abus de la force.

( i) M. Dupont de Nemours .(Di«cu89ion sur Touvrage de Rulhière , à la troisième classe de l'Institut. ) \

Poniatowski , dont Télévation et les 47^3.

actes n'ayâient servi qu'à amener ce déplorable dênoûment, protesta auprès de toutes les cours contre le partage de son royaume ; cette déclaration était {^eine des éloges de Catfaferiite. Le roi assembla une diète ; mais les trois puissances remplirent Varsorîe de leurs jai>i«saîres. D'abord on rit de nobles résistances, eififin la terreur et k séduction obtinrent l'adliésion des députés polonais. Ce n'était point assez , tes alliés prétendirent imposer une constitutif niHiTelle ' au pays qu'ils venaient Hratîler. Les années 17^4 «^ '77^ se passèrent en débats , en violen£es de totit genre ; la Pologne accepta tout , et , ce qu'il y a de remarquable dans cette nouvelle législation, les dissîdfens ne forent soutenus par a«Cu«ô des trws feours^ Ils avaient prêté leur nom aux oppresseurs de leur patrie, et dtirent etÀn reconnaître que la plus ^and crime d'un citoyeh, c*est de ^^^5.

con€er à ées màîns étrangères la défense de là cause même la plus f u^e et la {Aus saciee.

!284 BÉSDMé

Second démembrement.

( Un long découragement ^ produit par le sentiment de leur impuissance > succéda dans le cœur d^es infortunés Polonais, à l'indignation que leur .avmit inspirée la conduite atroce des puis* sances alliées. Les chefs de la confédération de Barr , dispersés on dans ^'çxii , ne réclamèrent d'abord qu'un samtaire oubli ; et leur patrie , épuisée par la guerre , décimée par d'odieux traités , fut long-temps à se releyer de ses malheursTLa diète de 1776 manqua d'énergie et de liberté. Catherine , en s'emparant d'une portion du territoire y n'avait pas renoncé à son influence, sur le reste. Joignant la dérision à l'iniquité elle avait 5 de concert avec les autres puissances 9 garanti à la république la possession 4^s provinces qu'on avait bien voulu lui laisser; Gatheriue prétendait également garantir les nouvelles lois que la diète de 1774 ^^^^ ^^^ OOQ^

^DB l'bISTOIBE Bfi POLOGNB. a85

trainte d'accepter, lois de despo>time »

réprouvées parTopinion nationale. C'était, se proclamer l'arbitre de tous les changemens que la Pologne pourrait désormais solliciter.

Cependant la nation polonaise recouyra peu à peu le sentiment de sa dignité; elle parut vouloir reprendre son rang en Europe. Stanislas-Auguste , autant que le permettait son dévouement à la czarine, s'occupa de projets utiles. Il améliora l'agriculture , établit un conseil pour l'instruction publique , res« taura l'université) consacra à l'éducation des jeunes citoyens trois millions. par an, héritage des jésuites, que les nations civilisées venaient enfin de supprimer. D'autres fond^lBïis en réserve par une sage économie furent consacrés à l'avancement des sciences et de la littérature. Stanislas enfin tenta de louables efforts pour améliorer le sort des paysans.

Il trouva de grands secours dans la sagesse de la nation. Il faut le proclamer à la gloire des Polonais, parce que cela est presque sans exemple dans Tbistoire ,

286 RÉSDMÉ

ce peuple , pendant les aiinêes qu^i suivirent ses désastres, mit à proUt la leçon du malHeuf. L'ihforlané Tarkiit rieillî. Eclairée stirlesfuttesfes effets de ses. dissensions , la |iikiMesèe avait ëhûÀ reconnu le vice dé ses insf itùtiotis àharchiques ; une génération d%oaïmes fons, instruits, phidiebs, s'élcTaît éH silence. On ob'serta que péàdant df« ans, aucun noioce dans les diètes' Aéftt usage du fatal veto. Il semblait que \és violences russes eussent enfin dépo^u-' larisé ce droit périlleux. Stanislas-Auguste reconquit Taffectiod d'un a^sèi grand nombre de citoyenk ; if les eût ramenés tous s'il se fût dëtacbé franchement de la Russie.

Cette puîssanée , toujours impérieuse et menaçante , était particuliëreroent odieuse aux Polonais. Ils paraissaient moins redouter la Prusse. Frédéric, surnommé le Grand, était' mort, et son successeur Frédéric-Guillaume paraissait plein de sagesse et de Ibjrauté. Des dissentimens très-Vifs s'étaient d'aîlleurs manifestés entre la Prusse et la Russie; nous avons dit que la preihièré

DE l'hISTO|&£ de POLOGNE. 287

de ees.^eqx puisaapces avait convoité^ lors 4u.prficaier d^embr^n^ent , les villes de Thorn fit de Pantzig. Catho^ fine , .^^,i|tant; r^ç^çrqissement de pouvoir içpe J^.^ri;^3se aurait obtenu par l'a4jonctÎQn j(},e,ces places importantes , r^9^ jpf^tte.in^nt' de les lui accorder.

l^ef^fh'iTf^t pi:ii^siçn en bonserva qp tprofea^^xcsjsei^tîpieqt , et le comte de Hl^i|>§ïg , pdjiniaîre dé cette cour, fern)a le iprojet d'i^ne ^l}iaace avec Ip Fdloglie ;qppti^ la Ruj?ie. Il voulait aid^rja .Pologne à se doniier une constitution plus énergique, afin qu'elle pût se relever, etjêtre utiliement opposée à la p]Liiss£^nce russe. « 3i la fortune, dit un historien, n'eût pas doni^é d, Frédéric IJ ujn successeur si faible et si mal entouré , le succès aurait couronné ce projet digne d'intéresser toute rjÇurope civilisée. »

T<>utpa.çaiissait, en conséquence, dîs-^ pçi$é à un rapprochement entre la cour de Berlin et celle de Varsovie. Cependant Catherine, de son côté, tenta d'imposer aux Polonais Tordre de s'allier avec elle. ,Elle osa leur proposer

288 néstJMÉ

une alliance offensive et defensÎTe contre la Turquie. Une proposition sî contraire à l'intérêt politique des Polonais fut repoussée. Catherine réduisit ses^ prétentions à un secours de trente mille hommes de cavalerie noble : nouveau refus. La diète polonaise, comptant sur Tappui de la Prusse , ne garda plus de mesure; elle enjoignit à la czarin^ de retirer ses troupes du territoire : Catherine dissimula et rappela son armée. D'autres intérêts absorbaient alors ses pensées ; menacée d'une guerre presque générale j elle s'occupait d'un traité avec la cour de Vienne. Les Polonais songeaient à une ligae avec la Prusse 9 la Suède et le Brabant.

Toutes ces intrigues durèrent jusqu'à l'année 1788. Ce fut alors qu'une diète fut convoquée 9 et offrit le spectacle d'un accord unanime. Le ministre prussien 9 Lucchésini , présenta une noie portant en substance : « Que son maître appelait la nation polonaise à la liberté, et l'engageait à faire avec indépendance des changemens dans sa constitution, afin de lui rendre son ancîenue spien-

DE l^HlâTOlRE DE P OLO 28^

deur. Cette oote conleDaît de plus la promesse de tous les secours néces-^ saires pour relever la Pologae. L'assemblée accueillit avec recoanaissauce les ouvertures du ministrci Stanislas lui-même parut se détacher des Russes.

On travailla avec la plus touchante ardeur à la rédaction du nouvel acte constitutionnel. Cependant Lucchésini proposa une alliance formelle avec la Prusse. Le traité iut adopté le 29 mars^ et ratifié le 5 avril 1790. D'après cet »7d*»' acte, les deux états se promettaient une amitié réciproque 9 et la garantie respective de leurs possessions. Ils se promettaient de plus un secours mutuel en cas d'attaque. Enfin on y remarquait particulièrement cette disposition : « Si quelque puissance étrangère que ce .soit f était - il dit , voulait , à titres d'actes et de stipulations précédentes quelconques, ou de leur interprétation, s'attribuer le droit de se mêler des affaires intérieures de la république de Pologne ou de ses dépendances, en tel temps ou de quelque manière que ce soit, S. M. le roi de Prusse s'emploiera

2g0 RESUME

d'abord par ses bons offices les plu^ efficaces pour prévenir les hostilités par rapport à une pareille prétention; mai»

si ces bons offices n'avaient pas leur effet, et que des hostilités résultassent à cette occasion contre la Pologne, S. M. le roi de Prusse assistera alors la république , selon la teneur de Tarticle lY du présent traité. » Il était difficile de prendre des précautions plus rigou-' reuses contre la Russie.

On continua ensuite la délibération dit nouvel acte constitutionnel. Le travail fut long ; il y avait beaucoup d'intérêts à concilier; les discussions employèrent près de trois années. Enfin la constitution 1791. fut achevée le 3 mai 1791. Par cette loi, qui prouve combien le caractère des Polonais avait mûri, la religion catholique fut déclarée religion du prince et de Tétât, mais en même temps le libre exercice de toutes les religions fut reconnu et proclamé. On déclara libres les bour" geois des villes royales ; ils obtinrent le droit d'exercer les emplois et d'envoyer des députés aux diètes; le sort des paysans fut adouci; on proclama ensuite lar

DE L HISTOIRE DE POLOGKB. agi

souyeraineté de la nation, le droit légis^ latif des états et rhérédité de la couronne, le trône ne redevenant électif que lors de Textinction de la famille régnante. On statua qu'au décès de Stanislas-Auguste le sceptre serait déféré à l'électeur de Saxe, pour être la propriété de sa famille. Chaque nouyeau roi devait toutefois prêter serment à la constitution. La nomination de l'ordre judî«- . Claire de première instance et d'appel fut conférée aux diétines. \}n tribunal suprême , nommé par les états , fut in-<vestî de la connaissance des crimes d'état. D'autres dispositions fixaient les règles particulières à suivre lors des interrègnes et de la régence ; enfin un article confiait à la nation la surveillance de l'éducation du prince royal , et un autre article imposait à' l'armée le serment de fidélité au roi et à la loi fondamentale.

Telle était la constitution du 5 mai 1791. Cette loi, pleine de sagesse, fut adoptée avec un enthousiasme difficile à peindre. Le roi prêta, le premier, Je serment de fidélité, puis il ajouta : « J'ai

juré par la divinité ; je ne m'en repea-< tirai jamais. J'engage tout ce qui est attaché à la ps^rie à me suivre à l'égb'se , pour y prêter le même serm^ent. » 11 se lève', et tous les membres de l'assem^ blée ( douze exceptés ) se précipitent vers le temple. Il était rempli de la foule du peuple. Autour des autels flottaient des drapeaux conqvis sur l'étran*ger. Sénateurs , évêques , «nonces y leê mains élevées vers le ciel, prennent.

l'Eternel à témoin du serment qu'ils prononcent. Un éveque eipitoone le Te J)eum, et la révolution s'achève sans avoir coûté une larme à l'humanité.

L'admiradon manque de termes pour exprimer tout ce qu'eut alors de sage et de noble la conduite des Polonais.

Depuis le premier démembrement 9 ils avaient agi avec u»e prudence dont on ne trouve d'exemple à aucune époque de leur histoire. En voyant leprs précautions multipliées pour assurer leur avenir, qui ne croirait que désojrmais ils vont recouvrer leur indépendance et des siècles de prospérité ?

Alnis, loyale et généreuse , la Polo-

DE l'histoire de POLOGNE. IîqS

gne ne pouvait éviter une noble erreur. £Ue crat à la foi des traités ; elle ge confia dans les proiBesses de la Prusse, et ne prévît pas que la trahison dût être le prix de sa loyauté.

Frédéric-Guillaume avait promis son alliance sans condition. Il change bientôt de langage. Lucchésini demande à la diète la cession de Dantzig et de 'JThom; il offre quelques lieues de territoire en échange de ces deux villes. L'étonnemeiit des Polonais fut extrême.

Peut-être eût-il été prudent de céder ; mais la diète ne voulut pas transiger avec son devoir. Frédéric - Guillaume essuya un refus^ et son orgueil en fut blessé. Il n'en témoigna toutefois rien, et, lorsque la révolution du 5 mai lui fut annoncée, son ministre répondit avec un abandon perfide que « le roi avait éprouvé une satisfaction extrême en apprenant l'heureuse révolution qui avait enfin donné à la Pologne une constitution sage et régulière » . Il ajouta que « le roi était ravi du choix que la diète avait fait de l'électeur de Saxe pour succéder à Stanislas- Auguste »,

294 AEânME

Enfin le monarque prussien écrîyit de sa propre main au monarque polonais pour le féliciter. « Je suis beureux , ajoutait -il, d'avoir pu contribuer au maintien de la liberté et de Tindcpcndance de la Pologne; un de mes soins les plus agréables sera d'entretenir et d'affermir les liens ^i nous unissent. »

Ce langage perfide rassura les Polonais ; mais leur sécurité dura peu : le sommeil de Catherine était celui du lion. Les embarras redoutables qui rayaient contrainte d'ajourner sa vengeance avaient cessé; et ce volcan ,t long-temps assoupi, allait faire une explosion terrible. Après une guerre malheureuse avec la Suède, la czarine venait de signer le traité de Wéréla. Ses différends avec la Turquie furent terminés par la paix d'Yassi. Léopold , successeur de Joseph II, rétablit dans le môme temps la bonne intelligence entre la Prusse et la cour de Vienne, et devint un intermédiaire entre Frédéric et Catherine. Le triumvirat de la Prusse , l'Autriche et la Russie n'offrit bientôt plus d'autre obstacle que Palliaoce de

DE l'histoire de POLOGNE. 296

la Prusse avec la Pologne; et Frédérîc- GuillauiTie, conseillé par Lucchésini, ne balança pas à rompre un traité qui n'était plus d'accord avec sa politique.

On prévoit que l'infortunée Pologne sera destinée à devenir le gage de la réconciliation des trois puissances.

Tout était cependant encore secret, et Catherine pensa qu'une trame ténébreuse rendrait plus facile l'accomplissement de ses projets. Elle réunit , par ses agens , quelques mécontens et quelques factieux. Neuf seigneurs polonais se rendirent près d'elle , et ce fut à sa cour que l'on dressa les premiers articles de la honteuse confédération de Targowice contre la constitution de 1791. Les chefs de cette confédération, qui n'était qu'une conspiration détestable, étaient le général Brauéki, créature de la Russie; Félix Potocki, membre dégénéré d'une illustre famille, et les deux Kochanowski.

La nouvelle de cette confédération se répand en Pologne , et l'on apprend qu'une armée russe s'apprête à soute-^, nir les. rebelles. Les PQlonais conster-

2g6 RÉSUMÉ

nés remettent d'abord entre les tnains du roi le sort de la patrie.

Les intentions de la Prusse ne paraissaient p9S changées. La diète lui fait donner communication des préparatifs de défense qu'elle est obligée de faire.

Lucchésini s] abstient de répondre pendant quinze jours. Enfin il dit Biraple* ment : « J'ai l'ordre de vous faire connaître que sa majesté a reçu la commu* jiication qui lui a été faîte , comme une preuve d'estime de S, M. le roi de Pologne aussi-bien que de la république ; mais que sa majesté ne peut prendre aucune connaissance desrèglemens dont la diète s'occupe » . Cette réponse éva-' sîve révéla aux Polonais toute l'horreur de leur situation. Ils murmurèrent aveo eifroi : Trahison ! trahison !

rs La logique du crime vint bientôt au

^y*g2 secours de l'abus de la force. Catherine publia un manifeste quatre jours après celui des confédérés de Targowice. « Elle devait, disait-elle, justifier devant Dieu et devant les hommes les mesures qu'elle était obligée de prendre. » Les deux

principaux motifs de sa conduite étaient:

PE h HISTOIRE DE POLOGNE. 297

i"" L'anéantîssemeut de l'ancienDe coii«* stitution de la Pologne, par la révolution da 3 mai; a"* la retraite des troupes russes exig^éepariadiète de Pologne. Catherine se plaignait encore des prétendues vexations exercées contre ses sujets russes; elle invitait les Polonais à mettre toute leur confiance dans la grandeur d'âme et le désintéressement qui dirigeaient toutes ses démarches.

Ou communiqua cette déclaration à Lucchésîni ; il répondit « que le roi de Prusse n^ayant pris aucune part à la constitution du 3 mai , il ne se regardait pas comme obligé de donner des secours à $es partisans, s'ils jugeaient à propos de la défendre les armes à la main » .

Trahie par la Prusse , la Pologne le lut bientôt par Stanislas-Âuguste.

Une puissante armée russe inondait la 'Pologne. Le roi, dépotitaine de toute la Ibrce publique, devait se mettre àk tête des soldats polonais ; mais ce faiMe monarque , donnant à peine des ordres 9 paralysant ^tous les efforts d'une nation courageuse et renouvelée par seize ans de paix, négociait secrètement avec

les Russes. L'armée polonaise était formée de plusieurs divisions. La plus nombreuse fut confiée à un neveu du roi f au jeune prince Joseph Poniatowski 9 aussi courageux , aussi loyal que son oncle était faible et faux. Ud des corps sous ses ordres était commandé parKosciuszko, déjà fameux par les taleus qu'il avait déployés aux £tats-^ Unis, dans la guerre de Tindépendance, La Pologne avait mis en campagne soixante mille hommes. L'élan était national , universel ; et le roi , s'il eOtt voulu de bonne foi défendre la patrie^ eût pu facilement doubler le nom-^* bre des soldats. On peut croire que la nation eût résisté long-temps, si même elle n'eût fini par triompher de ses ennemis. Déjà plusieurs avantages ^ remportés par Koscîuszko , donnaient lieu d'en espérer de plus grands ; mais le roi semblait prendre à tâche de tout enchaîner. Immobile dans Varsovie , il promettait chaque jour de se mettre à la tête de l'armée ; il écrivait à Catherine , qdi ne lui répondait pas. Il lui fit offrir le royaume de Pologne pour le

prince Constantin , le second de ses fils. Elle lui fit répondre qu'il n'avait d'autre parti à prendre que d'accéder à la confédération de Targowice. A ce prix seul le territoire polonais serait respecté.

Stanislas - Auguste parut balancer. ^^^ quelque temps ; enfin il se décida , et la Pologne n'apprit pas sans indignation que, pour prix de sa confiance, son lâche roi l'avait trahie , qu'il avait renoncé à la constitution du 5 mai , et signé la confédération de Targowice.

L'armée , victorieuse sur plusieurs * points , désirant une bataille décisive j frémit de rage en lisant un ordre ^du jour, arrosé des larmes du jeune Ponîa-^ toveski , portant que le roi adhérait à la confédération de Targowice, et que désormais l'armée devait seconder les Russes.

Après d'impuissantes protestations , les nobles soutiens de la constitution n'eurent plus qu'à se dérober à leurs ennemis. Ils se séparèrent les larmes aux yeux, conseillèrent au peuple de remettre la vengeance à un autre temp»,

500 ABSVMé

et promirent de reparaître aussitôt que des circonstances plus heureuses leur rendraient quelque espoir. Dès lors la confédération de Targowice , c'est-àdire le parti russe, domii^a dans la Pologne , proscrivît les meilleurs citoyens, imposa des sermens et des apostasies.

L'armée fut réduite et déplacée ; laplû-^ part des soldats furent renvoyés sans solde ; on les dépouilla des signes glorieux de la victoire. Bientôt Touvrage de la diète de 1 788 fut détruit , et la Pologne se vit de noiiTcau menacée de toutes les horreurs de l'anarchie.

1793. Cependant les troupes prussiennes entraient dans la Basse - Pologne sans déclaration de guerre. Cette nouvelle félonie de Frédéric-Guillaume , et Tînvasion successive de toutes les provinces par la Russie, apprirent aux Polonais que leur malheureuse patrie allait être de nouveau mutilée. Ils ne savaient pas que ce second démembrement était préparé d^avance par un traité secret.

Le 16 janvier i^gS, une déclaration du roi de Prusse les instruisit des motifs des puissances. Elles agissaient , di-^

DE L'HlSTai&E D£ POLOGNE. 5oi

saieat - elles , dans un but d'utilité morale et politique pour l'Europe entière.

Yoici l'explication de ce singulier prétexte. Depuis quatre années, de grandes choses s'étaient opérées en France ; une régénération politique , sollicitée d'abord par les hautes classes de la société , et devenue le plus cher yœu dn peuple 9 accompagnée de corn-bats nés de l'intérêt particulier, de crises rendues plus Tiolentes par les résistances , avait par degrés converti la France en un vaste champ de bataille, ou d'un côté une grande nation défen^ dait l'égalité des droits , et de l'autre quelques privilégiés soutenus par l'Europe, combattaient pour leurs anciennes prérogatives. Une coalition européenne , formée pour imposer des lois à un peuple libre , en vertu du principe le plus absurde et le plus faux que le despotisme ait inventé, avait investi la France ; el le besoin de résister à l'étranger ayant forcé de soulever les passions populaires et de déchaîner la multitude, ce malheureux pays était

Dig,.,zedbyG(^HgIe

3o'i ft£suai&

la proie d'une fièvre convulsive, situation redoutable qu'il devait surtout à Kûg^gression étrangère.

C'était le jacobinisme que pvéteadaient combattre les puissances coali'sées ; les émigrés français leur avaient représenté^ comme une secte dévorante^ une société née du besoin même d% rè« sister aux émigrés et à l'étranger. On prétendait que cette association menaçait tous les trônes ; et les trônes s'étaient armés contre elle. Gourant ainsi à la poursuite d'un fantôme , les alliés ne voyaient partout que jacobins ; et l'opposition la plus réservée^ le plus sage amour de la liberté^ était jacobinisme à leurs yeux. Ils ne crurent pouvoir mieux faire, que d'accuser la Pologne de jacobinisme. C'étaient à leurs yeux des jacobins qui avaient rédigé et accepté la constitution du 3 ipai; ils attribuaient à la passion du désordre cette œuvre toute monarchique , cette réforme des abus démocratiques si funestes à la Pologne. Les alliés f qui à cette sage loi prétendaient substituer le liberum veto et les anciennes lois de la Pologne , étaient réelle-

D£ l'HISTOIEE de POLOGNE. 5o5

meot plus jacobins ^ dans cette circonstance, que les Polonais.

Le roi de Prusse prétendît dans so« manifeste que la Pologne était coli^ Tcrte de clubs» ce qui était faux : Dantzig seule avait accueilli quelques réformateurs français ; et ce prétendu crime devint le motif d'un second partage. Une diète confédérée futréunie forcément à Grodno, et, le 8 avril, les deux eours firent paraître deux nouvelles déclarations. On y accusait les Polonais d'avoir voulu faire des vêpres siciliennes ; Catherine et Frédéric - Guillaume déclaraient qu'ils n'avaient rien trouvé de mieux pour résister à cet es-' prît d'insurrection que de resserrer la Pologne dans des bornes plus analogues è 1^ forme de son gouvernement. Puis ils ajoutaient que la nation était invitée à se réunir le plus tôt possible, afin de s^entendre à l'amiable , et de favoriser les vues salutaires des deux monarques , pour assurer à la république une paix inébranlable et une constitution ferme et stable : outrageante ironie qui

venait au secours de la plus inique oppression.

«, Cette conduite révoltante parut ouvrir les yeux aux confédérés de Targowice. Ils reconnurent que l'étranger les avait rendus les instrumens de l'opprobre de leur patrie. Bientôt les portions de territoire que les deux cours s'étaient réciproquement adjugées furent envahies par leurs troidpes. Stanislas- Auguste 9 autre instrument de la honte nationale , voulut abdiquer ; Catherine le jugeait encore utile à ses desseins.

Elle lui ordonna de conserver la couronne , lui promettant plus tard une retraite. Catherine prévoyait que bientôt Stanislas deviendrait un roi sans royaume.

La diète de Grodno résista longtemps à l'ordre qu'elle reçut de signer le nouveau démembrement de la république. Neuf nonces furent arrêtés ; on menaça d'envahir de suite le reste du territoire. L'assemblée entière fut menacée d'être livrée à la fureur des soldats. Quelques membres proposèrent

DE l'hiSTOIBE de POLOGNE. 5o5

de tout refuser^ et d'imiter le noble déTOuement des sénateurs romains.

L'un d'eux, Grelawskî, insista surtout pour faire adopter cette courageuse résolution. « périssons , dit-il , avec hon- • neur , dignes de l'estime des autres puissances , et ne nous couvrons pas d'une honte éternelle , dans l'espoir illusoire de sauver le reste de ta patrie. » Le nonce Kimbar appuya cet avis avec une éloquence sublime : « Les souffrances , s'écria- t-il, ne sont rien pour la vertu; il est de son essence de les mépriser... On nous menace de la Sibérie... ! ses déserts ne seront pas sans charmes pour nous ; tout nous y retracera notre dévouement £h bien !

oui; allons en Sibérie. Conduisez-nous, Sire : là notre vertu et la vôtre feront pâlir nos ennemis. » Ce discours électrisa l'assemblée : Oui ! en Sibérie ! partons s s'écrièrent de toutes parts ces républicains, plus grands dans leur chute que eette Catherine, qui usurpa le nom de grande , et qui n'était alors qu'une vile ambitieuse.

Mais Stanislas- Augniste, aujieud'ap-

'>3 iuill.

5o6 RESUME

plaudir à ces nobles mouTemens y ne chercha qu'à en détruire l'effet. Les moyens de terreur et d'oppression se multiplièrent , et le 23 juillet la signature du traité proposé par les Russes fut arrachée à l'assemblée. On arracha de même , au moyen de l'enlèyement de plusieurs nonces , et de la terreur des autres , le traité imposé par la Prusse, et le second démembrement fut sanctionné.

Ces nouveaux traités assurèrent à la Prusse la ville de Czentoschow dans la Petite-Pologne, une parliede la Grande, Thorn et Dantzig. Les frontières prussiennes s'étendirent jusqu'à la rive gauche des rivières de Pilica et- de Skierniewka. La Russie s'empara delà moitié delaLithuanie ; elle eut les palatinatsde Podolic,Polotsk et Minsk , une portion de celui de Wilna , et la moitié de ceux de Novogrodek, Brzesc, et de la Wolhynie. A ce prix, les puissances garantissaient à la Pologne les provinces quilui restaient. Cette usurpation, qui fit détester la confédération de ïargowice, amena sa ruine définitive. Malheureuse

ni l'histoiae de Pologne. Zoy confédération que ses auteurs même détestèrent pins que ceux qui en avaient été les vicrtmes !

Troisième démembrement .

L'issue funeste de la confédération de »794« Targowice avait fait déplorer aux confédérés eux -mêmes le crime de leur ambition. Leur patrie 9 démembrée de nouveau, n'était plus que l'ombre d'ellemême , et les esprits les moins pénétrans prévoyaient que cette ombre allait bientôt s'évanouir. Dans une situation si critique , les Polonais ne connurent plus d'autre ressource qu'un soulèvement général. Jamais mouvement ne fut pliis unanime. Les bourgeois 9 qui jusqu'alors n'avaient pris qu'une faible part aux confédérations antérieures , entrèrent avec ardeur dans une ligue destinée à soutenir une constitution 'qui les avait enfin réintégrés dans leurs droits. Les paysans eux-mêmes ne restèrent pas spectateurgjmgassi--

5o8 RÉSUMÉ

bles. La coai'édé ration de Barr D'arait jamais offert u» pareil accord et une réunion si complète de totftes les volontés. Personne n'eût pu sans danger défendre la Russie.

Une des premières mesures de cette puissance et de la Prusse avait été de réduire Tarmée polonaise à douze mille hommes. €e décret fut le signal du soulèvement des régimens. L'un d'eux> commandé par le brave Madaliaski « refusa de se laisser désarmer, et se déclara en insurrection. Catherine , informée de cette résistance , fit d'abord marcher quinze mille hommes , afin de réduire les insurgés , et d'arrêter tout citoyen suspect de rébellion. Ainsi les Russes adoptaient envers les Polonais les mêmes mesures qu'ils blâmaient daas le comité de salut public de France.

L'invasion hostile de Catherine produisit un effet tout contraire à celui qu'elle en avait attendu. La population se leva en masse pour combattre ses troupes. Les mesures de terreur, les actes arbitraires multipliés par ses ageos p ne firent qu'accroître la résistance.

DE L HlSTOiaE DE POLOGNE. iXOg

Les membres les plus distingués de * la diète de 1788 s'étaient retirés à l'étranger lors de l'accession de Stanislas à la confédération de Targowice. Leurs amis t^'qui, en leur absence, ay aient entr^te^'le patriotisme des citoyens et foiinéïiine conspiration secrète , les en- ^agëiKJll: à rentrer dans leur patrie. Bientôt la confédération fut organisée 9 et les troupes 9 d'un consentement unanime , éltttoftpour généralissime le célèbre Koscinszko , déclarant que , sous les ordres de ce cbef adoré des soldats , ils -étai^it préparés à tons les sacrifices pour la délivrance de leur patrie.

Kosciuszko^ né d'une famille illustre 9 remarquable par la noblesse de ses traits et de son port , réunissait toutes les vertus qui font les héros. Intrépid^ autant qu'infatigable , inaccessible à la séduction et à' la crainte , il jouit de la prospérité sans orgueil , et l'infortune le trouva sans bassesse ; il compatissait au malheur des autres , et opposait au sien le courage et la résignation. C'était un de ces hommes rares qui poussent jusqu'à l'héroïsme la probité poli-

tique. Toutes les classes de la société restîmaient comme ua honnête homme et un grand caractère. Son nom ne périra point ; sa gloire , qui fut pure y arrivera sans tache à la postérités

Eloigné de sa patrie par une^j^srîon sans espoir, il avait servi en Âttiirlfue sous Washington 9 qui estimait tseâr talens et sa valeur : à son retour , la>considération publique le porta aux première s dignités militaires. Nous l'avons t« eom-n battre les Russes avant le second dé^ membrement, sous les ordres du jeune Joseph Poniatowski. Arrivé au com-i* mandement suprême y il commença par organiser régulièrement la confédéral tion et l'armée. Il eût voulu différer de quelque temps l'insurrection gêné- ^ raie , afin de la rendre plus redoutable ; mais Madalin^^ki ayant levé l'étendard avec une audace imprudente peut-être, il fut obligé de suivre l'impulsion universelle.

A la tête de huit cents hommes. Madalinski, après une marche glorieuse au travers des armées prussiennes, fit sa jonction avec l'armée de Kosciussko

DE l'histoire de POLOGNE. 5ll

à Cracovie. L'ennemi fut obligé' d'évacuer le Palatinat. Kosciuszko ^ à peine entré dans la place < publia une proclamatioD énergique .9 dans laquelle il invita tous les Polonais à secouer le joug.

Toute la n*oblesse de Cracovie, répondant à cet appel 9 signa l'acte de confédération. Koscittszko prêta serment à la nation , fut investi de la dictature » et n'en abusa pas.

Douze mille Russes s'avançaient cependant à marches forcées. Kosciuszko n'avait que quatre mille hommes mal armés ; il ne balança pointàlivrer bataille.

Le désespoir doubla ses forces 9 et Peunemi , malgré sa formidable artillerie y fut défait; il perdit trois mille hommes et douze pièces de canon. Ce combat , qui exalta l'orgueil des Polonais, les trompa sur la faiblesse trop évidente de leurs moyens. Divers corps se formèrent dans les palatinats , et remportèrent une foule d'avantages partiels.

Varsovie , occupée par les Russes , était dans une fermentation extraordinaire. Xe faible Stanislas , n'osant rien refuser à ses oppresseurs , couronna ses

5 12 R£â»!ll£

fautes par ua acte honteux. On toi aFracha une proclanoiadon contre les insurgés f dans laquelle il inyitait ses sujets -à la soumission , et T^antait la otiagnanimité russe. Les confédérés fu-* rent déclarés rebelles et digne^ deniort.

Ce n'était point assez : l'ambassadear russe Ingelstrom demanda la reddition de Tarsenal , le désarmement des mi* litaires 9 et l'arrestation des saspeats.

Varsovie passa de la terreur au désespoir. On s'arme à la hâte ; quinze mille Russes , soutenus par une nQQïbreuse artillerie, sont vaincus et chassés par le peuple. Le combat ayait duré deux jours. Six mille Russes avaient pèrL

La ville ^ délivrée de ses fléaux > se livra à un enthousiasme incroyable. Riches et pauyres 5 , nobles et bourgeois , femmes , enfans 5 vieiilaîïrds 9 rivalisaient d'ardeur et de courage , multipliaient les offrandes patriotiques ; toutes les fortunes étaient offertes à la patrie. Mais quelle était la situation du roi ?I1 eût bien Youlu suivre les Russes ; on lui donna une garde. Il feignit de se ranger au parti national; on fit semblant de croire à sa

DE L^HISTOIRE DE POLOGNE. 5l5

conversion : mais de toute l'autorité royale, il ne lui resta qu'une représentation, méprisable pour tout autre, importante pour ce monarque faible et Tain» Koseiuszko, entré dans Varsovie , devint le véritable roi. '^

Mais déjà s'avançait vers l'Ukraine x8 #ne nouvelle armée de quarante mille '"^° Russes, sous les ordres du farouche Suvrarow. Le général russe Fersen traversait en même temps la Livonie à la tête de dix -sept mille hiommes. Un autre ennemi se déclara : l'Autriche , qui avait eu le temps 4e s'allier avec les deux autres puissances, annonça dans un manifeste l'entrée d'un corps de troupes en Pologne (i). Enfin le roi de Prusse, récemment battu par les Français , venait chercher avec quarante mille hommes des lauriers plus faciles. A cette formidable attaque , les insurgés ne pouvaient opposer que qua-

(i) Cette menace resta sans effet ; les Autrichiens ne prirent aucune part aux hostilités -f mais ils ne participèrent pas moins au dernier partage de la Pologne.

Digit,zedbyGQ(J)gIe

5l4 RÉSUMÉ

rànte-six mille hommes dispersés dafn# les diverses provinces.^

Kosciuszko , qui n'avait près de lu> que douze mille soldats 9 ne Craint pas d'attaquer les quarante mille Prussien» ; après avoir long - temps disputé le terrain , il fait une retraite honorable sur Varsovie. Les Prussiens, enorgueilli* de ce faible succès , s'emparent de Cracovie. Â cette nouvelle , les habitans de Varsovie , transportés de fureur , se précipitent sur les mauvais citoyens donf les vœux favorisaient l'étranger. On dresse des gibets ; on force les portes des prisons ; le peuple se foît lui - même une justice qu'il devait obtenir de la loi.

Kosciuszko réprima ces excès y dont le»

auteurs furent punis de mort. Des violences pareilles , consommées à Wîlna sur la personne de plusieurs confédérés deTargowice, furent également" réprimées par les ordres de ce chef, non moins ennemi de la licence anarchique que du despotisme.

Cependant Frédéric - Guillaume se présente devant Varsovie. Il somme la place de se rendre ^ et ce monarque 9

DE l'histoire de POLOGNE. 5l5

naguère honteusement yainûu par les soldats de la liberté française, pousse jusqu'au ridicule la jactance des paroles.

4t Un refus à ma première et dernièresommation 9 dit-'il 9 justifiera toutes les extrémités affreuses auxquelles on expose une ville ouverte , qui provoquerait par son opiniâtreté les horreurs d'un siège et la vengeance de deux armées. » Pour la première fois peut- ,être Stanislas répondît noblenient. Il approuva les actes de Kosciuszko, et fit une leçon à Frédéric. Cet orgueilleux monarque en fut pour ses menaces; aHn^s plusieurs combats inutiles , il fut repoussé avec perle et contraint de le* Ter le siège. Il fit succéder les négociations aux combats, et ne réussit pas mieux. Indigûé du noble courage des assiégés , il se vengea en . lâche : après deux mois de siège, les exécutions, les violences, les rapines, les incendies et les dévastations, signalèrent la retraite de son armée.

Les Russes étaient plus difficiles à ^«^p^* yaincre que les Prussiens. Kosciuszko ut ses compagnons d^ victoire s'étaient

couverts de lauriers impérissables ; mai»

que peut la valeur contre le nombre ?

La trahison contribua autant à leur dé- * faite que leur propre faiblesse. 5uwarow, à la tête de sa formidable armée ^ préparait sa jonction avec Fersen , et s'apprêtait à marcher sur Varsovie. Kosciuszko crut devoir prévenir cette réunion des deux armées. Il rencontra Fersen à dix ou douze lieues de Varsovie , à Macejowice ; et ce lieu devait looGt. être le champ de Philippes des Polonais. Après un combat acharné 9 Kosciuszko^ accablé par le nombre et criblé de blessures 9 tomba au pouvoir de i'enneiliî.

Les Russes l'entourent , le reconnaissent; d'une voix faible il leur demande la mort , et prononce ces mots : Finis ^ Poloniœ. Mais alors succède une scène attendrissante : les vainqueurs versent sur le vaincu des larmes d'admiration ; ils gémissent sur cette illustre infortune.

£n vain Kosciuszko se refuse à des hommages que le sentiment de sa ruine lui rend trop amers : on lui prodigue les soins , les consolations; on respecte ce débris d'un grand hoofime. Kos*

DE l'hISTOI&E de POLOGNE. Ttiy

ciuszko 5 entouré d'ennemis 9 setnbluit un général adoré de ses soldats. On le conduisit à Saint-Pétersbourg avec tous les honneurs dus à ses vertus ; mdis Catherine était moins clémente que le Cosaque lui-même. L'immorale Cathe« fine parlait de philosophie , et ne comprenait pas la Tertu ; elle plongea Kos* cîoszko dans une prison ; il y demeura jusqu'à sa mort , et ne dut sa liberté qu'à l'estime de Paul I".

Joseph Poniatowski , apprenant la 76 défaite de Macejowice , se replia sur **^*®^ Varsovie ; arrêté par un corps prussien , il ne put en triompher; Dombrowski ne fut pas plus heureux auprès de Thorn. Ilinski fut repoussé sur la Narew. D'autres défaites se succédèrent rapidement. Suwarow attaqua, le a6 octobre , la place de Varsovie. Le faubourg de Praga, qui avait été mis en état de défense , fut emporté d'assaut; un horrible et sanglant combat assura le succès aux Russes ; l'exécrable Suvrarow se livra à des cruautés que la postérité aura peine à croire. Dix mille babitans 9 sans distinction de rang,^ de

5i8 m&suHfi

sexe ou d'âge, furent égorgea, quoique la résistance eût cessé. Tous ceux qui voulurent s'échapper furent engloutis , en tr!frersant la Yistule, sur un pont que les boulets avaient ébranlé. Suwarow triompha sur des cadavres. Varsovie se rendit , et le chef russe , couvert du sang des vaincus, daigna leur accorder l* oubli du. passé.

1795- La prise de Varsovie devînt le signal *^^ de la ruine entière des confédérés. Ils disparurent , et la Pologne avec eux.

Catherine ordonna à Stanislas de se rendre à Grodno. Un nouvel accord entre les puissances leur assura la possession des dernières provinces de la république. On remarquera qu'à chaque démembrement, elles avaient garanti aux Polonais la propriété des provinces encore épargnées. Cette garan^ tie, alors dérisoire , était maintenant inutile. La république n'avait plus un pouce de terre; elle avait disparu de l'Europe.

Nous épargnons aux lecteurs le détail des longues négociations qui réglèrent enfin ce troisième démembrement.

DE l'hiSÏOIUE de POLOGNE. 3l9

Unis pour la conquête , les trois alliés se diyisèrent pour le partage : pareille chose arrive aux conquérans dont la yaleur s'exerce sur les grands chemins.

L'histoire, qui yenge les peuples opprimés 5 et qui ne refuse point aux choses le nom qu'elles méritent , avoue cette comparaison. Le partage des. dernières provinces de la Pologne ne fut complètement achevé que le ai octobre 1796.

Le malheureux et coupable Stanislas- Auguste avait abdique entre les mains de l'impératrice dès le 25 novembre 1795 , jour anniversaire de son couronnement. Roi sans talent et sans courage f il fut malheureux sans dignité , et tomba sans laisser de regrets. Il sanctionna lui-même sa honte', en acceptant de la czarine et de ses alliés un traitement annuel de aoo,ooo ducats.

Il vendit sa couronne , après l'avoir achetée. Il se retira en Russie , et soutint , avec une triste insensibilité , l'aspect de la souveraine qui avait clé le fléau de son peuple et le sien. L'oisiveté et l'opulence consolèrent ce misérable monarque.

La Russie obtint, par le troisième démembrement, le reste de la Litbua* nie jusqu'au Niémen , et jusqu'aux limites des palatînats de Brzesc et Novogrodek. Elte obtint une grande partie de la Samogîtie : on confirma son usur-* palion du duché de Courlande et de Sémigalle. Elle eut enfin une partie du pays de Chelm , et le reste de la Wolhynie ; environ 2,000 lieues carrées.

L'Autriche acquit presque entièrement le palatinat de Cracoyie ; les palatinats entiers de Sendomir et de Lublin , une partie des districts de Chelm et des palatînats de Brzesc , de Podlachie et de Mazovie ; environ 854 lieues carrées.

La Prusse enfin acquît la portion de la Mazovie et de la Podlachie , située sur la rive droite du Bug. Elle eut en Lithuanie une portion des provinces de Troki et de Samogitie , en-deçà du Niémen ; enfin elle obtint un petit district de la Petite-Pologne; environ 1,00a lieues carrées.

L'exécution de ce nouveau démembrement ne fut pas moins atroce que

DE LUISTOl&Ë DE POLOGNE. 521

l'acte lui-même. Les agens de la llus^ie dépouîUèi'em les yilles poloaaises de leurs plus beaux ornemens. Varsovie potiSédalt une superbe collection de tableaux; les frères Zalut^ki avaient donné à ta république plus de 20O5OOO volâmes , sans compter les doubles. Cette bibliothèque fut traDsportée en Russie ; «nais avec une grossièreté toute vandale. Des Cosaques furent chargés de reitibailer ; ils jetèrent par les croisées une foule de Yolumes; ils en brûiërent d'autres : le reste fut entassé pêle-mêle dans de mauvaises caisses 9 et emmené sur' des traîneaux. Une caisse venaitelle à s'entr'onvrir de manière qu'un volume en sortît , les Cosaques le repoussaient avec la pointe de leurs sabres (1).

Ainsi périt un des états jadis les plus importans de l'Europe, usurpé par trois puissances qu'il avait , à diverses époques, conquises ou protégées. Le dixseptième siècle avait vu le fils de l'un de ses rois commander à Moscou , ta

(i) Tableau de la Pologne , pag. 128.

522 RÉsiiRlé

Prusse relever de la république , l'électeur de Brandebourg lui obéir ce mine Tun de ses plus humbles yassâuz. Un de ses plus grands rois ayait, à la même époque ^ sauvé des infidèles Tempire autrichien. Barrière élevée à la fois contre l'empire ottoman , les Moscovites et les Tartares , la Pologne , en tombant , ouvrit à ces trois puissances , et surtout à la Russie, les portes de l'Europe. Sa ruine , qu'il faut éternellement reprocher à la Prusse et à la Russie comme un attentat , sera reprochée à l'Autriche comme une faute; la France, qui pouvait l'empêcher , fut absurde et dupe , les autres états da l'Europe imprévojans et sans vues. Us ont laissé le colosse russe s'agrandir; ils ont déchaîné le lion tartare : qui pouFn ront-ils accuser s'ils en sont dévorés?

DE L^HISTOIBE DE POLOGNE. 5a3

Page 1