PÉRIODE MONARCHIQUE
Temps peu connus. — Depuis Lech, premier duc de Pologne , jusqu'à l'établissement du christianisme s sousMieczis^ law V\ ( l5o après J.-C. jusqu'à ggg. )
Les fables nombreuses et les fréquentes obscurités qui environnent et défigurent l'origine de la nation polonaise nous font un devoir de glisser rapidement sur la première époque de son histoire. Le plus ancien historien polonais connu ne parut pas avant le douzième siècle ; et les récits qu'il offre d'événemens très-éloignés de lui se composent de traditions vagues, de fictions superstitieuses , et peut-être même de mensonges volontaires. Empreints de la sauvage rudesse de leur temps 9 les fondateurs du royaume de Pologne n« connaissaient ni les arts ni
5o RESTJMÉ
la lîttéialure , ces fruits d'une civilisatioQ avancée. Étrangers au désir de perpétuer leur mémoire , ils ont laissé périr jusqu'aux monumens de leur passage, et leurs annales, comme celles de presque tous les peuples du moyen âge, ne présentent que des faits sans liaison, semés de lacunes nombreuses. Quelquefois l'histoire manque tout à coup , et l'écrivain est forcé de passer des siècles entiers. 55o. ^'^De toutes les traditions conservées par les chroniqueurs polonais (i), la plus générale et la plus accréditée nous apprend que Lech et C zech, deux princes esclavons de la même famille , à la tête d'une colonie slave, fondèrent vers l'année 55o depuis Jésus-Christ , l'un le duché de Pologne, .et l'autre celui de Bohème , dont ils chassèrent les anciens habitans. Le territoire envahi par Lech était , dit-on , occupé par les Wendes ou^^Wenèdes, peuple sarmate. Ce conquérant, ayant pénétré jusqu'aux bords de la Tistule , trouva un nid d'aigles à
( I )VinceDt RadlubeA, Chronica Polonoriim.
SB l'histoire de POLOGNE. 5l
l'endroit qu'il avait choisi pour sa demeure , et fonda la yille de Gnesne , du mot gniadi^ , qui en polonais sîgniûe aigle, n^ ^
La fondation de la ville de Gnesne ou plutôt de l'assemblage de cabanes qui porta d'abord ce nom , est le seul événement connu du règne de Lech ; ce prince ne prenait tjue le nom de duc , et son autorité, si elle n'étaîtpas tempérée par des lois positives, l'était du moins par le caractère- inquiet de ses sujets.
Tout ce que les historiens rapportent des successeurs de Lech doit être mis au rang des fables. L'histoire ne trouve aucun fait à recueillir jusqu'à la fin du f siècle; 11 paraît que vers cette époque les Polonais, fatigués d'un joug qui s'é- 700* tait insensiblement appesanti, changèrent la forme du gouvernement. Us partagèrent l'autorité entre douze seigneurs, à chacun desquels ils assignèrent une portî on de territoire, et qui reçurent le nom de Palatins ou "Woiewodes (1).
Mais les Polonais éprouvèrent que la
(i)Cest-à-airc chefs de S%afyCoogk
52 AÉSUMÉ
tyrannie devient plus redoutable en se divisant. Accablés d'exactions , et yictîmes des discordes de leurs maîtres , ils secouent le nouveau joug qu'ils se sont imposé , et reyiennent au gouyernement d'un seul. Le palatin Gracus n'ayait pas trempé dans la conspiration de ses collègues contre la liberté publique.
L'assemblée de la nation lui défère la suprême puissance. On s'applaudit bientôt de ce choix : le nouveau roi |;ouyerna sagement ; il établit des tribunaux de justice ; plusieurs historiens font remonter jusqu'à lui la fondation de la yille de Cracovie , d'autres lui attribuent la destruction d'un dragon horrible qui habitait dans un rocher sur les bords de la Yistule (i). Ce récit est sans doute une de ces allégories si communes dans les chroniques du moyen âge. Le dragon étouffé par Cracus était la discorde civile. €e duc mourut généralement regretté ; on montre encore auxyoyageurs au-delà de la Yistule, une
(i) Histoire des rois de Pologne, par Mas- «uet, tome I«'^ pag. 94.
colline que Ton assure être son tombeau.
Lech II , fils de Cracus , n'arriva au trône que par la mort de son frère aîné, qu'il assassina dans une forêt où il l'avait attiré. Les Polonais firent justice de ce monstre ; la couronne fut déférée nSo.
à Yanda , sœur de ces deux princes 9 seule femme qui ait occupé le trône de Pologne.
On raconte que cette princesse, vivement pressée de prendre un époux , se refusa constamment aux vœux des Polonais , soit par le sentiment d'une fierté exagérée , aiH^ar amour pour un trône qu'elle craignait de partager.
Un prince très-puissant de la Germanie, Ritiger ou Rîthogar , s'était mis sur les rangs; il était digne de réussir. Le mépris de Vanda l'enflamma de colère , et il vint à la tête d'une armée soutenir ses prétentions. Vanda accepta le combat ; les soldats de Ritiger, effrayés de l'ardeur de leurs adversaires, se révoltent, et abandonnent leur chef, qui se tue de désespoir. Mais, par un singulier retour sur elle-même, l'orgueilleuse princesse ne
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veut pas survivre à son ennemi ; elle offre un sacrifice aux dieux, et se précipite dans la Vistule.
La race de Cracus se trouvant éteinte, les Polonais tentent une nouvelle expérience. Douze palatins sont élus ; les premiers avaient été cruels; ceux-ci se montrent faibles et pleins d'indolence.
Ils laissent les Hongrois, les Moraves, voisins de la république , ravager leur territoire ; peut-être même conspirentils en secret avec l'étranger, pour éteindre dans le peuple une énergie qu'ils redoutent; en effet, la puissance polonaise à peine affeflifc allait périr, si un simple artisan , témoin impatient des malhetirs de sa patrie , n'avait résolu d'y mettre fin. Cet artisan , nommé Przémîslaw inventa , dit-on , le stratagème suivant pour surprendre l'ennemi. Il plaça dans une forêt pendant la nuit des fantômes de soldats armés de lances et de boucliers , et cette vaine apparence ayant attiré les Hongrois dans un passage difficile , Przémislaw , à la tête d'un corps de Polonais , les attaqua avec fureur , et leur fit essuyer une déroute
complète. Le trône récompensa cette victoire ; les Polonais le décernèrent à la valeur roturière mais patriotique de Praémislaw , qui prit le nom de Leszko I". Son règne paisible et sage 7®°' assura le bonheur du peuple dont il avait sauvé la liberté.
Sa mort rendit quelque espérance à l'ambition des palatins déposés ; mais les Polonais , pour tromper les calculs de leurs tyrans, s'en remettent à la fortune du soin de leur choisir un roi : une course de chevaux est ordonnée. L'un des concurrens usa d'un artifice qui lui* coûta cher; il semsiiflKne de fers pointus, se conservant une espace où il pût marcher sans crainte ; cette ruse fut découverte , on lui trancha la tête sur-lechamp. Un jeune homme obscur , arrivé le second au but , fut proclamé à sa place et justifia, par sa conduite, le choix de ses concitoyens. Leszko II ( ce fut le nom qu'il prit ) , conserva toute sa vie les simples vêtemens qu'il portait avant son élévation. On assure qu'il périt malheureusement dans un combat qu'il livra de concert avec les
* Bohémiens contre Fempcreur Charlemagne.
Leszko III 9 son fils, se montra plus prudent ; il rechercha Tamitié de l'empereur, aimant mieux être son allié que son esclaye, quoique la différence ne fût pas grande. Juste et brayc , ce prince eût mérité Taffection des Polonais , dont il maintînt l'indépendance , s'il eût pu résister à sa violente passion pour les femmes ; vice que l'on pardonne trop aux rois.
Ce duc laissa pour héritiers de sa cou- 9i5. ronne deux fils indignes, qui opprimèrent tour à tM»4e peuple. L'un, sous le nom de Popiel I", gouverna en prince lâche et efféminé ; ses favoris furent plus puissans que lui. Son frère , Popiel II , subjugué par une femme altîère, empoisonna ses deux oncles, et montra sur le trône tous les vices qu'entraînent une âme atroce , et un naturel perverti. Il reçut, disent les chroniques , un singulier châtiment ( i ) . La pourriture des ca- . davres de ses oncles engendra une mul-
(i)Kudlabek. Chronica Polonorum,
DE £ lftSTOHI& DE POLOGNE. d^
titude de rats qui se répandirent dans le palais. En vain Popiel et sa femme se réfugièrent-ils sur le lac Guplo ; ni les eaux de ce lac , ni la forteresse où ils s'enfermèrent , ni les feux allumés à l'entoor , ne purent les mettre à l'abri de ces redoutables ennemis , qui les ISrent périr dans des tourmens horribles (i). Cette fable , qui se trouve déjà dans plusieurs autres histoires , n'étaîtelle pas un conte inventé pour le peuple^ afin de lui cacher un régicide ?
Pénétrés du mal présent , les Polo- g nais oublièrent que les deux monstres qui les avaient opprimés étaient cependant les fils d'un sage prince , et qu'en conséquence les fils de Popiel II pouvaient effacer les crimes de leur père ; ils prononcèrent leur exclusion. Mais alors une guerre civile s'alluma. D*un côté les Palatins déposés s'agitent pour ressaisir l'autorité. De l'autre les pré-
( i) Cette singulière fable a fourni au cclèbrq poëtc polonais Ignace Krasicki le sujet d'une épopée comique , intitulée là Mychéïde , et traduite en français par Dubois. (1776 , in-8.)
tcndan» exclus coBspirent pour recueillir rhéritage du trône. Usant d'une faculté qui derint plus tard un droit constitutionnel , les divers partis forment des confédérations. Dans plusieurs assemblées de la nation, on ne peut s'entendre; enfin l'orageuse Pologne semblait menacée de ruine , lorsque le génie protecteur des Polonais leur inspira l'idée d'élire un obscur habitant de Kruswick 9 possesseur d'un petit champ qu'il cultivait de ses propres mains , et de quelques ruches dont il récoltait le miel. Le chroniqueur Kadhrbek (i) raconte, sur l'élévation de Piast , une fable qui , sous le voile de l'allégorie , porte à c^^içe que Piast avait offert sa modeste récolte pour nourrir le peuple dans la disette » et qu'il dut le trône à ce généreux désintéressementl^omme ces vieux Romains que l'on enlevait à leur charrue pour les couvrir de la pourpre consulaire , Piast refusa d'abord des honneurs dont il n'était point ébloui , et n'accepta enfin que sur l'ordre for-
(i) Chvoiiica Polonorum,
DE JL'hISTOU^B DB POLOGNE. 39
mel de ses concitoyens. Il régna en homme pénétré du sentiment de son premier état ; il se montra d'autant plus digne du trône qu'il n'était pas né pour l'occuper. Détrompé de la folie des conquêtes 9 il ne songea qu'à rétablir la paix intérieure , à mettre en honneur le yertus domestiques ; il adoeicit les mœurs- saurages des Polonais, réprima leur amour pour le brigandage , et mourut pleuré de tous les ordres de la nation. Piastest le chef d'une dynastie qui gouverB«*plus de cinq cents ans la Pologne.
ZiémoTÎt, son fils, instruit de bonne heure par sa mère Rzepicza , que tous les historiens nous représentent comme un modèle de sagesse et de vertu , se montra fe digne successeur de son père.
Ptast avait fait goûter au peuple les bienfaits d'une situation paisible : Ziémovit assura l'indépendance polonaise en formant les citoyens au grand art de la guerre* Les armées , qui n'étaient fivant lui qu'une réunion tumultueuse d'hommes indisciplinés , apprirent à se présenter en ordrci de bataille , à se for-
4o BÉ^UMli
mer en colonnes , à subir le joug de la discipline militaire. Le duc de Poio^ne fit bientôt apprécier aux Moraves , aux Hongrois , aux Prussiens y voisins incommodes et audacieux , le changement qui s'était opéré dans son armée ; mais s'il les expulsa de ses ûroatières 9 il ne poursuivit point sa conquête | et leur donna à la fois l'exemple de la bra"- Toure et de la modération. Ziémovit fut remplacé par Les^ko lY, pHace qui n'illustra son règne par aucune vertu y mais ne le ternit par aucun vice. Le gi3. dernier duc idolâtre 9 Ziéromislas , n^est connu que pour avoir donné la vie à Mîeczislair ou Miecislas, qui établit te christianisme dans ses états.
On n'a , sur l'ancienne religion des Polonais , que des notions incertaines* Il paraît qu'ils reconnaissaient deux classes de divinités : la première qui &e composait d« la plupart des dieux du paganisme , adoptés sous des noms nouveaux 9 et la seconde qui comprenait un certain nombre de divinités particulières; soit que les Polonais le» eus«« sent reçues de leurs ancêtres ^ soit que
DE L'filSTOIfiE DE POLOGNE. 4^
des imposteurs les leur eussent apportées. Ils adoraient Jupiter , Pluton , Diane , Cérès , Mars 9 Castor et Pollux.
Parmi leurs dÎYinîtés particulières on distinguait Por/iir<^^,c'est-à*dire U temps îUbuleuic; Pogoda^ c'est-à-dire le temps serein ; enfin ils adoraient sous le nom de Ziwic, une puissance supérieure qui présidait à ia yie des hommes.
Rien n'annonce dans les anciennes chroniques que ces divers cultes aient jamais trouhié la paix de la Pologne. Â certaines époques , on célébrait des fêtes peu différei^es des saturnales antiques; mais elleà n'étaient guère à Fusage des classes éleyées de la société.
Le moment était yenu où Rome devait conquérir ce royaume ; mais cette réyolution coûta plus cher aux Polonais qu'à toute autre nation du continent.
Comme tous les peuples civilisés , ils reçurent avec admiration la morale du christianisme ; mais aussi , comme le plus grand nombre d'entre eux, la morale chrétienne ne leur arriva qu'escortée des tortures de l'intolérance.
Le prince qui devait opérer un si
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grand changement fut Mkczrslaw , ovt Miecislas I*V En secret excité par quelques chrétiens obscucs , ou ^ ce qui paraît plus probable, docile aux conseils de Dambrowka sa femme, il résolut de renoncer aux faux dieux. Sa politique , ou, si l'on veut, sa conviction , le porta d'abord à un grand sacrifice. La loi lui permettait d'entretenir , outré sa femme légitime , plusieurs concubines ; il en.
comptait sept, il y renonça..
965 Miecislas ne fut- pa& plus tôt déterminé à une abjuration , que la cour de Rome , habile à profiter des circonstances, lui dépêcha un cardinal et des missionnoîresj^ll* n'en fallait pas tant pour devenir persécuteur. Le peuple apprit un jour (le 17 mars 965 ), par un édit rigoureux, que tout ce qu'il avait adoré jusqu'alors ne méritait qu^ son mépris , et qu'il devait renverser toutes ses idoles. Sa résistance fut égale à son étonnement , du moins si l'on en juge par les décrets plus que sévères que le duc , nouvellement converti , se crut obligé de publier. Défense fut faite à tous les Polonais de miangcr de la viande
pendant le carême , sous peine d*avoir les dents arrachées. D'après une loi canseillée par le clergé , tout fornicaleur ou adultère fut suspendu û un clou par rîHStrument de son crime. On mettait auprès de lui un rasoir , àrec la liberté de s'en seryir pour se dégager , ou de mourir dans cette torture. Une foule d'autres lois atroce»furent portées. Ces moyens, que Ton employa pour changer la relîgioi> d'un peupFe entier , étaient plutôt de nature à le dégoûter du christianisme qu'à lui inspirer l'amour de ce culte nouveau^ Aussi les supplices et les missionnaires , bien qu'ils concourussent au même but , ^c l'atteignirent qu'imparfaitement. Wne foule de citoyens conserva long-temps un secret attachement pour son premier culte.
^Une circonstance singulière, c'est que le pape , informé de ces résistances , en accusa Miecislas , dont le zèle De lui parut pas encore assez ardent ; il le lui prouva bientôt : celui-<3i n'avait jusqu'alors, ainsi que ses prédécesseurs, porté d'autre titre que celui de duc, il fit demander à Jean XIII la permisbioa, de
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prendre celui de roi, et de se parer des ornemens royaux; le pape , quoiqu'il, n'eût pas le droit de marchander cette faveur, refusa tout net le nouveau chrétien , et pour rendre roifense complète ^ il accorda en même temps aii duc de Hongrie la qualité qu'il interdisait à Miecislas.
Une partie du règne du Clovis de la 983. Pologne, fut employée à défendre son territoire, attaqué d'abord par deux princes saxons , et ensuite par l^ladimir, duc de Kiowie et de Novogorod 9 qui , à la tête d'une armée russe , fit irruption sur ses frontières. C'est la première fois que les Russes ou Moscovites se trouvent en état d'hostilité contre la Pologne. Sortis , comme la nation polonaise , d'une division de peuple slavsy les Russes , après avoir étendu leurs conquêtes jusqu'au Pont-£uxin , avaient tourné leurs regards vers la Pologne.
L'attitude que prit à propos Miecislas détruisit l'effet de cette première attaque.
On assure que ce prince ^ menacé par l'empereur Othon III , dont il avait combattu l'élection, lui fit hommage de ses
DE l'histoire de POLOGNE. 4^
états. iUais ce fait est contesté par tous les historiens polonais , qui prétendent que jamais la Pologne ne se trouva dana la dépendance de l'empire.
Miecislas, après un règne de trentecinq ans 9 mourut regretté particulière- 999* ment de son clergé.
On fait remonter jusqu'à ce prince un usage qui existait encore en Pologne il y a quelques années. Pendant la lecture de rJÉyangîle à la messe 9 les Polonais tiraient l'épée du fourreau, et la dirigeaient nue yers l'autel, marquant par cette démonstration qu'ils étaient prêts à verser leur sang pour la défense de la religion chrétienne. \
Depuis Boleslas-C hrotry jusque à l^extinotion de la dynastie des Piasts.
L'établîs^ementdu christianisme dans ggg.
la Pologne changea nécessairement la situation de ce dudbé. Jusqu'alors isolé du reste de l'Europe , ignoré même de ses plus proches voisins , qui le considéraient comme les Russes envisagent
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aujourd'hui les Tartares, il entra en adoptant la religion de l'Évangile dans la grande famille européenne. Sa cîyilisatiôn fit des progrès aussi rapides que naturels; et on ne peut nier qu'il n'ait dû cet avantage au christianisme. Rome, intolérante et dominatrice , conservait cependant le dépôt de la civilisation qu'elle transmettait à tous les peuples qui entraient dans son sein.
 cette époque l'iiistoire de cette nation devient plus certaine , et le nombre des fables qui l'altéraient diminue sensiblement. Avec le christianisme naquit le goût des lettres^ et la connaissance de quelques arts. Les peuples 9 moins crédules, ajoutèrent moins de foi aux traditions ridicules. La Pologne enfin ne date véritablement son existence poKtique que du règne de Boleslas-Chrobry (ou l'intrépide), qui succéda à son père Miecislas, et qui acheva l'œuvre de la conversion des Polonais.
Miecislas, méconnaissant le véritable esprit de l'Évangile , avait révolté par d'imprudentes rigueurs la conscience d'un grand nombre de citoyens., qui
DE l'hISTOIEE de POLOGNE. 47
conservaient un reste de respect pour les idoles. Boleslas-Chrobry s'y prit autrement : les armes de la persuasion qu'il employa firent plus de prosélytes à la religion que les séTérîtés de son père.
Il s'appliqua à fonder l'obéissance sur le devoir 9 et le respect des lois sur les bonnes mœurs. Zîemovit avait discipliné les Polonais : ils durent à Boleslas l'amour de la patrie et le sentiment d'honneur sans lequel le courage n'est qu'une valeur aveugle. Boleslas inté^ressa tous les citoyens à la chose publique ; et chacun apprit à regarder les intérêts de la patrie comme ses propres intérêts. Cette noble politique révéla le génie de ce prince, supérieur à son siècle. .
Othon III fut frappé de ce glorieux début; et tel futl'ascendant que Boleslas exerçait déjà , que l'empereur, voulut s'en rapprocher. Sous le •]|rrétexte\<|e visiter le tombeau de Saint-Adalberl;^ archevêque de Prague , apôtre de la Bohème, il se rendit à Gnesnje;^ ^If^^ ^^ content de Boleslas qu'il lui accorda le titre de roi, et exempta son royaume de
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tout tribut envers l'Einpire. Il lïiî fit on
présent plus précieux encore; sa nièce >
la princesse Richsa, devint femnie de
Boleslàs.
La suite du règne de ce prince offre nne succession monotone de guerres dans lesquelles il déploya beaucoup de valeur et d*habile té. Souvent il fut agresseur injuste ; une fois il se montra cruel.
Il fit crever les yeux au duc de Boiième »
adversaire perfide sans doute, mais qui ne devait pas subir d\autres lois que , celles de la guerre. Bokslas conquit une grande partie de la Russie et une por* tîan de la Saxe. Il étendît le territoire de la Pologne jusqu'au confluent de FElbe et de la Sala; ambitieux de toute3 les gloires , il se montra même jaloux de celle de convertisseur : la Frusse, jusqu'alors idolâtre , fut conquise au christianisme et incorporée à la Polo-»
gne , qui n'eut plus du côté du nord d'autres limites que la mer Baltique.
Boleslàs avait tout le génie , mais atisai quelques-uns des vices des conquérais.
La postérité juge sévèrementles princes guerriers; maïs elle est désarmée en
DE l'hISTOIRB de POLOGNE. 49
faveur des princes législateurs. Lerè^ne de fioleslas ne fut pas sous ce rapport saos utilité pour sa patrie. Des guerres onéreuses Fayaient épuisée : Boleslas répara ses fautes en réprimant la licence^ cq établissant des lois sages pour son temps. Ce fut lui qui institua le premier un sénat, qui devint ensuite on des ordres de TÉtat. Ce sénat , composé de douze personnages distingués, était destiné à aider le prince dans Tadmmîstration des affaires. On lui demandait le simple langage de la vérité. La Pologne agrandie paraissait heureuse, et consolée de ses conquêtes.
Boleslas-Chrobrj régna vingt- cinq ans. On assure qu'à ses derniers momens il parla en ces termes à son fils Miecisias qu'il avait désigné pour lui succéder :
« MoH fils, lui dit-il > )e vous laisse un trône affermi par mes victoires; respectez les sénateurs, et n'entreprenez rien sans les avoir consultés. Cherchez plus à vous faire aimer de vos sujets qu'à vous en faire craindre; qu'ils trouvent en vous plutôt un père qu'un maître ; surtout fuyez les plaisirs : le roi qui s*y
Dig,t,zedbyC?OOgIe
f abandonne est plus méprisable que le ^dernier des esclaves. » Tout prince parle bien en mourant : Boleslas ne -pouvait s'écarter de la règle générale PC
Ce monarque qui avait beaucoup fait pour le clergé , et dont le respect pour les évêques allait jusqu'à ne leur parler jamais que la tête découverte, a dû obtenir une large part d'éloges dans l'histoire. On peut croire néanmoins que si son règne fut éclatant, que s'il donna quelques sages institutions aux peuples, leur prospérité n'avait encore rien de stable. On s'en aperçut bientôt, lorsque son successeur eut déchiré le voile brillant dont Boleslas avait couvert la Pologne.
1025. Ce successeur en effet ne rappela aucune des qualités de son père. Pendant tout son règne, qui dura neuf ans, il ne sut que rendre la royauté méprisable. Il perdit la plupart des conquêtes.de Boleslas, particulièrement la Moravie. Les Russes vengèrent sur lui les affronts qu'ils avaient reçus ; Miecislas II accabla le peuple d'impôts, consuma sa vie dans d'infâmes débauches, et légua en
DE l'hISTOIAE de POLOGNE. 5l
mourant lâ guerre civile aux Polonais^
Le libre génie de ce peuple n'avait pu supporter sans indignation le despotisme dèt^indigne fils de Boleslas, et la haine qu'ils îivaient conçue pour lui rejaiHit sur le jeune Casimir, son héritier. La reine-mère Richsa, se trouvant natarellement régente , acheva de révolter les Polonais ; elle les chargeait d'exactions, et ne régnait que par des étrangers avides. La Pologne se révolte ; et la fégente effrayée s'enfuit avec son fils; elle envoie celui-ci à Paris, sous prétexte de former son éducation. Pour elle, elle se fixe en SaxeaCkprès de l'empereur Conrad II; et, du prix des trésors qu'elle avait emportés de Pologne, die achète deux duchés, bûtît une ab- Paye , et comble un monastère de présens. Au moyen de ces libéralités, cette odieuse princesse reçoit les honneurs é& l'apothéose. Les Polonais l'avaient chassée : les habitans de Cologne en font une sainte.9 /
Cependant la Pologne , restée sans souverains, devient une arène où les intérêts et l'esprit de parti se disputent
5a RÉSUMÉ
le pouyoir« Les plus hardis s^emparent des dignités; mais ils ne peuvent se concilier l'obéissance. Un échanson de Miecislas, Mazps ou Maslaws équipe un ' corps d'armée et s'empare de tout le pays qui se trouve entre la Vistule, la Narew et le Bug. Il acquiert la souveraineté de ce territoire auquel il donne le nom de.Mazovie, qui lui est resté.
Chaque noble veut imiter l'exemple de Mazos et ériger ses domaines en état indépendant; et de ces guerres intestines ^ qui ruinent les paysans^ naissent des milliers de brigands dont les routes sont infestées, qui brûlent les villes, dévastent les campagnes et pillent les églises.
Dans les guerres civiles, les rigueurs exercées par le peuple sont presq^ toujours des représailles. Le clergé s'était rendu odieux par son esprit despotique : on maltraite les prêtres, qui sont obligés de se cacherj et quelques flatteurs du peuple vont jusqu'à proposer de relever les idoles^ et de rétablir le culte des faux dieux, io38. L'éternel rival des Polonais, le dac
DE l'histoiae de pologuse. 53 de Bohème^ profite de ces troubles pour envahir le:Ur territoire. Vainqueur par la force des armes, il associe l'hypocrisie à la yictoire , et allègue pour justi&er ses expéditions la nécessité de dé* livrer le tombeau de saint Adalbert^ qui ne trouve plus de sûreté chez un peuple sans religion. L'archevêque de Gnesne livra au duc de fausses reliques ; l'armée jeûna, et le conquérant porta sa conquête aux hàbitans de Prague, qui couvrirent d'encens et de fleurs la châsse du prétendu saint.
Les Polonais ouvrent enfin les yeux; ^^u ils consentent à former une assemblée où l'on s'entendra pour sauver, la patrie. L'archevêque de Gnesne, soit que telle fût son opinion , soit plutôt qu'il eût entretenu des intelligencei^iavec le faible parti qu'avait laissé Casimir^ ose proposer son rappel : « Oubliez , dit-il, qu'un tyran hii donna le jour ; ne songez qu'aux vertus de s6n aîeul. Élevé loin de \a. cour , formé par l'adversité , il n'aura ni la mollesse de son père, ni l'orgueil de sa mère. Faire votre bonheur sera sa vengeance. » Ce discours
54 ftÉSVMÉ
réussit à la faveur de la lassitude de»
partis.
Mais où retrouver Casimir? Voilà les Polonais à- la recherche de leur roi; on fait consulter la princesse Richsa. On nomme des ambassadeurs ; ils se rendent i\ Paris , et trouvent enfin Casimir dans Ife monastère de Cluny , couvert d'un cilice , et ayant renoncé aux grandeurs du monde.
Il s'était fait morne. Envoyé à Paris pour achever son éducation ^ Casimir y avait séjourné quelque temps. Dans un voyage qu'il avait fait en Italie ^ saint Romualdlui avait conseillé d'embrasser la vie monastique; et, de retour en France, Casimir, sons le modeste nom de Charles, reçut l'habit religieux des mains de saint Odilon. Oubliant le rang auquel sa naissance l'avait destiné, il était déjà parvenu au diaconat, lorsque les ambassadeurs se présentèrent devant lui.
Il fallut le prier long-temps ; Casimir allégua l'état de dépendance où il s'était placé. Saint Odilon, interroge pap les députés, ne se crut pas assez puis-
DE Ii'hISTOIRE de POLOGNE. 55
Sant pour releyer Casimir de ses vœux^ et les Polonais furent contraints de recourir au pape 9 qui , se rappelant les impiétés commises pendant l'interrègne, n'accorda les dispensés que moyennant un impôt annuel. Les Polonais eurent un roi; mais cette faveur leur coûta chaque année une somme consacrée, disait-on, à l'entretien d'une lampe perpétuelle dansl'église de Saint-Pierre.
€e tribut, qui ne pesa ni sur les nobles ni sur les ecclésiastiques, fut appelé le denier de. saint Pierre* Le pape voulut en outre, que les Polonais se fissent lonsurer à l'exemple des moines, et qu'aux fêtes solennelles les nobles portassent au service divin une écharpe de lin pareille à l'étole des diacres. Telle fut la fin de cette négociation, qui assura un roi aux Polonais, mais qui rendit ce peuple semblable à une légion de moines et de diacres. Casimir fut le prix dé cette mascarade.
. Ce prince eut la sagesse de faire ap- ^,4,. paraître la royauté environnée de clé- ,raence. Il mérita le nom bien rare de . Restaurateur pacifique. Son premier acte
56 BÉdCHB
fut une amnistie. Casimir, s'appUquant à calmer les passions, réussit à faille refleurir la paix dans son royaume.
L'alliance de l'empereur Henri III lui fut très-utile pour soumettre ses enne^ mis , et surtout pour résister à la Bo«hème, adTersaîre naturelle de la Polo^ gne. Casimir n'ayait plus rien à craindre que des Russes , dont la puissance s'était accrue sous le duc Jaroslaw. Il rechercha leur amitié , et épousa la sœnr du duc de Russie. Mais comme le monarque polonais était dévot, il fallut que la princesse Marie , élevée dans la religion grecque , abjurât et reconnût le pape. Celle-ci consentit à l'abluration, et poussa la complaisance jusqu'à se faire baptiser une seconde fois y craingnant que les prêtres russes lui eussent mal administré ce facile sacrement.
Casimir n'eut plus désormais d'ennemi que réchanson Mazos, qui persistait à conserver la Mazovie , et quî ,.
après avoir été mis en fuite, alla demander secours atix Prussîerts, soumis par Bolesîas , mais toujours prêts à se révolter. Casimir trembla d'abord à
DE l'hISTOIHE de POLOGNE. 5j
l?{ispect de cette ligue redoutable ; mais il se rassura , feignît un rniracle pour coiïimunîquer son courage aux Polonais 9 et Tainquit le rebelle , qui , étant retourné en Prusse . subît l'inconstance de la faveur populaire. On le pendit à un arbre, et l'on écrivit au-dessous ce quolibet : // est jasU que celai qui a aspiré à des choses élevées , soit lui-mime élevé bien haut,
Casimir , désormais tranquille , con« çut un dessein qui Tbonore aux yeux de la postérité, et qui prouve que ce prince était supérieur à son siècle. Il entreprit d'inspirer le goût des lettres aux Polo-^ nais. L*Europe à cette époque était plongée dans une profonde ignorance , et quelques cloîtres étaient les seuls asiles où les lettres se fussent réfugiées.
L'abbaye de Cluny, où le prince avait passé une partie de sa jeunesse , jouis-^ sait à cet égard d'une réputation méritée. Casimir envoya des ambassadeurs à l'abbé, le suppliant de lui adresser plusieurs de ses religieux. Douze cénobites vinrent en Pologne; on fonda pour eux des abbayes. Mais leurs efforts
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pour . inspirer aux Polonais le goût des lettres n'obtinrent qu'un faible succès. « C'était 9 dît un historien , un arbre transplanté qui sèche et dépérit sous un climat étranger. » Les tentatives de Casimir n'en furent pas moins louables. ^
Quoique ce prince eût emporté les regrets de la nation, la couronne ne fut pas décernée sans contradiction à Boleslas II, son fils aîné. Les Polonais craignaient toujours de laisser le principe de l'hérédité s'établir par l'usage.
Un grand nombre voulait que l'on différât le couronnement. Ces sages opposans avaient-ils le don de prévoir l'avenir? Boleslas II devait être le Tarquin de la Pologne.
Ses commencemens furent modérés ; mais bientôt, tourmenté d'une ambition insatiable , et s'iudignant du repos , sôus prétexte de soutenir les droits de trois princes réfugiés dans ses états, et coupables tous les trois d'avoir cherché à exciter le trouble dans leur pays , Boleslas lève une armée et passe en Hongrie. Vainqueur, il chasse du trône Thé*
DE L BISTOIAE DE POLOGNE* Sq
ritier lé^time pour mettre en sa place un indigne compétiteur. Deux frères se disputaient le trône de Russie : Bo- Jeslas saisit ayidement l'occasion de profiter de ces dÎTÎsions. Il marche sur KioTie , s'en empare , et de là revient en Hongrie , où de nouveaux troubles lui promettent de nouveaux avantages.
Kiovie , qui s*est soulevée en son absence, est une seconde fois vaincue; mais cette ville superbe, Tune des plus voluptueuses du nord, devint aussi funeste pour Boleslas que Capoue l'avait été pour Annibal : le prince et son armée, vaincus par les délices, oublièrent leur patrie , leurs familles pendant sept années^ Ici tous les historiens racontent un fait qui , s'il est véritable , manque toutefois de vraisemblance. Les femmes polonaises, si long-temps oubliées par leurs maris, résolurent, diton , d'en tirer une vengeance éclatante.
Elles s'abandonnèrent à leurs esclaves, et leurs filles imitant ce honteux exemple , la prostitution devint presque générale. Une seule femme, dont l'his- j^^^ toire a conservé le nom , la comtesse
Marguerite, femme de Nicolas de Zam-> bocin 9 eut le courage de résister ù la contagion de Texemple. Exposée chaque )0ur aux insultes d'une jenaesse emportée, elle se retira dans un clocher avec deux de ses sœurs ,, et y resta ca«chée jusqu'au retour de don époux.
( Les guerriers polonais roulaient bien oublier leurs femmes; mais ils ne voulaient pas être oubliés d'elles. Ils apprennent leur déshonneur, et accusant Boleslas, ils abandonnent leurs drapeaux. Les historiens varient sur h réception qu'on leur fit. Selon les uns , les esclaves favorisés se cachèrent , et * les femmes usèrent pour rentrer en grâce des artifices famiiierlà leur sexe.
Si l'on en croit les autres , les femmes, persistant dans leur infidélité , y mirent le comble en opposant leurs amans à leurs époux. Confondues parmi les esclaves n elles ranimaient leur courage.
Quelques-unes même s'armèrent, et cherchant leurs infidèles dans la mêlée, unirent l'homicide à l'adultère. On vit une fille égorger son père ; un Polonais plus malheureux encore fut con<^
DE l'hISTOI&B de POLOGNE. 6l
traint de tuer sa fille pour sauver sa propre y ie.
. fioleslas j abandonné de ses soldats ^ revient en Pologne respirant la veng;eance. Il fait périr sur Féchafaud les premiers déserteurs et emprisonne les aiitre^^s femmes furent condamnées 4 QQ supplice affreux et bizarre. Les fruits de leurs adultères furent exposés dans les champs; on dit, mais Thistorien ii^ose admettre un pareil fait , que 9 par UQ excès de barbarie sans exemple^ Boleslas condamna les adultères à allaiter des chiens , et leur défendit de paraître en public sans porter ces nourrissolbs sur leur sein. Alors , tout souillé do sang des Polonais , le roi se replongea dans les délices^ et prouva qu'une Ame âétrîe par la volupté n'est plus capable que de crimes.
^La nation souffrait impatiemment son lâche monarque. L'évêque de Cracovie, Stanislas Sceazponowski , dont TËglise a fait un saint, osa seul élever la voix pour lui reprocher ses excès. L'évêque usait d'un droit légitime. Mais le prince n'ayant fait aucun état de ses r^ufton-
trances, le fougueux prêtre excoinmu-<nia son roi : action qui, dans un g;ou-vernement bien réglé 9 doit être assimilée au crime de rébellion. Bolesias aurait dû faire juger Stanislas selon la rigueur des lois : il aima mieux rendre 1079. crime pour crime ; il Tassassina luimême sur les marches de Tautel 9 au moment où il célébrait la messe.^
Grégoire VII , qui occupait alors le trône pontifical , . apprend la mort de réyêque insubordonné 9 et il proclame TEglise en péril. Il excommunie de:
nouveau Bolesias, dégage ses sujets du serment de fidélité, et déclare les complices du meurtre ' incapables de pos-^ séder aucune dignité civile ou religieuse jusqu'à la quatrième génération.
La Pologne, innocente et opprijonée, est rayée du nombre des royaumes , et replacée au rang des simples duchés.
Toutes les églises sont mises en inteiv dit, et Grégoire défend à Tarchevêque de Gnesne de sacrer aucun autre prince sans son autorisation. Le saint père tirait de la mort de Stanislas tout le parti possible; en usan^ de telles xlr-
DE L'hISTOIHE de POLOGNE. 6?
gueurs, en pareille conjoncture, il saisissait Toccasion de fonder ses prétendus droits sur un précédent solennel.
Que Ton juge du désordre dans lequel ces arrêts plongèrent la Pologne.
EUe offrit le spectacle que la France a vu depuis sous Henri III. Des prêtres fanatiques haranguaient le peuple, et prêchaient ouTcrtement le régicide. Boleslas fut entouré de soulèyemens et de conspirations. Mille glaives étaient tirés contre son sein ; il n*osa tenir tête à tant d'ennemis , et se retira à la cour du roi de Hongrie. Les foudres de Rome Fen chassèrent encore. Rebut de la nature entière, plongé dans une misère profonde, il erra de contrée en contrée. On varie sur la catastrophe qui termina sa misérable vie. Les uns le font mourir à la chasse dans une forêt de Hongrie ; d'autre» assurent qu'il finit lui-même tous ses maux. Enfin une tradition assez accréditée porte qu'il se retira dans un monastère de 'Willacli ^ on Cariothie, et qu'il acheva sa carrière dansla cuisine de cesmoines, auxquels* il ne se découvrit qu'au lit de mort :
64 RÉSITME
conclusion ridicule d*une sanglante histoire.
1081. I^es Polonais 9 après la fuite et la mort de Boleslas II ^ rétrogradent de plusieurs siècles» Ils retombent dans un état pire que celui où ils se trouvaient avant Boleslas-Chrobry. Un nouveau despotisme pèse sur eux, celui de la cour de Rome. UladislasHerman^ qu'ils • élisent pour succéder à Boleslas^ n*ose prendre le titre de roi , et se contente de celui de duc ; il fait solliciter lefougueux Grégoire de lever l'interdit lancé sur la Pologne > et Grégoire n'y consent qu'après de longues supplications. Tout concourt à consommer l'avilissement des Polonais.
On prétend que depuis cette époque, un usage assez extraordinaire fut imposé par le pape aux rois de Pologne. Immédiatement après leur couronnement, ils furent obligés de faire une amende honorable sur le tombeau de Févêque Stanislas. Le nouveau roi devait confesser « que ce meurtre était atroce , qu'il en était innocent, qu'il le détestait et en demandait pardon, implorant la pro-
DB L*niST01RE DB POLOGNE. 65
tection du saint ttioriyr, pour lui et pour èon royaunie (i). »
Le règne d^Uladislad Hermdn^ frère du dernier roî, ne fut qu'une longue convulsion* De fréquentes incursions , soit des Prussiens^ soit des peuples rivaux de la Pologne, désolèrent son territoire. Le faible prîrtce n^^n fut dé-^ livré que par la valeur d'dft favori qui profita dé ses victoires pptir élever son autorité au-dessus du roUyi-même, et dont Torgueil révolta les grands et suscita plusieurs guerres civiles. Uladislas^ roi sans courage et sans volonté^ eut do plus à combattre ses deiix âls , que leé mécontens lui opposèrent tour i!^ tour.
Il fit empotsounerMîecislas^ son neveu^ et la Pologne vit ce crime sans indigua-^ tion. Enfin tJïadisias Horman jeta les premières semences de rfenarcbie qui, pendant deux cents ans, devait désoler continuellement son royaume^ en partageant ce royaumo entre ses deux fils.
Oàremarquera que ces partages, moyen
(i) Contant d'OrvilIe. Histoire des dljerens peuples du monde, tûm. Vf, pag. 45«j.
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66 fi£SUME
imaginé pour prévenir les riyalités de succession , sont devenus partout une source féconde de calamités. Diadislbs, mourut en iioa., empoisonné, dit-on^ par son Gis Sbignée^ qu'il avait eud'urv commerce illégitime.
Boleslas Ill^surnommé Krywousty ^ c'est-à-dire bouche de travers^ qui lar succéda^ était plein de bravoure et de vertu militaire» Déjà, pendant le règne de son père ^ il avait vaincu les Russe»
et les Pomécanienâ. Mats son frère 6bîgnée fut un monstre. (Jladisiaa n'eut pas plus tôt fermé les yeux, que,.mécon'tent d'une part qu'il ne devait qu'à la- .
faiblesse paternelle , il conspira contre son frère , engageant dans sa querelle les Poméraniens , les Saxons , les Moraves et les Prussiens.. Vaincu et pardonné , il renouvela ses tentatives , et appela à son secours les Hongrois et les Russes. Boleslasle vainquit une seconde fois, et le fit massacrer. Il se reprocha bientôt celle exécution, qu'il chercha à expier par des pèlerinages et des libéralités envers les monastères.
Boleslas eutun très-grand nombre de
DE l'histoire UE POLOGNE. 67
g^uerres à soutenir. Henri V, empereur d'Allemagne , voulut ranger le duc de Pologne au nombre de ses vassaux.
Boleslas* ie vainquit et épousa sa fijle.
Il tenta une expédition plus lointaine et dont il obtint plus de gloire encore. Le Danemarck était livré aux discordes intestines. Âbel avait assassiné son frère^^ et régnait sur un trône souillé de sang.
Les Danois invoquèrent contre lui le secours de Boleslas ; cekii-ci équipe uneûotte, les villes le reçoivent comme un libérateur , et, pour prix de son facile triomphe, on lui offre la couronne, qu'il refuse.
Boleslas, de retour danssesétats, aurait conservé sa gloire sans tache; mais, crédule et faible , il se laissa dupe^ par un émissaire des Russes, qui introduisit ces étrangers sur le territoire polonais. Il courut à la défense de ses villes attaquées, et ce prince, qui avait remporté quarante-sept victoires, éprouva une déroute complète. Le chagrin qu'il en conçut le conduisit au tombeau.
Quoiqu'il connût par expérience le ,^3 danger des partages, ce prince impré-
68 UBsviii
voyant renouyela, en Tag^avant, la faute de son père. 11 arait cinq fiU 5 il partagea son royaume entre les quatre premiers. Casimir ^ le dernier ^ étant encore au berceau , fut oâblié dand le jiartage. v Dans tout gouverneinent équitable, dit un historien 5 un pareil ou«bli aurait fait annuler le testament ( 1 }.»
Ce fut sous ce prince que commença cette manie des croisades qui entraîna ram V^mmi l'élite des nations euro»
péennes. Une foule de nobles polonais Tendirent leurs biens, tourmentèrent leurs rassaux , empruntèrent de» som^ mes qu'ils ne rendirent jamais, pour courir k la croisade , et gagner des indulgences. Le duc de Pologne ne cher* cha point à retenir ces paladins, dont la turbulente inquiétude lui était plu^ tôt à charge qu'utile.
La pologne ne fut pas long-temps' â se ressentir des funestes effets du partage de son territoire. Les fils de Boles* las m se disputèrent tour à toâr Thé-
(i) Histoire universeTIc depuis le coii)raen-> cernent du monde, d'après TAirglai», t. XL!!"^
DE l'histoire de POLOGNE. 69 '
iltage paternel. Vladisïas II9 qui occupe le premier le If Ône , reut d'abord eûyahir les états de ses frères. Il est yaincu, et Boleslas-le-Frisé, le second fils de Boleslas III , le remplace. IJladislas fait de vains efforts pojir reconquérir l'autorité. La coopération successive des empereurs Henri IV et Frédéric Barberousse ne put lui obtenir que la domination de la Silésie, dont une mort subite ne lui permit pas de jouir y mais qui devint le patrimoine de sa famille.
Boleslas IV, dit le Frisé, n'est connu »>73.
que pour avoir porté le fer et le feu chez les Prussiens, i|ui s'obstinaient A repousser l'Évangile; il mourut en 1 1 75, et fut remplacé par le troisième de ses frères, Miecislas , surnommé le Vieux , tyran sans génie, qui établit un code de chasses barbare, et se livra à tant d'excès qu'on le déposa. Ce monstre cependant ne s'estima pas chassé sans retour; il multiplia les manoeuvres pour reconquérir le trône. On verra qu'il y parvint vingt ans plus tard.
Cet espace de temps fut occupé par
^a BESUME
le règne de Casimir II, le même quer son père avait oublié dans les partages.
Ce prince, qui fut surnommé le juste et qui mérita ce titre à beaucoup d'égards, se montra le plus scrupuleux des rois£ Quoique nommé par la nation., il n'accepta qu'avec peine un pouvoir qu'il regardait eomme usurpé sur son frère.
Cette idée, qui empoisonna toute sa vie, lui 6t commettre une suite de fautes ,.
que les Polonais ne supportèrent pastoujours avec patience.
Du des plus beaux titres de Casimir II i\ l'estime de la postérité, ce fut la faveur constante qu'il accorda à ta classe agricole, trop méprisée partout, et traitée avec tapt d'injustice en Pologne.
Une loi absurde obligeait les paysans à loger et à nourrir les gentilshommes en voyage. Il fallait souvent que les nialbeui'eux villageois fissent traîner, ou traînassent eux-mêmes les équipages de leurs seigneurs. Quelquefois même il arrivait que leurs botes obligés les contraignissent à leur donner une somme d'argent. Les esclaves faisaient l'aumône il leurs maîtres. Quelques gentils-
BE l. HISTOIRE DE POLOGNE. ^l.
hommes pauvres, exploitant ce droit abusif, passaient leur vie à voyager. Casimir abolit cette coutume, malgré les clameurs de la noblesse. Il est vrai qu'il fut soutenu par le clergé, non que ceiuici aimât le peuple, ou fût accessible à des sentimens de justice, mais parce que ses propriétés et ses privilèges lui étaient souvent disputés par la noblesse.
Miecislas-le-Yieux ose redemander le ii8».
sceptre à Casimir; et, chose remarquable, sans Foppo^îtiondes grands, ce dernier eût renoncé au trône. Une si grande faiblesse d'esprit devint crime lorsque Miecislas attaqua la Haute-Pologne, et s'en empara sans résistance , Casimir ayant favorisé l'ennemi de son pays. Le rebelle ne s'arrêta par h\ ; il se ligue avec les Russes , et Casimir , menacé dans son existence, se réveil le enfin . Ses soldats , rassemblés à la hâte, tremblaient à l'aspect formidable de leurs adversaires. « Mes amis, leur dit Casimir, rendu à lui-même, commençons par vaincre , nous compterons ensuite nos ennemis. Ici, vos ancêtres ont été massacrésparlesaïèuxdesbarbaresquevoui
allex combattre. Yovis marchez sur leur»
osseméns. Ils ont jadis préféré la mort à la Cuite; craignez, $i vous ne les imitez, qu'ils ne s'élancent de leurs tombeaux pour TOUS reprocher votre faiblesse. »
Ce noble discours fyt le signal de la victoire.
Casimir -le- Juste mourut dans ud banquet. #n le crut empoisonné par upe maîtresse. Casimir j^oignait à q^lques yerlus une dévotion minutieuse et un amour violent pour les femmes.
iit)4; Casimir np laissa que deux fils eo bas âge 9 Leszko. et Conrad. Dan4 une dicte orageuse^ une foule de gentils^ hompaes , redoutant les dangers d'une minorité, prêtèrent l'oreille aux propositions de Miecislas-le-Yieux et du ducd'Oppelen son neveu, et ce ne fut qu'avec peine que l'évêque de Cr^covie obtint l'élection de Leszko, faisant valoir un prétendu droit d'hérédité , qui n'avait jamais été reconnu en Pologne.
Cette élection suscita des orages qui bouleversèrent tout le royaume. Mieclslas*le-Yieu:s; 9 à la tête d'une armée , u(ût tQUt à feu et à sang. La mère du
DE L JIISTOIEE DE POLOGNE. yù
]e\xne roi , femme faible et versatile , se laissa tromper par les offres de ce tyran , elle lui céda le trône ; les Polonais le chassèrent encore; et, après une alternative de succès et de revers, il mourut.
Nous éprouvons le besoin d'abréger i2«3.
rhistoire de cette époque. Les règnes des derniers rois Piasts , si Ton en excepte ceux d'Uladislas Lokeitek et de Casimir III) n'offrent qu'une suite monotone de combats 9 de guerres civiles , de catastrophes sans résultat et sans grandeur. Un seul fait mérite d'être rapporté avec quelques détails ^ parce qu'il doit influer puissamment sur l'avenir des Polonais.
Leszko y, arrivé au trône par l'abdî* cation d'Uladislas Laskojiogi, céda, en prenant le sceptre , la Mazovie ^ les provinces de Culm, de Cujavie et le territoire de Dobrzin, à son frère Conrad.
Ce dernier, prince sans courage et sans vertu , compromit par une mesure imprudente le repos et même l'existence de sa patrie.
La province de Mazovie était, par sa
^4 RédlfltÉ
situation 9 plus exposée qu'aucune autre aux incursions des Prussiens qui, soumis par Boleslas-Chrobry, étaient par* Tenus 9 de révolte en révolte, à secouer le joug;, et que Leszko ne se croyait plus assez fort pour soumettre. Conrad, sans cesse menacé par ces idolâtres, aima mieux invoquer des secours étrangers que de marcher lui-même à ren-* nemi. Il appela en Mazovie les chevaliers de Tordre teutonique.
L'ordre teutonique, institution à la fois militaire et religieuse, avait dû son origine à la charité d'un riche allemand établi à Jérusalem avec sa famille (1).
Cet étranger bâtit un hôpital destiné aux pauvres pèlerins allemands ; il invita plusieurs gentilshommes à s'associer à cette œuvre pieuse, et ceux-ci se dévouèrent au service des indîgei^ -de leur nation. A ce vcsu charitable, ih ajoutèrent celui de combattre les infidèles. Leur forme et leur règle étaieni à peu près celles de l'ordre des Tem-
(1) Tableau des révolutions de V Europe par Koch, tome ]•» , page iSo.
DE l'hISTOIAE de POLOGNE. y5
plîers. Insensiblement les icheyaliers teutons se recrutèrent ; et le service des pauvres fut peu à peu abandonné pour le service de la guerre. Ils dégénérèrent promptement de leur institution , et devinrent bientôt cruels, ambitieux, dissipés. Célestin III les confirma en 1 191 i ils prirent Tbabît blanc et la croix noire, et obtinrent la permission de célébrer la messe avec la cuirasse sur le corps et l'épée au côté.
Long-temps ces chevaliers combattirent les Turcs; mais l'infidélité ayant triomphé , leur expulsion devint la conséquence nécessaire de leur défaite.
Herman de Saltza, leur grand*maître à cette époque, se retira à Venise. Ce prélat guerrier était tourmenté de projets ambitieux. Il fit successivement passer, sous prétexte de servir le ehristianisme , des membres de Tordre sur les points où la religion lut paraissait en péril* C'est ainsi qu'informé des ravages que les Prussiens infidèles commettaient dans la Mazovie, il accueillit la proposition de Conrad, et lui adressa sept chevaliers. Le duc de Mai^ovie leur
y6 RËStMÉ
offrit d^abord le château de Dobrzîn et quelques terres des environs. Ils s'engagèrent à combattre'les Prussiens, et ils promirent de les soumettre à l'Évangile.
i33o. Ils eurent bientqt rassemblé une foule de membres de leur ordre, qui cherchaient de tous côtés un établissement convenable. Leur, armée se grossit d'une multitude de croisés et de vagabonds, et ils débutèrent par quelques succès, dont Conrad fut si satisfait qu'il leur céda provisoirement le territoire de Culm et tout le pays situé entre la Vifetuk , la Mocra et la Drwancza. Ils devaient restituer ces provinces ausshôt que ces conquêtes en Prusse leur auraient assuré des possessions ; à cette condition, Conrad leur promit l'entière propriété de la moitié des états dont ils pourraient s'emparer. Mais ce»
moines aventuriers violèrent bientôt 1»
foi jurée; Les Prussiens étant domptés et presque anéantis, ils ne se bornèrent pas à usurper le territoire qu'ils devaient occuper temporairement : atteints d'une ambition effrénée , ils portèrent un asil
DE l'hISTOIBE de POLOGNE. 77
d'enyie sar les plus belles provinces de la Pologne. Le duc de Mazovie n'avail fait que changer d'ennemis. De fréquentes incursions désolèrent son duché , la Poméranie et les provinces voisines. La puissance des Teutons s'accrut rapidement 9 et par un phénomène singulier une confrérie de moines balança long-temps les forces réunies d'une -djes plus puissantes nations du nord.
Revenons à la Pologne. Deux fléaux »a3o- .11 * . II /»r 1 1273.
terribles s unissent-pou r elle au ueau de
la guerre civile , la fsTmine et une «irrup^ tion des Tartares. Leszko Y resta maître 4'uii royaume en cendres. Pendant vingt ans qu'il régna, il fit quelques louables efforts pour ramener la paix et l'abondance. Mais ce fruit de ses longs travaux fut compromis par la révolte de Swantopelk, palatin de Poméranie, qui tenta de s'ériger en souverain indépendant. Leszko marche vers ce rebelle; on allait livrer bataille : une trêve est demandée et olk&nue. Le duc de Poio> gne croit la trahison permise envers unennemi perfide; il forme le dessein de pi:ofiter de sa sécurité pour le surprea-.
70 BBSI7IIIB
dre. Mais le palatin, averti à temps , fond à rimproTîste sur les Polonais; Leszko f saisi dans un bain et traîné devant Swantopelk, est égorgé à ses yeux.
Nouvelle guerre civile* Deux concurrens se disputent le trône; Conrad, duc de Mazovie , et Henri-le-Barbu , duc d« Silésie , tous deux de la race des Piasts.
Boleslas, âgé seulement de sept ans, fils de Leszko, ne peut prendre part à la querelle. Au milieu de ces désordres , les Tartares font une nouvelle et plus sanglante irruption. Ils laissent la Po-^ logne dévastée, et ses villes inondées de sang. Ce royaume, qui n'offrait plus que des tombeaux et des ruines , excitait encore Tambition rivale de ses oppresseurs. Après trente ans de troubles et de désordres, Boleslas V, surnommé 1$ Chaste par un clergé qu'il avait enrichi , régna seul à Cracovie. Il mourut en la^, méprisé de ses sujets. Leszkole-Noir, son fils adoptif, recueillit pour héritage de longues guerres dont il ne vit pas la fin. >^ 1189. On. peindrait difficilement la situation de la Pologne à la mort de ce prince >
amrëe en 1 389. Ce royaume , que tant de rÎTaux acharnés se disp utaien t comme une proie, n'offrait plus rien d'une société organisée. Tandis que la noblesse proclame Boleslas, duc de Mazone, le peuple élit Henri^e^Boti, duc de Breslaw, qui obtient d'abord la fictoire; mais il meurt presque aussitôt. Alors d'un côté se présente Uladislas Lokeitek 5 duc de Cujayie et de Sjradie ; et de l'autre 9 Prémislas^ duc de la Grande- Pologne, héritier testamentaire de Henri-le-Bon ; k yeuT^ de Leszko-le- Noir, Gryphine, appelle Wenceslas, roi de Bohème; celui-ci triomphe de Prémislas : il est vaincu p^cr I^pkeitek.
Pendant que ces riyaux se disputent le trône, un autre Prémislas, duc de Poméranie , survient et s'en empare. Il rend à la Pologne le titre de royaume que le pape lui a ravi depuis Boleslas II (1082) ; il est couronné roi et sacré à Gnesne : un coup de poignard le renverse« Uladislas Lokeitek reparait alors ; il est couronné à soiHéur. Ses excès le font bientôt Chasser. Wenceslas, roi de B&hème^ se représente, on le couronue 3 0.
Bo KÉ9UME
éf;aleinent. Il régna sans obstacles, tandis qu'UladisIas , retiré en Hongrie ^ mettait i\ profit la leçon du malheur, étudiait le grand art de régner , s'instruisait des devoirs des rois ; «t , dans le sein d'une obscure indigence , s'efforçait d^àcquérîr des vertus, afin de se rendre digne du trône, si la fortune le destinait à y remonter.
i3o6. Wenceslas étant mort, Uladîslas Lo~ keitek ou là nain fut appelé au trône^ Les palatinats dJb Posnanie et de Kalîsb refusèrent seuls de le reconnaître ; ils se^ soumirent à Henri, duc de Glogaw, fib de Prémislas. Uladislas Lokeitek tournad'abord ses regards vers la Poméranîe, à laquelle il donna un code de loi& sages et de nobles exemples. Mais cette législation, qur rendait le despotisme moins facile, trouva un adversaire dans le chancelier de Poméranîe , Pierre Swianeza , qui conspira pour ériger la Poméranie en état indépendant. Ce complot de V3ît s'exécuter par le secours du marquis de Brandebourg, i! fut découvert; mais Uladislas s'étant cru assez puissant pour pardonner, cette îm-.
DE l'histoire de POLOGNE. 8f
prudente clémence lui derint fatale.
Swiancza appelle Tétrai^ger, qui s'annonce par Tincendie et le pillage. Dantz)g seule résiste et soutient un long siège. Dans cette circonstance critique, Uladislas ne sait plus quel génie implorer; il appelle les chcTaliers teutoniques. Ceux-ci , faisant payer cher leurs secours, exigèrent d'abord qu'on les laissât un an entier dans la place. Les Brandebourgeois ayant été bientôt Taincus et chassés, ils cherchèrent ^ perpétuer leur autorité dans la ville. Le gouverneur royal fut traîné en prison ; on demanda pour sa rançon l'abandon de Dantzig, ju$qu'à ce que le duc de Pologne eût payé une somme exorbitante pour les frais de la guerre. \
Uladislas épuisa d'abord tous les moyens de négociation ; il perdit enfin patience , et s'apprêtait à marcher sur ces alliés insolens : une révolte préparée par eux le contraignit de diriger ses pas vers la Grande-Pologne; et pendant ce temps le grand-maître de l'ordre, à la tête de ses moines guerriers, envahissait la Poméranie , où il commettait
92 EBSUMB
des cruautés de tout genre. La Pomérauie fut iforcée de capituler.
Cependant la mort du duc de Glogaw et sa mauraise administration ayant fait rentrer en eux-mêmes les habitans de Posnanie et de Kalish , ils implorèrent le joug d'Uladislas. Cet ^ccroisse-^ ment de forces effraya Tordre teutoni-»
que. Il sollicite une entreTue, et dans son langage cauteleux il soutient que sa conduite a été dictée par les intérêts du ciel. Il offre de payer la Poméranie^ ne pouvant) disait-il, restituer une proTÎnce que Dieu lui avait donnée.
Il promet j pour dédommager les Polonais , d'ériger un couvent et de fonder un ordre monacal , qui sera consacré à prier Dieu jjpur leur prospérité. Cette impertinente proposition ne fut accueillie que par un dédaigneux silence.
Les Teutoniques se tournèrent d'un autre côté. Le marquis de Brandebourg conservait une portion de la Poméranie qu'il avait usurpée : quoiqu'ils connus* sent l'illégitimité de ses droits, les chevaliers ne balancèrent pas à les acheter. L'empereur, qui n'était pas fâché d'hu-
DE l'histoire de POLO GUE. 83
milier un duché qui ne reletait pas de sa couronne, confirma cette usurpation par des lettres patente s, et les Teu toniques satisfuits chassèrent le clergé régulier de la Poméranie ; tout sanglans encore , on les yit reyétir l'étole et célébrer la messe.
^Le papei Clément Y, sollicité par I3ladislas, excommunia des moines qui osaient yoler des prorinces sans sa permission. Les cberaliers brayent les foudres du pape; ils maltraitent, ils égorgent même tous ceux qui osent se plaindre. Ils changent la Poméranie en un désert, n'y laissant que quelques misérables serfs pour cuitiyerles terres.
Uladislas eût yiyement désiré le^^Éu-< i3r8; nir : un complot tramé contre sa co9|> ronne, une famine horrible qui désola, tout le nord, enchaînèrent sa yenge£|nce.
Ce Ait à cette époque que , sans attendre le consentement du pape, il se fit sacrer roi à Cracoyie, et rendit définitiyement à la Pologne le titre de royaume qu'elle a conseryé jusqu'à l'époque où elle deyint une république aristocB|^ique.
Les foudres de Rome, lancées contre
les chevaliers 9 ne se reposaient pas.Ln pape expédie trois commissaires apostoliques qui citent les moines teutons à son tribunal. Les chevaliers excommuniés, condamnés à restituer la Poméranie avec une indemnité, se moquent du pape, dont leur épée ne craignait pas les bulles; ils continuèrent à ég^orger, à piller et à dire la messe.^ X
l525. Les ennemis d'IIladislas semblent se multiplier; tandis que le roi de Bohème profite des troubles de la Pologne
i328 pour lui arracher la Silésîe, le marquis Jean de Brandebourg Tattaque par un autre côté ; et les chevaliers, ligués avec le roi de Bohème, opérant une nouvd|l? diversion , saccagent la ville d'Uladîslaw. Uladislas parvient à triompher de tant d'ennemis ; mais, épuisé par ce dernier effort, il renonça au gouvernement d'une portion du royaume en faveur de Casimir son fils. Il rétablit S0U-.
verain de la Grande-Pologne.
i33i. Casimir ne faisait encore pressentir aucune des qualités qui devaient Tillustrer un ^ur. Envoyé par son père à la cour de Hongrie, il s'était déshonoré.
DE l'hISTOTBE de POLOGNE. 85
par un rapt qui devint dans ce pays le prétexte d'une révolution tragique) Ce jeune prince, dit un Historien , était voluptueux sans décence et sans délicatesse, et presque toujours plus passionné par débauche que par sentiment (i).
[ 11 trouva bientôt Toccasion de faire briller son courage. Les chevaliers s'étaient empai'és de deux palatinats ; ils avaient incendié plusieurs villes. Le vieux Uladislas marcha à leur rencontre, âurprit le camp ennemi , et remporta une victoire complète. L'histoire a conservé une circonstance touchante de cette bataille. Casimîrvoulaitcombattre à côté de son vieux père. Celui-ci lui défendit d'exposer ses jours, o Je n'ai que peu de jours à vivre, lui dit-il, et je puis les sacrifier à ma gloire. Ce n'est pas un grand larcin que je fais à la patrie ; mais 'vous qui êtes jeune , vous devez vous conserver pour la venger , la défendre et la rendre heureuse. 9
Uladislas mourut peu de temps après; 1331;
(1) Solignac, Histoire générale de Pologne^ tom. III.
S6 nÉsuMB
il conseilla à son fils Casimir de faire aux cHeyaliers une guerre à mort 9 de périr ou de les détruire, ^-r
Le règne de Casimir III est important. Ce prince^ que Tadulation a surnommé le Grand, joignait de grands Yices à d'heureuses qualités. Son caractère offrait un mélange remarquable de force et de faiblesse, Ij^ était plus législateur que guerrier. Si sa rie politique présente quelques belles pages, elle est ternie par des fautes et même par des.
crimes.
Les malheurs de la guerre avaient altéré le moral de la nation ; Casimir s'attacha d'abord à réprimer les yices et le brigandage) Mais il voulut faire servir les supplices à ce noble but « et il ne mérita pas de l'atteindre. Les vieilles lois, les coutumes antiques ne convenaient plu^ à une nation que de longs troubles avaient renouvelée. Casimir établit une législation en harmonie avec les nouveaux besoins.
( Cette utile occupation n'aurait pas dû lui faire oublier la dignité extérieure de l'état. Cependant, soit faiblesse, soit
DE i'hISTOIRE DB POLOGNE. 87
P9Utjquç , il commença par signer arec les Teutoniques un traité honteux, parlequel il leur livrait la Poméranîe ^ à titre 9 il est vrai , à^ aumône perpétuelle.
Les ordres de Tétat murmurèrent ; les cheyaliers, profitant de cette disposition qui leur promettait des discordes utiles 9 feignirent un respect hypocrite pour les droits de la nation ^ et demandèrent que le traité fût consenti par les états. Casimir se vit contraint de les assembler 9 et la nation, profitant d'une circonstance si favorable, annula la cession faite aux chevaliers. Il fallut avoir de nouveau recours au pape^ qui excommunia pour la seconde fois l'ordre teutonique, et lui* commanda de restituer ses usurpatioils* Les chevaliers prirent le parti de se confier à l'empereur Louis V} excommunié comme eux, cet empereur leur défendit d'obéir au Saint-SiégevV^ -K^
Casimir n'avait pas d'enfans ; il jeta les yeux sur Louis , fils de Charles Robert , roi de Hongrie , son neveu y jeune prince déjà fameux par la hauteur de ses vues et la noblesse de son
88 besvmë
caractère , et crut jigir en habile politique en proposant pour successeur é^ux états le digne fils d'un puissant monarque. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que les états se décidèrent à appeler au trône un prince étranger.
Après avoir enfin réussi dans cette négociation, Casimir, excité par un peuple qui n'estimait encore que les rois guerriers, revendiqua l'héritage des ducs de Russie dont la tige masculine venait de s'éteindre. Il conquit la plupart des provinces russes, et les annexa à la Pologne; Une partie de ce»
provinces, qu'il perdit et recouvra plusieurs fois pendant son règne , finit par lui rester.
Casimir semblait fatigué d'une si noble conduite. Il se plonge dans la débauche; les plus viles jouissances deviennent ses plaisirs de choix; il s'entoure de prostituées^ et nouvel Héliogabale, il change chaque jour l'objet de ses inconstans désirs. Celle de ses maîtresses qui le fixa le plus long-temps fut une juive nommée Ësther, et, comme l'amante d'Àssérus, cette maîtresse
DE L'hiSTOIBE de POLOGITE. 89
du roi ennoblit sa faiblesse 9 en la rendant utile à ses co-religionnaires. Le* Juifs obtinrent sous Casimir III de ^ands privilèges, que depuis ils ont toujours conseryés.
Tout abruti qu'il était par la débau- 1343.
che, le roi ne s'occupait pas moins du gouyernement intérieur du royaume.
Il connaissait le danger de l'opposition dans les diètes ; il s'appliqua à corrompre les principaux membres. A la fayeur de cette corruption, un nouyeau traité plus déshonorant encore , par lequel il céda Culm, Michalow et le duché de Pbméranie aux Teutoniques , .
fut approuvé par les états.
Quelques guerres avec ses voisins réveillèrent l'indolent Casimir ; il voulut reprendre l'œuvre législative qu'il avait commencée dans des temps plus heureux. Entouré de quelques sages jurisconsultes 9 il réforma les lois civiles et criminelles. La règle la plus ordinaire alors pour teffniner les procès était de faire prêter sernxent aux parties et de prononcer en faveur de celle qui montrait le plus d'assurance. L'impudence
passait ainsi pour le bon droit. Gasioiîr abolit cet absurde usage. Une diète de sages, réunie à Wieliczka, dressa un nouveau code qui fut adopté arec reconnaissance.
Des améliorations d'un autre genre trouvèrent pli^ d'obstacles. L'esclavage des paysans était extrême. Un noble violait impunément la femme de son serf; il pouvait livrer ce malheureux comme un gage à ses créanciers* Casimir essaya de réprimer ce désordre que tant d'intérêts conspiraient à perpétuer. Tout ce qu'il obtînt, ce fut que la fuite serait désormais permise au paysan vexé par un noble , et qu'aucun ne pourrait à l'avenir être mis en gage. Cet insuffisant remède n'é-^ tait qu'un accord conseillé par la fail^iesse, qu'un traité entre le despote et l'esclave. Aussi l'esclavage ne fut* il point sensiblement adouci ; et lorsque quelque paysan portait ses plaintes à Casimir, le monarque, ne sachant que répondre, lui disait, en confessant son impuissance : « Eh, mon ami ! n'avezvous donc ni pierres ni bâtons pour vous
I»B L HISTOI&E DB POLOGNE. 9I
défendre?» Casimir reçut toutefois un noble prix de sa bonne yolonté : on le surnomma le roi des paysans, .
Ce prince fonda des hôpitaux et des 1347.
unîyersités. Plusieurs historiens lui attribuent la création de la célèbre unirersité de Cracovie; quelques autres font remonter cette création jusqu'au règne de Casimir I". Ce qu'il y a de certain , c'est que Casimir III appela des docteurs en Sorbonne à cette uni- Tersité ; on croyait alors que toute la science et tout le génie s'étaient retirés dans la tête* d'un docteur en Sorbonne.
On a cru depuis , par un contraste singulier ^ qu'il suffisait d'être docteur en Sorbonne pour faire divorce avec la raison. Ces opinions si diverses peignent la diversité des époques.
Ces travaux et de nouvelles conquêtes en Russie parurent une seconde fois épuiser la vertu de Casimir. Il retomba \ dans une longue léthargie qui, jusqu'à samort, ne le quitta presque plus. Oubliant et les lois et les sages institutions qu'il avait établies^ il se replongea plus profondément que jamais dans les dé-
esS.349:
)is \
Oa BESVME
/ bauches. Un prêtre nommé Martin Ba- / rîcska osa lui reprocher ses désordres ; I on le noya dans la Vistule. La peste ^ j qui sunrînt peu de temps après ce crime, [ devint pour le clergé un texte fécond \ en invectives contre le prince, et le peu- \ pie toujours superstitieux fut près de le v^raiter comme Boleslas II.
* i355; Ce fut à cette époque que les nobles, que ses lois en faveur des paysan»
avaient indisposés, méditèrent et accomplirent une usurpation qui devint la source de la suprématie!^ qu'ils ont obtenue dans la suite sur leurs rois. Ils envoyèrent une députation à Louis de Hongrie, successeur de Casimir; et, profitant de la situation d'un prince qui avait besoin d'eux, lui firent signer un acte d'après lequel il s'engagea, lors de son avènement à la couronne , à décharger pour lui et tous ses successeurs la noblesse polonaise de toute taille et contribution. Louis promit que jamais, sous quelque prétexte que ce fût, il ne leur imposerait aucun subside, et que, dans ses voyages même , il ne préten-
''^DE L'HISTOI&E DE POLOGNE. qS
drait riètj pour l'entretien de sa cour dans aucub lieu de son passage (i).
Casimir ne pardonna jamais à Louis d'avoir signé cette atteinte à la puissance royale. *- - .
Quelques expéditions, dans lesquelles »'V il éprouva une fortune diverse, marquèrent les dernières années de Casirairle-Grand; il donnst enfin à ses sujets le spectacle du mariage de Tempereur Charles IV, qui fut célébré à Cracovie , i365. et qui fut accompagné de fêtes brillantes et de dépenses énormes. Casimir mourut en iS^o des suites d'une chute de cheval , emportant avec lui la dynastie des Piasts , qui, pendant cinq cent vingt-huit ans , avait régné sur la Pologne.
Depuis Louis de Hongrie , jusqu'à Cextinction de la dynastie des Jagellons.
On voit sous ce roi, et successivement sous les princes Jagellons, le gou-
(i) Tableau des révolutions de V Europe , par Koch , tom. II.
94 &£SUU£
vernement des Polonais changer de caractère. Quoique depuis son origine , ce peuple 1:1 'eût jamais eu de lois écrites, toutes les traditions sans doute, tous les usjages inclinaient vers la démocratie.
Toutefois si le principe de l'hérédité dans la famille, des Piasts n'avait jamais été formellement reconnu , il avait existé de fait , et l'état politique avait insensiblement pris tous les caractères d'une monarchie tempérée'. Si ce principe fut encore respecté sous les Jagellons, ce ne fut pas sans une impatience remarquable; la jalousie du pouvoir devint insensiblement extrême , et la noblesse conquit peu à peu le droit de gouverner elle-même avec un fantôme de roi.
Une autre révolution s'opéra dans l'état des personnes. Si de tout temps l'esclavage le plus complet avait pesé sur la classe agricole, quelques rois cependant avaient senti le besoin de l'adoucir; mais à dater du règne de Louis de Hongrie, cet esclavage, appesanti par degrés , s'étend sur toute la classe bourgeoise. Les nobles obtien-
DB l'histoire de POLOGNE. gS
nent chaque jour de noureauir privî • léges : exception de taxes, droit exclusif de faire partie des diètes et des diétines, etc. C'est depuis l'avènement de la dynastie des Jag^ellons que la nation polonaise ne se compose plus que des nobles, du clergé et du sénat. Ainsi se prépare de loin la révolution qui doit changer le royaume de Pologne en une république aristocratique.
Nous donnons à ce système politique le nom de républicain , parce qu'en effet la nation resta composée de membres absolument égaux. Le plus pauvre gentilhomme fut l'égal du plus riche ; le roi lui-même ne fut que le premier entre des égaux. Aucune fonction ne fut héréditaire ; les privilèges des nobles à l'égard des plébéiens étaient les droits de toute la noblesse. C'est ce qui distingue essentiellement le gouvernement polonais du régime de la féodalité.
C'est encore à dater de Louis de Hongrie que la constitution , qui doit régir les Polonais pendant le reste de leur existence politique, commença à
C)G BÉSTJMÉ
se former. Jusqu'alors rien n'était fixe ; Boleslas-Chrobry avait institué un sénat , mais ce corps n'avait encore été que le conseil des rois. Les ressorts qui firent marcher la république, tels que les diètes, les diétines, la forme des délibérations, les époques de leur réunion , les droits et les mandats des députés, la division électorale , rien n'existait encore. Nous allons voir toute cette machine politique se former successivement, se mettre en action , et agir bientôt avec une effrayante impétuosité.
Louis de Hongrie fut le premier étranger qui gouverna la Pologne , et cet essai ne fut pas heureux. Ce prince, chéri des Hongrois, qui l'ont surnommé le Grand, sacrifia son peuple adoptif à celui que la nature Tavait appelé à gouverner. 11 manqua de reconnaissance envers son oncle Casimir III , dont il annula le testament, et dont il déshonora les deux filles en contestant leur légitimité. Étranger aux mœurs des Polonais, il dédaigna même de.
parler leur langue; infidèle à sa parole, il chargea la noblesse d'une taxe qui Ta-
liéna tout entière, et qu'il fut contraint de réduire à presque rien ; les Hongrois seuls obtinrent les places; ies biens inaliénables de la couronne furent distribués à des favoris.
Le roi abandonne en 1571 une nation 1371.
dont il n'est point aimé, et en livre la conduite à sa mère Elisabeth , sœur de Casimir. Pendant que celle-ci ajoute de nouvelles fautes à celles de soy fils, Louis reponce aux droits des rois de Pologne sur la Silésie, et cet abandon d'une province riche comble la mesure de ses torts. Le mécontentement de la noblesse fut tel , que le prince , menacé, se vit obligé à des concessions imoienses qui seules conjurèrent l'orage. Bientôt la noblesse devenant plus exigeante à mesure que les sacrifices étaient plus considérables, affaiblit entièrement la prérogative royale. Louis obtint en retour de tant de concessions la promesse de la survivance en faveur de ses filles.
Il fut établi que désormais aucun 1374.
autre impôt que celui dont nous avons »
parlé C/i-dessus ne serait payé par la no-
blesse ; que désormais les charges seraient à TÎe, et qu'aucun étranger ne pourrait les exercer ; que la garde des forteresses serait confiée à de simples gentilshommes. Une foule d'autres priyiléges assurèrent la tonte-pnissance de la noblesse.
€ette réTolution n'avait pu s'opérer sans être accompagnée d'une sorte d'ébr§nlement général. JLes Lithuaniens en profitèrent pour faire des incursions sur les frontières. La reine sollicitée de protéger le territoire tarda à prendre un parti. Les Polonais indignés massacrèrent cent soixanteHongrois qui setrouvaient à Cracovie. Elisabeth s'enfuit , Louis revient de Hongrie , remporte quelques avantages , et quitte aussitôt la Pologne, lui envoyant un vice-roi étranger.
Le roi de Pologne n'avait point de successeur; il proposa à une diète Sigismond , son gehdre ; et la noblesse vendit le titre de roi à ce prince moyen* nant de nouveaux privilèges.
i3Sa. ' Louis meurt; Sigismond veut faire valoir ses droits, la diète qui l'avait reconnu
ITE L HISTMiUS DE POLOGNE. g^
fait un premier usage de la toute-puissance qu'elle a conquise en le repoussant. On accorde la couronne à Hedwige, seconde fille de Louis , à condition qu'elle prendra un époux du choix des Polonais. Cette princesse encore enfant était absente ., et sa mère Elisabeth différait de la laisser partir. Une guerre de succession s'engagea entre deux concurrens ^ Ziemoyit, duc de Mazovie , et Sigismond. Ziemovit fut un moment reconnu. Les Lithuaniens pendant ce temps ravageaient la Pologne , conduits par le prince idolâtre Jagellon.
Hedwige parut enfin ; elle n'ayaitque i3 ans; on se hâta de la couronner » et parmi les prétendansà sa main on choisit ce même Jagellon , dont les mains fumaient encore du sang des Polonais.
La crainte donna un roi à la Pologne.
On espérait d'ailleurs beaucoup d'un prince qui promit d'incorporer au royaume la Lithuanie , la Samogitie et les provinces russes , long-temps dis^ putéës entre la Lithuanie et la Pologne.
Jagellon promit de plus de reconquérir les Palatinats envahis par les Teuto-
i 00 AESVME
niques. On exigea ayant tout qu'il se fît chrétien, et il y consentit sans se faire prier.
La jeune reine, quoique tourmentée d'une passion malheureuse , épousa néanmoins jfagellon qui fut baptisé^ prît le nom d'Uladislas , et qui tint une partie de ses promesses.
On ignore l'origine du duché de Lithuanîe. Entre les traditions nombreuses et variées, recueillies par les anciens historiens, la plus accréditée porte à croire que ce pays fut peuplé d'abord par une colonie échappée aux désastres de l'Italie , à l'époque de l'invasion des Barbares. La langue lithuanienne , qui offre beaucoup de mots latins, semble de nature à confirmer cette opinion. La Lithuanie avant Jagellon était idolâtre et barbare ; elle adorait le feu , le tonnerre, les forêts, certains arbres privilégiés , les serpens et les vipères ; ces divinités recevaient quelquefois des victimes humaines.
1387. Jagellon ne fut pas plus tôt chrétien qu'il forma le projet d'introduire sa nouvelle religion dans la province qu'il
Tenait d'incorporer à la Pologne. La reine et lui se chargèrent de ce soin , et réussirent sans beaucoup de peine.
Toutefois, dit un historien (i), la Lithuanie ne renonça pas entièrement à ses anciennes superstitions 9 et longtemps encore on continua dans chaque maison de nourrir un serpent comme un génie tutélaire. De retour dans son royaume, le roi n'y fut pas long-temps heureux. Ilétaitjaloux,etlareine Hedwige , qui l'avait épousé malgré elle , était imprudente et légère. Un courtisan, profitant de cette disposition , accusa la reine d'une correspondance ayec le riyal que la Pologne l'avait contrainte à sacrifier. Il ajoutait des faits plus graves encore. Mais lorsqu'il fut question de soutenir ces allégations devant les grands assemblés, l'accusateur se troubla, et il fut condamné à cette peine singulière qu^ l'on infligeait alors aux calomniateurs : il s'étendit par tj^rre , confessa qu'il avait menti comme un . •ir
(i) Rulhière. Anarchie de Pologne , t. I*'.^
. chien ^ et imita trois fois le cri cTui»
chien qui aboie. ^^^
1389. La Lithuanie, que Jagellon ayait sa-> crifiée à la Pologne , et qui d'ailleur»
était rhéritage de ses frères, troubla le règne tout entier de ce prince par des réyolte» Sttccessiyes. Un. prince de sa famille, pleio de vertus et de yices , mais particulièrement dominé par une ardente ambition , Yitoid , aouleya la population de cette proyince. Il se ligua d'abord ayec les Teutoniqued ; et Jagçllon , qui sur le trône parut ayoir écbaùgé son ancienne yaleur militaire contre le rare talent de négociateur, se détermina à céder la Lîthuanie à Vitold^ sans préjudice , il est yrai , de la souyeraineté qu'il se réseryait après la mort du grand duc.
, 3^ ^ Hedwige meurt, et Jagellon, dont l'amour jaloux ayait jusqu'alors ressemblé à la haine , en conçoit tant de chagrin qu'il y eut abdiquer. On a beaucoup de peine à lui foire comprendre qu'un trône yaut mieux qu'une femme; il se décide enfin à épouser une nièce de Gai»lmlrIII, et Si conseryer le sceptre. Lesh
DE l'hiSTOIAE I>B POLOGNE. lo5
Bohémien» venaient de déposer Taffreux Wehceslas, leur indî|p|e roi; ils offrent la couronne à Jagelfon qui refuse $ et conseille aux ambassadeurs de reprendre le tigre qu'ils ont chassé , et qui, dit-il , est sans doute corrigé~par Tinfoi^ tune. Jagellon ignorait que l'infortune ne corrige point les rois.
Le roi de Pologne a de yiolens dé- 1405, mêlés avec Tordre teuton îque. Après avoir vainement cherché à s'entendre, les deux ennemis livrent une bataille sanglante. Les chevaliers vaincus perdent f dit-on , cinquante mille hommes; mais le pacifique Jagellon , qui devait cette victoire à la bravoure de Yitold, en laisse échapper les fruits. Il donne aux chevaliers le temps de se reconnaître, et la guerre finit par un traité 14, ^ désavantageux.
Vitold avait étendu son pouvoir en Lithuanie; il conspira pour s'affranchir de la tutelle de Jagellon, mais celui-ci par un trait de maître rendit le complot sans effet en émancipant les Lithuaniens. Il leur accorda une constitution Mbre, persuadé ^ue désormais le despo-
to4 eesuhe
tisme deyiendrait impossible ea Lithuanien et espérant qfhe la fidélité de cette proyince serait un effet de sa reconnaissance. D'après i9^tte constitution, les Lithuaniens eurent un sénat sur le modèle du sénat polonais. Ils s'engagèrent* à n'élire leurs ducs que du consente- • ment de la Pologne; et, par une juste réciprocité, la Pologne promit de ne point élire de rois sans consulter les Lithuaniens.
»4*9- Des guerres continuelles, soit avec Vilold , soit avec les Teutoniques, trou^ blèrent les dernières années du règne de Jagellon , qui montra toujours plu»
d'habileté dans le conseil que de valeur sur le champ de bataitle,. et dont le règne est une suite non interrompue de transactions, soit avec 4'ennemi extérieur, soit avec les rebelles de Tîntérieur.
Ce prince fut presque toujours fidèle aux promesses que les grandslui avaient successivement arrachées. Une fois- cependant il panU oublier les conditions de son pouvoir. Un aeie émané du trône fut trouvé contraire aux sermens qu*îl:
DE l'histoire de POLOGNE. 105
ayait faits. Les nouveaux républicains , ne connaissant plus aucun frein , sous ses yeux même mirent l'acte en pièces avec leurs sabres (i)j^
Jagellon avant de mourir voulut as- i4^3.
surer la couronne à Uladislas, son fils aîné. Les grands profitèrent du besoin qu'on avait de leur consentement pour .
accroître encore leurs prérogatives.
Après avoir long-temps hésité , Jagellon fut contraint de les satiéfaire. 11 ratifia tous les privilèges accordés par ses prédécesseurs. Parmi les nouveaux qu'il accorda, on distingue les suivans :
il promit de ne conférer à aucun étranger les dignités et les charges de l'Etat ; à ne les donner qu'à des patriotes, propriétaires dans les provinces où elles devaient être exercées ; à n'en jamais disposer avant leur vacance. Il s'engagea à ne faire battre aucune espèce de monnaie, sans le consentement des prélats et barons u royaume ; et à ne faire arrêter ni punir aucun noble , sans l'avoir préalablement traduit devant se»
(i) Qkolskî. Orhis Poionus , t. T , p. S^g.
I06 AÉSIIHÉ
pairs. C'est ainsi que ^ de conquête en conquête, la Pologne marchait rapide-^ ment vers la république.
i434. L'élection d'UIadislas VI encore enfant rencontra quelques obstacles; il dut enfin la couronne à l'habileté de Sbignée, évêque de Craco?ic. Celui-ci ' imposa silence aux opposans, qui étaient en fort petit nombre ; il les menaça de les compter, et ceux-ci n'osèrent pas subir cette épreuye.
1435. Le règne* d'Uladislas VI tient plus de place dans l'histoire de Hongrie que dans celle de Pologne. Ce jeune prince^ déclaré majeur à seize ans, avait déployé des talens et une prudence supérieurs à son âge. La Lithuanie, qui fut, à l'ouyerture de son règne , la proie de discordes civiles excitées par deuxconcurrens à l'autorité, fut pacifiée , et un traité en garantit la souveraineté aux Polonais. Les Podoliens et les Russes, incorporés à la Pologne, se plaignaient de la rigueur des gouvernemens étrangers. Uladislas déclara qu'à l'avenir la noblesse de ces deux nations jouirait
DE X HISTOlftE DE POLOGTÏE. IO7
«les mêmes priyiléges que la noblesse polonaise.
Mais ce fut en Hongrie qu'Lladislas ^^^^ déploya particulièrement les hautes fa- i444. cultes dont Payait doué la nature. Nous abrégeons des détails qui ne se rapportent qu'indirectement avec notre sujet.
La Hongrie , renouvelée par la réforme de Jeai^ Huss, avait beaucoup souffert pour cette religion pendant le règne de l'empereur Sigismond. £Ue refusa de reconnaître son successeur Albert, et offrit la couronne d'abord à Casimir , frère d'Uladislas, et ensuite àUladislas, lui-même. Celui-ci quitte la Pologne , ^ui demeure sans prince ; triomphe du parti qui s'oppose à son avènement au trône de Hongrie; combat les Turcs qui , sous la conduite d'Amurat II , avaient porté leurs armes jusque sur le territoire hongrois; pousse plus loin ses avantages^ défait les infidèles, signe la paix avec eux, manque à sa parole avec l'autorisation et par les conseils de la cour de Rome, et meurt à vingt ans à la funeste bataille de Warna, justement puni d'un parjure en vain légi-
tOO RESUME
timé par le pape. Uladislas VI n'était pas sans vertus, mais son servile attachement envers la cour de Rome ternit ses exploits et déshonora son caractère. ^.
Uladislas VI avait confié le gouvernement de Lithuanie à son frère Casimir, et ce prince à la fois ambitieux et perfide n'avait payé Uladislas que d'ingratitude. La séparation de la Lithuanie était l'objet continuel de ses pensées. Quand il ne fut plus possible de douter en Pologne de la mort d'Uladislas , la politique conseilla cependant l'élection de ce dernier prince. On espérait par ce choix resserer de plus en plus l'alliance entre la Pologne et la Lithuanie. Après d'hypocrites refus, Casimir accepta, mais il commença par refuser de ratifier les privilèges nationaux. Il manifesta hautement l'intention d'affranchir la Lithuanie. Il se retira dans le duché, ne témoignant que mépris •pour les Polonais. Cette conduite hautaine excita de violens murmures. Une diète, réunie spontanément à Pétrikow, fut sur le point de prononcer sa dé-
C?béance que la prudence seule conseilla d'ajourner. On se borna pour le moment à former une confédération contre le roi. Toute. la noblesse se leya en masse, et cette attitude imposante effraya Casimir qui , après avoir tergi- Tersé , finit par tout accorder.
Les cheyaliers teutoniques^ établis i/|54.
dans la Prusse , et usurpateurs de plusieurs provinces polonaises, recueillaient le prix de leurs exploits et de leurs trahisons, à l'abri de la protection de l'empereur, qui encourageait avec soin une puissance hostile contre la Pologne. Mais la prospérité avait sensiblement altéré la vertu guerrière de ces moines. Perdant de vue' le but de leur institution , ils ne songeaient plus à combattre les infidèles , et se plongeaient dans les débauches. Les Prussiens étaient courbés sous le joug le plus intolérable. Nobles et plébéiens étaient réduits à une avilissante égalité de servitude; leurs biens, leur vie même, appartenaient aux tyrans. La pudeur des femmes était l'objet du mépris de ces moines dissolus; enfin ils ofTraicnt
110 EESVilE
tous les vices du prêtre qui s'est une fois aiSranchi des bienséances de son état.
Une si honteuse oppression ne pouvait durer. Les Prussiens se révoltent; ils envoient des ambassadeurs au sénat de Pologne , et il est décidé qu'on leur prêtera secours. Les insurgés li'avaient point attendu la réponse 5 et la Prusse offrait déjà tout le désordre d'une révolution. Casimir assemble une armée ^ mais, inhabile général, il est d'abord vaincu. Alors la noblesse polonaise offrit un grand exemple,, en contribuant d'une partie de ses revenus pour soutenir la guerre. L'ordre teutonique fut enfin vaincu, après une guerre de douze années. Un traité conclu à Thorn rendit à la couronne de Pologne le duché de Poméranîe, les districts de Gulm, de Michalow, Dantzig, Ma rienbourg, Elbîng et toute la Prusse royale.
L'ordre ne conserva que la Prusse ducale, et encore il fut arrêté que désormais, vassal de Pologne, il njélirait aucun grand -maître sans le consentement du sénat.
DE rmSTOIAE DS POLOGNS. 1 1 1
Cette longue et dispendieuse guerre liSG.
avait épuisé les finances de la Pologne.
La paix ne fut pas plus tôt signée que les troupes licenciées réclamèrent leur solde arriérée depuis long-temps. Il fallait de nouveaux impôts. Une nation appauvrie veut connaître Fétat et l'emploi des tributs qu'on exige d'elle. On indiqua une diète; mais comme les assemblées 5 jusqu'alors composées de la totalité des nobles, étaient toujours orageuse» et diffieiles ù gouverner , les besoins étant pressanS) chaqud palàtinat convint d'envoyer deux députés avec un mandat impératif. On espéra former ainsi une assemblée plus éclairée et moins tumul- .
tueuse. Ce premier essai fut heureux; et Ton résolut de perpétuer ce système de représentation nationale. On donna aux députés le titre de nonces terrestres.
Il fut arrêté que ces nonces auraient le droit de s'immiscer dans tous les détails du gouvernement : ce furent des tribuns à l'exemple de Rome ; c'était se préparer pour l'avenir des dissensions et des embarras redoutables.
La fin du règne de Casimir lY fut f47''
troublée, d'abord par une guerre de succession élevée en Bohème, où les suffrages d'i^n parti appelèrent successivement les deux fils du roi de Pologne ;- et ensuite par la perfidie des Lithuaniens, qui, voulant toujours se séparer de la Pologne et s'emparer de la Podolie, ou vrirent leur territoire aux Tartares. Cette rébellion armée fournît aux Russes l'occasion de reconquérir une portion de leurs provinces. Ywan, duc de Moscovie , guerrier et politique fameux, offrit de repousser les Tartares, et, pour prix de ce service , on ne put lui refuser la restitution des provinces qu'il avait délivrées.
1492. Casimir IV meurt cette année, peu regretté des Lithuaniens, qa'il n'avait pu servir à leur gré, et des Polonais qu'il avait gouvernés sans talent et sans patriotisme. Les guerres qu'il eut à soutenir réduisirent la Pologne à un état de détresse , qui survécut longtemps encore à ce prince.
Casimir avait laissé plusieurs enfans.
La diète, qui s'assembla pour choisir son
' successeur, fut orageuse. On se parla-
BB L^HISTOIBE DE POLOGNE. 1 l3
gealt entre Jean Albert, Alexandre et. Sigismond, tous trois fils de Casimir. ..
Quelques-uns eussent préféré le duc de MazoYie , de la famille des Piasts. Pou^r la première fois peut-être on rit les concurrens entourer les électeurs de leurs soldats 5 et la diète électorale ressembler à un champ de bataille. Jean Albert fut plutôt élu par des acclamations confuses que par le suffrage raisonné du sénat et des députés. Son frère Alexandre fut choisi par les Lithuaniens, qni essayaient encore de temps en temps quelques actes d'indépendance.
Jean Albert était un prince sans caractère 9 sans Tues , et surtout sans mœurs : il fut, disent les historiens, plus subjuguéencore par ses favoris que par riiumeur inquiète des grands. Il avait eu pour précepteur le fameux Buonaccorsi , connu dans Thistoire sous le nom de Callîmaco, dont il s'était affublé en Italie, à l'époque où Pomponius-Lœtus et plusieurs autres savans, formèrent de concert une académie, et changèrent leurs noms en noms latins
i^gh.
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ctgreçs. Ce Callimaque ayant encouru la disgrâce de Paul II, s'était réfugié en Pologne , et Casimir l'avait chargé de réducation de ses enfans. Mais, plus porté à Tîntrigue qu'attaché à ses devoirs, il avait, par ses complaisances, captivé la faveur de Jean Albert, et celui-ci le nomma son premier ministre lors de son élévation au trône. Callimaque conseilla au roi des actes insensés ; il lui fit refuser l'alliance de la république de Venise , et l'engagea plus tard dans une guerre contre les Turcs.
La. perfidie du Vayvode de Valachie , vassal de la Pologne , détruisît presque entièrement l'armée de Jean Albert.
Sous ce faible monarque^ la Russie parut vouloir sortir de l'état de nullité où elle était plongée. Ywan, dont nous avons déjà parlé, prit le nom de souverain de toutes les Hussies, et chercha à envahir une portion de la Lithuanie. FI fut soutenu par le kan de Crimée ; mais heureusement l'intervention de Schumatei, kan des Bulgares, nation tartare qui habitait au-delà du Wolg^, arrêta les projets d'Ywan^ contrariés d'aiUeiirf
DE l'hISTOIRK de POLOGNE. 1 1 5
par la lâcheté de Démétrius , son fils ^ qu'il ayait chargé de cette expédition.
Après ayoir exposé le royaume à plu- i5oi.
sieurs inyasîons , et encouragé par sa moilesse la rébellion de Tordre- teutonîque , Jean Albert mourut presque subitem'ent^ et laissa la Pologne plus affaiblie encore qu'il ne l'avait trouvée»
A Jean Albert succède son frère '***** Alexandre , grand-duc de Lithuanie. Les mêmes concurrens qui avaient disputé la couronne à la mort de Casimir IV, avaient reparu; mais la dièle polonaise préféra un prince qui offrit d'unir définitivement la Lithuanie à la Pologne. Eclairée sur ses yrai^ intérêts , cette province courut cette fois au-dei^ant d'une alliance utile aux deux peuples ;; et cette réunion définitive dura jusqu'à k destruction de la république polonaise.
la constitution de la Lithuanie acquit nne stabilité qu'elle n'avait point encore pu obtenir depuis Jagellon^ Il fut con- Tenu que désormais les Polonais et les Lithuaniens ne feraient plus qu'un seul peuple, soumis au mJipetJKBgi^que ce
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roi serait toujours élu dans la Pologne; mais que la Lithuanie enverrait à la diète ses grands et ses nonces* Les deux nations ne devaient plus avoir désormais qu'un même esprit^ les mêmes prérogatives, une monnaie pareille.
Pertes et bénéfices devenaient communs entre elles. Toutefeis chacune conservait ses tribunaux et son système judiciaire.
Alexandre ne gouverna pas mieux la Pologne que Jean Albert. Esclave des favoris, comme son prédécesseur, il aliéna pour eux une partie des domaines de la couronne , et favorisa leurs déprédations. ^
Son règne, qui dura à peine cinq ans, fut troublé par les Russes et par les Tartares de Crimée. Nous avons dit que, sous le règne précédent, la Pologne ^ menacée par le duc de Russie et par le kan de Grimée , avait dû son salut à l'intervention de Schumatei , kan des Bulgares. La Pologne avait promis à ce chef barbare des secours en hommes et en argent. Loin de son pays, avancé dans les terres, exposé aux hostilités de
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son ennemi , il ayait de ces secours un pressant besoin. M^is la Pologne, le payant d'ingratitude, négligea de tenir ses pronaesses. Une partie des troupes de l'infortuné Schumatei désertèrent à l'ennenai; abandonné, yaincu, il erra lopg-lemps dans les déserts de la Podoiie. On ^'arrête ; il est traîné à Wilna ; et ce même peuple qu'il avait secouru , le plonge dans un cachot. On le conduit devant une commission , qui prétend avoir le droit de le jiiger : « Je ne vous reprocherai point votre ingratitude , dit le magnanime Tartare, mes fers, ma nudité, ma misère, vous les reprochent assez; si j'étais tombé dans les mains du kan de Crimée, qu'eût-il fait de plus?
Songez, Polonais, qu'il est dans le ciel un être au-dessus de toutes les puissances , qui tôt ou tard punit les perû^ deSi Pensez-vous que son courroux ne s'allume pas en voyant un prince captif au milieu des alliés auxquels il a sacrifié son sang, ses États, son armée?
Vous nous traitez de barbares et d'infidèles! Mais vous, qu'êtes-vous en ce moment?.... Je vais vous apprendre à
irS RÉSUMÉ
eonnaître ces Tartares que vous méprisez : rendez-moi ma liberté, j^'assem-* blerai une nouvelle armée ; et c'est par de nouveaux services que je me vengerai de votre ingratitude. » La magnanimité blesse les ingrats; on retint le Tartare dans les fers* Les barbares alors étaient les Polonais. On rechercha Talliance du kan de Crimée; û signa la paix 5 et la viola aussitôt par une trahison dont la Pologne avait perdu le droit de se plaindre. Les Polonais remportèrent alors une victoire qu'ils n'avaient pas méritée.
i5o6. Mort d'Alexandre. Sîgîsmond, son ft*ère f fut élu 'sans obstacle. C'est ki première fois que la diète se montra unanime ; elle n^eut pas lieu de^ s'en repentir.
Sigismond commença son règne avec le seizième siècle ; plein de nobles idéed et doué d'un grand caractère, il prît son rang parmi les princes, qui à cette époque donnèrent une vaste impulsion à la civilisation européenne. Le royaume de Pologne se dessine alors au milieu du contint^pt renouvelé. Il s'élève à un
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degré de puissance et de grandeur jusqu'alors inconnu. Les Polonais résistent aux MoscoTites, et remportent sur ce peuple, encore barbare^ d'éclatantes victoires; ces triomphes 9 il est vrai, ne .
produisirent que peu de sensation dans r£ttrope 9 «coupée de débats bien autrement intéressant.
L'ascendant des yertas â^e Sigismond le rendit également resp ecta b le à ses peuples et à ses voisins^ L'empereur Maximilien, d'abord son «nnemi, rechercha son alliance; et, après la niort de celui-ci, Sigismond fit prendre à la PoIogn€^■ne place honorable en Allemagne, en lui obtenant le droit de TOter dans la «Hète impériale. L'influence du monarque polonais contribua puissamment à l'éléyation de Charles^V,>dont le règne devait être à jamais Ulustfé ^ tant par le grand caractère de ce prince que par ces longs démêlés avec François I", priâoe non /noins illustre.
Mais, plus que ces guerres politiques , deux grands événemens devaient concourir à changer entièrement l'aspeot de l'Europe. L'art de reproduire et de
multiplier les lumières, rimprîmerîe avait été découverte depuis un demisiècle , et déjà la civilisation en éprouvait les heureux effets. La réformatioh prechée par Luther, dans les premières années du seizième* siècle , avait éveillé dans l'esprit humain des idées nouvelles, et lui avait révélé des droits nouveaux.
De ces deux causes fécondes sortit la vaste révolution qui s'opéra pendant le seizième siède dans l'intelligence humaine.
Sigismond chercha à propager dans la Pologne les lettres et les sciences, premiers fruits de l'inventio^ï de Guttemberg. Il multiplia les collèges > les monumens des arts; les villes devinrent plus florissantes, les maisons plus commodes, les campagnes mieux cultivées; le bonheur des individus, l'art si précieux des jouissances de la vie, firent de sensibles progrès. Les modèles de l'éloquence et de la poésie, offerts à la jeunesse, perfectionnèrent son éducation , et s'unirent aux combats de la tribune pour élever le génie des Polonais.
Bientôt les diètes ressentirent les heu-
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reux effets de cette révolution ; on y entendit retentir cette éloquence tout à tour audacieuse et touchante qui ùt la gloire des tribunes antiques.
Mais le monarque polonais fut moins bien inspiré à l'égard des partisans de la réforme religieuse. La Pologne était depuis des siècles politiquement protestante; la perpétuer dans l'esclavage religieux était un contresens et une faute. Sigismond persécuta les partisans des idées nodvelles ; mais les échafauds allèrent contre son but , et bientôt dés villes entières , Dantzig par exemple , furent conquises aux doctrines de Luther.
Ces doctdnes firent une conquête ,5^5^ plus extraordinaire. Albert , grandmaître de l'ordre teutonique, poussé par une ardente ambition, après avoir levé l'étendard de la révolte contre la Pologne , conclut avec elle un traité , par lequel il conserva pour lui seul une portion de la Prusse; il embrassa la réforme de Luther, anéantit l'ordre tcutonique, et devenu puissance séculière, jeta les preniiers fondemens
Dig,t,zedbyG«)f)gIe
ltV2 BESHME
d'un électorat, qui depuis fut érigé en royaume de Prusse, et qui, par un singulier retour de la fortune, a contribué au déiuembrement de la Pologne.
Sigismond se fit aimer de l'empereur et respecter du sultan, qui peadant son règne désola la Hongrie. Formidable à tous ses Toisins , souyent victorieux , il captiva tellement la confiance des Polonais , que de son vivant même ils décernèrent la couronne à son fils Sigismond- Auguste.
La civilisation, qui fit de rapides progrès sous Sigismond I", n'affaiblit en rien les vertus républicaines des Polonais. Un trait sublime de courage , précieusement conservé par les historiens, révéla dons un des citoyens de cet Etat libre l'âme d'un nouveau Scévola. Ce courageux Polonais se nommait Trepka.
Le général lithuanien Glinski avait trahi sa patrie, et Sigismond regrettait cet habile capitaine. On apprend qu'il éprouve de violens remords, et que la crainte èeule du supplice le retient sous les drapeaux ennemis. Trepka, simple
DE l'histoire de POLOGNE. ia5
soldât, offre de s'introduire dans le camp moscovite , de sonder le transfuge et de lui promettre son pardon. Jeune encore , on peut douter de la prudence de Trepka; mais il s'exprime ayec tant de noblesse et de franchise que l'on ne balance pas à lui confier une mission si périlleuse. Il entre déguisé dans , l'armée ennemie , il trompe les gardes du camp et cherche la tente de GKnskî..
Mais son air étranger et curieux , son langage , font concevoir des soupçons :
on le charge de chaînes ; on veut lui arracher le secret de sa conduite ; il se tait, ou répond évasivement. Alors un brasier s'allume; l'infortuné est attaché à' une broche , et l'horrible et long supplice qu'il endure ne lui arrache pas un cri de douleur. Lentement consumé, îl meurt enfin , emportant avec lui son secret et admiré de ses bourreaux euxmêmes.
A ce récit d'une action sublime , opposerons-nous un fait ridicule , attesté par l'historien Bielski, mais qui prouve que l'espèce humaine ne change point, et tourne constamment dans le même
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cercle de yerttis et de crimes , de beaux exemples et d'absurdes folies. Sous le règne de Sigismond P% un gentilhomme polonais nommé Jacques Metinski y gouverneur de Brezin , voulut se foire passer pour Jésus-Christ; et dans le même temps un autre personnage nommé Pierre Latorski, haBitant de Cracovie, s'attribuant le même nom, parvint à réunir douze imposteurs de son espèce, et leur donna le nom des douze apôtres. Il se mit à parcourir les villes et les villages , accompagné d'énergumènes, qui se prétendaient possé-dés du démon. Le faux homme-Dieu, par de grossières manœuvres, faisait voir à une populace ignorante de prétendus miracles. Il ressucitaitdes morts de bonne volonté, qui avaient été payés pour cela; il faisait cuire du pain dans un four sans feu ; au moyen de ces prodiges il tirait de grosses sommes des citoyens crédules. Cette farce grossière se passa au commencement du règne de Sigismond I".
i548« Sigismond-Auguste, son ûU, ne parut pas d'abord répondre à la confiance de
la nation qui, dérogeant à ses nouyelles lois, rayait élu du vivant même de son père. Il paraît que ce prince avait conçu le dessein d'anéantir les libertés naissantes de la Pologne , et de dompter la fierté des assemblées jnationales. S'étant marié secrètement à la fille du palatin Radziwil , il déclara cette union à la mort de son père, et somma la diète de ratifier son choix. Cette proposition excita de violens murmures. « L'Etat, disaient les nonces , a besoin d'alliances utiles : il doit régler celles des rois. Où sont les avantages que le royaume peut se promettre de celle de Sigismond?
Quels secours, quels biens, quelles ressources peut lui apporter la fille d'un simple sujet.
On délibéra si le mariage ne serait pas cassé. Un orage se formait sur la tête du monarque : il osa l'affronter.
Pierre Kmitha , palatin de Cracovie , ayant voulu prendre la parole , après un assez gyand nombre d'orateurs, le roi, ne pou vaut modérer son impatience^ lui ordonna de se taire. Tous les membres de la diète se lèvent alors avec un
ia6 RÉsvBié
sentifnent de douleur ; le plus jeune des sénateurs, Raphaël Leczinski , prend la parole 9 et, d'une Toix imposante et fière , il demande au roi s'il oublie Fe caractère des hommes auxquelâ if commande. « Nous sommes Polonais, dft-îl ; et les Polonais-, si tous ne les connaissez pas , se font autant de gloire d^ho-^ norer les princ\es qui respectent les loîs^ (jue d'abaisser la hauteur de ceux qui les méprisent. Prenez garde qu'en trahissant vos sermèns vous ne nous rendiez les nôtres. Le roi, votre père, écoutait nos avis. Il nous appartient de vous contraindre d'écowter ceux d'une république dont vous n'êtes que le premier citoyen. » •
Le roi n'osa se fâcher de ce discours , accueilli par d'unanimes applaudissemens. Mais tel- fut le regret qu'il éprouva de l'impossibilité où il se trouvait de ressaisir le pouvoir, qu'il fut, dit-on, près d'abdiquer la couronne. Il tenta une seconde fois de triompher et ne put réussir. Il en appela à l'opinion publique, en faisant afficher un manifeste dirige contre les sénateurs : partout il
échoua. Vaincu, il fallut faire de nou- Tclles concessions aux assemblée^. Désormais le royaume de Pologne s'était effacé devant la république polonaise.
Mieux instruit de sa position, Sigismond-Auguste n'agit plus qu'avec une circonspection extrême ; et pendant le reste de son règne, ne pouvant se montrer absolu, il déploya autant de prudence qu'il avait dans son début fait voir de témérité et d'ineonsidération.
Cette prudence devenait plus nécessaire que jamais dans les circonstances graves où il se trouvait placé. Le luthéranisme faisait chaque jour de nouveaux progrès. Les doctrines de Zwingle , de Calvin, de Mélancthon, rencontraient également de nombreux sectateurs. Les abus de la religion romaine n'avaient pas été moins intolérables en Pologne que dans le reste de l'Europe. Aussi la réforme trouvait-elle des soutiens jusque dans le sénat, et même parmi les évêques. |Dans une diète réunie à Pétrikow, Raphaël Lecz^nski, cité plus haut, tonna contre les débordemens des évêques, qu'il qualifia de fléaux de la na-
lao REStME
tion. « C'est 9 dit-il, par leurs mauTaÎ9 exemples que la religion s*est affaiblie, que la pureté de la foi a été souillée. De là cette horreur qu'ils ténaoignent.contre ceux qui, remontant aux premiers siè-' clés de l'Église, y retrouvent la véritable pratique des lois religieuses; de là ces proscriptions , ces meurtres , ces assassinats , ce droit de vie et de mort qu'ils s'arrogent sur les citoyens libres. » Tous les ordres de l'État applaudissaient. Si le monarque , d'ailleurs partisan des nouvelles idées, eût voulu profiter, des dispositions générales , c'en était fait de la religion romaine en Pologne. La réforme eût ajouté cette conquête à celles de l'Angleterre , de la Suède , et de plusieurs autres nations.
Sigismond redouta le clergé, il voulut ménager la cour de Rome. Il ne se prononça pour aucune communion en particulier; il tint la balance égale entre toutes. Le catholicisme, dont la tendance est de tout envahir, dutalors son salut à la tolérance qu'il proscrit.
' , La république avait joui depuis le commencement 4e ce règne d'une paix
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assez solide. De longues guerres marquèrent sa fin. Sigismond I" avait porté le dernier coup ù Tordre teutonique^ enfin anéanti par l'abjuration d'Albert, duc de Prusse. Son fils humilia les chevaliers porte-glaive de Livonie^ autre société monacale et militaire, dont l'origine différait d^ celle des chevaliers teutons, mais qui, dans le siècle précédent, avait fait cause commune avec eux. LaLivonie fut conquise par la Pologne. Jean Basilide, czar de Russie, agresseur barbare, fut également vaincu par les Polonais. Les Russes , encore sauvages et grossiers , ne faisaient aucuns progrès dans l'art de la guerre ; il est vrai que, plus nombreux [que les Polonais, ils réparaient aisément leurs pertes; la Pologne s'affaiblissait plus par ses triomphes que les Russes par leurs défaites.
Sigismond meurt, en 15^2, regretté 157a de la nation ; on date du règne de ce prince la renaissance des lettres en Pologne (1) ; avec lui s'éteint la race des ■■ t . I ■'■ ' ■■ ■■ ■'■ - >
(0 Voyez Vlntroduction.
l5o RÉSUMÉ
Jagellons , qui fut beaucoup moins féconde en grands hommes que celle des Piasts , mais sous laquelle les Polonais se constituèrent progressirement ettrépubliqne. Avant de poursuivre cette histoire , nous offrirons une esquisse de cette constitution, qui s'était insensiblement formée depuis Casimir III, et qui, à cette époque, paraît à peu près fixée.^
COWSTITBTIOÏI POtONJ^rSÏ.
Nous avons précédemment exposé en peu de tnots la nature du gouvernement polonais sous les rois piasts. Les lois et les traditions qui prévalurent alors, ne furent pas tout d'un coup anéanties et effacées de la mémoire des hommes. La vie politique d'une nation ressemble à une chaîne. Les anneaux dépendent les uns des autres ; tout s'y lie sans lacune ; et dans un nouvel ordre de choses $ il se trouve encore une foule d'institutions qui appartenaient à l'ancien. La liberté polonaise n'arriva pas tout armée ; elle vivait dans les mœurs et dans la pensée des citoyens
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aTant d'être garantie par un code de lois. Ainsi, en offrant rapidement les principales bases de la constitution écrite en 1 5^5 , nous serons obligés de rappeler des institutions qui appartiennent àdes temps passés , et comme cette constitution, encore imparfaite sous plusieurs rapports, fut plus tard complétée , et même réformée, nous serons également forcés d'anticiper quelquefois sur rayenir.
Le premier fait qui nous frappe en Pologne , ce sont les conditions également extrêmes des deux grandes classes de la société. Les nobles jouissent d'une liberté sans règles , et les paysans sont plongés dans un esclavage sans bornes.
Confondu ayecla terre qu'il cultive ^ le pay&an fait partie du revenu de son maître, sa vie même appartient à ce dernier (i). Cet état de choses rendait,
(i)Dlugoss. Ilist, Polnnica. Solignac, Hist, générale de Pologne , tome lïT.^TMaïtcbrim.
Tableau de la Pologne. Roch. Révolutions de V Europe, Histoire universelle , d'après Langlais^tom. XLII, Contant tVOrvillc. Histoire
ï52 RESUME
selon Montesquieu, raristocratie de Pologne la plus imparfaite de toutes les aristocraties (i).
La république polonaise , en conséquence, se composait de la noblesse seule, qui formait le corps principal d'une nation libre et souveraine. Entre les nobles, il régnait «ne parfaite égalité ; cbacun d'eux participant à l'action des rois , et pouyant même ajpîrer au trône. Ils exerçaient leurs droits, soit immédiatement , soit par leurs délégués ; ils remplissaient toutes les fonctions civiles , religieuses , militaires.
Seulement pour être actif, nn gentilhomme devait posséder un arpent de terre. A ce moyen , le plus riche des nobles était Fégal du plus pauvre; et, celui-ci fût -il même au service de l'autre, il devait l'appeler Monsieur mon frère.
Souverain absolu dans ses terres, tout gentilhomme était exempt d'im-
des dlfférens peuples du monde» Rulhière.
Anarchie de Pologne , etc.
(i) Esprit des lois, liv. Il, ch. IV.
DE l'histoire de POLOGNE. l55
pots; tout ce que laissait un étranger, mort dans «es domaines sans héritier, lui appartenait par droit de déshérence. Aux nobles seiils était réservé le droit d'exploiter les mines et les salines, dont l'étendue est immense en Pologne.
Un noble polonais possédait de plus le dçoit périlleux d'entretenir des troupes à ses frais et d'élever des forteresses.
( Ces troupes se nommaient troupes de famille; ) droit funeste qu4 a contribué à la destruction de la république.
La justice n'était pas égale pour les paysans et pour la noblesse. Aucun gentilhomme propriétaire ne pouvait être arrêté , sinon ddns les cas de vol , de viol , de meurtre, oud'inyasion à main armée : encore dans ce cas , sa détention ne pouvait excéder une année et six semaines. Il comparaissait devant le tribunal le sabre au côté , et on ne le désarmait qu'après la condamnation.
Mais le droit de noblesse se perdait par l'exercice du commerce ou d'un métier quelconque, par l'emploi dans les charges municipales des villes non
privilégiées, par la condamnation ù des peinôs infamantes.
Tel était le corps sourerain de la Pologne. Il se composait tout au plus de cinq cent mille individus de tout âge et de tout sexe.Il régnait sur environ douze millions de serfs, un million dejuifs, etc.
Passons à la forme du gouvernement.
La république se composait de troid ordres y Tordre des sénateurs , Tordre équestre et le roi. Le premier de ces ordres se divisait en cinq classes;. le prince primat, archevêque de Gnesii^, et les évêques, au nombre de dix-sept, ibrmaiept la première. Trente-trois palatins on vayvodes , trois castellans et un staroste , ayant rang de palatin , formaient la seconde.Les palatins étaient les gouverneurs des différentes provinces; les castellans étaient les gouverneurs de châteaux royaux ; on appelait starostes les titulaires de starosties ou domaines que le roi avait le droit de donner â certains nobles, pour en jouir durant leur vie. Dans la troisième et quatrième classe des sénateurs on reqoarquait trente - quatre castellans de
DE l'histoire de POLOGNE. l35
premier rang et quarante-neuf du second* Enfin douze grands dignitaires 9 nommèd ministres d'état^ formaient la cinquième classe. Le premier des sénateurs était TàrcheTêque de Gnèsne ; c'était f après le roi , la première personne de l'État. Pendant les interrègnes, il exerçait les fonctions de vicaire de la république. C'était lui qui envoyait les universaux ou circulaires pour la convocation des diétines qui précédaient la diète d'élection.
L'ordre équestre 9 que Ton nommait aussi pospolite^ comprenait toute la nor blesse , représentée dans les diètes par les députés ou nonces. Ces députés étaient nommés de la mauière suivante:
1 56 RÉsuaii '
Le roi ne possédaitqu'une autorité fort restreinte. Là nomination à presque tous les emplois^ la distribution de tous les honneurs lui appartenaient. C'était lui qui nommait aux places vacantes dans le sénat; il conférait toutes les dignités de la couronne et de Lilhuanie , toutes les starosties ou domaines royaux. Son trône était environné du plus brillant éclat. Le roi gouvernait par dés ministres qui appartenait encore plus à la république qu'à lui-même, et dont le chef était le grand-maréchal de la couronne; ce dignitaire avait en outre la police des diètes. Un autre dignitaire non moins puissant était le Hetman, ou maréchal des armées, que l'on appelait grand -général. Cette èhirge, créée vers le milieu du seizième siècle , fut d'abord temporaire , et ne devint que long-temps après l'attribution d'un ministre du roi.
L'autorité royale fut bornée , comme nous venons de le dire , après la mort du dernier des Jagellons; on rédigea des capitulations, connues sous le nom de
DB l'fllSTOIRB DE POl.O«NV. 1^7
Pacta coiwenta^ d'après lesquelles il fut établi y
l^ Que rélectîon des rois resterait toujours au pouTOÎr de la république, et que le roi , de son vivant , bien loin de nommer son successeur, ne concourrait ni directement ni Indirectement à cette nomination ;
2\ Que le roi ne prendrait plus le titre de seigneur héréditaire , que prenaient les Piasts et les Jagellons ;
5vQue le roi ne pourrait, sans le consentement unanime de la diète , déclarer la guerre; ordonner une levée en masse ; augmenter l'impôt, ou les droits de douane , ni même envoyer des ministres aux cours étrangères pour affaires majeures;
4*** Que dans le cas où les opinions du sénat se trouveraient divisées , le roi serait tenu de se ranger du doté des sénateurs qui voteraient conformément à la loi, ou au plus grand avantage du bien public;
5*. Que les diètes ordinaires seraient convoquées absolument tous les deux ans, et plus souvent s'il était nécessaire,
i58 RÉsimÉ
leur tenue ne pouvant se prolonger audelà de six semaines ;
6\ Que les charges de l'État ne seraient conférées, ainsi que les dojnaînes royaux, qu'aux nobles polonais, à l'exclusion des étrangers ;
7". Que le roi ne pourrait conclure ni mariage ni divorce sans le consentement du sénat;
8*. Enfin que dans le cas gik le roi manquerait en quoique ce fût aux droils,libertés, immunités^ ou à tout ce qu^il aurait juré dans les pacta conventuy ses sujets seraient par là même déliés de toute obéissance.
La pliy9iofU>mie d'un peuple libre, ses mœurs, ses passions, son caractère enfin , c'est dans les as«emliiées publiques, c'est à la tribune ^u'il &ut les étudier. Ofiroris un aperçu des diètc$ polonaises. Ou donnait ce non» à la rèu-* nion des ordres assemblés.
On distinguait deux sortes de diètes !
les diètes ordinaires et les diètes extraordinaires. Les diètes ordinaires étaient assemblées tous les deux anS(5;Jç^(iutrcs
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aussi souvent que le besoin de i'Ëtat Fextfceait.
C'était un imposant spectacle que celui d'une diète assemblée. Les portes de la salle étaient ouvertes , et chacun y avait un libre accès ^ parce qu'on devait y traiter du bien public. Le roi occupait un trône élevé; les grands-offioîers se plaçaient sur les marches. Sur deux lignes on voyait le primat et lessénatefirs; les ministres étaient en face du roi; les nonces autour d'eux et debout.
La première opération des nonces était l'étection d'un maréchal ou président : il devait être alternativement choisi parmi les nonces de la grande ^ de la petite Pologne et de la Lîthuanie.
Le maréchal éiu conduisait ensuite les .
nonces dans la salle du sénat; et là il haranguait le roi assis sur son trône. Cette cérémonie s'appelait V Union des îionces avec te sénat. Alors le grand chancelier proposait , au nom du roi ^ les matières dont l'assemblée devait s'occuper. Après une délibération de trois semaines les nonces retournaient dans leurs chambres, et prenaient des résolu^yj^s.f Tou-
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tefois, rinttiative royale était limitée par des exceptions ; ainsi les nonces avaient le droit de faire des motions sur des objets d'intérêt public, et cette faculté leur oifrait le moyen de traduire i'administralion tout entière à la tribune.
On croit que jusqu'en i652 les délibérations furent prises à la majorité des voix. Ce principe toutefois n'avait rien de fixe et manquait de garantie constitutionnelle , puisqu'à cette époque l'opposition du nonce Sicinskid'Upita, en Lithuanie , donna lieu à l'établissement d'un usage , depuis transformé en loi , d'après lequel on reconnut , sous le nom de Liberumveto, le principe de l'unanimité absolue. La protestation d'un simple nonce put dès lors interrompra toutes les délibérations 9 et son absence même volontaire put enchaîner l'activité d'une diète. Reconnaître à chaque député un droit aussi extraordinaire, c'était légaliser le désordre, et ériger l'anarchie en système.
Comment obtenir en eifet l'unanimité dans une assemblée composée de mem-
DE l'histoire de POLOGSE. l^\
bres dont les esprits étaient nécessairement divers , séparés par leurs intérêts respectifs, souvent même enchaînés par les mandats de leurs commettans?
Plus d'une fois l'unique moyen d'arriver à un résultat fut le massacre des opposans ; plus souvent encore il fallut se séparer sans avoir rien résolu. Tantôt un député, soldé par l'étranger ou retenu par d'aveugles scrupules, empêchait toutes les résolutions ; tantôt un mauvais citoyen rendait l'assemblée incomplète par Une fuite volontaire. On appelait cette acticwa rompre la diète.
(Le siège des diètes ordinaires et^extraordinaires étaitVar sovie pour les deux premières, et Grodno enLithuaniepour la troisième. L'issue de ces assemblées était suivie de diétînes nouvelles, dans lesquelles les nonces rendaient compte de leur gestion à leurs commettans.
Outre ces deux, classes de diètes , il en existait d'autres que Ton nonunait diètes à cheval {comitia paludata), par opposition aveclespremièresqui s'appelaient diètes pacifiques {comitia togata).
Ces diètes se tenaient en rase cam-
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pagne. Les noncesy paraissaient armés, et rarement elles se terminaient sans effusion de sang. Le spectacle qu'offraient de telles assemblées , uniques en Europe , rappelait les commices romains ^ ou les champs de mai des anciens peuples de la Germanie et de la Gaule. C'était ordinairement dans ces diètes que Ton choisissait les rois. Le lieu choisi pour l'élection était voisin du rillage de Wola , à peu de distance de VarsoTÎe. Un rempart et un fossé l'environnaient; et trois portes ^ pratiquées dans cette murailk , avaient leur direction , l'une vers l'orient pour la Grande-Pologne 5 l'autre vers le midi pour la petite-Pologne, et la troisième vers l'occident pour la Lithuanie.
On construisait pour le sétiat un édî*fice de bois nommé schopa. Les nonces se tenaient en dehors; le lieu de leur assemblée s'appelait kolo , c'est-à-dire cercle. Les spectateurs nobles étaient rangés dans le camp dans l'ordre de leurs palatinats respectifs. Rien n'approchait de la magnificence de ce spectacle; d*un côté, la rtobktsse couverte
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d*arines brillantes , et montée sur des coursiers superbes ; de l'autre, l'archerêque de Gnesne et le clergé invoquant à genoux la lumière céleste ; ces bannières déployées , ces ambassadeurs étrangers , surpris d'un aspect si nouveau pour eux y tout offrait Taccord d^ la liberté antique et de la moderne che^ yalerie.
Depuis 1673 jusqu'en 17649 la noblesse conserya le droit de voter individuellement pour l'élection des rois.
Alors l'unanimité était de rigueur ; et cette nécessité devenait une source de combats et de scènes sanglantes. Souvent l'élection restait indécise entre deux candidats; alors la guerre civile devenait inévitable. Mais ce fléau heureusement rare chez les autres peuples' devenant commun en Pologne^ il fut par l'usage même soumis à certaines règle$, pftr l'exposé desquelles nous terminerons ce ohapitre.
Lorsque plusieurs pa.rtis se disputaient l'empire , un d'entre eux, se présentant comme le seul interprète légi- ' tîme des lois, formait une confédération.
l44 RESUME
Un acte était- dressé, signé par les dî- Yers confédérés , rendu public et présenté à la signature de tous les palatinats. Les lois autorisaient par leur silence cette ligue qui n'était pas toujours approuvée par la majorité des citoyens.
L'acte d'union devait être déposé au greffe du district où il avait été rédigé.
Les confédérés nommaient un maréchal , délibéraient , formaient des diètes et enfin représentaient en petit l'image de la république, seulement l'unanimité n'était plus nécessaire dans leurs asscm-* blées; étaient-ils victorieux, ils imposaient leur joug aux vaincus; étaientils soumis , on observait envers eux les loisjde la guerre.
11 y avait quatre sortes de confédér|itions ; celles qui se formaient du consentenrent du sénat et de l'ordre équestre paraissaient les plus légitimes de toutes. Les secondes, nées du mécontentement d'un parti , avarient besoin de triompher pour être déclarées légitimes.
Alors une diète réunie sous leur influence approuvait leurs'actes. Souvent il s'élevait deux confédérations rivales ;
DE l'histoire de poi^ogne. i45 elles se traitaient réciproguement de rebelles, et la force physique décidait la question. La troisième classe de confédérations comprenait celles de l'armée contre seschefs et contre l'état. C'étaient les plus dangereuses de toutes , et celles à qui l'on pardonnait le moins. Une dernière confédération enfin s'appelait Rokoiz, nom terrible qui deyenait le signal des plus affreux désordres. Les confédérés ordonnaient alors à tous les nobles de prendre les armes pour venir au secours de la patrie. Ce soulèyement uniyersel était le remède que la noblesse employait contre le sénat ou contre le roi , lorsqu'ils étaient accusés de chercher à opprimer la liberté.
Les maréchaux des confédérations exerçaient une autorité dictatoriale. Ils recevaient les ambassadeurs, donnaient des ordres aux tribunaux, disposaient des biens des particuliers, des revenus desévêques, et même du roi , levaient des troupes, commandaient les armées, exerçaient jusqu'au droit de vie et de mort.
Telles étaient les formes que les Polo-
nais ayaient,ass!gnées à Tanarchie ; elles dépendaient de la constitution même ; on pourrait presque dire qu'ellesen faisaient partie.
On conçoit difficilement Taccord d'un semblable système ayec le calme et Pesprit de suite que réclame un gou-r vernement régulier : aussi de tous les états de FËurope, aucun n'eut une existence aussi agitée que la Pologne.
Toute l'administration, toutes les lois émanant d'assemblées qu'il était si aisé de rompre , et dont les délibérations tombaient si facilement dans l'anarchie, nulle institution durable ne put s'acclimater chez^les Polonais. Aucun é^lîs»
sèment politique ne put acquérir cette force et cette stabilité qui seules garantissent l'existence des sociétés. La nation polonaise , assez riche par son sol, son industrie, et son sqptitude au tra« yail, ne put jamais avoir un bon système financier. Elle eut en beaucoup de circonstances des soldats nombreux, mais presque jamais d'armée régulière et disciplinée. Toutes les branches de l'administration ressentirent l'influence
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de Faiiarchie qui attaquait souvent les mille têtes du pouvoir législatif et exécutif. Des tribunavix mobiles , ^ans responsabilité , sans règle fixe ; point de limite entre les diverses attributions.
Dans les interrègnes multipliés qu'entriUnait le système électif, Tadministration , passant en des mains nouvelles et passagères , offrait tous les înconvéniens du provisoire. Enfin toute la machine politique , composée de rouages mal assortis , et dont le jeu manquait de liberté , paraissait à chaque instant près de se rompre. !<« ëq lisant l'histoire du gouvernement de Pologne, dit le philosophe de Genève, on a peine à comprendre comment un état si bizarrement constitué a pu subsister si long-> temps. Un grand corps, formé d'un grand nombre de membres morts , et d'un petit nombre de membres désunis dont tous les mouvemens, presque indépendans les uns des autres , loin d'avoir une fin commune s'entre-détruisent mutuellement , qui s'agite beaucoup pour ne rien faire, qui ne peut faire aucune résistance à quiconque
l48 AÉSVMÉ
Teut Tentamer, qui tombe en dissolution cinq ou six fois chaque siècle, qui tombe en paralysie à chaque effort qu'il veut; faire 9 à chaque besoin auquel il veut pourvoir et qui, malgré tout cela , Tit et se conserve en vigueur, voilà, ce me semble, un des plus singuliers spectacles qui puissent frapper un être pensant (i)« »
Après avoir cherché à expliquer la constitution polonaise ^ dont les bases furent posées sou^ Louis de Hongrie , et qui commença d'être fixée sous Sigismond- Auguste 9 et Henri de Valois son successeur, reprenons notre récit.
(i) GoavenLemeDt de Pologne.
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