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cette faiblesse lui donna un courage et une fermeté qui n étaient pas de lui : il protesta qu'il se ferait porter aupalais , fût-il à l'agonie, et qu'il brûlerait sa maison si l'on s'opiniâtrait à le persécuter.
8. M. de Galice, pour tâcher de réunir les suffrages, opina que le P. Girard, lequel, disait-il, ne pouvait passer pour innocent, fût du moins condamné à une prison perpétuelle ; mais il se rangea ensuite à l'opinion de ceux qui condamnaient ce Jésuite au feu.
9. M. Leblanc Leveaune, qui fut du même avis ,e s'étendit sur l'horrible abus que ce confesseur avait fait de son ministère. Il le représenta comme un scélérat, dont l'infâme passion avait fait servir ce que la religion a de plus sacré pour corrompre une jeune fille qui, avant sa direction, était un exemple d'innocence et de vertu. Il n'oublia pas la subornation des témoins, pratiquée par les Jésuites et leurs suppôts.
10. M. de la Boulie n'avait jamais cru le P. Girard ni sorcier ni enchanteur; mais il n'en est pas moins homme, ajouta-t-il , et homme incestueux et infanticide; ce qu'il prouva au long, et conclut au feu.
11. M. de Regusse, Président honoraire , avait cessé toutes fonctions depuis qu'il avait remis sa charge à son fils ; mais les Jésuites songèrent à s'en faire un protecteur. On respecta assez sa probité connue pour ne pas lui proposer crûment le parti que l'on souhaitait qu'il prît. On lui dépêcha les deux commissaires , qui lui dirent que c'était une vraie comédie que ce procès ; que l'imposture et la calomnie sautaient aux yeux ; que c'était la plus drôle de chose qu'on pût voir. On lui faisait à ce sujet des contes dont on riait à gorge déployée. On accompagnait cette gaieté d'un ton de confiance qui aurait séduit tout autre. Avec beaucoup d'esprit , il avait une facilité qui produisait quelquefois le même effet que l'imbécillité. Il crut ce qu'on lui
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disait, et alla prendre sa place au palais ; mai$ les plaidoieries lui ouvrirent les yeux, et nulle considération ne fut capable de lui faire trahir la vérité quand il l'eut connue. Personne ne s'éleva plus fortement que lui contre la procédure de l'official; et, lors du jugement définitif, après avoir expliqué ses motifs de détermination, il dit : « Messieurs, je »vous annonce d'avance que, si on me fait » réduire, j'opine à la mort; mais mon sentiment est que , dans une affaire comme » celle-ci , nous devrions être tous d'une corn» »mune voix, et ne pas souffrir qu'un cri- » mine! l'emportât in minitiorem. Ainsi mon » opinion , à laquelle je crois que tout le monde »doit se réduire est qu'on doit mettre, dès »à présent , la Cadière et le P. Nicolas hors »de cour et de procès; ordonner contre le »P. Girard, les preuves tenant, qu'il sera plus » amplement informé, à la requête du pro- »cureur-général du Roi , même par censures » ecclésiastiques; que les pénitentes et stigma-
Dtisées cludit Père soient décrétées; les té- > moins non confrontés, confrontés. Parla, » vous redresserez une procédure qui m'a » toujours paru monstrueuse. » Mais M. de Galice et lui n'ayant pu rien gagner par leur opinion mitigée, ils se rangèrent enfin l'un et l'autre à l'opinion du feu.
12. M. le Président de Maliverni fut du même avis, disant qu'il était inutile de répéter les preuves convaincantes qu'on avait données des crimes de ce Jésuite , et qu'en son particulier il ne doutait nullement que ce ne fût un scélérat.
Il était plus de quatre heures quand on compta les voix , qui furent toutes réduites à ces deux classes: douze pour mettre le P. Girard liors de cour , et le renvoyer au juge ecclésiastique ; douze pour le feu; de sorte que l'arrêt pas^a en sa faveur in miniliorem , et il sortit de la scène moitié sainy moitié brûlé.
La place sur laquelle le palais d'Aix est
situé ne pouvait contenir le peuple qui attendait le jugement depuis sept heures du matin. Quand les magistrats sortirent, ce ne fut que huées contre ceux qui avaient protégé le P. Girard, et que bénédictions pour les autres. Le marmiton des Jésuites pensa être assommé à coups de pierres en portant le souper du P. Girard. Il ne put mettre sa vie à couvert que par la fuite; mais la bouteille, les assiettes et les plats restèrent sur le champ de bataille.
Le lendemain, à six heures du matin, le P. Girard, sortant de prison dans une chaise à porteur, fut reconnu, malgré la précaution que Ton avait eue de tirer les rideaux. Le peuple l'assaillit et lui prodigua les injures les plus atroces. Les porteurs , plus moi# que vifs, parvinrent avec peine à le jeter à la porte de l'église des Jésuites. Peu de personnes purent l'y suivre, par la précaution que Ton prit de la barricader promptement. Le P.Girard se mit à genoux , et immédiatement
après monta à l'autel pour célébrer la messe. Les supérieurs reçurent des reproches de ce scandale de la part des gens qui leur étaient le plus dévoués , et l'Archevêque d'Aix leur ordonna de le faire sortir incessamment de la ville, ce qu'il exécuta le lendemain à petit bruit.
Il se rendit àLyon, sous la garde du P. Recteur de la maison , qui ne le faisait voir qu'à ses bons amis ; et l'on prétend que dans une conversation où les Jésuites témoignaient leur mécontentement contre l'arrêt rendu dans cette affaire , arrêt qu'ils ne trouvaient pas assez à leur avantage, le P. Girard assura qu'il en aurait justice, dùt-il en coûter deux millions à la Société.
Enfin, après plusieurs traverses, pendant lesquelles il s'acquit une gloire éternelle , à ce que disent les Jésuites , ce bon Père termina sa carrière à Dole , en Franche-Comté , le 4 juillet 1735. La Compagnie publia une relation de sa mort , et lui donna la plus
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grande publicité. « Il fallut, y est-il dit (1) , «pour la consolation du peuple, l'exposer «trois heures avant le temps qu'on expose les » autres. Ce fut une procession continuelle jus- » qu'à l'office ; et quoique les femmes ne pus- «sent pénétrer où on l'avait mis , la chapelle »ne désemplit point jusqu'au moment qu'on »l'enôta. L'église, les tribunes, les chapelles » furent remplies, à peine y avions-nous place. »On jetait les hauts cris quand on vit son » corps. Tous les officiers y vinrent, et n'eu- » rent plus alors qu'un même sentiment. Il «fallut dérober le corps au peuple, qui s'y «jetait en foule pour faire toucher des heures, « des chapelets , etc. Depuis son enterrement , «bien des gens viennent lui commencer des «neuvaines. Il a même fallu user d'autorité «pour arrêter les indiscrétions en ce genre. «La ville revient totalement; on regrette d'a-
(1) Voyez les Causes célèbres, rédigées par Richer3 t. II,pag. 5o5 ? in-12 ? 1772.
» voir méconnu le saint , et on se réjouit de «posséder ce trésor, etc. »
Quant à la Cadière, lorsqu'elle sortit de prison , elle fut accueillie par les démonstrations de la joie la plus vive et la plus universelle. Elle se retira chez son procureur, où elle reçut les visites de tout ce qu'il y avait de plus distingué dans la ville ; et , de temps en temps, elle était obligée de se montrer par la fenêtre au peuple qui la demandait à grands cris.
Le lendemain, elle alla remercier ses juges ; et tout le monde voulait l'avoir à sa table. On avait pris des arrangements pour qu'elle pût dîner successivement dans toutes les principales maisons d'Aix ; mais le premier Président lui fit donner ordre de sortir delà ville dans le jour. La Cadière comprit par ce début qu'elle avait tout à craindre du crédit sans bornes et de la haine implacable de ses ennemis. Elle jugea qu'on n'avait osé l'enlever dans une ville où elle était sous la protec-
tion de tous les habitants, mais que dès qu elle en serait éloignée on lui ravirait sa liberté pour la livrer peut-être aux persécutions les plus cruelles. Afin de prévenir ce danger, elle disparut tout d'un coup, sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'elle était devenue.
Nous ne croyons pas devoir interrompre la marche de ce récit pour donner des explications sur la Grâce efficace et la Grâce suffisante ; matière devenue aujourd'hui presque inintelligible , bien qu'elle ait occupé la génération entière du siècle dernier. Nous allons parler cependant des événements qui se rattachent à cette discussion fameuse ; mais nous le ferons sans nous écarter de la méthode que nous avons jusqu'à présent suivie, c'est-à-dire en laissant de côté les doctrines , pour ne nous attacher qu'aux faits.
Jansénius, Evèque d'Ypres, avait imposé à ses héritiers l'obligation d'imprimer un livre dans lequel il enseignait mot à mot la doc-
trine de saint Paul et de saint Augustin. Ce livre se trouvant en contradiction avec celui du Jésuite Molina , intitulé Concorde de la grâce et du libre arbitre , la Compagnie n'osa pas combattre un Apôtre et un docteur de l'Eglise; mais, afin d'arriver au même but, elle fit condamner Jansénius. Voilà exactement le premier motif de cette querelle dont les Jésuites se sont servis pour tourmenter la France pendant près de deux cents ans.
« La nomination du P. Letellier à la place »de confesseur de Louis XIV, dit un écrivain «célèbre à plus d'un titre (1), fournit aux » Jésuites l'occasion d'exercerpleinement leur « vengeance. Cet homme ardent etinflexible , » haï de ses confrères mêmes, qu'il gouvernait »avec une verge de fer, fit boire aux Jansé- » nistesj usqu à la lie, suivant sa propre expres- » sion , le calicp de l'indignation de la Société. «A pei^~ fut-il en place, qu'on prévit les
(1) D'Alembert, Sur la destruction des Jésuites en France ; Œuvres complètes , t. V, pag, 64, in-8°, i8o5.
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* maux dont il allait être cause ; et le philoso- »phe Fontenelle dit , en apprenant sa nomi- » nation : Les J ansénistes ont péché.
» Le premier exploit de ce Jésuite féroce et «fougueux fut la destruction de Port-Royal, » où Ton ne laissa pas pierre sur pierre , et »d'où Ton exhuma jusqu'aux cadavres qui »y étaient enterrés. Cette violence, exécutée » avec la dernière barbarie contre une mai- » son respectable par les hommes célèbres qui «lavaient habitée, et contre de pauvres reli- » gieuses , plus dignes de compassion que de » haine , excita les cris de tout le royaume ; «ils ont retenti jusqu'à nos jours; et les Jésuites mêmes ont avoué, en voyant le spec- » tacle de leur destruction , que c'étaient les » pierres de Port-Royal qui leur tombaient » sur la tête pour les écraser. »
Du -nombre d'un million à* propositions avancées par TÉvêque d'Ypres dans^Q Augustinus , les Jésuites toutefois ne purent en faire censurer qu'une seule, puisque les
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quatre autres sont de la fabrique d'un nommé Cornet, ex-Jésuite ; et encore peut-on dire que cette unique proposition , détachée de ce qui la suit et la .précède , n'appartient plus proprement à Jansénius. Cependant, c'est pour avoir demandé des explications sur le ridicule formulaire dressé à l'occasion de cinq propositions latines qu'elles ne pouvaient signer sans les comprendre , que les Religieuses de Port-Royal furent dispersées , exilées et mises aux épeuvres les plus rudes.
Mais il fallait un nouveau prétexte à la Compagnie pour- faire triompher son cher Molinisme, et se rendre encore plus redoutable; elle prit donc occasion d'un livre publié par le P. Quesnel, prêtre de la Congrégation de l'Oratoire.
Ce livre , qui contenait des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, établissait la doctrine de saint Paul et de saint Augustin sur la grâce efficace de Jésus-Christ pour être sauvé. C'était la doctrine de Jansénius, si
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maltraitée par les Jésuites. Cependant* comme il n'était pas facile d'obtenir la condamnation d'un livre lu pendant quarante ans , et approuvé par tous les bons catholiques , on résolut de tromper la Cour de Rome et celle de France; on assura au Pape que Louis XIV voulait que ce livre fût condamné.
Sur l'affirmation de la volonté du Roi , les Jésuites , sous le nom de Clément XI , composèrent une Constitution ou Bulle, appelée Unigenitus , qu'on envoya en France. Pour démontrer l'imposture de ces Pères , il suffit de dire que Louis XIV avant sa mort (bien qu'à la persuasion de son confesseur, il se fût affilié à l'ordre des Jésuites) chargea la conscience de deux cardinaux et du P. Letellier de toutes les violences qu'on lui avait fait faire pour forcer ses sujets à accepter cette Bulle.
Le livre du P. Quesnel était français : les Jésuites donnèrent aux propositions un sens
contraire à celui que le texte présentait. Ils persuadèrent à Clément XI qu'il y avait cent et une maximes condamnables 5 et que, pour éviter toute dispute , il ne fallait point donner à chaque proposition de flétrissure particulière, mais accumuler à la fin toutes sortes de qualifications ; que par le mot respective * Sa Sainteté sauverait le ridicule de cette Bulle.
Tous ceux qui lurent une pareille condamnation furent révoltés : car la même proposition ne peut pas être en même temps hérétique , schismatique , tendante à l'erreur 3 malsonnante , impie , blasphématoire , etc. ( 1) ; mais par le mot respectivement on crut se tirer d'embarras , c'est-à-dire qu'on donnait au peuple le soin de deviner quelle proposition le Pape déclarait hérétique , laquelle malsonnante , ainsi des autres qualifications. C'était se jouer du Souverain Pontife et de tous les chrétiens.
(i) Voyez les notes,
Quand les Jésuites eurent surpris le Pape $ ils abusèrent de la confiance du Roi.
Ils lui assurèrent, i° que Clément XI lui serait très obligé de faire recevoir la Bulle ; a° qu'il n'y avait rien de plus orthodoxe que cette Bulle.
Ayant persuadé Louis XIV , ils agirent au nom du Roi et du Pape , et on assembla quarante Évêques ou Archevêques , à qui on envoya la Bulle avec l'ordre de la recevoir.
D'abord, ces Prélats furent d'avis qu'on demandât à Clément XI de vouloir bien expliquer quelle qualification chaque proposition méritait; mais les Jésuites, qui connaissaient le vice de cette condamnation absurde , leur dirent de s'en bien donner de garde , parceque ceux qu'ils appelaient Jansénistes jetteraient du ridicule sur ces explications. Ils ajoutèrent que le Souverain Pontife étant infaillible , il n'appartenait point aux Evêques d'examiner sa Bulle.
On rapporte à ce sujet qu'un d'entre ces
Prélats 5 livré aux Jésuites, l'Évêque de Vence , s entretenant avec l'Évêque de Boulogne sur les lenteurs de cette affaire , lui demanda gravement si Ton prétendait ici corriger le Pape. Est-ce que vous croyez , répondit son confrère, que le Pape soit incorrigible (i) ?
Cependant Clément XI, conduit par les Jésuites et par l'opinion de son infaillibilité , répondit que sa Bulle était claire et n'avait pas besoin d'explication.
La réponse donna lieu de comparer cette Bulle, qui condamnait cent et une propositions in globo , en leur donnant des qualifications différentes, à un arrêt du Parlement qui aurait condamné cent et uîi prisonniers à être tirés à quatre chevaux , brûlés , rompus , pendus; qui les aurait condamnés aux galères, au fouet, au bannissement, à l'amende honorable , etc. ; et on supposa que le bourreau aurait demandé au Parlement
(i) Anecdotes ou Mémoires secrets sur la Constitution Unigenitus , t. I, section I , pag. 1 18 , in- y 2 , i7530
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lequel des prisonniers il fallait tirer à quatre chevaux , lequel il brûlerait , pendrait > ainsi des autres.
On supposa encore que le Parlement au rait traité le bourreau d'ignorant pour ne pas comprendre un arrêt si clair. On prouva qu'il en était de même de la Bulle Unigenitus , et que le Pape n'avait pas plus raison en refusant de déclarer la qualification qu'il donnait à chaque proposition, que le Parlement ne l'aurait eu de refuser d'expliquer la peine que chaque coupable devait subir.
La réponse du Pape engagea dans la suite plusieurs Évêques et Archevêques à interjeter appel , au futur Concile , de cette Bulle inconcevable. L'Université, la Sorbonne et une infinité d'Ecclésiastiques s'unirent à cet appel.
Le P. Quesnel, auteur des Réflexions morales > et par conséquent la première origine de cette histoire , fut aussi l'un des plus maltraités. On l'emprisonna en 1 jo5 9 on lui en-
leva ses papiers , on saisit ses biens patrimoniaux et ses revenus ; en sorte qu'il fut réduit à subsister sur une terre étrangère , par le moyen des charités que ses amis lui faisaient tenir. Mais ce qu'il y eut de plus surprenant? ce fut l'application de ces deniers, dont les arrérages s'accumulaient avec le temps : on en payait les exempts , les archers et autres satellites chargés de veiller sur les connaissances du P. Quesnel.
Malgré cette déprédation d'un bien qu'on n'avait pu saisir sans injustice, et qu'il fallait du moins regarder comme un dépôt sacré jusqu'à sentence définitive, la masse composait encore une. somme de six mille francs, lorsqu'un homme puissant, outré de tant d'infamies, se servit de son crédit auprès du Magistrat sous l'autorité duquel on procédait dans les affaires qu'on voulait colorer de Jansénisme. Ce dernier accorda main-levée des revenus du P. Quesnel, et en vingt-quatre heures le compte fut fait? l'emploi justifié par
quittance, la somme restante payée par les arrangements qui furent pris avec les débiteurs ou détenteurs.
Aussitôt on écrivit au P. Quesnel pour lui donner avis de ce bon office, et pour savoir s'il voulait toucher cette somme en espèces , ou la placer en rente , soit perpétuelle , soit à vie. La réponse ne se fit point attendre ; elle portait': « Gomme j'ai subsisté de bienfaits , » et d'aumônes pendant qu'il a plu à Dieu »que je fusse privé de mon patrimoine, il »est juste, et je veux que ces deux mille »écus soient distribués aux pauvres, suivant «votre prudence et la connaissance des be- » soins (1). »
Qui croirait (pour en revenir à la Constitution Unigenitus) que le refus de condamner des propositions telles que celles-ci : Il est bon de lire des livres de piété le dimanche 3 surtout
(i) Anecdotes ou Mémoires secrets sur la Constitution Unigenitus , t. III 3 section II, pag. 182.
la Sainte Écriture (1). — La crainte d'une excommunication injuste ne doit pas nous empêcher de faire notre devoir, etc. (2)...; qui croirait, rîis-je , que ce refus ait pu fournir un prétexte suffisant aux Jésuites pour emprisonner et même exiler les citoyens les plus recommandables de 1 époque !
Comme dans presque tous les troubles suscités parla Gourde Rome, ici le ridicule se joignit à la cruauté ; et publiquement on décerna une pension à un savetier qui s'appelait Neulet, pour avoir crié dans sa paroisse en faveur de YUnigenitus.
La défense d'administrer le viatique aux mourants qui n'avaient pas accepté la Constitution acheva plus tard de soulever les esprits les plus paisibles, et le Parlement fut contraint de faire au Roi diverses remontran-
(1) Proposition LXXXII , condamnée par la Bulle Unigenitus, Yoyez les notes.
(2) Proposition XCI , ibid.