‹ Resume de l'histoire des JesuitesChapitre 10 sur 35 · RÉ SU M É DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

RÉ SU M É DE L'HISTOIRE

» ces sortes de choses se faisaient , nihil aliud » sémite rtisi quasi digitwn intra viscera agita- » tunij et se omnino irrigatam agnovit; chose » qui lui arrivait toutes les fois que ledit P. » Girard venait à la maison ; qu'elle resta trois «mois sans avoir ce qui lui était ordinaire; »que pendant huit jours il lui apporta, dans » ce temps-là , à boire dans une écuelle une «espèce de liqueur rougeâtre qui avait fort «mauvais goût, et qu'il lui maniait très sou- «vent le ventre ; au bout duquel temps, un «jour elle aperçut faire une masse de sang »qui tomba tout à la fois. Depuis lors il lui » continua une grande perte , dont ledit Père «voulait être témoin, lui disant de se mettre «devant lui sur un vase qu'il examinait en- » suite à la fenêtre, exigeant aussi qu elle lui «montrât de ses chemises. « ( Elle rapporte ici les libertés qu'elle a vu prendre au P. Girard avec ses pénitentes ; il les embrassait 9 il s'enfermait avec elles , et après cette digression elle reprend ce qui la concerne. ) « Que

» quant à elle répondante, tous les jours de >* carême , sur le soir après midi \ il lui ordonnait de l'aller trouver, et comme il n'y » avait personne dans l'église à cette heure-là , » avant que d'entrer dans le confessionnal , il » l'embrassait et la baisait ; que dans le temps » qu'elle était à Ollioules, le P. Girard, en ve- » nant la visiter , portait avec lui un petit » couteau pointu dont il se servait pour ouvrir »une fenêtre qu'il y avait à la grille; qu'il » lui faisait découvrir le sein, et lui suçait ses «plaies, disant qu'il n'avait jamais aimé » créature comme il l'aimait ; qu'il se mettait » quelquefois à genoux devant elle en pleu- » rant et en se plaignant d'avoir souffert par »la crainte qu'elle ne le quittât ; que nombre » de fois il l'a fait découvrir par le derrière au «parloir; et sur ce qu'elle lui demandait si »tout cela était une conduite de l'esprit de » Dieu , il le lui assurait. »

Elle passe ensuite au récit de ce qui lui est arrivé pendant le carême , duquel il résulte

qu'elle n'a pu prendre aucune espèce de nourriture pendant toute la quarantaine; qu'elle rejetait sur-le-champ tout ce qu'elle avalait , excepté l'eau pure. Il est bon d'observer que, suivant les époques , ce carême est le temps de la grossesse que le breuvage administré parle P. Girard fit disparaître. Elle termine son récit en disant « qu'elle aurait encore des » choses infinies à dire sur l'article dudit Ré- » vérend Père , qui ne finiraient point, et qui » sont toutes plus graves. »

La Cadière, après l'éclat qu'avait fait ce transport de l'official chez elle , crut n'avoir plus rien à ménager , et devoir au contraire se mettre sous la protection du lieutenantgénéral de Toulon, son juge naturel. En conséquence, le même jour, 18 novembre 1750, elle rendit plainte.

L'acte contient d'abord des détails sur les confesseurs dont la direction avait précédé celle du P. Girard. La Cadière parie ensuite du souffle que ce Jésuite fit sur elle , souffle

qui lui inspira pour ce Père un amour très violent. Elle fait mention des visions qu'elle avait sans cesse, de ses plaies, de 1 état d'obsession que le Jésuite lui fit accepter pour délivrer une âme de l'état de péché mortel; enfin elle expose (1) que « quand le P. Girard » Fallait voir dans sa chambre, où il s'enfermait à clef, il lui est souvent arrivé manum » ad pudenda inferre ^ ex quibus tune kumor ir- » rigans effluebat , et elle tombait en pamoi- »son, ne sachant ce que tout ce que cela » voulait dire. Cum ipsius menstrua tribus men- »sibus effluere desiissent3 elle l'avait révélé » audit P. Girard ? qui lui tâtait souvent le » ventre, et lui donna certain remède de «couleur rouge, lequel fit sortir une masse »de sang, et occasiona une perte pen- »dant plusieurs jours. Elle s'en plaignit au »P. Girard; mais celui-ci lui dit que cela ne »se pouvait pas , et que c'était le démon qui

(i) Causes célèbres , t. II , pag, 558.

»le lui avait figuré de même. La Cadière » ajoute qu'un jour le P. Girard la fit mettre » en chemise sur son lit pour la punir de la » faute qu'elle avait faite de ne pas se livrer , *et sese sensit ad inguina irrigatam et titilla- » tam. D'autres fois il lui donnait des coups »de discipline sur les fesses, lui baisait le » derrière , et tune titillahat et irrigabat eam. »

Cette plainte fut répondue d'une ordonnance portant permission d'informer, à la charge d'appeler l'official pour le délit commun.

L'instruction se fit lentement, et l'on prit tout le temps et toutes les mesures nécessaires pour faire tourner l'information au gré du P. Girard et de ses confrères. Dans un placet qui demeura sans effet et sans réponse, la mère de la Cadière se plaignait : i° de ce que l'Évêque et les Jésuites corrompaient les témoins , empêchant les uns de comparaître , prescrivant aux autres ce qu'ils devaient déposer ; 2° de l'infidélité du greffier de Toffi-

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cialité, qui rédigeait à sa manière les dépositions; 3° de l'abandon où était sa fille, dépourvue de tout conseil, le procureur même qui lui avait été donné par le lieutenant du bailliage refusant son ministère ; 4° des mauvais traitements que sa fille éprouvait de la part des religieuses chez qui elle était détenue, qui l'insultaient de toute manière, et ne la laissaient voir à sa mère qu a une heure fixe , sans considération pour son âge et ses affaires, etc. (1).

Voilà , disait le défenseur de la Cadière après en avoir encore fourni d'autres preuves irrécusables (2), voilà des traits de subornation bien marqués. Il n'en faut pourtant pas être surpris , continuait-il , c'est la défense ordinaire des Jésuites dans les procès criminels 9 et surtout dans ceux de cette espèce: en cela, ils ne font que suivre leurs maxi-

(1) Causes célèbres , t. II , pag, 565,

(2) lbid.s pag. 371-574.

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mes. Pour ne pas trop grossir son factum, il se contenta d'en citer un exemple.

Le Collège des Jésuites de Grenade, ditil (1), a du bien en un lieu voisin de cette ville 9 et nommé Caparacena. L'administration en ayant été donnée au frère Baltazar des Bois , celui-ci devint amoureux dune femme de l'endroit, et prit la précaution de charger le mari du labour des terres , lui doublant même ses gages , afin de l'occuper au dehors et d'avoir toute liberté dans la maison auprès de sa femme, qu'il vint à bout de séduire.

Le mari, qui, malgré le doublement de ses gages , se sentait agité d'un mouvement de jalousie, résolut de rompre cette intrigue. La chose cependant paraissait difficile ; sa femme était contente du frère , et celui-ci fort amoureux. Un jour ce Jésuite arrivant de Grenade , fut d'abord descendre chez

(i) Causes célèbres, t. II, pag. 3j4-

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sa maîtresse , ne doutant point que le mari ne fût occupé à la campagne. Mais celui-ci, qui apparemment était instruit du voyage, fit si bien qu'il les surprit en flagrant délit, et poignarda le Frère. Comme cette action d'un mari est en pareil cas tolérée par la loi qui excuse un premier mouvement inspiré par la perte de l'honneur, cet homme fit constater dans une procédure en règle que ce Jésuite vivait criminellement avec sa femme, et que, quand il l'avait tué, il était actuellement couché avec elle.

D'abord que le recteur de Grenade en eut connaissance,, il rendit plainte de ce meurtre. A force de menaces, de promesses et de présents , on fit rétracter presque tous les témoins entendus à la requête du mari; et, par de nouveaux que l'on fit comparaître > on prouva, d'une part, que la femme était déjà âgée, afin doter tout soupçon d'amourette, quoique dans le fait elle n'eût que vingt-huit ans; on prouva d'un autre

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côté que le Frère était un saint et qu'il avait sans cesse le chapelet à la main. Les témoins qui le chargeaient encore furent rejetés, sans qu'on eût même pris la peine de les récuser juridiquement. En un mot, on conduisit l'affaire de manière que le pauvre mari fut condamné, par contumace , à être pendu; et, pour l'honneur de la mémoire du chaste et saint Frère et de sa digne Compagnie , les Jésuites firent imprimer l'information ainsi purgée, avec le jugement définitif.

Si le P. Girard n'offrait pas le premier exemple d'un confrère pour qui on eût corrompu des témoins, on ne pouvait pas non plus l'accuser d'être le premier qui eût séduit sa pénitente. Voici, à l'appui de cette dernière assertion , un autre trait tiré du même mémoire.

Le P. Mena était un Jésuite qui paraissait avoir de grands talents extérieurs ( 1 ) : il faisait

(r) Causes célèbres , t. II, pag. 5j6»

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de belles exhortations , parlait toujours de Dieu et de 1 éternité ; il était maigre, pâle, les yeux enfoncés; son habit était d'un drap fort

usé il portait un grand chapelet. Ce Père

confessait à Salamanque une fille jeune et simple. Il lui dit un jour que Dieu lui avait ordonné de vivre avec elle dans l'union conjugale , mais qu'il fallait sur cë cela un secret inviolable. L'innocence ne donna pas d'abord dans le panneau, et consulta les docteurs de l'Université. Le P. Mena, en homme habile , avait pris les devants. Il avait averti ces docteurs que, s'étant chargé d'une dévote fort scrupuleuse qui voulait les ennuyer par des bagatelles ; il était inutile qu'ils se donnassent la peine d'écouter ses questions minutieuses ; qu'ils devaient se borner à lui dire de suivre aveuglément ses conseils. La réputation de sainteté dont jouissait le bon Père écarta de l'esprit des docteurs toute idée de fourberie ; ils se conformèrent sans aucune inquiétude à la conduite

qu'on leur traçait. La dévote fut donc persuadée que telle était la volonté du ciel, et se maria avec son Confesseur , dont elle eut même plusieurs enfants. Celui-ci n'interrompit point le cours de ses fonctions; il continua de dire la messe et de faire des exhortations édifiantes.

L'inquisititm ayant été informée de ce qui se passait, on s'empara du P. Mena, et on le conduisit dans les prisons de Valladolid. Cet événement fit d'autant plus de bruit, que la réputation du Jésuite était plus étendue et mieux établie. La Société vint à son secours. Des médecins certifièrent qu'il était malade. On obtint la permission de le transporter au Collège pour le traiter, sous la garde des officiers de l'inquisition. Il était impossible de sauver une affaire si criante et si bien prouvée ; on eut recours à l'artifice. On supposa que le P. Mena était mort; on fit un corps avec des bâtons , on y ajouta un visage et des mains de carton , et

le tout étant revêtu d'un habit de Jésuite fut placé dans une bière. Tandis qu'on sonnait les cloches et qu'on pratiquait toutes les cérémonies pour l'enterrement de ce fantôme , le véritable P. Mena galopait sur une bonne mule et se rendait à Gênes, où on le rencontra qui enseignait publiquement la loi de Moïse aux Juifs.

Cependant la Cadière voyait avec effroi les lenteurs calculées de cette procédure : tout le temps se passait à séduire ses témoins ou à la tourmenter elle-même pour lui arracher un désaveu de sa plainte. Les Jésuites avaient fait écrire à M. Chaudon, son avocat, une lettre anonyme, dans laquelle on le sollicitait de conseiller à sa partie de se rétracter , et on le menaçait lui et toute sa postérité. Mais, est-il dit dans la requête qu'il avait signée et vraisemblablement rédigée % « Il méprise leurs menaces et leur haine ; »il n'a les yeux ouverts que pour son devoir, » et de volonté que pour le remplir : il sait

» que Je ministère des avocats est sous la «protection des Lois, de la Justice et du » Roi même , et que la crainte ne doit être » réservée qu'au crime (1). »

Afin d'étouffer le scandale que causait cette affaire, le Roi, par des Lettres Patentes du 2§ janvier 1701, la renvoya devant la grand'chambre du Parlement d'Aix, pour y être instruite et jugée en première instance et dernier ressort.

Dans une confrontation avec la Cadière , le P. Girard voulut débuter par un discours qui paraissait devoir être long. « Mon Père , » lui dit-elle (2), venez au fait: je sais que » j 'ai affaire à un Jésuite, homme d'esprit, » grand prédicateur , soutenu par une Société «puissante et formidable; mais je ne vous «crains pas : j'ai pour moi la vérité; il »m'en coûtera peu pour vous confondre. »

(1) Causes célèbres , t. II, pag. 44^«

(2) Ibid. , pap. 462.

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Elle entama ensuite le détail des griefs dont elle voulait le convaincre. Elle le suivit sur toutes les abominations qu'elle lui reprochait , et lui soutint en face tout ce dont elle l'avait chargé tant devant l'official quë dans sa plainte , ajoutant même un fait nouveau.

Elle l'interpella de déclarer « s'il ne lui «disait pas très souvent, se prosternant de- »vant elle, qu'il l'adorait comme son idole; » si un jour il ne se jeta pas à ses pieds pour » lui avouer , en pleurant , qu'une de ses pé- » nitentes, nommée la Gravier, était enceinte »de lui; et s'il ne la pria pas de l'envoyer «chercher pour l'engager à faire aveuglé- »ment tout ce qu'il souhaiterait, étant à «présumer qu'il lui fit prendre, tout comme »à elle, quelque remède pour la faire avor- » ter ( 1 ) ? »

Sur presque tous les faits , le P. Girard

(i) Causes célèbres, t. II , pag. 465 >

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se défendit par des négatives; et, cherchant à faire trouver la Cadière en contradiction avec elle-même , souvent il s'arrêtait sur des minuties. Dans la chaleur de la dispute 9 il lui arriva de l'appeler fripomie. Cette injure excita son indignation, et , s élevant au-dessus du banc où elle était, elle y répondit avec une sorte d'emportement. Puis, craignant d'avoir manqué à ses juges , elle les supplia aussitôt de lui pardonner ce premier mouvement excité , dit-elle, par tant d'impudence. «

Cette scène causa une surprise universelle aux Magistrats. Ils déclarèrent hautement qu'ils regardaient comme un prodige la réunion de tant de modestie , d esprit et de fermeté dans une fille dont l'âge, la naissance et l'éducation ne promettaient rien de semblable.

La commission se trouvait composée de vingt-six juges, réduits à vingt-quatre lors de la délibération. Douze étaient persuadés

de l'innocence de la Cadière , les quatorze autres la trouvaient très coupable , et regardaient le P. Girard comme un saint

iNous tairons le nom des Magistrats qui montrèrent leur dévouement aux Jésuites ; voici ceux que la toute-puissance de cette Compagnie ne put rendre prévaricateurs»

ï . M. de Revest de Montvert dit que le P. Girard était accusé de quatre crimes capitaux. Il passa légèrement sur le sortilège et sur le quiétisme : « Mais je vois, ajouta-t-il , que » l'inceste et Tavortement sont bien prouvés. » Il en déduisit toutes les preuves, et conclut en confessant qu'il ne croirait pas faire usage de sa raison, s'il ne condamnait à mort un homme convaincu de semblables crimes.

2. M. de Martini de Saint- Jean observa que les gens du Roi demandaient une victime , que cela était juste, et que la nature de l'affaire l'exigeait; mais qu'il était important de ne pas prendre le change. Il prouva les cri-

mes du P. Girard , et fut d'avis de le faire brûler.

3 et 4- M.M. de Laurans de Peyroles et Arnaud de Nibles, de même. Il y avait quinze ans que M. de Peyroles n'avait mîs le pied au palais, et il ne songeait pas à y rentrer. Le hasard fit qu'il se trouva à Aix dans le temps qu'on allait plaider les appels de la procédure des commissaires et de l'offîcial. Il fut curieux d'entendre ces plaidoieries, et se proposait d'y assister comme particulier. Il sut que M. le Premier Président avait pris des mesures pour empêcher qu'elles fussent entendues d'aucun autre que des juges. Il résolut d'aller prendre sa place à la grand chambre, et suivit toute l'affaire.

5. M. D'Hesmivy de Moissac termina son opinion en disant qu'il croirait porter une marque de réprobation s'il hésitait un seul moment de condamner à mort un si grand scélérat, et qu'il ne pouvait faire moins pour

venger l'offense faite à Dieu, à la religion et au public.

6. M. de Ricard conclut de même, après avoir parlé avec beaucoup de précision et de dignité. La goutte, qui l'avait violemment attaqué pendant une nuit qui précéda une séance de la grand chambre , avait pens<?priver laCadièrede son suffrage; mais, sachant combien une voix était précieuse \ il résista à la douleur, se fit porter au palais , et en revint en santé.

7. M. de Trimond déclara qu'il n'avait jamais vu de procédure si noire, et de crimes si bien prouvés. Il condamna le criminel au feu. Il avait eu, comme M. de Ricard , une attaque de goutte qui ne l'empêcha pas* d'aller secourir l'innocence, nonobstant les sollicitations de sa femme et de ses bellessœurs, qui voulaient qu'il restât dans soc lit. Elles se firent assister de ceux qui lui avaient arraché sa voix pour la confirmation de la procédure. Le repentir qu'il avait eu de

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