DU PAPE CLÉMENT XL
DU 8 SEPTEMBRE Ï^7l5.
Clément , Ëvêque , Serviteur des Serviteurs de Dieu, etc.
Lorsque le Fils unique de Dieu, qui s'est fait Fils de l'homme pour notre salut, et pour celui de tout le monde 9 enseignait à ses Disciples la doctrine de vérité, et lorsqu'il instruisait l'Eglise dans îa personne de ses Apôtres, il donna des précepte» pour former cette Eglise naissante ; et prévoyant ce qui devait l'agiter dans les siècles futurs , il sut pourvoir à ses besoins par un excellent et salutaire avertissement : c'est de nous tenir en garde contre les faux Prophètes , qui viennent à nous revêtus da la peau de brebis; et il désigne principalement sous ce nom , ces maîtres de mensonge , ces séducteurs
pleins d'artifices , qui ne font éclater dans leurs discours les apparences de la plus solide piété, que pour insinuer imperceptiblement leurs dogmes dangereux^ et que pour introduire sous les dehors de la sainteté, des sectes qui conduisent les hommes à leur perte ; séduisant avec d'autant plus de facilité ceux qui ne se défient pas de leurs pernicieuses entreprises, que comme des loups, qui dépouilleraient leur peau pour se couvrir de la peau de brebis, ils s'enveloppent, pour ainsi parler, des maximes de la loi divine , des préceptes des Saintes Ecritures , dont ils interprètent malicieusement les expressions ^ et de celles même du Nouveau-Testament, qu'ils ont l'adresse de corrompre en diverses manières, pour perdre les autres, et pour se perdre eux-mêmes. Trais fils de l'ancien Père de mensonge, ils ont appris, par son exemple et par ses enseignements , qu'il n'est point de voie plus sûre ni plus prompte, pour tromper les âmes et pour leur insinuer le venin des erreurs les plus criminelles, que de couvrir ces erreurs de l'autorité de la parole de Dieu.
Pénétré de ces divines instructions, aussitôt que nous eûmes appris dans la profonde amertume de notre cœur, qu'un certain Livre, imprimé au-
notes. aQ\
trefois en langue française, et divisé en plusieurs tomes, sous ce titre, Le Nouveau-Testament en
français , avec des Réflexions Morales 9 etc
Que ce Livre, quoique nous l'eussions déjà condamné, parcequ'en effet les vérités catholiques y sont confondues avec plusieurs dogmes faux et dangereux, passait encore dans l'opinion de beaucoup de personnes , pour un Livre exempt de toute sorte d'errreurs; qu'on le mettait partout entre les mains des fidèles, et qu'il se répandait de tous côtés, par les soins affectés de certains esprits remuants, qui font de continuelles tentatives en faveurs des nouveautés ; qu'on Pavait même traduit en latin, afin que la contagion de ses maximes pernicieuses passât , s'il était possible, de nation en nation ^ et de royaume en royaume, nous fûmes saisi d'une très vive douleur, de voirie troupeau du Seigneur j qui est commis à nos soins^ entraîné dans la voie de perdition, par des insinuations si séduisantes et si trompeuses. Ainsi donc, également excité par notre sollicitude pastorale, par les plaintes réitérées de personnes qui ont un vrai zèle pour la Foi orthodoxe , surtout par les lettres et par les prières d'un grand nombre de nos vénérables Frères les Evêques , et principalement des Évêqueg
de France, nous avons pris la résolution d'arrêter par quelque remède plus efficace le cours d'un mal qui croissait toujours, et qui pourrait avec le temps produire !es plus funestes effets.
Après avoir donné toute notre application a découvrir la cause d'un mal si pressant, et après avoir fait sur ce sujet de mûres et de sérieuses réflexions, nous avons enfin reconnu très distinctement que le progrès dangereux qu'il a fait, et qui s'augmente tous les jours , vient principalement de ce que le venin de ce Livre est très caché , semblable à un abcès, dont la pourriture ne peut sor tir qu'après qu'on y a fait des incisions. En effet 5 à la première ouverture du Livre, le lecteur se sent agréablement attiré par de certaines apparences de piété. Le style de cet ouvrage est plus doux et plus coulant que l'huile ; mais ses expressions sont comme des traits prêts à partir d'un arc, qui n'est tendu que pour blesser imperceptiblement ceux qui ont le cœur droit. Tant de motifs nous ont donné lieu de croire que nous ne pouvions rien faire de plus à propos ni de phis salutaire, après avoir jusqu'à présent marqué en général la doctrine artificieuse de ce Livre, que d'en découvrir les erreurs m détail , et que de les mettre plus clairement et
plus distinctement devant les yeux de tous les fidèles, par un extrait de plusieurs Propositions contenues dans l'ouvrage, où nous leur ferons voir l'ivraie dangereuse, séparée du bon grain qui la couvrait. Par ce moyen nous dévoilerons , et nous mettrons au grand jour, non seulement quelques unes de ces erreurs , mais nous exposerons un grand nombre des plus pernicieuses, soit qu'elles aient été déjà condamnées, soit qu'elles aient été inventées depuis peu. Nous espérons que le Ciel bénira nos soins , et que nous ferons si bien connaître et si bien sentir la vérité, que tout le monde sera forcé de suivre ses lumières.
Ce ne sont pas seulement les Évêques ci-dessus mentionnés qui nous ont témoigné que par ce moyen nous ferions une chose très utile et très nécessaire pour l'intérêt de la foi catholique et pour le repos des consciences, et que nous mettrions fin aux diverses contestations qui se sont élevées principalement en France, et qui doivent leur origine à de certains es prits, qui veulent se distinguer par une doctrine nouvelle, et qui tâchent de faire naîîre dans ce royaume florissant des divisions encore plus dangereuses ; mais même notre très cher Fils en Jésus-Christ , Louis, roi de France, très chrétien, dont nous ne
pouvons assez louer le zèle pour la défense et pour la conservation de la pureté de la foi catholique et l'extirpation des Hérésies. Ce Prince, par ses instances réitérées 5 et dignes d'un Roi très chrétien , nous a fortement sollicité de remédier incessamment au besoin pressant des âmes, par l'autorité d'un jugement apostolique.
Touché de ces raisons, animé par le Seigneur, et mettant notre confiance en son divin secours, nous avons cru devoir faire une si sainte entreprise, et nous nous y sommes attaché avec tout le soin et toute l'application que l'importance de l'affaire pouvait exiger. D'abord nous avons fait examiner par plusieurs docteurs en théologie, en présence de deux de nos vénérables Frères, Cardinaux de la sainte Église Romaine, un grand nombre de Propositions extraites avec fidélité j et respectivement des différentes éditions dudit Livre, tant françaises que latines, dont nous avons parlé ci-dessus ; nous avons ensuite été présent à cet examen ; nous y avons appelé plusieurs autres Cardinaux , pour avoir leur avis; et après avoir confronté pendant tout le temps, et avec toute l'attention nécessaire, chacune des Propositions avec le texte du Livre, sious avons ordonné qu'elles fussent examinées,
et discutées très soigneusement dans plusieurs Congrégations qui se sont tenues à cet effet. Les Propositions dont il s'agit , sont celles qui suivent.
(Afin de rendre notre travail plus complet, nous avons rapproché des propositions condamnées j quelques uns des passages qui auraient pu servir d'autorité au P. Quesnel lorsqu'il écrivit son commentaire. Il nous eût été facile de multiplier nos citations, car nous sommes certainement loin d'avoir épuisé la matière ; mais ce parallèle suffira pour démontrer qu'en condamnant l'auteur du livre des Piéflexions morales > le Pape ou plutôt les Jésuites ont fait le procès à tout ce qu'il y a de plus estimé parmi les Pères de l'Église. La troisième colonne offre les textes que le P. Quesnel a commentés).
WOTES
PROPOSITIONS GONDÏMNÉES,
Que reste-t-il à une âme qui a perdu Dieu et sa grâce, sinon ie péché et ses suites; une orgueil» leuse pauvreté et une indigence paresseuse* c'est-àdire une impuissance générale au travail, à la prière et à tout bien ?
La grâce de Jésus-Christ, principe efficace de toute sorte de bien , est nécessaire pour toute bonne action... Sans elle, non seulement on ne fait rien, mais on ne peut rien faire.
ÏIL
En vain vous commandez, Seigneur, si vous ne donnez vous-même ce que vous commandez.