RÈGNE DE DAVID
Après avoir pleuré Saül, David songea à le remplacer. Il se rendit à Hébron, et y fut proclamé roï par la tribu de Juda. Abner, de son côté, rallie les autres tribus autour d’Isboseth, fils de Saul. Les deux partis en vinrent aux mains près de Gabaon; David triompha;
1038. Abner vaincu éprouva l’ingratitude d’Is-
boseth, et bientôt sollicita l'amitié de son hou La restitution de Michol à son premier mari fut le gage d’une transaction qui promettait à David la soumission de toutes les tribus d'Israël, Abner se disposait à entrainer dans sa défection toute l’armée d'Isboseth, lorsqu'il fut assassiné dans le camp de David par Joab son général. La crainte d’être supplanté dans la faveur du roi et dans le commandement des troupes, non moins
DES JUIFS ANCIENS. 109 que le désir de venger la mort-de son
frere Azaël tombé sous les coups d’Ab-
ner, prés de Gabaon, portèrent Joab à ce crime. David protesta par sa douleur contre une aussi odieuse trahison,
et fit à Abner de magnifiques funé-.
railles ; mais il n’était point assez puis-
sant encore pour punir le meurtrier.
Ce crime était funeste à David. Il re-
tint longtemps encore auprès d’Isboseth
les tribus prêtes à l'abandonner à la voix |
d’Abner. Mais un autre forfait conspira au triomphe de David. Deux officiers d'Isboseth égorgent leur roi pendant son sommeil, et viennent, sa tête à la
main, demander à David leur salaire.
David indigné les traita comme l’Ama-
lécite, et pleura Isboseth comme il avait.
pleuré Saül.
Six mois après, les anciens d'Israël vinrent à Hébron, et sacrèrent roi d'Israël, David, déjà sacré par Samuel.
“ La guerre étrangère succéda à la guerre civile. David marcha contre les Jébuséens. Les remparts de Jérusalem,
que défendaient des aveugles et des boi-
teux opposés paï dérision à l’armée is-
1104 RÉSUME DE L'HSTOIRE
raélite, semblaient défier tout ennemi.
La ville fut prise d'assaut, et Ia forteresse de Sion devint la demeure de David, jusqu'au jour où Jérusalem vit s'élever dans ses murailles un palais construit avec les cèdres dont Hiram, roi de Tyr, fit présent au roi d'Israël son allié.
De nouvelles victoires rem p tées sur les Philistins, ajoutérent à l'éc ht de ce règne naissant.
David voulut sanctifier la ville de Jérusalem en y transportant l'arche dal- .
liance, qui semblait exilée à Cariathiarim, depuis qu’elle s'était pour ainsi dire évadée du pays des Philistins. Elle fut transférée avec appareil sur un char traîné par des bœufs. Durant le trajet, un choc violemment imprimé au Char parut faire chanceler l’arche ; Oza étendit la main pour la soutenir. ns ; pour punir son zele indiscret L le frappa de
mort. David effrayé n’osa introduire
l'arche ni dans son palais, ni dans Jérusalem; elle fut déposée dans la maison du lévite Obédédom, sur laquelle elle attira les bénédictions du Ciel. Mais
NX
DES JUIFS ANCIENS. 11 bientôt David envia à Obédédom ce dépôt sacré. L’arehe entra dans Jérusalem au milieu de toutes les pompes de la religion hébraïque. Le roi lui-même, dépouillé de ses ornemens ; la MAIS en dansant et en jouant de la lyre. Gette pieuse humilité de David excita le rire dédaigneux de lareine Michol, que Dieu
: condamna à devenir stérile.
Honteux d’habiter un palais de cédre, tahdis que l’arche sainte n’était abritée que sous des tentes, David voulut élever
un temple en PH de Dieu. Ce
pieux désir toucha le Seigneur; mais Dävid était un guerrier; ses mains avaient souvent répandu le sang des hommes : une telle gloire ne pouvait lui appartenir. Nathan, le prophète, lui déclara que sa piété serait récompensée par les bienfaits infinis que Dieu répandrait sur sa postérité; que la fondation
du temple était un honneur réservé à
son fils; que sa maison subsisterait tou-
jours, Det que son trône serait éternel.
David ne songea plus qu’à amasser les
trésors nécessaires pour que ce fils, pré-
destiné à tant de gloire et de prospérité,
1192 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE pût consacrer à Dieu un monument digne d'Israël et de Jéhovah.
Après une année de repos , consacrée au service du Seigneur, David reprit les armes. fsraël, partout vainqueur, s'affranchit d’un tribut imposé jadis par les Philistins, et bientôt les compta au nombre de ses tributaires avec les Moa-:
bites, les Syriens, les Iduméens et les Ammonites, Sa domination s'étendit de la Méditerranée à l'Euphrate, et de la Mer-Rouge au Liban. *
La générosité de David donna un nouveau lustre à sa gloire. Ayant appris qu'il restait un fils de J onathas, nommé Miphiboseth , il l’appela auprès de lui, lui rendit les biens de Saul, son aïeul, et le fit asseoir tous les jours à sa table,
Hanon, fils et successeur de Naas, roi des AU LES , au lieu de cultiver, comme son père , l'amitié de David, outragea indignement les HP Aettts que lui avait envoyés le roi d'Israël, La guerre fut déclarée. Joab et Abisaï défirent les Ammonites près de Médaba.
David marcha en personne contre les Syriens dont Hanon avait imploré le.
secours , et les tailla en pièces. ,
Son retour à Jérusalem devint funeste à sa gloire. La beauté de Bethsabée , femme d’ Urie, l enflamma d’une passion coupable, qu'il ne rougit pas de satisfaire. Urie servait dans l armée d’Esraël.
Le roi expédia ? à Joab des ordres secrets, et Urie fut tué devant les murs de Rabbath, Sa veuve épousa David, et légitima ainsi le fruit de son adultere.
“Mais bientôt le prophète Nathan vint annoncer à David la vengeance ‘du Seigneur. La mort du fils qu'il avait eu de Bethsabée fut son premier châtiment.
ti Cependant le siége de Rabbath trainait en longueur. David va ranimer l’armée par sa présence, et s'empare de la ville qu'il livre au pisse: La couronne d'or qui ornait la tête de l'idole de Moloch, devint le trophée du roi d’ Isr aël.
Les désordres et les crimes qui éclatèrent alors dans la maison royale, réalisérent les prophéties de Nathan, et vinrent consommer la punition que Dieu réser vait à David pouravoir commis un adultère homicide, pour avoir tué Urie par l'épée ‘des Ammonites. Aion, l'ainé des fils du roi, épris de Thamar,
114 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE é sa sœur consangnine, usa de violence pour satisfaire sa passion; mais bientôt les transports d’un amour criminel firent place à ceux d’une haine non moins coupable. L’outrage succéda à l'inceste.
Absalon , frère-germain de Thamar , la console “a lui promettant de la venger.
Après avoir long-temps dissimulé ses sinistres projets, afin de les mieux accomplir , il fait égorger Amnon au milieu d’un festin auquel il l'avait imvité avec tous ses frères. La fuite déroba le meurtrier à la juste fureur de son père, qui peut-être n'aurait reconnu un fils que dans la victime.
Salomon, second fils de David et de Bethsabée, naquit au milieu de ces sanglantes catastrophes, qui semblaient, comme "de sinistres présages, entourér son berceau; mais Dieu, qui punissait David, regarda cet enfant avec bonté.
Absalon resta pendant trois ans réfugié à Gessus. Enfin Joab obtint du roi son rappel : Absalon revint à Jérusalem; mais deux années s’écoulèrent avant que son père consentit à le voir. Aprés sa réconciliation avec David, il se livra
tout. entier aux calculs d’une ambition effrénée. La popularité dont il sut habilement s’entourer, au détriment du roi, prépara la réussite de ses complots.
Enfin, après avoirtout disposé, il serend à Hébronavec ses partisans, et Là se fait proclamer roi d'Israël. La multitude inconstante abandonne David : trahi par la plupart de ceux mêmes qu'il avait comblés de ses faveurs, il est réduit à fuir. Escorté d’une troupe fidèle, il quitte Jérusalem à pied, comme un proscrit. Rien ne manque à son malheur :
Semeï , de la maison de Saül, que le roi rencontre sur son passage, lui lance impunément des pierres et l’accable de malédictions. La calomnie retire à David jusqu'aux consolations de l’homme infortuné, en lui faisant croire qe Miphiboseth s'est rangé au nombre de ses ennemis. Absalon entre en triomphe dans Jérusalem. Achitopel , l’un ces plus intimes confidens de David, a embrassé le parti du fils rebelle. Guidé par les conseils de cet homme réputé l’une des lumières d'Israël, etcomme pour servir d'iñstrumentaux prédictions mençantes
de Nathan, Absalon déshonore publiquement lite les femmes de son père.
‘€ en était fait de David, si tous les
‘avis d'Achitopel eussent été écoutés. Ce
sujet perfide demandait à marcher à la
tête de 12,000 hommes, contre le roi
fugitif, pour ne pas lui laisser le temps
de rassembler des forces. Mais Chusaï,
Sadoc et Abiathar étaient restés à Jéru-
salem , de l’aveu même de David, afin
d épier les événemens , d’en instruire le
roi, et de paralysen, par leurs conseils, les suggestions funestes d’Achitopel.
Chusaï s'opposa, vivement à la proposi-
tion de ce traître, et parvint à faire:
prévaloir son opinion dans l'esprit d'Ab- “salon. Achitopel, prévoyant dès-lors le
‘triomphe de David, se retira et se donna la mort. Cependant le roi, averti
du danger qui le menaçaitl, avait passé le Jourdain. Une foule de méconteris ‘accourent sous ses drapeaux; il peut
enfin opposer une armée à celle d'Absa- Jon , qui, les armes à la main, s’'avance
contre son père. Contraint de céder aux
instances de ses généraux, David reste à
Muhañaüe, et confie le commandement
DES JUIFS ANCIENS. 117 des troupes à Joab et à ses deux frères.
la bataille s engage dans la forét d'Ephraïm; la défaite des rebelles est complète. Arrêté dans sa fuite par lés branches d’un arbre dans lesquelles s'était embarrassée sa chevelure épaisse et flottante, Absalon meurt de la main de Joab. David avait recommandé qu’on épargnât son fils : il pleura amèrement sa victoire. Les tribus vaincues et repen- -‘tantes se soumirent à leur roi. Séba, de la tribu de Benjamin, entretènait encore.
un reste de sédition. Amasa, bien qu’il eût commandé l’armée d’Absalon , fut chargé par David d'aller réprimer les rebelles. Furieux d’une préférence qui mMmenaçait son crédit, Joab immole ce rival, comme il avait jadis immolé - Abner; puis marchant contre Séba , il le - poursuit jusqu’au pied des murs d’ Abéla, force les habitans de lui livrer la tête du fugitif, et la rapporte dans le camp de David, qui une fois encore dissimula ses ressentimens.
Lrop vengé par la mort de son fils et par le sang de tant d’Israélites tués les armes à la main, David ne rechercha
Lo
à “h SA
118 RÉSUMÉ DE L'HSTOIRE À ‘pas les coupables, il s’arma de clémence étd'oubli, et rentra en paisible possession de son royaume. La famine qui pendant “rois ans avait désolé Israël, en punition des cruautés exercées par Sal contre les habitans de Gabaon, obligea le roi de livrer les sept petits-fils de Saül aux Gabaonites, qui les crucifièrent. Miphiboseth, fils de Jonathas, dont David aväit reconnu l’innocence calomniée, ne fut pas au Ponte de ces victimes expiatoires.
Maître d'Israël ,; David voulut, par le dénombrement de son peuple , apprécier la juste étendue de sa puissance.
Cette opération constata l'existence de 1,300,000 hommes en état de porter les armes. Mais Dieu réprouva cette orgueilleuse curiosité; et le prophète Gad, interprète de sa colère, condamna David à opter entre trois fléaux, par l’un desquels le roi devait expier sa faute. La peste ne connaît point de tête privilégiée :
David choisit ce fléau pour n’être point à l'abri du danger commun. Mille Israélites furent frappés en trois jours : le roi, consterné, supplia le Seigneur d’appe-
DES JUIFS ANGIENS. 119 santir son courroux sur Jui seul, puisque lui seul était coupable : le Seigneur eut pitié de son peuple, et l'ange lexterminateur détourna de J érusalem son glaive et a 1 mort. 3
La vieillesse de Das fut troublée par l ambition de son fils. Adonias. Joab et le grand-prètre Abiathar s'étaient associés aux coupables machinations du jeune prince. Adonias se fit proclamer roi au milieu d’un festin. Averti par Bethsabée, David fait sacrer son fils Salomon par le prêtre Sadoc. Cette inauguration solennelle et inattendue déconcerte le parti d’Adonias, qui vient lui-même ‘implorer le pardon de son frère.
David, sentant sa fin approcher , ras-
rembla les chefs des tribus et les princi-
paux officiers de son armée : en leur présence, il remit à son fils les plans et les dessins du temple qu'il avait voulu fonder lui-même, ruais dont le Seigneur avait réservé l’entr: eprise à Salomon.
Apré ès leur avoir énuméré les sommes immenses qu'il avait consacrées à cette destination, il fit un appel à la pieuse
IOOÏT.
libéralité des Israélites, et les Israélites apportèrent à l’envi leurs trésors.
David, de son lit de mort, laissa pour adieux à son fils des ous dictés par Ja sagesse divine, et il s’endormit dans le sein du Seigneur, à l’âge de qrans, après un règne de 4o ans. Sa harpe résonne encore à travers les siècles. Les psaumes de David sont les immortels, monumens de sa piété et de son génie.
Ce héros de l'Écriture-Sainte peut défier le jugement de l’histoiré : ses vertus, ses triomphes et ses malheurs offrent assez de titres à notre admiration. Le sauveur de Saül, le vainqueur désolé d’Absalon, peut passer pour un grand homme.
RANARA NN AARAAAARAAAR AAA ANAANAAAAAA NAN AR ANAAAAA AAA AAA