‹ Résumé de l'histoire des Juifs anciensChapitre 25 sur 38 · ÉTAT · texte numérisé non relu

ÉTAT

DES JUIFS ANCIENS. 231 cès - Mnémon , le grand - prêtre Joada étant mort, eut pour successeur son fils Jonathan, qui se rendit coupable d’un fratricide. Josué , frère du grand-prêtre, ambitionnait sa place; il sut si bien capter la faveur de Bagosës, gouverneur de Syrie et de Phénicie: Téur le roi de Perse , qu’il obtint de lui la charge dont jouissait son frère. Il vient à Jérusalem pour en prendre possession : les deux frères se prennent de querelle dans le temple même, et c’est dans le temple que Josué tombe sous les coups du pontife. Bagosès, furieux, accourt de Syrie; il veut entrer dans le lieu saint pour voir l'endroit où a été commis le meurtre ; on lui en interdit l’entrée, défendue aux païens à cause de leur impureté. « Me croyez-vous donc plus impur, s'écrie-t-il, que ce cadavre étendu ici par vos coups ? » Et il pénètre de force dans le temple : après avoir pris connaissance du fait, il ne punit point le gr and-prêtre , mais condamne le temple même à une forte amende, qu’il se fait payer par les prêtres avec l'argent du trésor.

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Les Phéniciens s'étant révoltés contre Ochus, successeur de Mnémon, les Juifs prirent part à ce soulèvement. Ochus , l'ayant étouffé, et pris Sidon, capitale de la Phénicie, entra en Judée, assiégea Jéricho dont il s’'empara, et ft captifs un assez grand nombre de Juifs ; il emmena 1 uns en Égypte, et envoya les autres en Hyrcanie, où il les établit le long de la mer Caspienne. a

Cependant les livres de Moïse et les écrits des prophètes avaient commencé à se répandre en Grèce et dans tout l'Orient. Aristote, après avoir professé douze ans la philosophie à Athènes , fut accusé d’avoir. des sentimens contraires à la religion établie : l'exemple de Socrate lui fit craindre d'attendre l'issue du procès; il se retira en Asie. « Là, dit Josèphe, il fit connaissance avec un Juif d’une sagesse, d’une tempérance et d’une bonté admirables : il venait de la haute Asie!, et apprit beaucoup de choses à Aristote, dans de fréquentes conversations qu'ils eurent ensemble. »

Le moment approchait où l'empire des Perses allait s’écrouler : après avoir

DES JUIFS ANCIENS. 233 eu deux ans soumis les nations Voisines de la Macédoine, dissipé la ligue des Grecs et détruit Thèbes , Alexandre traverse, en la subjuguant, l’Asie-Mineure, écrase. Darius sous les murs d'Issus, et s'empare, après un long siége, de Tyr qui avait refusé de lui ouvrir ses portes.

De cette ville, il marche sur Jérusalem.

Les Juifs, qu il avait sommés de lui fournir des vivres pendant qu’il assié- - geait Tyr, au lieu de lui obéir comme l’avaient fait les Samaritains, lui répondirent qu’ils avaient prêté à Darius serment de fidélité, et que durant la vie de ce prince, ils ne pouvaient reconnaître un autre maître, Alexandre, peu accoutumé à de pareilles réponses, marcha contre eux pour les châtier. ù

Jaddus, quiétait alors grand-prètre , est frappé d’une inspiration divine : il fait ouvrir les portes de la ville, joncher

les rues de fleurs, se couvre de ses or-

nemens pontificaux, et vient au devant d'Alexandre, accompagné des prêtres vêtus de leurs robes sacerdotales, et de tout le peuple en habits de fête. Alexandre fut frappé à la vue du souverain- DO.

234 RESUME DE L'HISTOIRE sacrificateur. Dès qu’il l’aperçut , il s’avança vers lui, s’inclina, et le salua avec . une pieuse vénération.Tout le monde fut dans l’étonnement. « D’où vient que vous adorez le grand-prêtre des Juifs, demanda au roi Parménion. — Ce n’est pas le grand-prêtre que j'adore, répondit-il, mais le Dieu dont il est le ministre. » Il raconta alors qu’ étant à Dion, en Macédoine, l'esprit plein de son grand dessein de guerre contre les Perses, ce même homme, couvert des mêmes habits, lui avait apparu en songe, lui avait dit d'être sans inquiétude, qu'il pouvait passer hardiment en Asie, que Dieu lui livrerait l’empire des Perses. Après ce récit , il embrassa Jaddus, entra avec lui à Jérusalem, et offrit dans le temple un sacrifice à Dieu. Jaddus lui montra les prophéties de Daniel. Avant de quitter Jérusalem, Alexandre invita les Juifs à lui demander une grâce : ils le supplièrent de les laisser vivre en liberté sous leur constitution et dans l’observation de leur culte, et de lesexempter, chaque septième année , du tribut ordinaire , parce que, pendant l’année

sabbatique , leur loi leur défendait d’ensemencer leurs terres et de moissonner.

Alexandre leur accorda cette grâce.

Après son expédition d’ Égypte, il revint en Palestine punir une révolte des Samaritains qui s'étaient soulevés contre Andromachus, l’un de ses favoris, auquel il avait confié le gouvernement d'Égypte et de Syrie. Ce gouverneur était venu passer quelques jours à Samarie : les habitans de cette ville mirent le feu à la maison où il se trouvait , et Vy massacrèrent, sans doute par ressentiment des priviléges qu’on venait d’accorder aux Juifs, leurs ennemis. Alexandre fit mourir tous ceux qui avaient pris part à cette sédition; chassa de la ville tout le reste des habitans, et rit à leur place une colonie macédonienne. Les Samaritains se retirèrent à Sichem, au pied du mont Garizim ; et cette résidence est encore aujouid’hui la métropole de leur secte. ï À Alexandre repartit pour de nouvelles victoires; et après ses étonnantes con quêtes, revint mourir à Babylone, laissant à l’ambition de ses capitaines sou

immense empire à déchirer. La Syrie,

la Judée et la Phénicie sont adjugées, dans le premier partage, à Laomédon.

Piolémée-Soter, fils de Lagus, ayant défait Laomédon, exige l’obéissance de tous les peuples qui étaient soumis à ce prince. Les Juifs seuls refusent de violer le serment de fidélité qu’ils luiont prêté;

ils étaient alors sous le pontificat d'O-

nias [er,, fils et successeurde Jaddus. Ptolémée entre en Judée, et forme le siége de Jérusalem. La place, forte à-la-fois par sa position et par ses remparts, était susceptible d'une longue défense; mais la superstition la livra. Ptolémée savait que les Juifs n’osaient se défendre le jour du sabbat ; il choisit ce jour pourun assaut général, Les assiégés craignant.de violer leur loi, restent spectateurs oisifs de la prise de leur ville. La conquête de Jérusalem entraina celle de toute la Judée. Ptolémée emmena plus de cent mille habitans en Égypte; mais il les traita avec beaucoup d'humanité et de clémence. Il en plaça un grand nombre dans son armée, et leur confia la garde de ses villes les plus importantes. Ge

traitement attira une foule de Juifs en Égypte, et principalement à Alexandrie.

La Judée et les provinces voismes passent sous la domination d’Antigone.

L'Egypte reçoit une nouvelle émigration de Juifs et de Samaritains, qui préférent un gouvernement paternel daus un pays étranger, à l'oppression sur le sol natal. Parmi ces fugitifs, se trouva un homme aussi distingué paï son mérile que par son rang : c’était un des principaux aus , nommé Ézéchias; il connut à Alexandrie le grec Hécatée, qu’il instruisit des lois, des mœurs, et de la religion du peuple juif. Ce fut d'après ses renseignemens qu'Hécatée composa une histoire apologétique des Juifs qui s’est pente.

Le grand-prêtre Onias Ier. eut pour successeur son fils Simon, que la sainteté de sa vie fit surnommer LE Juste. Il exerça pendant neuf ans un pontificat mémorable; il fortifia de hautes murailles la ville et le temple, et fit creuser dans Jérusalem une vaste citerne. Mais ce qu’il fit de plus important, fut d’avoir

238 RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE mis la dernière main au canon des saintes.

écritures. Il y inséra les livres d’Esdras, 202. de Néhémie et des chroniques. A la mort de Simon-le-Juste, commença l’enseignement des docteurs misniques, connus sous le nom de. Tunaïm, qui, ne s’en tenant pas aux livres sacrés, appelaient principalement l'attention des fidèles sur la Misna, ou seconde loi, fondée sur les traditions. Ce fut plus de quatre siècles après qu’un de ces docteurs (Rabbi Juda Haccadoche) fit le recueil de toutes ces traditions, et en composa le livre quia | reçu le nom de Mrsna.

Onias, fils de Simon:-le-Juste, était de :

droit son successeur; mais en raïson de sa grande jeunesse, L souveraine sacrificature fut confiée à Éléazar, son oncle paternel. i

Antigone m'était point resté longtemps maitre de sa portion d’empire :

‘. la bataille d’Ipsus avait décidé du sort de l'Asie, et définitivement partagé la grande monarchie. Ptolémée, en qui commence la race des Lagides, eut la Palestine, avec l'Égypte, la CéléSyrie et l'Arabie.

Son fils, Ptolémée- Philadelphe , qui lui duecéda , prince éclairé, ami des lettres et des arts, commença cette fameuse bibliothèque d'Alexandrie, dont la destruction a investi d’une si fâcheuse immortalité le nom du calife Omar. Il désira enrichir cette bibliothèque. d'un exemplaire de la loi de Moïse; on en fit une version grecque à Alexändrie : c’est la traduction qui nous est restée sous le nom de version des Septante. Elle fut ainsi nommée , parce qu'une ancienne tradition porte qu’elle fut composée par soixante-douze Juifs envoyés à Ptolémée par le grand-prètre Eléazar, et choisis, en nombre égal, parmi les douze tribus d'Israël. Quoique les deux tribus de Benjamin et de Juda fussent seules revenues tout entières de la captivité de Babylone, cependant quelques membres des autres tribus s'étaient joints à elles, et les noms dé ces tribus s'étaient conservés parmi leurs descendans.

Onias ne succéda pas immédiatement à Éléazar dans le pontificat. Cette dignité fut conférée à Manassé, oncle de Simon-le-Juste. 11 l’exerça trente-trois

240 — RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE ans; après lui Onias II en fut investi.

Le surnom d’Avare qui lui fut donné indique son caractère. Teut occupé à

; rs , il grossir ses trés0 négligea de payer ,

à l'Égypte le Le annuel de vingt ta-” lens, qu'avaient toujours payé ses pré- .

décesseurs, à titre d'hommage. Cette

dette arriérée s'étant accumulée pendant :

plusieurs années , Ptolémée-Evergète,

qui avaitsuccédé à Philadelphe, envoya |

en Judée Athénion, un de ses courtisans, sommer les Juifs de tout payer sans dé-

lai, s'ils ne voulaient être chassés de leur pays, ét remplacés par une colonie

égyptienne. Un jeune homme nommé

Joseph, proche parent d’Onias 7. 5e fait |

députer à la cour d'Égypte, et s’insinue tellement dans la faveur du roi et de la reine, qu'il obtient la préférence sur plusiéurs concurrens riches et puissans, pour la ferme générale de la Phénicie et de la Célé-Syrie. Le gain considérable qu’il fit dans cet emploi, dont il jouit vingt-deux ans, le mit bientôt à même d’acquitter la dette qu'avait contractée sa nation.

Depuis long-temps il régnait entre les

DES JUIFS ANCIENS. 244 rois de Syrie et d'Égypte une grande mésintelligence. Elle se termina enfin | par une rupture ouverte sous le règne de

Ptolémée-Philopator, successeur d'Évergète, et sous le pontificat de Simon IT, qui avait succédé à son père Onias. On remit en question le droit de propriété

sur la Célé Syrie et les provinces adja-

centes : il fallut recourir à la voie des armes. Antiochus-le-Grand, roi de Syrie, fait une irruption en Galilée. Après en avoir pris les villes, il passe le Jour- daïn, entre dans le pays de Galaad, et prend possession de tout ce pays, autrefois le domaine des tribus de Gad, de Ruben et de Manassé. Il s'empare aussi de Rabbath, capitale des Ammonites, et soumet les cantidés arabes du voisi-

age. La saison trop avancée l’oblige de’

doute ses quartiers d'hiver; au printemps, il rentre en campagne. Ptolémée

marche à sa rencontre à la têtede soixante-

dix mille fantassins , cinq mille chevaux

et soixante-quinze éléphans. Il attaque

l’armée d’Antiochus , non moins nom-

breuse, et la bat complètement à Ra-

phia. Cette victoire lui fait recouvrer

DT

249 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE tout ce que lui ayait enlevé le roi de Syrie.

Ptolémée veut visiter les provinces qu'il vient de faire rentrer sous sa loi.

Arrivé à Jérusalem, il offre des sacrifices dans le temple; mais, non content de rester dans le parvis où était l’autel des holocaustes, il veut entrer dans l’intérieur de l'édifice, et pénétrer jusqu'au Saint des Saints, lieu révéré où le souverain sacrificateur lui - même n’entrait qu’une fois l’an , au grand jour de l’Expiation. Le grand-prètre lui objecte la sainteté du lieu et la loi formelle’ de Moïse. Le roi persiste dans sa résolution; il s’avance au milieu des gémissemens des prêtres et de la désolation du peuple ; mais une émotion soudaine l’agite; une main invisible le renverse; on l’emêt porte à moitié mort.

De retour en Égypte, il veut faire expier cette humilia tion aux Juifs d’Alexandrie. Ikordonne que, pour marque de servitude, on leur imprimera sur le corps avec un fer chaud une feuille de lierre, symbole du dieu Bacchus ; il promet sa protection et la conservation

DES JUIFS ANCIENS. 243 de tous leurs priviléges à ceux qui adoreront les divinités du pays. À peine s’en trouve-t-il trois cents qui consentent à abjurer la foi de leurs pères. Le reste les regarde comme desapostats, etrompt avec eux tout commerce. Philopator , irrité de cette constance, veut faire périr tous les Juifs qui sont en Égypte.

Amenés à Alexandrie de toutes les villes de son obéissance , il les rassemble dans l'Hippodrôme, et fait lâcher contre eux ses éléphans qu’on avait mis en fureur.

Mais ces aimaux tournent leur rage contre ceux qui les conduisent , les foulent aux pieds et en font un affreux carnage. Le roi fait aussitôt remettre les Juifs en liberté, et rend publiquement hommage à leur foi. Mais avant de partir, ils demandent qu’on leur livre ceux de leurs frères qui ont apostasié : cette demande est accueillie , et ils immolent aussitôt leurs frères parjures.

Après la mort de Philopator , la Célé- Syrie et la Palestine tombent sous la puissance d’Antiochus qui s’en empare en deux campagnes. Scopas, envoyé par Aristomène, gouverneur de Piolémée-

Epiphanes, nouveau roi d'Egypte, reprend la Judée et met une garnison dans la forteresse de Jérusalem. Mais Antiochus, avec le secours desJuifs , que les

persécutions de Philopator avaient alié-

nés de l'Égypte, chasse la garnison de Scopas, et rentre en possession de la Judée. En reconnaissance du dévouement des Juifs à ses intérêts, il leur accorde de grands priviléges; et comme les guerres dont la Judée était le théâtre avaient de beaucoup diminué la population de Jérusalem , il exempte de tout tribut, pendant trois ans, tous les Juifs qui viendront s’y établies

Le mariage de Ptolémée-Épiphanes et de Cléopâtre, fille d’Antiochus, fit rentrer la Judée sous la domination égyptienne : Cléopâtre apporta en dot à son époux la Célé-Syrie et la Palestine; mais cette paix ne fut pas de longue “

rée. À la mort de Polémée-Épiphanes ; Séleucus -Philopator , nouveau roi de . Syrie, profite de la minorité de Philo

métor, successeur de Ptolémée y pour reprendre à l'Égypte les deux provinces. Le grand-prêtre Simon IT était

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