‹ Résumé de l'histoire des Juifs anciensChapitre 27 sur 38 · LES MACHABÉES · texte numérisé non relu

LES MACHABÉES

Avanr de trouver des défenseurs, la Judée eut de nombreux martyrs, On n’a pas oublié la constance de ce vieux prétre Éléazar, qui aima mieux mourir dans les A D qu’enfreindre à quatre-

vingt-dix ans la loi qu’il avait observée

durant sa vie; et l’enthousiasme religieux de cette mère qui vit expirer ses septenfans dans les plus cruels supplices, et les exhorta à ne point trembler devant la mort qu’elle allait subir ellemême , a traversé les siècles (1).

En ce temps-là vivait à Modin un

prêtre, nommé Mathatias, arrière-pe-

(1) On a donné à ces sept frères le nom de Machabees , parce que leur supplice est raconté dans Je livre qui porte ce nom.

tit-fils d’Asmonée, dont la famille avait pris le nom d’Asmonéenne. El avait avec lui cinq fils, tous gens de cœur et zélés

comme lui pour la loi de Dieu; ils se nommaient Johanan , Simon, Judas, qui reçut le nom de Machabéei( > Éléazar et Jonathan.

Cependant les satellites AA DE obus arrivent à Modin pour y établir, le glaive à la main, le culte des idoles. La dignité et les vertus de Mathatias le désignaient plus que tout autre à leurs

soupçons, Il leur importait d’ailleurs de faire fléchir devant Les idoles un descendant d’Aaron. Ils s'adressent d’abord à lui et le somment de sacrifier aux idoles.

« Quand tous les peuples obéiraient à

(1) Lorsque Fudas se mit à la tête de Pinsurrection commencée par son père, il inserivit sur son étendard les premières lettres des mots contenus dans ce verset de l’écriture : Mc Camocha Baélim Jehova. « on est semblable à toi parmi les dieux , ô Éternel ? » (Exod., chap: 19, vers. 11.) De ces quatre initiales, M, C. B.3, on forma le nom de Wachabce, qui fut Hu non seulement à Judas, mais encore à tons ceux qui combattirent sous son étendard.

» Antiochus, s’écrie Mathatias, quand » tous les Juifs abandonneraient la loi » de leurs pères, mes enfans, mes frères » et moi nous y resterons fidèles. Dieu » nous garde d’être assez malheureux » pour répudier sa sainte loi et ses or- » donnances ! » Comme il achevait ces mots, un Juif, plus corrompu ou plus lâche que les autres, s'avançait vers l’autel qui avait été dressé à Modin par les ofhiciers d’Antiochus; il allait consommer l’acte d’apostasie ; Mathatias indigné le frappe de son épée. Un officier syrien tombe aussi sous ses coups; le reste des soldats prend la fuite, etaprès avoir renversé l'autel et l’idole, Mathatias s’écrie d’üne voix inspirée : « Quiconque a du » zèle pour la loi, quiconque demeure » attaché à l'alliance du Seigneur , me » suive ! » La foule se disperse ; quelques hommes intrépides entourent Mathatias, et se retirent avec lui et ses fils sur des montagnes désertes. Le bruit de cette action héroïque retentit au loin et ranime les courages. Chaque jour des Juifs, auxquels il ne manquait qu'un signal et un chef, viennent grossir le

DES JUIFS ANCIENS. 257 parti de Mathatias. Peu de temps auparayant, un millier d'Israélites, réfugiés dans un désert, s'étaient laissé égorger sans défense, parce qu’on les avait attaqués le jour du sabbat. Mathatias tente de faire abjurer aux siens ce scrupule superstitieux; il ne fallait rien moins pour cela que l’autorité de sa parole.

À sa voix les Juifs fidèles prennent le parti de combattre le jour du sabbat, mais seulement dans le cas d’atta-

que ouverte, et cette réserve par la suite leur fut encore fatale.

Cependant les troupes d’Antiochus viennent attaquer Mathatias, sont vaincues et mises en fuite. Ce premier succès recrute des soldats à la petite armée des fidèles. Le vengeur d'Israël remporte de nouveaux avantages, et bientôt plusieurs villes sont affranchies du joug des Syriens. Mathatias touchait au terme de sa glorieuse carrière ; avant de mourir il légua à ses enfans le grand œuvre de la délivrance de son pays. « Armez-vous » de courage, leur dit-il, et combattez » vaillamment pour la défense de la loi.

» Elle sera pour vous l’occasion d’une

ao.

258. RESUME DE L'HISTOIRE » gloire immortelle. Simon, votre frère, » est un homme de bon conseil; suivez

» ses avis, et qu'il Vous tienne lieu

» de père. Que Judas commande vos » troupes. Attirez à vous tous les ob- » servateurs de la loi, et vengez votre » peuple.» Après cela Mathatias bénit sa famille, et il fut réuni à ses pères.

Le Done honora sa mémoire par des larmes, et ses fils accomplirent son der-

nier vœu : Israël fut délivré.

Le choix que Mathatias mourant fit de Judas Machabée pour le remplacer, n'était point dicté par l’aveugle prédilection du père de famille, ou du moins jamais prédilection ne fut plus légitime.

Ce choix fut confirmé par l’assentiment universel. On ne s’apercevait que les Israélites avaient changé de chef, que parce qu'ils pleuraient, et la confiance que” leur inspirait le fils de Mathatias faisait mieux ressortir encore la sincérité et le désintéressement des regrets qu'ils donnaient à la mémoire du pére.

Secondé de ses frères et de ses amis, Judas Machabce rassembla ceux qui

étaient demeuré és fidèles à la toi de Dieu,

et il en forma une armée .de six mille hommes. « Il se revétit, dit Écriture, » deses armes comme un géant, et son » épée meltait à couvert toutes. 565 trou- » pes. Il parut dans les combats comme » un lion qui court à sa proie, etrépan- » dit (de toutes parts la terreur de som » nom. »

L'histoire des J se sous J di Ma chabée, est un enchainement de victoires , et la défaite d’Apollonius,. gouverneur de Samarie, fut son premier exploit. Dés le commencement de l’action il se précipita sur le général ennemi, le tua et s’empara de son épée. Il s’en servit depuis dans tous les combats.

Privés de leur chef, les Syriens prirent la fuite et laissérent aux Juifs ei mense butin.

Bientôt après, Séron, général de 1 armée de Syrie, marcha contre Judas pour venger la mortetla honte d’Apollonius.

Machabée ranime par ses discours Je courage des Juifs consternés à la vue de la multitude innombrable des ennemis ; puis il court sur les Syriens, les renverse

et les met en déroute. Huit cents hommes tombent sur le champ de bataille ; le reste se disperse.

À la nouvelle de ces deux victoires, Antiochus Épiphanes résolut dans sa colère d’exterminer tous les Juifs. Obligé de partir pour la Perse, il charge Lysias du gouvernement de ses états et du soin de poursuivre la guerre. Aussitôt Lysias fait marcher contre la Judée une armée de quarante mille hommes de pied et de sept mille chevaux , sous la conduite de Ptolémée-Nicanor et de Gorgias. Une multitude d’auxiliaires et de Juifs apostats viennent augmenter les forces des généraux syriens. Toute la nation semblait condamnée à mort, sans appel même à la fortune des combats. Nicanor croyait si bien qu’il n’y avait qu'à enchainer des captifs et à les vendre, qu’il envoya dans toutes les villes maritimes pour inviter les marchands à ve-

nir acheter les Juifs auxquels sa clé-

mence ou plutôt sa cupidité accorderait la grâce de l'esclavage. Un millier de ces hommes qui trafiquaient de l'espèce humaine accoururent dans le camp des

DES JUIFS ANCIENS. 201 Syriens avec de l'or, de l'argent et des chaînes. Nicanor régla d'avance l'emploi qu'il ferait du produit de cette vente, sans penser, dit l'Écriture, à la vengeance du Tout-Puissant qui allait tomber sur lui. ;

Judas n'avait que six ou sept mille hommes à opposer à tant d’ennemis. Il les conduisit à Maspha au-devant des Syriens. Maspha avait été autrefois un lieu de prière. Les Juifs sy arrétèrent pour jeüner et pour invoquer le Seigneur.

Conformément à la loi, Judas nomma les maîtres du camp et les officiers qui devaient commander les troupes. Comme sil avait eu trop de soldats, il renvoya dans leurs foyers les nouveaux mariés, ceux qui avaient leur moisson à récolter , et ceux qui ne se sentaient pas assez de courage; puis il dit à la petite troupe qui lui restait : « Prenez vos ar- » mes et fortifiez vos cœurs : demain, » nous combattrons. Songez tous qu’il » vaut mieux mourir dans le combat » que d’être témoins des malheurs de la » patrie et de la profanation de ce que » nous avons de plus saint. »

Le lendemain les Juifs se préparèrent au combat par la lecture du saint livre de la loi, et Judas leur donna pour cri de guerre, le secours de Dieu. Cependant Gorgias, à la tête d’un corps de troupes formidable, s'était détaché de l’armée syrienne, et s’avançait a marche forcée pour tomber à l’improviste sur le camp des Juifs. Informé de ce projet, Machabée quitte ses retranchemens, abandonne à Gorgias un camp désert, et court lui-même surprendre et atta-

.quer l’armée syrienne: La surprise et la

consternation des ennemis furent telles qu’ils ne songèrent pas à se défendre, Chacun des trois mille hommes de Judas tua son-ennemi; le reste prit la fuite jusqu'aux campagnes de l’Idumée. Gorgias,

qui revenait joindre les Syriens au camp,

n’y trouva que des Juifs vainqueurs, et prit aussi la fuite sans opposer aucune résistance. La première heure du jour oùcommençait le sabbat arrêta les Juifs dans leur poursuite. Les dépouilles de l'ennemi, l'argent de ces marchands qui étaient venus pour les acheter , tombèrent dans leurs mains et les eurichi-

rent : les chaînes qu'on leur destinait devinrent leurs trophées. Une partie du butin fut distribuée aux infirmes, aux orphelins et aux veuves.

Ce désastre consterna Lysias qui craignait d’en subir la responsabilité. Il lève à la hâte une nouvelle armée de soixante mille hommes et marche sur Béthoron.

À la tête de dix mille soldats, Judas vient au-devant de lui; arrivé en présence des Syriens, il s’écrie, les mains tendues vers le ciel : « Soyez béni, sau- » veur d'Israël, vous qui brisâtes autre- » fois la force d’un géant par la main de » votreserviteur David; livrez de même » aujourd'hui cette arméeentre les mains » de votre peuple. Frappez-les de crain- » te, confondez cette audace que leur » grand nombre leur inspire , terrassez- » les par l’épée de ceux qui vous aiment, » afin que tous ceux qui connaissent » votre nom, publient vos louanges » dans leurs cantiques. »

Lysias fut vaincu ; on tailla en piéces cinq mille de ses soldats. Après d’inutiles efforts pour rallier son armée fugitive, Lysias courut à Antioche, ne

264 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE songeant qu'à réparer la honte de sa première expédition.

Le territoire de la Judée était affranchi. Judas conduisit son armée victo:

rieuse à Jérusalem pour rendre à Dieu, dans son temple, de solennelles actions de grâce. Là, les attendait un triste spectacle : ils virent le sanctuaire désolé, l'autel profané, les portes brülées, le parvis hérissé d’arbrisseaux et d’épines.

À la vue de cette scène de désolation, ils déchirèrent leurs vêtemens, se couvrirent la tête de cendres, et répandirent des torrens de pleurs. Le visage prosterné contre terre , ils faisaient retentir l’enceinte sacrée de leurs gémissemens. Judas fit environner de troupes la citadelle qu "occupaient € encore les Syriens et les apostats. Puis, “par son ordre, des prêtres sans tache et fidèles observateurs de la loi, purifiérent le temple, en réparérent les ruines, et rétablirent le culte de Dieu. Avec des pierres que le marteau n'avait point polies, ils construisirent un nouvel autel des holocaustes sur les débris de celui que les profanations avaient souillé. Ces travaux terminés, on célébra

la dédicace du temple au bruit des hymnes, des cantiques, et au son de toutes sortes d’instrumens. Cette solennité dura huit jours, et une ordonnance rendue par acclamation prescrivit aux Juifs l'observation aunuelle de cette fête religieuse.

Judas, qui n’oubliait pointles devoirs du guerrier, fortifia la montagne de Sion, environna la ville de murs et de iours, et fit construire plusieurs forteresses dans le pays.

Les Iduméens , les Ammonites et les Galiléens voyaient d un œil jaloux Jérusalem sortir tout-à-coup de ses ruines et reprendre son ancienne splendeur. Ils conspirerent son humiliation et rassemblèrent une armée nombreuse sous les ordres de Timothée. Judas pouvait faire face à tant d’éennemis, parce qu'il se multipliait en ses frères. Simon marcha contre la Galilée, tandis qu’il s'avançait lui-même en Galaad. De tous côtés les Juifs furent victorieux : ils semparèrent de plusieurs villes et revinrent avec un riche butin que portait une multitude d'esclaves. Les Arabes, en attaquant à

leur tour la Judée, ne firent qu'ajouter de nouveaux trophées à la gloire de Judas, Un seul revers troubla le cours de tant de prospérités, et pourtant rehaussa encore la réputation de Machabée. Deux capitaines des Juifs, Joseph et Asparias, attaquèrent imprudemment à Jamnia les Syriens commandes par Gorgias. Ils avaient méconnu les instructions de Judas dans l’espérance de s'approprier l'honneur d’une victoire : ils furent vaincus. C’eüût été un triomphe pour tout autre que Judas.

Cependant Antiochus - Épiphanes , chassé d'Élimaïde en Perse par les habitans de cette ville, dont il avait voulu piller le temple, retournait confus à Babylone, lorsqu'il apprit la nouvelle des défaites de ses armées en Judée. Furieux, il précipite sa marche, et ne respirant que feu et flamme contre Îles Juifs, il jure d’anéantir cette nation rebelle. « Mais pour le châtier, dit l’Écri- » ture, le Seigneur frappa ce prince « d'une plaie incurable qui déchirait » ses entrailles. » La douleur néanmoins ne faisait qu'irriter sa colère; ses gémis-

semens étaient accompagnés de blasphèmes; il voulut qu'on accélérât encore sa marche; mais comme ses chevaux couraient avec impétuosité, il tomba de son char, et tousses membres furent meurtris par cette chute. Son mal s’envenima; des vers sortaient de son corps, et ses chairs, tombant par lambeaux , exhalaient une odeur insupportable. Alors seulement il revint de sa frénésie; lagonie lui fit sentir Île remords; 6a pensée se tourna vers Jérusalem; il se reprocha ses cruautés; il rendit hommage à la main qui le frappait, dans l'espoir peut-être d'obtenir sa grâce. Il promettait d’égaler aux Athéniens ces mêmes Juifs qu'il avait jugés indignes de la sépulture. Sentant sa fin approcher, il nomma pour son successeur Antiochus Eupator, en lui recommandant de ne point l’imiter. Il écrivit ensuite aux Juifs unelettre qui respirait une vive sollicitude pour leur prospérité, un respect religieux pour leur cukte, et qui leur promettait une administration modérée.et juste sous le règne de son successeur.

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