FE REN
A peine Antiochus eut-il consommé cet acte éclatant de repentir, qu’il expira. Lysias, chargé par lui de l’administration du royaume, présenta au peuple le nouveau roi Antiochus Eupator. .
Ce prince confirma aux Juifs par un nouveau message les paroles de paix prononcées par son père mourant. Mais bientôt après, sollicité par des Juifs apostats, échappés de la citadelle de Jérusalem qu'assiégeait Judas Machabée, il leur déclara de nouveau la guerre. Lysias vint en Judée se faire battre une seconde fois. Cette expédition coûta la vie à douze mille Syriens. Une victoire remportée .sur l’un de ses généraux fut aux yeux du jeune Antiochus un crime de lèse-majesté; et comme il croyait un roi invincible, il entra lui même en Judée avec une armée de cent mille hommes de pied, de vingt mille chevaux et de trente-deux éléphans dressés au combat. Après avoir, par des prières publiques , invoqué la protection du Seigneur, Judas Machabée marcha sans crainte audevant du roi et donna pour mot d’ordre aux siens, la victoire de Dieu. Suivi de
quelques guerriers d'élite, il attaqua de nuit le quartier du roi, passa au fil de l'épée quatre mille hommes, et se retira laissant dans le camp des Syriens le trouble et l’effroi. Une bataille générale suivit bientôt ce premier combat; enflammé par l'exemple de Machabée et de ses frères, le courage héroïque des Juifs balança du moins l’avantage du nombre.
Des milliers d’ennemis tombérent sous leurs coups. Éléazar, l’un des frères de Judas, se dévoua dos celte action pour le salut d'Israël, Ayant aperçu de loin un éléphant qu’il prit, à sa taille superbe et à la richesse de son harnais, pour celui même d’Antiochus, il s’élança, s’ouvritun passage au milieu des ennemis, se glissa entre les jambes de cetanimal, lui perça le ventre avec son épée, le renversa et
mourut écrasé sous ce poids énorme. Le
roi ne montait pas cet éléphant, mais l'éclat d’un dévouement si généreux électrisa le courage des Juifs, et frappa les Syriens de stupeur. Toutefois il fallut céder au nombre, et les Juifs épuisés durent chercher un asile dans leurs forteresses. Après s'être emparé de Beth- 213 YU
sura , Antiochus vint assiéger Jérusalem.
La famine aurait sans doute triomphé de la résistance des Juifs; mais la nouvelle d’une révolte qui venait d’éclater en S à rie, les sauva. Antiochus conclut la paix ce Judas Machabée , l’embrassa, l’institua prince de la J és: mais uteton avant de se retirer, il ruina, contre sa parole , les murailles dû temple. L'année suivante, Démétrius Soter, fils de Séleucus, s’étant échappé de Rome où il était en Ôtage, arrive en Syrie, fait tuer Antiochus Eupator et Lysias, et recouvre le trône qu'Antiochus Épiphanes, son oncle, avait usurpé sur lui.
Avant sa dernière défaite, Eupator avait conféré la dignité de grand-prêtre à un certain Alcime, de la famille d’Aaron, Frustré par nn victoires de Judas et par la paix, du sacerdoce, objet de son ambition, cet homme ne cesse d’exciter Démétrius contre les Juifs et contre leur chef. Par de riches présens et d’adroites calomnies, il pousse ce prince à la guerre.
Nicanor reçoit de Démétrius l’ordre d'aller châtier Judas et investir Alcime de la grande sacrificature; mais il n'obéit
DES JUIFS ANCIENS: 273 qu'à regret. Trouvant Judas préparé à le recevoir, il n’ose l’attaquer ét lui fait des propositions de paix qui sont acceptées. En butte alors aux dénonciations d'Alcime, qu'irrite cette alliance, il est obligé de la rompre, et cherche à lexpier par des perfidies et des sacriléges. Il entre en maître dans Jérusalem, et menace de brüler le temple. Après avoir inopinément a£taqué Judas, non loin de la ca- Pitale, et essuyé un grave échec, il ré-
vient à la charge avec une armée de trenie-cinq mille combattans.
Judas qui n’a que trois mille hommes lui présente le combat. Z{ arma ses guerriers, non de boucliers et de dards, mais des paroles saintes de la loi et des prophètes dont il les entretenait ; leur déclara que l'ombre d’Onias lui était apparu, et lui avait promis la victoire, et lui donnant une épée d’or. Le récit de cette vision les enflamma d'ardeur.
Is se précipitèrent sur l’armée ennemie, la mirent en déroute et la détruisirent.
Nicanor périt dans le combat. La cité sainte rentra au pouvoir des Juifs. Les vainqueurs irrités suspendirent la tête de
Nicanor aux murs de la forteresse, et sa main à la porte du temple. Sa langue mutilée devint la pature des oiseaux.
Une fête fut instituée en commération de cette glorieuse victoire.
Mais ce succès même fit pressentir à Judas une nouvelie guerreetdenouveaux dangers. Il crut FE chercher des auxiliaires au dehors : le bruit de la puissance romaine était venu jusqu'à lui; il envoya à Rome deux ambassadeurs nommés Eupolime et Jason. Jamais les Romains n’ont refusé ni une alliance ni une guerre. Le sénat accueillit avec joie la démarche de Machabée, qui venait d’être investi par ses concitoyens de la dignité de grand-prêtre. Il conclut avec les députés des Juifs un traité d'alliance offensive et défensive, qui n’assujettissait cependant pas la république à une réciprocité rigoureuse de sacrifices.
En même temps le sénat écrivit à Démétrius pour le menacer des armes romaines s’il ne respectait pas ses nouveaux alliés. Cette lettre arriva trop tard en Asie, et Judas succomba avant
le retour de ses ambassadeurs, avant de savoir que Rome eût accepté l'amitié des Juifs. Impatient de venger la défaite et la mort de Nicanor, Démétrius avait fait marcher contre la Judée une armée formidable commandée par Bacchide et | Alcime. Les Syriens s'étaient avancés sans obstacle jusqu’auprès de Jérusalem.
Judas osa camper devant eux avec trois mille hommes. Une terreur panique sema la désertion dans cette petite armée. Les Juifs! mêmes restés au camp, pressaient Machabée de consentir à la fuite. « Dieu nous garde, dit ce héros, » de fuir ainsi devant eux ! Si notre » keure est venue, mourons généreuse- » ment pour nos frères, et ne souillons » notre gloire par aucune tache.» Huit cents guerriers lui demeureérent fidèles, - et se résignèrent à partager sa fortune.
Avec eux il chargea et enfonça Vaile droite de l'ennemi; mais l'aile gauche des Syriens le tourna, et rendit sa valeur inuule. Le combat avait duré depuis le matin jusqu’au soir; Judas tomba percé de coups au milieu d’une foule de Syriens qu'il avait immolés; ce qui res-
tait de ses intrépides guerriers échappa à la mort par la fuite.
Jonathas et Simon emportérent le
corps de Judas à Modin, et le mirent
dans le sépulcre de leurs pères. Tout Is-
raël le pleura durant plusieurs jours ;
tous s’écriaient : « Comment est mort » cet homme invincible qui sauvait le » peuple d'Israël? »
La fortune des Juifs semblait descendue au tombeau avec Judas : Bacchide profite de leur consternation, couvre le pays de ses troupes et s'empare de presque toutes les forteresses. Le gouvernement des places conquises est remis aux mains des Juifs apostats. C’était imposer à ces villes des maîtres plus tyranniques et plus cruels que des Syriens. Mais il restait encore des fils de Mathatias. Les amis de Judas jettent les yeux sur Jonathas, le plus jeune de ses frères , et le proclament leur chef. L’extermination d’une troupe d’Arabes qui avaient égorgé Jean, l’ainédes enfans de Mathatias, annonce aux Juifs le digne successeur de Machabée, et leur promet un vengeur.
Jonathas sort bientôt avec ses soldats
DES JUIFS ANCIENS. 279 du désert qui leur servait d’asile, reprend l'offensive, triomphe de Bacchide et délivre sa patrie du joug des Syriens.
Mais elle ne jouit point d’un long repos. Bacchide reparut avec une armée; encore une fois vaincu par les Juifs que commandait Simon, frère de Jonathas, le général syrien conclut la paix, et depuis ne revint plus en Judée. Apres avoir ainsi garanti l'indépendance de son pays, Jonathas établit sa résidence à Machmas, et gouverna la Judée à la manière des anciens juges d'Israël.
Les orages qui éclataient en Syrie étaient pour les Juifs un gage de sécurité. Démétrius Soter défendait sa couronre contre un Rhodien nommé Alexandre Bala, qui se prétendait fils d'Antiochus Epiphanes; dés-lors il ne vit plus dans Jonathas qu’un auxiliaire utile ; il rechercha son amitié, lui permit de rebâtir Jérusalem et de lever des troupes.
Les Juifs rentrérent dans plusieurs de leurs forteresses que les Syriens occupaient encore. Jonathas mit à profit ces circonstances heureuses , et la Judée prit une attitude imposante.
276 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE Alexandre Bala, de son côté, ne négligea pas l'alliance d'un peuple qui avait à venger contre Démétrius des injures récentes. Il investit Jonathas du grand sacerdoce, et lui envoie une robe de pourpre avec une couronne d’or. Jonathas se montre sensible à ces marques de faveur ; mais néanmoins il n’exerce pas le pontificat avant de s’être fait nommer grand-prêtre par si suffrages de la nation.
Effrayé de la ligue qui le menace, Démétrius prodigue aux Juifs les promesses, les concessions et les sacrifices.
La forteresse de Jérusalem sera remise aux mains de Jonathas; la Judée sera affranchie d'impôts; de plus Démétrius cède la ville de Ptolémaïde, et offre de prendre à sa solde trente mille Juifs pour leur confier la garde de ses places-fortes.
La balance eùt penché en sa faveur si le peuple juif eût voulu vendre son alliance au plus offrant. Mais le souvenir des maux que la Judée avait souflerts sous la domination de ce prince , prévalut, et détermina la nation en faveur d'Alexandre Bala, Une bataille sanglante
DES JUIFS ANCIENS. 277 décida du sort de la Syrie: Démétrius
y périt; la victoire couronna Alexandre.
Ptolémée Philométor, roi d'Égypte, sanctionna son usurpation en le prenant pour gendre. Le’ mariage d'Alexandre
avec Cléopâtre fut célébré à Ptolémaïde.
Les deux rois invitèrent Jonathas à y assister. Il y parut avec honneur , et sut se concilier la confiance et l'estime d’Alexandre. Ce monarque le revétit de la pourpre, le fit asseoir à ses côtés, et le reconnut comme prince des Juifs.
De nouvelles révolutions agitèrent bientôt la Syrie. Démétrius Nicator, fils de Soter , rassembla les débris du parti de son père , et vint disputer le trône à l’usurpateur. La perfidie d’Apollonius, général d'Alexandre, qui se jeta à l’improviste sur la Judée , tourna à la gloire et à l'avantage de Jonathas : les Juifs mirent l’armée syrienne en déroute, la poursuivirentjusqu'à Azoth, etbrülèrent le temple de Dagon. Alexandre, il est vrai, désavoua cet acte d'agression, ét parut applaudir à la défaite de son général ; 1l envoya mème au prince dés Juifs l’agrafe d’or que portaient les prin-
ces du sang. Mais Jonathas se crut dispensé de lui prêter le secours de ses armes ; il demeura tranquille spectateur de la lutte qui ensanglantait la Syrie.
Ptolémée Philométor abandonna bientôt la cuuse d'Alexandre, qui avait indirectement attenté à sa vie. | Cléopâtre est arrachée à son premier mari-et passe dans les bras de Démétrius Nicator. Alexandre Bala, vaincu par son beau-père , s’enfuit en Arabie. Zabdiel, roi des Arabes, lui fit couper la tête et l’envoya à Ptolémée qui mourut en la regardant, après avoir placé Démétrius sur le trône de Syrie.
L'indépendance de la Judée et le pouvoir de Jonathas s’affermissaient au milieu de ces tempêtes sans cesse renaissautes. Le prince des Juifs devint l’allié de Démétrius : il aurait dü se contenter de ne lavoir pas pour ennemi, sans le défendre contre Ja haine de ses propres sujets; il l’aida à exterminer les habitans d’Antioche révoltés contre sa tyrannie.
Mais bientôt Démétrius, oubliant les services de Jonathas, attaqua la Judé.
L'obligation de défendre sa couronne le
rappela dans ses états. Tryphon, l’un de
ses généraux, avait pris lesarmes contre lui, et placé sur son trône le jeune Antiochus Théos, fils du Rhodien.
Jonathas et Simon profitérent de cette révolution pour battre tous les Syriens qui se trouvaient en Judée, et pour reprendre toutes les places dont ils s'étaient emparés. L'alliance des Juifs avec les Romains reçut une nouvelle sanction, et les liens de fraternité qui unissaient Israël à Lacédémone, se resserrérent par un traité. Mais Jonathasne tarda pas à expier cruellement le tort d’avoir embrassé avec ardeur la cause d’Antiochus Théos, au lieu de rester étranger aux troubles qui agitaient la Syrie, L’ambitieux Tryphon, qui conspirait la mort d’Antiochus afin d’usurper le trône, s’arma de toute sa perfdie contre Jonathas, l’un des plus fermes appuis de ce prince.
N’'osant le combattre, il l’attira à Prolémaide dans une conférence. Dès que le prince des Juifs y fut entré, on ferma ics portes; son cortège entier fut massacré, et il resta prisonnier de Tryphon.
Cette catastrophe termina un gouverne-
ment de dix-huit-années, qui n'avait été qu’une série de triomphes et de prospérilés. |
À la nouvelle de la captivité de Jonathas, tous les ennemis de la Judée se liguérent avec Tryphon pour lasubjuguer.
Tous les Juifs se livraient au désespoir , comme si la postérité de Mathatias était éteinte. Simon, le second des Machabées, avait survécu à ses quatre frères. Malgré son grand âge, il se rend à Jérusalem, offre son sang à la patrie, et la voix du peuple le proclame prince des Juifs; les soldats se rassemblent autour de lui , et déjà Tryphon, qui s’avançait avec une puissante armée, parle de traiter : il demande une rançon pour la délivrance de Jonathas. Simon pressentait l’inutilité de ce sacrifice, mais son devoir le lui prescrivait. La rançon fut payée et Jonathas n’en reçut pas moins la mort. Son corps fut transporté à Modin. Là , Simon fit construire un mausolée de marbre blanc où furent réunis les restes de son père, de sa mère et de ses quatre frères. Sept pyramides s'élevaient autour de ce monument. Simon
DES JUIFS ANCIENS. 28r avait la sienne. Héritier des vertus de ses frères, il se sentait digne d’aller reposer à côté d'eux. Déjà il avait raffermi l'indépendance nationale. Démétrius Nicator avait accepté son alliance, et l’avait reconnu comme grand pontife. La forteresse de Jérusalem, arrachée enfin aux Syriens, protégeait la cité sainte, et l’armée d'Israël, commandée par re can, fils de Shynd s'était emparée de Gaza et de J oppé.
Une assemblée générale des Juifs se tint à Jérusalem On y déclara l’autorité souveraine et la grande sacrificature héré-
ditaires dans la famille de Simon. Un
acte solennel en fut dressé; on le fit graver sur des plaques de cuivre qu’on suspendit dans le sanctuaire, et l'original fut déposé dans les archives du temple.
Simon renouvela les alliances contractées par son frère, et gouverna paisiblement la république avec le titre d’Ethnarque ou prince de la nation.
La Syrie cependant était la proie des guerres civiles. Démétrius Nicator, prisonnier des Parthes, avait laissé le champ libre à l'ambition de T ryphon, qui avait
dé
usurpé le trône de Syrie après s'être défait d’Antiochus. Antiochus Sidétès, frère du roi captif, battit et châtia l’usurpateur, à l’aide des secours que lui envoya Simon. Maître alors de la Syrie, il ne songea plus qu’à rétablir l’antique domination de ses pères en Judée : et bientôt il fit marcher sous les ordres de Cendébée, gouverneur. des côtes de la Palestine, une armée formidable. À l'approche de l’ennemi, Simon dit à ses enfans :
« Je suis vieux : c’est vous maintenant » qui devez combattre, défendre votre » culte, vos lois, et sauver votre pays :
» marchez ! » Hyrcan et Judas acceptent avec joie cette mission, s’avancent con:
tre les Syriens, et livrent bataille à Cendébée : Judas est blessé au commencement de l’action, maïs Jean Hyrcan le venge, met l'ennemi en fuite, le poursuitet lui tue deux mille hommes. La victoire ramène la paix.
Quelque temps après, Simon, accompagné de ses fils Mathatias et Judas, parcourut le territoire d'Israël, pour rétablir l’ordre et réformer les abus qu'une longue guerre avait produits. La mars
l’attendait à Jéricho. Ptolémée, son gendre; gouvernait cette contrée. Égaré par l'ambition, il crut arriver au grand sacerdoce par un crime, Au milieu d’un festin , il massacra son beau-père, ainsi que Judas, Mathatias et tous les hommes de leur suite. En même temps, il chargea plusieurs sicaires d’aller frapper Hyrcan, Je troisième des fils de Simon; mais Hyrcan, instruit de ce complot, fitarrêéter et mettre à mort les émissaires de Ptolémée. Le meurtrier de Simon tente en vain de venir saisir sa proie jusque dans Jérusalem. Les habitans de cette ville embrassent la défense d'Hyrcan , et le proclament leur chef,
Bientôt Ptolémée lui-même est assiégé dans le château de Dagon, son dthies asile. Simon allait être vengé; mais un spectacle déchirant arrête Hyrcan au pied des remparts, et désarme sa fureur.
Au moment où il se préparait à emporter la forteresse d'assaut, Ptolémée lui montre, sur le haut des murs, sa mère et ses frères qu’il faisait frapper de verges, avec menace de les précipiter du haut des murailles, si l'attaque continuait,
La courageuse veuve de Simon fait dire à son fils de ne point songer à la sauver, de se livrer tout entier au mouvement de sa juste colère. Hyrcan ne se sent pas le courage de venger son pére à ce prix.
Le siége est converti en blocus, et bientôt l’année sabbatique vient disperser les assiégeans. Délivré du péril, Ptolémée extermina la famille d'Hyrcan , et courut chercher un asile près de Zénon Cotylas, tyran de Philadelphie.
Antiochus Sidétés profita des troubles qui agitaient la Judée pour l’envahir, et faire oublier les victoires de Simon : il vint assiéger Jérusalem. Le grand sacrificateur Hyrcan acheta la paix au lieu de la conquérir; il fit ouvrir le sépulcre de David, et en tira plus de trois mille talens. Une partie de ce trésor fut donnée à Antiochus qui alla porter la guerre aux Parthes : Hyrcan l accompagua dans cette expédition; on dit même que le surnom d’'Hyrcan lui fut donné pour consacrer le souvenir de ses exploits contre les Hyrcaniens. Ce prince fit un mauvais usage des richesses qu'il avail exhumées ; ce qui échappa à la cupidité
d'Antiochus fut employé à solder des
troupes étrangères -qu'Hyrean joignit à ses armées. [sraël vit pour la première fois des barbares chargés de sa défense.
Antiochus venait de mourir dans son expédition contre les Parthes; Démétrius Nicator , échappé de leurs mains, n’était rentré dans ses états que pour les disputer à un aventurier nommé Alexandre Zébina , fils d’un fripier d'Alexandrie, que protégeait Ptolémée d'Hyscon, roi d’ Égypte. Hyrcan sut profiter de lanarchie de ses voisins, non seulement pour assurer l’indépendance des Juifs, mais pour accroître leur puissance.
Il prit à son tour l'offensive, pénétra en Syrie, et sempara de plusieurs places. En même temps il vengea les vieux griefs des Juifs contre les Samaritains. Îl prit Sichem, leur capitale, et mit le feu à leur temple du mont Gariim. Il fit ensuite la conquête de l’Idumée, dont il incorpora les habitans à la nation juive, après leur avoir fait em-
brasser la loi de Moïse et subir la circon-
Cision.
Tandis que l'Égypte et la Syrie sont
266 RESUME DE L'HISFOIRE déchirées par des guerres intestines, la Judée croit en puissance et en prospérité.
Un traité que le sénat de Rome conclut avec Hyrcan condamne les Syriens à dédommager les Juifs de toutes les pertes qu'ils leur ont causées.
Samarie n'avait pas été soumise. Hyrcan charge deux de ses fils, Aristobule et Antigone, de réduire cette place.
Cette ville, secourue en vain par les troupes d’Antiochus le Cyzicénien, roi de Damas, et de Ptolémée Lathyre, roi d'Égypte, est obligée de se rendre après
un an de siége. Hyrcan la fait raser jus-
qu'aux fondemens.
Il était maître alors de toute la Judée, de la Galilée, de la Samarie et de plusieurs villes frontières; mais le repos dont il jouissait au dehors fut troublé par des troubles intérieurs.
Tant que les Juifs avaient eu des prophètes, qui représentaient en quelque sorte à leurs yeux la divinité elle-même, et dont les paroles avaient autant d’autorité que d’exaltation , leur foi futaveugle, entière, sans nuances; il y eut parmi eux unagimité de croyance et de dogme,
Mais depuis un siècle environ, c'est-à-dire … depuis le pontificat de de le-Juste, qui avait définitivement arrêté le recueil des Saintes-Écritures, l esprit d'examen avait commencé à se répandre parmi les Juifs. Les discussions subtiles des 74naïm, ou docteurs de la loi orale, n'y contribuèrent pas moins que le contact des Grecs, dont les ingénieux systèmes philosophiques pénétraient en Judée, en même temps que la loi de Moïse allait étonner la Grèce et l’Asie. On vit alors trois sectes se former, celle des Pharisiens, celle des Saducéens et celle des Esséniens.
La première, dont le fondateur est inconnu, tirait son nom, selon l'opinion du plus grand nombre, du mot hébreu parusch, qui signifie séparer ; parce que, vivant avec plus d’austérité que le reste des hommes, ils se tenaient séparés de leur société; mais cette séparation leur était commune avec les Esséniens. On peut donc croire qu’ils étaient ainsi appelés du mot paras ou rénumeé- .
ration , parce qu’ils soutenaient, contre les Saducéens, l'opinion des récompenses
288 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE après la vie. Xls croyaient à la résur- rection générale des morts; mais ce qui les caractérisait surtout, c'était un zèle excessif pour les lieu ou la loi orale. Ws observaient une foule de pratiques minutieuses qu’ils transformaient en préceptes divins. [ls croyaient à la fatalité y Sans déroger pourtant au libre arbitre. J( osèphe, $ qui appartenait à leur secte, s’exprime ainsi sur leur compte : « Ta pensent que toutse fait par le destin; cependant ils n’ôtent pas à la volonté la liberté de se déterminer, parce que, selon eux, Dieu use de ce tempérament, que, bien que toutes choses arrivent par Son décret ou par son conseil, l’homme conserve pourtant le pouvoir de choisir entre le vice et la vertu. »
On peut regarder lés Pharisiens comme les inventeurs des restrictions mentales; en même temps qu'ils se distinguaient par des jeûnes, des abstinences et une multitude de dévotions auxquelles ils attachaient une grande importance , ils rétrécissaient l'esprit de la loi, ils la détiguraient par des interprétations fausses et mensongères; ils croyaient que les pé-
he.
DES JUIFS ANCIENS. 289 chés conçus dans le cœur n’étaient point des péchés , si l'exécution y manquait.
Ils s’attachaient à séduire le peuple par leurs austérités apparentes, et s’attiraient par-là une autorité qui les rendit redoutables aux rois mêmes, Ils comptaient parmi eux des hommes superbes, ambitieux, jaloux, vindicatifs. Les Pharisiens ont une Brande ressemblance avec une secte qui ne s’est rendue que trop célèbre dans l’histoire des temps modernes , et qui aspire à reparaitre sur la scène politique du monde.
Les Saducéens étaient directement opposés aux Pharisiens par ce point fondamental, qu’ils rejetaient tous les préceptes traditionnels, et s’en tenaient à la stricte exécution de la loi écrite. Ce fut là l'unique caractère de leur doctrine primitive , et c’est encore celle des Juifs caraïtes (1). Les Saducéens üraient leur nom et leur origine de Sadoc, l’un desdisciples d’un célèbredocteux de la loi, Antigne de Soho, qui, après
(1) Secte juive dont l’origine ne remonte qu'au vaine, siècle de Père chrétienne.
290 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE la mortdeSimon-le-Juste, avait ouvertàa Jérusalem une école de théologie dans laquelle il enseignait l Écriture au peuple.
La pureté de la doct: 1e des Saducéens ne tarda pas à s’altérer : ils nièrent la résurrection et l’immortalité de l’âme, et ne reconnurent qu'une seule substance immatérielle, Dieu , créateur du monde, et le gouvernant par sa Providence. Ils Me que Dieu punissdt et récompensait les hommes; mais c’est aux limites de la vie présente qu’ils bornaient ces peines et ces récompenses : c’étaient les épicuriens de la Judée.
Les Esséniens ne formaient originairement qu’une secte avec les Pharisiens, mais ils s’en séparèérent , les trouvant trop hypocrites et de mœurs trop peu sévères. Ils croyaient à la prédestination absolue, et ne laissaient à l’homme aucun libre arbitre. Ils admettaient l’immortalité de l’âme et la vie à venir, mais ne croyaient pas à la résurrection générale des morts. Voici l’abrégé de l'éloge que l'historien Joséphe fait des Esséniens, « Ils s’entr’aiment plus qu’aucune autre secte; ils font cousister la
vertu dans l’abstinence et dans la répression des passions. [is ne croient pas à la vertu des femmes, et, pour cette raison , autant que par tempérament, s’abstiennent du mariage, et se bornent à élever les enfans des autres. Parmi eux tout est en commun; quiconque entire dans la société donne tout son bien à la masse. Leur secte ne réside pas dans une seule ville, mais dans plusieurs; et tout frère qui voyage est défrayé partout où il passe. Leur piété envers Dieu est exe:
plaire. Le matin, après la priére: ils quittent la maison commune et vont chacun à leurs travaux accoutumés.
Quand ils ont travaillé jusqu’à la cinquième heure du jour (one heures du matin), ils rentrent, et, après s'être baignés dans l’eau froide, ils prennent un repas dans leur réfectoire; puis retournent au travail jusqu’au soir où ils soupent ensemble. Ils bénissent Dieu en commençant et en finissant leurs repas...
Ils ont des supérieurs par qui sont réglées toutes leurs actions... Ils savent maitriser leur colère, et garder la foi donnée ; ils préchent la paix et l’union ;
ils regardent le serment comme une chose pire que le parjure; ils cherchent dans l'étude des livres saints tout ce qui peut servir au corps et à l'âme: aussi ont-ils trouvé pour la guérison des maladies , quantité de plantes admirables, et des pierres qui ont des qualités surprenantes... Leurs initiés font vœu de servir Dieu religieusement, et d’observer la justice envers les hommes, de ne faire de mal à personne ni de son propre mouvement, ni pour obéir à qui que ce soit; de garder toujours inviolablement la 4 à tout le monde, mais surtout aux puissances, parce. qu il n’y en a point qui ne vienne de Dieu; de ne point traiter les autres avec insolence, si on est investi du pouvoir, et de s'abstenir alors de tout faste ; d'aimer la vérité et de prendre son parti contre ceux qui la blessent; de garder ses mains pures de vol , et son âme de tout gain illicite; de ne rien cacher de ce que l’on sait à ceux de sa secte, et de ne pas en révéler les secrets aux étrangers, quand il s'agirait de la'vie.…. Ils chassent de la société ceux qui sont convaincus de quelque
DES JUIFS ANCIENS. 203 crime ou de quelque grande faute; ils observent le sabbat avec une extrême rigidité; ils sont peu sensibles à ce que les autres hommes regardent comme des malheurs; ils bravent la douleur, et regardent la mort, quand elle est glorieuse , comme préférable à la vie
même... » Joséphe parle encore d’une
autre classe d’Esséniens qui ne différaient des autres qu’en ce qu’ils admettaient le mariage, et regardaient comme un devoir sacré la reproduction de l'espèce.
Hyrcan appartenait à la première de ces sectes : il avait été'élevé dans la doctrine du pharisianisme. Malgré les bienfaits dont il avait comblé les Pharisiens, un des membres de ceite secte mutine et séditieuse , Éléazar, lui contesta le droit d'exercer la souveraine sacrificature, comme étant né d'une captive, d'une étrangère, et incapable, d’après la loi, de remplir cette charge. En effet, tout homme né d’un mariage défendu était déclaré profane (1), et, par
(1) Lévitique, xxx.
la même loi, tout profane était exclu de la prêtrise, et, à plus forte raison, de la grande sacrificature (1); mais l’assertion d'Éléazar fut reconnue fausse et calomnieuse ; les ménagemens que les chefs des Pharisiens montrèrent pour le coupable prouvèrent à Hyrcan qu’ils étaient tous ses complices. Il devint dèslors l’ennemi déclaré de leur secte, défendit l'observation de leurs pratiques traditionnelles , et se fit Saducéen; mais il ne survécut pas long-temps à cet orage domestique. Il mourut l’année suivante, laissant cinq fils : Aristobule, Antigone, Alexandre, un quatrième dont le nom est ignoré, et Absalon ; il avait exercé vingt-neuf ans le pontificat.
(1) Lévitique, xxur.