DE LA NATION JUIVE
Désa nous avons vu la Judée , après la chute d’Archélaüs, administrée comme une province de l’empire; elle ne reprit une ombre d'indépendance sous Agrippa Ie. que pour retomber, après les sept années de règne de ce prince, sous la domination romaine, et perdre à jamais cette liberté pour laquelle elle avait tant combattu, pour laquelle elle devait tant combattre encore. Gette
dernière période de l’histoire des Juifs ne nous offrira plus que l’affligeant spectacle d’un lutte extérieure et‘d’une lutte intestine, également sanglantes , également funestes ef obstinées.
Nousavons vu qu'Agrippa Ier. laissait, en mourant , un fils Claude ne voulut point qu'il héritât de la royauté de son père; il fit de la Judée une province romaine qu'il livra aux violences d’avides gouverneurs. Pour dédommager le jeune Agrippa, il lui donna , à la mort d'Hérode, son oncle, le royaume de Chalcide, qui s’accrut bientôt de la tétrarchie qu'avait possédée Philippe.
Cuspius Fadus , Tibère-Alexandre, juif apostat, Ventidius Gumanus, Félix, frère de Pallas, le favori de l’empéreur, Portius-Festus, Albinus, Gessius-Florus, se succédèrent tour-k-tour dans le gouvernement de la Judée , et se distinguèrént à l’envi par leur Rate cu-.
pide et oppressive. Ce fut sous le der-
nier de ces proconsuls superbes ) qu’une révolte } IODE AAEAER comprimée, éclata enfin. N
Au milicu des troubles, sans césse
DES JUIFS ANCIENS. 355 renaissans , que provoquaient l’insolence des troupes romaines et la tyrannie de leurs chefs, Agrippa, le roi de Chalcide, qui avait obtenu de Claude la surintendance du temple et le droit de conférer la souveraine sacrificature >) N’apparaît dans l’histoire que pour déposer continuellement les pontifes, comme s’il se fût complu dans l'exercice de cette vaine prérogative. Plus tard, cet esclave des Romains les appuiera de son influence et de ses soldats. Comme Lous ces pontifes que déposaitson caprice, prétendaient jouir, au détriment des prêtres d’un rang | inférieur, de la méme portion dans les dimes que pendant l’exercice de leur charge, il ÿ eut d’abord aigreur ; puis lutte ouverte entre les deux partis; d’un autre Côté, un grand nombre de Juifs laïques prenaient une attitude hostile et contre les Romains et contre les Juifs parüsans de la domination romaine :
pendant que les campagnes étaient ravagées par de fréquentes incursions de bandits armés. IL faut ajouter à ces éléameus d’anarchie et de dissolution QE discordes de plus en plus flagrantes
des sectes religieuses : quant aux Juifs chrétiens, ils désertaient la Judée plutôt par la crainte des troubles que par le danger de la persécution ; car dépuis Agrippa Eer., qui avait mis du zèle à les poursuivre, et qui avaït fait périr l’apôtre Jacques, il ne paraît pas que leur sécurité ait été troublée. D'ailleurs le sanhédrin avait alors perdu le droit de.
prononcer des condamnations capitales.
Aux Romains seuls appartenaient les jugemens de vie et de mort. Cest un tribun des armées romaines qui arrête saint Paul à son retour d'Athènes à Jérusalem; c'estle gouverneur romain Félix qui le retient deux ans prisonnier à Césarée; plus tard, c'est devant Festus | qu’il comparaîtdenouveau; il en appelle à César. C’est à Rome que saint Paul devait mourir. Après de nouvelles courses évangéliques, il n’échappa point à la fureur de Néron; on dit, aureste, qu'il fut puni pour avoir nr Poppée, la concubine de cet empereur.
Néron avait donné à la Judée un gouverneur digne de lui. Gessius-Florus mit le comble à la haine qu'inspirait aux
DES JUIFS ANCIENS. 357 Juifs la tyrannie romaine. Sa férocité , ses exactions, produisirent un soulève-
ment général; c’est ce que semblait, au
reste, désirer ce Romain, qu’une révolte
ouverte dispensait de rendre le compte qu’on pouvait lui demander à Rome deses concussions, sinon de ses cruautés. Agrippa Il vient à Jérusalem exhorter le peuple à l’obéissance; des cris de fureur : l’interrompent ; on l’accable d’une grêle
de pierres ; il fuit et se venge en envoyant à Florus un secours de trois mille
soldats. Aussitôt, Juifs et Romains s’égorgent dans toute la Judée. La Syrie, l’'E-
gypte, offrent les mêmes scènes de car-
nage. Une énorme quantité de Juifs, sur-
pris et accablés par le nombre, sont massacrés à Césarée, à Ptolémaïde, à Alexandrie. Une guerre d’extermination commence, telle que Rome, habituée à vaincre, n’en eut pas de plus terrible à
soutenir. Elle fut étonnée de la résis-
tance ; elle fut effrayée du succès.
C'était un peuple tout entier que les
vainqueurs du monde avaient à combat-:
tre. Les Juifs couraient aux armes pour
. défendre ä-la-fois l'indépendance de leur
sol ct leur antique religion. Tant de guerres soutenues pour la défense de la patrie et du temple, et surtout la lutte noblement achevée sous les glorieux drapeaux des Machabées , avaient exalté , chez les Ataceh don de Moïse, le sentiment patriotique et religieux. Ils avaient eu tant de peine à se maintenir libres et dans leurs foyer s, qu'ils avaient, à la fin, comme pris racine sur cette terre dont on les avait si souvent et si violemment arrachés. [ls connaissaient Rome et ils sentaient que dans cette dernière crise il s'agissait pour eux d’étre ou de n’étre pas; is avaient résolu de racheter à tout prix leur indépendance , et.
cette liberté qu’ils avaient le droit d’aimer, puisque, plus qu'aucun des peuples de l'antiquité, ils Pavaient respectée àl-fois chez eux et chez les autres (1).
La domination des Césars les blessait dans, leurs droits, dans leurs intérêts
(tr) Chez aucun des peuples anciens (toute proportion gardée de Pimportance des populations), iln ’ÿ eut moins d'esclaves que chez les Juifs,
DES JUIFS ANCIENS. 359 les plus chers et däns leurs préjugés.
Quand les troupes romaines passaient au milieu de leurs villes, ils ne s’indignaient pas seulement de l'aspect de leurs op-
| presseurs, mais à la vue des aigles fièrement balancées à la tête des légions, ils frémissaient, tant était grande leur horreur pour les images ! Une secte de Juifs , nommés les Zélateurs, se distinguait par son fanatisme au milieu de «cette population fanatisée. Les Zélateurs avaient pour chefs les descendans de ce Judas-le-Galiléen qui, le premier, s’était insurgé contre la domination romaine, sous le proconsulat de Coponius.
L'oppression avait aussi fait naître une société secrète qui rendait ses jugemens dans l'ombre, etlesexécutait elle-même.
On appelait Szcaires les membres de ce tribunal secret, parce qu’ils poignardaient en plein jour, dans les assemblées les plus nombreuses , les Juifs ou Romains que l'association avait jugés dignes de mort ; mélant leurs clameurs aux cris des témoins de l’assassinat, ils disparais-
saient au milieu de l’effroi général.
La guerre commença par l'extermi-
nation de deux cohortes dont Florus avait voulu grossir la garnison de Jérusalem. Cestius Gallns, le gouverneur de Syrie, entre en Judée à la tête de
viugt mille hommes d'infanterie et de cinq cents chevaux. À son approche, —les habitans des villes et des campagnes
se soulèvent; ils entourent, ils attaquent les Romains, et en font umaffreux carnage. Sans sa Alert ie, et la nuit qui protégea sa fuite, Gallus n’eùt pu sauver un, seul de ses date. A la nouvelle de cette
défaite, Néron jugeant que cette guerre est sérieuse, et qu’il s’agit ici de conser-
ver dans le devoir tout l'Orient, que l'exemple des Juifs peut entrainer, fait
choix, pour les soumettre, de Vespasien,
qui s'était acquis de la gloire dans sou expédition de Germanie. Ce vieux général associe à son commandement son fils
Titus; tous deux arrivent en Palestine
à la tête d’une armée de soixante mille
hommes. Agrippa s’empresse de se join-
dre à eux.
Cependant les J uifs avaient chassé les Romains des forteresses de Massada,
d’Antonia, et d’un grand nombre d'au-
tres places fortes. Ils étaient maîtres de Jérusalem , et avaient obligé à capituler, sous promesse de la vie, les troupes qui tenaient enccre dans la forteresse; mais la capitulation fut violée, et la garnison massacrée un jour de sabbat. +Ce fut le chef des zélateurs, | Élédzar, » Œui se rendit coupable defcette Tanidie: Aprés la défaite de‘Gallus, les Juifs donneérent à ce cheffle gouvernement de l’Idumée; *Ananus ; l'un des pontifes déposés, eut le commandement de J érusalem ; et Joséphe, l'historien, celui des auué Galilées.
Mais Vespasien s’avance, et avec lui de moins heureuses destinées. L’armée romaine entre en Galilée, et prend d’assaut, après un siége de quarante-sept jours, la ville de Jotapat, où commandait Joséphe. Quarante mille Juifs furent passés au fil de l'épée; Josèphe se rendit prisonnier et ne tarda pas à gagner la faveur de Vespasien; ce qui le rendit exécrable aux yeux de sa nation.
Pendant que le général romain Céréalis bloquait les Samaritains qui s'étaient
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362 RÉSUMÉ DE L'’HISTOIRE rassemblés sur le mont Garizim, et
." massacrait tous ceux qui avaient refusé
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de se rendre, les villes de Joppé, de Tarichée, de Tibériade, tombaient également sous les armes romaines, et la prise de Giscala, de Gamala et du mont Thabor, entrainait la chute de la Galilée tout entière. Titusét Vespasien s'arrétèrent alors à Césarée Pour donner quelque repos à leurs troupes, avant de marcher sur Jérusalem. Tr
Les zélateurs s'étaient jetés dans cette ville, sous la conduite des deux chefs Zacharie et Éléazer. Les rapides progrès de Vespasien avaient porté le découragement dans beaucoup d’esprits. Une partie de la population de Jérusalem semblait disposée à traiter. Une guerre civile s’alluma bientôt entre ceux qui désiraient ‘un accommodement et le part, bien plus nombreux, qui rejetait toute idée de soumission. Les zélateurs, qui ne respiraient que guerre et vengeance, étaient l’âme de ce parti : Josèéphe trace un horrible tableau de ces sectaires ; à l'en croire, € était une horde
DES JU:FS ANCIENS. 303 de brigands, de bourreaux, d’incendiaires, pillant et cgorgeant leurs concitoyens. :
Mais l'historien n’a plus ici de grands titres à la confiance; on peut ne pas ajouter foi à ces accusations d’un transfuge, qui avait désormais placé toute son espérance dans le triomphe s armes romaines » Et 1 devait nécessairement juger avecun tout autre sentiment que celui de M leince des hommes qui
étaient déclarés les tiduibiles ennemis de l'empire, et qui ne cessaient d’alimenter le feu de la résistance. Josèphe d'ailleurs écrivait à Rome, et sous les yeux du vainqueur. Ce sera faire , il nous semble, la part de la vérité et de Ja justice, que de voir dans les zélateurs, non point des bandits, des massacreurs, mais des hommes qu’un fanatisme inquiet, qu'un dévouement entier et aveugle à ce qu’ils croyaient la bonne cause, tenaient continuellement en éveil et en alarmes, qui voulaient propager par le fer leurs opinions , et qui voyaient des ennemis et des traitres partout où ils ne trouvaient pas la chaleur et Pexagéra-
ati
364 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE PS tion de leurs principes. De pareils : hommes ont existé de tout temps, et malheureusement il ne faudrait pas remonter bien haut dans l'histoire pour en rencontrer.
Les mesures violentes que he cessaient de prendre. Les zélateurs, soulevaient contre eux la plusngrande par tie du peuple : ils avaient Ôté la souveraine sacrificature au grand-prêtre Mathias, aimé de la multitude, pour la conférer.
à un homme tout-à-fait incapable de cette haute fonction. Ananus, qui commande dans Jérusalem, fait prendre les armes à son parti, et repousse les zélateurs jusque dans le temple, où ils s’établissent. Sur le conseil d’un de leurs chefs, Jean de Giscala, ils appellent à leur secours les Iduméens, et parviennent à introduire dans Jér sen vingt mille hommes de cette nation. Ils se livrent alors à de terribles vengeances, et le pontife Ananus est au nombre de leurs victimes; mais ils subissent bientôt le sort de tous les partis triomphans :
après le départ des soldats de l’Idumée,
DES JUIFS ANCIENS. 36% la division éclate entr’enx. Jean de Giscala se met à la tête d’une portion des zélateurs, et livre aux autres chefs de sanglans combats. Pendant ce temps, une troupe de Sicaires, sous la conduite d’un chef nommé Simon n Ci de la forteresse de 1 Massadas"t un grand nombre de Juiféhaccourent se ranger Sous, leurs drapeaux. Simon se trouve bientôt à lartête de vingt mille hommes , mais ‘au lieu de diriger ses efforts contre l’ennemi commun, il veut former le siége de Jérusalem. Ne se sentant pas encore capable de réussir dans ce projet, il se jette sur l’Idumée, met en déroute une 71.
armée de ving-cinq mille Iduméens ,et ravage cruellement cette province. Les malheureux habitans la désertent en foule, et courent se réfugier dans Jérusalem, poursuivis par Simon jusque sous les murs de cette ville, où triomphait Jean de Giscala. Les excès de ce chef provoquent un nouveau soulèvement du peuple, soutenu par les Iduméens réfugiés. Jean de Giscala est attaqué; il cède au nombre et s’enferme avec les siens