DES JUIFS MOOXKHSS. II
foule, vit fleurir leur comn^eroe plutôt que leur littérature ; cependant sous Selim II ils établirent une imprimerie dans la capitale de l'empire turc. Les livres saints se re'pandirent alors dans toutes les parties de l'Orient ; et beaucoup de rabbins étrangers vinrent à Constantinople faire imprimer des Bibles et des commentaires de l'Ecriture.
Une autre imprimerie juive s'établit à Saloniquc ; et cette ville fut le théâtre que choisit le célèbre imposteur Zaba* thaïZévi qui, vers la fin du dix-septième siècle, agita toutes les synagogues d'Asie, fut regardé long-temps comme* le Messie, et finit par être décapité à Constantinople, après avoir embrassé le mahométisme.
Les Juifs habitent l'Ethiopie depuis une haute antiquité. Quand Bruce visita l'Abyssinic en 177 1, il y trouva un peuple d'Israélites, ayant une capitale, un roi, une reine descendant de la tribu de Juda. Ces Juifs ont perdu l'usage de l'hébreu ; ils ne connaissent le nouveau Testament que de nom, attendent le Messie, qu'ils se représentent comme
128 tiésoKÈ i>s l'histoibe un conquérant , comme un prophète, et observent la loi de Moïse avec le plus rigoureux scrupule.
Les Juifs, en Egypte , ont toujours^ joui d'une grande liberté, et de la considération que leur donne leur habitude du commerce et des affaires. Ils y sont très-nombreux, très-puîssans, surtout au Caire, ou ils ont trente synagogues.
On les trouve dans toutes les parties de l'Afrique. L'empire de Maroc, où ils se réfugièrent en grand nombre lors de leur bannissement d'Espagne et de Portugal, et où ils habitaient déjà dès le onzième siècle, en compte près de trois cent mille livrés au commerce, à l'agriculture, ou aux diverses fonctions de l'Etat. Le peuple les méprise, et le gouvernement les emploie. On en a vu, revêtus du caractère d'ambassadeurs, habiter les cours étrangères.
A Fez, h Alger, ils ont des écoles, des synagogues. Dans les contrées de l'Afrique les plus reculées, des familles juives se présentent au voyageur étonné d'une si vaste dispersion. Ils habitent les villes et les déserts ; on les trouve
DBS JUIFS XODXRHCS. 12g
soas les toits et sous la tente avec leurs Bibles, leurs docteurs, et leurs cérémonies séculaires.
Les changemens survenus en Europe pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles n'ont nullement influé sur la condition des Juifs orientaux. Les états du grand-seigneur renferment encore aujourd'hui plus d'un million d'Israélites. Dans presque toutes les villes de la Grèce, ils avaient des comptoirs et des magasins avant la glorieuse révolution qui délivre ce pays du joug ottoman. Quelques détails sur les Juifs de l'Arabie, de la Chine et du Malabar compléteront cette partie de notre histoire.
DES JUIFS DE L^VABIC, DE LA CHIITE, DE LA. CÔTC OU MA.LABÂR, DR L^IXDOSTAN, elC.
Il est difficile de déterminer si les Israélites d'Arabie sont arrivés dans cette contrée après la destruction du second temple , ou s'ils y sont venus d'Egypte. Ils habitent encore en assez grand nombre la plupart des villes de l'Arabie Heureuse, et au nord-est de
t3o AisUM^ DE l'bISTOIEE
'Mëdîne se trouvé le district âe Kalbar peapié de Jui& indëpendans. Chassât soas le califat d'Omar, de la ville de Kaïbar et de son district, on ignore à quelle époque ils en ont recouvre la souveraineté. Ils s'y gouvernent encore par leurs propres lois, ont des cheicks, comme les autres Arabes, et appartiennent, dit-on, à la secte des Garaïtes.
Le premier établissement des Juife dans l'empire chinois remonte à une époque très-reculée. D'après les relations des missionnaires, ce fut entre l'année 3oa et l'année igS avant Tère vulgaire, qu'ils s'établirent dans cette contrée, sous la protection des fondateurs de la dynastie des Mon. Ces Juifs appartenaient, selon toutes les apparences, à la captivité de Uabylone. Autrefois très-considérés à la ChiiiCy où ils occupaient m^me les premières fonctions de l'£tat, ils ont aujourd'hui bien perdu en nombre et en importance.
Leur principale résidence est la v^lle de Cai'Fong'Fou, capitale de la province de Honan. On y compte à peu près ' mille Juifs. Ils ont une belle synagogue
* ^ DES JUIFS MODERNES. l3l
dont la forme se rapproche beaucoup, dit-on, de l'ancien temple de Jérusalem. Ils 7 font leurs prières, tournes vers l'occident, c'est-à-dire vers leur antique patrie ; ils possèdent le Pentateuque complet et les deux premiers livres des Rois ; les autres livres canoniques offrent des vides ou manquent entièrement. On attribue ces lacunes à un grand incendie qui détruisit en i(}20 la synagogue de Cai-Fong Fou^ et où les livres sacrés périrent. Ce qui est trèsremarquable, c'est que les Israélites chinois refusèrent obstinément d'accepter du père Gozani, missionnaire italien qui les visita au commencement du siècle dernier, une Bible d'Amsterdam qu'il leur offrait pour suppléer à ce qui leur manque des livres saints.
Les Juifs chinois prononcent Thcbreu à la manière des Allemands et des Polonais. Ils se servent du calendrier commun aux autres Israélites, et observent le sabbat avec la plus grande rigueur ; ils n'allument point de feu ce jour-la et préparent leur nourriture le jour précédent ; ils se distinguent toute-
1 3ft &1ÎS1ÏM1& DE l'hISTOXHE^ •
fois par une grande tolérance, né s'occupent nullement de faire des prosélytes, et ceux d'entre eux qui sont versés dans les lettres chinoises ont en grande vénération le nom de Confucius. Leur Pentateuque est écrit, comme en Europe, avec un roseau et avec de l'encre bien noire faite à cet usage ; il leur est défendu d'y employer Je pinceau et l'encre chinoise. Ils attendent le Messie, c'est-à-dire un prophète devant donner au monde une face nouvelle. Ainsi ce peuple se retrouve en tous lieux toujour le même; ses mœurs, ses rites, ses coutumes n'ont point changé. A l'extrémité du monde, dit Tabbé Brottier, on rencontre les Juifs tels que les a peints Tacite il y a tant de siècles.
Les premières notices qui concernent les Juifs de la côte du Malabar ne sont venues en Europe que vers la fm du dix-septième siècle. Ces Juifs sont dis-* tingués en Juifs blancs et en Juifs noirs, et ces derniers paraissent devoir leur origine à des esclaves noirs convertis au judaïsme par leurs maîtres, les Juifs blancs. Les Juifs noirs ont une synagogue
DES JUIFS MODEENES. 1 33
dans la ville de Cochin ; mais la grande masse de cette tribu habite l'intérieur de la province, où l'on a de la peine à les distinguer des Hindous. Ils sont regardés par les Jui6 blancs comme une race inférieure, tant les préjugés de caste sont puissans même parmi ceux qui en ont le plus souffert, et qui devr;>^ient le plus les détester.
On trouve dans Buchanam > et dans la relation de Moïse Péreyra de Pai* va 3, Juif d'Amsterdam, qui, en l'année i686, fit un yoyagc à Cochin, un monument curieux de la protection accordée aux Juifs de cette contrée, par un monarque indien, Scharam Pérumal, dont Ton place le règne au huitième sièch; de l'ère chrétienne. Voici l'extrait de celte pièce singulière :
w Moi, y^iVvi, Brahmin, ayant levé M ma main vers Dieu, j'ai accordé par I) les présentes qui dureront plusieurs
« Buchanam. Christian Researchcs in Asia.
Londou, iSi4*
» Noticias dos Judcos Je Cocliim^ mantlaJas por Mossch Tcrcyra de Paiva. Amsterdam , 5447(1768).
l34 RisUHK DE' l'hISTOIAE
» siècles, faites à Cranganor, la trente*- » sixième année de mon règne,' au » nommé Joseph Raèàan, le droit de » faire usage de tous les signes de la » royauté, savoir : écusspn à cinq cou- >» leurs, monter sur Fe'léphant ou à che- » val, précédé du héraut , torches de » jour avec palanquins, parasol, tam«* » bours et trompettes, armé d'arcs et de M carquois, marchant sur des tapis éten- » dus sur son passage, et au milieu des » acclamations. Je lui donne la pro- » priété et le nomme chef de soixante- » douze maisons et d'une place fortifiée, » sans qu'il soit tenu de payer aucun » droit de vasselage ; tous ces privilèges » étant pour ledit Joseph Rabban, ses » fils, neveux et gendres, tant que du- >» rera le monde. »»
Le séjour des Juifs dans le Malabar précéda de long-temps la concession de ces privilèges. On pense qu'ils arrivèrent dans ce pays après la dernière destruction du temple. Tan 68 de Tère vulgaire. Bien peu des anciennes fa* milles se sont perpétuées; mais il en vint un grand nombre d'Allemagne, de
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i36 &isuM:É BE x.'histoies ques. En 1 8 1 a on publia, aux frais de Tuniversitë de Cambridge, le Pcntateuque, imprime sur une copie venue du Malabar. La parfaite identitédu texte avec Pédition deVanderhoogt, et avec celle d'Athias, imprimée à Amsterdam en 1661, prouva la fidélité des trob copies, leur source commune, et répondit victorieusement à l'accusation que l'on avait intentée depuis long-temps aux Juifs d'Occident, d'avoir altéré ou omis certains mots dans le texte hébreu, pour affaiblir lesargumens des Chrétiens. C'était donc un objet de haute importance que la connaissance des livressacrés de leurs frères d'Orient, qui, étrangers à toute controverse, et sans communication avec les Israélites occidentaux, n'auraient eu aucun motif pour altérer la pureté des livres saints.
Environ dix mille Juifs sont répandus dans rindostan, dans le territoire des Marattes et dans les états du Mogol I. Ils sont cultivateurs ou guerriers.
* Bucliaoam , pag. iSS t-l suiv.
^tEUtXGNE.
AV
- Po«er 4s h? 'r pouvions ni" ''''•
X38 RÉSUME DE I.*HlSTOiaE
» notre accusation, l'a fait fouetter et » crucifier selon ses mérites. Il a aussi » mis en fuite ses disciples. Dieu vous » conserve ! o
On sait que les Juifs habitaient Trêves et Cologne dès le temps d'Adrien.
Jusqu'au dixième siècle, leur trace disparaît pour ainsi dire en Allemagne. A <:ctte époque, on les retrouve nombreux, principalement en Bohème. Ils avaient une synagogue à Prague. La dispersion d'Orient, dans le onzième siècle, les multiplia dans ce pays, ainsi que dans la Hongrie et la Pologne. A cette époque, un prêtre, nommé Gotescal, se mit à la tête de quinze cents brigands et déclara la guerre aux Juifs. 11 parcourut la Franconie, la Hongrie, trouvant partout aide et protection. Mais lorsqu'on s'aperçut que l'armée de ce prêtre, de ce Trapiste du onzième siècle, ne se bornait pas à massacrer les Juifs, mais pillait les Chrétiens et violait leurs îicmmes, on surprit ces brigands pendant une de leurs orgies sanglantes, et Gotescal fut tué avec la majeure partie de ses sicaires.
DES JUII^S MODERNES. iSq
Les croisades allumèrent contre les Juifs une persécution nouvelle.Les croisés en firent un massacre horrible à Cologne, h Mayence, à Worms, i Spire. Un grand nombre de ces malheureux achetèrent la vie par l'abjuration. Beaucoup se tuèrent eux-mêmes. Ces horreurs signalèrent la fin du onzième siècle. L'état des Juifs pendant le douzième ne s'améliora pas d'une manière sensible. Cependant, s'il faut en croire Benjamin de Tudèle, il trouva en Allemagne, à cette époque, un assez grand nombre de Juifs riches et instruits ; mais ceux des bords du Rhin languissaient dans l'ignorance et dans la misère. On sait que le douzième siècle fut l'époque brillante de la littérature rabbinique. Les Juifs d'Allemagne prirent peu de part à ce grand mouvement littéraire ; mais s'ils eurent peu de rabbins qui se distinguèrent par leurs écrits, ils en eurent en revanche qui se signalèrent par dos miracles ; de ce nombre fut Rabbi Samuel, deyienn)e,qui mérita le titre de prophète par les nombreux oracles qu'il prononça. Son fils Juda le Pieux fit aussi des proJi-
140 ABSUMé DE l'hISTOIRB
ges. Un^utre rabbin, Petachias, acquit un genre d'illustration plus solide. 11 voyagea comme Benjamin de Tudèle, et fit le récit de son long pèlerinage, qui avait pour but de connaître l'état de ses frères dans les diverses parties du monde. 11 rapporte un fait singulier : il comnut en Orient un chef de la captivité, nommé Samuel, dont la fille, fort versée dans la loi et le Talmud; donnait des leçons publiques à un grand nombre de disciples; mais comme elle était fort belle, et qu'il était à craindre qu'elle inspirât de l'amour h quelqu'un de ses écoliers, elle donnait ses leçons à la fenêtre de sa maison , derrière un treillage, de sorte qu'on l'entendait sans la voir.
Vers le milieu du treizième siècle, une irruption de Tartares en Allemagne et en Hongrie attira de grandes persécutions sur les Juifs qu on accusa, selon l'usage y de favoriser ces ennemis du nom chrétien. £n X34i, les Juifs de Francfort ayant voulu s'opposer à la conversion d'un de leurs frères qui demandait le baptt^me , le peuple s'a-
DES JUIFS MODERNES. l4l
meuta, prit les armes, et à la suite d'un combat pu périrent quelques Chrétiens et beaucoup de Juifs, un assez grand nombre de ces derniers abjurère>.t la foi de leurs pères, pour éviter une mort certaine.
En Allemagne, comme ailleurs, il n'est pas de calomnie absurde qu'on n'ait répandue contre les Juifs. Tantôt on leur impute de tuer de jeunes Chrétiens à la (èie de Pâques, tantôt de frapper à coups de couteau l'image du Christ, qui aussitôt verse du sang; une autre fois ils font mourir des enfans à coups d'épingle, et en pressurent le sang pour en composer des remèdes magiques. Sur de pareilles accusations, on les brûle, on les égorge ; trop heureux quand on se borne à les dépouiller. Au milieu de ces horribles traitemens, ils se perpétuent, ils se multiplient ; ils ont des savans et des docteurs. Ajoutons toutefois que les princes s'étaient déclarés alors les protecteurs des Juifs qu'ils défendaient, comme les soutiens naturels du commerce, i^ontre Tin tolérance du clergé et d'une tiiultitude fanatisée. En 1267, I^oleslas
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i4a B.KSUMÉ DE l'histoire
accorde libertéde conscience aux Juifs de Lithuanie ; il y joint de grands privilèges. La même année , le concile de Vienne rend contre eux un décret qui prouve leur puissance et leur nombre :
il les soumet à un impôt au profit des curés, dont les revenus diminuaient considérablement par le nombre toujours croissant des familles juives, et il leur défend de construire des synagogues nouvelles. £n ia85, on obligea les Juifs < d'Âugsbourg à une nouvelle formule de serment judiciaire. Comme la superstition était le caractère du temps, et que la Vierge et les saints étaient alors beaucoup plus souvent invoqués que Dieu lui-même, les Juifs, que /l'on faisait jurer ou par le nom des saints, ou par la bienheureuse Vierge Marie, ou même par le Fils de Dieu, ne se faisaient aucun scrupule de prêter ces sermens et de les violer. Quand on eut remarqué cette espèco de parjure, on les obligea de jurer toujours par le nom de Dieu, par la loi que Moïse leur avait donnée, et on leur faisait toucher de la main leurs saintes Kcriîures.
DES JUIFS MODERNES. l43
En ti&Jly un paysan fanatique nommé F/aisch , et dont le nom mérite moins d'ôtre transmis à la haine qu'à la pitié, profite des troubles où la concurrence d'Adolphe de Nassau et d'Albert d'Autriche avait jeté l'Allemagne, pour faire une levée de boucliers contre les Juifs.
11 parcourt, à la léte d'une troupe d'égorgeurs, le haut Palatinat, la Franconie et la Bavière, brûlant et massacrant les Juifs.AIbert d'Autriche, parvenu au trône, arrêta ces horreurs. Le commencement du quatorzième siècle fut signalé par des atrocités du même genre. Le prétexte de ces flBssacres était toujours une hostie que oes Juifs avaient percée sk coups de couteau, et qui avait versé du sang et poussé des gémissemens et des soupirs.
En i344i Louis !*•', roi de Hongrie, chasse les Juifs de tousses états ; cinq ans après, l'ordre des Flagellans prend en Allemagne une nouvelle vigueur. Les habitans de Spire, de Strasbourg s'enrôlent dans cette confrérie. L*occision des Juifs semblait être un des statuts de l'ordre. On les massacre tous à Francfort.
l/|4 RÉSUMlt OE x/bISTOIRE
Bientôt la peste ravage l'Allemagne.
La contagion parut respecter les Juifs.
C'en est assez pour qu'on les tienne comptables du fléau. On les brûle ; ceux de Mayence se défendent et immolent un grand nombre de Chrétiens. Il ne resta dans la ville ni un seul Juif, ni une seule maison juive, ni une seule synagogue. Tous ceux d'UIm furent brûlés. Ils ne furent tranquilles qu'en Lithuanîe, sous la protection de Casimir le Grand, amoureux d'une belle juive, nommée Esther, comme l'ancienne libératrice, et qui lit accorder à SCS frères de gran^ privilèges, |qui se trouvaient d'ailleurs d'accord avec les intért^ts du prince et son esprit éclairé.
Ceux qui s'étaient réfugiés en Bohème n'y purent trouver un long repos. A Prague, en i38g, à la fôte de Pâques, on mit le feu à la synagogue où ils étaient tous rassemblés, et pas un n'cchappa aux flammes. Deux ans après, l'empereur Wenceslas, que ses débauches avaient rendu odieux au peuple, imai»ina pour se populariser de libérer L
DES JUIVS MODERHES. x45
noblesse et la bourgeoisie de toate dette contractée envers les Juifs. Ce moyen lui réussit; mais les débiteurs, non satisfaits encore, complétèrent la mesure en tuant leurs créanciers.
Le concile de Bâie prit en i^Si la résolution de convertir les Juifs. Tous les souverains d'Allemagne furent obligés d'envoyer au sermon les Israélites de leurs états ; on choisit pour prédicateurs les plus habiles gens. Le conseil ne se borna pas à ce moyen de conversion; il multiplia les édifs intolérans, annula, par une usurpation évidente d'autorité, tous les privilèges qui avaient été accordés aux Juifs soit par les papes, soit par les empereurs ; et encouragea l'abjuration par les faveurs les plus signalées. Les désertions n'en furent pas pour cela plus fréquentes. En i4>54i Louis X de Bavière chasse les Juifs de son royaume et confisque tous leurs biens. Dans diverses parties de TÂllemagne on les met à mort, on les brûle pour de prétendus crimes de sacrilège. Dans la dernière année du quinzième siècle, on les chasse de ^urem-
■ 46 - &iSUMÉ DE l'hiSTOI&X
bergf où ils s'étaient rendus riches et puissans par leur commeree et leur industrie. Un faux prophète, nomme David Leimien, se présente alors; il leur annonce l'arrivée du Messie libérateur, et leur promet que dans l'an i5oo ils célébreront à Jérusalem la fête de Pâques. Le temps promis arrive, mais le Messie ne parait point ; et les Jui& célèbrent encore la fête des Azymes dans les villes chrétiennes, et au milieu d'un peuple ennemi.
SEIZIÈME ET DIX-SEPTIEME SlèCLES.
Au commencement du seizième siècle, un Juif renégat, Victor Carbès, qui, après sa conversion, écrivit, suivant Tusage, contre ses anciens frères, contribua à les faire chasser de l'évéché de Cologne. Vît autre Juif prosélyte du christianisme, Pfepfercorn, persuada à l'empereur Maximilien qu'il fallait brûler tous leurs livres, comme remplis de fables, de mensonges et de blasphèmes.
On pensa que cet apostat spéculateur voulait s'emparer de tous les livres qu'il
DES JUIFS MODEENES; xl^f
condamnait, et obliger ensuite les Jui& à les racheter à prix d'or. Il dirigea contre eux une attaque d'une espèee nouvelle, en les accusant d'hérésie dans leur propre culte, en les désignant comme des infracteurs de Tancien Testament et comme des ennemis du nouveau. L'empereur embarrassé consulta Reuchtin, savant illustre, Ton des triumvirs de la ligue de Souabe. Rcuchlin fut d'avis qu'il fallait distinguer parmi les livres des Juifs ceux qui renfermaient leurs dogmes, leur morale, leurs rites; que ceux-là devaient être à Tabri de toute poursuite. Quant aux livres qui étaient directement opposés à la religion chrétienne, et particulièrement le Toldos Jeschu, où l'on dit de Jésus-Christ que c'était un idolâtre^ né d'un adultère, gui fut pendu pour ses crimes f il opina pour que ces ouvrages fussent supprimes. Cet avis modéré et impartial excita la fureur des théologiens de Cologne; l'université de Paris, que l'on consulta, se déclara pour eux. L'évoque de Spire, nommé par le pape juge en dernier ressort, donna gain de cause à Reu-
chlin. La haine des moioes redoubla; les amis de Reuchiin s'en effrayèrent, mais il les rassurait en leur disant qu'il y avait un homme qui donnerait aux moines assez de besogne pour les contraindre h le laisser mourir en repos.
li ne se trompait pas, et cet homme était Luther.
Le premier résultat de la réforme fut en effet de faire sentir l'ignorance et la barbarie des moines persécuteurs.
Les absurdes accusations qui avaient si long-temps pesé sur les Juifs cessèrent alors. Le peuple s'éclaira, et, d'une autre part, les théologiens, attaqués sur leur propre terrain, se seraient fait volontiers des alliés de ceux qu'ils avaient si long-temps persécutés.
Ce n'est pas que la réforme s'annonçât comme directement favorable aux Juifs. £lle ne le devint que par son influence générale et ses résultats. Luther écrivit contre les Juifs ; et s'il ne leur fit qu'une guerre rationclle, une guerre de dogmes et de doctrines, il se laissa cependant emporter souvent, par l'impétuosité de son caractère, hors des bor-
PBS IVIFS MODBENSS. 1^9
nés de la justice et de la modération.
La réforme et l'ardente polémique qui s'éleva entre les disciples de Luther et les rabbins, et qui tourna souvent h l'avantage de ces derniers, produisirent des sectaires nouveaux qu'on baptisa du nom de Demi-Juifs. Les uns faisaient consister toute la religion dansleDéca* logue, qui, disaient-ils, se trouve gravé naturellement dans le cœur de tous les hommes. D'autres soutenaient que Jésus-Christ ne devait pas être invoqué dans les prières, parce que l'Evangile n'apprend à prier que Dieu le pcre ; ils regardaient, en un mot, Jésus-Christ comme un homme. Ces partisans de la loi naturelle étaient poursuivis comme hérétiques. Il était plus s ûr alors d'être tout-à-fait Juif que Demi' Juif, car à Paris on brûlait des Chrétiens dont le seul crime était de remarquer dans le nouveau Testament des contradictions avec l'ancien, et en Angleterre on condamnait à mort d'autres sectaires qui voulaient s'abstenir de certaines viandes et observer le Sabbat.
Les Juiis allemands qui se distingué-
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|5o KéSUMi'BB.L'siSTOI&B
rent au seizième siècle par leur 8cien<ôe et leurs écrits, furent Jaooki rabbin de Woniis, pour qui Tempercur Ferdinand I***, dont la tolérance fut précieuse aux Jui&, avait rétabli la dignité de prince de la captiQÎté; Salomon Luria, appelé par ses contemporains la cou* tonne d'Israël, la merveille du temps, auteur du Jam Salomonis ( la mer de Salomon), commentaire profond du Talmud ; Simson de Guntzbourg, géomètre et architecte habile; Eliézer, auteur du Mahase Adonaî (l'ouvrage du Seigneur), qui devint chef de l'académie de Posnanic, en Pologne; et beaucoup d'autres qui s'illustrèrent , surtout en Bohème. Depuis le dixième siècle ils s'étaient maintenus fort nombreux dan^ cette partie de l'Allemagne. Ils avaient à Prague une belle synagogue et des écoles célèbres. Là enseignèrent tour à tour le fameux Liwa Bitsicer, qui attirait à ses leçons un nombre prodigieux de dbciples, et qui plus tard devint chef de toutes les synagogues de Pologne; Judas Betsaléel, qui, d'abord chef des écoles juives de la Moravie, passa à
BES JUIFS MODERKBS. l5l
Pragae en 157S, et y fonda une acadé-r.
mie^' Mardochée le Beau, théologien célèbre, auteur du. Idhusch, Matdiui (le vêtement royal ) , rituel complet du culte et des cérémonies juives; et enfin l'hbtorien Ganz, qui écrivit sous ce tititre, le Germe de David^ les annales des Juife, depuis la création jusqu'à l'an i5gi de l'ère chrétienne, ouvrage qui se distingue par son exactitude, et qui se rapproche des chroniques du moyen âge par la naïveté du récit.
Les Juifs de la Moravie soufirirent en iSyiJ. une persécution cruelle; une fureur fanatique s'empara tout-à-coup du peuple, et avant que l'empereur Maximilien eût envoyé l'ordre de les respecter, un grand nombre de ces malheureux avaient expié leur croyance sur les bûchers. Cette persécution, aussi courte que violente, ne laissa heureusement aucune trace. A la fin du seizième siècle il était peu d'endroits en Allemagne ou les Juifs n'eussent liberté de séjour et de commerce. Ils obtinrent cette tolérance jusque sur les terres des ducs de Brunswick, où au-
parayant il leur avait été défendade s'établir* En iSga, Henri Jules; duc de Brunswick, plus éclairé que ses prédécesseurs et plus docile aux leçons du temps, accorda aux Jui& liberté de conscience dans ses états.
Ferdinand III (1648) concéda de grands privilèges aux Juifs de Bohème pour les récompenser du courage et du dévoûment qu'ils avaient montrés lorsque la ville de Prague fut assiégée par Charles-Gustave, neveu de Gustave- Adolphe. Vers le milieu du dix-septième siècle, un rabbin de Prague donna un nouvel exemple de la sincérité des apostasies et de la confiance qu'on peut placer dans celui qui a renié la foi de ses pères. Rabbi Joachim (c'était son nom) préluda à sa conversion par un vol considérable, et se fit chrétien pour effacer la honte de son crime. Il n'eut rien de plus pressé que de publier un livre contre ses anciens frères. Il passa i Vienne, s'introduisit h la cour de Ferdinand 111, puis, éprouvant des revers de fortune, vola le trésor impérial. Découvert et condamné à mort, il déclaVa
DBS JUIFS HODERRES. l53
sur Téchafaud qu'il n'avait jamab été chrétien, qu'il avait vécu jtiif, qu'il mourait juif, et il brisa la croix qu'il tenait entre ses mains. Bartolocci soupçonne, mais sans preuves, Rabbi Joachim d'avoir été l'auteur du Toidos Jeschuf ouvrage dont nous avons déjà parlé, et le plus violent qui ait paru contre Jésus- Christ et sa religion.
Au dix-septième siècle les Juifs se maintenaient riches et nombreux dans la plupart des villes d'Allemagne. Vienne avait une synagogue superbe et des écoles consacrées à l'enseignement du Talmud. Hambourg était surnommée la petUe Jérusalem, La Servie, la Croatie, la Moldavie, la Valachie renfermaient un grand nombre de Jui&.
Deux villes seules, Ausbourg et Francfort, se distinguaient par les mesures violentes et oppressives dont on y accablait les Juifs. Chassés de la première de ces deux villes, on ne leur permettait d'y entrer qu'en leur faisant payer un florin chaque heure de séjour. Ils l'achetaient plus cher encore à Francfort, où trente mille Juik avaient
1S4 iL^UMi DE l'hISTOI&E
le<:onrage de vivre au miiien des homi- ' iîatioDs de toute nature, et où ne sem« ble pas encore éteint cet esprit d'intolérance et de haine tout au plus digne d'un siècle barbare.
mZ-BUITlÈME SIÈCLE. — JUIFS DE PRUSSE. — MOÏSE MElf DELSOHir. •— DIX-HEUVlèlCE SlÊCLB. ^- AMiuOlUTIOff DU SORT DES JUIFS D^ALUC- MAOVE.
Le dix-huitième siècle ne fut pas exempt de cruautés envers les Jui& d'Allemagne. Léopold I«r, empereur d'Autriche, avait pour maîtresse, comme Casimir le Grand y une fille juive nommée Esther, qui, se promenant un jour à cheval, fut tuée d'un coup de fusil lorsqu'elle traversait le petit pont qui sépare la ville de Vienne du faubourg nommé Léopoldstadt. Cet assassinat fut contre toute vraisemblance attribué aux Juifs, et l'on abusa de la triste position de l'empereur pour le déterminer à expulser tous les Juifs de sa capitale. Une inscription qui existe encore prouve que la grande église pa-
DES JUIFS MOOEaNES. l55
roissiale du faubourg a été bâtie sur les ruines d'une ancienne synagogue, la plus grande de la ville. Depuis cette époque la ville de Vienne fot constitulionnellement fermée aux Israélites , sauf quelques privilèges accordés successivement par la cour à des individus exerçant des charges données par elle. Par ce motif, les Juifs domiciliés à Vienne n'étaient justiciables que du maréchalat de la cour. Cet état de choses dura jusqu'à la mort de Marie-Thérèse, en 1780.
Joseph II qui lui succéda, à peine monté sur le trône, publia son édit de tolérance par lequel il déclara que, sans porter atteinte aux lois municipales peu favorables aux Juifs, il leur donnait la faculté de fréquenter les écoles chrétiennes, les lycées et les universités, avec le droit d'obtenir les grades de docteur en philosophie, en médecine ou en droit, et d'exercer toutes les professions. II leur imposait en outre l'obligation salutaire de fonder des écoles spéciales pour l'instruction primaire. II les fit jouir aussi de la per-