B^UMé DE l'hISTOIRB
mission de négocier en gros, de faire U banque, d'ériger des fabriques et de fréquenter les foires, même dans les villes ou ils ne pourraient pas domicilier. Quelques années après on les soumit à la conscription militaire, mais en les excluant de tout avancement audessus du grade de sous - officier. La mort prématurée de cet empereur philanthrope empêcha la régénération des Juifs dans les vastes états autrichiens.
Il n'est peut-être point de contrée où les Juifs aient été soumis à autant de vexations oppressives qu'en Prusse. II n'en est point non plus où ils se soient autant distingués. Le grand Frédéric, quoiqu'il fût l'ami de Voltaire, ou peutêtre parce qu'il était l'ami de Voltaire dont l'on connaît à cet égard les injustes préventions, Frédéric, disons-nous, n'aimait pas les Juifs. Exclus de toutes les professions honorables, soumis à des impôts humilians ', leur existence était
' Nous en cilerous uo exemple. Tout Juif qui voulait fc ninricr élail oblige d'aclictcr pour quelques milliers d'écus de porcelaine de
DES JUIFS MODE&KKS. xSy
celle de vrais Parias. C'est pourtant du mitieu de ces rangs obscurs et avilis, c'est du sein de cette population méprisée, que sortit un homme qui fut l'honneur du judaïsme moderne, et Tune des gloires du dix -huitième siècle. Nous avons nommé Mendelsohn.
Moïse Mendelsohn (ou fils de Men* dcl) naquit en 172g à Dessau, capitale d'une des principautés d'Anhalt, dans l'ancien cercle de la haute Saxe. Son père était maître d'école et soplter, ou écrivain-copiste d'hébreu. Vers l'âge de quatorze ans il se vit obligé de quitter Dessau pour ne plus rester à la charge d'un père qui était dans un état voisin de l'indigence. Il se rendit à Berlin, où un Israélite bienfaisant lui offrit un asile et l'admit à sa table. Un jeune médecin israélite lui donna quelques leçons de latin. Après plusieurs années qu'il employa à se fortifier par l'étude, en luttant contre les difficultés de la vie, il entra comme teneur àe livres chez un Israélite fabricant de soie, M. Ber-
la f (brique royale, et de lu faire passer à fé-
tranger.
l58' BITUMÉ DE l'hISTOIKS
nardy dont le nom mérite d'être ci* té, puisque Mendelsohn lui dut son premier bien-être ^ En 1754, vanté comme habile joueur d'échecs * au célèbre Lessing, il fut accueilli par ce philosophe, qui, appréciant bientôt l'homme destiné à illustrer FAUemagne et la nation israélite, l'engagea à cultiver les langues modernes. Devenu intime ami de Lessing, ce fut sous son influence et son patronage que Mendelsohn publia son premier écrit, ses Letlres sur les sensadons, publiées en 1755. Elles furent reçues avec le plus grand intérêt. Entré si honorablement dans la carrière des lettres, il se lia avec Mîcolaï, Âbbt, Ramier, et prit part à la rédaction de leurs journaux littéraires, qui firent tant d'honneur à l'Allemagne et qui sont connus sous le titre de BUtUoHièqueumoerselUallemandt. ' En 1763, il remporta le prix de l'academie de Berlin, par sa Dissertation sur
■ M. Bernard Tassûcia plus tard aux béucficcs de sa fabrique.
* Les Juifâ oat toujours eu pour ce jeu une rare aptitude.
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.160 ' RjésuMi DE l'his,toiiie
Au milieu de l'enivrement de la gloi* rC| Mendelsohn n'oublia pas ses co-re<-* ligionnaires. Après avoii* publié le JPho* ^on, il mit à profit l'influence que lui donnait sa réputation, et le loisir qu'il devait à l'aisance de sa position, pour répandre parmi les Israélites allemands la connaissance de la langue nationale.
C'est dans ce but qu'il entreprit saTraduction allemande du Pentaieuque, imprimée à Berlin en 1780, en caractères hé-bnuxy ïk côté du texte sacré, à l'usage des jeunes Israélites. Il la fit suivre de la traduction des Psaumesp regardée en Allemagne comme un chef-d'œuvre.
Plusieurs années auparavant il avait publié les Lois rituelles des Hébreux, et en 1783 (trois ans avant sa mort),
dres, 1 788). Meosel, dans son Lexicon des écricrivains allemands morts depuis l'jSo jusqu'en 1800 (Leipsîck, 1809}, parle aussi de trois aotres iraduciions da Pliaedou en rusie, eu hongrois et en danois. Nous citerons enfin une excellente traduction de cetouTtnge en bcbreu^ imprimée k Berlin en 1787, et dont Tauteur est feu Isaïe Bing, Israélite de Metz , disiin^'ué par son instruction , ses travaux et n^is vertus sociales.
DES lUIFS MODEERES. l6l
parât sa Jérasalem, on du Pouvoir reU'- ^uxeidujudtusmep ouvrage d'une haute portée, dont une traduction dans notre langue ne serait indifférente ni à la gloire de Mendelsohn, ni à la réputation du traducteur '•
Cette vie toute philosophique, toute studieuse, n'était j^ exempte d'orages.
(Tandis que par ces travaux utiles il cherchait à éclairer ses co-rcligionnaires, et à les relever dans l'opinion générale, il ajoutait à l'autorité de ses écrits l'exemple de sa conduite, et prouvait d'une manière noble et courageuse son inviolable attachement à la foi de ses pères. Nous voulons parler de sa polémique avec Lavater, qui préludait à Zurich par des disputes théologiques, où il montrait plus d'intolérance que de raison, aux recherches ingénieuses et savantes qui ont donné de la célébrité à son nom. La correspondance de Mendekohn avec le théologien de Zurich est un des plus beaux monumens que le philosophe juif ait
> La Jérusalem a éic traduite en ilalicn ( Venise, 1790).
l6a AiSOMÊ DS LHISTOI&X
^evés' k éà gloire. Nous citerons Tone de ces lettres, parce qu'elle est encore de circonstance, et qu'elle est d'ailleurs un modèle de logique, de convenance et de haute philosophie :
LBTTtS DE MEKOELSOHV ▲ tlVÂTEl.
«Vous avez jugé 5 propos, mon ami, n de me dédier la traduction française M que vous avez faite de l'ouvrage de » M. Bonnet, intitulé : Examen des m preuves sur lesquelles le christianisme est n fondé* Vous me conjurez aux yeux M du public et de la manière la plus » pressante, dans la lettre insérée à la M ta te de ce livre » de réfuter les argu- » mens qu'il contient, s'ils ne me pam laissent pas justes, ou, si je les crob » solides, de faire ce qu'aurait fait So- » crate, s'il eût lu cet écrit et qu'il l'eût » trouvé sans réplique , c'est • h - dire » d'abandonner la religion de mes pè- » res pour embrasser celle que défend » M. Bonnet.
a Je suis persuadé que vos actions »» coulent d'une source pure , et je ne w puis vous supposer que des vues die-
DBS JUIFS MODEailES. l63
» tées par la philosophie et l'amour de » l'humanité. Je serais indigne de l'es- » time des gens honnêtes, si je ne ré* » pondais pas avec reconnaissance aux » senti mens affectueux que vous me té- M rooignez dans votre lettre. Mais je ne » saurais vous dissimuler que cette^é- » marche de votre part m'a extréme- » ment surpris. Comment pouvais -je M m'attendre qu'un Laçater se portât à » me faire une sommation publique ?
» Qui a pu vous engager à me tirer M de la foule, contre mon inclination, I* pour m'introduire dans une arène où » j'aurais voulu ne paraître jamais?
n N'eussiez-vous attribué mon extrême M circonspection qu'à la crainte, cette » faiblesse même méritait que vous me » traitassiez avec indulgence.
» Cependant j'ose dire que ce ne fu* » rent jamais ni la crainte ni la timi- » dite qui m'éloigncrcnt des disputes » de religion. Je m'occupe depuis long- » temps des objets qui y ont un rap* v> port direct. J'ai reconnu de bonne H heure que le premier devoir de » l'homme est d'examiner sqs senti-
164 tiisvui un l'histoire j» mens et ses actions; et si, dès ma » première jeunesse, j'ai consacre mes » heures de loisir à la philosophie et k » l'ëtude des belles- lettres , ce n'a été » que dans la vue de me préparer à cet » important examen. £h ! quel autre » motif aurait pu m'y exciter ?
i» Si le rcfsultat d'un examen de plu- » sieurs années n*eût pas été h l'avan- » tage de ma religion, on l'aurait vu se » manifester par quelque acte authen- » tique. La conviction seule pouvait » m'attacher à des principes si sévères » et si généralement méprisés. C'eût » été de ma part une indigne bassesse » de ne pas rendre hommage à la vé- » rite, en dépit de la persuasion inté- » rieure.
» Oui, Monsieur, c'est un examen » réfléchi des principes du judaïsme, » qui m'a confirmé dans la croyance m de mes pères. Il m'était permis dQ m vivre dans le silence , et je n'avais » besoin de rendre compte à personne » de ma façon de penser. Je ne vous » cacherai pas que j'ai remarqué dans » ma religion beaucoup d'additions
DES JUIFS MODEaiTES. l65
» faites par les hommes, qui, hélas i ne » l'ont que trop obscurcie. Le soufBe » envenime de la superstition s'y mon- » tre souvent à découvert; et quel est le » Juif éclairé qui ne souhaiterait pou- » voir l'en séparer, sans donner aucune » atteinte à la vérité des principes? Ces » mêmes principes sont pour moi d'u- »ne telle évidence, que je n'en suis » pas moins convaincu que vous et » M. Bonnet pouvez l'être de la certî- » tude du christianisme, et je proteste • devant Dieu que je demeurerai in- » violablement attaché à ma loi, tant » que mon âme ne prendra pas une au- » tre nature.
» On aurait pu renverser le judaïs- » me dans des livres polémiques, et le » terrasser dans les exercices de l'école, » sans que je me fusse mêlé d'aucune » controverse qui y eût rapport. Quand » même un savant dans la langue rab- M binique aurait entrepris de couvrir » ma religion de ridicule, d'après quelm qucs mauvais ouvrages qu'aucun Juif » raisonnable ne lit, il n'aurait éprou- >» vé de ma part aucune contradiction.
l66 &isVMÉ DE l'histoire
» C'est par la vertu et non par des n écrits de controverse que je voudrais »> réfuter l'opinion méprisable qu'on a ?• des Juifs. Ma Religion, ma philoso- » phie, et mon état me fournissent les » plus puissans motifs d'éviter toute disp pute de religion, et de ne parler dans » mes ouvrages que des vérités égale- » ment importantes h tous les hommes.
» La loi de la nature nous oblige » sans doute de répandre parmi nos » semblables nos connaissances et le » goût de la vertu, et d'extirper, au- » tant qu'il est en notre pouvoir, les » préjugés et les erreurs. On pourrait M conclure de là qu'il est du devoir de » tout homme de combattre publique- » ment les opinions de religion qu'il M regarde comme erronées. Mais tous >' les préjugés ne sont pas également f» nuisibles; il ne faut donc pas voir du » mdme œil tous ceux que nous croyons » remarquer dans la société. Les uns » spnt directement contraires au bon- » heur du genre humain; leur influen- » ce sur les mœurs est manifestement M pernicieuse : on ne saurait mâme s* en
DES JUIFS ITODERITES. l6/
» promettre aucun bien accidentel ; ce » sont ceux qu'il faut terrasser. De cette » espèce sont toutes les erreurs et tous » les préjugés qui troublent notre repos » et notre félicité, et qui étouffent dans » l'homme le germe de la vertu avant » qu'il puisse éclore. De ce nombre M sont le fanatisme f la misanthropie, » l'esprit de persécution, la légèreté, le » libertinage , l'impiété , etc. Mais les » opinions de mes semblables que je » regarde comme des erreurs unique- >» ment parce qu'elles sont opposées à M ma conviction , ce ne sont que des » principes théoriques abstraits, trop » éloignés des principes pratiques pour M être immédiatement funestes. Par » leur universalité elles sont la base sur M laquelle la nation qui en est imbue » a établi le système de sa morale et de w sa vie sociale : ainsi, par accident, » elles sont devenues importantes, du » moins pour le peuple de la législation » duquel elles font partie. Combattre de *» pareils dogmes parce qu'ils nous scmv blent des erreurs, c'est fouiller les fon- » démens d'un édifice sans l'ctayer, pour
i68 . &^niii DE l'histoire i> voir s'ils sont solides. Quiconque s'in- » téresse plus au bonheur des hommes j» qu'à sa propre gloire, ne se hasardera » pas à dire son avis sur des préjuges de » cette espèce ; il se gardera de les atta- » quer directement, afin de ne pas ren- M verser un principe de morale qui lui » est suspect, avant que ses concitoyens M aient adopté celui qu'il veut lui substi- » tuer.
n II est vrai que la moralité de nos » actions en mérite à peine le nom, » lorsqu'elle est fondée sur l'erreur, et » que le bien sera toujours mieux et » plus sûrement opéré par la vérité, si » elle est reconnue, que par le préjugé; M mais tant qu'elle n'est pas devenue » assez générale pour pouvoir agir sur » la multitude avec autant de force que » le préjugé enraciné, celui-ci doit être » sacré pour tout homme vertueux.
M Je suis membre d*un peuple op- » primé, qui n'a d'autre protection que M celle que la nation régnante veut bien >• accorder à ses prières, qui ne l'obtient » pas partout, et jamais sans restriction, u Ceux de ma communion se privent
DES JUIFS MODEENES. xGq
» volontiers des libertés qu'on accorde » aux autres hommes; ils se contentent » de n'être que soufferts et protégés. Si » quelque nation les reçoit à des condi- » tions supportables, ils doivent l'en re- » mercier comme d'un grand bienfait, a» puisque dans quelques étals on leur » refuse jusqu'au séjour. Les lois de vo- » tre patrie ne permettent pas même à j» votre ami circoncis de vous aller voir j» à Zurich. Ainsi mes frères dans la foi » doivent un tribut de reconnaissance » à la nation dominante qui les com- » prend dans Famour universel des w hommes, et qui leur permet d'ado- » rer l'Etre suprême de la manière M dont leurs pères l'adoraient. Dans le » pays où je suis, nous jouissons à cet » égard d*une liberté décente : et vous » voulez que nous combattions la relî- » gion du parti dominant, c'est-à-dire » que nous attaquions nos protecteurs » du côté qui leur est le plus sensible?
M J'ai lu avec attention l'ouvrage de " M. Bonnet, que vous avez traduit.
" Après ce que je viens de dire, il est » inutile de demander s'il m'a con-
I^O &isU1lé DÉ L^HIStOlAÉ
» vaincu. \(M[ais je ne vous diâsimuiérai » point que cet ouvrage, comme apb- »iogie de la religion chrétienne, ne » m'a pas paru avoir le mérite que vous » lui attribuez. J'ai lu cent apologies » de cette religion , qui m'ont paru » beaucoup plus solides que celle qui, » selon vous, devait produire ma con- » version.
» Les réflexions générales que M.
M Bonnet a placées à la tête de son » livre me paraissent être d'un grand » poids; mais l'application qu'il en fait » à l'avantage de sa religion est si peu M fondée, si arbitraire, que je n'y ai » presque pas reconnu un Bonnet. Ses » conclusions sont si peu conséquentes, M qu'avec ces mêmes raisons j'oserais » défendre telle autre religion que l'on ^ voudrait. Il est probable qu'il n'a » écrit que pour des personnes qui , M comme lui , sont persuadées , et qui » ne lisent que pour se confirmer dans » leur croyance. Quand l'auteur et le M lecteur sont d'accord sur les consé- » qucnces, ils s'arrangent aisément sur » les prémisses. Mais ce qui m*ëtonne,
* c'est que yous ayez juge cet ouvrage » propre h convaincre up homme qui, /» par son éducation, est naturellement >• prévenu en faveur du contraire. Il est » impossible que vous vous soyez mis à » la place de quelqu'un qui, loin d'ap- » porter la conviction, doit la chercher.
» Mais si vous croyez , comme vous le » faites entrevoir, que Socrate eût trou- » vé les raisons de M. Bonnet sans ré- » plique, assurément l'un de nous est » un exemple mémorable du pouvoir f> que les préjugés et l'éducation ont sur » ceux mêmes qui cherchent la vérité.
» Je vous ai dit les raisons qui me » font désirer de ne jamais disputer M sur la religion ; mais si l'on me près- » se, je surmonterai les difficultés, et je » me résoudrais publier mes réflexions.
M II est à présumer que vous voudrez » bien m'épargner cette pénible démar- M che, et permettre que je rentre dans 9 l'état de paix qui m'est naturel. C'est M à regret que je sortirai des bornes que » je me suis prescrites. »
L'ardeur que mit Mendelsohn à défendre ses principes, la douleur qu'il
iva Kisviii SB l'histoiks ressentit des attaques de quelques rabbinB polonais, qui, cédant à l'empire des préjugés , osèrent élever des doutes sur la pureté de ses sentimens religieux, et en général, sur la possibilité d'allier les principes d'une saine philosophie à ceux de la croyance orthodoxe, hâtèrent la fin de ce grand homme; son dernier écrit fut consacré à la défense de l'amitié. Un libelle avait paru, attentatoire à la mémoire de son ami, qu'on y accusait d'athéïsme. Aî<xCse Mendelsohn, aux amis de Lessing; tel fut le titre du dernier écrit du philosophe juif, qui mourut le 4 janvier 1 786, à Tâge de cinquante-sept ans I.
« Les Israélites regrettent encore aujourd'hui et regretteront long- temps à juste titre, dit M. Sarchi, auteur d'une
* Le sculpteur de la cour de Prusse, Ta^ V. saerty fit en marbre le busie de Mendcbolm. Le piédestal porte rinscripiion suivante, du célèbre poète Ramier :
« Uoicc Mtndelioho, né i De*uii
Dt pwcM Mraéiitc», fidèle aui lois de wt pèrct;
Sage eeininc Socraie, eomiue lui il • •oM'ifiiié
L*inuBOffialUé| il «tt immoriel connut lui. •
DES JUIFS MODERNES. lyS
excellente biographie de Mendelsohn, la perte de ce grand homme que la mort a moissonné avant le terme d'une ' carrière ordinaire. Tout nous porte à croire que Mendelsohn, aussi sincèrement attaché h la religion de ses pères, qu'ennemi déclaré de certains préjugés populaires, aurait employé le reste de ses jours à propager la doctrine la plus saine. Par des travaux dignes de son cœur et de ses talens, il serait parvenu h créer des institutions dont l'effet salutaire aurait été de ramener les prétendus esprits forts h la croyance d'Israël, et de dissiper aux yeux des ignorans les nuages épais de la superstition. Le (ils de Mcndel était peut-^tre le seul Israélite de nos jours en état de rendre à la religion cet insigne service ; lui seul aurait su par ses lumières, sa droiture et son amour ardent pour la vérité, concilier ces deux partis si opposés et également égarés qui constituent une sorte de schisme. Malheureusement dans ce siècle les autres sociétés religieuses partagent avec les Israélites l'inconvénient de flotter entre ces deux écueils.
1^4 H^UUÉ DE L-HISTOniK
M M eodelsohn n'est plus, et les enfans àe Jacob ont encore leurs superstitieux:
et leurs incrédules '• »
Parmi les Juifs prussiens qui se sont illustrés, il faut citer avec Mendelsohn Marcus-Hertz, médecin célèbre qui fut Je maître du roi actuel pour la phjsi* que expérimentale; Bioch, auteur d'un excellent ouvrage sur les poissons; Brtib, "Wesseli, Eichel, FriedUnder, poètes et littérateurs distingués.
L'un des homnieç qui contribuèrent le plus à améliorer le sort des Jui& et à les faire jouir des bienfaits de la civilisation, fut l'immortel Dohm , président h Wésel, qui, du vivant de Frédéric, éleva le premier la voix contre les odieux préjugés sous l'empire desquels ils gémissaient. Dohm montra, l'histoire à la main, « que les Juifs avaient été ré- » duits h la triste position de n'être plus ** ni hommes, ni citoyens, par la seule » raison qu'on s'obstinait à leur refuser «) les droits de Thommc et ceux du ci-
* Une «litre notice sur MeDdelsolin,dae à la ]tliime do M. M. Berr, a éié insérée dans le Ma" gusin incyctope'iliifug de feu 3/iUin,
DES JUIFS MODERNES. IjS
» toyen '. » II exhorta tous les gouverjnans « à augmenter le nombre des bon$ citoyens en ne forçant pas les Juifs à jâire pires que les autres *. » Le célèbre Herder, surnommé le Fénelon de l'Allemagne, a parlé dans le même sens, lorsqu'il a dit : «c Le temps viendra où M l'on ne demandera plus en Europe si » un tel est Juif ou Chrétien, parce que » les Juifs se conformeront aux lois eu- » ropéennes et contribueront au bien- » être de la grande famille; ce qu'ils ne M pouvaient pas faire autrefois, parce >» que leur position ne le leur permet- M tait en aucune manière 3. m
Depuis i8og les Juifs de Prusse ne sont plus soumis h un régime d'exception. Ils sont presque assimilés aux Chrétiens. Dans la plupart des villes et des bourgs sont des écoles juives destinées principalement aux enfans pauvres. Presque toutes sont créées et
* Dohin , Amélioration de la condition civile des Juifs.
* Id..t ibid,
5 Idées philosophiques sur l'histoire de CtiU' manite'f part. iv> V^o- 4'*
' - rf - ■ ■ " - »
iy6 &isnxÉ DE l'histoire soatenuçs par des souscriptions volon-* taires. On y enseigne l'hébreu, le latin, le français et l'allemand; la géographie, l'histoire, les mathématiques, etc., etc.
Dans ces derniers temps on a vu les Juifs prussiens rivaliser de zèle et de courage , en répandant leur or et leur sang pour l'honneur et la liberté de leur pays. Des milliers d*entre eux ont péri dans les champs de Waterloo.
Un décret du roi a permis aux Israélites de Berlin de faire agrandir leur synagogue, et de célébrer à l'avenir l'office divin en langue nationale', grande et salutaire innovation, qu'on ne saurait trop désirer de voir s'étendre^ et qui sera pour les Israélites européens l'un des plus puissans véhicu* les de civilisation.
Si dans plusieurs contrées d'Allemagne les Juifs sont encore en butte à la haine de leurs concitoyens, ce n'est plus au fanatisme religieux qu'il faut s'en prendre, mais plutôt aux rivalités de commerce, aux jalousies demétiers.W faut on accuser aussi le luxe, peut-être im-
DES lUIPS XODEENBS. I77
modéré, d'une caste qu'on était habitué à voir avilie jusque par des signes extérieurs.
Quoi qu'il en soit, et malgré les cris barbares qui, dans ces dernières années, ont retenti contre les Juifs à Francfort, h Hambourg, et dans d'autres cités allemandes s le dix-neuviè* me siècle a bien commencé pour la régénération des Juifs allemands, et sous ce rapport notre glorieuse révolution a fait sentir sa bienfaisante influence.
Les décrets promulgués successivement en leur faveur par le grand - duc de Bade (le i3 février 1809), par le roi de Prusse (le 11 mars i8ia), par le duc de Mekienboucg-Schwerin (le %2 février i8ia), par le roi de Bavière ^ (le 10 juin i8i3), sont autant d'hommages rendus h la tolérance et à la justice. Tous ces décrets portent en sub-
* On n'a pas oublie le fameux cri de Hep!
qui semblait le prélude de nouveaux massacres el de nouvelles persécutions.
* Le roi actuel de Bavière, digne successeur «le son père, s*occu|>e oonsiammeiit du bienêtre de ses sujets israélites.
f ^8 9.£SUllé DE li^HISTOIRE
stanèe des dispositions propret h res^ ferrer les nœuds sociaux entre. les Juifs et les autres citoyens. Voici les principales ;
i" Le titre de citoyen est accorde à tous les Juifs domiciliés dans le pays.
a® On les oblige à porter des noms de familles stables et héréditaires de père en (ils. (Coutume négligée en France par les Juifs de race allemande. )
3*» On leur défend de tenir leurs registres en langue juive bâtarde '•
4.** On leur accorde la faculté d'exer** cer tous les arts et toutes les profes-*sions.
5^ On les délivre de tout impôt particulier.
Tout récemment (en mars 1828), le roi de Wurtemberg désirant améliorer la condition des Juifs , a fait présenter aux états du royaume un projet de Iqi à ce sujet. La discussion a été longue, et la victoire s'est enfin décidée pour le projet du gouvernement,mais, il faut le dire»
à une très-faible majorité. Cette discus*
■ Espèce de patois formé de mots hébreux et de mois allemands corrompus.
bis JUIFS MODERNES. i^^
don a dépassé la barrière de la salle des ^tatSf et le jour du vote, la populace de Stuttgard s'est portée aux environs de cette salle, et a fait entendre les cris féroces de Mort aux amis des Jmfst et vivent les ennemis des Jmfs I Ces vociférations, inouies jusqu'à ce jour dans le Wurtemberg, n'ont point empêché les députés de donner leur libre vote. La loi en faveur des Juifs a été votée.
Dans les provinces allemandes qui avaient été réunies à l'empire français et oii le gouvernement impérial avait mis en vigueur l'inique et arbitraire décret du 17 mars 1808 (décret dont la Charte a fait justice), qui annulait toute créance des Juifs contre un autre Français non commerçant, à moins que le porteur du titre ne fournît la preuve que la somme avait été comptée en espèces et sans fraude, cette odieuse loi d'exception a été abolie.
Au milieu de ce mouvement de civilisation et de tolérance universelle, Francfort est encore la ville qui se montre le plus fidèle aux traditions de Tintolérance, de la barbarie et du fana^
l8o B1ÊSUME DE l'hISTOIRX
tisme. La communauté juive- de cette ville paie 22,000 florins par an le droit de résidence. Voilà ce qu'elle paie en argent. Il serait plus difficile d'évaluer la somme d'humiliations et de mépris qu'elle perçoit en échange, et celle des hommages qu'elle est obligée de rendre aux divers fonctionnaires qui la persécutent et qui l'outragent.
Les Juifs de Wcstphalie sont plus heureux. Un décret rendu en 1808 abolit toute distinction entre eux et les Chrétiens. Une médaille a été frappée en mémoire des privilèges accordés aux Juifs de ce pays.
Quant au gouvernement autrichien, il semble étendre les faveurs qu'il accorde aux Juifs, d'une manière proportionnée aux divers degrés de civilisation qui se font remarquer dans les différentes provinces *. Trieste en lUyrie, et
• 1.0a Juifs sujcls aulricliiens, en comptant Ceux de la Gallicic, qui fait partie de fancienlie Pologne, sont au nombre de 4i5,ooo. Les Juifâ de trusiie, y compris ceux du ^riind-<]uclic de Posen (aulrtfois Grande -Pologne), n^cxcèdent guère le nombre de 80,000. Tout
DES JUIFS KODEENES. l8z
Brody, en Gallicie sont les deux villes oii les Juifs ont obtenu le plus de privilèges en rabon de leur importance commerciale. La première de ces villes a maintenant pour grand-rabbin M. le chevalier de Cologna, qui remplissait à Paris les mômes fonctions, et qui n*aurait pas sans doute quitté cette ville dans un âge avanc<5, si Tadministratioa consistoriale avec laquelle il se trouvait en contact avait toujours eu pour lui les égards dus à son caractère et h son talent.
Terminons cet exposé sur l'état des Juifs d'Allemagne par la citation d'une pièce importante et peu connue qui est pour Tavenir des Israélites allemands une forte et heureuse garantie de sécurité légale, et qui, en dépit de quelques résistances partielles dont on finira par triompher, \cut assure tôt ou tard des concessions fondées sur Téquilé et de progressives améliorations dans leur état social et politique.
L'acte pour la constitution fédérative
\ft reste de l*AIIemAgnc n^cn contient que (»8,ooo.
l82 ÈESUlfi DÉ l'hISTOIEE
de l'Âllemdgne, conclu au congrès de Vienne du 8 juin 181 5, porte ce qui suit : ^ *
Art. 16. « La diète » prendra en con- >» sldération les moyens d'opérer de la » manière la plus uniforme l'améliora- » tion de Tetat civil de ceux qui profes- 3> sent la religion juive en Allemagne, et » s'occupera particulièrement des me<- » sures par lesquelles on pourra leur » assurer et leur garantir dans les états » de la confédération la jouissance des » droits civils, à condition qu'ils se sou- » mettent à toutes les obligations des » autres citoyens. En attendant, les >» droits accordés déjà aux membres de » cette religion par tel ou tel état en » particulier leur seront conservés. »
* La dicle germanique perxnaneDle à Francfort, et où chaque étal de TAllemague délègue un représentant. Il est malheureux pour les Juifs que le siège de cette diète soit dans riutolérante cité de Francfort,
DES JUIFS MODKRNES. l83