‹ Résumé de l'histoire des juifs modernesChapitre 15 sur 24 · DES JUIFS POLONAIS · texte numérisé non relu

DES JUIFS POLONAIS

L'ancien royaume ou plutôt Tancienne république de Pologne était, avant le partage de 1773, un grand état qui s'étendait depuis les montagnes Carpathiennes jusqu'à la mer Baltique, et depuis le Boristhène jusqu'aux bords de l'Oder. Sur cette plaine immense, contenant près de i4«ooo milles carrés, vivaient environ quinze millions 'd*liabitans.

L'histoire de la Pologne est connue de tout le monde. Ce royaume , tantôt héréditaire, tantôt électif, n'était qu'une aristocratie présidée par un chef couronné. La bourgeoisie des villes formait une classe à part; tout le reste était ou seigneurs ou serfs attachés à la glèbe. Cependant une autre classe d'hommes habitant la Pologne tenait en quelque sorte le milieu entre la bourgeoisie et les paysans serfs ; c'étaient les Juifs, plus nombreux en Pologne que dans tout le reste de l'Europe. Leur nombre s^élèvait à plus d^un million d'âmes.

l66 EÉSUMS DB x'hISTÔIMC '

Leurs ancêtres, chasses des bords du Jourdain, vivaient pabiblement dans les dîfTérentes provinces d'Allemagne situées le long du Rhin, depuis Schaffouse jusqu'à Cologne, lorsque les croises de l'année 1096, aveuglés par un fanatisme digne de ce siècle barbare et qui servait de prétexte à la cupidité, fondirent sur eux, en massacrèrent une grande partie et forcèrent les autres à chercher un asile dans les plaines de l'antique Sarmatie. Un pays qui venait pour ainsi dire d'embrasser le christianisme 1 donna le plus bel exemple de tolérance.

La langue allemande qui, mdmc aujourd'hui, est commune aux Juifs de la Lithuanic et à ceux des provinces polonaises limitrophes de la Turquie, prouve qu'ils sont presque tous d'origine allemande : peut-«5lre quelquesuns sont-ils venus de l'Orient ; mais si cela est, ils doivent avoir adopté lalan-

• L'arrivcc des Juifi en Pologne Jaie, d'après Topinion commune, du rcî^ne de Boleslas, eu ii64- Ce5l en 966 que la Pologne eul son

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DBS lUIFS MODERirkS. 287

goe de la majorité de leurs frères. Lés Caraïtes, qui forment une secte à part, sont venus directement de la Turquie.

Quels que soient les défauts que l'on reproche à l'ancienne noblesse polonaisCy les Israélites seront toujours pénétrés de reconnaissance pour la manière généreuse dont ils ont été accueillis dans cette terre hospitalière. La plupart des historiens prétendent que les privilèges qu'ils ont obtenus en iSjo, de Casimir 111 dit le Grand, ne sont dus qu'à l'influence d'une nouvelle Eslher >. Mais peut-être, si l'on considère quel était le caractère de Casimir, pensera-t-on que ce qu'il a fait pour les Juifs,bien loin d'être le résultat de sa faiblesse, était réellement une conséquence de sa politique; il avait aussi accorde des immunités très-considérables à la bourgeoisie et aux nobles en général, dans le double dessein de favoriser le commerce et de paralyser Tinfluencu des palatins. Le grand Sobieski fut aussi très- favorable aux Juifs; il leur donna en fermage une partie des biens de la couronne ; un Juif de Casai, nommé

" Voycit pftg. 1^4 de ce Résumé.

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aux Israélites dans des pays plus policés que la Pologne.

Les écrivains qui ont parlé de ce pays et de ses habitans, quoique trèssévères envers les Juifs, n'ont pas manqué de leur rendre justice sur un point très-essentiel.

Quoique le titre de noblesse, ont-ils dit, soit le privilège de ceux qui se font chrétiens, il arrive très-rarement qu'un Juif polonab abandonne la foi de. ses pères. Tous les écrivains impartiaux s'accordent à dire que les Juifs polonais sont exclusivement dépositaires de tous les arts et métiers ; qu'ils s'adonnent à l'agriculture et à tous les genres d'industrie; qu'eux seuls offrent des ressources au voyageur et à l'habitant :

en effet ils sont tailleurs, cordonniers, tapissiers, orfèvres, horlogers, graveurs, font le commerce des pelleteries, taillent et polissent les pierres* fines, cultivent les champs affermés par eux mieux que leurs voisins les chrétiens, et font venir des semences de l'étranger ; leur bière est presque la seule potable de tout le pays; partout dans les cam*

I^ EisUX^ DB l'hISTOI&X

pagnes et jusque dans les moindres hameaux on les trouve laborieux, actifs , industrieux; ils tiennent les auberges , ils ont des alimens pour les voyageurs, au lieu que, même dans les villes centrales , on ne peut avec de Targent se procurer un morceau de pain chez les habitans chrétiens i.

Outre ces détails tirés des sources que nous venons d'indiquer, TinOuence salutaire qu'exercent les Juifs polonais sur la foire de Loîpsick est de toute notoriété. Quelques écrivains prétendent cependant qu'ils sont nuisibles à la prospérité de l'Etat , qu'ils abrutissent le peuple en TenixTant, qu'ils étouffent l'industrie nationale par l'exportation des matières premières, que les mœurs de leurs femmes ne sont pas des plus pures, enfm que leurs principes reli* gieux ne leur permettent pas de vivre d'agriculture '. Rien n'est plus facile

« Vawlrin , X Oiserualvur en Pologne , Paris, 1807, Coxe's, Trai'tls into Poland, etc. Loudres, 1811. Annules des voyages, par Malle* DruD , toni. XV.

* TaùL'au de la PoU^gne, par Malle-CruDj Parin, 1807.

DES JUIFS JIODK&ITES. igi

que de démentir ces imputations ou de prouver que le mal dont on se plaint tire sa source de la législation. Si les grands seigneurs eussent établi des manufactures, Jes matières premières seraient restées naturellement dans le pays. Si les Juifs cessaient d'être distillateurs ou cabaretiers, on verrait bientôt des Chrétiens prendre leur place f et les paysans n'en deviendraient pas plus sobres. Si les Juifs polonais sont enclins à la cupidité, c'est parce que le seigneur d'une terre, qui tranche du souverain dans ses petits états, exerce le droit de châtier tout Juif qui a le malheur d'encourir sa disgrâce; ot l'or est le seul moyen d'apaiser le ressentiment juste ou injuste des hommes cruels et avides.

Quant aux mœurs des femmes juives en Pologne, les attaquer ne peut (!tre qu'une calomnie gratuite démentie par lesfaits. Des mariages qui se célèbrent à douze ou à treize ans, iliorreur du célibat et de toute unian étrangère, la facilité du divorce, les difficultés du libertinage et de l'adultère, enfin la so-

A<J4 aIou^a a.^ I>iIISTOIRE

briété et la tempérance qui caractérisent les familles juives , ôtent à cette accusation l'ombre même de la vraisemblance. C'est une autre erreur de supposer que les seuls Juifs caraïtes puissent, d'après leurs principes, vivre d'agriculture '. Si la Pologne n'offre pas une masse de cultivateurs Israélites proportionnée au grand nombre de ceux qui professent la religion de Moïse, cela vient de ce que la législation empêche les Juifs de devenir propriétaires, ou c'est l'usage des baux à court terme qui décourage les spéculateurs et qui étouffe toute l'industrie rurale. Les fermiers français ne doivent leur prospérité qu'aux baux de vingt b trente ans qui leur donnent toute Passurance de jouir du fruit de leurs améliorations.

Quoi qu'il en soit, les Israélites sont des hommes; à leur culte près, tout leur est commun avec leurs concitoyens : les bonnes et les mauvaises habitudes, les vices et les vertus, enfin

» Voyez l'arL vu des Décisions tJoctnnales de grand sanhédrin de Paris, en 1807.

^^o **jAtb MODERNES. XgS

toutes les nuances du caractère national. Dans un pays où une partie de la noblesse ne connaissait d'autre droit que celui de la force, où la conduite du clergé est censurée dans les écrits d'un grand roi % où le peuple était dégradé par l'esclavage, où les guerres civiles n'étaient étouffées que par les guerres étrangères, où l'instruction publique était nulle, enfin où la vénalité démoralisait non -seulement les individus, mais aussi les grands corps de l'Etat; dans un tel pays, disons-nous, les scnlimens généreux ne pouvaient être que le partage de ceux qui, ayant goûté le fruit d'une éducation digne de leur illustre naissance, avaient appris à respecter Phumanité dans eux-mêmes comme dans les autres. Une caste d'hommes sans droits civils ni politiques, exposée sans cesse h toute sorte de vexations et luttant toujours contre les difficultés qui s'opposent à la vie physique, fait déjà beaucoup si elle parvient à détourner les coups que lui préparent le fanatisme, l'envie, la cupidité.

I Siatîû^las Locziii.vki.

jg4 TBiisvmi di l'histoi&k

Les Juifs polonais sont sans contre* dit plus-sobres, plus industrieux, moins abrutis, moins étrangers à la civilisation que le vulgaire des Chrétiens dont ils sont environnés. Nous nous en rapportons au témoignage irrécusable des savans de Berlin, de Kœnigsberg et de Breslau : combien de Juifs polonais n'ont-ils pas vus se livrer avec le plus grand succès à l'étude^ de la philosophie, de la médecine, et surtout h celle des mathématiques, pour lesquelles ils ont une aptitude étonnante. Il est inutile de dire combien les sciences talmudiques sont cultivées en Pologne, puisque ce pays, et particulièrement la ville de Lissa, a toujours été regardé comme la pépinière des rabbins modernes.

Les universités hébraïques de Lublin, de Lemberg, de Cracovie et de Posen sont connues depuis trois siècles et plus.

Les Juifs polonais sont donc bien loin de mériter les sarcasmes dont ils ont été accablés, puisque tout ce qui existe en Pologne fait leur éloge, ou du moins leur excuse.

Les événcmcns politiques qui ont eu

DES JUIFS XODEENES. igS

Uen dans ce pays, depuis le premier partage de 1772 jusqu'à la dissoluiion du grand- duché de Varsovie, ont influé plus ou moins directemeot sur le sort des Juifs polonais. Cependant la constitution décrétée par acclamation le 3 mai 1790, et qui avait garanti les droits des nobles et la liberté de Tordre Equestre, mais qui n'avait rien fait pour le véiitable intérêt de la bourgeoisie, ne contenait aucun article concernant les Lsraélites. Leur nombre et Tinfluen* ce qu'ils exercent sur le reste de la population auraient dû pourtant être l'ob* jet de quelques dispositions réclamées par rintér(!t de l'humanité et par le bien général. Ce nouvel état de choses, heu< reusement éphémère, bien loin d'(?tre favorable aux Juifs polonais, avait fourni aux marchands chrétiens de Varsovie le moyen de contenter leur jalousie, et Ifs portes de la capitale furent fermées aux Juifs, qui en furent chassés sans ménagement, et relégués dans le faubourg de Praga.

On pourrait en dire à peu près autant de l'ex-gouvcrnement du grand-

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duché de Varsovie. I^ fameuse constitution du a a juillet 1807 avait proclamé Tabolition de l'esclavage, la liberté et la publicité des cultes, l'égalité de tous les citoyens devant la loi. £n 1808 parut un décret par lequel tous les enfans, sans distinction de religion, furent admis à fréquenter les écoles publiques; un autre décret mit en activité le Code promulgué en France; mais quelque favorables que parussent toutes ces dispositions! aux principes de tolérance réclamés pour l'amélioration des Israélites, ces derniers se virent bientôt en butte à des lois humiliantes par leur esprit, et oppressives par leurs résultats.

Maintenant l'ancienne Pologne se trouve divisée de manière qu'elle appartient à quatre gouvernemens diff<^ rens, sans compter la petite république de Cracovic. Il faut espérer que le sort des Israélites n'en sera que meilleur sous tous les rapports.

Le royaume de Gallicîe, qui depuis 177a fait partie de la vaste monarchie autrichienne, renferme environ 45o,ooo

DES JUIFS MODERNES. IffJ

'Jui&. L'immortel Joseph II s'est empresse d'étendre sur eux les bienfaits de la tolérance qu'il a proclamée dans tous ses états. Ce monarque philanthrope reconnut d'abord la nécessité d'améliorer l'instruction publique, et un véritable disciple de Mcndelsohn ( M. Herz Homberg) fut nommé en 1787 directeur des écoles normales Israélites de toute la Pologne autrichienne. Mais la mort prématurée de deux empereurs, les guerres qui, h partir de 1 788, n'ont presque jamais cessé d'absorber toute l'attention du gouvernement, et d'autres circonstances, ont mis des entraves à la civilisation complète d'une partie si nombreuse de la population gallicienne* Les Israélites de la Gallicie paient des impôts particuliers, basés sur la pratique de certains usages religieux.

Ils sont exclus de l'exercice de plusieurs droits civils, et cependant ils sont, depuis environ trente ans, assujétis à la conscription militaire, comme les autres sujets de la monarchie autrichienne. I-a ville de Lcmberg, et principalement celle de Brody, où les Israélites

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DES JUIFS MODEKNES. . I99

ble Cl trop peu connu auquel nous em-

destiné k fournir des matériaax à l'histoire, tant ancienne que moderne , des sectateurs de la loi mosaïque, et principalement à diriger dans les Toies de la civilisation les Israélites de France. On doit regretter la trop courte existence de ce journal, dont les auteurs défendaient avec talent la cause de leurs coreligionnaires, et promettaient de remplir de mieux en mieux une tâche qui se serait agrandie d^aillenrs avec les circonstances et les événemens. Parmi les principaux rcd«ictr.ur8 de V/sra(fùte français, nous citerons MM.F. Sarchi, docteur en droit, Tuu des Israélites de Paris les plus distingués par leur érudition et leurs lumières; le chevalier grand-rabbiti de Cologna, ex-président du consistoire central, maintenant chef de la synagogue de Trieste; Mathis Dalmhert, qui aujourdMiui dirige Tune des meilleures instilulions de Tuniversité, après avoir embrassé la religion catholique; et enHii £. HalevjT^ trop tât enlevé à Testime de stis coreligionnaires, homme de bien qui fut sans fortune et que cependant les pauvres ont pleuré , savant modeste dont les rares succès dans un genre trop peu cultivé (la poésie hébraïque) ont mérité des sud'ragcs moins suspects que ne pourraient Têtre ceux d'un fiU, etdont la mort prématurée a excité les regrets universels qui suivent la perte de Thomme di tiiignc et de 1 honnête homme.

pruntons c^$ prcfcieux documens sar les Juifs de la Pologne, contenait également la lettre suivante, qui trouvera ici naturellement sa place, et qui complétera nos notions sur les Israélites de cette contrée.

VarioTie , «7 f«Trîcr 1818.

▲ L^DITÈUK DE €IsRAÈUTE FRANÇAIS,

« Monsieur y

» L'intérêt que doit prendre chaque homme sensé à la cause des lettres et de l'humanité m'engage à vous écrire, quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître. Le hasard m'a procuré la lecture de votre journal, et quoique je ne sois pas votre coreligionnaire, cependant je désire vivement que vos in« tentions, dignes de n^spcct , obtiennent le succès mérité.

» Ma patrie, renfermant dans son sein près d'un million des secfateurs de Moïse, ne peut vous Olre indiflerente ; d'une autre part, votre journal doit Otre précieux aux Israélites dt! la Pologne ,

c j o mi ne un écA qm les jssdfie el qui

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naires dans ce iDjanme soient bien loin d'égaler en samîr csenz de FAllemagne et de France, il /en trouve flaâtuis parmi eux distingués par leurs talens et capables d'apprécier IlmportaDce de ▼otie en tr e p r ise littéraire. Je ne pois m'empédier de dter ici un Israélite de Rnbiezzow, petite ville da palatinat de Ldblin, nomiDé Abraham Stem, qui, par une suite de recherches ingénieuses, parvint à constroire une machine arithmétique, à l'aide de laquelle on peut obtenir la solution des quatre ope* rations de cette science. En i8i3, il pr&enta sa découverte à la société royale de YarsoWe , qui d&igna trois commissaires de la section des mathématiques pour examiner cet objet. Le résultat de leur examen fiit que la machine de Stem présente le même but que celle de Pascal, et après lui, do

^oa Risuiii DB l'histoies

Grillet, de Lépîne, de Leibnitz et de Nepper, c'est-à-dire de faciliter les opérations arithmétiques , . et surtout d'épargner une partie du temps employé pour les exécuter scion la méthode ordinaire; que ladite machiner l'emporte beaucoup sur toutes celles qui ont été faites pour le même usage, et que les travaux des savans ci-dessus nommés qui ont précédé Stern ont été, suivant toute probabilité, inconnus à ce dernier. La société royale a jugé son auteur digne d'être admis au nombre de ses membres adjoints, et lui a fourni les fonds nécessaires pour construire avec plus de perfection une autre machine de même nature. Cette seconde est déjà achevée, et non - seulement elle additionne, soustrait, multiplie, et divise les nombres simples et les fractions, mais elle extrait aussi les racines carrées avec autant de promptitude que de justesse.

» Parmi vos coreligionnaires qui se sont distingues ici sous les drapeaux, je vous citerai avec plaisir un Israélite qui a acquis dans cette carrière une juste

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rëpàtation. Son nom ëtaît Berlo; pendant la révolution de Pologne de 179^9 il servait dans les troupes patriotes, et il montra dans toute occasion le courage le plus assuré. Après le démembrement de ce royaume, il passa au service de la France, et y demeura jusqu'à la création du duché de Varsovie ; alors il entra de nouveau comme lieutenant-colonel dans l'armée polonaise. Lorsque li guerre d'Autriche de i8og éclata, Bcrko fut un des premiers qui pénétrèrent dans la Gallicie orientale, et en prirent possession. Mais s'ctant engagé dans un combat où les ennemis eurent une trop grande supériorité de nombre, il succomba sous leurs coups, regretté de toute la nation dont il avait si vaillamment défendu la cause.

» L'exemple de ces Israélites ne tardera pas sans doute à exciter parmi leurs coreligionnaires le noble désir de les imiter et de partager avec eux la gloire d'avoir bien mérité de son pays par ses écrits ou par ses actions.

M Je suis, etc.

» C.«. DE M... n

2o4 KÉSUME DE l'hISTOI&E '

L'empereur Nicolas, actuellement régnant, pour exciter à la conversion les Juifs polonais, vient de publier un décret par lequel tous les Israélites de Pologne qui embrasseront le christianisme seront exempts des corvées dues aux propriétaires nobles. On peut assu* rer d'avance que ce décret ne diminuera pas le nombre de ceux qui suivent en Pologne la religion de Moïse.

DES JUIFS MODEEKES. 20!l

JUIFS DE RUSSIE. — JUIFS CàRAI- TES DE LA CRIMÉE. — JUIFS DE SUÈDE ET DE DANEMARK.

On compte aujourd'hui environ deux millions d'Israélites dans l'empire russe, d'où les Juifs étaient autrefois exclus.

Quatre cent mille, comme nous venons de le voir, habitent les provinces polonaises. En i8o5 l'empereur Alexandre accorda aux Juifs de ses états le droit de faire instruire leurs enfans dans toutes les universités russes ou d'établir des écoles à leurs frais. Par l'ukase de i8 1 7, publié dans des vues moins généreuses, il offrit aux Juifs qui embrasseraient le christianisme des terres et des privilèges importans. Mais il ne paraît pas que ces promesses séduisantes aient engagé beaucoup d'Israélites à abjurer la foi de leurs anc(^tres.

On compte en Russie et principalement en Crimée beaucoup de Juifs caraïtes. Un voyageur anglais, M. Clarke I, donne des détails intércssans sur

* CLirke Edward Daniel TraK'd% ia F^a-

:ao6 &éscMÉ DE l'histoire la ville et la forteresse de Dschefoutkale (ville des Juifs) en Crimée, habitée ex* clusivemcnt par desCaraïteset qui renferme deux cents maisons et environ douze cents habitans. Ce voyageur a été bien accueilli par un des principaux habitans chez lequel il a connu le rabbin de l'endroit, homme rempli de mérite et qui ayant été appelé à Saint-Pétersbourg par ordre de l'impératrice Catherine II, avait soutenu un examen public avec beaucoup de succès. M. Clarke obtint la jpermission d'acheter un manuscrit hébreu qui était d'une rare beauté, et avait environ quatre cents ans. Malheureusement ce manuscrit, qu'on devait lui envoyer à Saint-Pétersbourg, n'a pu parvenir à sa destination.

La probité des Juifs caraïtes est passée en proverbe dans la Crimée. Leur parole équivaut à un contrat. La plupart sont négocians ou fabricans. Leurs enfans sont instruits publiquement dans les synagogues. Les Caraïtes , qu'on pourrait appeler les Protestans du ju-

rious Countrtes of Europe ^ Aiia and jifrica ,

LODÛOD, l8lX

DXS JUIFS MODEEHCS. aOJ

da'îsmè, s'attachent à la lettre de FEcriture sainte , rejettent tout ce qu'ils appellent tradition humaine^ et, ce qu'il j a de plus remarquable, regardent comme des novateurs les RaUanites ou Juifs attachas aux traditions, se fondant sur ce raisonnement spécieux, que crlui qui i écarte de Vancienne marche doit être sans contredit regardé comme le novateur.

Les Juifs sont assez nombreux en Suède et en Danemark, où ils ont obtenu des privilèges et où ils jouissent d'une liberté très-étendue. Une ordonnance de 1788 permit aux Juifs de Danemark d'exercer librement les arts et métiers. Leur population à Copenhague était alors de onze cent soixantedix individus des deux scxes.Parmi eux, il y en avait deux cent cinquante âgés de plus de cinquante ans, et par conséquent seulement neuf cent trente capables d'user de cette permission. Jin 1819, cette population s'était accrue jusqu'au nombre de quatorze cent quatre-vingt-onze individus, parmi lesquels on comptait trente - quatre fondateurs ou propriétaires de fabriques; cent qua-

208 EÉSUMÉ DE LHISTOliRE '

rante artisans, maîtres, compagnons et apprentis, tek que boulangers, relieurs, imprimeurs, tourneurs, ciseleurs, orfèvres, chapeliers, tisserands, maçons, cordonniers, forgerons, selliers, tailleurs, matelots, etc.; cinquante étudians ou artistes ( parmi lesquels plu- ^ sieurs peintres), et vingt-cinq n^gocians. Dans le pays plat, il y avait aussi plusieurs cultivateurs juifs. Tels avaient été les résultats de vingt-cinq ans de liberté.

A la vérité, les rabbins avaient puissamment concouru, par leurs sages conseils, à ce nouvel état de choses, en prescrivant à tout enfant mâle, au sortir de Técole gratuite, d'embrasser un état, une industrie ; ce qui prouve quelle salutaire influence les rabbins pourraient exercer sur leurs coreligionnaires, et combien il importe que les doctrines qu'ils enseignent ne soient pas en opposition avec les vues bienfaisantes des gouvernemens.

Les Juifs de Suède et de Danemark se montrent complètement dignes de la protection éclairée qu'on leur accorde. Beaucoup se distinguent dans

DES JUIFS MODEEMES. 209

k haut commerce >, d'autres cultivent avec succès les lettres et les ai:ts. Plusieurs savans danois^ plusieurs artistes distingués de ce pays professent la religion mosaïque. Une école gratuite pour les jeunes Israélites a été fondée à Copenhague en i8o3. Les progrès des élèves y sont, d^année en année, plus remarquables. Le 10 juillet 1817, les Israélites de Copenhague, à l'exemple des Juifs de Prusse, ont célébré pour la première fois l'office divin en langue nationale.LeseSbrtsd'un gouvernement philanthropique sont ainsi secondés par ceux de la population juive, religieuse sans bigoterie et qui avance à grands pas dans les voies de la civilisation.

< Il y a plusieurs années, le roi de Suéde a décerné la grande médaille portant pour inscription : lUis quorum meruere labore* , à uu Israélite de CarUcrona, M. Fabian Philipp^ qui s'est distingué en remplissant les fonctions do membre d^un comité de bienfaisance. Cet honnête fabricant a soutenu la maison de travail , «n achetant de ses propres fonds et aux prix ordinaires les objets confectionnes dans Tëiablissemcut.

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