‹ Résumé de l'histoire des juifs modernesChapitre 18 sur 24 · JOURS · texte numérisé non relu

JOURS

En jetant les yeux sur l'histoire d'Angleterre pendant cette période de plus de trois siècles que dura le bannissement des Jui&, on serait tenté de regarder leur proscription comme une nouvelle marque de cette prondencc secrète qui semble veiller à la conservation' du peuple juif. Que seraient devenus en effet «les malheureux débris échappés aux ckactions de Henri III et au fanatisme ' d'Edouard I*', pendant les guerres sanglantes d'York et de Lancastre, et surtout sous le règne de l'atroce Marie V^? Nul doute que cette exécrable reine, qui gratifia l'Angleterre d'une inquisition et qui fut la digne épouse de Philippe II, n'eût fait périr jusqu'au dernier des Juifs de son royaume sur ces bûchers où tant de malheureux expièrent la foi protestante. Il faut donc rendre grâces à ce salutaire exil qui arracha des milliers de victimes aux fureurs de Marie, cl de ses dignes agcns, les Gardiner, les

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Bonner et autres boorréaux religieujc de cette honteuse époque.

Les Juifs revinrent en Angleterre :SOus Gromwel. Leur retour ne fut jpas autorisé par une loi; mais il fut toléré.

Gromwel avait pour les Juife un secret penchant ; mais il connaissait trop bien ses religieux et fervens républicains pour le manifester trop hautement Toutefois les avantages immenses que le commerce de la Hollande retirait de la tolérance accordée aux Juifs de ce pays, ne put échapper aux yeux de l'Angleterre, devenue république ; et bien que le clergé anglais se fût opposé formellement au retour des Juifs, le Protecteur leur permit sous main d'y rentrer. On leur imposa, disent les historiens, trois condi-^ tions expresses; savoir : qu'ils ne feraient point de prosélytes, qu'ils enterreraient eux-mêmes leurs morts, et qu'ils auraient soin de leurs pauvres.

Ils durent y souscrire d'autant plus volontiers qu'ils avaient toujours pratiqué volontairement la première condition ; la seconde était dans leur loi, dans leur croyance, tout aussi bien que la charité

DES JUIFS MODERlfES. ^43

qu'ils pratiquaient non-seulement envers leurs pauvres, mais envers ceux de toutes les communions.

Une dëputation singulière arriva vers Gromwel du fond de l'Asie. C'étaient quelques Juifs conduits par un célèbre lâbbin d'Orient, Jacob Ben Azabel^ qui venaient s'assurer si Gromwel n'était point le Messie. Ils obtinrent plusieurs audiences du Protecteur, et lui firent la proposition, qu'il repoussa, d'acheter tous les livres et manuscrits hébraïques de l'université de Cambridge. Gomme ils ne cachèrent pas assez le but principal de leur mission, on les renvoya de Londres, où le simple soup> çon que Gromwel pût être juif avait produit de l'agitation parmi le peuple.

Gharles II ne s'opposa pas à la rentrée des Juifs, dont le nombre s'accrut par la vente des patentes d'affranchissement. Cependant le décret en vertu duquel ils avaient été bannis n'avait pas été révoqué, on leur défendait d'acheter des terres, et d'exercer les professions libérales. Les marchandises exportées pour leur compte payaient un

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droit (aHen-duty). Jaeques II abolit^ce droit. Mais les négocians anglab se plaignirent; et la loi fut abrogée après la révolution qui chassa de nouveau les Stuarts du trône d'Angleterre.

Les horribles persécutions religieuses, les massacres, les dragonnades et autres infamies dont Louis XIY, dominé par l'influence déplorable des jésuites, souillait son règne, quoique particulièrement dirigées contre les Protestans, chassèrent cependant deFrance un grand nombre deJuifs,et en firent refluer beaucoup vers l'Angleterre. Quoique l'Eglise anglicane s'occupât beaucoup trop de leur conversion, ils trouvaient cependant protection et repos sur le sol anglais. Un biil de la reine Anne obligea les Israélites à prendre soin de ceux de leurs enfans qui embrasseraient la religion protestante. Les lois de ce genre étaient peu dangereuses, tant elles trouvaient rarement leur application. Fn 1723 cependant, un Juif de Londres, Moïse Marcus, homme fort riche et fort instruit (alliance assez rare parmi les Juifs), embrassa le christianisme.

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Cette conversion fit du bruit Marcus en exposa les mod&'dans un ouvrage ou il voulut démontrer l'accomplissement des^ prophéties relatives à Jésus- Christ, dévoiler toutes les contradictions et les absurdités du Talmud. Son ouvrage obtint l'approbation de WilkinSf archevêque de Cantorbéry, et alors primat d'Angleterre. Il s'est passé de nos jours quelque chose de semblable, h cette différence près, que la conversion de Moïse Marcus (homme riche, sans ambition, et que son père avait menacé d'exhérédation s'il embrassait le christianisme), était une œuvre de conviction et de bonne foi.

Sous le règne de Georges II (1753), on proposa au parlement de naturaliser tous les Juifs qui, depuis trois ans au moins, habiteraient l'Angleterre oui* Irlande, et ne s'en seraient pas absentés pendant plus de trois mois consécutifs.

Du reste, les Juifs devaient rester inhar biles aux fonctions civiles. Le bill fut appuyé par un grand nombre de manufacturiers et de négocians, soutenu par le ministère, adopté par les deux

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£{.6 ' &1ÉSUMÉ DE l'histoire

tiiambres, et sanctionné par le'toL Mais ce résultat ne fut pas obtenu san& une violente opposition. Le lord-maire j les aldermen et le conseil de la commune de Londres, avaient fait contre le bill (déshonorant, disaient-ils, pour les Chrétiens, et contraire aux principes de la constitution), une pétition au parlement Tous ceux des commerçans de Londres qui ne faisaient point d'affaires avec les Juifs avaient réclamé dans le même sens. Sur todv les points du royaume, des plaintes éclatèrent; les prédicateurs, comme on le pense bien, ne cherichèreut pas à éteindre le feu, mais l'attisèrent; Dans la session suivante, l'invitation de solliciter la révocation du bill arriva de toutes parts au parlement; le ministère, entraîné à la fin par le torrent, combattit le bill à son tour : il fut rapporté.

Depuis cette époque, la condition des Juifs anglais (sous le rapport légal) n'a point changé. Elle s'est beaucoup améliorée, quant à leurs relations sociales et à la considération dont ils jouissent. Ils ont, pour ainsi dire, ob-

tenu de fait cette naturalisatioa si contestée et les avantages qui en résultent* Ik sont exclus de toutes les charges publiques y mais ils s'en consolent facilement par la libre pratique de leur culte, l'exercice sans entraves de leur industrie, et la jouissance des droits civils nécessaires à l'acquisition et à la possession paisible de leurs biens. Ils jouissent de tous les privilèges que le gouvernement britannique accorde aux cultes étrangers à l'Eglise anglicane, et même sur plusieurs points, l'intolérance de cette Eglise s'est montrée moins sévère à leur égard qu'envers les catholiques >.

On les distingue en Angleterre, comme ailleurs, en Juifs portugais et en Juifs allemands. Les premiers jouissent de plus de considération que les seconds , soit par l'effet d'une prévention injuste, soit qu'ils se fassent plus remarquer que les Juifs allemands par leur intelligence, leurs lumières et leur pro-

> La chambre des commanes vient enfa'n de réformer la législation à l'égard des Anglais de la secte catholique. Le bill de leur émancipation, passé dans les deux chambres, a obtenu la sanction royale (mai 1828).

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