‹ Résumé de l'histoire des juifs modernesChapitre 17 sur 24 · GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

GRANDE-BRETAGNE

TKMPS AVTétlEUBS AU SBItlÈMB SliCLBy DEPUIS GUILLAUME LE CONQU^RAMT JUSQu'lU BABVIS^ SEMEET DES JUIFS SOUS ^DOUAID l*'.

S'il faut en croire quelques historiens, les Juifs existaient en Angleterre du temps de la conquête par Jules César. Basnage prétend qu'ils furent bannis de ce pays au commencement du onzième siècle; mais il ne hit point connaître la cause de cet exil , il ne dit même pas sous quel règne il eut lieu.

Sous Guillaume le Conquérant, il en vint de Rouen une colonie, qui acheta de ce prince le droit de se fixer dans la Grande-Bretagne. Tout porte à croire qu'ils étaient les vassaux du roi, et qu'ils ne pouvaient dbposer, sans son consentement, de leurs personnes, ni de leurs biens. Du reste, ils se distinguaient par leur industrie, leurs lumières; faisaient la banque, presque tout le commerce extérieur, et (chose curieuse!) c'est de leurs fabriques que sortaient presque tous les ornemcns d'or et d'argent à l'usage des églises.

Ils étaient fort nombreux sous le règne de Henri II, qui leur accorda plusieurs privilèges, entre autres, celui d'enterrer leurs morts dans des cimetières particuliers. Le règne de Richard leur fut plus fatal. Le couronnement de ce prince (i 189) fut signalé par un massacre dont le motif peint bien la profonde barbarie du temps. Le bruit s'était répandu à la cour et parmi le peuple que les Juifs étant presque tous sorciers, ne pourraient manquer de jeter un maléfice sur le nouveau prince, s'ils assistaient à son entrée dans Londres et à son couronnemicnt. Plusieurs s'étant hasardés cependant à jouir de ce spectacle, furent reconnus, tués à coup de bâtons, et regorgement s'étendit à tous les Juifs de Londres et des provinces. Le massacre dura pendant toute l'année, qui était justement celle du jubilé : ce fut à merveille pour les dévots.

Le départ de Richard pour la croisade fut le signal d'une catastrophe nouvelle. Les Juifs croyaient avoir acheté la faveur du prince par des sommes énormes qu'ils avaient portées au tré-

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a34 ASSUMÉ DE i/wL^toïkt

sor royal. Mais le peuple ne tint coiàpté de ces dons qui ne profitaient qu'à la cour. Une éxecution générale des Juifs fut résolue. Elle commença à Norwich (1x90). Ce fut à Yorck que le carnage fut surtout horrible. Quinze cents Juifs sVtaient emparés de la ville pour s'y défendre. Assiégés, ils offrent de capituler et de racheter leur vie pour de Fargent. On refuse leur offre ; alors Fun d'eux s'écrie : Qu'il vaut mieux mourir courageusement pour la loi que de tomier entre les mains des Chrétiens, Aussitôt ils tuent leurs femmes et leurs enfans, et s'enferment dans le palais où ils mettent le feu, et se font brûler plutôt que de se rendre. Le peuple alors se répandit dans la ville, pilla leurs maisons et se gorgea de butin. Richard vit avec douleur ce carnage, mais il ne put Far* rêter.

Le roi Jean, qui succéda à son frère Richard, au mépris des droits d'Arthur, son neveu, fut un prince sans foi, sans probité, qui tourmenta également Juifs et Chrétiens, rabbins et évdques.

On sait que le pape mit son royaume

en interdît (1208). 11 pouvait cependant dire, pour sa défense, que, s'il maltraitait des archevêques, il extorquait les biens des Juifs, et qu'aux yeux de l'Eglise il devait y avoir compensation.

Las de piller les Juifs en détail, il voulut les dépouiller en masse. Il les bannit par un édit public, et pour leur rendre la fuite plus légère, il eut l'attention délicate de confisquer préalablement tous leurs biens. Toutefois beaucoup parvinrent à se soustraire i l'édit de bannissement. Beaucoup rentrèrent en Angleterre, même sous le règne du roi Jean.

Les violences et les exactions de ce brigand couronné le précipitèrent enfin du trône. Le long règne de son fils Henri III ne fut pas moins désastreux pour les Juifs. Ce prince les pilla, comme le roi Jean ; comme lui aussi il pillait tout le monde, et, sous ce rapport, l'égalité des cultes fut reconnue par lui en principe. Il eut aussi la manie de convertir les Juifs, et crut racheter ainsi les nombreux péchés de son père. 11 fonda pour eux une maison de conver-

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sion. On y vivait paisiblement et gras^ semèni: c'était presque un monastère* Aussi beaucoup de mauvais -sujets, séduits par la perspective d'être logés et nourris sans rien faire, accoururent à la maison de conoersion, et trouvèrent que le christianisme avait du bon.

Ce fut sous le règne de Henri III que * se répandirent les premières notions détaillées sur le fameux Juif errant, qui avait jusque là vaguement occupé les imaginations crédules. Ecoutons le naïf récit de Mathieu Paris, qui vivait en ce temps-là \ Un prélat arménien, qui était venu à Londres, porteur de lettres du pape, recommandait aux prélats européens de lui faire voir toutes leurs reliques et toutes leurs richesses pieuses, interrogé sur le Juif errant qu'on disait vivre encore en Orient, assura qu'il était en Arménie, que lui^ archevêque, le connaissait, qu'avant son départ il l'avait reçu à sa table. C'était un Romain, nommé Catapliilus, portier de Pilate, qui, voyant traîner Jésus- Christ hors du prétoire, lui donna sur

• 3fatfueu Pdns. Henri III, pag. ^!^i.

DES JUIFS MODERNES. sSj

le dos un coup si violent, que Jésus indigné lui dit : Le fis de Vhomme s^en wt, maïs tu attendras son açénement. Il se convertit, fut baptisé, mais il vit toujours, tombe en défaillance tous les cent ans, et revient alors à Tâge de trente ans qu'il avait à la mort de Jésus-Christ.

Nous n'avons raconté cette fable qu'à cause de la naïveté sérieuse que met dans son récit Mathieu Paris, et pour prouver de nouveau qu'il n'est rien d'inadmissible à la crédulité humaine. Si cette fable ridicule valait la peine qu'on la rattachât à une pensée, nous dirions que le véritable Juif errant, c'est Tétre.

collectif, répandu sous le nom de nation juive sur toute la surface du globe, être cosmopolite, errant, éternel. Ces quelques pièces de monnaie qui se retrouvent toujours dans la poche du Juif i^buleux, ne sont-elles pas l'image de ces ressources continuelles que le Juif de l'histoire trouve dans son activité, dans son travail, et dont la modicité suffît à sa vie sobre et industrieuse?

Mais revenons de la fable aux faits posttifs. Nous avons parlé du génie de

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HenrillI pour la rapine et i'extorsioitr Il pressurait avec une prédilection toute particulière les Juifs et les abbés. Les croisades lui fournirent un nouveau prétexte de tourmenter ses sujets de toutes les communions. Juifs et Chrétiens con-' tribuèrent aux frais de la sainte guerrCé Poussés à bout par ces continuelles spoliations, les Juifs demandaient à quitter l'Angleterre : on le leur refusait toujours. Les troubles qui signalèrent la fin du règne de Henri III ne leur fu-^ rent pas favorables. Les barons ligués contre Henri exercèrent contre eux d'atroces violences. A cette époque, en An^ gleterre, la haine des Juifs était populaire, et les persécuter, une condition de popularité.

Le règne d'Edouard P^ s'annonça d'abord pour eux sous de moins funestes auspices. La troisième année de son règne (en 1:276}, la chambre des communes rendit une loi, qui, bien exécutée, aurait été pour les Juifs une garantie de sécurité et d'existence légale.

Cette loi régularisait les taxes qui jusque ïh leur avaient été arbitrairement

DES JUIFS MOOE&NES. i3q

imposées par la cupidité des rois. Elle leur défendait l'usure , mais leur permettait d'acheter des terres et des maisons. Malheureusement le fanatisme jd'Edouard prit bientôt le dessus. Il négligea l'exécution de la loi dans tout ce qu'elle avait de salutaire et de conforme au droit commun, et en fit exécuter ayec la dernière rigueur les dispositions vexatoires et humiliantes qu'y avait introduites l'esprit oU temps.

Selon l'usage, les accusations fausses et absurdes servaient de prétexte aux persécutions. On accusait les Juifs d'altérer la monnaie, mais on trouvait leur argent d'assez bon aloi pour le confisquer. On les incarcérait ; on les exécutait par centaines; leurs maisons, leurs .terres, leurs marchandises étaient confisquées et vendues. Le terme de tant de maux arriva enfin, et ce terme fut le bannissement, préférable mille fois à une hospitalité spoliatrice et sanguinaire.

En lago, Edouard r"^ publia un arrêt de proscription. Les Juifs sont chassés d'Angleterre, avec défense d'y rentrer,

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' 30US peine de mort. On ne leur que Faigent nécessaire pour se transporter sur un sol plus hospitalier. Plus de seize mille Jui& quittèrent l'Anglerterre pour n'y rentrer que sous Cromwel, c'est-à-dire trois cent cinquante ans plus tard. Il est curieux de voir en quels termes parle de cet exil une des notabilités littéraires du seizième siècle, le célèbre Polydore Virgile K La nation juioe, dit cet historien, dont U nombre étaU prodigieux en Angleterre, en eortit pour jamais (Polydore se trompe et sa prévision est en défaut), se retirant toujours éCun lieu dans un autre 9 jusque à ce qu'elle périsse entièrement (autre erreur du grand homme dont le vœu philanthropique ne semble pas devoir se réali-r ser); et sa per.e, continue- t-il, ne sera pas fort affligeante f pourvu qu'elle nous laisse ses livres sacrés, sans lesquels il serait difficile de conserver noire religion dans les siècles à venir. Ici tout commentaire devient superflu. 11 est inutile de faire remarquer l'humanité, les lumières, la sagacité profonde de Thistorien.

« PolytL Virg. Angl. II, I. xrii.

SES JUIFS MODERNES. ^/^l

DEFVfS LE DIX-SCPTlèMS SlàCLB JUSQU^A HOS

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