X.EA JUIFS SOUS LES MAUBES
L'invasion des Maures en Espagne fut d'abord funeste aux Juifs : pas un prince golh ne marchait contre les Sarrasins, sans un massacre préalable des hérétiques du pays. Ceux qui survécurent (et ce fut la plus grande partie, tant ils étaient habiles h tromper la rage de leurs ennemis) furent bien dédommagés par le triomphe des Maures, qui,devenus paisibles possesseurs de l'Espagne, après la bataille de Xérès, comblèrent les Juifs d'honneurs, de puissance, encouragèrent leur culte, leur* études, soutinrent leurs synagogues e'
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leurs académies. Tant que dura en Esrpagne l'empire des Maure les Juifs jouirent d'une liberté de conscience illimitée ; leur condition était de tout point celle des maîtres du pays; pour leurs intérêts civils, ils se régissaient d'après leurs propres lois; mais la répression de leurs crimes et de leurs délits appartenait, comme de raison, aux juges musulmans, et ils étaient soumis, à cet égard, à la jurisprudence du Coran.
A l'ombre d^une autorité tutélaire et protectrice, ils se signalèrent par leurs connaissances, leurs lumières, leur philosophie, et leur amour des travaux utiles; ils se distinguèrent aussi par cet esprit de modération qui les éloignait de toute tendance au prosélytisme, et ils n'abusèrent jamais de la haute influence qu'ils exerçaient sur les calices.
La chute des Ommiadcs et les guerres entre les Sarrasins et Alphonse de Castille, qui troublèrent le onzième siècle, n'apportèrent point de changement à leur état calme et prospère, ils conservèrent sous les Abbassides la haute faveur dont ils avaient joui sous
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les Omxniades. Mab un long deuil vsl expier ces siècle^ de prospérité et de repos. L'Espagne, qu'avaient civilisée les Maures, redevient chrétienne et barbare. Avec l'intolérance et le despotisme, vont raparaîlre les massacres, les procriptions, les bûchers.
LES JUIFS SOUS LES ftOlS CHRÉTIENS.
L'Espagne, morcelée entre les Arabes et les Chrétiens, vit sMcouler le douzième siècle dans des guerres continuelles. Les rois de Léon, de Navarre, de Castille, d'Aragon, luttent, tantôt divisés, tantôt unis, contre les rois musulmans de Grenade, de Cordoue, de Saragosse. L'état civil des Juifs ne changea pas en Espagne pendant ce siècle; pendant le treizième , le fanatisme religieux se tourna principalement contre les Albif*eois : les Juils furent oubliés; ou plutôt Tesprît de persécution ne se manifesta que par quelques décrets sévères, rendus par des assemblées d 'évoques. Le i4 mars la^a, Jacques 1", roi d'Aragon, voulant favoriser leur conversion
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au christianbmc, déclara que ceux qui embrasseraient la religion chrétienne ne seraient plus privés, par cette raison, de leurs biens meubles et immeubles (coutume générale alors en Kurope), et que leurs successions seraient partagées comme s'ils avaient persévéré dans la religion de leurs pères. Au commencement de ce siècle , soixante mille croi* ses, venus d'Italie pour combattre les Arabes, préludent par un massacre général des Juifs dans la ville de Tolède.
La bataille de Tolosa porte enfin le dernier coup à la puissance des Maures.
Le quatorzième siècle s'ouvre, pour les Juifs d'Espagne, par des persécutions, par des massacres, et s*écoulc au milieu d'infortunes et de calamités de toute espèce. On les punit de la peste dont fut frappée l'Europe en iS^i ; on les dépouille, on les égorge; leurs belles synagogues de Séville et de Cordoue sont renversées. En i335, le concile de Salamanque leur défend d'habiter près des églises ,ou d'y placer leurs cimetières. Un autre concile, tenu à Palencia en i3G8, leur défend d'habiter avec les
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Chrétiens, et leur assigne des endroits 8(fparés dansiles villes. Au quinzième siècle f une fièvre de conversion s'empare des Espagnols. Ils veulent faire entrer tous les Juifs dans le sein de l'Ëglise. Celte persécution nouvelle, qui tourmente principalement les consciences, produit quelques abjurations, mais pas une seule conversion réelle. La plus ancienne des synagogues d'Espagne, celle de Tolède, devient en i^i»
l'église de Sainte-Marie-Blanche. Tandis qu'on ôtait aux Juifs qui persévéraient dans leur antique foi tous leurs droits et tous leurs pri\dléges , on comblait de faveurs les nouveaux convertis, et un décret de Jean II les déclarait admissibles à tous les emplois sacrés ou profanes. Mais la conduite de ces noiiifeaux Qiréiiens, comme on les appelait, fut soumise aux regards investigateur»
et à la pieuse sollicitude de Tinquisition, dont l'activité naturelle fut encore stimulée par une bulle de Sixte IV, qui lui ordonnait de surveiller les nouveaux convertis et d'exercer ses rigueurs maternelles sur ceux qui manqueraient à
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leurs devoirs. L'inquisition ne fut point sourde ii cet appel. La plupart de ces enfans douteux de l'Eglise furent massacrés; on confisqua saintement les biens de ceux qui prirent la fuite; on donna le nom touchant de Chrétiens de grâce à ceux qu'épargna la clémence évangélique du Saint-Oflice. Ënfm, au mois de mars i4g^i Ferdinand et Isabelle, qui venaient de fonder la monarchie espagnole par la réunion des couronnes de Castillc et d'Aragon, rendent un éditde proscription qui ordonne aux Juifs de sortir d'Espagne sous quatre mois, ou d'embrasser la religion catholique. On expulsait à la fois en eux les antiques alliés des Maures et les ennembdu Christ. Le trop ci-Ièbre inquisiteur Torquemada se distingua |;ar ses fureurs, au milieu de ces hommes fie sang dont i'£spagne fut trop féconde.
A peine trente cinq mille Juifs abandonnèrent-ils leur reliijion, pour expier plus tard leur apostasie sur \vi iuu licis de Tinqui'sition, ou se lit'iobcr a.ix Qammes par Texil qu'ils avaient < ru évitcn Huit cent mille quiiîèri.iil TLs-
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pegné en Vertu tle l'édit. S'il faut en croire les historiens , ils emportèrent avec eux trente millions de ducats , et les finances de l'I^pagne furent obérées jusqu'à l'instant où les trésors du Nouveau-Monde s'ouvrirent pour ses féroces conquérans. Tous les souverains s'empressèrent de recueillir les riches débris d'Israël. Le roi de Portugal les admet dans tes états pour huit écus d'or par téte, mais il fixe un délai après lequel ils doivent fuir encore ou devenir esclaves. Emmanuel, parvenu au trône avant l'expiration du délai, les força de choisir entre un nouvel exil ou l'abjuration. Après avoir erré long-temps dans le midi de l'Europe, la plupart des fugitifs se fixèrent dans le Levant. Les Juifs ne rentrèrent plus en Espagne , qui, depuis les Ximénès, les Vincent de Ferrure, les Torquemada, a saintement persévéré dans les voies chrétiennes.
Commerce,
L'Espagne, sous les rois wisigotlis, fut pauvre, languissante, sans industrie et
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sans commerce. Les Juifs seuls entretenaient quelques rielations avec l'Orient; mais les persécutions continuelles qu'ils éprouvaient, le manque absolu de sécurité et de confiance, les empêchaient de se livrer h leur activité naturelle. La conque? te des Maures changea la face du pays : l'agriculture, le commerce, les lettres et les arts prirent avec les Musulmans possession de la terre espagnole. Les Juifs ne restèrent étrangers à aucune de ces branches de travaux. Répandus partout, partout protégés et nécessaires, ils servaient comme de lien commun aux nombreux royaumes que les Maures avaient fondés en Espagne. Leur commerce extérieur acquit une grande extension ; ils faisaient un négoce de vins, d'huiles, d'amandes, de laine, de fer, do soude, etc., avec l'Italie, l'Afrique, et plusieurs villes de l'empire grec. Presque tout le commerce intérieur, qui consistait en fer, en acier et en chevaux, était entre leurs mains. Toutefois Tardeur avec laquelle le plus grand nombre quitta les travaux industriels pour s'élancer vers
pratique de la chirurgie et de la médecine où ils excellaient. Mais les prêtres , qui se mêlaient aussi de Tart de gudrir, voulurent s'en réserver le monopole, et défendirent aux Chrétiens de se servir dans leurs maladies de médecins juifs.
Force fut aux malades de guérir ou de mourir chréUennemeut,
Le commerce des Juifs n'éprouva pas de changement pendant le quinzième siècle, qui devait se terminer par la catastrophe inattendue et impolitique de leur expulsion. Ce bannissement porta un coup funeste à la prospérité de r£spagne. Après le départ des Juifs, le peu de commerce qui se fit encore dans cette contrée fut l'ouvrage de ceux qui avaient obtenu, par une feinte apostasie, le droit qu'on leur contesta bientôt d'y séjourner. Les royaumes de Fez, d'Alger et de Maroc, où les Juifs se réfugièrent en nombre immense, héritèrent en grande partie de l'or et de l'industrie do l'Espagne.
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