LIVRE PREMIER
Origine des Mexicains et/bndation de leur empire,
— Premiers empereurs» — Noblesse. — Féodalité. — Constitution. — Limites du Mexique sous le règne de Moteuczoma, ou Montézuma II,
— Mœurs, civilisation ^ arts et métiers, agri' culture f peinture , monumens historiques , al' phabet, religion, — Guerre ^ justice , éducation publique f habitations f noui^lturey Délemens, etc.
On a prétendu que la fondation de l'empire du !4exi(|ue ne remontait pas au delà du xiii* siècle de Tère chrétienne. Pour admettre une ofnnion aussi décisive , il faudrait d'autres té-
3 AÉSUM^
moignages qne celui des Espagnols, qui nV yaîent ni le temps ni la yolonté de rien examiner ; il faudrait une autre autorité que celle de leurs moines, qui regardaient comme un outrage à la divinité Tétude des monumens d'une nation, idolâtre. Le souvenir des événemea^ se conservait , chez les Mexicains , par des figures peintes sur des peaux , sur des toiles de coton , sur des écorces d*arbres. Une ordonnance de Jean de Zummaraga , moine franciscain , premier évéque de Mexico , les fit jeter aux flammes. Le nombre de celles qui échappèrent à cet auto-da-fé fut peu considérable, et la plupart ne répandent qu'une lumière douteuse sur l'origine du peuple le plus remarquable du NoU' veau-Monde.
Depuis le vu* jusqu'au xiii" siècle, lap pulation américaine paraît avoir constammc reflué vers le sud. Des régions situées nord du fleuve Gila s'élancèrent ces naé' belliqueuses , qui , les unes pprès les aut inondèrent le pays d'Anahuac , situé eut i4* et le ai' degrés de latitude septentric Nous ignorons si .le point de leur déparf leur patrie primitive , ou si , originaires ou de la côte N.-O. de l'Amérique , ils <
traversé les savanes de Navajoa et de Moqiii, pour Tenir s'arrêter sur les bords da Gila. Ce débordement a qoelqu*analogie avec celui qui , ao ly* siècle,' plongea l'Europe dans un état de barbarie , dont les funestes suites se font encore sentir dans plusieurs de nos institutions sociales. Mais les peuples qui se répandirent dans le Mexique, apportaient avec eux des Testîges de civilisation. Les Toltecas se montrèrent, pour la première fois , en ii43 ; les Cbicbimecas , en 1170; les Nahualtecas, en 1178 ; les Acolbuas et les Aztecas\ en 1196. Les Toltecas introduisirent la culture du mais et du coton , construisirent des villes, des chemins, et ces grandes pyramides , dont BOUS admirons encore les faces orientées avec régularité. Us connaissaient l'usage des peintures hiéroglyphiques ; ils savaient fondre les métaux et façonner les pierres les plus dures ; ils avaient en£in un calendrier plus parfait que ceAm des Grecs et des Romains.
La tradition donne les noms de Huehnetlapallan , de Tollan et d'Âztlan , à la patrie de ces peuples voyageurs. Rien n'annonce aujour^ dlmi une ancienne civilisation au nord du ileuve Gila; mais. sur la côte N.-O., entre
Nootka et la rivière de Cook , surtout au $7* degré de latitude boréale, dans la baie de Norfolk et dans le canal de Cox , les indigènes manifestent un goût décidé pour les hiéroglyphes. Ne serait-il pas possible que , durant cette émigration du nord au midi , quelques tribus y se détachant de la masse , se soient fixées dans ces contrées ? Les Alains et les Ostrogoths sont venus de la mer Noire en Espagne ; une partie de ces nations n'aurait-elle pas pu revenir de Toccident à Torlent , à une époque où leur premier^ demeure , sur les bords du Don et du Boristhène , aurait été envahie par d'autres peuples ?
Rechercher si les Toltecas , qui s'établirent au Mexique , étaient originaires d'Asie , c'est delnander si tous les Américains descendent du haut plateau du Thibet ou de la Sibérie orientale. M. de Guignes a prouvé , par les Annales des Chinois , que cette nation visitait l'Amérique depuis 4^8. Hom, dans son ingénieux traité de OriginUfus Américains, publié eçi 1699; M. Scherer, dans ses recherches historiques sur le Nouveau-Monde , et d'autres écrivains plus modernes , ont rendu très-vraisemblable l'existence d'anciennes relations«ntre l'Asie et l'Ame-
DE l'hISTOIAE du MEXIQUE. 5
riqoe. Les ToUecas et les Aztecas ne pourraient-' ils pas être' une portion de ces Hiongnoux , qui , siÛTant rhistoire de la Chine, émigrèrent avec leur chef, Punon , et se p^dirent au nord de la Sibérie ? Cette nation de pâtres guerriers a changé plus d'une fois la face politique de TAsie orientale. C'iest elle qui , sous le nom de Huns, désola les plus belles régions de l'Europe civilisée. Toutes ces conjectures acquerront plus de probabilité f quand on découvrira une analogie particulière entre le» langues de la Tàrtarie et celles du nouveau continent ; analogie qui , ^elon les dernières recherches de M. Barton Smith , ne s'est vérifiée que dans un petit nombre de mots. Un nouvel embarras nous arrête encore : nous voyons, en Asie, la culture des céréales connue dans les temps les plus reculés , tandis que nous ne trouvons dans le nouveau continent d'autre graminées que le maïs. Cette différence doit nous porter à croire que^ si des tribus asiatiques passèrent en Amérique, elles devaient descendre de quelque peuple nomade tout occupé de la chasse ou du soin des troupeaux (i). Laissant de côté le grand problème del'origine
(i) M. de HumboldtyC. vi.
aiiatiqne d« Toltecu et des AstecM, ooni tiOD> vont que le paya d' Anabnac itùt origiailrement poisMë , plutôt qu'habité , par dei peuplade* indépenduitea, dont les mœuzi reuemblaieiit i celles des hordes les plus féroces. Tool i coup IHW nation dTilisée descend des montagne* dn nord. Son dieu de 1* guerre , appelé Uexitlï ou . Uuitiilopochtli (i) lui avait promis une terre •boudante en or, en argent, en pierreries.
Comptant sur la vérité de cette prophétie , la nation tout entière se' mit en marche , précédée de l'image de sa diTinité, enfermée dans une ■rdie précieuse et pistée sur les épaalci des prêtres ; l'Idole réglait les mouvemeos de la multitude, et indiquait le chemin qu'il fallait prendre. On n'osait asseoir ni lever le camp sans son aveu. Placée diaque stûr sur un piédestal , elle rendait des oracles que les prêtre* interprétaient à leurmanière,etqui jetaientl'es* poir ou l'eflroi dans l'espritjde cette foule c^ dale.
Après avoir erré cinquante-six ans , ils s'ar-
(i)Huilzilin ii^iSe mlibrî, nxopethtU, gauche, *pirce qu'on représe niait ce dieu avec des pliunes de colibri sous le pied gauche.
BX l'hISTOIRB du MEXIQUE. 7
rétèrent dans la yallée de Tenochtitlan , qu'ils abandonnèrent bientôt pour la position de Zumpanco , et ensuite pour le yersant méridional des montagnes deTapeyacac, où s'élève aujourd'hui le magnifique temple de Notre-Damede-la-Guadeloupe. £n ia4^ > ils arrivèrent à X345. Chapoltepec ; mais inquiétéspar les petits princes de Taltocan,quelesécrivains espagnols gratifient libéralement du titre de monarque , ils se réfugièrent, pourconserver leur indépendance, dans un archipel appelé AcocolcOysitué à l'extrémité méridionale du lac de Tezcuco. Ss y vécurent Tespace d'un demi-siècle , dans la plus affreuse misère, forcés de se nourrir de plantes aquatiques , d'ins^tes et de la chair d'un reptile nommé axoloth. Cette courageuse résignation n'dbtint pas la récompense qu'elle méritait.
Soumis par les caciques de Tezcuco et d' Acolhuacan , les Mexicains se virent contraints de quitter leurs . habitations , construites au milien des eaux , et de se réfugier à Tizapan , dans la terre ferme. Mais les services qu'ils rendirent à leurs maîtres, dans une guerre contre les peuples de Tochimilco , les conduisirent de nouveau à la liberté. Us se fixèrent alors à Acatzitzintlan, qu'ils appelèrent Mexicalzingo ,
du nom de leur diea de la guerre. Une antique tradition annoaçait comme terme de leur eourse le lieu où ils aperceTraient un aigle perthë aur un nopal (i) , dont les racines se fesaient jour au travers des crevasses d'un rocher. Ce phénomène ajant frappé leurs regards dans un des Slals qui s'élevaient au N.-E. de la iMjlline de Chapottepec , dans la partie occidentale du lac de Tezcuco , ils y fondèrent le leocolli ou teopan , depuis appelé le grand ]3>S. temple deMexiili.
' Ce temple , autour duquel fat bitie la uoa- Telle cité de Tenucbtitliui , ainsi nommée de Tenochques , autre dcsIgnatioD de la race mexicaine, était de bois, comme le temple le plus ancien de la Grèce, celai d'Apollon k Delphes, ai bien dc'cril par Pausanias, La ville, depuis connue sous le nom de Mexico , devint bientôt la plus considérable du nouveau monde. Le peuple qui l'habitait, fut d'abord, comme le» aulreo tribus de l'Amérique, sans rois, gonvèmé durant la paix et conduit pendant la guerre par ceux que leur sagesse et leur valeur faisaienlrespecieriiaaisoemme il arrive partout
(i) Ou Cguicr à cochenille.
DM I.'hISTOI&S du MEXIQUE. 9
OÙ la paûsanoe et le territoire s'étendent, la tapréme antcHÎté tomba entre les mains d*nn seul homme. Un vieillard fbt chargé de Finstaller. En le plaçant sor le trône, il fit un discours touchant et instructif sur les devoirs de laroTanté; et cet usage , qui n'était pas une simple formule, a toujours subsisté chez les
Ce premier monarque ne fut pas dévoré de ruaonr des conquêtes. U se contenta de défeadre ws sujets des entreprises de leurs voisins. Pfais jaloux de leur bonheur que d'une gloire qu'il eût acquise au prix de leur sang , il oonsacra les quarante années de son règne à cmbdlir leur séjour, k perfectionner leurs loisy à hâter la mardie de leur civilisatiAu II laissa de nombreux enfans , et ne voulut pas se choisir parmi eux un successeur. > Ce droit, disait-il, appartient à la nation. Vouloir lui doimer un souverain , c'est la priver de sa fibcTté naturelle (i) >. Ia nation reconnaissante éleva sur le trône de SCS fib, qui se montra le digne héritier
(1) ITAcosta , hisL Glavig, Hatoria di Mcê* âieo, Aoqoetil.
lO BESUMB
des vertus de son père. Voyant ses états menacés parle cacique de Tezcuco» le plus implacable et le plus dangereux ennemi des Mexicains, il résolut, en épousant sa fille, de détour* ner l'orage qui les menaçait : Talliance des deux souverains fut le gage de la tranquillité des deux peuples.
Le troisième monarque de Tenochtitlan s'appliqua à consolider la paix, qui lui avait été léguée par ses prédécesseurs. Son règne ne fat 'pas moins heureux ; mais , après lui , vint un guerrier turbulent et ajnbitieux, qui soumit les nations voisines , et lit cruellement sentir à la sienne les inconvéniens que pouvait entraîner le droit d'élection entre les mains du corps entier de la noblesse. Aussi fut-il décidé que le choix du sou-veraiu appartiendrait désormais à six électeurs seulement , à deux rois voisins et tributaires , et à quatre princes du sang.
Cette loi ne produisit pas les fruits qu'on en attendait. Le nouveau roi, nommé Montézuma»
ou plutôt Moteuczoma i*' établit, il est vrai , des tribunaux et des censeurs chargés de surveiller les mœurs de son peuple , mais luimême fut un tyran hautain, cruel, soupçon-
DB I<*HlSTOfRE DU MEXIQUX. Il
neiix, traitant la nation ayec airrogance, la minant par ses exactions , enlevant les enfans à leurs mères pour faire des filles ses conçu* bines et pour sacrifier les garçons sur Tautel des dieux. Cette dernière coutume n'était pas ■an reste nouTcUe chez les Mexicains; mais jusqu'alors les prisonniers de guerre avaient été presque les seuls qu'on eût immolés. A Montézuma i^' appartient la gloire d'avoir dicrdié des /victimes parmi ses propres sujets.
AhmtEoh, huitième roi du Mexique » eip- i486. pleura ses trésors à accroître sa capitale, à -«Dcourager l'industrie, à rendre ses peuples benreux. A la place du temple de. bois dont BOUS avons parlé, il en fit construire un de pwrre, qui, plus tard, excita la surprise et l^dmiretkm des conquérausu C'était un monument pyramidal de 3y mètres de haut, situé > an milieu d'une vaste enceinte de murs. On y remarquait cinq grandes rangées de pierres , comme dans plusieurs pyramides de Sakharah , et principalement dans celle de Meidoum. H 4tait parfaitement orienté , comme tous ceux d^gypte et d'Asie. Sa base avait gy mètres ; va de loin, il formait un énorme culte, sur lequel s'élevaient de petits autels surmontés de
ta RESUMA
dômes de boîs. Ces dômes étalent à 54 mètre t du^ sol.. Il est aisé de Toir, par ces indications, combien le teocalli de Tenochtitlan avait d*a<nalogie avec Tantique monument de Babylone p que Strabon appelle le mausolée de Belos ^ et qui était simplement une pyramide dédiée à Jupiter Belus. Ni Tun ni Tautre .n'étaient des temples dans l'acception que nous donnons à ce mot , d'après les idées qui nous ont été transmises par les Grecs et les Romains. Tous les édifices consacrés aux divinités mexicaines formarient des pyramides tronquées. Cette opinion est confirmée par les grands monu»
mens de Teotihuacan, de Cholula, et de Papentla, qui se sont conservés jusqu'à nos jours, et qui indiquent ce que furent les temples moins considérables de Tenochtitlan et de Tezcuco. Au haut des teocallis , étaient placés des autels abrités, comme dans les masses pyramidales dont les vestiges se rencontraient autrefois jusques dans l'Arcadie. Le mausolée conique de Caliste , dont parle Pausanias , était couvert d'arbres , et servait de base à un petit temple de Diane. On ignore quels matériaux avaient été employés à la construction du teocalli de Tenochtitlan. Autour de la cathédrale
DB/ L*HISTOIllB DU MEXIQUE. l3
qui a été bâtie sur ses ruines, on a trouvé des pierres sculptées enfouies à plus de lo mètres de profondeur. Peu de nations ont remué d'aussi lourdes masses que les Mexicains. La pierre du <;alendrier et celle des sacrifices qu'on voit sur la grande place, ont 8 à lo mètres cubes. La statue colossale de la déesse Teoyaomiqui qui est enterrée sous un des vestibules de l'Uni versîté f a deux mètres de haut et trois de large. Cependant il y a tout lieu de croire que l'extérieor de la pyramide tronquée était d'argile revêtue d'une pierre spongieuse et légère , puisqa'après la reddition de la place , il n'a fallu ni beaucoup de temps , ni de grands travaux pour U foire disparaître. D y a sans doute aussi de l'exagération dans la description qu'en ont . iîdte les auteurs espagnols , et ce teocalli ne méritât pas certainement les éloges qu'ils lui ont donnés , mais sa forme pyramidale et sa grande r esse mblance avec les anciens monumens de FAsie méritent de fixer notre attention, (i).
Une autre construction , qui fit plus d'honneor à Abnitzolt , pai*ce qu'elle fut plus utile k son peuple , est celle d'un aqueduc, depuis
(i) Hmiboldt, L. lu.
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Coyohuacan jusqu'à Tenochtitlan. Placés sur deux lacs, Tud salé, Tautre -bourbeux et saumâtre , réduits à Teau de puits , imprégnée de ces luauyaises qualités , les Mexicains étaient obligés d'aller chercher des eaux potables au dehors de leur territoire, Pour obvier à ces inconvéiiiens f le monarque généreux rapprocha, pour ainsi dire , des sources qui se trouvaient éloignées. Il fit percer des montagnes , exhausser des vallées , cacher des conduits dans le fljinc des chaussées, et fit voir, aux habitans étonnés, des rivières entières d'eaux salubres , coulant dans leur ville.
Les écrivains espagnols ont commis une grave erreur, en nous dépeignant ces premiers monarques du Mexique comme des despotes , n'ayant d'autres lois que leur volonté suprême. Nous découvrons , dans une foule de faits, des traces de réglemeiis et de coutumes faites pour circonscrire le pouvoir de la couronne. A chaque pas , nous rencontrons la noblesse mexicaine, opposant ses droits et ses privilèges y comme autant de barrières à l'usurpation des souverains. Ce corps formait le premier ordre de l'état; ses membres étalent en grand nombre; il y en avait trente du premier rang, ayant cha-
DX l'histoire du MEXIQUE. l5
cun y dans sa juridiction et soussadé[>endance, enYiron cent mille citoyens , parmi lesauôls trob cents nobles d'une classe inpF'iieure. Le territoire dépendant des chefs de Tezturo et de Tacuba égalait presque, en étendue, le district particulier du monarque. Cliacrm exerçait sur ses yassaux une autorité absolue ; il leor imposait même des taxes, selon son bon plaisir; mais plusieurs en même temp.s payaient tribut à rempereur,comnie à leur seigneur suzerain ; et tous , au ^T( mier sfgual de guerre , devaient suivre son étendard , et lui amener on nombre d'hommes jîroj^ortionné à Tétendue de leurs domaines.
Tous les nobles étaient décorés de titres d'honneur partîcuiieis , dont quelques «nns passaient du père au fils comme les terres , tandis que d'autres étaient attachés à certaines fonctions, ou cour.^rés à vie comme distinctions personnelles. La plus grande paitie du peuple deTenochtitian vivait dans un état fort abject. Les Majrèques , qui en formaient une portion considérable > étaient de vérita'oles instrumens de culture , attachés à la glèbe. Ils ne pouvaient dianger de résidence sans la permUsion de leur seigneur , et passaient d'un propriétaire à'
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un autre , avec le» terres sur lesquelles ils se ' trouvaient. D'autres Mexicains étaient réduits à Tétat plus humiliant encore de la serrîtude domestique, et exposés à^tdutes ses rigueurs; on pouvait les tuer, sans encourir aucune peine. Les hommes lihres eux «mêmes se voyaient sans cesse exposés à l'arrogance des nohies , qui les regardaient comme des êtres d'une nature inférieure ; il ne leur était pas permis de porter les mêmes vêtemens qu'eux ^ ni d'habiter des maisons semblables aux leurs ; ils ne les approchaient jamais qu'avec les marques du plus profond respect; en présence du souverain , ils se tenaient les yeux baissés et n'osaient le regarder en face. Les seigneurs euxmêmes si jaloux de leurs droits et si disposés à les défendre, n'étaient admis à son audience que pieds nuds , avec des habits fort simples , dans une posture si humble qu'elle allait presque jusqu'à l'adoration. Ces hommages des inférieurs aux supérieurs étaient réglés avec une étiquette si pointilleuse et si exacte, qu'elle avait influé sur le génie de la langue , et s'était , pour ainsi dire , incorporée avec elle. Cette langue abondait en formules de respect et d'humilité. Les tournures de phrases
employées entre les individus des basses classes aoraient été des insultes dans la bouche d*un honune du peuple s'adressant à une personne d'un rang élevé ; en ajoutant à un mot , la syllabe zin ou azin , il devenait une expres»on respectueuse dans la bouche d'un subordonné. Lorsqu'avec son égal on Toolait se servir du mot père^ on disait ro/r, mais un inférieur disait talezin. Un prêtre parlant à un autre prêtre Tappelait téopiaque ; un majrèque l'eut appelé téopixcatzin. Les verbes enX'mémes étaient soumis à ce creuset de politesse; et de leur terminaison dépendait le plus on moins d'égards qu'on voulait exprimer (i).
On trouve dans cette esquisse les principaux traits du gouvernement féodal dans sa plus excessive rigueur ; son esprit et ses principes produisirent, dans le nouveau monde,v]es mêmes effets que dans l'ancien. L'autorité des souveverains fîit extrêmement limitée ; le pouvoir réel demeura entre les mains des nobles qui en abusèrent trop souvent. C'était une loi fondamentale de l'état , que le roi ne pouvait décider
(i) Aldama, gram. Mes — Robertson^ hitt.
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au'cane affaire importante sains rapprobation du conseil ' de la première noblesse (i). Il ne pouvait ni déclarer la guerre, ni disposer d'une trop grande partie du trésorpublic, dont la destination était réglée. La monarchie était électire; le droit d'élection appartenait , comme nous rayons dit. , ou à la totalité , ou à une portion du corps de la noblesse : le choix tombait ordinairement sur un des membres de la famille du dernier roi ; mais on avait plus d'égard à la force de l'âge qu'à l'ordre de la naissance, et au mérite qu'au degré de parenté. C'est à cet usage peut-être que les Mexicains sont rede* vables des rapides progrès de leur ciyilisa-» tion^
Montézunia ou Moteuczoma ii , succéda au
sage Ahuitzolt; mais bien différent de lui, il aétruisit l'ancienne constitution de l'empire ; et introduisit à la place un despotisme encore plus rigoureux. Les lois furent méprisées , les privilèges violés , les peuples réduits au plus honteux esclavage. Tant que l'autorité souve-* raine avait été limitée, elle avait été exercéa sans ostentation. Lorsqu'elle s'étendit , s^
(a) Herrera , dccad.
DB Z. HISTOIRE DU MEXIQUE. jg
magnificence s'accrut ; la nombreuse suite de Montézurna, l'ordre^Ie silence, le respect dont il était environné y la vaste «tendue de ses pa» lais et de ceux de ses principaux officiers, le faste qu'il étalait aux yeux de la nation opprimée , semblaient appartenir plutôt à un potentat de la vieille Asie , ^u'au chef d'un état de la naissante Amérique.
On a beaucoup parlé de l'immense superficie de son empire ; et cependant il est prouvé aujourd'hui que ses limites siu* la côte orientale étaient les fleuves de Huasacualco et de Tuspan , et sur la côte occidentale , l^s confins de Soconusco et le port de 2^catula. Une grande partie des montagnes était occupée par les Otomiés , nation féroce , formée des débris des premiers habitans de la contrée. Les pro- TÎnces du nord et de l'ouest étaient possédées par les Chichimecas et d'autres peuplades de chasseurs. Toutes ces nations ne reconnaissaient point le sultan de Tenochtitlan. Dans la plaine ^e-méme , ainsi qu'au milieu de ses états , plusieurs villes , plusieurs provinces n'avaient jamais subi le joug. Tlascala, située à vingt-une )ienes de cette capitale, était une république indépendante et ennemie. Cbolula^ quoique plus
Tuisine , ne fut soumise que peu detempi aTSDl l'arriïée des Espagnols. Tepeaca , éloigné il trente lieues de Mexico, était un état séparé . gouverné par ses propres lois. Mecboacan.
enfin , dont les frontières n'étaient tfa'k qatt ■ rante lienes, Torroait un ro^^aume puiisant , ei célèbre par son implacable inimitié pour lei Mexicains. Ces peuplades ennemies circonscrivaieut l'empire, dont elles menaçaient sanscesH
L'ancienne cité de Tenochiitlan ou Mexico , était située dans une grande plaine enviroiuié< de montagnes ^sez hautes pour que son climal fût doux et sain , quoique sous la zàne torride. Toutes les eaux qui descendaient desbi &e rassemblaient dans différens lacs c< quant les uns a«ec les autres. Sur quelques îles jetées dans cette petite mer, s'élevait la capitale ornée d^ ne multitude de teocallis, semblables ï des minarets , environnée d'une verdure éternelle, et recevant à chaque heure daus ses rtie* des milliers de barques qui venaient y apporter l'abondance et la joie. On y arrivait par dei chaussées de pierre et de terre, d'envîrOD trente pieds de large. Comme les eaux inondaient la plaine dans la saison des plaies, ces chatu-
sées s'étendaient fort loin. Celle de Tlacopan ( Tacuba ) était d'un mille et demi » celle de Tepejacac (Guadeloupe) , de trois milles , celle d*Iztapalapan, de six mille. Â chaque chaussée , 3 y avait des ouvertures de distance en distance, par lesquelles les eaux passaient d'un côté à l'antre; et sur ces ouTertures , des madriers couTerts de terre , qui servaient de ponts. La construction de la ville n'était pas moins remarquable. Dans aucune autre partie de l'Amérique , on ne voyait un aussi grand nombre de temple^, et de palais. Mais les demeures du peuple, généralement malpropres, ressemblaient aux huttes des autres Indiens ; elles étaient basses , étroites , construites avec de la terre et desbranches d'arbres, n'ayîint d'antres meubles que quelques vases de terre. Comme chez les sauvages , plusieurs familles habitaient sous le même toit, sans appartemens séparés. Cependant ces cabanes étaient alignées avec art dans des rues spacieuses et larges , baignées par des misseaux, traversés par des ponts, ornées de trotoirs pour la commodité des passans. On voyait dans la ville plusieurs places immenses, entr'autres celle du marché, qui pouvait contenir qua« rante à cinquante mille hommes, L^es Ëspa-'
aa ' RSSUMX
gnols ne ^'accordent pas sur la population de Tenochtitlan. Peu accoutumés à cette so|te de calculs , et exagérant toujours pour exalter le mérite de leurs conquêtes, ils l'ont portée depuk soixante mille jusqu'à un million cinq cent mille âmes : nous ne croypns pas commettre une erreur , en la supposant trois fois plus grande au moins que celle de la ville actuelle.
Lorsque Ton compare le Mexique et le Pérou avec les autres parties de rAmériqi^e , on est tenté de regarder ces deux empires comme des états parvenus à un haut degré de civilisation. Au lieu de petites tribus indépendantes, toujoure en guerre , tirant leur subsistance des bois et des marais , étrangères aux lois et à l'industrie , sans subordination , sans gouvernement régulier , nous trouvons , au Mexique , des nations nombreuses , soumises à un seul souverain et rassemblées dans des villes , une législation occupée de la subsistance et de la sûreté des citoyens, une religion établie , l'empire des lois reconnu , et un petit nombre d'arts cultivés avec plus ou moins de bonheur.
L'ordre et la régularité régnaient dans la > police intérieure; le roi exerçait sur ses vassaux immédiats une juridiction entière, civile et
DK I.*HIStblRS DU MEXIQUE. a3
«Rimmel ie; cfaaqae département ayait ses juges, dont la religion était incorruptible. On subyeaait à la dépense publique par des taxes sur les terres , sur les richesses , sur les den-' rées exposées dans les marchés publics. Ces droits, quoique considérables, n'étaient pas a^itraires; ils étaient fixées sur des bases sagement calculées. L*nsage de la monnaie étant inconnu dans ce pays de For et de Par* gent , les impôts se payaient en nature ; ils étaient déposés dans des greniers publics , d'où Fempereur les retirait pour alimenter sa nombreuse suite durant la paix , et pour entretenir ses armées pendant la guerre. Le petit peuple, qui ne possédait ni terre ni commerce , payait sa part en traTaux.
Le droit de propriété , inconnu ou borné diez la plupart des sauvages , était établi chez les Mexicains. H y avait profniété foncière et usufruitière, territoriale et mobilière. Les mies et les autres se transmettaient par échange , Tente on succession ; tout homme libre avait une propriété en terre , dont il devait hommage à son seigneur. La possession en' était quelquefois pleine et entière, transmis- ■Ue par héritage , qodqnefois attachée à
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un office et se ()erdant avec lui. A certains districts était concédée une certaine étendue de terre , proportionnée au nombre de familles. Ces terres étaient cultivées par toute la commu* nauté. On en portait le produit dans un magasin, et on l'y partageait entre les familles, suivant letu^ besoins respectifs. Aucun membre de cette espèce de communauté , nommée calpuUée , mot indien synonime d'association , ne pouvait aliéner sa portion de territoire ; elle restait indivisiblement attachée à l'entretien de sa famille. Ce partage du sol intéressait chaque individu au bien général , et liait son bonheur à la prospérité publique (i).
L'agriculture était très-bornée. Quelques légumes , le maïs , le cacao , voilà à quels produits elle se réduisait. L'imperfection de ce grand art tenait à plusieurs causes : au penchant du peuple à l'oisiveté , à la défectuosité des instrumens aratoires et au manque d'animaux domestiques. Les poules d'Inde , les canards , les lapins , et une espèce de petits chiens , étaient les seuls qu'ils connussent.
A une époque où la poste n'était pas encore
(i) Herrera, decad. Torquemada, mond. iod.
DB l'hISTOIAB du MEXIQUE. a5
en usage dans la vieille Europe, un peuple sortant de la barbarie avait établi des cour* rîers ]^|iblics , disposés par relais , pour faire passer les nouvelles d'une partie de l'empire à l'autre. Un certain nombre d'hommes étaient employés régulièrement à nétoyer les mes , à les éclairer par des feux allumés à d'égales distances , et à y faire la garde pendant la nuit.
Les efforts d'une nation nouvelle excitent DOtre admiration , quand nous comparons les obstacles qu'elle a eu à surmonter avec la faiblesse de ses moyens. Les Mexicains connaissaient peu l'usage des métaux; et cependant ils avaient des maçons, des tisserands, des orfèvres , des peintres, qui, après un long apprentissage , et par un effet de cette patience naturelle aux Américains, produisaient , avec de grossiers outils , dès ouvrages peu remarquables , il est vrai , si on les compare aux chefs-d'œuvre de notre industrie, mais bien supérieurs aux informes essais des nations sauvages découvertes jusqu'alors. Leurs bijoux en or et en argent , beaucoup trop vantés par les conquérans, ne sont que des représentations informes d'objets communs, et de £1-
a6 HÉ^UMé
gures dliommes et d'animaux, sané vérité et sans grâce. Leurs peintures n'offrent pas plus d'intérêt en elles-mêmes; et le style égyptien le plus sec et le plus roide a encore plus d'élégance : mais elles excitent à juste titre la curiosité .du philosophe , quand il les considère comme le dépôt des annales du pays, les monumens de ses lois , le souyenir de fies prin** cipales révolutions. On y trouve les événemens d'un règne depuis Tavénement d'un monarque jusqu'à sa mort , les progrès d'un enfant depuis sa naissance jusqu'à l'âge viril. La marche des arts est lente et progressive. La peinture con^ duit insensiblement à l'hiéroglyphe, au symbole allégorique , à des signes arbitraires, à un alphabet qui peint le discours. Les tableaux mexicains indiquent que l'esprit n'agit pas différemment.^ La partie y représente le tout ; les villes conquises y sont reproduites sous la forme d'une maison; et pour les distinguer entre elles, divers emblèmes sont assez adroitement employés. On n'y voit qu'une seule, tentativç pour retracer des objets privés d*une forme sensible , c'est dans la désignation des nombres. Ils avaient inventé pour cela des signes de pure convention , à l'aide desquek
ils Comptaient les aimées du règne de leur monarque • et les sommes payées au trésor public Un cercle représentait Tunité. On le répétait pour exprimer les petits nombres. Des marques particulières désignaient les nombres plus élevés , depuis vingt jusqu'à buit mille. La courte durée de l'empire du Mexique ne leur a pas permis d'avancer plus loin dan^ cette route, qui conduit l'homme, de la peinture lajiorieuse et compliquée des objets réels, à l'admirable simplicité de l'écriture alphabétique (i). Les Mexicains divisaient l'année en dix-huit mois chacun de vingt jours , formant un en* - semble de trois cent soixante jours ; mais ayant observa que le soleil ne fesait pas sa révolution tout entière dans cette période, ils avaient ajouté à ledr calendrier cinq jours , qu'ils employaient uniquement à se réjouir. Tons les travaux cessaient , le commerce était iùterrompn, la justice suspendue , Ift reUgion elle» même oubliée. On ne songeait qu'au plaisir.
Le commencement ds l'année était fixé au premier jour du printemps. Il eût peut-être é^ mieux placé en automne (3).
(1) Hcrrera , dec. Robertson , hist»
{2) Solis , hist. Anquetil , précis,
a8 RÉsuMè ^
Suivant une ancienne tradition mexicaine, au bout de chaque cinquante-deuxième année, Je monde était en grand danger de périr; ils disaient adieu au soleil en sanglotant , se disiL posaient à mourir sans faiblesse , brisaient leurs
meubles comme désormais inutiles, éteignaient leurs feux, et couraient toute la nuit comme des frénétiques; mais aux premiers rayons du crépuscule , voyant que rien n*était changé autour d'eux , ils commençaient à respirer , le visage tourné vers l'orient. Enfin le soleil s'élançait dans la voûte céleste, et dès lors leur joie ne connaissait plus de bornes ; l'air retentissait du bruit des instrumens , on chantait des hymnes, on se félicitait d'avoir échappé à un si grand danger, on courait acheter de nouveaux meubles , on se précipitait dans les temples pour remercier les dieux.
La religion , qui n'occupe pas une grande plabe dans la tête d'un sauvage qui n'a pas, une idée fort claire d'une puissance suprême, et dont les rites sont simples et peu nombreux , était chez les Mexicains établie et consolidée par un système régulier. Elle avait ses temples , ses prêtres, ses victimes et ses fêtes. L'extraragance de la plupart de leurs cérémonies
DB I.*HISXOimK DU XEXIQVE. SQ
ne pcnt semr aarçamaO. oootre leur cmfisaAÎoii. Les natioos les |diis crnliiccs ne oanaanrcot'-dles pas des sTstèmes de sopentîtîoo entés sur les absurdes traditions de lean fondateurs ? An mîlicn de lems craantés et de leurs indécences, ib reconnaissaient on dien créateur y conservateur et lûenÊûsant. La Ung n e mencame n'avait point de tenues pour exprimer ce sonrerain maître de tontes cboses; et le peuple mo nt r ait qnH croya it à son exislevant les yeux an cîd avec Ténéraaoooidassent tout pouvoir à être tupi é ui e , 3s ne concevaient pas qo^ putétre partout; mais ils croyaient que, pour Funivcrs, il avait sous fan des divisubahemesy qui se manifestaient aux f quand ils en avaient besoin. Après oe An puissant et ses adjoints, ils adoraient le awlfil, la famé, Fétoile du matin et la mer.' HuJtTÎlopocJitii était le plus §rand génie visible: c'ctuit le protecteur étemel de l'enqûre et Feffirai de ses ennemis; fl portait des dards à la pour signifier quH punissait les mé- ; aoi^trôiie était incrusté de crânes et d*iififii m humains, emMèmcs de ion autorité ■v la haûae et sur la peste. •
3o RÉSUMÉ
Comme ou le yoit^ la superstitioD, dans le culte Mexicain, se montrait sous un aq>ect «ombra et terrible. Les divinités étaimit environnées d'épouvante et armées de vengeance ; on les représentait sous- les formes les plus propres à inspirer Thorreur. Les temples étaient décorés de figures de seipens et de tigres ; ■la crainte remplaçait la dévotion; les jeûnes, les mortifications , les souffrances poussées aux excès les plus atroces , étaient les moyens. le plus fréquemment employés pour appaiser la colère des dieux; rarement on approchait leurs autels sans les teindre de sang; de toutes les of&andesy les sacrifices humains leur parais* saient être les plus agréables à la divinité. Une pareille religion dévouait à une mort cruelle tous les prisonniers de guerre ; ils étaient im» molé« solennellement: plonger le couteau sacré dans le sein des victimes , arracher le cœur des entrailles palpitantes , l'offrir tout fumant k \% dole f en expiimer le sang noir sur elle , tel était le privilège honorable du grand prêtre et quelquefois de sa famille. Le cœur et la tête des vic<r times appartenaient aux dieux; le guerrier qui s'était emparé du prisonnier, emportait le corps poyr s'eo repaître avec ses enfans et ses amis.
DX I.*HISTOIBK BU MEXIQUE. 3l
Le mariage avait un rite public. Le prêtre interrogeait les futurs époux sur leurs inclinations réciproques , lenr/aisait une exhortation paternelle^ et nouait un coin du voile de la femme avec le vêtement de l'homme, symbole de l'union qu'ils contractaient. H les accompagnait ensuite dans leur cabane, leur £ûsait faire à sa suite sept f(Ms le tour du foyer domestique, et s'asseyait avec eux à sa douce chaleur. U y acvait des dépôts publics , pour recevoir et conserver les stipulations. Le divorce dépendait de U volonté des deux époux ; le mari se chargeait des garçons, et la femme des filles ; il leur éîaàt défendu , sous peine de mort, de se re* joindre, quand ils s'étaient quittés.
Le nouveau né était porté au temple avec beaucoup de solennité » et placé sur l'auteL Le prêtre £ûsait un discours sur les misères de la vie ; si l'estant était mâle , on lui mettait dans la main une épée ou un ustensile mécanique, selon la profession du père ; les filles recevaient tontes, sansdistinction, une espèce de quenouille et de fuseau ; après quoi, on tirait , avec des épines, du sang des parties secrètes du nouveau né, quel que fut son sexe ; et on le plongeait dans reau,en prononçant des paroles magiques.
DX l'hISTOIBE du MEXIQUE. 3l
Le mariage avait un rite public. Le prêtre interrogeait les futurs époux sur leurs inclinations récipro<{ue8 , lenr/aisait une exhortation paternelle, et nouait un coin du'voile de la femme avec le vêtement de l'homme , symbole de l'union qu'ils contractaient. Il les accompagnait ensuite dans leur cabane, leur faisait faire à sa suite sept fois le tour du foyer domesti^e, et s'asseyait avec eux à sa douce chaleur. U y avait des dépôts publics, pour recevoir et conferrer les stipulations. Le divorce dépendait de la volonté des deux époux ; le mari se chargeait des garçons, et la femme des filles ; il leur était défendu , sous peine de mort, de se re* joindre, quand ils s'étaient quittés.
Le nouveau né était porté au temple avec beaucoup de solennité y et plaoé sur l'autel. Le pirécre faisait un discours sur les misères de la ▼îe; si l'eojPant était mâle, on lui mettait dans la main une épée ou un ustensile mécanique, félon la profession du père ; les filles recevaient toutes, sansdistinction, une espèce de quenouille et de fuseau ; après quoi, on tirait , avec des épines, du sang des parties secrètes du nouveau né, quel que fût son sexe ; et on le plongeait dans reau,en prononçant des paroles magiques.
tre les sortilèges et les maladies, l'arrosait d*eaii lustrale et lui mettait sur les épaules un man* teau peint de têtes et d'ossemens de morts , pour lui rappeler que , comme les autres hommes , il était sujet au trépas. Le nouveau monarque jurait de maintenir la religion et les lois de ses ancêtres, de conserrer au peuple ses droits, et à la noblesse ses privilèges. Il promettait enfin que, durant son régne, les pluies tomberaient lorsqu'elles seraient nécessaires , et qu'il n'y aurait ni débordement dans les fleuves , ni stérilîté dans les champs, ni malignes influences dans le soleil : ce qui voulait dire qu'il se conduirait toujours de manière à ne pas attirer ces vengeances célestes sur ses sujets innocens. Montézuma ii possédait de si grandes ridiesses , que non-seulement il pouvait aisément fournir à la dépense et aux^laisirs de sa cour , mais qu'il avait encore presque constamment SOT pied deux on trois armées pour soumettre ses sujets rebelles , et pour couvrir ses frontières. Les soldats étaient, favcurisés par-dessus les autres citoyens. Les emplois militaires attiraient une grande considération à ceux qui en étaient revêtus ; et J'empereur récompensait aveclibé-ralité tout guerrier qui se distinguait danvles
DX l'hISTOIBE du MEXIQUE. 3l
Le mariage avait un rite public. Le prêtre interrogeait les futurs époux sur leurs inclinations réciproques , leur faisait une exhortation paternelle, et nouût un coin du voile de la femme avec le vêtement de l'homme, symbole de Tunion qu'ils contractaient. Il les accompagnait ensiûte dans leur cabane, leur faisait faire à sa suite sept fois le tour du foyer domestique, et s'asseyait avec eux à sa douce chaleur. U y avait des dépôts publics, pour recevoir et conserver les stipulations. Le divorce dépendait de la volonté des deux époux ; le mari se chargeait des garçons, et la femme des filles ; il leur était défendu , sous peine de mort, de se re* joindre, quand ils s'étaient quittés.
Le nouveau né était porté au temple avec beaucoup de solennité y et plaoé sur l'autel. Le prêtre faisait un discours siir les misères de la vie; si l'ea^t était mâle, on lui mettait dans la main une épée ou un ustensile mécanique, selon la profession du père ; les filles recevaient toutes, sansdistinction, une espèce de quenouille et de fuseau ; après quoi, on tirait , avec des épines, du sang des parties secrètes du nouveau né, quel que fut son sexe ; et on le plongeait dans reau,en prononçant des paroles magiques.
DR I.*HISTOTRfi DU MEXIQUE. 35
atroces , bien dignes d'un peuple qui s*abreuyait de sang : le premier s'appelait le prince de la lance mortelle; le second , le poitrfendeur d'hom* mes ; le troisième , le buveur de sang ; le quatrième , enfin , le geôlier de la maison noire,
La jnstice était sommaire ; et , comme ils ne Connaissaient pas récriture ,..les procès ne traînaient pas en longueur. L'accusateur et le coupable comparaissaient à la fois avec lenrs argumens et leurs témoins , et Taffaire se terminait dans une seule séance ; ils n'avaient pas de 1(HS écrites , l'expérience des vieillards en tenait lien. lies crimes étaient punis et Les vertus incompensées avec le même empressement; les attentats qui entraînaient la peine de inort , étaient l'homicide, le vol, l'adultère, et la plus légère atteinte au respect dû à la religion et au monarque; le même châtiment frappait lei ministres qui dilapidaient le trésor public , ou qui opprimaient le peuple.
L'empire possédait tous les moyens de soigner l'éducation des enfans. H y avait des écoles publiques pour les gens du peuple , et des collèges pour les jeunes Mexicains d'une naissance plus relevée. Les maîtres étaient fort respectés ; et souvent on les appelait au minis-
tre les sortilèges et les maladies, Farrosait d*eau lustrale et lui mettait sur les épaules un manteau peint de têtes et d'ossemens de morts , pour lui rappeler que , comme les autres hommes y il était sujet au trépas. Le nouveau monarque jurait de maintenir la religion et les lois de ses ancêtres, de conseryer au peuple ses droits, et à la noblesse ses privilèges. Il promettait enfin que, durant son régne, les pluies tomberaient lorsqu'elles seraient nécessaires , et qu*il n*j aurait ni débordement dans les fleuves , ni stérilité dans les champs, ni malignes influences dans le soleil : ce qui voulait dire qu'il se conduirait toujours de manière à ne pas attirer ces vengeances célestes sur ses sujets innocens. Montézuma ii possédait de si grandes richesses , que non-seulement il pouvait aisément fournir à la dépense et aux^laisirs de sa cour , mais qu'il avait encore presque constamment sur pied deux ou trois armées pour souinettre ses sujets rebelles , et pour couvrir ses frontières. Les soldats étaient favorisés par-dessus les autres citoyens. Les emplois militaires attiraient une grande considération à ceux qui en étaient revêtus ; et l'empereur récompensait avec libéralité tout guerrier qui se distinguait dans^les
DB L*HTSrOI&S DU MSXIQUK. ^y
dtns leur constmctkm il n'y «Tait oi solidité , oi âégance. Lliabiution de llioiiifne du pêliple ne ponrait être élevée iRhdessiift do rez-decfaaiiaaée , ni «tcht dea fenêtres. L'intérieur était rerétn de nattes et éclairé par des torches de bots de sapin , bien que la cire et llioile ne faaifnt pas nies. Quelques bottes de paille et des ooavertnres de coton formaient le Kt da propriétaire et de sa Camille. Pour sièges , on n'avait que de petits sacs pleins de feuilles de palmier ; mais l'usage voulait que de préférence on s'assit k terre , surtout pour manger.« La nonrritraVy où la viande entrait rarement , était peu variée et peu délicate ; la plus ordinaire était le maïs en pâte , on préparé avec divers assaisonnemens ; on y joignait des herbes qui n'étaient pas trop dures et qui n'avaient pas de mauvaise odeur. Leur meilleur breuvage était le cacao délayé dans l'eau chaude et assaîaooné de miel et de piment. Quant aux liqueurs fortes, elles étaient si rigoureusement défendues, que , pour en boire , il fallait la permission du gouvernement. On ne l'accordait qu'aux vieillards et aux malades ; seulement à l'époque des scrfennités et dans les travaux d'utilité publique , chacun Ai obtenait une mesure propor-
DR I.*HISTOT&E DU MEXXQVJL, 3S
atroces , bien dignes d'un peuple qui s*abreuyait de sang : le premier s'appelait ie prince de la lance mortelle; le second , le pourfendeur d'hom* mes ; le troisième , le buveur de sang ; le qua* trième , enfin , le geôlier de la maison noire,
La jnstice était sommaire ; et , comme ils ne Connaissaient pas l'écriture , ..les procès ne traînaient pas en longueur. L'accusateur et le coupable comparaissaient à la fois avec leurs argumens et leurs témoins , et l'affaire se terminait dans une seule séance; ils n'avaient pas de lois écrites , l'expérience des vieillards en tenait lieu. I<es crimes étaient punis et Les vertus récompensées avec le même empressement; les attentats qui entraînaient la peine de inort , étaient l'homicide, le vol, l'adultère, et la plus légère atteinte au respect dû à la religion et au monarque; le même châtiment frappait les ministres qui dilapidaient le trésor public , ou qui opprimaient le peuple.
L'empire possédait tous les moyens de soigner l'éducation des enfans. H y avait des écoles publiques pour les gens du peuple , et des collèges pour les jeunes Mexicains d'une naissance plus relevée. Les maîtres étaient fort respectés ; et souvent on les appelait au minis-
DK l'histoiiui dit xextque. 3^
UVRE n.
iéMmmm. — Jt-vA
dOr Mermmmd Cartes^ sts fatOÊMi
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Fnmdmpnm de ht V9n^4>ms. — *€mntakrûUs€s r. — Jf aaeaim et Ckelmlm, — DepiU MomtéaÊmÊew^UreeokiesEspt^mtit
Mi emfitmte,
Yin^-tix ans •'ctuent coonlés depuis que ColoMb crah coadwit le» E u r o pé e ns dia» le NooTcso-lIoode. Ce temps a^ah été wêb à profit par les Fjpagnols. Qa les aTah tos
lacomiaitre teiites les Antues^ le longdelacèleoneaitale deFAmérique, depaîs la livière de la Plata josipt^aa pjSâe do Mexique» et s'aHSicr que le continent s'étendait sans intcnrnptîan de ce cAté; décim*
4o BSdUMé
Tlir la vaste mer du Sud , qui promettait la réaluation de tant d'espérances , enfin, porter leurs investigations jusques sur les plages désertes de la FUride. S'Hs n'avaient pas poussé leurs courses plus loin vers le nord , d'autres nations s'étaient chargées de ce soin. Les Anglais avaient visité l'Amérique septentrionale, depuis le Labrador jusqu'au golfe du Mexique ; et les Portugais , en cherchant à diminuer la distance qui les séparait des Indes orientales , s'étaient jetés dans les mêmes parages et avaient reconnu les mêmes régions. Ainsi Pon avait exploré presque le Nouveau-Monde , depuis son extrémité septentrionale jusqu'au 35" degré au sud de Téqnateur; mais les pays qui s'étendent de là à l'extrémité méridionale de l'Amérique , le grand empire du Pérou , et les vastes domaines soumis au puissant monarque du Mexique , n'avaient païf été encore découverts.
1 5 z I. Diego Vélasqnez, qui s'était rendu maître de Cuba , en conservait le gouvernement, comme député de Diego Colomb , dont il cherchait à secouer l'obéissance. Sous son administration , cette île devint florissante. Comme c'était la plus occidentale de celles que fréquentaient les
DE L*HISTOlRS DU MEXIQUE* 4'
Espagnols, le^ pilotes de cette nation, eu faisant ▼oile Ters Tonest, reconnurent, à peu de dis* tance , one contrée remarquable par son étendue , par sa fertilité et par le commencement de civilisation des^peuples qui Thabitaient. On en aTait'retiré quelques omemens d*or, de peu de valeor il est yrai , mais d'un travail assez soigné , comparativement an degré d*industrie des Indiens. La vue de ces liagatelles réchauffa ramonr des découvertes et les espâances romanesques des aventurio^ castillans. Vélasquez , témoin de ces bonnes dispositions , résolut de les mettre k profiL H arma à ses frais quatre navires dont il donna le commandement à Grijalva , jeune homme de mérite et de courage , en lui enjoignant d'observer les pays , d'essayer des échanges avec les naturels» et de fonder une colonie dans quelque position avantageuse; Deux cent quarante volontaires i5i( se rangèrent sons se& ordres; et, le 8 avril i5i8, l'expédition partit de Saint • lago - de - Cuba, j^vès avoir touché k l'ile de Cozumel et à Pôtocfaan 9 elle aperçut au loin , sur une côte fortétendne et qui semblait délicieuse, d'innomr farables peuplades et des édifices en pierre. JU'admiration grandissant les objets, chacun
4a BEsuui
désignait à «on voisin, des tours, des clo<^ers , des temples et des villes. Un soldat ayant prétendu que cette région ressemblait à la mèrer patrie , ce mot passa de bouche en bouche .
et le nom de NouvelU-EspiMgne (ut donné , d'une Toix unanime , à ces parages inconnus.
Le cabinet de Madrid s'en sert encore àujour^ dliui pour désigner le Mexique.
Arrivée à remboncfanre du Tabasoo^ l'expédîtion reconnut , à la sonde , que les deux plus pe* tits navires seuls pouvaient remonter le fleuve. En conséquence , les gems de guerre s*y embarquèrent y et les deux autres bâtimens furent laissés k Tancre. Grijalva et ses compagnons rompaient avec peine le courant, lorsqu'à peu de distance , ils aperçurent un nombre considérable de pirogues chargées d'Indiens , et , sur le rivage , des bandes inquiètes qui semblaient se préparer au combat. Le chef espagnol ordonna k ses gens de ne faire aucune démonstration hostile. D'un autre côté , la vue de ces étrangers , dont la couleur était si différente , et dont les vétemens paraissaient si extraordinaires , la marche de ces masses qui les por* taient , tout frappait les indigènes d'un étonnement qui les rendait immobiles et silen-
UVRE n.
JLxpédUion de Grijalwa, — Déeomterte dé la Jfou^ veUerMspagne, — Premières noiwêiies de Mon»
téxtuna, — Si^Weun de Ulmmi >-r Mstp^ditiom de Femand Cortez^ sesvfovsèsf -eomhM de Tahmiee; mppûrith/ê'de geûdJaeqËaesj Mantm, — Premuers anibassadeùrt de Montézumà, >— « Fondeffon de la P'era^Cruz. «>-• Cotez brûle ses 'vaisseaatas. — Tlascalm et Chelula, — IkiplU cké de Montézumà. — - // reeoii les £spagneis avec beoMeoup ttégmrds, —' Leur entrée ddms /« eapitaie.
Vingt-six ans s'étaient écoulés depuis que Colomb a^ait coodoit les Européens dans le NouTeau*Monde. Ce temps a^ait été mis à profit par les Eiqfiagnols. On les àyait tus successivement reconnaitre tontes les -Antilles , naviguer le long de la c6te orientale de l'Ame» riqae , depuis la rivière de la Piatà jas«pi'aa golfe du Mexique ^ et s'assurer que le continent s'étendait sans interruption de ce câté; décon*
DE L*HISTOlRS DU MEXIQUE* 4'
Espagnols, le^ pilotes de cette nation, eu faisant ▼oile vers Touest, reconnurent, à peu de dis* tance , une contrée remarquable par son étendue , par sa fertilité et par le commencement de civilisation des^ peuples qui Thabitaient. On en rrait'retiré quelques omemens d'or, de peu de valeiir il est yrai , mais d'un travail assez soigné , comparativement an degré d'industrie des Indiens. La vue de cet liagatelles réchauffa l'amoiir des découvertes et les espérances romanesques des aventurio^ castillans. Vélasquez , témoin de ces bonnes dispositions , résolut de les mettre k profiL H arma à ses frais quatre navires dont il donna le commandement à Grijalva , jeune homme de mérite et de courage , en lui enjoignant d'obserrer les pays , d'essayer des échanges avec les naturels, et de fonder une colonie dans quelque position avantageuse. Deux cent quarante volontaires i5i8. se rangèrent sons ses ordres; et, le 8 avril i5i8, l'expédition partit de Saint • lago -de - Cuba . Après avoir touché k l'ile de Cozumel et à Pôtochan , elle aperçut au loin , sur une côte fortétendne et qui semblait délicieuse, d'innomr farables peuplades et des édifices en pierre. Ij'admiration grandissant les objets, chacun
DE l'uISTOIRJB DU MEXIQUE. 3^
UVRE n.
Expédition de Giijidva^ — Déeoiwefte de la JfeU" veHerKspagne, — Premières noiwêiies de Mon* eézuma, — SiWean de Ubêoti "^ Mxpéditkm de Femand Cortez^ ses . fotoèt i ewrAm de Tahstsco; appe^ion- de tmsià Jacques ^ Marina^ — Premiers anibassadeûrt de Montézumd, *^-^ Fondm^on de la Vera^Cruz.^^Cartezbtûle ses 'vaisseaux, — Tlascala et Ckolula, — Dupli^m cité de Uontétuma, — - // reeoU hs Espagne avec beaueoup dk égards, — Leur entrée dans sa capitale.
Vingt-six ans ft*<étaîent écoules depuis que Colomb ayait conduit les Européens dans le NouYeau*Monde. Ce temps avait été mis à profit par les Espagnols. On les arait tus successivement reconnaître toutes les Antilles , naviguer le long de la o6te orientale de TAmériqne , depuis la rivière de la Platà jns«pi*au golfe du Mexique « et s'assurer que le continent s'étendait sans interruption de ce e6té; décon*
Yrir la vaste mer du Sud , qui promettait la réalisation de tant d*espéraxiees , enfin, porter leurs investigations jusques sur les plages désertes de la FUride. S'ils n'avaient pas poussé leurs courses plus loin vers le nord , d'autres nations s'étaient chargées de ce soin. Les Anglais avaient visité l'Amérique septentrionale , depuis le Labrador jusqu'au golfe du Mexique ; et les Portugais , en cherchant à diminuer la distance qui les séparait des Indes orientales , s'étaient jetés dans les mêmes parages et avaient k'econnu les mêmes régions. Ainsi Fon avait exploré presque le Nouveau-Monde ,, depuis son extrémité septentrionale jusqu'au 35" degré au sud de Téquatenr; mais les pays qui s'étendent de là à l'extrémité méridionale de l'Amérique , le grand empire du Pérou , et les vastes domaines soumis au puissant monarque du Mexique , n'avaient patf été encore découverts.
Diego Vélasquez, qui s'était rendu maître de Cuba , en conservait le gouvernement, comme député de Diego Colomb , dont il cherchait à secouer l'obéissance. Sous son administration , cette lie devint florissante. Comme c'était la plus occidentale de celles que fréquentaient les
DK I.*HISTO<BB DU MEXIQUE^ 4'
Espagnols, le^ pilotes de cette nation, eu fusant ▼oile vers Tooest, reconnurent, à peu de dis* tance , une contrée remarquable par son étendue , par sa fertilité et par le commencement de GÎYilisation des^penples qui Thabitaient. On en aTait'retiré quelques omemens d'or, de peu de vàknr il est Trai , mais d'un trayail assez soigné , oomparatiTement an degré d'industrie des Indiens. La vue de eet bagatelles récbaufTa l'amour des déooarertes et les espéâranceê romanesques des ayenturiers castillans. Vélasqnez , témoin de ces bonnes dispositions , résolut de les mettre à profit. H arma à ses frais quatre BaTÎres donit il donna le commandement à Grijalya , jeune bomme de mérite et de courage , en [ni enjoignant d'obserrer les pays , d'essayer des échanges ayec les naturels» et de fonder une colonie dans quelque position ayantageusCi Deux cent quarante volontaires i5i8. se rangèrent sons ses ordres; et,le Sayril iSi8, l'expédition partit de Saint - lago - de - Cuba. Après ayoir touché à l'ile de Cozumel et à PotcMfaan , die aperçut au loin , sur une c^ fortétendne et qui semblait délicieuse, d'innom^ lirables peuplades et des édifices en piénre. Ij'admiration grandissant les objets, diacnn
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désignait à son Yoisin, des tours, des dodiers , des temples et des Tilles. Un soldat ayant prétendu que cette région ressemblait à la mère* patrie f ce mot passa de boudie en bouche .
et le nom de NowelU^^Espagne fut donné , d*une Toix unanime , à ces parages inconnus.
Le cabinet de Madrid s'en sert encore aujourd'hui pour désigner le Mexique.
Arrivée à rembonchnre du Tabasoo^ l'expédition reconnut 9 à la sonde, que les deux plus petits navires seuls pouvaient remonter le fleuve. En conséquence, les ge»8 de guerre s'y embarquèrent , et les deux autres bâtimens furent laissés à l'ancre. Grijaltna et ses compagnons rompaient avec peine le courant, lorsqu'à peu de distance , ils aperçurent un nombre considérable de pirogues chargées d'Indiens , et , sur le rivage , des bandes inquiètes qui semblaient se préparer au combat. Le chef espagnol ordonna à ses gens de ne faire aucune démons* tration hostile. D'un autre côté , la vue de ces étrangers , dont la couleur était si différente , et dont les vétemens paraissaient si extraordinaires , la mardie de ces masses qui les portaient , tout frappait les indigènes d'un étonnement qui les rendait immobiles et silen-
DE l'uISTOIIIB nV MEXIQUE. 3^
UYBË n.
MjcpédUion de Grijaiva. — Déooamerte de la ilTauveUerEspagne. — Prenûères nem^elles de Mom»
têxuma, — SL^Jean de UbÊtu — p Mx^éditiam.
de Femand Cortex^ sesjmysetf -eomêétt de Tabasco; appmritiom^ de tmatJaequegf Marimk, — Première ambassadeurs de Moruézumà. — « FotuU^ju>n de la Vera^ruz.*^^ Carte» brûle ses 'vmsseaux, — llascala et Chelala, — DmplU cité de Maïuéxama^ — li reçoit les Espagnols atwf beaaeoHp ^égards. — Letsr entrée ddms sa capitale.
Vingt-fix ans ft'étaieiit écoôlét éeçma, que Colomb «TÛt coodint let Européens dam le Nomreaii-Moiide. Ce temps ayait été mis k profit par les Eapagnois. On les ayait ims MiocessÎTement raconnaitre tontes les Antilles , naTigner le long de la côte orientale de FAmé* riqae , depuis la rivière de la Platà jos^'aa golfe du Mexique t et s'assnrer que le continent ^'étendait sans interruption de ce cAté; décon«
4o Bsduxé
Yrir la vaste mer du Sud , qui promettait Ta réalÎMtion de tant d^espérances , enfin, porter leurs investigations jusques sur les plages désertes de la Floride. S*ik n'avaient pas poussé leurs courses plus loin vers le nord , d'autres nations s'étaient chargées de ce soin. Les Anglais avaient visité l'Amérique septentrionale, depuis le Labrador jusqu'au golfe du Mexique ; et les Portugais , en cherchant à diminuer la distance qui les séparait des Indes orientales , s'étaient jetés dans les mêmes parages et avaient k^connu les mêmes régions. Ainsi Fon avait exploré presque le Nouveau-Monde ».
depuis son extrémité septentrionale jusqu'au 35* degré au sud de Téquatenr; mais les pays qui s'étendent de là à l'extrémité méridionale de l'Amérique , le grand empire du Pérou , et les vastes domaines soumis au puissant monarque du Mexique , n'avaient patf été encore découverts.
Diego Vélasquez, qui s'était rendu maître de Cuba , en conservait le gouvernement, comme député de Diego Colomb , dont il cherchait à secouer l'obéissance. Sons son administration , cette ile devint florissante. Comme c'était la plus occidentale de celles que fréquentaient les
DK I.*HISTO<BB DU MEXIQUE. 4<
Espagnols, le^ pilotes de cette nation, eu fusant ▼oile vers Tonest, reconnurent, à peu de dis*^ tance , nne contrée remarquable par son éteU'due , par sa fertilité et par le commencement de cÎYilisation des^ peuples qui Thabitaient. On en Avait'retiré quelques omemens d'or, de peu de valeur il est vrai , mais d'un trayail assez soigné , comparativement an degré d'industrie des Indiens. La vue de eet bagatelles réchauffa l'amour des découvertes et les espérances romanesques des aventuriers castillans. Vélasquez , témoin de ces bonnes dispositions , résolut de les mettre à profit. H arma à ses frais quatre navires dont il donda le commandement à Grijalva , jeune bomme de mérite et de courage , en [ni enjoignant d'observer les pays p d'essayer des échanges avec les naturels» et de fcmder une colonie dans quelque position avantageuse. Deux cent quarante volontaires i5i8. se rangèrent sons ses ordres; et, le 8 avril 1S189 l'expédition partit de Saint - lago - de - Cuba. Après avoir touché à l'île de Gozumel et à Potocfaan , elle aperçut au loin , sur une c^ fortétendue et qui semblait délicieuse, d'innom^ farables peuplades et des édifices en picarre. Ij'admiration grandissant les objets, diacnn
38 &BSUKB
.tiomtée à «on 6ge. L'hsognana était regardée ^comtoo. le plus odieux des yicé»; on rasait pabliquement càni qai g*en rendait coupable.
H aemblatt qo'arec de pareilles institutions et des HKSors aussi austères, ce peuple ne dût •jamiôs être Yaincu. : nous allons Toir cependant œtte yaleor sanyage tomber devant la tactique ingéaieose de Coitez.
nr. l'uistoiiib du Mexique. 3^
UVRE n.
£jcpédidon de Grijaiva. — Déeoarerted^ la Kwi" velierEspagne. — PrtnUères noÊÊvêiles de Mom» téxtuna, — SLWean de UiaÊOii — r MxpMkkm de Femand Cortex^ ses -./met f -eo&Amt de Tabasco; eppmnthmr de smisd Jacques $ Marimk, — Frewûers ambassadeurs de Hentézumà, -^ Fonda^on de la Vera^ruz,*^^ CertezMUe sês 'vaisseaux, — Tlascala et Cbelula, — DmpU* cité de MûntêxsuHO, — // reeoà les MspagHob avec beaueeup et égards, — Leur entrée dame sa cofitale,
Vingt-fix ans t'étaient écoulés depuis que Colomb vnàx coodint les Européens dans le Nouyean-Monde. Ce temps avait été mis k profit par les Espagnols. On les avait ims MiocessÎTement reconnaître tontes les Antilles , naviguer le long de la côte orientale de FAmé* riqne , depois la rivière de la Plata jos^'aa golfe dn Mexique t et s*assarer que le continent s'étendait sans intciTuptioii de ce cAté; décon*
48 RESUMi
et à réquipement d'officiers peu fortunées. La popularité qu*il s'acquit p^ cette généreuse conduite, parut déplaire à Vélasquez et pro»
voquer sa jalousie. Cortez yit l'orage qui se fo]> mait. Il résolut de s'y soustraire , en hâtant les préparatifs de son départ; et le 1 8 novembre, il mit à la yoile.
n ne fut pas plutôt parti , que Vélasquez se repentit«de lui avoir confié l'expédition. Deux fois il envoya l'ordre de l'arrêter, d'abord à la Trinité, ensuite à la Havane, où il rassemblait ses soldats ; et deux fois l'adroit capitaine échappa à la haine du gouverneur , par l'affection de l'armée, qui prit hautement son parti. Cortez , détenjiiné à reconnaître tous les lieux visités par Grijalva , se porta directement à l'ilc de Cozumel , où il passa la revue de toutes ses forces. La flotte ne consista\^ qu'en onze bâtimens , dont le plus grand , honoré du nom de vaisseau amiral, n'était que de cent tonneaux ; trois autres étaient de 70 à 80 , et le reste se composait de barques sans ponts. Sur cette flotte étaient embarqués 617 hommes dont 5o8 soldats, et 109 matelots et ouvriers. Les soldats étaient partagés en 1 1 compagnies «elon le nombre des vaisseaux. Chaque com-
DE l'hISTOIBE du MEXIQUE. 4^
pagnie obéissait à nn capitaine, qui commaiulaît en même temps )e navire 'sur lequel elle était embarquée. Cortez dirigeait en personne le ▼aisseau amiral. Francisco de Orozco , officier formé dans les guerres dltalie, avait le commandement de l'artillerie. Le premier pilote de l'expédition était Antoine Alaminos, qui avait rempli les mêmes fonctions durant le Toyage de Grijalva , et qui connaissait parfaiment ces parages. Comme l'usage des armes à feu pétait encore récent en Europe , il n'y avait ; dans cette troupe , que treize soldats armés de mousquets, trente-deux, d'arquebuses, et le reste, d'épées et de piques. Us avaient des cottes d'armes de coton piqué , à TépreuTe des flèches américaines, seize chevaux, dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux (c). C'est avec cette troupe, plus digne du nom d'escorte que de celui d'armée, qu'un chef audacieux s'avançait contre un monarque dont les domaines étaient plus étendus que ceux du roi d'Espagne , et qui n'avait qu'à proférer un. mot pour mettre sur pied des années innombrables. L'enthousiasme religieux se joiguait
(0 B. Diaz.
5o AÉSUMÉ
à la soif de la rapine. Sur Tétendard de cette poignée d'aTenturiêrs , en lisait cette devise : « Suivons la croix; sous ce signe , nous vain" crons, m
Lonque Corteï parut sur les côtes du Mexique , la surprise qu'avait causée le débarquement de Grijalva sur un point de ce vaste empire , n*était pas encore dissipée. On ne s'entretenait que de oes étrangers extraordinaires , ^ont la figure f les armes, les vétemens étaient si différens de ceux du pays. L'éloignemeut «ngmentait ce que leur iqiparitiqn avait de merveilleux pour ces enfans de la nature. A Tenochtitlan y on se les représentait comme des gcans tombés du ciel, ou nés de l'écume de la mer. Il existait , chez ce peuple , une tradition universelle qui lui présageait un fléau destructeur , que lui apporterait une race de conquérans vomie par les régions orientales. Était-ce le vague souvenir de quelque ancien bouleverment, ou seulement un faux^réiage répandu I dessein par les prêtres , pour tenir la ]K)pulaee sous le joug , et la faire agir au gré de leurs caprices? Quoiqu'il en s(Mt, cette nation superstitieuse n'avait pas plutôt appris la descente de Grijalva et de ses compagnons , qu'ils
bien elle était contraire an yœu du gcuéral, ne crurent pas devoir la lui signifier, avant d^avoir fait de nouveaux efforts pour Tadoucir. Ils lui offrirent donc les présens qu'envoyait Tempereur , et qui étaient portés par cent ludlenib Leur magnificence effaçait tout ce que les Espagnols avaient vu jusqu'alors. Pour les faire mieux ressortir, on les étala sur un terrein ta pissé de nattes, lis consistaient en étoffes de coton , si belles qu'elles égalaient l^s soieries les plus délicates ; en tableaux représentant des animaux , des arbres , et d'autres objets , avec des plumes de diverses couleurs ; en deux plats de forme circulaire, l'un d'or massif, offrant l'image du soleil , l'autre d'argent , retraçant la configuration de la lune ; en bracelets , colliers , anneaux et autres bijoux d'or ; enfin, en boites remplies de perles f de pierres précieuses et de grains d'or non travaillés. Cortez , ayant reçu ces présens avec plaisir, les Mexicains jugèrent le moment favorable à la manifestation des volontés de leur maître; et pour adoucir ce qu'elles avaient de trop sévère , ils alléguèrent la difiiculté des chemins , les dangers à craindre de la part des nations sauvages qui se trouvaient sur leur passage , et toutes les autres raisons qu'ils
5a RESUME
Cortez trait^ humainement les prisonniers. Il fit porter au cacique des paroles de paix. Cette conduite , de la part d*un vainqueur qui lançait la foudre, étonna le clief indien , accoutumé à se nourrir de la chair des vaincus. On se fit des présens réciproques. Le ■ cacique envoya au général d'abondantes provisions de bouche , des vétemens de coton , un peu d'or et vingt femmes esclaves , habiles à faire le pain de mais : ce qui fut une très-grande ressource pour Tarmée.
n s'en trouva ime , parmi elles , qui s'attacha aux Espagnols. Elle reçut au baptême le nom de Marina. Fille d'un puissant cacique, par une suite d'évènemens singuliers , elle était tombée, dès sa plus tendre enfance , au pouvoir des Mexicains ; de nouveaux hasards Tavaient conduite à Tabasco , avant l'arrivée des Européens. Frappés de sa figure et de ses grâces, ils la distinguèrent. Cortez lui donna son cœur, et lui inspira une passion très-vive. Dans de tendres embrassemens , elle apprit bientôt le castillan. Cortez , de son côté , connut l'étendue de l'esprit , la fermeté de caractère de son amante ; et il n'en fit pas seulement son interprète, mais encore
son conseil. Elle eut une grande influence sur les érénemens du Mexique (r).
Au combat de Tabasco , les Espagnols ne perdirent que deux hommes ; mais ils eurent un grand nombre de blessa. On attribua généralement cette victoire à saint Jacques , patron de la Castille. Il combattait , disait -on , à la tête des troupes , et les animait au carnage des idolâtres. Goméra, chapelain de Cortez, à son retour dans sayatrie, est le premier qui ait parlé de cette appjPition miraculeuse. B. Diaz, qui assistait an combat, flottant entre sa crédulité supertitieuse et sa véracité naturelle , dit à <:ette occasion : « J'avoue que nous devons toutes nos victoires à notre seigneur Jésut- Christ, et qu'à cette bataille, le nombre des Indiens était si ocmsidérable que, si chacun d'eux eût seulement jeté une poignée de terre , nous eussions été tous ensevelis. U se peut que la personne que Goméra dit être apparue sur un cheval gris-pommelé , ait été monseignenr l'apôtre saint Jacques on monseigneur saint Pierre , et qu'il ne m'ait pas été permis de le distinguer, parce que j'étais un trop grand pé^
(i) Raynal, Hist phil.
et à Téquipement d'officiers peu fortunés, hi popularité qu'il s'acquit p^ cette généreus4 conduite, parut d(''plaire à Vélasquez et pro voquer sa jalousie. Cortez vit l'orage qui se for mait. Il résolut de s'y soustraire , en hâtant lei préparatifs de son départ; et le 1 8 novembre il mit à la voile.
n ne fut pas plutôt parti, que Vélasquez »
repentit«de lui avoir confié l'expédition. Dew fois il envoya l'ordre de l'arrêter, d'abord à h Trinité, ensuite à la Havane, où il rassemblai ses soldats ; et deux fois l'adroit capitaine échappa à la haine du gouverneur , par l'af fection de l'armée, qui prit hautement soi parti. Cortez , détenjiiné à reconnaître tous le lieux visités par Grijalva , se porta directemen à l'ilc de Coznmel , où il passa la revue di toutes ses forces. La flotte ne consista\|: qu'ei onze bàtimens , dont le plus grand , honoré di nom de vaisseau amiral, n'était que de cen tonneaux ; trois autres étaient de 70 à 80 , e le reste se composait de barques sans ponts Sur cette flotte étaient embarqués 617 homme dont 5o8 soldats, et 109 matelots et ouvriers Les soldats étaient partagés en 1 1 compagnie «elon le nombre des vaisseaux. Chaque com
DE l'hISTOIBE du MEXIQUE. 4^
pagnie obéissait à nncapitainey qui commandait en même temps )e navire 'sm* lequel elle était embarquée. Cortez dirigeait en personne le vaisseau amiral. Francisco de Orozco , officier formé dans les guerres dltalie, avait le commandement de Tartillerie. Le premier pilote de l'expédition était Antoine Alaminos, qui avait rempli les mêmes fonctions durant le voyage de Grijalva , et qui connaissait parfaiment ces parages. Comme l'usage des armes à feu ^çtait encore récent en Europe , il n'y avait f dans cette troupe , que treize soldats armés de mousquets, trente-deux, d'arquebuses, et le reste, d'épées et de piques. Us avaient des cottes d'armes de coton piqué , à l'épreuve des flèches américaines, seize chevaux, dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux (c). C'est avec cette troupe, plus digne du nom d'escorte que de celui d'armée, qu'un chef audacieux s'avançait contre un monarque dont les domaines étaient plus étendus que ceux du roi d'Espagne, et qui n'avait qu'à proférer un mot pour mettre sur pied des armées innombrables. L'enthousiasme religieux se joignait
(i) B. Diaz.
DK l'hisioike dc mkxiquk. 63
fncnse, ce prononça m dîscoan plein d'art et de £ncsae. H fit «Aserrcr an wnat qœ les magistrais dcMit il se ooBpQiait, étant appelés à icpvésentcr le sonrcran , et kû ne po n i am garder le co mmand i mui t, après arotr recn dn goo- T c i n e m de Coba Fordre de s*cb démettre , il croyait de son deinoir de déposer entre Icnrs mains le titre en rcrtu dnqnel il FaYait exercé jnsqp'akxsy afin ^*ilsle confiasMnt k eeiin ipi*ils en croiraîfnt le pins digno; font dé- ▼oné à sa patrie , il promettait de l e iiii STec le même sèle, <»mme simple soldat, ^ de prooTcr à fcs compagnons de gnerreqne, ^aôqne hahilnr à commander^ il savait amsi
table dn conseil ; et , après arotr baisé son bâton de ooolnandant, il le mit entre les mains dn président , et se retira. Getta cooMdie avait été préparée par les amis dn générât On accepta sa démission ; mais snrJcNcban^» il fut éln , d*nne -voix nnanime , premier magistrat de la colonie et €hie{ de la force armée. Sa noareUe commission hn fut déiirrécy an nom dn roi de Castille , aTec les ponToirs les pins étendns, en attnidant la ratification dn sonverain. L'acte
DE L^IISTOIAB DU MEXIQUE. Si
les ayait r^ardés comme les înst^mnens destinés à accomplir la fatale révolutron qui menaçait le Mexiqae. Lemr prompt départ dissipa ses alarmes ; mais lorsque les Yoiles de Cortez brillèrent à leur tour sur l'horizon , Tordre de repousser la force par la force avait été envoyé aux gouTemeurs des provinces les plus éloignées; des vedettes, diargées d'éclairer les -^^/ mouveraens de Tennemi, avaient été distribuées sur toute la côte ; et Ton n'attendait plus p dans tout l'empire , que le signal des combats.
Cortez aborde à Tabasco , se flattant d'j être aussi bien accueilli que Grijalva. Son espoir fut tfompé. A peine sa petite armée eut- elle mis pied à terre , que plus de quarante mille Indiens fondirent snr elle des hauteurs voisines. Il y eut des endroits où le poids seul de la masse pouvait écraser les Espa^ols , qui se trouvaH&nt hors d'état de charger leurs armes et de faire usage de leurs épées ; mais l'artillerie placée avantageusement , et l'irrup^ tion subite des chevaux au milieu de cette foule de gens nus, y eurent bientôt jeté. le désordre. Le carnage fut terrible ; tout ce qui résista fut massacré ; mais après la victoire ,
DE l'histoire du METÏQCfiS. 65
pîraient qu^après le moment de lefar délivrance. Cortez vit avec joie que le grand empire était désuni , et le chef détesté. U en angura bien pour la conqaéte , reçot les Indiens avec amitié, et leur promit sa protection. H importait à ses projets de les confirmer dans Topinion que lui et ses compagnons étaient des êtres d*une nature supérieure. Cette assurance les portait a braver le pouvoir de l'empereur , au nom duquel ils avaient jusqu'alors été accoutumés à trembler. Des officiers de Montézuma se présentèrent pour lever le tribut ordinaire, et pour demander un certain nombre de victimes humaines, en expiation de la faute que les habitans de la côte avaiait commise en entretenant <x>mmerce avec des étrangers : mais les Indiens se saisirent d'eux ; et , après les avoir accablés d'outrages , ils se préparaient à les sacrifier aux dieux du Mexique , lorsque Cortez les en empédia , en leur témoignant la plus grande horreur pour cette abominable coutume; Ces peoples ne tardèrent pas à condure* une' alliance avec les Espagnols , dont ils se reconnurent vassaux. Leur exemple fut suivi par les Totonacas , nation courageuse qui habitait les montagnes voisines. Toutes ces peuplades.
6l UKSUMÉ
tette ardeor , déclare qa*il n'a donné Tordre d'embarquement que dans la ferme persuasion que c'était le vœu de Tarmée ; mais que , puisqu'elle est toujours animée de ce courage qui sied au scddat espagnol , il' Ta reprendre son premier plan avec une ardeur nouvelle , et la conduire en même temps à la gloire et à la fortune. Cette déclaration est accueillie par deé acclamations et des cris de joie.
Peur ne pas laisser à ce tèle le temps de se refroidir, Cortex s'occupa sur-le-champ du soin d'assurer un abri à ses yaisseaux , et de fonder tm port qui pût lui servir d'asile, en cas de revers. Oi^ui reprocha d'avoir mal choisi l'emplacement; mais en avait-il h sa disposition un plus favorable ? Il nomma la nouvelle colonie Yéra-Cniz, parce qu'on y aborda le vendredi - saint. Il y établit un conseil , composé d'alcades , de corrégidcNrs , de procureurs , et de tous les officiers de la hiérarchie castillanne , choisis parmi ses créatures les pins dévouées, l^urs nominations furent dressés an nom du roi seul , sans aucune mention de Vélasquet. Après l'installation de rassemblée 9 ayant fait demander la permission de s*y pré* senter, il y parut avec une contenance respect
D£ L*UISTOIRS DU MEXIQUE. 67
poalla f pour élever à leur place un crucifix et une image de la vierge. Cette violence ins* pira aux Indiens autant d'étoimement que d'horreur. Les prêtres les excitèrent à la vengeance; mais l'autorité de Cortez était si grande, que tout s'appaisa sans effusion de ^ sang. Il partit de Gempoalla , le i6 août , avec cinq cepts hommes, quinze chevaux et ûx.
pièces de campagne. Le reste , composé d'inva*. lides ^t de malades , fut laissé en ganiison à la Vera-Crua, sous les ordres d'Escalante , brave offîcier , fort attaché au génial. Le cacique fournit i^ l'armée des provisions et deux cents TamenèSf Iqdieiis destinés aux travaux les plus rudes, et fort utiles pour traîner l'artillerie et pour porter les hagages , dans un pays dépourvu d'animaipç domestiques. Il offrit encore i Coûtez un nombre considérable de guer-/ riers ; mais celui-ci se contenta d'en prendre ^Mtre cents des plus âevés en dignité, afin de les garder comme autant d'otages , tfà lui répondraient de la. ^dâité de l^urs conci* toyens.
Pour se rendra ^ Jfexico, les Espagnols devaient traverser une république semblable ^ celles dont nous admirona l'image dapa le«
64 ^ RESUMA
d'élection fut ensuite commanîqné aux soldats, qui raccueillirént ayec enthousiasme.
Les]>artisans de Vélasquez se récrièrent contre un acte qu'ils qualifiaient justement d'illégal. Cortex , pour étouffer la sédition naissante , s'empara des trois chefs Ordaz , Escudero et Vélasquez de Léon , et les envoya sur la flotte, les fers aux pieds. Ce seul acte de sévérité prévînt la révolte. Les mutins furent bient^ mis en liberté; et Cortez gagna si bien leurs cœurs, que désormais, dans les occasions les plus délicates , ni leur liaison avec le gouverneur de Cuba , ni le souvenir de ce traitement , ne purent les détacher de lui. L'or du Mexique ne fut pas , dit-on , étranger à ce résultat et à beaucoup d'autres (i).
Dans le voisinage du camp espagnol , se trouvaient deux peuplades appelées Cempoalla et Chiahuitzia (i). Les habit«tns , sujets du Mexique , souffraient impatiemment le joug , et haïssaient si fort Montézuma , qu'ils ne sou-
(i) B. Diaz , hist.
(2) Robertson appelle improprement U te* ronde Quiabislan.
©B l'histotrs du XFXIQLjI. fi"*
piraient qu'après le moment de leur délivrance. Cortez vit avec joie que le grand empire était désoni , et le chef détesté. U en augura bien pour U conquête , reçut les Indiens avec amitié, et leur promit sa protection. H importait à ses projets de les confirmer dans Topinion que lui et ses compagnons étaient des êtres d*une nature supérieure. Cette assurance les portait à braver le pouvoir de l'empereur , au nom duquel ils avaient jusqu'alors été accoutumés à trembler. Des officiers de Montézuma se présentèrent pour lever le tribut ordinaire, et pour demander un certain nombre de victimes humaines , en expiation de la faute que les habitans de la côte avaient commise en entretenant commerce avec des étrangers : mais les Indiens se saisirent d'eux ; et , après les avoir accablés d'outrages , ils se préparaient à les sacrifier aux dieux du Mexique , lorsque Cortez les en empêcha y en leur témoignant la plus grande hox^ reur pour cette abominable coutume. Ces peuples ne tardèrent pas à condure un^ alliance avec les Espagnols, dont ils se reconnurent vassaux. Leur exemple fut suivi par les Totonacas , nation courageuse qui habitait les montagnes voisines. Toutes ces peuplades.
66 ■iiimi
oArireDl d'aocnmpagnerlM JtnDgari ATenodï-
titlm.
Depnii troit tnoii , Cortex était dam la Nonvelle-EspagDc , et tont lemblait lui pi^Mger de brlllaiM Mccèi ; mail dei germe* da méoooteiH lenMnt eouvaieat dam aa petite troupe , M il ne fallait qa'une occanon pour lei faire More.
L'andacieuic géoénl réiolnt de lei étonffer par an trait d'énergie lani exemple dan* lliiMoire. Quelques loldatl dontajent du inocèi de l'entreprÏM. • Eh bien ! leur dit Cortei , *i nom ac trioq)pIiODtpaB,iiOQiinoarTOiu ■; etilfithniler tcê vaia«eatix. Ainsi, un aTentnricr, suiri de cinq cents homme* , s'enferme de son plein grt dans un pays ennemi , peuple de nations puùuantei et inconnue* ; il se prive de Ion* moyen* de retraite , et ne se réserve d'auirei Tcsourcea que la constance et la valeur- Rien ne retenait plus Cortex ; l'ardenr des al1ié«'était au moins égale i celle de*£sp«gii»l*i une aaitlie de zèle religieux faillit l'armer ctmtrelui. Sans préambule, sana avoir eu ni le temps, ni la facilité de prouver aux Indiens l'abiordilé de leurs superstitions , il ordonne k ■es soldat! de renverser les auleb et de détruire les idoles do principal temple de Cem-'
DE L^HISTOIBÈ DU MÈXiQÙÈ. yt
Voyant œpendant qu'aucun Espagnol ne tombait dans leurs mains , après tast de combats , ils commencèrent à croire que ces étrangers étaient des êtres d'une nature supérieure. I..es prêtres , consultés , eurent recours aux sacrifices, aux cérémonies magiqued , et répon* dirent qu'ils étaient enfans du soleil 5 produit» par la vive trieur de cet astre dans la région de l'est; que» pendant le jour, soutenus par l'inËuence des rayons patentels, ils étaient invincibles''; mais que , durant la nuit , privés de sa flamme vivifiante, ils se flétrissaient comme les fleurs des champs , et devenaient semblables aux antres hommes (i).
Soumis à cet avis db ciel | les Tlasealans ^ contre leur habitude , se disposèrent k attaquer dans Ib nuit. Mais ils furent prévenus : les «eutinelles castillanes, ayant remarqué chez eox un mouvement extraordinaire , en firent part au général. Dans un moment , les troupes s'annèrent, sortirent du camp et dispersèrent les Indiens. Vaincus de nuit comme de jour , les Tlascalan<> pensèrent sérieusement à la paix ; mais comment la demander à cet hommef
(0 B.«Diax.
68 KÉSUMÉ
souvenirs de rantiqiiité : c'était la république de TIascala. Ce peuple belliqueux ^ de toui temps ennemi implacable des Mexicains, et anciennement allié des Cempoallans , s'adonnait à Fagriculture, habitait des grandes villes , et faisait une espèce de commerce. Il avait des lois sages , des mœurs sévères , peu de science et beaucoup de vertus. Passionné pour Tindé* pendance, vindicatif à Texcès, ayant en horreui toute domination étrangère , il était en guerre continuelle , et presque sans communication , avec les états voisins. Un sénat , élu par la nation, commandait aux différens caciques; et ce n'était que d'après ses ordres', qu'ils réglaient les affaires publiques.
Cortez , ne doutant pas que l'intention qu'il proclamait de délivrer les Indiens du joug de Montézuma, lui fit trouver des alliés et det amis chez les Tlascalans , leiur dépécha quatre Cempoallans , des premières familles, pour demander le passage sur leurs terres. Ce message n'eut pas le succès qu'il en attendait. Cet fiers républicains saisirent les ambassadeurs, et se préparèrent à une, opiniâtre résistance. Le général , ne voyant pas revenir ses envoyés , ordomia de passer outre ; mais un corps nom-
DS l'HISTOIBK du MEXIQUE. y^
an dimat. Qoelqnes-onc araîeDt péri depuis la Tna-Craz, d*aatres étaieiit cewrerts de blessures , et la graisse des Indiens était le seul onguent quils pussent appliquer à leurs plaies. Excédés de fatigues et de souffrances , obligés d*étre nuit et jour sur pied , ils Gommencaient à murmurer et i se lirrer au dése^x>ir , Ion* que la soumission des TIascalans Tint leur rendre le calme et Tespérance. Le général fit son entrée dans la capitale dé la république , au bruit des acclamations de fe% nonyeanz alliés. Le sénat lui offrit les meilleurs capitaines et les meilleures troupes de la nation , pour raccompagner à Tenocfatitlan. Une nomreile saillie de zèle religienx faillit faire aTorter ces bonnes dispositions. Cortez, ayant expliqué à quelques chefs les principaux dogmes de U religion chrétienne, finit par les engager à rem» brasser: elle «eule pouvant , disait -il , les conduire à la félicité suprême. Les Indiens ne mèrent pas rexcellence du dieu des Espagnob ; mais ils soutinrent que les Teale's de Tlascala araient aussi leur mérite, et que , de part eC d*autre , on devait conserrer la divinité de ses ancêtres. Le général persista dans sa demande, éle^aiaToix, se permit des menaces. Les Ha»-
68 KÉsuMé
souvenirs de rantiquité : c'était la rëpubliqui de TIascala. Ce peuple belliqueux ^ de tou temps ennemi implacable des Mexicains, e anciennement allié des Cempoallans , s*adon naît à ragricoltiu^, habitait des grandes villes et faisait wie espèce de commerce. Il avait de lois sages , des mœurs sévères , peu de scieno et beaucoup de vertus. Passionné pour l'indé pendance, vindicatif à Texcès, ayant en horreu toute domination étrangère, il était en guerr* continuelle , et presque sans communication avec les états voisins. Un sénat , élu par la na don, commandait aux différens caciques; ete n'était que d'après ses ordres', qu'ils réglaien les affaires publiques.
Gortez , ne doutant pas que l'intention qu'î proclamait de délivrer les Indiens du joug d< Montézuma , lui fit trouver des allies et de amis chez les Tlascalans , leur dépécha quatr( Cempoallans , des premières familles, pour de mander le passage sur leurs terres. Ce mes sage n'eut pas le succès qu'il en attendait. Ce fiers républicains saisirent les ambassadeurs, e se préparèrent à une. opiniâtre résistance. L* général , ne voyant pas revenir ses envoyés ordonna de passer outre ; mais nn corps nont
T>K l'hISTOIRK nu MEXIQUE. (îg
breux d'Iiidiens ue tarda pas de se présenter à lui. Lear attaque fut rapide comme la foudre. Quelques Espagnols furent blessés, et deux chevaux tués ; cette dernière perte était d'autant plus sensible , ^qu'elle était irrépirSbIe. Cortez vit qu*il fallait redoubler de prudence avec de pareils ennemis. On commença dès lors à mieux choisir ses positions , à ne s'arrêter qu'à propos , et à se fortifier soigneusement «^ chaque halte. Les républicains étaient innombrables. Leur brayoure, leur persévérance , ne connaissaient pas d'obstacles. Ou les yoyait courir en foule au-devant de la bouche des mousquets. Chacun d'eux lançait, dans les rangs ennemis , une flèche, où se trouvait gravée la grossière image d'un héros d'un pay* ; il é^t obb'gé de la reprendre au miliea de ses adversaires: singulière coutume , qui explique peutêtre rétc»onante résistance de ce petit peuple ; mais ces flèches armées, ainsi que leurs lances, de pierres pointues et d'os de poissons ; leurs piques faites d'un bois aiguisé et df^rci au feu; leurs épées de bois , si redoutables pour des hommes nus , ne pouvaient pénétrer , ni les boucliers des Espagnols , ni leurs corselets de coton , appelés escanpilfs. Leurs attaques
"2 RlihtMÉ
extraordinaires ? fallait-il les regarder comi
des êtres Rons ou malfaisans ? Si , d*uu côt
ils avaient presque touj»)iirs renvoyé les \t
ftonnîers avec des prr^sens et des propositic
pacifi(piesj' d'nn antre côté, Cortez, son
çonnaiit d'espionnage les Indiens qui ap]H
taicnt des -vivres au camp , en avait saisi ci
qnante et leur avait fait couper les niaii
L'aspect de ces malheur jux , la ^ ue de ce be
quadrupède , ami de l'Iiomme , et né pour 1
combats , le bruit du canon et de la mousqu
terie glaçaient leur esprits de terreur. Qi
faire ? que décider ? « Si vous êtes des divinit
«d'une nature cruelle et sauvage , dirent 1
ambassadeurs au giMioral , nous vous oflWi:
cinq esclaves , afin que vous buviez leur sai
et que vous mangiez lour ciiair ; si vcAis et
des divinités bienfaisantes , acceptez ces pu
fiims et ces plumes ; si vous êtes des hommes
prenez ces viandes et ces fruits (i). »
La paix fut conclue : elle ne pouvait yen plus à propos pour les Espagnols. Un grau nombre d'entreux , et Cortez lui-même , étaiei attaqués de cette terrible midadie particulièi
{•>) B. Diaz , Gomcra , Ilerrera.
Voyant cependant qu'aucun Espagnol ne tombait dans leurs mains , après tast de com* hats , ils commencèrent à croire que ces étrangers étaient des êtres d'une nature supérieure. I..es prêtres, consultés, eurent recours aux Sacrifices, aux cérémonies magiques , et répon* dirent qu'ils étaient enfans du soleil 5 produit» par la vive chaleur de cet astre dans la région de Test; que» pendant le jour, sottteiius par rin£uence des rayons patenlels, ils étaient inyincibles'; mais que , durant la nuit , priyés 4e sa flamme \iyifiante, ils se flétrissaient comme les fleurs des champs , et devenaient semblables aox autres hommes (i).
Soumis à cet avis dli ciel | les Tlascalans , contre leur habitude , se disposèrent k attaquer dans ta unir. Mais ils furent prévenus : les (teutinelles castillanes, ayant remarqué chez eux un mouvement extraordinaire , en firent part au général. Dans un moment , les troupes s'armèrent , sortirent du camp et dispersèrent les Indiens. Vaincus de nuit comme de jour , les Tlascalans pensèrent sérieusement à la paix ; mais comment la demander à cet hommei
fO B.*Diax.
^4 nésuMÉ
calans , fatigués , le conjurèrent de lenoncer i ce projet. Surpris , indigné , il allait fondre sui leurs autels, les renverser, et briser leurs idole? quand le père B.'jgrtliélemi d*01medo , aumôniei de Tarmée , lui représenta l'imprudence d^ cette démarche, dans une grande ville, ai; milieu d*un peuple superstitieux et guerrier, «La religion de Jésus-Christ, dit-il, doit sVtablir , non par la violence et par le fer , mai{ par la persuasion et par les bons exemples. « Dans on siècle où le nom de tolérance était pres< que ignoré, on est étonné de voir un moine espagnol protéger la liberté religieuse, et improu- Ter la persécution. Son éloquence se borna à leur inspirer l'horreur des sacrifices humains ; et il y réussit complettement (i).
Malgré les remontrances de ces peuples , effrayés de la cruauté et de lu perfidie de ^ Môntézuma, Gortez hâta sa marche vers la ca-
pitale de son empire. U était environné de ses vaillans compagnons, et suivi de six mille Tlascalans , qui , instruits par les Espagnols , formaient une espèce d'armée régulière. De nouveaux ambassadeurs lui étaient députés sans
(0 Roberlion , hist.
DE l'histoire du MEXIQUE. ^3
au climat. Quelques-uiw avaient péri depuis la Vera-Craz , d'autres étaient ceuverts de blessures , et la graisse des Indiens était le seul onguent qu'ils pussent appliquer à leurs plaies. Excédés de fatigues et de soufTrances , obligés d'être nuit et jour sur pied , ils commençaient à murmurer et à se livrer au désespoir , Ion»' que la soumission des Tlascalans vint leur rendre le calme et l'espérance. Le général fit son entrée dans la capitale dé la république , au bruit des acclamations de ses nouveaux alliés. Le s^nat lui offrit les meilleurs capitaines et les meilleures troupes de la nation , pour l'accompagner k Tenochtitlan. Une nouvelle saillie de zèle religieux faillit faire avorter ces bonnes dispositions. Cortez, ayant expliqué à quelques chefs les principaux dogmes de 1« religion chrétienne, finit par les engager à l'eiDo' brasser: elle seule pouvant, disait -il , les conduire à la félicité suprême. Les Indiens ne nièrent pas l'excellence du dieu des Espagnols ; mais ils soutinrent que les Teulés de Tlascala avaient aussi leur mérite, et que, de part et d'autre , on devait conserver la divinité de set ancêtres. Le général persista dans sa demande p éleva la voix , se permit des menaces. Les Tlas«
calans , fatigués , le conjurèrent de renoncer à ce projet. Surpris , indigné , il allait fondre sur leurs autels, les renverser, et briser leurs idoles, quand le père Ba^thélemi d*01medo , aumônier de Tannée , lui 'représenta Timprudence de cette démarche, dans une grande ville, au milieu d*un peuple superstitieux et guerrier. «La religion de Jésus-Christ, dît-il, doit sVtablir , non par la violence et par le fer , mais par la persuasion et par les bons exemples. » Dans un siècle où le nom de tolérance était presqolB ignoré , on est étonné de voir im moine espagnol protéger la liberté religieuse, et improuver la persécution. Son élo<]uence se borna à leur inspirer l'horreur des sacrifices humains ; et il y réussit complettement (i).
Malgré les remontrances de ces peuples , effrayés de la cruauté et de la perfidie de Mbntézuma , Cortez hâta sa marche vers la capitale de son empire. U était environné de ses Taiilans compagnons , et suivi de six mille Tlascidans , qui , instruits par les Espagnols , formaient une espèce d'armée régulière. De nouveaux ambassadeurs lui . étaient députés sans
(0 BobertBon , hii t.
cesse avec de nouveaux présens. Il recevait les richesses , et congédiait les messagers avec la même réponse. Un jour , ils voulurent Teffirayer et lui dirent : « Sais-tu chez quel peuple tu as mis le pied ? chez un peuple doux comme le Lama pour ses amis , terrible comme la cataracte pour quiconque l'offense. Nous avons des armes , nous sommes nombreux , le co«rage ne nous manque pas. Nos montagnes sont pleines d*or, et nos campagnes de soldats. — Amis , s*écrie Cortez , en se retournant vers ses compagnons , éh f que demandons-nous de plus ? de grands périls ! de grandes richesses ! Marchons. • Ces mots sont accoeillis par des transports de joie.
Montézuma, effrayé de la marche rapide des conquérans, avait ai ^enté ses sacrifices »
redoublé ses conjurations, consulté tous ses devins. Les prêtres témoins des succès des Espagnols, faisaient parler leurs oracles en con'séquence , et répétaient an crédule monarque que les Dieux avaient abandonné les Mexicains. « Eh bien , s'écriait-il , que deviendrons-nous, si le ciel combat avec nos ennemis ? Qu'ils viennent !*Qu'ils viennent ! Que la foudre nous écrase ! U ne nous senrîraît
yÔ RÉSFMÉ
pas plus de nous couvrir la tête, que de fuir. »
Que ne peut le découragement sur un esprit frappé! Montézuma n'était ni craintif , ni facile à déconcerter. Il avait donné souvent des preuves de valeur à la tête de ses troupes ; maintenant un pouvoir inconnu le retient sur son trône; il n*ose marcher à la rencontre de l'ennemi ; i) préfère fërnir sa gloire, et descendre à Tastuce, ressource ordinaire des faibles et des lâches.
Une nouvelle ambassade annonce au géné< rai que l'empereur consent à le recevoir, et que la cité de Cholula, vers laquelle il s'avance , est prête à lui ouvrir ses portes. Cette ville considérable , située à cinq lieues de Tlascala , avait Iong-ten:ps été la capitale d'un état indépendant. Soumise depuis peu aux Mexicains, elle était regardée comme leur cité sainte et l'asile chéri de leurs dieux. On s'y rendait en pèlerinage de toutes provinces, et l'on immolait, dans son téocali, plus de victimes humaines que dans celui de Tenochtitlan.
Montézuma avait choisi ce liçu consacré à des divinités toujours altérées de sang, pour y verser celui de ces étrangers impies , qui osaient
DK L UISTOIRX DU MEXIQUE. 7;-
hraver leur pouroir. Les fidèles Tlascalan»
avaient été campés hors de la TiIle, sous prétexte qu'on ne pouvait receyoir dans son enceinte un peuple contre lequel on avait si long-temps combattu. Deux de ces braves alliés y pénétrèrent sous un obscur déguiseoient , et vinrent annon. cer à Cortez, qui , au sein d'une brillante réception f était loin de soupçonner le péril dont il était menacé , qu'on faisait sortir diaque nuit » beaucoup de femmes et 4'enfans des premières familles, et qu'on, avait versé du sang humain dans le grand temple, signal certain d'une prochaine attaque. Marina apprit d'une femme de condition , qu'on tramait la perte des Espagnols ; qu'un corps de troupes mexicaines était caché aux environs de la ville; qu'on préparait des barricades; qu'on creusait des fossés l^èrement recouverts , pour y faire tomber les chevaux; qu'au sommet des principaui( édifices , on rassemblait des pierres et des traits ; qu'enfin l'heure de cet épouvantable carnage allait arriTcr. Quelques chefs , arrêtés par ordre de Cortez , confirment ces rapports. La rage des Espagnols et des TIascalans ne connaît pas de humes. Us s'ébranlent , ils fondent sur la multitude surprise. Les rues sont jonchées de
yS EÉsumé
morts , le sang ruisselé de toutes parts , les temples sont incendiés, les magistrats et les prêtres qui y ont cherche un asile , périssent dans les flammes et sous les roinesc Cette affreuse boucherie dura deux jours ; six mille Gholulans furent massacrés. Cortez relâcha les chefs qu'il avaient fait arrêter, leur reprocha leur trahison , et leur déclara que, sa justice étant satisfaite, il pardonnait l'offense, à condition que tous les citoyens qui avaient quitté la ville, y rentreraient sur-le-champ. Elle se remplit en peu de jours d'habitans, qui, parmi les ruines de léuris temples , rendirent les services les plus vils , à ces mêmes hommes, dont les mains étaient encore teintes du sang de leurs frères (i).
Cette conspiration n'est pas , an reste , la seule que les femmes mexicaines firent échouer; ce n'est pas le seul service qu'elles rendirent aux Espagnols. Plus d'une fois, on les vit guider ces vainqueurs à travers les périls dont ils étaient environnés , leur procurer les vivres dont ils avaient besoin , leur signaler les embûches qu'on leur tendait. Dédaignées par
(i) Robertson , hist.
BK l'hISTOIRB du MEXIQUE. ^
des hommes qui, pervertissant le phis impérien: des désirs, contrariaient les Tues de la natmt par une horrible débauche, elles se précipi* taient , sans ménagement , dans les bi-as de ces lubriques étrangers, sans penser qu'ils s'étaient fait des cœurs de tigres , et que leurs mains arares dégouttaient de sang. Tandis que les restes infortunés des nations mexicain»
fuyaient le glaive qui les poursuivait, des femmes, jusqu'alors trop négligées , foulant au* dacieusement les cadavres de leurs enfans et de leurs époux , allaient chercher leurs exterminateurs jusque dans leur propre camp , pour leur faire partager'les transports qui les dévoraient. Parmi les causes qui contribuèrent à la conquête du Nouveau Monde, on ne doit pas oublier cette fureur des femmes améri** caines pour les Espagnols (i).
Cortez s'avançait vers Tenochtitlan , à travers un pays abondant, arrosé de belles rivières, couvert de villes , de bois , de champs cultivés et de jardins. La campagne était féconde en plantes inconnues à l'Europe. On y voyait une foule d'oiseaux d'un plumage éclatant, des anî-
(i) Hajnal , hist. ph«
chant avec la plus grande circonspection , e^ faisant observer la plus exacte discipline. Bientôt un millier d'Indiens, parés de plumes e TétU4 d'étoffes de coton , parurent et défilèren respectueusement devant lui. Ils annouçaien l'empereur. Après eux, marchaient deux cent nobles, habillés uniformément , rangés sui deux files , silencieux , les pieds nus , le yeux fixés en terre. Ils étaient suivis d'un< troupe plus richement costumée , au milieu d< laquelle s'élevait Montézuma , assis sur m trône resplendissant d'or et de plumes de dif férentes couleurs. Quatre de ses courtisans 1< portaient sur leurs épaules , tandis que d'autre soutenaient sur sa tête un dais tissu de plume vertes et d'argent. Devant lui, mnrcliaien trois ofGciers, avec des baguettes d'or qu'il agitaient de temps en temps ; et à ce signal^ le Indiens baissaient la tête et se cachaient le vi sage. Lorsque les deux peuples furent en pré sence , Cortez s'élanqa de cheval , et s'avanç avec empressement et respect. Montézuma , d( son côté, descendit de sa litière ; et s'aj)puyan sur deux de ses favoris , il s'approcha d'un pa lent et majestueux , tandis que sa suite éten dait des étoffes de coton , pour empêcher qui
DE l'histoire du MEXIQUE. 8x
rencontre , le sourire sur les lèvres , et la haine au fond du cœur.
Déjà les EqiMignols descendaient les monta* gues'de Chalco, et lavasteplaine deTenochtitlan se découvrait par degrés à 1^ urs yeux. A la vue de cette campagne, plus riante encore que toutes celles qu'ils avaient parcourues, à la vue de ces champs fertiles , qui se perdaient dans un vague lointain, ils s'arrêtèrent étonnés.
Bientôt se déployèrent devant eux ce lac si vaste , ressemhlant à une mer environnée de cités florissantes , et cette c:apitale de l'empire sortant du sein des eaux , parée de temples et de tours. Ce spectacle frappa tellement leur imagination , que plusieurs crurent que c'était la réalisation de tous ces enchantemens enfantés par le délire des romanciers. D'autres s'imaginèrent qu'ils rêvaient (i). Cependant la marche de Cortez ressemblait à celle d'un triomphateur. Les caciques et les gouverneurs^ environnés de brillantes escortes , venaient mettre à ses pieds leurs hommages et leurs présens. Il continuait sa route par une des chaussées qui conduisait à Tenochtitlan , mar«
(i) U, Dia*.
chant avec la plus grande circonspection , et faisant observer la plus exacte discipline. Bientôt un millier d'Indiens, parés de plumes et Têtus d'étoffes de coton , parurent et défilèrent respectueusement devant lui. Us annonçaient l'empereur. Après eux, marchaient deux cents nobles, habillés milformément , rangés sur deux files , silencieux , les pieds nus , les yeux fî^xés en terre. Ils étaient suivis d'une troupe plus richement costumée , au milieu de laquelle s'élevait Montézuma , assis sur un trône resplendissant d'or et de plumes de différentes couleurs. Quatre de ses courtisans le portaient sur leurs épaules , tandis que d'autres soutenaient sur sa tête un dais tissu de plumes Tertes et d'argent. Devant lui, marchaient trois officiers , avec des baguettes d'or qu'ils agitaient de temps en temps ; et à ce signal, les Indiens baissaient la tête et se cachaient le visage. Lorsque les deux peuples furent en présence , Cortez s'élança de cheval , et s'avança avec empressement et respect. Montézuma , de son côté, descendit de sa litière ; et s'appuyant sur deux de ses favoris , il s'approcha d'un pas lent et majestueux , tandis que sa suite étendait des étoffes de coton , pour empêcher que
ses pieds ne touchassent la terre. Cortez Ta* borda avec une profonde révérence à Teoropéenne. Le monarque lui rendit son salut , en portant à ses lèvres la main avec laquelle il Tenait de toucher le sol. Cette cérémonie p qui n'était d'usage chez ce peuple , que de la part d'un inférieur vis-à-vis son supérieur , étonna les Mexicains , et flatta les Espagnols. Montézuma conduisit ensuite Cortez et ses soldats dans les quartiers qui leur avaient été préparés. « Vous êtes maintenant chez vous , leur dit-il , vous êtes au milieu de vos frères. Reposez vous de vos fatigues , et soyez heureux jusqu'à ce que je revienne vous voir. » Le palais donné aux Castillans était un édifice bàtî par Ahuitzolt , prédécesseur de Montézunui. U était environné d'un mur de pierre, flanqué de quelques tours. Le général fit braquer son artillerie sur les difFérentes avenues , posta des sentinelles , et ordonna qu'une grande partie de ses troupes serait toujours sous les armes , comme si Ton était en présence de l'ennemi.
Le soir, Montézuma vint visiter ses hôtes avec le même appareil; et, après leur avoir fait de magnifiques présens , il dit à Cortez qoe, selon une ancienne tradition , leurs ancêtres.
arrivés des régions de Test , avaîeiït conquis je Mexiqae,y avaient fondé une colonie, et étaient retournés ensuite dans leur patrie , en promet'* tant qu'un jour leurs descendans viendraient visiter leurs frères, reprendre les rônes du gouvernement et réformer les lois; que tout ce qu'il avait appris et vu des Espagnols, ne lui permettait pas de douter qu'ils fussent ces conquérans annoncés par les traditions et par les prophéties; que , dans cette persuasion , il les avait accueillis, non comme dés étrangers, mais com- ^me des frères issus du même sabg; qu'il les priait de Àe regarder comme maîtres de ses états , et que ses sujets , comme lui-même , seraient toujours prêts à exécuter leurs volontés et même à les prévenir. »
La réponse de Cortez était embarrassante.
Que répondre à un prince qui, sans rien donner, semblait tout offrir? Le général eut cependant l'art d'abonder dans son idée dominante. Il parla avec respect du pouvoir de son maître , le grand roi de Castille, proposa à l'empereur une alliance éternelle avec lui , bîâma fortement la religion absurde et cruelle des Mexicains, et finit par déclarer que la destruction de cette impiété et l'établissement de la religion
DE L*HISTOIftK DU MEXIQUE. S&
chrétienne était le principal objet de ton voyage.
Le monarque répliqua qu'il acceptait avec reconnaissance Tamitié qui lui était offerte de
la part du grand roi de Castille , «mais, ajoutat-il, tous les dieux sont bons. Les vôtres sont bien dans votre pays , et les nôtres , dans le mien. Laissons-les jouir paisiblement de ce qui leur appartient , et ne troublons ûi \ei uns ni les autres (i). ■
(i) Solis, hist.
88 nitvità
luUsé en poucMioD da goaTentement de !■ Vera-Craz , t'occupait , avec ie« alliés , i jlsTcr Ici mnr* de u cité nouvelle , loriqn'il apprit qu'un de* généraux de Montëzuma eirait dani Ira enviroOs , avec une armée formidable, infligeant let peine* lei plus rigoureuies aux peuplades qui , protégé par les Espagnols, avaient refusé de pajer tribut à l'empereur; il se nommait Qualpopota, et commandait les troupes campées sur les frontières de Cempoala. Les Totonacas, dont le territoire était en proie aux ravages de cette armée , vinrent s'en plaindre au gouverneur , lui demandant son assistance, et offrant de s'unir à lui avec tou tes leurs forces. Escalanle s'eflotçt de les consoler , et leur dit qu'il se regardait comme compris dans l'outrage dont ils étaient l'objet. Mai* , avant d'employer la violence , il envoya prier le général mexicain de suspendre les hoitililés jusqu'à de nouveaux ordres de son empereur ; attendu que ce monarque ne pouvait avoir consenti à une pareille
cour les ambassadeurs du grand souverain de l'est. Qnalpopoca rrpoudit qu'il connaissait les urdres de sou roi, et qu'il savait y obi^ir; quo
DE l'histoire du Bf'EXIQTJE. 9*f
si quelqu'un osait s*opposer au diàtiment <pi*il infligeait k des rebelles , il Fattendait sur le champ de bataille.
Le défi était positif. Escalante assura les Totonacas de sa protection, prit de nouveaux renseignemens sur l'armée ennemie , qu'on lui dit ne pas s'élerer au desaus de quatre mille hommes f et marcha à sa rencontre avec deux mille Indiens des provinces «n^ahies, quarante Espagnols f deux arquebuses» ti^ois arbalète» et deux pièces d'artillerie, seules ressources que j>ut lui fournir la place, qu'il laissa avec une très-faible garnison^ An point du jour, les armées se trouvèrent en présence , et s'attaquècent avec une égale impétuosité. Malgré la défection subite de la plus grande partie de leurs alliés , le succès des Européens ne fbt pas un instant douteux; mais cette victoire leur coûta du sang et des larmes. EscaJante fut mortellement blessé, ainsi que sept d^ ses soldats, parmi lesquels Arguelio, hommo d'une stature colossale et d'une force peu commune. Terrassé au sein de U mêlée-, il ne put être secouru à temps, et tomba au pouvoir des Mexicains. Les autres moururent, au bout de trois jours, des suites de leurs blessures. .
1)0 nKSUME
Cette Douvelle ploDgea Coite z dans la plus vive affliction , mais elle n'abattit pas son cou rage. Après avoir bien recommande à ses officiers de ne point la répandre parmi les soldats il fit appeler secrètement les chefs des troapei de Tlascala, et leur demanda s*il ne s'étaient pas aperçus de quelque changement dans Fesprii desMexicains» et comment les Espagnols étaieni considérés par ce peuple. Ils hii répondirent que le gros de la nation , tout entière à set fêtes, ne songeait qu'à se rendre agréable au? prétendus amis de son roi; mais que les noblei paraissaient inquiets et soucieux, qu'ils tenaient des conciliabules et semblaient tramer nr grand complot. // serait facile de rompre /<■: ponts, avaientrils souvent entendu dire; et ca paroles et plusieurs autres de la même natun ne leur laissaient aucun doute sur les intentions de Montézuma. Deux de ces alliés avaient en outre appris que, peu de jours auparavant on avait envoyé à l'empereur la tétc d'un Espa gnol, remarquable par sa grosseur démesurée et par son aspect hideux. D'après ces détails , Cortez ne douta pas que ce fût celle d'Arguello, et que le véritable auteur de l'attaqua <le Qualpopoca , fût le monarque lui-même. A
DS L HISTOIRE DTJ MEXIQUE. gt
chaque instant, on pouvait être attaqué. Que faire dans une pareille circonstance? Ce fut la matière d'un conseil secret entre le général et ses officiers.
• H faut, disait l'un, nous retirer mystérieusement. Eloignons-nous, disait l'antre, mais sans crainte, en plein jour, avec tontes nos richesses; Un troisième youlait qu'on restât, jusqu'à ce qu'il se présentât nùe occasion fayorable.
« Amis, s'écrie alors Cortez, en faisant rétrécir le cercle de ses compagnons, étonnons les barbares par une action d'éclat. Saisissons -nous de la personne de l'empereur. Amenons-le prisonnier dans notre quartier. >Ce conseil est approuvé. Lé général se rend auprès du monarque, avec ses principanx capitaines et quelque»' soldats de confiance. Trente hommes d'élite les suivaient de loin , sans ordre , séparés les' ans des autres , et comme attirés par la seule curiosité. Des pelotons étaient distribués, dé distance en distance, dans toutes les rues qui menaient du quartier des étrangers an palkis du souverain; çt le reste des Espagnols, avec les Tlascalans, étaient sur pied, prêts à sortir au premier signal. Cortez et sa suite furent admis, suivant leur coutume ; et les courtisans mexi-
cains se retirèrent avec respect. Alors le généra], élevant la voix, reprocha au monarque d'avoir trempé dans Tattentat commis par un de ses généraux. Il demanda réparation publique de la mort de ses compagnons et de Foutrage fait an roi son maître. Montézuma confondu protesta de son innocence', et ordonna que surle-champ on se saisît de Qualpopoca et de ses complices, et qu'on les conduisît à Tenociititlan. Cortez répondit que cette assurance le persuadait entièrement ; mais qu'il n'en serait pas de même de ses compagnons, et que le seul moyen qu'il eut de les rassurer, était de quit' ter ton palais et d'aller résider au milieu des Espagnols où il serait servi avec toutes sortes d'égards. Montézuma resta muet d'étonnement et d'indignation. « Jamais , dit - il , les princes de mon sang ne se rendent d'euxmêmes prisonniers. Si j'avais la faiblesse d'y consentir, mes sujets ne le souffriraient pas. » La dispute s'échauffa. Elle durait depuis trois heures, et !es officiers espagnols conuneuçaient à craindre que ce retard ne leur devint funeste, lorsque Vélasqucz de. Léon, jeime homme impétueux s'écria ; « Pourquoi tant de paroles ? qu'il marche , ou je lui perce le
DE r*HISTOIAK DU MEXIQUE. 9}
cœur. > Marina était présente. Montézmna loi demanda avec inqniétnde ce que disait œ jeone empc»té. Elle répondit qa*eUe connaissait le caractère eC les intentions des Ë^Mgnols; que, s'il se déterminait à les suiTre , il serait traité avec tons les égards dus à son rang, mais que sH résistait, cette affiiire aurait pour lui des suites funestes. Cette adroite confidence le détermine ; il ordonne qn'cm prépare ses équipages ,* appelle ses ministres, et déclare qu'il va passer quelques jours an c|Uartier des Castillans. « Annoncez, dît-il, que c'est Tolontairement, pour l'intérêt de ma couronne , «t pour Tavantaige de mon empire. • La douleur se peignait sur tous les visages, on irersait des pleurs, on poussait des cris ; mais personne ne faisait le moindre mouYement pour délivrer le prince. H disait, d'un airdegaîté, qu'il aUait se divertir avec ses amis les étrangers. La foule remplissait l'avenue du quartier ; il la fait disperser, et publie que qnioon(pie occasionnera du trouble, sera, sur-le-çhai%p., puni de mort.
Ce n'était encore U que le prélude des outrages dont le pusillanime monarque devait être abreuvé. Qnalpopoca , ton fils , et quatre
de ses principaux officiers arrivent dans la capitale chargés de fers. Ils sont lâchement livrés à Cortez par Montéznma Ini-méme , par Montézama, le seul auteur du crime dontils sont accusés. Un conseil de guerre espagnol s'assemble pour les juger. La sentence était prévue ; ils sont condamnés à être brâlés vifs, pour avbir exécuté les ordres d*un roi si peu digne de les commander. Cet arrêt est aussitôt exécuté, sur un bûcher formé de toutes les armes amassées dans les ^arsenaux de Tétat ; il est exécuté» en présence d'an peuple innombrable, muet spectateur : de tant de «cruauté. Au moment du supplice, Cortez entre dans Tappartement de l'empereur, suivi d'un soldat qui porte des chaînes. Il s'approche d*un air sévère :
« Les condampés, dit-il au monarque, vous accusent d'être le premier auteur de l'attentat. Expiez votre faute par une mortification personneUe. » Sans attendre sa réponse, il ordonne qu'on lui mette des fers, et sort. Le monarque, qui avait toujours t:ru sa personne inviolable , exhale sa douleur en longs gémissemens. Ses courtisans, muets d'horreur, se jettent à ses pieds , les baignent de larmes ; et soutenant ses fers, ils s'efforcent, avec une tendresse respec-
tueme, d'en rendre le poids pins l^er. L*exfécation terminée^ on les hn dtie; et œ prinoe, qm ▼ieot de p l eum oonime me femme, pane subitement anx tran^ioils de la joie la pins indécente, anx hiMciif I de la phis scrrile gratîtnde. n de m e ura depms lors abattn et soumis. iSan. Les E^iagnolsy à Ibroe d'adresse, hn r«S— rrnt croire, ainn qu'à ses si^ets, d*mie cntitre fibcrté. Les mimstres Tt
conseil comme à FosdiBaire ; les couiti- ; aTaientlemdme accès auprès de laL Cortex psufitait habilement de m position. D choisissait qochpies-unsde ses compagnons, qu'il en- ▼oyait TÎsiter les proiinces , Mexicains désignés par le servir à la fais de gndes et de déimsams. Ds pnrooorarsnt de faites régions, en
nèrentle sol et les pcodnil% liislingnfuni les districU qui fiimaianiiBt 1 or et rargent, reconnurent les lieux les phu propres anx colonies et i^eHuicèrcnt snrtout de préparer les espntsÀ ht domination espagnole. CiRtes, de son cAlé, dnfiuble Jfontéxuma la d g itilutio n magistrats qm s'étaient fiût remarquer par talens et par leur indépendance, k «ne de
sans énergie, qui, dans tous les gouyememen, se précipitent au deyant de Tesclayage, de que que part qu'il yienne , pouryu seulement qi ses chaînes soient dorées.
Le général espagnol n'ayait pas été jui qu'alors sans s'aperceyoir combien il lui iu portait d'être maître des lacs, dans le cas c les Mexicains, secouant le joug étranger, prei draient les armes contre ceux qui le leur avaie imposé, et rompraient les chaussées qui condu saient à la terre ferme. £n entretenant le prin< de l'art meryeilleux de la nayigation, il lui in pira^le désir' de yoir ta palais mouyans qu sans rames, marchent sur les eaux. On enyo' chercher une partie des agrès de la flotte d posés à la Yera-Cruz ; on fit couper et prépar des bois. Les charpentiers espagnols eure bientôt construit deux brigantins, qui furen pour Montézuma, l'objet d'un amusement fi yole, et pour ses hôtes , l'espérance d'un uti secours. Dès lors, les Européens ne permire pas seulement à l'empereur quelques prom nades dans la yille , quelques yisites aux pri: cipaux temples; il eut encore la faculté de n yiguer sur les lacs , et même de chasser s leurs bords, accompagné d'une faible escorte.
DE L'HISTOt&E DU MEXIQUE. ^'J
Enhardi par rascendant qu'il a pris sur Teflprit de Montézama, Cortez le presse de se reconnaître Tassai du roi de Castille, tenant sa couronne de lui, et s'obligeant à lui payer une redevance annuelle. Les grands de Fempire furent convoqués; le prince leur rappela les prophéties , et leur déclara que les Espagnols étant le peuple désigné par Toracle , il était résolu à reconnaître les droits de leur souverain sur le Mexique et à mettre son sceptre à ses pieds. Durant ce discours, les soupirs , les sanglots , lui coupèrent plusieurs fois la parole. L'assemblée resta d'abord muette d'étonnement ; un murmure d'indignation s'éleva ensuite; et tout semblait présager un dénouement sinistre, lorsque Coitez, se levant avec vivacité, protesta que l'intention du roi son maître n'était pas de priver Montézuma de sa couronne, ni de rien innover dans la constitution de l'Empire. Cette assurance étayée de la crainte qu'inspiraient les Espagnols, et de la soumission qu'affectait le monarque , arracha à l'assemblée son consentement. L'acte de foi et d'hommage fut accompagné de toutes les cérémonies qu'il plut aux Castijlans de prescrire, et d'un présent magnifique offert par le prince et par ses sujets.
g8 RESUME
On fondit Vot et Targent; et ces métaux, ahïtraction faite des bijoux et ornemens , montèrent à six cent mille pesos, hes soldats attendaient impatiemment le moment du partage.
Mais lorsqu'après avoir défalqué de la masse un cinquième pour le roi d'Espagne , un autre cinquième pour le .général , le montant des sommes avancées à l'expédition par Vêlasquez, Cortez et plusieurs autres, le reste étant distribué aux troupes , y compris la garnison de la Vera Cruz, ils virent que la part de chacun d'eux ne s'élevait pas au-dessus de cent pesos, leur mécontentement ne connut plus de bornes. Plusieurs refusèrent ce qui leur était échu en partage ; d'autres accusèrent le chef d'avoir détourné une bonne partie de la somme à son profit. Peut-être ce reproche n'était-il pas sans fondement. Quoiqu'il en soit , le trésor amassé ne répondit pas à l'idée qû^on s'était formée dés* richesses du Mexique; et l'on ne doit pas s'en étonner^ puisque , parmi les Mexicains, l'or et l'argeiit n'étaient pas comme chez nous la mesure de la valeur des autres marchandises, et qu'on ne les employait qu'en bijoux, en marques de distinction et en offrandes à la divinité. Cependant, ils ne se con^
DE l'histoire du MEXIQUE. Qg
tentaient pas, comme on Ta prétendu, de les re^ cueillir à la superficie du sol ,. dans le lit des £euves et dans les ravins ; ils entreprenaient aussi des travaux souterrains, ouvraient des galeries, et possédaient des instrumens pour fendre les rochers (i).
Une démarche téméraire faillit un instant priver Cortez des fruits de son habileté. U avut obtenu de Montézuma qu'on ne servirait plus de chair humaine sur sa table ; mais il entreprit de le déterminer à cesser les sacrifices. Il fit plus. Animé de tout le zèle d*un fervent missionnaire, il le pressa de renoncer à ses faux dieux et d'embrasser le christianisme. Lo prince rejeta cette proposition avec borreur« Le général furieux se met à la tête de ses meil» leurs soldats, et jure de renverser les idoles du grand temple; mais les prêtres s'arment, le peu** pie accourt à leur voix, et l'audacieux étranger est forcé de renoncer à son entreprise, après avoir seulement arraché une idole de son piédestal, et l'avoir remplacée par l'image de ]sL vierge Marie.
Les Mexicains avaient soufïert , presque sans
(i) Mt de Humbold , C, xi , L. ly.
lOO RESUME
se plaindre, remprîsonnement de leur roi. Ils trouTèrent qu'il n'existait pas de peine assez forte pour Tenger l'outrage fait à leurs divinités^ n fallut tonte l'adresse de Cortez, pour réprimer les passions que son fanatisme avait soulevées. Guaubtemotzin ou Guatimozin , neveu de l'empereur, profitant de l'effervescence des esprits, entreprit de délivrer son oncle. Il aurait peut-être réussi , si Montézuma , craignant la découverte du complot tramé en •a faveur, ne se fut hâté d'en donner avis à tes geôliers. Le jeune prince, qui était cacique d'une ville importante, fut déposé. On eut grand soin de faire savoir à son successeur, qu'il devait son élévation au chef espagnol.
Les premières craintes passées , l'empereur continuait à avoir de fréquens entretiens avec les prêtres et les grands de l'état. Excité par leurs discours, il fait appeler Gôrtez et lui dit « que l'objet de son ambassade étant rempli , la volonté des dieux , et le désir des peuples exigent qu'il parte avec son armée. » Une semblable proposition, de la part d'un prince aussi pusillanime, annonçait un nouveau complot.
Le général répondit sans hésitation qu'il y avait df^jà pensé ; mais qu'ayant brûlé ses vaisseaux »
il lui féXLàïï le temps <l*en construire d'antres, La réponse parut raisonnable. L'empereur envoya à la Vera-Cmz, des ouvriers mexicains pour couper des bois sous la direction de* quelques charpentiers espagnols, auxquels Cortez, avec l'apparence d'un grand empressement, donna l'ordre nie mettre dans leurs travaux le plus de lenteur possible.
U lui importait de gagner du temps jusqu'à l'arrivée des officiers qu'il avait dépéchés au roi d'Espagne, pour mettre à ses pieds les productions du Mexique et obtenir la confirmation d'un pouvoir qui n'était pas légal. Tout à coup on lui mande de la Vera-Cruz que dix-huit voiles paraissent à l'horison.Cortez, ne-dontant^ pas que ces vaisseaux portent ses envoyés avec de puissans secours , se livre à une joie immo* dérée. Mais un nouveau courrier la trouble bientôt, en lui annonçant que cette expédition^ qui consiste en quatre-vingts hommes de cavalerie, huit cents hommes d'infanterie dont quatre-vingts mousquetaires , cent-vingt arbalétriers et douze pièces de canon, a été formée par Yélasquez , et que Narvaez, qui la commande , est chargé de se saisir de lui et de ses principaux officiers, de les envoyer prisonniert
I03 BESUME
à Cuba, et d'achever la conquête au nom du gouverneur.
Trois soldats, chargés de la recherchée des mines de ce district, se joignent aux forces de Narvaez, et, suivant Tartiâçe bas et grossier de de tous les déserteurs, lui peignent Cortez dans une situation fort difficile. Plein, de confiance dans leurs rapports , il envoie Tecoîésiastique Guevara sommer la Vera-Cruz de se rendre.
Ce parlementaire s'acquitte si insolemment de ses pacifiques fonctions , que le gouvemetu* s^empare de lui et de ses compagnons , les fdit enchaîner, et les adresse k son général. Cortez sort à leur remcontre , fait tomber leurs fers , condamne la sévérité du gouverneur de la Vera - Cruz , et les comble de présens. Il dut à cette adroite politique la connaissance exacte des forces de Narvaez. Le danger était pressant. U ne s'agissait plus de quelques milliers d'Indiens à demi -nus, mais d'une armée aussi brave, aussi bien disciplinée, et beaucoup plus nombreuse que la sienne, commandée par un officier intrépide, et agissant au nom et par l'autorité du monarque. Le courage de Cortez n'en fut pas abattu. Voulant c^)endant tenter ]aL voie des négociations avant d'en venir aux
DE l'histoIrb du uexique. io3 mains avec des compatriotes, il dépêcha à son riyal son aumônier Olmedo, qui a*était pas moins recommandftble par sa sa^sse que par le ca^fctèr^ donjt il était revêtu. Ses propositions ^ fur^t fiial aocneUlies.; et ce ne fut pas sans peine qu'on empêcha Narvaez de le maltraiter^ l^^si que ses compagnons. Ceux*ci furent m^eux^rçÇMftjdes. soidatar Us apportaient diffé<p TÇfx\^ ]let^refl^.de lei^*s chefs à d'anciens amis, accompagnées de hijoux, d'anneaux, de chaînes d'or. Il n'en fallut p^s. davantage pour décider quelqv.esruns d'entre eux à se prononcer en faveur d'un . accommodement. D'autres , pav ajmour du hiçij^ pjol^lic, étaienl.d'ayÎA qu'il con* venait 4e nietti|) tout . ^ cçtt?jie..pouir prévenir ime guerre civile , qui ruin^ait infailliblement la puissance espagnole dans une contrée où elljB éjudt^ peine étah.Uc.. Mais Narvaez ne Toi!k> lut rien écouter. Un acte public déclara Gortez et ses partisans, rebelles et ennemis de leur pays. Ce général y ayant en vain essayé toutes les voies d'accommodement^ se détermina à rentrer en campagne.
En quittant la capitale , il y laissa cent cin-» quante hommes , sous le commandement d'Al*»
varado, ofQcier courageux > et respecté dea
Io4 AESUMi
Mexicains. Cette poignée de braves devait surveiller une population immense et garder un monarque prisonnier. Avant de prendre congé de l'empereur, Cortez chercha à lui faire croire que ce nouvel ambassadeur était seulement envoyé pour donner du poids aux négociations , que c'était son ami , son compagnon d'armes , et qu'après une courte entrevue , ils repartiraient ensemble. Montézuma , craignant de laisser percer sa défiance, ne répondit rien , et promit de rester au roiHeu des Espagnols. Cortez se fiait moins à sa promesse qu'aux ordres qu'il -donnait à Alvarado.
Les troupl^ de Cortez , après leur jonction avec la garnison de la Yera-Cruz , ne s'élevaient qu'à deux cent cinquante hommes. Comme il comptait avant tout sur la célérité de ses mouvemens , il prit peu de bagage et d'artillerie ; mais , redoutant la cavalerie ennemie , il résolut d'employer contre elle de longues piques très fortes , qu'il avait remarquées chez les Indiens de Chinantla. Il s'avançait vers Cempoalla , dont Narvaez s'était emparé ; et , à chaque halte , ri renouvelait ses propositions pacifiques. Ces fréquentes communications lui fournirent les moyens de séduire quelques offi-
DS L*HI9TOIBB DU MEXIQUE. Io5
ciers par des présens, d'en gagner d'autres par son apparente . modération , et de les âblonir tous par la yrue de ses soldats , <»nyerts de bracelets , de chaînes et d'autres bijoux d'or. L'armée ennemie, à l'exception de son chef et de quelques-unes de ses créatures , penchait pour un accommodement. Narvaez, irrité, mit à prix la tète de Cortez et celles de ses principaiix capitaines.
Cortez , brarant ses menaces , Tint asseoir son camp yis-à-yis le sien , sur. le bord de la ririére des Canoas. On était dans la saison des pluies ; elles tombaient par torrens ; les soldats de Narraez , novices encore dans le service militaire , se plaignaient si hautement de se Toîr exposés y sans motifs , aux rigueurs de l'atmosphère , que leur général consentit à les faire replier sur Cïempoalla. I^es mêmes droonstances déddèrent Cortez , et ses infatigables compagnons à tenter une entreprise qui devait terminer la guerre d'un seul coup. U divisa sa petite année en trois pelotons , chargés , le premier, de s'emparer de l'artillerie placée devant laprincipale tour du temple , où était le quartier ennemi ; le second , d'attaquer la tour et de soutenir le choc du premier ; le troisîàiie ,
To6 AÉSUME
formant la réserve , de se porter partout où besoin serait. Ce ne fut pas sans difficulté qu*on passa d*abord la rivière des Canoas, gros* sie par la pluie et les torrens; les soldats avaient de Teau jusque par-dessus Tépaule. Us s'avancèrent ensuite silencieusement , sans tambour, sans aucun bruit guerrier , ayant chacun un poignard , une épée et une pique de Chinantla. Narvaez u*avait laissé que deux sentinelles ; Tune fut prise ; Tautre arriva dans la ville assez tôt pour donner Talarme ; mais on nç crut pas à son ^apport. Il ne fallut rien moins que le cri des assaillans , pour prouver que ce n'était pas une chimère. La promptitude de l'attaque fut telle , que le premier peloton , après avoir essuyé une seule décharge , s'empara de Tartillerie et marcha vers la tour.
Convaincu , trop tard , de la réalité du danger , ïfarvaez s'arme à la hâte, et encourage ses soldats. Le second et le troisième pelotons de Cortex soutiennent le premier. Le chef prend les devans , conduit et presse la charge. Ce petit coins présente, avec ses piques, un front impénétrable ; il renverse tout et va gagner les portes , lorsqu'un soldat , mettant le feu aux roseaux dont \s^ tour est couverte , force Nar-
DB JLHISTOIBE DU MEXIQtJB. toy
▼aez d*eo sortir. Une pîqae le blette à Tonl ; ii est terrassé et mis aux fers.
A rinstant, des cris de victoire retentissent; ceux qui ont accompagné Narraez dans sa sortie , ne se défendent plus que faiblement. La terreur et la confusion régnent parmi les gaerriers qui occupent les deux petites tours du temple. L'obscurité les empêche de rien distinguer. Leur propre artillerie les foudroie. Ces myriades d*insectes lumineux, qui éclairent les nuits du tropique, leur paraissent autant d'ennemis qui s^arancent avec les mèches de leurs arquebuses enflammées. Ils ne pn>> longent pas davantage une résistance inutile ^ les soldats obligent les chefs à capituler; et avant le jour , tous avaient déposé les armes. ( i)
Cette victoire coûta deux hommes au vain^ qoeur ; le vaincu perdit deux officiers et quinze soldats. Les compagnonsdeNarvaez, furent traités en amis et en compatriotes. On leur donna le dioix d^étre renvoyés à Cuba , on de suivre le parti de Cortez. Cette dernière ofifre, appuyée de qadques présens et de beaucoup de promesses^
(i) Herrera , Décad. — SoUs , blst. — Diaa, hist.
I08 KBSUMÉ
fut acceptée par tous, à Texception de quelques créatures de Narvaez. C*est ainsi que Cortez échappa à une perte qui paraissait certaine , et se vit à la tête de plus de mille Européens. Ce serait nier l*éyîdence, que de prétendre que lès trésors du Mexique n'entrèrent pas encore pour beaucoup dans le résultat de cette courte campagne.
Depuis le départ du général , de grands événemens avaient eu lieu à Tenoclititlau ; les Mexicains avaient tenu des conciliabules et ourdi des conspirations. Alvarado, au lieu de mettre en œuvre cette adresse au moyen de laquelle son chef savait si bien maîtriser les esprits , attendit la célébration d'une fête solennelle ; et tandis que , suivant Tusage , les citoyens les plus honorables formaient des danses dans la principale cour du grand téocali, il s'empara de toutes les avenues , fondit sur cette foule désarmée, dépouilla les chefs de leurs joyaux les plus précieux, et les passa tous au fil de Tépée, à l'exception d'un petit nombre qui réussit à s'échapper par les toits des b&timens voisins. Tant de perfidie , tant de cruauté allumèrent la rage des Mexicains. Tous s'excitèrent mutuellement à la
t)E L^HISTOIlElE DU MEXIQUE. I09
\engeance ; anciiii d'eux ne craignit de braver le danger qoi menaçait le fonyerain prisonnier des Espagnols , ni cdni auquel il s'exposait lui-même en s'armant contre un adversaire si redoutable. La terre semblait enfanter des soldats. On se précipita snr les brigantins, on les mit en pièces , on attaqua les Espagnols dans lears quartiers, on en tua plusieurs , on en blessa un plus grand nond>re. Enfin , on pcmasait iea assauts avec tant de furie , que f malgré leur courage , Aivarado et les siens se voyaient à la veille d'être accablés par la multitude , ou de périr de famine.
Cortez n'eut pas plutftt appris ees sinisti«es Rouvres, qu'il partit de Cempoafla^ suivi de toutes ses forces , avec une rapidité égale anmoins à celle qu'il avait mise à coorir au devant de son rival Deux mille Indiens d'élite le joignirent à TIascala. En entrant smr le territoire de Tenocbtitlan , il s'aperçut que le peuple était bien- changé à l'égard des Espagnols , et qu'à l'amitié dont il leur avirit donné tant de preuves, avait succédé la haine la plus opiniâtre ; tout fuyait devant lui. Ses yeux chercha'ent en vain ces témoignages de respect d«>nt <;on co?iir s'ttait enivré. Us ne reacoa-
I lo nésuME
traient que ia solitude et le silence ; c'était la seule Tengeanoe que cette nation trop simple tirait d*an ennemi qui l'ayait tant outragée ; peu fiûte à l'art des combats , elle ne prenait aucune mesure pour sa sûreté. L'expérienoe xre Tavait pas même éclairée sur la faute qu'elle avait commise en recevant les Européens dans sa capitale ; et an lieu de rompre les chaussées pour enfermer AWarado et arrêter la marche de Cortex 9 elle laissa ce dernier rentrer paisi^» blement dans la place , et prendre possession de son ancienne demeure.
Le général espagnol, enivré de son triomphe, non seulement ne rendit pas visite à Montétuma ; mais encore il ajouta à cette insulte les expressions du plus grand mépris pour ce prince et pour sa nation. Quelques Mexicains, qui avaient appris un peu de castillan , les rapportèrent à leurs compatriotes. Dès lors, le peuple court de nouveau aux armes avee plus de fureur que jamais; et se précipitant sur un détachement considérable qui traversait la ville sans défiance , il le force de se retirer en désordre. Il revient le lendemain , avec toute sa pompe guerrière, attaquer la forteresse. La. multitude des assaillans et leurs
DK L^HTSTOIHE DU JtfEXIQUB. II r
cris de rage répandent Tef&oi dan* les csiirs ; vainement Tartillerie, disposée «Tec régnlerité et senrie avec le plus grand soin , en emporte une foule à chaque décharge ; l'impétuosité de ces hommes nns ne se rallentit pas ; les uns jettent des grapins de fer au parapet , et suspendus à une corde, revivent le coup mor* tel; d'autres, aussitôt que le canon vient de tirer , se glissent dans l'embrafore , et jnsqu*à la gueule de l'instrument fatal ; de nouveaux assàillans remplacent ceux qui périssent, et périssant à leur tour , sont à leur toor remplacés par d'autres aussi intrépides- et non moins avides de carnage. Coites» fatigué de ces attaques continuelles , résolut un coup de niain désespéré. Les Mexicains, ayant , selon leur coutume, cessé leurs hostilités aux approcbfil de la nuit , il profita de ce temps conaacré au repos , pour tenter une sortie à la tête de te» meilleures troupes ; mais il trouva l'ennemi pré* paré. Des renforts lui arrivaient de toutes les provinces. Conduits par leurs nobles et fanatisés par leurs prêtres, ces vaiilans guerriers défendaient leurs temples et leurs foyers, sous les yeux de leurs dieux , de leurs femmes « de Uurs cnfans. Cependant, malgré leur grand
nombre, malgré ce mépris de la moit qui le»
rendait si terribles, ils ne résistaient pas en plaine aux armes et à la tactique européennes; mais dans les me» étroites, leur supériorité était assurée; et les Espagnols, accablés de flèches et de pierres lancées des toits, étaient contraints de te replier sans cesse. Une multitude prodigieuse de Mexicains avait été passée au fil de Tépée ; plusieurs quartiers de la ville étaient devenus la proie des flammes ; lorsque les Européens , pressés par des forces toujours renaissantes, rentrèrent dans leur demeure, amenant avec eux 60 blessés, et ayant laissé 12 morts sur leurs divers champs de bataille. Une seconde sortie, entreprise avec des forces plus considérables , ne fut pas plus heureuse ; le général y fut blessé à la main.
Cortea ne pouvait, ni garder sa position , ni tenter une retraite incertaine. Il crut que la médiation de l'empereur calmerait le peuple irrité. Le lendemain marin, au moment où Tatiaque allait recommencer, ce faible prince, instrument impassible de sa honte et de l'esclavage de sa nation , parut sur le rempart des Castillans. Il était assis sur im trône d'or; le bandeau royal crignait encore son front ; le
i)B jl'histoire du AIFXIQUE. II-3
âceptre brillait dans sa main. A cette irae, le» Mexicains étonnés gardent un morne silence ; ils laissent tomber leurs amies; ils iDclioent la tête; ils se prosternent avec respect. Le pcÎBce les conjure de calmer leur fureur. Des murmures, des reproches , des menaces se font en^ tendre. Il veut parler «icore; une grêle de flèches et de pierres obscurcît Faii^ et avant que les soldats espagnokraieat couvert delennboadiersy une pierre le frappe à ht tempe et le renverscLes remords succèdent bientôt k Foutrage. Lé peuple s'enfuit, épouvanté de son crime, et redoutant la vengeance des dieux. Les Espagnols porterait Montéxnma dans son appfnrtenait ; Cortez essaya de- le consoler; maii ce .fut en vain : il refusa opiniâtrement tonte- nonrriture , arracha l'appareil de sa plaie, et mourut en repoussant avec dédain les efforts de ses ennemis pour lui faire embrasser le christianisme. Il fallait aux Mexicains un monarque dont la haine pour les Espagnols ne connût pas de jMunes; l'unanimité des suffrages décerna le sceptre à Guitlahuatzin (i). Ce prince signala
(i) Et non Quctlavaca « comme récrivent la plupart des historiens , qui semblent se faire
Il4 RÎSUMB
son ayénenent par la reprise des hostilité!. On s'empara d'one haute tour dn tëocalli, Toîsin du quartier des étrangers; et Ton y posta les princqMUTC guerriers de Tempire.
Aucun Européen ne pouvait plus se montrer sur les remparts, sans être exposé à leurs traits. Cortez charge un détachement de ses meilleures troupes de déloger Tennemi de cette position importante. Trois fois repousses, les Espagnob perdent beancofip de monde. Alors Cortex se foit attacher au hras son bouclier que sa Ucsinre l'empêchait de tenir, et se précipite an fort dk la mêlée. Ses compagnons le sairent. Tout cède devant eux. LesMexicaiiis , repousses jusqu'au haut de la tour, se réfugient sttr la plate forme qui en couronne le latte. Ce lien devient le théâtre d'un horrible carnage. Deux jeunes Mexicains, déposant les armes, accourent à lui et embrassent ses genoux. Il les regarde comme des désertemv supplians ; il leur lait signe qn'il leur pardonne ; mais plus prompts que l'éclair, ils le saisissent et dierchent à l'en-
un plaisir de défigurer les noms propres. Il élaî oncle de Quauhtemotzin ou Qnatimozin , so successeur.
DE l'bistoibx dv xkxiquk. xi5 traîner avec eux. Cott» le dérobe à leurs étreintes , et ie rcteiMiit à la baloflrade, let laisse se précipiter senb dans rabime. Maître de la tonr, il la livre anx flammes» et rentre dans ses quartiers pom- traraillcr aux prépaMtifr de in retraite.
Elle devenait cliaqoe jonr plus urgente. Déjà les Mexicains barricadaient les mes et détruisaient les ponta. On délibén si l'on partirait de jonr on de nuit. Le dernier moyen fat préféré, à canse de U vieille sopcrstiticm de l'ennemi , ijoi ne Ini permettait pas de combattre dans les ténèbres. On se mit donc en marche vers minuit, par trois pdotons. Cortex coni mandait œlnidn centre, oè se trmnraîent, parmi un assez grand nombre de prisonniers, m fils et deux filles de Montéxnma, quelques nobles de distinction Fartillerie et le bagage. On avait un pont volant de bois, afin de frandiir les parties^ chanisfei ron^nes. On suivit ainsi, dans le plus profiood silence, la digne qui conduit à Tlacopan. (Tétait la moinf longoa et la moins endoBunagéo, -attenda qu'elle était la plus éloignée de Tlascala et de la mer. On arrive sans accident à la premitee rupture ; mais U , tandis qu'on s'oocopa à établir le pont et à £ure
passer (es chevaux et l'artillerie , Tair est troU'« blé par le 6on rauque d'une multitude d'instnimens guarien; des cria saunages y répondent; le lao se couyre de' canots de toutes dimensions; des flèsdiei, des pierres pleuvent de tontes parts. Le pont de bois s'enfonce tellement sous le poids de l'artillerie, 'qu41 devient impossible de le dégager. Les Espagnols troublés s'avancent précipitamment vers la. seconde brèche; mais bien qu'ils se défendent avec leur- intrépidité ordinaire, resserrés sur une chaussée étroite et environnés d'une profonde obscurité^ ils ne peuvent plus faire usage de. leurs armes. La ville entière était à la. poursuite de ses oppresseurs. Ceux d'eiitre les habitans cpii ne pouvudent les approcher, poussaient sur eux leur& compatriotes. Les Castillans, pressés à la fois par derrière et par les flancs , firent d'abord un grand casnage; mais le torrent grossissant toujours , ils commencèi»nt à pliez;. Le désordre fut bientôt général : fantassins et cavaliers, officiers et ennemis, tout est mêlé, confondu; et de toutes parts on succombe, saiifi savoir par quelle main on est frappé.
C'était beaucoup d'avoir rompu les ponts; mais il fallait encore jeter des troupes à leur ex-
OE l'hISTOI&S du MEXIQUE. II7
trémité. Si cette précaution eàt été prise, les Espagnols et leurs alliés auraient tous péri dans cette nuit. U n'en fut pas ainsi. Cortez» avec une centaine de fantassins et quelques cayaliers, réussit à franchir les deux dernières brèches sur des corps morts. Harassé de fatigue, il toun che enfin la terre ferme ; il range aet soldats en bataille à mesure qu'ils anÎTenl , et protège la retraite de ccfnx que poursuit l'ennemi. A ses oreilles retentissent les cris des malheureux qui, pris vivans , étaient menés en triomphe pour être sacrifiés aux dieux. ÀTant le jour, tout ce qui avait édiappé se trouva réuxâ âTacuba. A la Yue de ces tristos débris déoomagés , couyerts de sang et de blessures, des Uumes s'échai^ent des yeux de Cortex. Plusieurs offiders de mérite ayaieot péri dans cette funeste retraite. Plus de deux mille Tlascalans, et presque tous les cheyaux, n'existaient plus. L'artillerie , les munitions, les bagages étaient perdus. On n'avait sauvé qu'une très-faible partie des trésors. Ce fut la cause principale de cette défaite, plusieurs soldats s'étant teUement chargés d'or, qu'ils n'avaient pu ni combattre ni fuir. Cette nuit de désolation est encore appelée Nocke triste par les Espagnols.
! l8 bksume
Cortez se trouvait alors à Touest du lac. Tinscala , le seul lieu où il pût 'espérer d*étre bien accueilli , était à 64 milles à Test. Un soldat de cette république s'offrit pour lui servir de guide. Il le conduisit à travers un pays, tantôt marécageux, tantôt coupé de hautes montagnes, dénué de tovte culture et presque privé d'ha* bitans. Ses compagnons, forcés comme lui de vivre de baies sauvages , de racines et de mais vert , l'importunaient de leurs plaintes oonti* Quelles. Il ranimait leur courage abattu, et repoussait à laor tête les troupes mexicaines qui ne cessaient de les harceler. Après six jours de marche, ils arrivèrent à Otumba , non loin de la route qui conduit 4d Mexico à TIascala. L'ennemi inquiétait leur arfière garde; et parmi ses vociférations injurieuses, on remarquait ces mots : « Allez , brigands ; allez plus loin. Vous trouverez bientôt la punition de vos crimes. > Les Espagnol ne comprirent le sais de cette menace, que, lorsque , arrivés sur une hauteur, ils virent se dérouler devant eux une vaste plaine couverte d'une armée innombrable.
« Compagnons, s'écria Cortez, ici il faut vain> cre ou mourir. Point de crainte ! Dieu combat pour nous. » A ces mots , il fond sur les Mexi-
DE L HISTOIRE DU MEXIQUE. Ijg
Oftias qui l'attendent avec fermeté. La discipline européenne renverse les pins épais bataillons; mais d'autres prennent leur place; et la fatigue accable les Castillans, iim ne présagent pas le ter> me de leurs travaux. Heureusement, Coriez voit s'avancer le grand étendait de l'empire , <{u'on ne mettait en campagne que dans 1m occa«ons importantes, et auquel, suivant ropimon de ce peuple, était attaché le sort de la bataille. Il assemble ses meilleurs officiers, se jdaoe à leur tête , s'ouvre un passage, frappe d'un coup de lance le chef qui le porte et le fait rouler dans la poussière. Un ELspagnol descend de cheval, l'achève et saisit l'étendard. La tCEcrenr s'empare de cette multitude; toutes les enseigiMs s'abais» sent ; chacun dépose les arines, et tout fuit vers les montagnes. Le carnage fut horrible. Dé deux cent mille hommes , il en resta pha de vingt mille sur le champ de bataille. Les £^ar gnols ne perdirent que douze soldats.
Après la victoire , ils rentrèrent sur les terres de Tlascala, où ils furent accueillis avec coi^ialité. La réptibliqne avait refusé l'alliance de Cuitlahuatzin , successeur de Montézuma ; et dansce moment p elle armait pour envoyer au secours des Espagnob. Là , Cortez aj^it
que seul il n*avait p» éproaTe les terribles effets du ressentiment des Mexicains. Un fort détachement » qui se rendait de Cempoalla à la capitale, avait été détruit par les peuples de Tepeaca. Un parti moins nombreux, qui apportait k la garnison de la Vera-Cmz sa part au butin de Tenocbtitlan , avait été surpris et massacré dans les montagnes ; mais cette colonie n'avait pas été attaquée , et les peuples de Cempoalla et de Tlascala restaient fidèles à leurs anciens alliés. Enfin, il avait encore sous tes ordre» un c()rps aussi considérable que celui à la tête duquel il s'était ouvert un cheminr an eœur de l'empire. Il tira de la Vera-Cruz quelques munitions et deux ou trois pii^rcs do campagne. H dépêcha quatre vaisseaux dr Narvaex , à Hispaniola et à la Jamaïque , pour y prendre des aventuriers , des chevaux , de la poudre, et d'autres munitions de guerre.
Enfin, convaincu que le seul moyen de reconquérir Tenochtitlan était de s'emparer du Inc . il donna ordre de couper , dans les moiiingne< de Tlascala, des bois pour la construction do douze brigantins.
Ces préparatifs étaient insuffifuins conti-e Tennemi qu'il se proposait de coinbaître. I.e
DE L IIISTOIRK DU SCEXIQUE; I3f
liasard Tint encore une fois à son secours. Le gouverneur de Cuba , ne doutant pat du succès de Texpédition de Nanraez , lui ayait envoyé deux petits yaisseaux, de nouYcUes instructions , des hommes, et des munitions de guerre. Le gouverneur de la Vera-Gruz les attira adroitement dans ce port , et coDvainquit les soldats de TaTantage qu'il y aurait pour eux à se rallier an parti de Cortex. Cette expédition fut proœptement suivie d'une autre, composée de trois yaisseaux de plus grande dimension , armés par François de Garay , gouTemeur de la Jamaïque , dans l'intention de dérober au conquérant une partie de w gloire. Ut abordèrent d^abord sur une 4>6te sauvage , habitée par vue nation féroce et guerrière.
Forcés de remettre à la Toile , ils furent contraints par la famine de se réfugier à la Vera- Cruz , où ils devinrent encore la proie du lieut^iant de Cortez. Enfin» un vaisseau marchand toucha à la Nouvelle-Espagne, chargé de nwiitionsdeguerre.Cesévénemens inattendus nûrent le général castillan en état de renToyerquelqiies partisans de Narvaez , qui ne le suivaient qu'à regret. Après leur départ y il setrouva encore À la tête cinq cent cinquante hommes d'infanterie»
fSl RÉSUMÉ
dont quatre-vingts armés de mousquets et d' balètes, quarante cayaliers, neuf pièces de can de campagne , dix mille Tiascalans et aut Indiens. C'est avec cette petite armée q rentra en campagne le a 8 décembre , six m après son départ de Tenochtitlan (i).
Guitlahuatzin vit l'orage qui se formai Tlascala, et mit tout en œuvre pour le c< jurer. Lies quartiers de. la ville détruits par Espagnols furent réparés ; de nouvelles fort cations s'élevèrent ; les arsenaux se remplir d'armes; les épées et les poignards pris i «nnemis furent ajustés à de longues piqu dont il se proposa de faire usage contre cavalerie. Il exhorta les habitans de toutes provinces h combattre l'oppression étrange et pour les encourager , il promit de exempter de toutes les taxes imposées par prédécesseurs: faible moyen auquel tous souverains ont recours au moment du dan^
Aa milieu de ses préparatifs guerriers , roi fut emporté par la petite vérole, fi< européen, dont la Nouvelle-Espagne est re<
(i) Herrera , Cron. — Solis , hisf. — B. Dî hist
DE L*HISTOIBE DU UEXIQUE. 12^
Table à tes conqaérans. La nation porta unanimement an trône Qoanhtemotzm on Quatiniozin, ce même caciqiie» neveu de Montéznma, qne Cortez fit priver de sa dignité, pour aToir entrepris de tirer son onde de prison. Quoique jeune , il était déjà célèbre par son mérite militaire. On lui connaissait d'ailleurs beaucoup de vertus f sans mélange de ces yices ^i accom- |.«agnent ordinairement le pouvoir absolu (a). Cortez, à son entrée sur les terres du Mexique, rencontra quelques obstacles que ses troupes renversèrent aisément Elles s'emparèrent de Tezcuco , seconde ville de Tempire , située sur les bords du lac, à vingt milles de Tenocbtitlan. Là fut établi le quartier généraL Pendant qu'on s'occupait de la construction des brigantius. Certes travafllait à soumettre plusieurs cités voisines, réteomient fortifiées par les Mexicains. Un plus grand nombre cédèrent à des moyens plus doux. Elles avaient été autrefois capitales de petits états iiidépendans ; et c'était avec repugnanee qu'elles portaient le joug de l'empire. Il promit de les en affiranchir , si elles voulaient embrasser son parti. Ces nouveaux auxiliaires
(a) Anqnetily précis^
augmentèrent Tarmée , et fournirent au camp des provisions abondantes. Quatimozin fît de vains efforts pour arrêter cette désertion.
Cortez préludait ainsi à la conquête de la capitale du Mexique , lorsqu'une conspiration fut ourdie contre lui par ses propres soldats. Après s'être procuré la liste des conjurés , il fît pendre le chef seul, et déclara à Tarmée que les plus affreux tourmens n'avaient pu lui arracher les noms de ses complices : admirable mélange de grandeur et d'adresse , trop rare malheureu^ment chez les hommes revêtus du pouvoir I
Les officiers envoyés à Hispaniola n'avaient pas perdu de temps. Deux cents soldats, quatrevingts chevaux , deux pièces de siège , beau-» coup d'armes et de munitions , venaient d'arriver à la Vera-Cruz; cet heureui^ événement décida Cortez à hâter les préparatifs du siège. Les brigantius étaient prêts; il ne s'agissait plus que de les lancer. Plusieurs milliers d'Indiens furent employés pendant deux mois, à creuser le lit d'un petit ruisseau qui coule de Tezcuco dans le lac, pciu* eu former un canal.
Tous les efforts des Mexicains pour brûler la I. flutillc furent infructueux; \e 28 avril i5:^i,
DE l'hISTOIM du MEXIQUE. laS
après avoir été solennellement bénie par le père Olmedo, en présence de toutes les troupes espagnoles et alliées, elle entra majestueusement dans les eaux , et déploya ses voiles au milieu des acclamations de tous les assistans.
La force entière de Tarmée était alors , sans compter les alliés , de huit cent dix-huit fantassins f dont cent dix-huit armés de mousquets ou d'arquebuses, quatre-vingt-six cavaliers, trois canons de siège , et quinze pièces de campagne. Le siège fut formé par les trois points de Tepejiacac ,. Tlacopan et Iztalapan ; c'est-àdire I par les trois grandes chaussées qui con^ diiisaient à la place ; les trois meilleurs capitaines de l'armée furent chargés de ces attaques avec un égal nombre d'Espagnols et un corps nombreux d'Indiens. Cortez se réserva 'e commandement des brigantins^ qui pop« taient chacun un petit canon et vingts-cinq Castillans. Le premier résultat de ces disposi-* tions fut la rupture des aqueducs, qui portaient l'eau à la capitale. On trouva toutes les villes abandonnées par leurs habitans , qui s'étaient réfugiés autour de l'empereur.
Les Mexicains dirigèrent leurs eflorts contre les brigantins, qu'ib redoutaient par dessus