CHAPITRE II
COUP d'oeil sur quelques POETES DU DIX- SEPTIEME ET DU DIX-HUITlÈME SiÈCLE.
Il ne faut point chercher de poètes dont il soit fait mention honorable avant le commencement du dix - septième siècle. Les premiers temps de la de'couverte furent employés à des guerres trop actives, à des travaux trop pénibles^ pour qu'on s'occupât spécialement de la littérature proprement dite. Peu à peu cependant l'instruction se propagea, les esprits se développèrent, l'on vit paraître quelques hommes distingués : j'indiquerai d'une manière rapide ceux dont les noms nous sont parvenus.
Comme on le verra plus tard, les Brésiliens eurent dès l'origine quelques relations rccommandables. Il est assez ditficile d'indi(|uer quel fut leur premier poète. Parmi les noms connus , je trouve celui de Benlo Teixeira Pinto, né à Fer-
53o RESUME DE l'hISTOIRE LITTERAIRE
iiambuco vers la fin du seizième siècle. On peut le conside'rer comme un des auteurs les plus anciens de ces contre'es. Il donna en 1601 une espèce de poème intitulé Pro~ sopopée, adressé à George d'Albuquerque, gouverneur de Fernambuco. La relation du naufrage de ce capitaine-général , due au même auteur, fut imprimée plusieurs fois. Plus tard, ou vit briller le frère d'un homme célèbre , Bernardo Vieira Ravasco, frère du prédicateur de ce nom : il était né à Bahia en i638. Il voulut bientôt embrasser le parti des armes, et il combattit avec valeur durant l'invasion des Hollandais. On sait qu'il composa un grand nombre de poésies, dont quelques-unes se trouvent dans le recueil connu sous le titre da Feniz Renascida.
Manuel Boîellio de Oliveira, né également dans l'ancienne capiiale du Brésil en i636, se voua surtout à l'élude des langues, et il donna un ouvrage poétique qui atteste assez ses connaissances en ce genre; il est intitulé Musique du Parnasse , divisé en quatre chœurs, de vers portugais, espagnols , italiens et latins.
Jean de Brito de Lima^ né à Bahia en
DU BRESIL. 53l
1671, composa un grand nombre de poésies, dont quelques-unes ont été imprimées. La liste de ses manuscrits est considérable. Bajbosa fait mention d'un poème intitulé Cesarea , qui roule sur les exploits de Yasco Fernandez César , durant sou gouvernement.
Luiz Camello de Noronha, né en 1689 à Villanova , de l'archevêché de Bahia , laissa des poèmes manuscrits , et fut un auteur estimé.
Le même siècle fut signalé par un homme qui se distingua dans la poésie latine, et qui ne tarda pas à se faire un nom recommandable , c'est Salvador de Mesquita, né à Rio de Janeiro, en 1646. Il passa à Rome et se livra avec ardeur à l'étude des lettres. Parmi ses ouvrages poétiques , on remarque un drame sacré intitulé Sacrificium Jcphtœ , qui parut en 1682. Son frère, né également à Rio en i633, passa à Rome, où il se livra à des travaux historiques : il écrivit en espagnol et en italien.
Puisque je viens de parler d'un poète latin , je signalerai encore Francisco de Almeida, né à Cachoeira en 1721 : il publia un poème connu sous le titre à'Orpheiis
J32 RESUME DE l'hISTOIRE LITTERAIRE
Brasilicus^ sivè Eximius elementaris mundi, qui offre des détails fort curieux.
On cite au nombre des ouvrages de celte période celui qui est intitulé le Labyrinthe de l'amour : il est dû à Manoel da Costa , habitant de la ville de Mariana. Borges de Barros,néeu i-joôàSanPedro deTararipe, près de Bahia, jouit encore comme poète d'une certaine réputation.
A peu près vers la même époque, Joaô Mendez de Sylva , né à Rio de Janeiro , fit un poème sacré qui roulait sur la vie du Christ, il fut un des auteurs les plus célèbres de son temps.
Je ne sais trop si ce nVst point à cette époque qu'il iaut placer Jozé Pirez de Carvalho e Albuquerque, alcade de Maragogype. Barbosa le met au nombre d( s poètes, ainsi qu'une foule d'autres qu'il serait peutêtre un peu long d'indiquer ici. Je signalerai cependant encore un auteur du commencement du dix-huitième siècle qui publia à Bahia un Parnasse américain ^ c'est Pedio Nolasco Ferreira ; et j'ajouterai le nom de Gonçalo Soares de Frahça, qui avait composé un poème épique intitulé Brasilia y ou i(i Dëcou^'erte du Brésil^ resté inédit et
DU Br.tSIL. 533
compose de dix-hail cents oclavesj le premier chant fut lu à l'académie instituée par Vasco Feruandez César de Menesez, vice-roi du Brésil : ce qui nous prouvequ'une société savante avait été fondée dans ce pays vers le commencement du dixhuitième siècle.
Sans doute la plupart des auteurs que je viens de citer ne peuvent prétendre à une grande renommée littéraire; je les ai indiqués cependant parce qu'ils attestent les premiers efforts de la nation brésilienne pour le bien des lettres, et qu'ils indiquent un point de départ toujours curieux à obrscrver. Je rappellerai encore ici cependant un homme qui a eu plus d'influence sur la littérature portugaise que ceux dont il fut précédé.
Quelques écrivains mettent au nombie des poètes nés à Rio de Janeiro l'infortuné Antonio José, qui eut une lin si déplorable. On peut consulter sur cet auteur ce que j'ai dit en parlant de l'étal de la poésie dramatique en Portugal vers le dix - haitirnie siècle.