‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 10 sur 409 · I. — DÉFINITION DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

I. — DÉFINITION DE LA PHILOSOPHIE

35. — Il en est des croyances variées sur la nature de la Philosophie comme des croyances religieuses (1-8). Aucune d'elles n'est entièrement fausse, et le point par où elles sont vraies est celui sur lequel elles s'accordent.

36. — Bien que les hommes aient différé beaucoup et diffèrent encore quant à l'étendue de la sphère de recherches de la Philosophie, il y a pourtant entre eux un accord réel bien que tacite pour désigner sous ce terme une connaissance dépassant la connaissance vulgaire. Ce qui subsiste, comme élément commun à toutes les conceptions variées delà philosophie, lorsqu'on en a éliminé les éléments discordants, c'est la connaissance du plus haut degré de généralité. Ceci est tacitement affirmé par la division de la Philosophie, comme tout, en Philosophie Théologique, Physique, Éthique, etc. Car ce qui caractérise le genre dont celles-ci sont des espèces, doit être quelque chose de plus général que ce qui distingue une espèce isolée.

37. — Les vérités de la Philosophie sont dans le même rapport avec les plus hautes vérités scientifiques que chacune de celles-ci avec les vérités scientifiques inférieures. De même que chacune des généralisations supérieures de la Science enveloppe et consolide les généralisations plus restreintes de sa section, de même les généralisations de la Philosophie enveloppent et consolident

les généralisation a les plus étendues de la science. C'est le produit final de l'opération qui commence par un simple recueil d'observations sèches, qui se continue par L'élaboration de proposions plus larges et plus dégagées des cas particuliers*, et aboutit à des propositions universelles. iSous une forme la plus simple : la Connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la Science est le savoir partiellement unifié; la Philosophie, le savoir complètement unifié.

:»8. — Nous pouvons distinguer deux Cormes de Philosophie, dont nous aurons à nous occuper séparément. La Philosophie Générale où des vérités particulières sont employées pour éclaircir des vérités universelles, et la Philosophie Spéciale, où parlant des vérités universelles comme de principes admis, les vérités particulières sont interprétées par les vérités universelles. Le l'esté de ce chapitre sera consacré à la première.

39. — Chaque pensée implique tout un système de pensées et cesse d'exister dès qu'elle est séparée de ses diverses corrélatif es. De même que nous ne pouvons isoler un seul organe d'un corps vivant et le traiter comme s'il avait une vie indépendante du reste, de môme nous ne pouvons retrancher de l'organisme de nos cognitions une seule d'entre elles et l'étudier comme si elle survivait à la séparation. Il suit de là que les ininitions fondamentales nécessaires à l'opération de la pensée doivent être provisoirement admises comme incontestables ; on laissera aux résultats le soin de justifier celle hypothèse.

40. — En parlant, de ces intuitions fondamentales dont on admet provisoirement qu'elles sont compatibles avec toutes les autres révélations de la conscience, la démonstration ou la réfutation de la compatibilité devient l'objet de la Philosophie ; el la démonstration complète de la compatibilité est la môme chose que l'unification complète de la connaissance, bu1 réel delà Philosophie.

41. — Quelle esl celle donnée, ou plutôt quelles SOnl ces données, don! la Philosophie ne penl se passer ? ('/est (pie les compatibilités et les incompatibilités. existent, el peuvenl être connues

de nous. La permanence de la conscience dune ressemblance ou dune différence est la garantie fondamentale sur laquelle nous affirmons l'existence de la ressemblance ou de la différence. Dire qu'une compatibilité ou une incompatibilité existe, c'est tout simplement la façon qui nous est propre de dire que nous avons invariablement une conscience de cette compatibilité, en même temps que nous avons une conscience des choses comparées. De l'existence nous ne connaissons rien de plus qu'une manifestation continue.

4:2. — Il ne suffit pas de reconnaître un certain processus fondamental de la pensée; il faut reconnaître comme incontestable un produit fondamental de la pensée. Si le savoir consiste à grouper ce qui se ressemble et à séparer ce qui diffère, son unification doit spécifier l'opposition de deux classes ultimes d'expériences, celles dans lesquelles toutes les autres s'absorbent. Quelles sont ces classes ?

43. — Si nous partons de la conclusion que nous avons déjà obtenue, que toutes les choses que nous connaissons sont des manifestations de l'Inconnaissable, nous voyons que les manifestations, considérées simplement comme telles, peuvent se diviser en deux grandes classes, les fortes et les faibles. Les premières, se produisant sous les conditions de la perception,, sont des originaux. Les secondes, se produisant sous les conditions de la réflexion, de la mémoire, de l'imagination, ou de Tidéation, sont des copies. Les premières forment ensemble une série ou un courant hétérogène qui n'est jamais interrompu ; et les secondes aussi forment ensemble une série parallèle ou un courant qui n'est jamais interrompu ; du moins, on ne connaît jamais directement d'interruption del'un ni de l'autre. Entre des manifestations de l'ordre fort, les cohésions, soit longitudinales soit transversales, sont indissolubles; mais celles de l'ordre faible sont pour la plupart aisément dissolubles. Tandis que les membres de chaque série sont si cohérents entre eux que le courant ne saurait être rompu, les deux séries, courant côte à côte comme elles le font, n'ont que peu de cohérence ; la grande masse du courant vif n'étant absolument pas susceptible d'être modifiée par le faible, et le faible pouvant devenir presque séparé du vif. Les conditions sous lesquelles se produisent les manifes-

(■•liions de l'un ou de L'autre, «les deux ordres, appartiennent elles-mêmes à cet ordre; mais tandis que les conditions sont toujours présentes dans Tordre faible, elles ne sont pas toujours présentes dans l'ordre vif, mais sont quelque part en dehors de la série. Sept caractères distincts servent de signes ;i ces deux ordres de manifestations et les distinguent l'un de L'autre.

14. — Il es! évidenl que celle division répond à la division entre ïobjet etlesujet, entre le mozetle non-moi. Nous appelons ego le pouvoir qui se manifeste dans la série faible, etnon-ego relui de la série forte. Cette distinction primordiale du soi et du non-soi, est Le résultat d'une classification basée sur des ressemblances accumulées et des différences accumulées. Du fait que quelques manifestations vives ont des conditions d'apparition qui existent en dehors du courant des manifestations vives, c'est-à-dire comme manifestations vives potentielles, nous avons vaguement conscience d'une région indéfiniment étendue de force ou d'être, non seulement séparée du courant des manifestations faibles qui constituent le moi, mais placée en dehors des manifestations vives qui constituent la portion immédiatement présente du non-moi.

45. — Bref, nos postulats sont : une Force Inconnaissable ; L'existence de ressemblances et de différences connaissables, parmi les manifestations de cette Force, et par suite une séparation des manifestations en deux classes, celles d'objet et de sujet. Dans le chapitre intitulé Idées de la Science Dernière j'ai montré que nous ne connaissons rien de ces formes les plus générales des manifestations de l'inconnaissable, considérées en elles-mêmes. Cependant, comme nous sommes obligés de continuer à employer les mots qui leur servent de signes, il est nécessaire de dire Le sens que nous Leur donnons.

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