XII. — MULTIPLICATION DE l'eSPÈCE 1IUMAINE
365. — Les mêmes causes d'augmentation ou de décroissance de la genèse qui agissent chez les autres êtres organisés augmentent et diminuent aussi la genèse chez l'Homme. Il est vrai que, ici encore plus que précédemment, nos raisonnements se heurtent à des difficultés. Les inégalités des conditions sont si nombreuses que l'on ne peut faire que peu de comparaisons qui résistent à la critique. Les races humaines ne diffèrent pas seulement entre elles par la taille, le genre de nourriture, ou les climats qu'elles habitent, mais leurs dépenses corporelles ou mentales sont extrêmement inégales.
366. — L'augmentation de fécondité causée par une nutrition très supérieure à la dépense nous apparaît quand nous comparons des populations d'une même race, ou de races voisines dont l'une se procure des aliments sains et abondants plus aisément que l'autre. Ces comparaisons nous montrent que, dans la race humaine, comme chez toutes les autres, l'abondance absolue ou relative de nourriture qui laisse un grand excédent après avoir défrayé la vie des parents s'accompagne d'une genèse plus abondante.
367. — Il est apparent aussi qu'une augmentation relative de dépense, diminuant le surplus, réduit le degré da fécondité. On
trouve la preuve que le travail mental chez la femme, poussé à l'excès, produit l'infécondité, dans le l'ait que la plupart des femmes à poitrine plate qui survivent à leur éducatien surchauffée sont incapables de porter un enfant bien développé, ou, si elles y parviennent, de le nourrir de sa nourriture naturelle pendant le temps marqué par la nature. C'est un l'ait d'observation générale que les hommes d'une activité mentale exceptionnelle ne laissent pas de postérité.
368. — On objectera probablement que, puisque les races civilisées sont, en moyenne, plus nombreuses que beaucoup des races non civilisées, et puisqu'elles sont aussi un peu plus complexes aussi bien qu'un peu plus actives, elles doivent, pour se conformer à la loi générale, être, toutes choses égales d'ailleurs, moins prolifiques. .Mais toutes les autres choses ne sont pas égales . et c'est à cette inégalité des autres conditions qu'il faut attribuer cette anomalie apparente.
369. — Il y a une autre objection qui demande une réponse. On peut citer des cas d'hommes remarquables par leur activité mentale et corporelle qui l'étaient aussi par une faculté génératrice plutôt supérieure qu'inférieure à l'ordinaire. Ces cas ressemblent à d'autres déjà mentionnés, où nous avons vu qu'une alimentation plus abondante développa simultanément l'individu et ajoute à la production de nouveaux individus ; la différence entre ces cas étant que. au lieu d'un meilleur approvisionnement externe des matériaux, il y a un meilleur emploi interne des matériaux. Quelque particularité d'équilibre organique ei une puissance des sucs digestifs faisant affluer dans L'organisme un sang riche, servent à la fois à exaller les activités vitales et à accroître la faculté de propagation. La propor- Hon entre llndividuation et la Genèse reste la même, toutes deux sonl augmentées eu diminuées suivanl la hausse ou la baisse du stock commmun des matériaux.
370. — Ayant admis La conformité de la fécondité humaine aux luis de la multiplication en général, il non-, reste a rechercher quels effets doivent être causés par les changements permanents survenus dans la nature elles conditions des hommes.