IX. — PLAISIRS ET DOULEURS
122. — Tout comme la division des états de conscience en réels et idéaux traverse les divisions en états centraux, endopériphériques et épipériphériques, de même ici la division des sensations en plaisirs et douleurs traverse toutes les autres lignes de démarcation.
123. — Quels sont les états qui produisent la Douleur, etquels sont ceux qui produisent le Plaisir? Si nous reconnaissons, d'une part, les douleurs négatives de l'inaction, appelées désirs, et d'autre parties douleurs positives de l'excès d'activité, il en résulte que le plaisir accompagne les activités situées entre ces deux extrêmes. Généralement parlant, le plaisir accompagne les activités moyennes, quand ces activités sont de nature à être en excès ou en défaut, et, quand elles ne sont pas de nature à être excessives, le plaisir croît comme l'activité elle-même, sauf quand celle-ci est constante ou involontaire.
124. — L'induction que les douleurs sont les corrélatifs d'actions qui nuisent à l'organisme, tandis que les plaisirs sont les corrélatifs d'actions qui contribuent à son bien-être, n'est pas basée seulement sur les fonctions vitales. C'est une inévitable déduction de l'hypothèse de l'Évolution que des races d'elles sensibles n'ont pu venir à l'existence dans d'autres conditions.
123. — Ces races d'êtres ont seules pusurvivre chez lesquelles, en moyenne, des sensations agréables ou désirées accompagnaient les activités utiles au maintien de la vie, tandis que les sensations désagréables, et qu'on évitait habituellement, accompagnaient les activités directement ou indirectement destructrices de la vie ; et il doit y avoir eu, toutes choses égales d'ailleurs, une survivance plus nombreuse et plus prolongée chez les races où ces adaptations des sensations aux activités étaient les meilleures et tendaient toujours à une adaptation parfaite.
126. — Chez la race humaine, il y a eu, et il y aura longtemps, un dérangement profond et complexe des connexions naturelles entre les plaisirs et les activités profitables et entre les douleurs et les actes nuisibles, dérangement qui obscurcit tellement ces connexions naturelles, que parfois les connexions opposées sem-
blent prédominer. EL la croyance à demi formulée qu'on rencontre communément, que les actions désagréables sont profitables el les actions agréables nuisibles, a été et est encore professée par des religions qui présentent à L'adoration des nommes un Être qu'on suppose fâché contre ceux qui cherchent leur plaisir, el propice à ceux qui s'infligent des mortifications gratuites ou même des tortures volontaires.
127. — On considère fréquemment comme acquis que les actions profitables doivent être les actions bienfaisantes pour l'individu; tandis que la seule cliose nécessaire est qu'elles soient bienfaisantes pour la race. Il n'y a aucune identité entre les deux. Dans le fait, elles sont diamétralement opposées l'une à l'autre.
128. — Quelle est la nature intrinsèque du Plaisir et de la Douleur, considérés psychologiquement? Il semble difficile de répondre à cette question, et peut-être ne le pourra-t-on jamais. Néanmoins les faits nous autorisent à soupçonner que, tandis que les Plaisirs et les Douleurs sont constitués en partie par ces états de conscience locaux et frappants, excités directement par des stimulus spéciaux, ils sont en grande partie, sinon principalement composés d'éléments secondaires de sensation excités indirectement par la diffusion de la stimulation du système nerveux. Plus tard {Psychologie, 261), nous pourrons trouver d'autres raisons pour accepter celle croyance.