XIX. — LE RÉALISME TRANSFIGURÉ
471. — Les dix-huit divisions précédentes ont exposé les divisions et les subdivisions d'une démonstration trop étendue et trop compliquée pour qu'il n'y ait pas utilité à résumer brièvement les conclusions atteintes. Tous les résultats sont d'accord. L'Anti-Réalismeesttrahiparsespostulats, son langage, ses raisonnements; il est basé sur la négation de trois principes essentiels de croyance ; il refuse tacitement un critérium suprême qu'on ne peut même pas mettre en question sans que son acceptation soit impliquée. Il suit de là que le Réalisme est justifié négati-
renient. En outre le Réalisme est justifie" positivement par cette découverte : que la dynamique de la conscience nécessite la conception Réaliste. La conception Réaliste n'est point le résultat, ainsi que l'avance Hume, d'une « propension naturelle » en désaccord avec Les lois de la pensée ; pas davantage, comme le suppose Sir W. Hamillon, une croyance miraculeusement inspirée ; mais elle est le fruit inévitable du processus mental exécuté dans toute argumentation valide.
Tr2. — Ce Réalisme auquel nous donnons notre confiance est celui qui affirme, simplement, que l'existence objective est séparée et indépendante de l'existence subjective. Il n'affirme ni qu'aucun mode de l'existence objective soit en réalité ce qu'il parait être, ni que les connexions qui unissent ces modes soient objectivement ce qu'elles paraissent être. Il se distingue ainsi profondément du Réalisme Grossier, et pour marquer cette distinction on peutconvenablement l'appeler : Réalisme Transfiguré. 47)J. — L'image d'un cube dans un miroir courbe peut nous aider à voir comment le Réalisme Transfiguré réconcilie des tbéories qui paraissent inconciliables. On a montré plus haut que l'existence, dans le sens où l'on accepte ce mot, ne peut être affirmée que de ce substratum de conditions variées appelé Objet, et de cet autre substratum sur lequel il agit d'une manière variée et qu'on appelle Sujet ; tandis que les effets de l'un sur l'autre, connus comme perceptions, sont des changements qui n'ont que des existences transitoires. Dans notre exemple, les existences permanentes sont le cube et la surface; tandis que l'image projetée, variant avec chaque changement des relations entre le cube et la surface, n'a pas d'existence permanente. Et de môme que nous avons vu que le sujet et l'objet, tels qu'ils existent réellement; ne peuvent jamais être contenus dans la conscience produite par la coopération des deux, quoiqu'ils soient tous les deux nécessairement impliqués par elle ; ainsi nous voyons que ni le cube ni la surface ne peuvent jamais être contenus dans L'image projetée par l'un sur l'autre, bien (pie cette image ne puisse exister qu'à condition que l'un et l'autre préexistent.
■474. — Maintenant que L'impossibilité de toute croyance Anti- Réalisle a été démontrée, nous ne devons pas oublier que ces
aberrations compliquées de la raison ont été le cortège obligé dune critique légitime et, à vrai dire, nécessaire. L'histoire de la controverse métaphysique a été l'histoire de ces rythmes que les forces antagonistes produisent toujours, prépondérantes tantôt d*un côté, tantôt de l'autre. Mais à mesure que la différenciation du Sujet et de l'Objet approche de son terme, les oscillations deviennent de moins en moins fortes; et avec la purification du Réalisme de tout ce qui lui est étranger la controverse finit : le Réalisme se contentant d'affirmer que l'objet de la connaissance est une existence indépendante, etl'Anti-Réalisme ayant montré que la connaissance de cette existence est entièrement relative. 475. — Nous voici donc, une fois de plus, ramenés à la conclusion que nous avions atteinte par d'autres routes; que. derrière toutes les manifestations, intérieures et extérieures. il y a une puissance qui se manifeste. Ici, comme auparavant, il est évident que, bien que la nature de cette puissance ne puisse être connue, cependant sa présence universelle est le fait absolu sans lequel il n'y a pas de faits relatifs.