IX. — SENTIMENTS ESTHÉTIQUES
533. — Les activités que nous appelons jeu sont unies avec les activités esthétiques parce trait, que ni les unes ni les autres ne servent d'une façon directe quelconque aux processus uliles à la vie. D'où vient l'impulsion au jeu? Et commenl vient cette activité supplémentaire des facultés les plus hautes que les beaux-arts impliquent ?
.").'{ I. — En remontant vers les animaux d'un type supérieur, nous trouvons que leur temps el leurs forces ne sont pas romplètemenl absorbés par les exigences de leurs besoins Immédiats. Or, chacun des pouvoirs mentaui étanl soumis à la loi que son organe, après avoir reposé plus longtemps que d'ordinaire, se réveilla exceptionnellement disposé à l'action, il arrive qu'ils sont engagés 1res facilement dans une activité simulée, quand les circonstances la provoquent au lieu de provoquer une activité réelle. De là les jeux de toutes sortes, de là la tendance à L'exercice superflu et inutile d'activités qui ont été au repos. De là aussi le fait que ces mouvements sans objet sont le plus souvent manifestés par les facultés qui oui un rôle dominant dans la \ ie de l'animal.
.■).'!-'). — La nature générale, et la position des sentiments esthé-
tiques seront rendues plus faciles à comprendre quand on observera comment le caractère esthétique d'un sentiment est habituellement associé avec la séparation des fonctions servant à la vie. C'est à peine dans un faible degré que nous pouvons attribuer le caractère esthétique aux sensations du goût, dont les plaisirs sont rarement séparés des fonctions servant à la vie. Tandis qu'au contraire, il s'ouvre un vaste champ pour les plaisirs dérivés des actions superflues de la faculté auditive, qui est si dissociée des fonctions servant à la vie. Il est prouvé que la conscience esthétique est essentiellement celle dont les actions elles-mêmes, abstraction faite de leurs fins, forme l'objet, par ce fait bien remarquable que beaucoup de sentiments esthétiques naissent de la contemplation des attributs et des actes d'autres personnes réelles ou idéales.
536. — La source primitive de plaisir esthétique dans les sensations simples est ce caractère de combinaison qui les rend propres à exercer les facultés en jeu, de la manière la plus complète, avec le moins d'obstacles dus à l'excès d'exercice. Ajoutée à celle-ci, il existe une source secondaire de plaisir, la diffusion d'un stimulus normal de quantité considérable qui amène un Ilot d'émotion agréable, douce et indéfinissable. Et une troisième source de plaisir est le réveil partiel de par celte décharge nerveuse des divers plaisirs particuliers liés dans l'expérience avec des combinaisons du genre présenté.
537. — Les mêmes vérités générales et particulières régissent les combinaisons de sensations qui éveillent des idées et des sentiments de beauté. Les mouvements du corps, agréables à celui qui les exécute, et associés à la conscience de la grâce, comme le patinage, sont les mouvements d'une sorte qui met beaucoup de muscles en action modérée et harmonieuse et n'en fatigue violemment aucun. Il y a lieu de croire que les dispositions de formes qui sont belles, sont celles qui exercent efficacement le plus grand nombre des éléments nerveux en jeu dans la perception, et ne surchargent que le plus petit nombre de ces éléments. Il en est de même pour les ensembles visuels complexes présentés parles objets réels, ou par les représentations de ces objets, avec leurs lumières, leurs ombres et leurs couleurs.