PR0PITIATI0.N, LOUANGE, PRIÈRE, ETC
136. — Nous avons des preuves abondantes montrant que le lieu où reposent les morts éveille chez les sauvages une émotion de crainte ; ils s'en approchent avec hésitation, et celui-ci revêt le caractère d'un lieu sacré. La terreur respectueuse qu'inspirent les morts devient un sentiment du même genre que relui qu'inspirent les lieux et les objets consacrés à des usages religieux.
137. — Si nous nous rappelons que lorsque les hommes primitifs cessèrent d'habiter les cavernes, ils continuèrent à s'en servir comme de cimetières, et que c'était une coutume générale déporter des offrandes à ces lieux de sépulture, nous verrons comment s'est formée la caverne sacrée, le temple-caverne. Il en fut de même pour l'ensevelissement dans la maison même du mort. Quand la maison était abandonnée à l'esprit du défunt, c'était un lieu qui devenait l'objet d'une crainte mystérieuse. De plus, comme on y portait des provisions de bouche, qu'on y célébrait d'autres actes propitiatoires, l'habitation abandonnée par les vivants, devenue une maison mortuaire, acquérait les attributs d'un temple. Là où ne se pratiquait pas l'ensevelissement dans la maison, la construction élevée au-dessus de la fosse, ou au-dessus de l'estrade portant le cadavre, devenait le rudiment d'un édifice sacré. De nus jours, tout mausolée séparé qui contient les restes d'un homme remarquable est visité avec un sentiment presque religieux, et devienl l'origine d'un lieu de culte.
438. — Le tas de terre recouvrant la fusse est dans le même rapport avec les offrandes aux morts, qu'un autel avec les offrandes à la divinité. Les pratiques des hommes civilisés, comme celles des sauvages, prouvent que l'autel primitif a été
ce qui portait les offrandes destinées aux morts; de là ses formes variées : un tertre de gazon, un tas de pierres, un tréteau élevé, ou, chez les civilisés, un cercueil de pierre.
139. — Nous passons naturellement de la genèse des autels à celle des sacrifices. A la fois par le motif et par la méthode, l'offrande d'aliments et de boissons aux morts a son analogue dans loffrande d'aliments et de boissons a une divinité. Notons les points communs : la distribution de portions du repas; les oblations plus considérables à des occasions spéciales ; et les oblations annuelles plus grandes encore. Les choses offertes sont les mêmes : dans les deux cas, on offre des bœufs, des boucs, etc., du pain et des gâteaux; du vin de l'endroit, de l'encens et des fleurs, et. ni résumé, les aliments les plus estimés, même jusqu'au tabac à fumer et à priser. Il n'y a point de différence dans les préparatifs. Nous voyons, pour les esprits comme pour les divinités, des offrandes qui ne sont pas cuites, et d'autres qu'on brûle. On suppose que les dieux profitent, comme les esprits, des sacrifices, et sont satisfaits comme eux. Enfin, dans quelques cas, il arrive que les sacrifices aux esprits et aux dieux coexistent de telle façon qu'on ne peut les distinguer les uns des autres.
140. — Si inattendue que soit cette origine, le jeune, comme rite religieux, est une conséquence des rites funéraires. Le jeune étant cause de rêves remarquables peut être adopté comme procédé reconnu pour obtenir des entrevues avec les esprits; ou encore le jeune peut être obligatoire, il peut résulter des dons excessifs de provisions faits au mort. Il implique bientôt une marque de respect qui devient courante, et enfin il se transforme en acte religieux.
141. — Laissons de côté ce résultat indirect, accessoire, et reprenons l'étude de la manière dont les offrandes aux morts (Sociologie, 89) se sont transformées en offrandes religieuses. Dans l'immolation de victimes humaines, dans l'offrande du sang, dans celle de parties du corps, et même celle de la chevelure, les rites funèbres ont pour pendant des rites religieux. Si l'on tient compte du fait que l'esprit d'un homme est supposé conserver outre tombe les goûts de l'homme vivant, il s'ensuit que, chez les cannibales, l'offrande de chair humaine aux morts était inévitable. Les Fidjiens présentent toule la série de séquences: le
cannibalisme pendant la rie, des esprits cannibales, des dieux cannibales, et des sacrifices humains comme rites religieux. Si le sang versé à un enterre'ment était d'abord supposé destiné à soutenir l'esprit; si plus tard, dans des occasions suivantes, on le versail pour obtenir le secours du roi mort, pour une guerre il devenait une offrande sanglante destinée à rendre propice, d'une façon particulière, un être surnaturel; et on ne peul douter que l'offrande du sang humain à une divinité, dans un bu1 semblable, n'ait été autre chose que le développement ultérieur de La coutume.
I \-l. — Les parentsdu sauvage, de leur vivant, aimaient à être loués; maintenant que, bien qu'invisibles, ils soient souvent à portée de la voix, celui-ci pense que la louange leur sera encore douce. De là, commençant avec l'éloge du défunt commente funèbre, passant a des louanges répétées à diverses reprises, puis à des louanges établies d'une façon, soit intermittente, soit périodique, nous nous élevons aux louanges religieuses. De plus, ces deux genres se ressemblent par l'exigence qu'on attribue aux <Hres surnaturels qui les demandent; par leur nature, qui est (I.- décrire de grands faits d'armes, et par leur motif, <|iii est «l'obtenir des avantages et d'éviter des maux.
143. — l'in' autre analogie se présente; à côté des louanges du mort montent des prières \»-rs lui. Les prières adressées d'abord au mort pour qu'il aide, pour obtenir sa bénédiction, sa protection, deviennent ensuite des prières adressées aux divinités dans le but d'obtenir les mômes avantages.
144. — On se rend propices des esprits d'ancêtres qu'on suppose avoir causé des maladies, comme les dieux sont supposés envoyer la peste, par des sacrifices particuliers ; les motifs attribués aux esprits et aux dieux étant du même genre, et les modes d'appel à ces motifs, les mêmes. La ressemblance se continue en divers détails. Il j a surveillance de la conduite par les esprits et par les dieux, il \ a des promesses d'amendement et de repentir aux uns el aux autres; el on répète les injonctions des esprits comme relies des dieux. Ou entretient du feu au\ tombeaux comme aux temples, et les unsel les autres sont des lieux de refuge. On invoque un héros comme témoin d'un serment, comme on invoque Dieu. <>n gardé le secret