XX. — CULTE DES ANCÊTRES EN GÉNÉRAL
146. — Si l'on prend l'agrégat des peuples humains — tribus, sociétés, nations — on trouve de nombreuses preuves que presque tous, si ce n'est tous, ont une croyance, vague ou distincte, en la résurrection du double de l'homme mort.
147. — Parmi ces peuples, il en est quelques-uns dont les individus supposent que l'autre soi du mort existe, soit pour un temps, soit pour toujours, après la mort. Presque aussi nombreux sont les peuples qui s'occupent de se rendre les esprits propices lors de la cérémonie de l'enterrement, et pendant quelque temps après. Ensuite vient la classe bien plus restreinte qui est renfermée dans la dernière ; celle des peuples plus avancés qui, à côté de la croyance en un esprit existant d'une façon permanente, professent un culte persistant envers les ancêtres. De plus, dans des limites encore plus étroites, il y a une classe de
euples dont le culte des ancêtres remarquables tient en subordination celui des ancêtres inférieurs. Et finalement, la subordination, s'affirmant de plus en plus, devient marquée quand
ces ancêtres distingués <>ul été des chefs de races conquérantes.
lîs. — Si nous considérons le culte des ancêtres du poinl de vue de ceux qui le pratiquent, quelle esi saforme la moins développée ? Les Amazulus, dont les idées ont été recueillies de leurs propres bouches, prouvent que c'est un culte d'ancêtres non historique. 11 ne s'est pas produit de personnages assez saillants pour conserver durant plusieurs générations leur individualité distincte, et subordonner les individualités traditionnelles moindres.
l 'il». — Le progrès se révèle chez des peuples plus sédentaires e1 plus avancés. A. côté du culte des ancêtres récents et locaux se forme un culte des ancêtres morts à des dates plus éloignées, el qui, grâce au souvenir de leur puissance, ont acquis la suprématie dans l'opinion générale. On pourrait remplir des pages des témoignages prouvant que les ancêtres des époques les plus reculées sont devenus des divinités, restant humains dans leurs attributs physiques et mentaux, et ne différant de l'homme qu'en puissance ; qu'étant reconnus par la tradition comme ayant engendré ou causé les hommes qui existent, ils ont élé considérés, étant les seules causes connues de quelque chose, comme étant les causes de toutes choses; et qu'ils habitenl la région d'où vient la race, qui est l'autre monde vers lequel retournent les morts. Les témoignages précis impliquent directement la transformation des ancêtres en dieux, qui était indirectement impliquée par le développement des rites funéraires en culte des morts, el finalement eu culte religieux.
LSO. — On a dit, cependant, que le culte des ancêtres est propre aux races inférieures. Kl. l'on a avancé que les nations Indo-européennes ou sémitiques, qui dès les plus anciens temps avaienl des formes religieuses supérieures, a'avaienl pas même, ;i leurs époques les plus reculées, pratiqué le culte des ancêtres. Ces suppositions seraienl inadmissibles quand même nous n'aurions aucune indication relative aux croyances primitives des Aryens; et elles le son! encore moins maintenant (pie ces croyances sont connues. Telles qu'elles sont exprimées dans leurs éerits sacrés, ces croyances sont essentiellement celles des barbares actuels. Il faudrait apporter des preuves bien tories pour qu'on pût admettre que les races sémitiques présentent un
exemple unique. Et aucune preuve de ce genre n'existe. Au contraire, ce que l'on a de faits positifs implique la conclusion opposée.
151. — Cependant, les mythologues disent que ces observances ont un caractère moral plutôt que religieux. Si nous examinons cette distinction proposée, sous ses aspects concrets, nous ne pouvons que dire que, si de telles libertés avec les faits sont permises, le plus faible des dialecticiens pourrait sans crainte s'engager à établir n'importe quelle proposition.
152. — On verra que les races supérieures ont dû traverser la phase du culte des ancêtres quand on se rappellera qu'à cette heure même le culte des ancêtres persiste parmi les plus civilisées des races supérieures. On le retrouve en Europe, tantôt faible , tantôt fort , malgré l'influence répressive du Christianisme.
153. — L'induction justifie la déduction, et vérifie l'inférence suggérée dans la dernière division. A mesure que les sociétés progressent, et que les traditions locales et générales s'accumulent et se compliquent, les âmes humaines, autrefois semblables, devenant dissemblables dans les croyances populaires, tant par le caractère que par l'importance, se différenciant au point que leur primitive communauté de nature cesse presque d'être reconnaissable. Il sera bon d'en examiner les types les plus saillants.